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Full text of "Mémoires sur les questions proposées par l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles"

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IIIÉMOIRES  COUROIVNÉS 


ET 


MÉMOIRES  DES  SAVANTS  ÉTRANGERS, 


PClués  PAR 


L'ACADÉMIE  ROYALE 


DES  SCIENCES  ET  BELLES-LETTRES  DE  BRUXELLES. 


^.  7<?A  Fd^i, 


MÉMOIRES  COLROMNÉS 

MÉMOIRES  DES  SAVANTS  ÉTRANGERS, 

PUBLIÉS  PAIt 

L'ACADÉMIE  ROYALE 

DES  SCIENCES  ET  BELLES-LETTRES  DE  BRUXELLES. 


TOME  XTIII.  — 1844  et  1845- 


BRUXELLES , 

M.   HATEZ,   IMPRIMEUR  DE  L'ACADÉMIE  ROYALE. 

1845. 


Qjp 


TABLE 

DES    MÉMOIRES    CORTERUS    DANS    LE    TOME    XVIII. 


MÉMOIRES   DES   SAVANTS   ÉTRANGERS. 

Sur  les  étoiles  filantes  périodiques  du  mois  d'août,  et  en  particulier  sur  leur  apparition  de  1842; 
par  M.  Houzeau. 

Sur  les  corrections  de  la  lunette  méridienne;  par  M.  le  capitaine  Liagre. 

Recherches  sur  la  cause  des  variations  barométriques  ;  par  M.  Ath.  Peltier. 

Mémoire  sur  les  tremblements  de  terre  ressentis  en  France,  en  Belgique  et  en  Hollande,  depuis 
le  1V°"  siècle  de  l'ère  chrétienne  jusqu'à  nos  jours  (1843  inclusivement);  par  Alexis  Perrey. 

Note  sur  la  formation  de  la  glace  dans  les  eaux  courantes;  par  M.  Désiré  Leclercq. 

Mémoire  sur  im  appareil  de  Thilorier  modifié,  et  sur  les  propriétés  de  l'acide  carbonique  liquide  et 
solide  ;  par  J.  Marcska  et  F.  Donny. 

Notice  géologique  sur  le  département  de  l'Aveyron  ;  par  M.  Marcel  De  Serres. 

Étude  archéologique ,  architectonographiqne  et  iconographique  sur  l'église  souterraine  d'Ander- 
lechl  lez-Bruxelles;  par  M.  Frédéric  Van  der  Rit. 


SUR 

LES  ÉTOILES  FILANTES  PÉRIODIQUES 

DU  MOIS  D'AOUT, 

ET    EN    PARTICULIER   SUR   LEUR    JlPPARITION   DE    1843; 

PAR 

M.  HOUZEAU. 

(Prés«oté  k  U  séance  de  racadéinie  du  3  août  1&44.) 


Ton.  XVIII. 


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mlhiiR  B  no'l  *9  çlaoff? 
fffu  aifobfi  B  KO  toi 
yïtnoonoi  oupîioèîèfli  ogsu/f 


ZUliUUItJ  'Ji- 


SUR 

LES  ÉTOILES  FILANTES  PÉRIODIQUES 

DU  MOIS  D'AOUT, 

ET  EN  PARTICULIER  SUR  LEUR  APPARITION  EN  1842. 


Depuis  plusieurs  années  on  a  fait  un  grand  nombre  de  recherches 
sur  les  étoiles  filantes.  Les  apparitions  extraordinaires  d'août  et  de 
novembre  ont  surtout  attiré  l'attention  des  observateurs.  La  périodicité 
de  ces  phénomènes,  qui  les  ramenait  lorsque  la  terre  occupait  à  peu 
près  exactement  les  mêmes  points  dans  son  orbite,  a  conduit  à  l'idée 
de  leur  origine  cosmique.  En  considérant  les  étoiles  filantes  commode 
petites  planètes  qui  se  meuvent  autour  du  soleil,  on  a  fait  plusieurs 
tentatives  pour  déterminer  les  éléments  des  orbites  qu'elles  décrivent. 
Tantôt  on  les  a  considérées  isolément,  et  l'on  a  attribué  à  chacune  d'elles 
une  conique  particulière,  et  tantôt  on  a  admis  une  seule  courbe  pour  re- 
présenter la  marche  du  nuage  météorique  rencontré  annuellement  par 
la  terre  dans  tel  point  de  son  orbite.  Cette  dernière  manière  d'envisager  la 
révolution  des  étoiles  filantes  dans  les  espaces  célestes,  a  été  adoptée  par 
A.  Erraan  ',  et  par  Walker  *.  Elle  parait  offrir  plus  de  probabilité  :  il  sem- 

*  Astronoinische  Nachrichten,  n°38o.  Bd.  XVH,  S.  12. 

»  Transaclion»  of  the  philosophical  Society  of  Philadelphy ,  vol.  VIII,  p.  110. 


4  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

blerait  difficile,  en  effet,  d'expliquer  commentdes  milliers  de  petits  corps, 
décrivant  des  orbites  indépendantes,  s'entre-croiseraient  mutuellement 
dans  un  même  point,  qui  serait  justement  situé  sur  la  route  que  notre 
globe  parcourt  annuellement.  On  ne  pourrait,  je  pense,  donner  cette 
explication  qu'en  supposant  à  tous  ces  corps  une  origine  commune,  et 
en  admettant  qu'ils  aient  tous  passé  autrefois  par  le  point  dans  lequel 
leurs  orbites  se  coupent  aujourd'hui-  Or,  la  circonstance  que  ce  point 
soit  situé  dans  l'écliptique  même,  ou  du  moins  très-près  de  cette  courbe, 
rend  cette  hypothèse  fort  peu  probable.  Il  est  par  conséquent  bien  plus 
naturel  d'admettre  que  le  nuage  météorique  marche  en  corps,  et  sui- 
vant une  route  qu'on  peut  représenter  par  une  orbite  unique.  Toute- 
fois la  démonstration  de  ce  fait  est  encore  loin  d'être  acquise  à  la  science. 
Les  éléments  de  l'orbite  suivie  par  le  nuage  météorique  qui  ren- 
contre la  terre  vers  le  10  août  de  chaque  année  ont  été  calculés  par 
Walker,  ainsi  qu'il  suit  : 

Demi-grand  axe „  , 0,686 

Excentricité    ....    'p'°P^ff^'- 0,488 

Longitude  du  périhélie 1M°2 

Longitude  du  nœud  ascendant 157,5 

Inclinaison 78,9 

Époque  pour  le  1"  janvier  1840 28,S 

Mais  avant  que  ces  hypothèses  soient  vérifiées,  il  faudra  réunir  encore 
des  observations  poursuivies  pendant  un  certain  nombre  d'années,  et 
examiner  comment  les  résultats  des  observations  ultérieures  s'accor- 
deront avec  elles.  Il  faut  donc  ici,  comme  pour  le  perfectionnement  de 
toutes  les  théories  imparfaites,  ou  imparfaitement  démontrées,  multi- 
plier encore  les  observations.  Il  faut  surtout  s'attacher  à  en  recueillir 
les  résultats  immédiats,  ceux  que  l'on  peut  obtenir  indépendamment  de 
toute  supposition. 

Parmi  les  résultats  de  cette  nature,  il  y  en  a  plusieurs  qui  se  dédui- 
sent de  la  situation  relative  des  trajectoires  apparentes  des  météores. 
Ces  données  peuvent  conduire  à  des  considérations  intéressantes  sur 
le  lieu  du  point  de  contact  de  l'atmosphère  terrestre  avec  l'axe  du  cou- 


PÉRIODIQUES.  5 

rant  d'astéroïdes,  et  sar  la  direction  que  ceux-ci  possèdent  au  moment 
de  ce  contact.  Ainsi  l'on  a  remarqué  que  les  trajectoires  des  étoiles  fi- 
lantes, suffisamment  prolongées  dans  des  grands  cercles,  vont  généra- 
ment  passer  à  proximité  d'un  même  point  de  la  sphère  céleste,  qui, 
pour  cette  raison ,  a  reçu  le  nom  de  point  de  convergence.  Ces  mêmes 
grands  cercles  déterminent  aussi,  par  leurs  intersections  mutuelles,  un 
autre  point  diamétralement  opposé,  qui  est  le  centre  d'émanation. 
Olmsted  est,  je  crois,  le  premier  qui  ait  remarqué  et  signalé,  en  1833, 
l'existence  d'un  centre  d'émanation,  dans  les  pluies  ou  apparitions 
extraordinaires  d'étoiles  filantes  '.  isnn^ 

Une  autre  circonstance  à  laquelle  on  ne  me  parait  pas  avoir  fait 
attention  jusqu'à  présent,  c'est  que  l'émanation  a  lieu  suivant  un  ou 
plusieurs  fuseaux  déterminés,  de  sorte  que  dans  le  voisinage  de  cer- 
tains grands  cercles,  tirés  du  centre  d'émanation,  et  rencontrant 
l'équateur  céleste  dans  des  points  déterminés,  les  météores  sont  plus 
nombreux  et  plus  serrés. 

Mon  but,  en  effectuant  les  calculs  numériques  dont  les  résultats  sont 
consignés  ci-après,  a  été  de  fournir  des  données,  tirées  immédiatement 
de  l'observation,  et  indépendantes  de  toute  hypothèse.  Ce  sont  uni- 
quement des  déterminations  du  centre  d'émanation,  et  des  directions 
suivant  lesquelles  les  trajectoires  sont  plus  multipliées.  Mais  ces  cal- 
culs m'ayant  conduit  à  examiner,  d'une  part  les  erreurs  dont  les 
observations  sont  susceptibles,  et  de  l'autre  les  simplifications  que  com- 
portaient les  méthodes  de  calcul  dont  on  faisait  usage  jusqu'ici,  je 
crois  devoir  entrer  dans  quelques  détails  relativement  à  ces  différentes 
questions.  i-.qrni  ■  (ï»f  .j'.riuMtf  «^  -i  '■■u>oi 

I.  —  DES    ERREURS    PROBA.BLES    DES    0BSERVA.TI0KS    d'ÉTOILES    FILAfîTES.    i 

L'observation  d'une  trajectoire  d'étoile  filante  se  compose  essen- 
tiellement de  la  détermination  de  deux  points  de  la  sphère  céleste, 
situés  sur  cette  trajectpjurp,iné;me^  P^ux^^jc^  s^|Qi§enL 

•  SiUimans  american  Joumafm^.  XXV/p.'S^^'l  ^t,  J  JBlfiOd  »b.iuioq  llb  Iisil  À 


6  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

assigner  la  position  d'une  droite,  et  jusqu'ici  tous  les  astronomes  ont 
admis  que  les  trajectoires  vraies  des  étoiles  filantes  sont  des  lignes 
droites  ',  Us  se  fondent  pour  cela  sur  le  jugement  porté  par  tous  les  ob- 
servateurs. La  presque  totalité  des  étoiles  filantes  paraissent  se  mouvoir 
dans  des  directions  rectilignes.  Une  très-faible  courbure  de  la  trajec- 
toire serait  sensible  pour  un  œil  exercé.  Or,  on  ne  remarque  rien  de 
semblable  dans  la  marche  apparente  des  étoiles  filantes,  à  un  très- 
petit  nombre  d'exceptions  près.  Quelques-uns  de  ces  météores  ont 
affecté,  il  est  vrai,  des  trajectoires  curvilignes,  et  quelques  autres  ont 
été  signalés  pour  avoir  décrit  des  crochets;  mais  ces  exceptions  sont 
rares  et  peu  nombreuses.  Il  semble  donc  qu'on  puisse  admettre  en 
général,  sans  craindre  d'erreur  sensible,  que  les  étoiles  filantes  se 
meuvent  dans  des  grands  cercles  de  la  sphère  céleste. 

Il  est  évident  que  la  détermination  de  ces  grands  cercles  sera  d'au- 
tant plus  précise  qu'elle  résultera  de  la  situation  de  deux  points  plus 
éloignés  entre  eux.  Aussi  tous  les  observateurs  s'accordent-ils  à  définir 
chaque  trajectoire  apparente  d'étoile  filante  par  les  points  d'apparition 
et  d'extinction  de  l'étoile.  La  difficulté  de  l'observation  est  de  préciser, 
d'indiquer  ces  points  avec  une  exactitude  suffisante.  C'est  dans  l'acte 
de  déterminer  ces  deux  points  qu'il  existe  une  source  d'erreur. 

Plusieurs  méthodes  ont  été  employées  pour  reconnaître  les  points 
d'apparition  et  de  disparition  d'une  étoile  filante.  La  plus  simple  sans 
aucun  doute  consiste  à  désigner  ces  points  par  les  noms  des  étoiles 
fixes  avec  lesquelles  ils  coïncident.  Cependant,  comme  la  coïncidence 
est  rarement  bien  rigoureuse,  et  comme  il  y  a  de  grandes  étendues  du 
ciel  qui  sont  dénuées  d'étoiles  fixes  visibles  à  l'œil  nu,  l'inexactitude 
qui  subsiste  est  quelquefois  considérable.  En  traçant  immédiatement  la 
trajectoire  sur  une  carte  céleste,  la  précision  s'accroît  certainement, 
mais  l'observateur  est  distrait  plus  longtemps  de  l'inspection  du  ciel. 
Au  reste,  lorsqu'on  désigne  au  besoin  non  pas  sur  quelle  étoile  fixe, 
mais  entre  quelles  étoiles  fixes  le  météore  s'est  trouvé,  on  atteint  une 

'  Correspondance  mathématique  et  physique,  tom.  IX,  p.  190. 


PÉRIODIQUES.  7 

exactitude  égale  sans  doute  à  celle  du  tracé  sur  une  carte.  Les  deux 
procédés  ne  forment  qu'une  seule  méthode,  qui  consiste  à  déterminer 
la  trajectoire  d'une  étoile  filante  par  deux  points  de  la  sphère  céleste 
rapportés  aux  étoiles  Bxes.  Brundèset  Benzenberg  sont,  à  ma  connais- 
sance, les  premiers  auteurs  de  cette  méthode  *. 

Plusieurs  observateurs,  entre  autres  K.  Littrow  *,  déterminent  la 
trajectoire  par  rapport  à  l'horizon,  en  évaluant  l'élévation  et  l'azimut 
de  chacun  des  points  déterminatifs.  Lorsqu'on  a  pour  but  de  soumet- 
tre les  trajectoires  à  certains  calculs,  particulièrement  à  la  recherche 
du  centre  d'émanation,  cette  méthode  a  le  grave  inconvénient  d'exiger 
une  réduction  particulière  pour  chaque  étoile  filante.  Le  nombre  des 
météores  rend  nécessairement  ce  travail  très-long.  Les  observations 
sont  par  conséquent  exposées  à  demeurer  infructueuses  sous  ce  rap- 
port, l'étendue  des  calculs  étant  doublée. 

Une  troisième  méthode,  proposée  par  K.  Littrow  \  consiste  a  em- 
ployer un  théodolite  particulier  à  la  détermination  des  points  du  ciel 
dont  il  s'agit.  La  nature  de  l'instrument  indique  déjà  que  les  coor- 
données sont  rapportées  à  l'horizon,  et  l'on  retombe  ainsi  dans  l'in- 
convénient de  la  méthode  précédente.  De  plus,  l'opération  du  pointé, 
outre  qu'elle  prend  beaucoup  de  temps,  ne  peut  s'effectuer  que  d'après 
des  souvenirs.  Les  lectures  absorbent  encore  un  temps  précieux  pour 
l'observateur.  Si  cette  méthode  n'exige  pas  une  connaissance  aussi 
parfaite  du  ciel  étoile,  elle  nécessite  du  moins  le  souvenir  du  lieu  et 
des  configurations  des  étoiles  voisines  de  la  trajectoire.  Mais  qui  ne  voit 
pas  que  ces  souvenirs  suffiraient  pour  rapporter  cette  trajectoire  sur 
une  carte  céleste.  -  t. 

La  grande  majorité  des  observateurs  ont  jusqu'ici  rapporté  les 
étoiles  filantes  aux  points  du  ciel  étoile  près  desquels  elles  ont  paru 
et  elles  se  sont  éteintes.  J'ai  suivi  la  même  marche  dans  les  observations 
que  j'ai  faites  de  ces  météores  en  août  1842.  C'est  particulièrement 

'  Brandës,  Beobachtungen  iiber  die  Stemschnuppen.  Leipzig,  1825,  in-8». 

»  Annalen  der  KK.  Slemwarte  zu  Wien. 

*  Complet  rcndm  de  i  académie  des  sciences,  tom.  Vf,  p.  92t.       i>'L'hf..j\woi  îr»n)>  |f'i,ro 


»  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

pour  celte  méthode  que  je  vais  examiner  l'importance  des  erreurs  que 
l'on  peut  commettre. 

Quand  l'observation  d'une  étoile  filante ,  au  lieu  de  fournir  sim- 
plement les  deux  extrémités  de  la  trajectoire  ,  donne  encore  un  point 
intermédiaire ,  il  est  facile  de  reconnaître  la  précision  des  observa- 
tions, en  calculant  l'angle  formé  par  les  deux  trajectoires  partielles. 
Ainsi,  si  l'on  fait  passer  un  grand  cercle  par  le  point  d'apparition 
de  l'étoile  et  par  le  point  intermédiaire  qu'elle  a  occupé ,  puis  un 
autre  grand  cercle  par  ce  même  point  et  par  le  point  d'extinction , 
l'angle  de  ces  deux  grands  cercles  approchera  d'autant  plus  de  180" 
que  la  détermination  des  points  qui  servent  à  les  conduire  aura 
été  plus  exacte. 

Mes  observations  d'août  1842  fournissent  deux  exemples  dans  les- 
quels la  trajectoire  a  été  indiquée  par  trois  étoiles.  Le  premier  est 
celui  du  météore  n"  67  du  9  août.  Le  point  de  départ  de  l'étoile  filante 
était  a  Cephei,  et  son  point  d'aboutissement  y  Lyrae.  Dans  l'inter- 
valle de  ces  deux  fixes,  l'étoile  filante  a  passé  sur  yj  Lyrae .  Les  positions 
de  ces  trois  astres ,  d'après  le  catalogue  de  la  société  astronomique , 
et  en  se  bornant  aux  minutes  d'arc,  étaient  respectivement  : 

a  Cephei.  i>  Lyrae,  y  Lyrae. 


AR SlS'iS'  287°5'  283°15' 

D -H   61.55  -+-  58.55  -\-  32.29. 


■5':» 


D'après  ces  données ,  il  est  aisé  de  trouver ,  au  moyen  des  for- 
mules ordinaires  de  la  trigonométrie  sphérique ,  que  l'angle  formé 
par  les  deux  trajectoires  partielles  était  de  177°33'. 

La  différence  de  cet  angle  avec  ISO''  est  très-légère.  La  route  de 
l'étoile  filante  n'ayant  manifesté  aucune  apparence  de  courbure ,  il 
faut  chercher  la  cause  de  cette  différence  dans  le  défaut  de  coïnci- 
dence exacte  entre  les  étoiles  fixes  nommées  et  la  trajectoire  du  mé- 
téore. L'erreur  de  chacune  des  trois  déterminations  est  probablement 
différente.  Cependant,  dans  l'impossibilité  d'indiquer  les  rapports 

.-^  «lia  i  -J^     ««iw  M 


PÉRIODIQUES.  9 

de  ces  erreurs ,  nous  les  supposerons  égales  entre  elles.  Nous  allons 
donc  chercher  à  quelle  distance ,  en  arc ,  de  chacune  des  étoiles 
fixes  indiquées ,  l'étoile  filante  a  dû  passer  pour  ne  décrire  qu'un 
seul  et  même  arc  de  grand  cercle,  dans  l'hypothèse  oii  cette  dis- 
tance aurait  été  la  même  par  rapport  à  chaque  fixe.  A  cet  effet,  dé- 
crivons autour  de  chaque  étoile  fixe  donnée  un  cercle ,  tracé  sur  la 
sphère  céleste ,  et  ayant  pour  rayon  un  arc  de  grand  cercle  égal  à 
l'erreur  de  l'observation.  Les  trois  cercles  tracés  autour  des  trois 
points  observés  seront  égaux  entre  eux  en  vertu  de  la  supposition 
précédente.  Faisons  ensuite  passer  un  arc  de  grand  cercle  tangent  à 
ces  trois  circonférences.  Ce  dernier  arc  représentera  la  trajectoire 
réelle. 

Les  petits  cercles  tracés  autour  des  points  déterminatifs  étant 
égaux  entre  eux,  la  trajectoire  réelle  coupera  les  trajectoires  par- 
tielles observées  chacune  en  son  milieu.  Le  grand  cercle  joignant 
ces  deux  milieux  sera  par  conséquent  cette  trajectoire  réelle.  L'arc 
de  grand  cercle  conduit  de  l'étoile  fixe  intermédiaire  perpendiculai- 
rement sur  cette  même  trajectoire,  sera  l'erreur  cherchée  de  la 
détermination,  l'erreur  de  l'observation.  On  peut  donc  très-facile- 
ment ,  par  la  simple  résolution  de  triangles  sphériques ,  résoudre  le 
problème  que  nous  venons  de  poser.  En  appliquant  cette  marche  de 
calcul  à  l'étoile  filante  n°  67  du  9  août,  j'ai  trouvé  pour  la  distance, 
supposée  égale ,  de  chaque  étoile  fixe  déterminatrice  à  la  trajec- 
toire de  l'étoile  filante  ramenée  à  un  seul  et  même  arc  de  grand 
cercle....  0°7'. 

Le  second  exemple  dans  lequel  j'ai  noté  trois  points  de  la  tra- 
jectoire est  celui  du  n"  84  du  1 1  août.  La  route  de  l'étoile  filante 
est  spécifiée  par  les  deux  fixes  â'  Draconis  et  y  Draconis,  et  par  le 
point  milieu  de  la  droite  qui  joint  ::  et  p  Herculis,  d'ailleurs  très- 
voisines  entre  elles.  J'ai  mentionné  à  l'instant  même  que  l'observa- 
tion était  très-rigoureuse.  On  peut  donc  regarder  cet  exemple  comme 
moins  sujet  aux  erreurs  de  détermination.  Les  trois  points  du  ciel 
observés  sont  :  -     niaw. ^i\'j^i.  .•^vm-vm^i 

Ton.  XVIII.  2 


iO  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 


^  Draconis. 

•y  Draconis. 

Entre  r  et  p  Herculis. 

AR 

....        288°  7' 

268°i4' 

258°27' 

D 

....-»-  67.23 

-+-    51.31 

+  57.  9 

On  en  tire  pour  l'angle  formé  par  les  deux  trajectoires  partielles.... 
174o38'.  L'erreur  de  chaque  observation,  toujours  dans  la  supposi- 
tion que  les  trois  erreurs  soient  égales  entre  elles,  s'élève  à  0°24'. 

Cette  dernière  détermination  était  cependant  favorable.  L'erreur 
que  l'on  est  exposé  à  commettre,  dans  l'observation  de  chaque  point 
de  la  trajectoire ,  est  ordinairement  plus  considérable.  On  peut  la 
porter  sans  doute  à  un  degré.  Aussi  me  suis-je  borné,  dans  les 
calculs  qui  se  trouvent  ci-après ,  à  prendre  les  positions  des  étoiles 
fixes  déterminatrices  à  1°  près.  Il  serait  illusoire ,  dans  la  plupart 
des  circonstances  ordinaires,  de  vouloir  répondre  de  quantités  d'un 
ordre  moindre. 

J'emploierai  encore  ici ,  à  l'appui  de  la  limite  que  je  viens  de  fixer 
approximativement,  l'observation  du  n°  62  du  11  août.  Je  vais  trans- 
crire textuellement  la  note  que  j'inscrivis  sur-le-champ  dans  mes 
observations  :  «  Le  n^  62  parut  auprès  de  e  Cassiopeae  ;  il  marchait 
»  vite^  et  s'était  approché  fort  près  de  y  Cephei,  lorsque  sa  marche 
»  se  ralentit  subitement,  et  que  sa  direction  fit  un  crochet  vers 
))  l'Ouest.  La  traînée,  qui  subsista  un  instant,  reproduisait  la  figure 
»  de  ce  crochet.  L'angle  des  deux  portions  de  la  trajectoire  pouvait 
»  être  d'environ  160".  w  Dans  les  colonnes  du  registre  des  observa- 
tions, le  point  de  disparition  est  indiqué  à  x  Cygni.  Les  trois  points 


donnés  sont  ici 


e  Cassiopeœ.  y  Cephei.  x  Cygni. 


AR 27»16'  353°29'  288021' 

D.  ... H- 70.  8  ,  -+-,76.45  -f-  33.  5. 


fï 


L'angle  des  deux  trajectoires  partielles,  calculé  d'après  ces  nom- 
bres, a  dû  être  156°!'.  Je  l'avais  donc  jugé  avec  assez  d'exactitude  en 


PÉRIODIQUES.  11 

l'estimant  à  160°.  La  route  de  l'étoile  filante  avait  été  indiquée  à 
l'instant  de  l'observation ,  comme  ayant  présenté  une  figure  crochue. 
Et  cependant ,  en  supposant  que  la  trajectoire  réelle  eût  été  rectili- 
gne,  il  ne  faudrait  attribuer  que  l°AT  d'erreur  à  chaque  détermi- 
nation, pour  accorder  les  observations  avec  cette  hypothèse.  Cet 
exemple  me  paraît  prouver  sufiisamment  que  la  courbure  des  trajec- 
toires, lorsqu'elle  existe,  est  sensible  à  l'œil,  quand  même  elle  est 
peu  prononcée.  Il  prouve  encore  que  l'erreur  de  chaque  détermina- 
tion, dans  le  cas  dont  il  s'agit,  ne  montait  pas,  à  beaucoup  près  , 
à  l''47'.  Je  pense  donc  qu'on  peut  s'en  tenir  à  la  limite  de  1°  que  j'ai 
cru  pouvoir  fixer  tout  à  l'heure. 

■■1 

n. DE  LA  DÉTERMINATION  DES  COORDONNEES  DD  CENTRE  d'ÉMANATION.      j 

Si  toutes  les  trajectoires  des  étoiles  filantes  passaient  rigoureuse- 
ment par  le  centre  d'émanation ,  il  suffirait  de  deux  de  ces  trajectoires 
pour  trouver  les  coordonnées  de  ce  point.  Celui-ci  coïnciderait  alors 
avec  l'intersection  des  deux  grands  cercles  décrits  par  les  deux  météo- 
res. Mais  il  est  loin  d'en  être  ainsi.  Les  trajectoires  ne  partent  pas 
rigoureusement  du  centre  d'émanation.  Elles  passent  à  plusieurs  de- 
grés ,  dans  la  plupart  des  cas,  du  point  désigné  comme  tel  par  l'en- 
semble des  observations.  Il  faut  donc  pouvoir  combiner  celles-ci,  dans 
le  plus  grand  nombre  possible ,  pour  déterminer  la  situation  la  plus 
probable  du  centre  d'émanation.  Chaque  étoile  filante  doit  par  con- 
séquent fournir  une  équation  de  condition ,  qu'on  puisse  combiner 
avec  toutes  les  autres  par  la  méthode  des  moindres  carrés.  Comme  les 
coordonnées  du  centre  d'émanation  sont  au  nombre  de  deux ,  l'ascen- 
sion droite  et  la  déclinaison ,  ces  équations  ofiriront  deux  inconnues. 

On  s'était  d'abord  contenté  de  fixer  le  lieu  du  centre  d'émanation 
d'après  des  tracés  graphiques.  Ce  procédé  imparfait  a  cessé  d'être  em- 
ployé, depuis  que  Ad.  Erman  a  fait  connaître  des  formules  propres  à 
cet  objet  ',  et  qui  ont  d'ailleurs  de  la  ressemblance  ayçç^çeljies  dont 

*  Astrommische  Nachrichten ,  a?  385,  Bd.  XVU,  S.  l(Ka'i  *»!,      i«9êl  aiiè  Ùb  B  ,&?Ta 


It  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

Argelander  a  fait  usage  pour  déterminer  le  point  de  concours  des 
mouvements  propres  des  étoiles  ' .  Ces  formules  sont  indirectes.  Elles 
consistent  à  chercher  les  corrections  que  l'on  doit  apporter  aux  coor- 
données déjà  approximativement  connues  du  point  qu'il  s'agit  de 
déterminer.  Elles  ont  d'ailleurs  l'inconvénient  d'exiger  des  calculs 
numériques  beaucoup  plus  laborieux  que  celles  que  je  vais  présenter 
ici. 

Pour  définir  une  trajectoire  d'étoile  filante,  il  suffit  de  donner  deux 
choses  :  la  direction  suivant  laquelle  elle  coupe  l'équateur  céleste,  et 
l'angle  du  plan  qui  la  contient  avec  celui  de  cet  équateur.  J'appellerai 
N  l'ascension  droite  du  nœud  de  la  trajectoire  sur  l'équateur  céleste, 
et  i  son  inclinaison.  Maintenant  si  ces  deux  quantités  sont  données 
pour  une  étoile  filante  quelconque,  l'ascension  droite  «  et  la  déclinai- 
son (?  d'un  point  quelconque  du  grand  cercle  ainsi  défini ,  auront 
entre  elles  la  relation  connue  : 

tang.  cf  =  tai|g.  t  sin.  [a.  —  N). 

Développons...  sin  (a — N),  et  divisons  toute  l'équation  par...  cos.  «; 
il  viendra  :/|_.j,.)  .aig  g^p  ubnaHs 

tane;  j-  '   '^J'V>  lufh  DflOJ!  Jll 

— — =  tang.  «  COS.  N  tang.  a  —  tang.  t  sin.  N [Al. 

COS.  a 

Cette  équation  est  de  la  forme 

et  se  prêtera  à  l'applicâtfbn'de' fa  méthode  des  moindres  carrés.  La 
combinaison  des  équations  de  condition  fournies  ainsi  par  chaque 
étoile  filante  conduira  à  deux  équations  finales ,  d'où  l'on  pourra  dé- 
duire enfin  «  et  à,  qui  seront  les  coordonnées  du  centre  d'émanation. 

Xa  formation  de  chacune  de  ces  équations  de  condition  n'exige , 

i-jiiovué  {'Vôi 

*  Argelander ,  DLX  stellarum  fixarwm  positiones  mediae;  Helsingfors,  4835,  in-4°,  Introd. 


^.       PÉRIODIQUES.  13 

ainsi  qu'on  le  Toit,  que  la  connaissance  des  deux  angles  N  et  i.  Si 
Ton  désigne  par  a,  et  e/, ,  Oî  et  d, ,  les  ascensions  droites  et  les  dé- 
clinaisons des  deux  points  donnés  de  la  trajectoire,  on  aura  :         ^ 

b 

tang.  a,  cos.  a,  —  tang.  Oj  cos.  a, 

tang.,- tang.d.  tang.  d.        «* 

*  sin.  (a,-  N)        sin.  (o,  — N)  ^  ^  't 

Le  calcul  numérique  d'une  équation  de  condition,  d'après  ces  for- 
mules, exige  16  logarithmes,  y  compris  la  double  détermination  de 
tang.  i,  qui  sert  de  vérification.  ,,„  nb  kiuïi»  r.omi^-nBÏ  f\ 

On  remarquera  que  N  peut  avoir  deux  valeurs  différant  entre 
elles  de  180°.  Ces  deux  valeurs  désignent  les  deux  points  d'intersec- 
tion de  la  trajectoire  avec  l'équateur  céleste,  lesquels  sont  diamé- 
tralement opposés.  L'inspection  du  sens  du  mouvement  distingue 
ces  deux  points  l'un  de  l'autre.  J'ai  toujours  employé  le  nœud  des- 
cendant ,  qui  me  donnait  le  point  dans  lequel  l'étoile  filante ,  partie 
du  centre  d'émanation  ,  allait  rencontrer  l'équateur  céleste.  Suivant 
celle  des  deux  valeurs  de  N  que  l'on  emploie ,  tang.  i  reçoit  des  valeurs 
égales,  mais  de  signes  différents,  attendu  que  sin.  (a  —  N)  =  — sin. 
(  o  — N —  180°).  On  obtient  donc  d'un  côté  un  angle,  et  de  l'autre 
son  supplément.  En  effet,  en  passant  d'un  nœud  à  l'autre,  on  change 
le  côté  suivant  lequel  se  compte  l'angle  des  deux  plans. 

Toutefois  le  calculateur  n'est  pas  astreint  à  employer  toujours 
de  préférence  l'un  ou  l'autre  des  nœuds.  C'est  ce  qu'il  est  facile 
d'apercevoir  en  remarquant  que  la  condition ,  pour  un  certain 
point ,  d'appartenir  à  tel  grand  cercle  de  la  sphère ,  ne  dépend  nul- 
lement du  sens  dans  lequel  on  parcourt  ce  grand  cercle.  L'inspection 
des  formules  l'atteste  du  reste  au  premier  coup  d'œil.  Si  l'on  prend  suc- 
cessivement N  =  w  et  N  =,n  +  180°,  on  obtient  avec  la  première 
valeur  -j-  tang.  t,  et  avec  la  seconde —  tang  i.  Dans  l'équation  [A] , 
les  produits  -j-  tang.tsin.  net  —  tang.  t  sin.  («  -}-  180°)  serontégaux 
entre  eux  et  de  même  signe.  Il  en  sera  de  même  des  produits  +  tang. 


14  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

«  COS.  w  et  —  tang.  i  cos.  (w  +  180'»).  Quel  que  soit  le  nœud  que 
l'on  emploie ,  pourvu  qu'on  fasse  usage  en  même  temps  de  la  va- 
leur de  i  qui  lui  correspond ,  on  arrivera  donc  à  la  même  équation 
de  condition.  -.;  .^c  Ji 

On  remarquera  encore  que  les  équations  finales  donneront ,  par 
leur  résolution ,  deux  points  diamétralement  opposés  de  la  voûte 
céleste.  Deux  grands  cercles  se  coupent  toujours ,  en  effet ,  dans 
deux  points  diamétralement  opposés.  La  solution  des  équations  finales 
fournit  deux  quantités  ^  et  y.  On  fera  d'abord  y  =  tang.  « ,  et  l'on 
en  tirera  pour  x  deux  angles  qui  différeront  entre  eux  de  180«>.  Main- 
tenant, comme  on  a  a?  cos.  «  =  tang.  S,  il  en  résultera  pour  tang.  â 
deux  valeurs  égales,  mais  de  signes  contraires,  suivant  qu'on  em- 
ploiera l'une  ou  l'autre  des  valeurs  de  «.  Ainsi  l'on  obtiendra  ,  par 
la  résolution  des  équations,  deux  points  de  la  sphère  céleste  situés 
à  l'opposite  l'un  de  l'autre ,  et  il  faudra  encore  consulter  ici  le  sens 
du  mouvement  des  météores  pour  distinguer  le  centre  d'émanation 
du  point  de  convergence. 

J'ai  préféré  employer  partout  les  coordonnées  du  centre  d'émana- 
tion, plutôt  que  celles  du  point  diamétralement  opposé,  du  point 
de  convergence.  C'est  le  point  d'émanation  qui ,  dans  nos  climats , 
est  élevé  sur  l'horizon  pendant  l'apparition  du  météore.  Pour  les  ob- 
servateurs de  l'Europe  et  de  l'Amérique  du  Nord,  le  phénomène  est 
donc  un  phénomène  d'émanation.  Dans  les  lieux  ,  au  contraire,  où 
le  point  de  convergence  est  visible,  il  est  naturel  de  penser,  avec 
M.  Quetelet  ' ,  que  le  phénomène  est  un  phénomène  de  concours. 
Il  serait  bien  intéressant,  sans  doute,  d'observer  cette  convergence 
dans  quelque  lieu  de  l'hémisphère  australe  de  la  terre.  Si  les  choses 
se  passaient  comme  nous  le  supposons  ici ,  il  n'y  aurait  plus  de  doute 
que  cet  effet  de  divergence  d'un  côté,  et  de  convergence  de  l'autre, 
ne  soit  purement  un  effet  optique.  Le  mouvement  de  la  terre  dans 
son  orbite  pourrait  seul  l'expliquer ,  et  l'on  aurait  démontré  que  les 

*  Nouveaux  mémoires  de  l'académie  de  Bruxelles,  tome  XV,  Catalog.  des  apparit.  dél.  fil.,  p.  20. 


BaT/,  PÉRIODIQUES.  15 

étoiles  filantes  sont  des  corps  indépendants  de  notre  globe,  ayant  leur 
situation  propre  dans  les  espaces  célestes. 

Je  dois  faire  remarquer  ici  que  la  distinction  de  ces  deux  points 
l'un  de  l'autre  ne  peut  se  faire  que  d'après  la  marche  de  la  majorité , 
et  non  de  la  totalité  des  étoiles  filantes;  car  on  en  aperçoit  un  certain 
nombre  qui  cheminent  en  sens  opposé  des  autres,  se  rendant  au 
centre  d'émanation.  ]Néanmoins  le  partage  des  météores  suivant  ces 
deux  caractères  est  fort  inégal.  Il  sera  donc  toujours  facile  de  re- 
connaître le  sens  général  du  mouvement  apparent  des  étoiles  filantes 
dans  leurs  trajectoires. 

La  situation  du  centre  d'émanation  étant  déterminée,  on  pourrait 
chercher  l'erreur  moyenne  de  chacune  de  ses  coordonnées.  On  em? 
ploierait  à  cet  effet  les  formules  ordinaires  du  calcul  des  probabi- 
lités ;  mais  il  faudrait  connaître  préalablement  l'erreur  de  chaque 
observation.  Ici  cette  erreur  est  évidemment  la  distance  à  laquelle 
la  trajectoire  passe  du  point  obtenu  par  la  combinaison  de  toutes  les 
observations.  Il  s'agit  donc  de  trouver  cette  distance  en  arc  de  grand 
cercle;  pour  la  déterminer  exactement,  il  faudrait  résoudre  successi- 
vement plusieurs  triangles  sphériques  ;  mais  on  peut  l'obtenir  très- 
approximativement  au  moyen  d'une  formule  assez  simple. 

L'angle  p  formé  par  la  trajectoire  d'une  étoile  filante  quelconque 
avec  le  cercle  horaire  qui  passe  par  le  centre  d'émanation ,  diffère 
peu  de  l'angle  p'  compris  entre  ce  même  cercle  et  l'arc  qui  joint  le 
centre  d'émanation  au  nœud  de  la  trajectoire.  Ce  dernier  se  tire  de 
la  relation 

sjn.  p   = ■ 

Tfl  -'!■         COS.    «f  t 

On  pourra  poser  p  =  p'.  Appelons  maintenante  l'erreur  qu'il  s'agit 
de  déterminer,  et  D  la  déclinaison  du  point  d'intersection  de  la  tra- 
jectoire avec  le  cercle  horaire  du  centre  d'émanation.  On  aura  : 

UB  Ho'i 


COS. 

sin,  c  s=!  tin.  LD  rp.c/)  sin.  p  =  sin.  (D  —  <^) 


COS.  t 

y 


16  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

Comme  eet  D  —  Jsont  toujours  assez  petits,  on  peut  remplacer  les 
sinus  par  les  arcs  eux-mêmes,  et  écrire 

Observons  que  l'on  a  sensiblement  ,  ^  ^^,^  »^lààà^ 

D  —  cf  =  (tang.  D  —  tang.  <^) =  (tang.  D  —  tang.  i)  cos.  V. 

ri.  tang.  3 

Effectuant  la  substitution  et  les  réductions,  et  observant  que  tang.  D  = 
tang.  i  sin.  («  —  N),  on  arrive  enfin  à  l'expression  :  J* 

ï  =  sin.  i  sin.  (a  —  Tî)  COS.  <:f — cos.  »  sin.  cA [D]. 

Je  n'ai  pas  effectué  les  calculs  nécessaires  pour  déterminer  les 
valeurs  de  e,  relativement  aux  trajectoires  d'étoiles  filantes  que  j'ai 
considérées.  Le  centre  d'émanation  ne  peut  se  déterminer,  on  le  sait, 
par  les  calculs  antérieurs,  qu'à  quelques  degrés  près  seulement. 
L'erreur  moyenne  de  ses  coordonnées  ne  servirait  pas,  par  consé- 
quent, à  nous  donner  quelque  certitude  sur  l'existence  d'un  point 
mathématique  d'émanation  :  l'émanation  n'a  pas  lieu  de  cette  ma- 
nière ni  avec  cette  rigueur.  J'ai  donc  cru  pouvoir  abréger  les  calculs 
de  toute  la  partie  relative  à  la  formation  et  à  la  résolution  de  l'équa- 
tion [D]. 

Je  reconnais  que  dans  les  formules  de  Ad.  Erman,  l'erreur  moyenne 
s'obtient  plus  aisément;  mais  c'est  qu'on  a  formé  plus  laborieusement 
les  équations  de  condition,  et  qu'on  a  ainsi  exécuté  d'avance  des 
calculs  numériques  que  je  crois  avantageux  de  pouvoir  négliger, 
lorsqu'on  a  quelque  motif  de  se  le  permettre. 

Il  est  essentiel  de  remarquer  qu'on  peut  ranger  les  étoiles  filantes 
que  l'on  observe  dans  les  nuits  d'apparition  extraordinaire,  dans  deux 
catégories  distinctes.  Le  plus  grand  nombre  de  ces  étoiles  filantes 


mm.     PÉRIODIQUES.  17 

passent  à  proximité  du  centre  d'émanation,  tandis  que  quelques  autres 
parcourent  dans  le  ciel  des  trajectoires  tout  différemment  dirigées.  Si 
ces  dernières  partent  d'un  centre  d'émanation,  il  est  distinct  du  point 
d'émergence  des  étoiles  extraordinaires,  et  il  est  moins  bien  caracté- 
risé. Il  est  clair  que  ces  étoiles  filantes  sporadiques  ne  doivent  pas 
entrer  en  ligne  de  compte  dans  le  calcul  du  centre  d'émanation  des 
étoiles  filantes  de  l'apparition  extraordinaire. 

Mais  lorsqu'il  s'agit  de  procéder  à  la  distinction  de  ceux  des  mé- 
téores qu'on  doit  regarder  comme  sporadiques,  on  éprouve  certaine 
difficulté.  On  ne  peut  pas,  en  effet,  assigner  de  caractères  mathéma- 
tiques à  la  classification  des  trajectoires.  Après  avoir  porté  sur  une 
sphère  céleste  un  grand  nombre  de  trajectoires  d'étoiles  filantes,  j'ai 
adopté  la  règle  suivante,  dont  l'application  doit  avoir  pour  résultat 
d'éliminer  peu  d'étoiles  de  l'apparition  extraodinaire ,  et  de  n'en 
comprendre  qu'un  petit  nombre  de  sporadiques.  Cette  règle  consiste  à 
décrire  sur  une  sphère  céleste  un  petit  cercle  d'environ  15°  de  rayon, 
autour  du  point,  approximativement  connu,  qui  représente  le  centre 
d'émanation,  et  à  rejeter,  dans  les  calculs  des  coordonnées  de  ce 
point,  les  trajectoires  qui  ne  passent  pas  à  l'intérieur  de  ce  cercle.      ; 

Si  l'on  admettait  un  instant  que  les  trajectoires  des  étoiles  filantes 
sporadiques  fussent  absolument  arbitraires,  on  calculerait  facilement 
la  probabilité  de  comprendre  une  étoile  filante  de  cette  espèce  parmi 
celles  de  l'apparition  extraordinaire.  Tout  grand  cercle  qui  couperait 
centralement  le  petit  cercle  tracé  autour  du  point  d'émanation,  aurait 
30°  de  sa  circonférence,  compris  à  l'intérieur  de  ce  petit  cercle.  Dans 
la  supposition  indiquée ,  une  trajectoire  d'étoile  filante  sporadique 
couperait,  avec  une  égale  probabilité,  un  grand  cercle  quelconque 
dans  un  point  quel  qu'il  soit  de  sa  circonférence.  La  probabilité  que 
l'intersection  ait  lieu  dans  l'intérieur  du  petit  cercle  serait  ^  =  A. 
Ainsi  sur  douze  étoiles  filantes  sporadiques  on  en  confondrait  une 
avec  les  météores  de  l'apparition  extraordinaire.  Dans  les  calculs  des 
observations  que  j'ai  faites  au  mois  d'août  1842,  j'ai  employé  246 
équations  de  condition ,  se  rapportant  à  autant  d'étoiles  filantes.  De 
ToM.  XVIil.  3 


18  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

ce  nombre  192  sont  relatives  à  des  étoiles  de  l'apparition  extraor- 
dinaire et  54  à  des  étoiles  sporadiques.  Le  nombre  total  des  étoiles 
filantes  observées  était  306  ;  mais  60  trajectoires  n'étaient  pas  suffi- 
samment désignées  pour  pouvoir  être  employées  dans  les  calculs.  Si 
l'on  augmente  les  deux  nombres  192  et  54  dans  le  même  rapport, 
pour  arriver  à  former  le  total  306,  on  obtient  239  et  67.  Cela  revient 
à  supposer  que  parmi  les  étoiles  filantes  non  calculables ,  le  rapport 
entre  les  étoiles  sporadiques  et  celles  de  l'apparition  extraordinaire 
était  le  même  que  parmi  les  étoiles  filantes  calculables.  On  aurait  de 
cette  manière  67  étoiles  sporadiques  pour  9  heures  d'observation  et 
pour  un  seul  observateur.  Ce  serait  7,4  étoiles  par  heure.  Si  l'on 
augmente  maintenant  ce  nombre  de  rj  de  sa  valeur,  on  obtient 
8,1  étoiles  filantes  sporadiques  par  heure,  pour  le  total  des  étoiles 
filantes  de  cette  catégorie.  Un  onzième  de  ces  météores  a  dû  être, 
en  effet,  confondu  avec  les  étoiles  filantes  de  l'apparition  extraor- 
dinaire, d'après  le  calcul  établi  plus  haut,  et  dans  la  supposition  des 
directions  tout  à  fait  arbitraires  de  leurs  trajectoires.  Or ,  il  est  assez 
remarquable  que  ce  nombre  8  soit  exactement  celui  fixé  par  M.  Que- 
telet  pour  les  nuits  ordinaires,  et  pour  un  seul  observateur  '. 

Il  paraît  qu'environ  5  étoiles  sporadiques  sont  englobées  dans  les 
192  étoiles  filantes  attribuées  à  l'apparition  extraordinaire.  Leur  in- 
fluence doit  être  peu  considérable  et  changer  très-peu  de  chose  à  la 
situation  du  centre  d'émanation.  Cette  influence  est  d'autant  moins 
importante  que  les  trajectoires  de  ces  étoiles  filantes  passent  elles- 
mêmes  à  proximité  du  point  d'émergence.  Il  en  serait  tout  autrement 
si  l'on  avait  employé  la  totalité  des  étoiles  sporadiques.  On  conçoit 
par  exemple,  que  la  considération  d'une  trajectoire  qui  aurait  le 
centre  d'émanation  non  pas  pour  un  de  ses  points ,  mais  pour  son 
pôle,  doit  changer  les  coordonnées  obtenues  pour  la  situation  la  plus 
probable  de  ce  point,  d'une  manière  radicale.  C'est  aussi  ce  que  l'on 
remarque  dans  les  tableaux  qu'on  trouvera  plus  loin.  On  y  voit  la 

'  Btdletins  de  l'académie  de  Bruxelles,  toni  III,  n°  dl.  ',\- 


PÉRIODIQUES.  19 

situation  du  centre  d'émanation  changer  quelquefois  de  40  ou  50" 
lorsqu'on  introduit  la  considération  des  étoiles  sporadiques.  Ces  faits 
démontrent  l'inutilité  de  calculer  à  l'avenir  les  équations  de  condi- 
tion qui  dépendent  de  ces  dernières  étoiles.  Aussi  ne  l'ai-je  fait,  dans 
ce  travail ,  que  pour  rendre  cette  remarque  plus  sensible. 

)n« ,  DE    LA   SITUATION    DU    CENTRE    d'ÉMANATION   DES   ETOILES    FILAITIES 

EXTRAORDINAIRES    d'aOUT    DANS    DIFFERENTES    ANNÉES. 

Il  serait  intéressant  de  pouvoir  comparer  la  situation  du  centre 
d'émanation  des  étoiles  filantes  du  mois  d'août ,  dans  des  années  sépa-« 
rées  par  un  certain  intervalle.  On  arriverait  peut-être  ainsi  à  des 
conclusions  aussi  importantes  que  celles  qui  résultent  du  déplace- 
ment de  la  date  du  phénomène  par  la  suite  des  temps.  Malheureuse-j 
ment  l'averse  d'août  n'a  été  signalée  qu'en  1836,  par  M.  Quetelet'4 
Avant  cette  époque ,  non-seulement  on  n'avait  pas  reconnu  leur  pé-^j 
riodicité,  mais  on  n'avait  encore  fait  que  très-peu  d'observations 
précises  sur  les  étoiles  filantes.  Parmi  ces  observations  anciennes, 
j'en  ai  rencontré  cependant  qui  appartiennent  à  l'année  1823;  mais 
elles  sont  peu  nombreuses  et  peu  concluantes.  J'ai  cru  toutefois 
devoir  les  soumettre  au  calcul.  Pour  les  années  plus  récentes ,  1837  ^ 
1839  et  1840,  ces  calculs  avaient  été  exécutés  d'après  un  nombre 
suflisamment  élevé  de  trajectoires.  Mais  il  y  avait  une  lacune  pour 
l'année  1838,  et  une  autre  pour  l'année  1841  :  je  lésai  comblées.  J'ai 
ajouté  enfin  les  calculs  des  observations  que  j'ai  faites  à  Mous  en  1842. 
J'exposerai  ici  avec  quelques  détails,  les  résultats  partiels  de  chaque 
année,  particulièrement  ceux  dont  j'ai  effectué  les  calculs. 

1823,  août  IV. 

Ces  observations  sont  de  Brandès ,  Scholz  et  Feldt  à  Breslau ,  et  de 
Liedtky  à  Gleiwitz.  Elles  sont  consignées  dans  l'ouvrage  de  Brandès , 
Beobachtungen  ûber  die  Slernschnuppen.   Leipzig,    1825,  in-80 , 


20 


SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 


pages  27  à  30.  Je  les  ai  transcrites  ci-après,  en  plaçant  à  côté  de 
chaque  étoile  filante  l'équation  de  condition  qu'elle  fournit.  J'ai  ren- 
fermé entre  parenthèses  les  équations  de  condition  qui  appartien- 
nent à  des  étoilessporadiques. 


Observations  de  Breslau. 
~~1 


i 


TEMPS  MOYEN 
de 

BRESLAD. 


APPABITIO». 


EXTISCTIOU. 


d. 


d. 


kSCty.  DROITE 


nœud  des- 
cendant. 


EQCATIOX 

de 

COSDITIOBI. 


9  b.  45  m. 

10  11 
30 
56 
SO 
30 

11  7 


278;  0' 
26,  0 
300,30 
241,  0 
284,  0 
283,  0 
300,30 


-t-62;  0' 
-1-20,  0 
—  1,20 
H-80,  0 
-+-14,  0 
-H6,30 
-1-  4,  0 


259;  0' 
21,  0 
288,  0 
246,30 
272,  0 
280,  0 
303,  0 


-♦-58;30' 
-4-13,30 
—20,  0 
-t-20,  0 
-^-  4,  0 

-+-  3,30 

,<)«=. 
-1,0 


20i;4 
11,5 
301,3 
255,7 
267,4 
279,2 
302,5 


C2;7 
55,6 
57,6 

113,8 
41,1 
77,4 

116,5 


X  =—iMOy  -+■  0,707 

X  =-t-l,429j/  —  0,292 

X  =-4-0,818j/  -t-  1,343 

{x  =-4-0,559y  —  2,199) 

X  =— 0,040j/  ■+-  0,872 

(x  =-t-0,718j/  -4-  0,442) 

(x  =— l,077j/  —  1,690) 


Ces  observations  fournissent ,  d'après  les  trajectoires  des  quatre 
étoiles  convergentes  ,  pour  le  centre  d'émanation,  les  équations 
finales  ^  ^^ 

X  =  +  0,i0^y  -4-  0,657, 
X  =-(-14,625y  —  1,S58; 

d'où  l'on  tire  «  =  8o40' ,  ^  =  -\-  33°36'.  L'ensemble  des  sept  tra- 
jectoires aurait  donné  pour  équations  finales 

a;  =  -+-  0,087«/  —  0,1167, 
X  ==-f-13,082«  -4-  0,4712. 

On  obtiendrait  de  cette  manière  «  =  357°25'  et  ^  =  —  Q°62' ,  ce 
qui  est  absolument  différent'.J-*«9ifi*^'rt '^^^o^^^m  Mr.  ?.tv  : 

Nous  allons  voir  comment  les  observations  de  Gleiwitz,  qui  sont 
relatives  à  des  étoiles  filantes  identiques ,  donnent  le  centre  d'éma- 
nation pour  cette  seconde  station.  uUioôjijca  ao*  a 


>M7,'  PÉRIODIQUES,   f  ftî;^ 


m 


Observattotis  de  Gleitciiz,  f ;»^»»j 


TEMF)  aUTC.I 


APFAlUriU.I. 


CXTUICTION. 


d. 


UEO 
00  nOEVD 

dcwenil. 


1  .,i..u 

IRCLIH.  ' 


de 

couditior. 


10 

11 

Uh 
10 

45  m 
11 

13 

30 

13 

5G 

14 

50 

17 

BO 

18 

11 

7 

310;  0' 

68,  0 
252,18 
307,30 
220,  0 
345,  0 
201,  0 


M-65;i5' 
-1-55,  0 
9,40 
-1-30,  0 
-t-28,  0 
-1-22,  0 
-f-27,  0 


213;  0' 
120,  0 
241,30 
209,  0 
212,  0 
242,  0 
935,  0 


-H53;'  0' 
-4-58,  0 
-  3,40 
+ii,  0 
-+-20,  0 
-*-20,  0 
-t-lO,  0 


2177 
14,8 
244,4 
210,7 
195,5 
316,8 
235.C 


03^5 
58,9 
51,3 
94,4 
53,1 
40,6 
98,9 


x  =  -*-  12,853j/ -  9,929 
x  =  -»-  1,605y  — 0,425 
x—^  0,539y-+- 1,136 
(X  :s:-t  11 ,158tf- 6,625) 
«=-  l,256y-t- 0,543 
{«=—  0,685y-t- 0,513) 
(x  =  -i-    3.6001/ —  5,254) 


Ces  étoiles  sont  regardées  par  Brandès  comme  identiques  avec  celles 
observées  à  Breslau.  En  éliminant  les  mêmes  numéros ,  on  trouve 
pour  équations  finales 


.•swa^aiMP 


«aya^wr-tTiiTT-  rroaga» 


blasai 


aOlJBnfilï#èNb  -+-15,373)/  — 10.198;         29Jn9^19VIÏ0' 

d'où  l'on  tire  «  =  38<*r  et  J  =  +  11  °27'.  Les  sept  trajectoires  réunies 
fournissent 

X  =  +il,i9Ay  -  8,316;  »  »i»  «iri 

•'jiont/  guoiJiiup'j  liioq  ènaob  iiB-rns  , 

d'où  l'on  déduit  «  =  35ol5'  et  <ï  =  —  S^SS'. 

Il  est  assez  singulier  que  pour  deux  stations  aussi  rapprochées, 
les  résultats  obtenus  par  des  étoiles  identiques  soient  si  différents. 
Peut-être  tous  ces  météores  n'étaient-ils  pas  réellement  identiques. 
Peut-être  aussi  faudrait-il  tenir  pour  sporadique  ,  dans  une  station  , 
telle  étoile  filante  qui  semble,  dans  une  autre  station,  faire  partie 
de  l'apparition  extraordinaire.  Cette  proposition  serait  contraire  aux 


1 


22  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

vues  généralement  adoptées.  Il  semble  donc  qu'on  doive  attirer , 
sur  cette  anomalie  inattendue ,  l'attention  des  calculateurs. 

Si  nous  nous  en  tenons  aux  seules  observations  de  Breslau  ,  et  que 
nous  prenions  l'époque  moyenne  des  quatre  apparitions  réduite  au 
méridien  de  Paris  ,  nous  trouvons  pour  le  lieu  du  centre  d'émana-j 
lion  en  1823,  août  ir,398: 

a  =  8°,40'     cf  =  -t-  33",36',  par  4  étoiles  filantes. 

Ce  résultat,  je  me  hâte  de  le  reconnaître ,  ne  peut  guère  servir  de  base 
à  des  déductions  scientifiques  ,  attendu  le  petit  nombre  des  trajec^ 
toires  sur  lesquelles  il  est  fondé. 

.  1837,  août  10'. 

'  La  situation  du  centre  d'émanation  des  étoiles  filantes  ,  pour  cette 
date ,  a  été  calculée  par  Packendorff  d'après  les  observations  de 
Berlin  et  d'après  celles  de  Breslau.  Les  résultats ,  consignés  dans 
le  n°  404,  Bd.  XVII,  S,  319  ,  des  Astronomische  Nachrichten,  sont 
les  suivants  : 

a  =  S?"!!'     </  =  -+-  57''16',  par  46  observatrons  de  Berlin; 
a  =  41,46      cf  =  +  51  ,"25,  par  200  observations  de  Breslau. 

1838,  aozi/  11*. 

Il  n'existait  jusqu'ici  aucun  calcul  du  point  d'émanation  des  étoiles 
filantes,  pour  l'apparition  extraordinaire  d'août  1838.  J'ai  voulu 
combler  cette  lacune  ,  en  calculant  les  observations  faites  par  Feldt 
et  von  Dittersdorf ,  lors  de  cette  manifestation  du  phénomène.  Ces 
observations  ont  été  faites  à  Braunsberg ,  et  se  trouvent  publiées  dans 
le  n«  372,  Bd.  XVI,  S.  180-182  des  Astronomische  Nachrichten. 
Les  équations  de  conditions  contenues  entre  les  parenthèses  sont 
toujours  celles  fournies  par  les  étoiles  filantes  sporadiques. 


PÉRIODIQUES. 


25 


i 

T»rs  aOTER 

AFPARITIUX. 

ErriRCTioii. 

Aie.   •UtTI 

ÉQUATION 

ii< 

■— ^ — - 

"— '" ■ 

DD    NOIDV 

IRCLIR. 

de 

■ 

B 
K 

•"•— 

«1 

d. 

a. 

d. 

d<iMiid. 

COSDITIOB. 

1 

10  h.  30  m. 

163°    0' 

.^r,M' 

177;  0* 

+55;  0' 

209;2 

iio;4 

x  =  +  2,341y—  1,307 

3 

43 

339,30 

-t-72,  0 

258,30 

+58,  0 

275,4 

103,1 

(ar  =  -  0,406y  -  4,364) 

S 

63 

115,30 

-4-80,  0 

177,  0 

-*-71,30 

179,7 

90,9 

{x  =  +63,650y  +  0,872) 

4 

11         1 

381,30 

+40,  0 

267,  0 

+31,40 

264,6 

61,7 

«  =  —  0,492î/+  1,791 

5 

9 

253,30 

-f-53,  0 

350,  0 

+44,30 

243,1 

83,0 

«  =  —  3,672!/  +  7,234 

0 

18 

304,  0 

-t-15,30 

399,30 

+  9,30 

392,7 

54,8 

x  =  +  0,549y+  1,309 

7 

«i 

377,30 

+10,40 

274,  0 

+  5,S0 

270,4 

56,5 

«  =  —  0,009î/+  1,513 

8 

34 

305,  0 

-4-50,  0 

206,30 

+44,20 

213,3 

96,9 

j;  =  +  7,633y  -  3,279 

0 

37J 

327,30 

+74,30 

197,40 

+56,  0 

180,0 

78,4 

X  =  +  4,891y  +  0,001 

10 

33 

330,  0 

+86,30 

22,30 

+83,  0 

52,1 

93,5 

x  =  —10,149î/ +13,030 

11 

13        4 

274,  0 

+88,40 

201,40 

+63,  0 

199,1 

88,7 

(x  = -41 ,995j/ +14,570) 

13 

53 

284,  0 

+30,40 

280,  0 

+32,30 

326,1 

138,5 

X  =  —  0,734y  —  0,493 

13 

34 

265,30 

+62,30 

374,  0 

+56,20 

301,0 

106,8 

x=-  l,704y-  2,835 

14 

43 

272,30 

+64,  0 

381,30 

+59,  0 

314,2 

108,0 

(X  =  -  3,645y  +  3,173) 

15 

48 

367,  0 

+68,  0 

359,  0 

+63,20 

230,2 

76,4 

x  =  —  2,148y—  2,211 

16 

13        3 

274,30 

+25,20 

374,  0 

+21,  0 

271,8 

84,4 

(x  =  +  0,330y  +10,230) 

17 

14 

296,30 

+28,40 

393,30 

+22,  0 

285,1 

70,2 

X  =  +  0,723y  +  2,675 

18 

19 

57,30 

+37,  0 

53,30 

+30,  0 

49,0 

78,9 

X  =  +  3,344y  -  3,849 

10 

37 

35,30 

+88,20 

146,30 

+75,30 

152,2 

91,5 

(x  =  +34,182y +17,943) 

En  ne  tenant  pas  compte  des  étoiles  filantes  sporadiques ,  il  reste 
13  équations  de  condition ,  qui  donnent  pour  équations  finales 


X  =—    0,028y 
a;  =  — 631,350y 


1,506, 
533,710; 


d'où  l'on  obtient  «  ==  41ol7'  et  d=  +   48°3'.  L'ensemble  des  19 
trajectoires  aurait  fourni 


X  =  +    2,826»/  +  2,926, 
X  =  -»-  78,u08y  —  5,094; 


d'où 


4o33'.  i  =  -h  72020'.  On  voit  encore  icL;coinbién  le  ré- 


24  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

sultat  admis  serait  illusoire  ,  si  l'on  introduisait  la  considération  des 
trajectoires  des  météores  sporadiques.  Nous  pourrons  renouveler  cette 
même  remarque  dans  toutes  les  déterminations  qui  suivent. 

L'instant  moyen  des  apparitions  des  13  étoiles  filantes  extraordi- 
naires répond  à  août  11', 494,  temps  moyen  de  Braunsberg.  Nous  au- 
rons donc  définitivement,  pour  août  ll',445,  temps  moyen  de  Paris: 

a  =  41°I7',  J  ==  -i-  48°  3',  par  15  étoiles  filantes. 

I8d9,  août  9,  10  et  \V. 

Les  étoiles  filantes  se  sont  montrées  cette  année,  au  mois  d'août,  en 
très-grande  abondance.  Elles  ont  été  observées  dans  beaucoup  de 
lieux.  Les  observations  de  Berlin  des  9  et  10  août  ont  été  calculées  par 
Ad.  Erman,  et  celles  du  1 1,  faites  dans  la  même  station,  par  Petersen,, 
Les  résultats  de  ces  calculs  sont  insérés  dans  le  n°  385,  Bd.  XVII  | 
S.  10-1 1  des  Astronomische  Nachrichten.  Les  observations  deKônigs- 
berg  ont  été  calculées  par  Petersen  qui  a  publié  ses  nombres  dans 
le  no  404,  Bd.  XVIII,  S.  319  du  même  journal.  En  rapportant  les 
instants  moyens  des  observations  de  Berlin  au  temps  moyen  de  Paris , 
on  a,  d'après  ces  deux  calculateurs: 

Août     9; 487  a  =  44°52',  i  =  ^  50°H'  par  50  étoiles  filantes,  \ 

10,406  a  =  43,33  ,  cT  =  -t-  S2,23   par  48  »  !  à  Berlin. 

11,434  oL  =  58,27 ,  ^  =  +  51,  3   par  43  »  )  .'^ym*> 

10  a  =  34,51  ,  J  =  -i-  55,33   par  75  »  )  .    ,  '    'r 

11  «  =  3o,  7,  cT  =  +  55,17   par  74  »  j  ^  l^ôn.gsberg. 

1840,  août,  9k 

Les  étoiles  filantes  observées  à  cette  date  à  Philadelphie,  ont  été 
calculées  par  Forshey,  relativement  à  la  position  du  point  d'émana- 
tion. On  trouve  les  résultats  dans  le  n»  428,  Bd.  XVIII,  S.  325  des 
Astronomische  Nachrichten.  L'auteur  a  divisé  la  nuit  du  9  août  en 
trois  portions,  et  a  calculé  séparément  les  coordonnées  du  point  de 
convergence  pour  ces  trois  périodes.  Des  instants  moyens  qui  y  répon- 


PÉRIODIQUES.    '  «vJg  25 

dent  sont  donnés  ci-dessous  en  temps  moyen  de  Paris ,  et  les  coordort-" 
nées  sont  relatives  au  centre  d'émanation.        î-mv..,!!.  i^ 

Aoùi,  w>~i     .        :<('<"  H',  'I  ~  H-  SS'-iC',  par  12  étoiles  filant«s, 
'J,7(;o     :  -=  31,43  ,,/  =  -♦-  53,26  ,  par  15  — 

9,844    «  —  39,45  ,  rf't»  -+-  55,  7',  par  29 1  Jl'iO^ 

Les  instants  moyens  des  trois  périodes,  comptés  du  méridien  du  lieu 
d'observation,  étaient  respectivement  9',456,  9',544  et  9',629. 


ISUj  août,  9K 

H')  ,Jiunn  i^i 

'^Les  observations  d'étoiles  filantes  faites  à  cette  époque  n'ont  pas 
encore  été  calculées.  Elles  sont  cependant  très-nombreuses.  J'en  ai 
employé  quelques-unes  à  la  détermination  du  centre  d'émanation. 
J'ai  choisi,  à  cet  effet,  parmi  les  observations  de  Vienne,  qui  comprenJ 
nent  les  deux  nuits  du  9  et  du  11  août  ',  celles  qui  se  rapprochent 
le  plus  de  l'instant  où  l'apparition  météorique  a  dû  atteindre  son 
maximum  d'intensité.  Les  observations  que  j'ai  calculées  sont  celles 
qui  ont  été  faites  le  9  août  après  11  h.  du  soir,  temps  moyen  de  Vienne, 
hors  de  la  présence  de  la  lune.  .  fumiiikiijttio  Aii^tL  *ùs*jiùiyi»  i- , ..  uo 
Les  trajectoires  des  étoiles  filantes  sont  rapportées  par  K.  Littrow 
à  l'horizon  du  lieu  d'observation.  Pour  les  ramener  à  l'équateur 
céleste,  il  faudrait  déterminer,  lors  de  chaque  observation,  la  situation 
delà  sphère  étoilée,  et  calculer,  par  des  triangles  sphériques,  les  ascen- 
sions droites  et  les  déclinaisons  des  points  qui  sont  donnés  par  leurs 
azimuts  et  leurs  hauteurs.  J'ai  cru  cependant  pouvoir  éviter  la  plus 
grande  partie  de  ce  travail,  dans  les  calculs  relatifs  à  l'apparition 
de  1841.  Les  observations  que  j'ai  employées  n'embrassent  pas  plus 
de  trois  quarts  d'heure  de  durée.  Dans  un  pareil  intervalle  de  temps, 
l'azimut  et  la  hauteur  d'un  point  fixe  de  la  voûte  céleste,  situé  par- 
rapport  à  l'horizon  comme  l'était  le  centre  d'émanation  des  étoiles 

'  Annakn  der  K.  K.  Stemwarte  zu  Wien,.  von  K.  Liltrmc.  Bd.  XXI,  Slemschnuppenbeob., 
S.  6-1'       i  "'i''^''  " 

ToM.  XVIII.  4 


-26 


SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 


filantes,  varient  à  peu  près  proportionnellement  au  temps.  Je  me  suis 
donc  permis  de  déterminer  directement  l'azimut  et  la  hauteur  du 
point  d'émergence  des  météores,  comme  si  le  ciel  étoile  restait  immo- 
bile relativement  à  l'horizon;  puis  j'ai  converti  ces  coordonnées  en 
ascension  droite  et  déclinaison,  en  donnant  à  l'horizon  et  à  l'équateur 
céleste  les  positions  respectives  qu'ils  occupaient  à  l'époque  moyenne 
des  observations.  L'erreur  du  résultat  obtenu  de  cette  manière  ne 
s'élève  qu'à  un  petit  nombre  de  minutes  :  elle  est  donc  bien  inférieure 
à  l'erreur  probable  du  résultat  lui-même,  et  les  calculs  sont  considé- 
rablement abrégés. 


HEURE, 

APPABITIOX. 

DISPARITIOR. 

AZmtT 

ÉQUATION 

temps  moyen. 

Azimut. 

Hauteur. 

.Isimut. 

HaDt«ur. 

DD  IIOEUD 

descend. 

iNctirr. 

de 
CONDITION. 

11  h.    Om. 

209» 

3G'' 

159° 

29» 

iio;i 

36^3 

X  =  —  0,253»/  —  0,691 

2 

74 

74 

44 

46 

32,7 

79,3 

(x  =  -h  4,4502/  —  2,859) 

4 

145 

43 

130 

31 

106,2 

56,1 

X  =  -  0,415î>  —  1,429 

4 

212 

38 

188 

36 

119,7 

38,0 

X  =  —  0,387î/  —  0,679 

7 

175 

39 

157 

29 

125,8 

46,9 

a;  =     -  0,G23j/  —  0,868 

8 

179 

36 

159 

32 

102,1 

36,7 

X  =  —  0,156y  -  0,729 

10 

232 

41 

348 

38 

18,1 

122,7 

a;  =  -  1,481  y  -+-  0,484 

10 

145 

31 

131 

27 

81,8 

34,0 

X  =  -+-  0,096»/  —  0,667 

11 

254 

57 

6 

39 

28,2 

115,0 

a;  =  —  1,893y  ■+-  1,013 

12 

211 

46 

194 

42 

137,6 

47,2 

X  =  —  0,797»/  -  0,729 

15 

65 

17 

55 

11 

38,0 

53,8 

(x  =  -t-  0,527»/  —  0,412) 

17 

290 

48 

310 

32 

332,2 

121,2 

X  =:  -  1,462»/  —  0,771 

21 

135 

45 

107 

40 

50,3 

45,1 

X  ^  -i-  0,641  y  —  0,773 

23 

321 

33 

340 

35 

73,2 

145,8 

(x  =  -  0,197î/  -4-  0,652) 

20 

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54 

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(x  =  H-  2,867j/  —  0,437) 

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y  =  -*-  1,376 

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38 

115,0 

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X  =  ~  0,537î/  -  1,150 

51 

234 

56 

289 

83 

44,5 

96,3 

X  —  —  6,43Gj/  -t-  6,334 

31 

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{y  =  -+-  0,364) 

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39 

57,7 

97,0 

{X  =  -'  4,372»/  -H  6,912) 

34 

55 

51 

54 

34 

52,8 

88,2 

{x  =  -+-19,4622/  -4-25,639) 

35 

244 

57 

272 

44 

305,4 

119,7 

X  =  -  1,0162/  -  1,429 

37 

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41 

260 

32 

293,1 

132,6 

X  =  -  0.461»/  -  0,985 

43 

333 

35 

302 

16 

284,0 

42,9 

(a;  =  -4-  0,224»/  -\-  0,900) 

PÉRIODIQUES. 


27 


Les  équations  de  condition  renfermées  entre  des  parenthèses,  ap- 
partiennent aux  étoiles  filantes  sporadiques. 

Les  étoiles  de  l'apparition  extraordinaire  donnent  pour  équations 
finales 


X  =—  1,012  1  y  —  0,204  C, 
35  =  —  3,473  G  y  -4-  2,503  5; 


d'où  l'on  déduit,  pour  l'azimut  A  et  la  hauteur  H  du  centre  d'émana- 


tion 


faoft  ei) 


A  =  227<-46',  H  =  41»34'. 


A  l'époque  moyenne  des  observations,  l'ascension  droite  du  cercle; 
horaire  qui  passait  au  méridien  était  309°22'.  On  connaît  de  plus  la' 
colatitude  géographique  de  Vienne,  laquelle  est  41°47'.  Il  est  facile 
de  trouver,  d'après  ces  données ,  l'ascension  droite  a  et  la  déclinaison  i 
du  centre  d'émanation.  J'ai  obtenu  «=  32o28',tï=  +  56°5'. 

Si  l'on  avait  fait  entrer  en  ligne  de  compte  les  étoiles  filantes  spora- 
diques, le  nombre  des  équations  à  combiner  se  seraitélevé  de  15  à  22, 
et  l'on  aurait  obtenu,  par  la  méthode  des  moindres  carrés,  pour  équa- 
tions finales:  ,i     î   «è 

À  X  ==  -+-  0,334}/  -4-  1,243, 

■  X  =  +o6,466t/  -V  33,494. 


La  résolution  de  ces  équations  nous  aurait  donné 
1  A  =  317»2',  à  À  ^W;  "" 


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ce  qui  répond  aux  coordonnées  célestes  a  ==  343o53',  â  =  +  0<*3r. 
f  En  résumé,  on  peut  considérer  que  le  centre  d'émanation  des  étoiles  s 
filantes  de  l'apparition  extraordinaire,  était  situé  en  août  1841,  à 
l'époque  9',433,  temps  moyen  de  Paris ,  en  un  point  dont  les  coordon- 


nées étaient 


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-*•  36°5',  par  15  étoiles  fllantes. 

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28  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

iioJà  «9b  mis:    1842,  aoM^9,  lOet  ll'nq  3a.:  ifa 

Bien  que  les  étoiles  filantes  aient  été  observées  en  1842  dans  de 
nombreuses  stations ,  je  ne  connais  encore  aucune  détermination  du 
centre  d'émergence  pour  cette  année.  J'effectuerai  ces  calculs  d'après 
les  observations  que  j'ai  faites  à  Mons  à  celte  époque.  J'indiquerai 
dans  le  cinquième  paragraphe  les  circonstances  propres  à  faire  con- 
naître la  portion  de  la  voûte  céleste  que  j'apercevais ,  et  le  temps 
que  l'inscription  de  chaque  observation  pouvait  absorber.  L'instant 
d'apparition  d'une  étoile  filante  était  noté  au  dixième  de  minute  seu- 
lement ,  et  la  durée  de  l'apparition  du  météore  était  comptée  d'après 
le  nombre  de  pulsations  qu'une  montre  ordinaire  effectuait  pendant 
cette  durée.  Cette  montre  faisait  288  battements  par  minute. 

Le  9  août  les  observations  ont  commencé  aussitôt  que  l'affaiblis- 
sement du  crépuscule  a  permis  de  distinguer  la  voie  lactée  et  les 
petites  étoiles ,  et  on  les  a  poursuivies  jusqu'à  la  disparition  de  la 
voie  lactée  par  le  crépuscule  du  matin.  Dans  cette  durée  de  cinq 
heures  et  demie,  on  s'est  interrompu  une  demi-heure  pour  prendre 
quelque  repos ,  et  l'on  a  perdu  encore  quelques  minutes ,  à  deux 
reprises  différentes ,  pour  déterminer  le  temps  absolu  par  des  hau- 
teurs de  «  Lyrae  et  de  «  Cygni.  Le  nombre  des  étoiles  filantes  notées 
a  été  de  155. 

Le  10 ,  les  observations  n'ont  pu  commencer  qu'après  minuit 
et  demi.  Un  orage,  accompagné  d'un  fort  coup  de  vent,  avait 
éclaté  dans  la  soirée.  A  10  heures  le  ciel  était  entièrement  couvert, 
et  bientôt  après  il  tombait  un  peu  de  pluie.  Mais  après  minuit  le 
ciel  s'éclaircit  et  l'on  put  commencer  les  observations.  Pendant  toute 
leur  durée,  qui  fut  d'une  heure  pour  cette  nuit,  le  vent  du  sud 
soufflait  avec  violence. 

Le  11  août ,  les  observations  commencèrent  aussitôt  que  la  voie 
lactée  devint  visible.  Mais  on  ne  les  prolongea  pas ,  comme  l'avant- 
veille,  jusqu'au  retour  du  crépuscule,  parce  qu'on  pouvait  facilement 


PÉRIODIQUES»  4  I  ^rj^  29 

s'apercevoir  que  le  phénomène  était  à  son  déclin ,  et  que  les  étoiles 
sporadiques  étaient  presque  en  nombre  égal  à  celui  des  étoiles  con- 
vergentes ou  extraordinaires.  Je  quittai  le  lieu  d'observation  vingt 
minutes  après  minuit,     f.     f'>  '     ?       f... ':>      : 

Les  tableaux  qui  suivent  contiennent  les  données  recueillies  dans 
ces  observations.  On  y  a  joint  les  ascensions  droites  et  les  décli- 
naisons des  étoiles  déterminatrices ,  exprimées  seulement  en  degrés  , 
conformément  aux  motifs  indiqués  dans  le  premier  paragraphe.  On 
a  ajouté  à  la  mention  de  chaque  météore,  toutes  les  fois  que  sa  tra- 
jectoire était  suffisamment  définie  ,  l'ascension  droite  du  nœud 
descendant  de  cette  trajectoire  sur  l'équateur ,  et  son  inclinaison 
par  rapport  à  ce  plan.  Enfin  ,  dans  une  dernière  colonne ,  on  a  in- 
séré l'équation  de  condition  fournie  par  cette  même  trajectoire  , 
pour  le  calcul  du  centre  d'émanation. 

J'ai  transcrit  textuellement ,  à  la  suite  du  tableau  des  observa- 
tions de  chaque  nuit ,  les  remarques  que  j'avais  jointes  aux  obser- 
vations mêmes.  oiriDzinoq  b  es!  no  ih  .  3?ff»it^  eé« 

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SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 


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presque  toutes  des  points  nombreux  de  ressemblance.  La  grande  ma- 
jorité étaient  de  la  deuxième  ou  troisième  grandeur;  leur  marche 
était  régulière  ;  leur  visibilité  durait  un  peu  plus  d'une  demi-seconde; 
leur  éclat  était  luisant,  dans  le  genre  de  celui  de  «  Persei.  Elles  lais- 
saient en  général  une  traînée  étroite,  rectiligne,  plus  jaunâtre  que 
l'étoile,  formée  de  globules  et  ressemblant  à  un  chapelet  à  grains 
serrés.  Le  plus  souvent  l'étoile  croit  en  intensité  pendant  les  premiers 
moments  de  son  apparition,  elle  atteint  ensuite  son  maximum  d'éclat, 
puis  elle  s'efface  en  s'affaiblissant  graduellement  dans  la  dernière  par- 
tie de  son  cours.  La  traînée  commence  seulement  à  être  laissée  sur  la 
trajectoire,  lorsque  l'étoile  est  devenue  suffisamment  brillante.  Quand 
l'étoile  s'affaiblit ,  elle  ne  traîne  plus  de  queue. 

))  La  traînée  est  plus  faible  à  ses  deux  extrémités.  Celle  du  n»  67  a 
persisté  au  moins  cinq  secondes.  Elle  était  parfaitement  immobile 
dans  le  ciel. 

))  Un  fait  frappant  et  incontestable ,  c'est  que  les  étoiles  filantes  se 
montraient  par  couples ,  du  moins  pendant  une  grande  partie  de  la  ^  : 

nuit.  Plusieurs  étoiles  m'ont  ainsi  échappé  pendant  que  j'en  notais 
une  première.  Dans  la  moitié  des  cas  environ,  les  deux  éléments  d'un 
couple  étaient  d'une  similitude  extrême  et  suivaient  à  peu  près  la 
même  route.  J'en  ai  vu  qui  marchaient  de  conserve  ;  un  cas  de  ce 
genre  a  été  remarqué  pendant  qu'on  prenait  des  hauteurs  de  a  Lyrae  : 
1  ne  figure  pas  dans  les  observations  précédentes. 

»  Pendant  la  dernière  heure ,  il  m'a  semblé  qu'il  y  avait  moins  de 
couples. 

))  Les  étoiles  filantes  de  petites  grandeurs ,  et  celles  instantanées 
étaient  fort  rares.  » 


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PÉRIODIQUES.  39 

((  Deux  de  ces  étoiles  filantes ,  les  n°«  36  et  54,  méritent  des  men- 
tions particulières. 

))  Le  n°  36  s'est  montré,  faible  d'abord,  à  la  moitié  de  la  distance 
qui  sépare  k  Persei  de  y  Persei.  Il  a  atteint  et  même  dépassé  la  troi- 
sième grandeur;  puis  il  s'est  effacé  graduellement.  Pendant  ce  temps  , 
l'étoile  s'est  approchée  normalement  de  la  ligne  qui  joint  >?  et  y  Persei, 
puis  elle  s'est  reculée  par  la  même  route.  Je  ne  puis  pas  dire  si  le  mo- 
ment où  la  marche  s'est  renversée  a  coïncidé  avec  le  maximum  d'éclat. 
Des  autres  circonstances,  je  suis  parfaitement  assuré.  La  totalité  de 
l'espace  parcouru  s'est  élevé  à  peine  à  un  demi-degré. 

»  Le  n"  54,  de  l'éclat  de  Venus,  s'abaissait  majestueusement.  Ar- 
rivé à  quelque  distance  de  l'horizon ,  il  a  jeté  une  flamme  instantanée , 
comme  s'il  faisait  explosion,  mais  sans  bruit.  Il  est  ensuite  descendu 
un  peu  en  dessous  de  /3  Tauri,  et  a  laissé  une  large  traînée,  qui  se 
tenait  immobile  de  «  Aurigae  qu'elle  laissait  à  droite,  à  /3  Tauri  qu'elle 
laissait  à  gauche. 

))  En  général,  les  météores  m'ont  paru  plus  rapides ,  moins  inten- 
ses ,  et  plus  prédisposés  à  parcourir  la  partie  boréale  du  ciel ,  que  dans 
les  observations  d'hier.  Sous  tous  les  autres  rapports,  ils  étaient  par- 
faitement semblables  à  ceux  de  la  veille.  » 

J'ai  fait  connaître  plus  haut  que  les  observations  de  cette  nuit  n'ont 
pu  commencer  que  très-tard,  à  cause  du  mauvais  temps.  A  la  fin  de 
ces  observations  le  vent  du  Sud  avait  acquis  une  grande  violence; 
bientôt  des  nuages  parurent,  et  à  M""  20™  le  ciel  était  de  nouveau 
couvert.  Il  est  à  regretter  que  cette  nuit,  pendant  laquelle  le  nombre 
des  météores  était  si  considérable,  n'ait  pas  été  plus  favorable. 


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PÉRIODIQUES. 


45 


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44  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

a  En  général ,  les  étoiles  filantes  étaient  plus  brèves  que  les  deux 
jours  précédents ,  et  circonscrites  dans  un  plus  petit  espace  du  ciel. 

))  Le  n°  1 ,  cité  pour  sa  marche  vacillante,  —  car  je  n'observais  pas 
encore  régulièrement,  —  descendait  vers  l'horizon  avec  le  mouve- 
ment indécis  d'un  cerf-volant  qui  tombe. 

»  Le  n"  62  parut  auprès  dee  Cassiopeae ;  il  marchait  vite,  et  s'é- 
tait approché  fort  près  de  y  Cephei,  lorsque  sa  marche  se  ralentit 
subitement,  et  que  sa  direction  fit  un  crochet  vers  l'Ouest.  La  traînée, 
qui  subsista  un  instant ,  reproduisait  la  figure  de  ce  crochet.  L'angle 
des  deux  portions  de  la  trajectoire  pouvait  être  d'environ  160°. 

»  Les  n"s  71  et  72  étaient  d'un  beau  rouge,  et  tout  semblables 
entre  eux.  Ils  ont  offert  tous  les  deux  des  traînées,  qui  différaient  beau- 
coup de  celles  des  autres  étoiles  filantes.  Elles  étaient  coniques ,  la 
base  au  corps  de  l'étoile.  Au  lieu  de  persister  sur  la  trajectoire,  elles 
suivaient  l'astre.  » 

Lorsque  toutes  les  équations  de  condition  qui  figurent  dans  les  ta- 
l)leaux  pécédents  ont  été  formées  ,  je  les  ai  combinées  par  la  méthode 
des  moindres  carrés.  Mais  au  lieu  de  les  réunir  en  un  seul  groupe , 
je  les  ai  fractionnées  en  plusieurs ,  dans  le  but  de  rechercher  si  la 
situation  du  centre  d'émanation  éprouve  quelque  changement,  soit 
par  suite  de  la  rotation  diurne  de  la  terre,  soit  par  l'effet  des  différentes 
phases  de  l'apparition  extraordinaire.  Déjà,  dans  les  calculs  de  quel- 
ques années  antérieures ,  on  avait  groupé  séparément  les  observations 
des  différentes  nuits.  Dans  ceux  de  1840,  Forshey  a  commencé  à  sub- 
diviser la  nuit  en  plusieurs  périodes.  C'est  cette  dernière  marche  que 
j'ai  suivie.  Mais  le  culculateur  américain  n'avait  opéré  que  sur  une 
seule  nuit  d'observations,  tandis  que  les  tableaux  qui  précèdent  nous 
en  offrent  trois  successives. 

Afin  de  donner  à  l'une  des  périodes  l'époque  moyenne  de  minuit 
environ ,  je  forme  un  groupe  particulier  des  observations  comprises 
entre  onze  heures  et  demie  et  douze  heures  et  demie.  Les  deux  autres 
périodes  comprennent,  l'une  les  observations  qui  précèdent   onze 


PÉRIODIQUES. 


i5 


heures  et  demie  ;  l'autre  celles  qui  suivent  douze  heures  et  demie. 

La  nuit  du  9  août  1842  nous  fournit  les  trois  périodes;  celle  du 
10  ne  donne  que  la  troisième;  enfin  celle  du  onze  ne  comprendque 
les  deux  premières.  Les  instants  moyens  relatifs  à  chaque  période  ont 
été  réduits  au  temps  moyen  de  Paris. 

J'ai  combiné  d'abord  les  équations  de  condition  qui  se  rapportaient 
aux  seules  étoiles  de  l'apparition  extraordinaire ,  en  éliminant  celles 
relativesaux  étoiles  filantes  sporadiques.Ensuitej'ai  fait  entrer  ces  der- 
nières en  ligne  de  compte  ;  mais  l'irrégularité  des  résultats  que  l'on  ob- 
tient de  cette  dernière  façon,  ne  permet  pas  de  tirer  aucune  conclusion. 

Le  tableau  ci-dessous  renferme  les  équations  finales  et  les  résultats 
qu'on  déduit  de  leur  résolution. 


■N   ÉLIMinANT 

LES   iTOIlES  FILANTES  SPOBADIQDES. 

184'i,août9i,430. 

X  =  +    l,Z67y  -+-  1,324  8, 

X  =  +  29,453y  —  7,517  8. 

»  =  |7»29'    d'  =  -i-  SOD'  par  50  étoile»  filantes. 

1843,  août  gJ,40C. 
X  =  -y-  1,283  3y  -♦-  0,786  8, 
X  =  -♦-  5,387  9»  -  2,172  3. 
a  =  55"47'    <f  =  -H  54°15'  par  19  étoiles  filante*. ,.,.  , . 

1842,  août  01,570. 
«  =  —      0,304  5y  -+-     1,770  2, 
»  =  —  107,452  5y  -i-  50,439  1. 
X  =  27"2'      cT  =  -»-  55«12'  par  54  étoiles  fiUnttt.  y  ^ 

1842,  août  10J,544. 
X  =  +  1,215  6y  -+■  0,455  5, 
X  =  -t-  9,072  6y  —  6,714  9,  ., 

a  =  42"93'    <J~  =  -t-  49°8'  par  35  étoiles  filantes. 

1842,  août  111,429. 

X  =  -♦-        0,10y  -t-        2,29, 

X  =  -t-  2211,42y  —  2606,64. 

a  =:  49*45'    J'=  -¥■  58'22'  par 34  étoiles  filantes. 

1842,  août  lli,49t. 

X  =  4-  1,457  8y  -<-  0,004  9, 

X  =  -♦-  0,264  7y   —  1,639  5. 

a  =s  »7'1J4'    rf  =r  -t-  55*59'  par  18  étoiles  filantes. 


ES   EMPLOTAHT 
É6ALEHEIIT   LES  ÉTOILES  FILàlITES  SFOkADIQCES. 


X 


a=347''54' 


;  -+-     2,180y  -t-  2,123  9. 
'  +  25,71 3y  -H  7,310  3. 
j^  =r  -+-  58°4'  par  37  étoiles  filantes. 


X  ■ 

X  ■ 

56"20' 


X 
X 

24»16' 


=  M-    0,949y  H-    4,294 , 
=  -f  31,238y  -  41,193. 
tt=-i-  72»29'  par  23  étoiles  filantes. 


0,164  1y 
164,698  7y 


1,251  1. 
75,406  4. 


/!J'r.>   >!î 


<t  =  -t-  46-58'  par  71  étoiles  filantes. 


ce  s 


X  =  -+-  3,982  4y  -+-  1,451  3. 
,  a;  =3  -4-  77,703  Oy  -+-  19,685  5. 
546»6'    J"  =  -t-  25»2r  par  38  étoiles  filantes. 

X  =  -    1,846  2y  ■+■  0,657  1 , 
X  =  -  42,419  Oy  -t-  4,665  5. 
5o40'      <f  —  +  24ol8'  par  49  étoiles  filante».f 

:  «  <*»  rf- ,  i8,715y.-»-i  1 1  7,708  , 
X  =  -  78,064y  -i-  124,429. 
57<>«'      </  =  -+-  62ol5'  par  20  étoiles  filantes. 


46  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

De  tous  ces  calculs,  comparés  entre  eux  et  avec  ceux  des  années 
antérieures,  il  nous  paraît  résulter  : 

1^  Qu'on  n'a  pas  de  raison  de  supposer  un  déplacement  progressif 
du  centre  d'émanation  de  l'averse  d'août,  soit  aux  différentes  heures 
du  jour,  soit  par  la  suite  des  années  ; 

2°  Que  la  situation  de  ce  point  est  mieux  définie  par  les  intersec- 
tions mutuelles  des  trajectoires  des  météores,  lorsque  le  phénomène  a 
acquis  une  certaine  intensité  ; 

3°  Qu'on  peut  admettre  pour  les  coordonnées  du  centre  d'émana- 
tion, tant  pour  l'Europe  occidentale  que  pour  l'Amérique  du  Nord, 
«  =  35°  cî  =  +  55°. 


IV.    DE    LA.    DIRECTION    PREDOMINANTE    SUIVANT    LAQUELLE  LES    METEORES 

PARTENT    DU   CENTRE   d'ÉMANATION. 


Si  la  direction  suivant  laquelle  les  étoiles  filantes  partent  du  centre 
d'émanation  était  entièrement  arbitraire,  la  moyenne  du  lieu  des 
nœuds  sur  l'équateur  le  serait  également.  Or,  il  n'en  est  pas  ainsi, 
comme  on  peut  s'en  convaincre  par  les  résultats  que  je  vais  réunir  ici. 
On  savait  déjà,  par  les  recherches  de  Brandès,  que  les  étoiles  filantes 
affectent  une  orientation  particulière  par  rapport  à  l'horizon  ;  mais 
on  n'avait  pas  signalé  jusqu'ici  un  fait  analogue  par  rapport  à  l'équa- 
teur céleste. 

Ce  qui  semble  assez  singulier,  dans  cette  prédominance  des  inter- 
sections vers  tel  point  de  l'équateur  céleste,  c'est  que  l'introduction 
des  trajectoires  des  étoiles  filantes  sporadiques  change  à  peine  le 
résultat.  On  voyait  tout  à  l'heure  combien  la  considération  de  ces 
étoiles  déplaçait  le  centre  d'émanation.  Or,  ici  les  moyennes  sont  à 
peine  différentes  suivant  que  l'on  y  fait  entrer  ou  que  l'on  élimine  les 
trajectoires  de  ces  météores.  Je  sais  bien  que  leur  nombre  étant  peu 
considérable,  elles  doivent  exercer  peu  d'influence  sur  des  moyennes; 
mais  on  peut  s'assurer,  en  prenant  la  moyenne  des  lieux  des  nœuds 


PÉRIODIQUES. 


47 


des  étoiles  filantes  sporadiques,  considérées  indépendamment  de  toutes 
les  autres  étoiles  filantes,  que  cette  explication  n'est  pas  suffisante. 

J'entends  ici  par  lieu  moyen  des  nœuds  des  trajectoires ,  le  point  de 
la  circonférence  de  l'équateur  qui  serait  déterminé  de  la  manière 
suivante  :  Si,  sur  une  circonférence  sans  pesanteur,  on  place,  aux  lieux 
qui  répondent  à  chacun  de  ces  nœuds,  des  poids  égaux  entre  eux,  la 
direction  du  rayon  qui  passera  parle  centre  de  gravité  du  système  dé- 
terminera la  situation  moyenne  des  nœuds  sur  cette  circonférence. 

Les  calculs  rigoureux  pour  prendre  la  moyenne  conformément  à 
ce  principe  seraient  fort  longs  ;  mais  on  peut  remarquer  que  les  nœuds 
des  trajectoires  varient  généralement  assez  peu  autour  d'un  certain 
point  de  l'équateur.  Remplaçant  donc  les  cordes  par  les  arcs,  j'ai  pris 
la  moyenne  arithmétique  des  lieux  des  nœuds  situés  entre  0°  et  180°,  et 
celle  des  lieux  des  nœuds  qui  tombaient  entre  180"  et  360°.  La  pre- 
mière moyenne  était  ordinairement  inférieure  à  la  seconde,  diminuée 
de  180°.  La  moyenne  générale  devait  par  conséquent  tomber  vers  le 
point  0°,  soit  un  peu  en  deçà ,  soit  un  peu  au  delà.  Dès  lors  en  ajoutant 
360°  à  chacun  des  nœuds  inférieurs  à  180°,  afin  de  continuer  la  gradua- 
tion au  delà  du  zéro,  la  moyenne  générale  était  le  résultat  cherché. 

Sans  doute  ce  procédé  est  imparfait,  mais  il  suffit  pour  constater  la 
prédominance  d'une  direction  particulière  dans  les  trajectoires  des 
étoiles  filantes,  relativement  à  l'équateur  céleste.  Voici  les  nombres 
que  j'ai  obtenus: 


ÉPOQUES   MOYENNES. 


B!(  ÉLIMINAJIT  LES  ÉTOILES  FILANTES  SPORADI9DES. 


aOlBRB 

d'Aoilti  fil. 


ROVBIB 

d'ëloiluGl. 


LIBV   aOTtli 

des  nieads. 


KB  BBPUtTABT 

les  et.  fil.  spor. 

LUC  MTBB 

des  nœuds. 


1843,  août  9J,43. 
»  0,50 
..  9,57 
.'     10,54 

•  11,43 

•  11,49 


11 8°  52' 
C3  58 
70  35  ' 
90  34 

106  40 
37  54 


10 

Uni 


|[ 


987°  53' 


20 


Un 


11 


"1 


8 


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293  11 
291  50 
332  16 


14 

17 

31    ' 
10  ' 


231 -32' 
324  19 

■•yi'^i 

5f i  86 


t 


227' 17' 

320    5 

''      17  55 

'"«0  51 

'   500  « 

309  2fl 


48  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

Ce  point  moyen  marche  sans  doute  suivant  les  heures  du  jour,  ce 
qui  serait  conforme  à  l'orientation  constante  des  météores  sur  l'ho- 
rizon; mais  on  ne  peut  guère  nier  la  prédominance  des  trajectoires, 
relativement  à  un  certain  point  de  l'équateur  céleste. 

Au  reste,  si  l'on  veut  jeter  les  yeux  sur  les  résultats  individuels, 
on  verra  que  cette  prédominance  y  est  manifeste.  Peut-être  même 
faudrait-il  reconnaître  deux  fuseaux  principaux  d'émergence ,  dont 
les  arcs  médians  aboutiraient  à  l'équateur  vers  240  et  330°  d'as- 
cension droite. 


V.  DE    LA    DÉTERMINATION    DU    MOMENT    OU    UNE    APPARITION    EXTRAORDI- 
NAIRE d'Étoiles  filantes  atteint  son  maximum  d'intensité. 


L'objet  de  ce  pagraphe  est  de  faire  voir  qu'une  expression  com- 
posée de  termes  dépendants  des  puissances  successives  du  temps  t, 
représente  la  formule  empirique  la  plus  simple  qu'on  puisse  sup- 
poser pour  calculer  à  chaque  instant  l'intensité  de  l'apparition ,  et 
pour  en  déterminer  l'instant  du  maximum  et  la  durée.  La  formule 
empirique  qui  se  présente  la  première  à  notre  pensée  pour  repré- 
senter l'intensité  d'un  phénomène  passager ,  discontinu ,  qui  croît 
pendant  un  certain  temps,  atteint  un  viaximum  ,  puis  décroît  en- 
suite, est  celle-ci  : 

Il  =  X  sin.  a  -1-  (3  sin.  2  a  + 


dans  laquelle  n  désigne  l'intensité  du  phénomène,  «,  /3....  des 
constantes ,  et  a  l'angle  qui  a  pour  cosinus  î^^^,  T  étant  l'instant 
du  maximum  d'intensité ,  D  la  demi-durée  du  phénomène ,  et  ^  le 
temps  au  moment  que  l'on  considère.  Les  résultats  numériques  de 
cette  formule  ne  sont  d'ailleurs  admissibles  qu'autant  que  n  est 
positif.  La  fonction  est  donc  nulle  toutes  les  fois  que  (  T —  t)  >  D , 
abstraction  faite  des  signes  de  (T  —  ^)  et  de  D. 


PÉRIODIQUES.  49 

La  formule  posée  plus  haut  se  réduit  à  celle-ci 

n  =  m  -4-  pi  -♦-  çl*  -4- 


lorsqu'on  introduit  pour  sin.  a,  sin.  2a, Içurs  valeurs  en  fonction 

du  temps.  tt  v/  iio'\ 

Nous  avons  dit  que  cos.  a  =  —g—'  donc       ,j  *tt'» 


=  \/'-(¥)' 


su.  a 

y  \  u  j 

'  Olb    110! 

Si  l'on  extrait  cette  racine ,  on  obtiendra  une  série  ordonnée  par 
rapport  aux  puissances  paires  de  T  —  t  ;  si  l'on  développe  ensuite 
ces  puissances,  on  arrivera  à  une  expression  de  la  forme 

sin.  a  =  m,  h-  p,<  -i-  q,V  -+- 


En  se  bornant  aux  deux  premières  puissances  du  temps,  l'ap- 
proximation est  encore  des  quatre-vingt-dix-neuf  centièmes  pour 
o  =  90«  ±  30o. 

Maintenant  on  sait  que  sin.  2a  =  2  sin.  a.  cos.  a.  Si  l'on  mul- 

tiplie  l'expression  précédente  par  2— g—,  le  produit  donnera  encore 
une  expression  de  même  forme,  en  sorte  que 

sin.  2a  =  mt  -H  p^  -«-  q^  -t- 

Il  en  serait  de  même  pour  les  multiples  suivants  de  l'angle  a.  Après 
que  l'on  aura  ajouté  entre  elles  toutes  ces  expressions  ,  multipliées 
respectivement  par  les  constantes  «,  /S...,  on  arrivera  à  la  formule 
annoncée 

On  pourrait  déterminer  les  valeurs  des  quantités  m, p,  q,  ...,  en 
fonction  des  constantes  a,  /3,  ...,  T  et  D.  Lorsque  l'expression  nu- 
mérique serait  formée  d'après  les  observations,  on  pourrait  donc 
trouver  l'instant  du  maximum  du  phénomène  et  sa  demi-durée ,  par 
la  résolution  de  certaines  équations.  Mais  les  relations  des  quantités 
m,  p,  q...  avec  a,  jS...,  T  et  D  sont  très-compliquées,  lorsqu'on 
ToM.  XVIII.  7 


50  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

veut  tenir  compte  de  trois  ou  quatre  termes  dans  le  développement 
de  sin.  a.  Il  sera  ,  par  conséquent,  beaucoup  plus  expéditif  de 
chercher  le  temps  T  qui  répond  au  maximum ,  d'après  la  formule 
ordinaire,  au  moyen  de  l'expression  même 

n  =  m  -^  pt  -¥-  qi^  -¥-.... 

On  sait,  en  efiet,  que  cette  formule  donne  un  maximum  pour  la 
condition 

p  -t-  açi  -I- =  0. 

De  plus ,  si  l'on  nomme  T'  l'instant  qui  répond  au  commencement 
de  la  manifestation  du  phénomène ,  tellement  que  T —  T'  =  D  (en 
admettant  que  le  maximum  coïncide  avec  le  milieu  de  la  durée  ) , 
T'  sera  une  racine  de  l'équation 

m  -i-  pt  -¥-  qf^  -{- =  0. 

Dans  le  cas  des  étoiles  filantes,  n  ou  l'intensité  du  phénomène, 
est  le  nombre  de  météores  que  l'on  aperçoit  dans  un  temps  donné , 
par  exemple  en  une  heure.  Mais  il  faut  avoir  soin  de  tenir  compte 
des  étoiles  sporadiques ,  par  l'addition  d'une  constante  nouvelle  k. 
Ainsi  la  formule  empirique  qui  représentera  l'intensité  d'une  appari- 
tion extraordinaire  d'étoiles  filantes  pour  l'instant  t ,  sera  définitive- 
ment 

n  =  (m  -i-  k)  -^  pi  -i-  qfi  -4- [E]. 

Le  maximum  ,  ou  milieu  de  l'apparition ,  se  déduira  de  la  relation 

o  =  p   -¥-  ^qt  ■+- [F]. 

et  le  moment  initial  ou  final ,  de  celle-ci 

0  =  m  -i-  pt  -\-  ql^  -h- [G]. 

J'ai  essayé  l'application  de  ces  formules  à  mes  observations  d'août 
1842.  La  lune  n'ayant  point  paru  pendant  ces  observations ,  et  les 
étoiles  filantes  n'ayant  été  notées  que  quand  le  ciel  était  entièrement 


PÉRIODIQUES. 


51 


serein ,  je  crois  les  observations  des  différentes  heures  et  des  trois  nuits 
très-comparables.  J'ai  toujours  occupé,  pendant  toute  la  durée  des 
observations,  la  même  position.  J'étais  dans  un  lieu  absolument 
découvert  de  toutes  parts,  sur  le  sommet  de  la  colline  appelée  Mont- 
Panisel ,  près  de  Mons.  J'étais  couché  à  terre ,  les  pieds  tournés 
vers  l'Est.  Je  dois  faire  remarquer  cependant  que  le  nombre  des 
météores  observés  pendant  la  première  partie  de  la  nuit  du  9  août 
devrait  être  légèrement  augmenté.  Je  n'avais  pas  encore  remarqué 
alors  que  beaucoup  d'étoiles  étaient  suivies  d'une  autre  à  peu  d'in- 
tervalle ,  et  j'en  ai  perdu  ainsi  un  certain  nombre  pendant  que 
j'inscrivais  celles  qui  avaient  précédé.  Mais  plus  tard  j'attendais 
toujours  quelques  instants  avant  de  noter  l'observation  ,  et  souvent 
j'avais  ainsi  l'occasion  d'inscrire  deux  numéros  à  la  fois.  Toutes  les 
fois  que  je  le  pouvais ,  je  notais  l'observation  sans  détourner  les 
yeux  de  la  vue  du  ciel. 

Cependant ,  comme  on  n'a  pas  les  éléments  d'une  telle  correction , 
d'ailleurs  fort  petite ,  j'emploierai  les  observations  telles  qu'elles  sont 
données  dans  les  tableaux  du  paragraphe  troisième.  En  les  divisant 
heure  par  heure ,  on  trouve  en  exprimant  les  instants  moyens  en 
parties  décimales  du  jour  ,  et  en  fixant  l'origine  du  temps  au  9  août 
à  midi ,  afin  d'abréger  les  calculs  numériques  : 


IKSTA.IT 

mojron  =:  1. 

?(OXBKE 

d'étoiles  fiUntu 

obiervMS. 

ÉQUATIONS   DE    CONDITION. 

1 

.TOMBBE 

d'étoiles  filantes 
calculé. 

DIFFiBEXCE 
calcul  —  obs«B. 

0>,419 

19 

19 

=  {m-*-k)  +  0,41 9p  +  0,170}  -^- 

0,070r 

^ 

-+-    8 

0,454 

27 

97 

=  (m-+-*)  -t-  0,454p  -4-  0,2065  -+- 

0,094r 

99 

-4-    2 

0,406 

98 

28 

=r  {m-\-k)  -t-  0,496p  -t-  0,9463  + 

0,192r 

31 

-V-     S 

0,548 

44 

44 

=  (m-+-*)  -t-  0,548p-»-  0,3009  -*- 

0,1 65r 

33 

-  11 

0,000 

S9 

39 

=  (m-\-k)  -t-  0,600p  ■+■  0,3609  -•- 

0,21 6r 

35 

-    4 

1,540 

55 

55 

=  (m+k)  -t-  l,549p  +  2,400g  -4- 

5,7  I8r 

57 

-4-    2 

2,410 

52 

32 

=  (m-t-*)  -4-  2,41  Op  ■+-  5,808g  -+- 

13,997  r 

34 

-+-    2 

2,451 

30 

SO 

=  (m-hk)  -^  2,451p  -4-  6,006g  -t- 

14,720r 

52 

-+-    2 

9.492 

33 

S3 

=  (m4-«)  -4-  J,499p  -4-  C,îlîg  -4- 

15,478r 

29 

4 

52  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES 

Le  nombre  27  des  étoiles  filantes  observées  dans  la  seconde  heure 
a  été  conclu  proportionnellement  de  cinquante  minutes  d'observa- 
tion. On  voit  que  j'ai  tenu  compte,  dans  les  équations  de  condition, 
du  terme  dépendant  de  la  troisième  puissance  du  temps.  La  consi- 
dération des  différentes  puissances  du  temps  jusqu'à  la  troisième 
inclusivement  suppose  que  l'on  s'est  arrêté  au  terme  dépendant  de 
{—~Q-Y  dans  l'expression  de  sin.  a ,  et  qu'on  a  employé  les  termes 
correspondants  de  sin.  la. 

Les  équations  finales ,  toujours  d'après  la  méthode  des  moindres 
carrés ,  sont  : 

34,Hd  =  {m  ->r-  k)  -^  l,268p  -t-  2,4129  -t-  5,398r, 

3S,0d2  =  {m  -^-  k)  -+-  i,902/)  -+-  4,257^  -t-  10,032r, 

34,361  =  fm  +  A;j  -4-  2,238p  -t-  5,2745  -.-  d2,666r, 

33,503  =  (m  -^  k)  +  2,357p  -4-  5,660?  -f-  13,7d2r, 

qui  ,  résolues,  fournissent  les  coefficients  numériques  de  la  formule 
empirique 

n  =  +  9,520  +  43,885t  -♦-  0,911  fi  —  6,d98«3. 

C'est  au  moyen  de  cette  formule  qu'ont  été  calculés  les  nombres  de 
l'avant-dernière  colonne  ;  ils  représentent  les  observations  avec  assez 
d'exactitude. 

Pour  déterminer  l'instant  du  maximum,  il  suffit  de  résoudre 
l'équation 

43,885  -4-  d,954t  —  18,594*2  :,=  0. 

Cette  équation  a  pour  racine  positive 

T  =  1^,590, 

en  sorte  que  la  plus  grande  intensité  du  phénomène  aurait  répondu 
au  10  août  à  1 4'' 10-. 

Si  l'on  admettait  cette  détermination  ,  il  faudrait  reconnaître  en 
même  temps  que  l'instant  de  culmination  de  l'apparition  extraordi- 


PÉRIODIQUES.  55 

naire  des  étoiles  filantes  d'août  1842,  a  été  de  plusdecinq  heures  et 
demie  en  retard  sur  la  prédiction  de  K.  Littrow  '.      î  ■  .   • 

Nous  avons  obtenu  m  +  ^  =  9,520.  Si  nous  faisons  k  —  S,]  ainsi 
que  nous  l'avons  trouvé  plus  haut,  l'équation  qui  déterminera  le 
moment  initial  du  phénomène  sera 

—  6,i98/»  -f-  0.977<»  +  43,885<  -+-  1,420  =  0. 

La  solution  de  cette  équation  m'a  donné  pour  racine  applicable  à  la 
question  qui  nous  occupe 

T'  =  —  21.5665. 

Cet  instant  initial  répondrait  au  6  août  à  10''24'".  Ainsi  dès  le  6  août 
au  soir  l'apparition  extraordinaire  aurait  commencé  à  se  manifester. 
Il  n'y  a  dans  ce  résultat  rien  qui  me  paraisse  en  opposition  avec  les 
idées  admises.  Enfin  la  durée  totale  de  cette  apparition  aurait  été 
de  8'7''32"',  et  se  serait  par  conséquent  prolongée  jusqu'au  14  août 
à  17''56-. 

Je  n'attache  pas  une  très-grande  importance  à  ces  différents  résul- 
tats :  je  ne  crois  pas  les  observations  sufiBisamment  nombreuses,  pour 
inspirer  sous  ce  rapport  une  confiance  absolue.  En  observant  les 
étoiles  niantes  d'août  1842,  je  n'avais  pas  pour  but  d'ailleurs  d'en 
déterminer  le  nombre  total.  Mais  ce  genre  d'observation,  beaucoup 
plus  facile  que  la  détermination  des  trajectoires,  traité  par  des  for- 
mules empiriques  telles  que  celle  que  je  viens  d'employer,  fournirait 
cependant  quelque  lumière  à  la  science.  Ainsi,  que  le  moment  du 
maximum  de  fréquence  des  météores  soit  bien  déterminé  pour  plu- 
sieurs années,  et  la  période  du  phénomène,  si  elle  est  régulière,  sera 
connue  indépendamment  des  apparitions  anciennes.  La  durée  de 
l'apparition  conduirait  aussi  à  des  appréciations  de  l'étendue  du  cou- 
rant d'astéroïdes,  dans  le  sens  de  l'écliptique.  Depuis  qu'on  calcule  les 

'  Comptée  rendus  de  tacadémie  des  sciences,  tom.  XIII,  p.  355. 


54  SUR  LES  ÉTOILES  FILANTES,  etc. 

trajectoires  des  étoiles  filantes,  les  observateurs  paraissent  avoir  pour 
but  principal  de  fournir  des  données  à  ces  calculs,  et  rien  n'est  plus 
méritant  sans  doute.  Mais  on  pourrait  aussi  tirer  des  lumières  utiles 
de  la  seule  considération  du  nombre,  rigoureusement  observé.  C'est  là 
ce  que  j'ai  eu  surtout  en  vue  de  montrer,  par  les  calculs  de  ce  der- 
nier paragraphe. 


FIN. 


SUR  LES  CORRECTIONS 


DR 


LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE, 

M.  LIAGRE, 

CiPITAIRE   DD   Simt,   ANGIER   iliyt   DE  L*iCOLE   ■UlTÀIMi   DE   BEL6IQ0E. 
(PraseoU  i  la  i<ioce  du  I"  février  I84S.) 


Ton.  XVIII. 


SUR  LES  CORRECTIONS 


DE 


LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


PREMIÈRE  PARTIE. 


I. 


La  détermination  exacte  des  ascensions  droites  des  étoiles  est  une 
des  opérations  les  plus  importantes  de  l'astronomie;  mais  c'est  en  même 
temps  l'une  des  plus  délicates  et  des  plus  difficiles;  elle  a,  comme  la 
détermination  des  longitudes  terrestres,  l'inconvénient  de  dépendre 
essentiellement  du  temps;  or,  quoique  cet  élément,  considéré  sous  le 
point  de  vue  théorique ,  soit  susceptible  de  servir  de  mesure  aussi 
rigoureusement  que  V espace ,  il  est  cependant  bien  plus  inflexible 
que  ce  dernier  ;  les  instruments  auxquels  il  sert  de  base  sont  moins 
faciles  à  conserver  et  à  subdiviser  que  les  instruments  goniométriques, 
dont  l'homme  peut  augmenter  les  dimensions,  et  rendre  les  subdivi- 
sions plus  nombreuses  et  plus  parfaites ,  à  mesure  que  l'art  de  la 
mécanique  fait  de  nouveaux  progrès.  C'est  pour  ce  motif  que  l'on  a  si 
rarement  déterminé  des  arcs  de  parallèles  terrestres ,  tandis  que  nous 
possédons  un  grand  nombre  de  bonnes  valeurs  d'arcs  de  méridiens  :  la 
première  opération  dépendait  du  temps,  la  seconde  de  l'espace. 


i""  SUR  LES  CORRECTIONS 

Depuis  Picard  et  Roemer,  les  astronomes  ont  renoncé  complètement 
à  obtenir  les  ascensions  droites  des  astres  par  des  mesures  angulaires 
prises  hors  du  méridien;  ils  emploient  exclusivement  la  méthode  intro- 
duite par  ces  deux  grands  observateurs ,  qui  consiste  à  faire  tourner 
une  lunette  dans  le  plan  du  méridien,  et  à  noter  l'instant  que  marque 
une  pendule  astronomique,  lors  du  passage  d'un  astre  au  fil  vertical 
de  l'instrument.  Mais,  pour  que  cette  méthode  donne  des  garanties  suf- 
fisantes d'exactitude,  il  faut  :  l**  que  la  lunette  reste  constamment 
dans  le  plan  du  méridien,  quelqu'inclinaison  qu'on  lui  donne  relati- 
vement à  l'horizon  ;  2°  que  la  pendule  soit  toujours  bien  réglée ,  ou  du 
moins  qu'elle  ait  une  marche  uniforme  et  connue.  ' 

Satisfaire  mathématiquement  à  ces  deux  conditions  est  une  chose 
impossible.  Malgré  le  haut  degré  de  perfection  auquel  on  a  porté  la 
construction  des  pendules  astronomiques,  leur  marche  est  toujours 
sujette  à  de  petites  variations,  et  fût-elle  encore  plus  régulière,  il  n'en 
faudrait  pas  moins  la  contrôler.  En  second  lieu ,  quelque  soin  que  l'on 
puisse  apporter  à  placer  une  lunette  de  manière  à  lui  faire  décrire 
rigoureusement  le  plan  du  méridien ,  elle  en  déviera  nécessairement 
plus  ou  moins ,  soit  immédiatement ,  soit  au  bout  d'un  certain  temps. 
Ce  serait  d'ailleurs  une  prétention  illusoire  que  de  vouloir  rétablir  à 
chaque  fois  cet  instrument  dans  le  plan  géométrique  qu'il  doit  par- 
courir ;  cette  marche  donnerait  lieu  à  des  tâtonnements  sans  fin.  En 
effet,  dans  les  petits  mouvements  que  l'on  produit  par  le  moyen  des 
vis  de  rappel,  la  réaction  ultérieure  provenant  de  l'élasticité  du  métal 
est  telle,  qu'il  faut  toujours ,  pendant  l'opération ,  rester  en  deçà  ou 
aller  au  delà  du  but  que  l'on  veut  atteindre.  Il  vaut  donc  beaucoup 
mieux  ,  lorsque  l'instrument  est  à  peu  près  exactement  établi ,  cesser 
de  le  tourmenter,  et  lui  laisser  prendre  de  lui-même  son  état  d'équili- 
bre :  alors  on  évalue  sa  déviation  ,  et  l'on  ramène  par  le  calcul  chaque 
observation  au  plan  même  du  méridien  où  elle  aurait  dû  être  faite. 
C'est  à  l'école  de  M.  Quetelet  que  nous  avons  puisé  cette  règle ,  de 
fixer  d'abord  aussi  parfaitement  que  possible  les  instruments  dans  la 
position  qu'ils  doivent  occuper,  et  de  n'y  plus  toucher  ensuite  que 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  5 

dans  le  cas  d'absolue  nécessité.  Cette  manière  d'agir ,  avantageuse 
dans  toutes  les  circonstances ,  me  semble  devenir  indispensable  lors- 
que l'on  se  sert  d'instruments  à  grandes  dimensions,  tels  que  les 
lunettes  méridiennes  à  très-larges  ouvertures  que  l'on  construit  main- 
tenant. Quelque  prudence  que  l'on  apporte  en  les  déplaçant  et  repla- 
çant ,  on  risque  toujours  de  donner  naissance  à  des  flexions  ou  à  des 
déviations ,  supérieures  aux  erreurs  que  l'on  voulait  corriger. 

I  Pour  nous  conformer  à  ce  principe,  de  laisser  autant  que  possible 
l'instrument -en  place,  nous  aimons  mieux  calculer  la  collimation, 
que  de  la  déduire  directement  d'expériences  faites  nécessairement  de 
loin  en  loin ,  et  qui  laissent  toujours  planer  quelque  doute  sur  sa  va- 
leur pendant  l'intervalle  qui  s'est  écoulé  entre  ces  expériences.  D'ail- 
leurs, lorsque  l'on  veut  évaluer,  par  le  retournement  de  la  lunette  , 
le  défaut  de  perpendicularité  de  son  axe  optique  sur  son  axe  de  rota- 
tion, il  existe  (outre  le  défaut  inhérent  au  déplacement,  que  nous, 
venons  de  signaler)  une  source  d'erreur  commune  aux  instruments* 
de  toutes  grandeurs.  C'est  qu'il  est  très-rare  que  les  tourillons  re- 
prennent, après  le  retournement ,  une  position  parfaitement  symé- , 
trique  à  celle  qu'ils  occupaient  avant;  en  sorte  que,  dans  le  second 
cas ,  les   erreurs  d'inclinaison  et  de  déviation  azimutale  de  l'axe  ; 
peuvent  différer  sensiblement  de  ce  qu'elles  étaient  dans  le  premier, . 
et  altérer  ainsi  la  valeur  de  la  collimation.  Nous  donnerons  pour  cal-  , 
culer  cette  dernière  correction,  une  formule  très-simple  et  que  nous 
croyons  nouvelle. 

Quant  à  la  seconde  erreur  de  l'instrument,  celle  qui  est  relative  à 
la  déviation  de  son  axe  dans  le  sens  azimutal,  nous  la  corrigerons 
aussi  à  l'aide  du  calcul  et  des  observations  astronomiques.  Ce  moyen 
est  d'ailleurs  celui  que  l'on  emploie  toujours  pour  faire  cette  cor- 
rection. V  'KtM 

Nous  démontrerons  plus  loin  qu'il  est  impossible  de  déterminer  à 
la  fois,  par  l'observation  directe  du  passage  des  astres,  la  marche  de 
la  pendule,  l'inclinaison  de  l'axe  de  la  lunette  et  sa  déviation  azimu- 
tale, quel  que  soit  d'ailleurs  le  nombre  d'équations  de  copditionque 


6  SUR  LES  CORRECTIONS 

l'on  se  donne.  Nous  sommes  donc  forcés  d'évaluer  l'inclinaison  par  le 
moyen  du  niveau  à  bulle  d'air. 

Remarquons  en  passant  que ,  des  deux  tourillons  sur  lesquels  repo- 
sent les  lunettes  méridiennes,  l'un  est  ordinairement  plein,  tandis  que 
l'autre  est  évidé  à  l'intérieur  :  la  disposition  de  ce  dernier  permet  d'é- 
clairer le  champ  de  la  lunette,  au  moyen  d'une  lampe  placée  sur  le  pro- 
longement de  l'axe.  Cet  arrangement  me  semble  vicieux,  car  le  second 
tourillon  ne  doit  pas  être  affecté  de  la  même  manière  que  le  premier  par 
les  changements  de  température ,  et  leurs  contractions  et  dilatations 
ne  peuvent  marcher  parallèlement  '.  Cet  inconvénient  est  augmenté 
par  la  chaleur  de  la  lampe  placée  près  du  tourillon  creux  :  celui-ci  doit 
se  dilater  pendant  l'observation ,  par  l'effet  de  la  chaleur  constante  qui 
le  traverse,  et  produire  ainsi  une  inclinaison  momentanée  de  l'axe  de 
rotation.  Il  serait  donc  à  désirer  que  l'on  creusât  les  deux  tourillons, 
en  les  rendant  aussi  semblables  que  possible  ,  et  que  l'on  éclairât  le 
champ  de  la  lunette  en  plaçant  près  de  chaque  pivot  un  petit  miroir 
qui  projetterait,  dans  la  direction  de  l'axe,  la  lumière  d'une  lampe 
fixe  servant  à  éclairer  le  cadran  de  la  pendule.  La  z,one  elliptique, 
placée  comme  réflecteur  au  dedans  du  tube,  serait  partagée  en  deux 
moitiés ,  l'une  supérieure  ,  l'autre  inférieure ,  correspondant  à  chacun 
des  deux  miroirs.  Si  l'on  intercepte  l'effet  de  l'un  de  ces  derniers ,  une 
moitié  seulement  du  champ  sera  éclairée,  et  l'on  pourra,  dans  la 
moitié  obscure,  distinguer  les  astres  à  lumière  très-faible,  et  même 
observer  leur  passage  sur  le  prolongement  de  la  partie  visible  des  fils. 

Pour  évaluer  l'inclinaison  de  l'axe  de  rotation  d'une  lunette  méri- 
dienne ,  on  se  sert  généralement  d'un  grand  niveau  à  bulle  d'air  très- 
sensible,  que  supportent  deux  branches  recourbées  par  le  haut  en 
forme  de  crochet  :  on  le  suspend  par  ces  branches  sur  les  tourillons, 

•  Je  viens  de  voir  mon  opinion  confirmée,  en  parcourant  le  lll"  vol.  des  Astronomical  observa- 
tions, MADE  AT  TUE  Radcliffe  observatory.  Oxford,  184i.  On  y  trouve  les  lignes  suivantes,  introd. 
page  V  :  /  camiot  account  for  thc  discordances  perceptible  in  tlie  resulls ,  but  on  the  supposition 
that  the  perforated  pivot  is  more  easily  affected  by  changes  of  température ,  than  the  solid  one  : 
they  are  too  great  and  too  consistent  with  preceding  and  following  observations  ,  to  be  ascribed  to 
accidentai  errors. 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  7 

dans  deux  positions  renversées ,  et  l'on  obtient  l'inclinaison  par  la 
méthode  connue. 

Mais  de  cette  manière ,  on  opère  sur  la  surface  supérieure  des  tou- 
rillons, et  l'on  doit  s'être  assuré  au  préalable  qu'elle  est  exactement 
parallèle  à  l'axe  mathématique  autour  duquel  s'effectue  la  rotation. 
Pour  faire  cette  vérification ,  on  suspend  le  niveau  sur  les  deux  touril- 
lons, et  l'on  tourne  lentement  la  lunette  de  manière  à  lui  faire  décrire 
à  peu  près  une  révolution  entière  autour  de  son  axe  :  si ,  dans  ce  mou- 
vement, la  bulle  du  niveau  ne  quitte  passes  repères,  il  est  extrêmement 
probable  que  la  forme  des  pivots  est  parfaitement  circulaire  ,  et  que 
l'on  peut  diriger  la  lunette  vers  tous  les  points  du  méridien,  sans  chan- 
ger aucunement  l'inclinaison  ni  la  déviation  azimutale  de  l'axe.  Cette 
épreuve  n'est  cependant  pas  tout  à  fait  décisive ,  et  elle  peut  quel- 
quefois induire  en  erreur  :  tel  serait  le  cas  où  les  sections  normales 
aux  deux  tourillons  seraient  des  courbes  ovales  qui ,  dans  le  mouve- 
ment de  rotation  imprimé  à  l'instrument,  soulèveraient  ou  abaisse- 
raient de  quantités  égales  les  deux  extrémités  de  l'axe  idéal  :  cette 
disposition,  sans  affecter  l'inclinaison,  pourrait  cependant  faire  varier 
la  déviation  azimutale.  Sous  ce  rapport,  un  système  de  deux  petits 
niveaux ,  pareil  à  celui  que  M.  Gambey  a  adapté  aux  lunettes  méri- 
diennes des  observatoires  de  Paris  et  de  Bruxelles,  me  semble  mériter 
la  préférence  '.  Il  donne  l'inclinaison  de  l'axe  idéal,  et  permet  ainsi 
de  s'assurer  par  expérience  de  la  perfection  avec  laquelle  l'artiste  a 
exécuté  les  tourillons. 

Dans  des  opérations  aussi  délicates  que  l'application  du  niveau  à 
l'axe  d'une  lunette  méridienne,  on  évitera  avec  soin  tout  ce  qui  pour- 
rait rendre  la  température  d'une  des  extrémités  de  la  bulle  supérieure 
à  celle  de  l'autre ,  car  les  indications  données  dans  ce  cas  seraient 
fautives,  la  bulle  se  déplaçant  par  l'effet  de  la  chaleur.  Si  l'on  opère 
avec  le  grand  niveau ,  on  aura  la  précaution  de  ne  pas  s'en  servir 
lorsqu'il  vient  d'être  transporté  d'une  salle  dans  une  autre  ;  mais  on 

*  M.  Biol  a  donné  la  description  et  l'explication  de  ce  système  dans  la  dernière  édition  de  son 
Astronomie,  tome  II,  section  II. 


8  SUR  LES  CORRECTIONS 

attendra,  pour  l'appliquer,  que  le  liquide  qu'il  renferme  ait  acquis 
une  température  sensiblement  égale  à  celle  de  la  salle  d'observa- 
tion. On  se  garantira  par  ce  moyen  des  mouvements  irréguliers  et 
brusques  auxquels  la  bulle  est  sujette,  pendant  qu'elle  se  dilate  ou 
qu'elle  se  contracte. 

Malgré  toutes  ces  précautions,  on  n'obtient  ainsi  que  l'inclinaison 
actuelle  de  l'axe,  et  pour  certains  instruments,  surtout  lorsque  leurs 
dimensions  sont  considérables,  elle  parait  très-variable.  Cependant , 
si  l'on  a  soin  de  prendre  au  commencement  et  à  la  fin  de  chaque  série 
d'observations  d'étoiles  l'inclinaison  de  l'axe  de  rotation ,  on  courra 
bien  peu  de  chances  d'erreur  en  adoptant  pour  l'inclinaison  vérita- 
ble la  moyenne  entre  les  deux  déterminations.  Cette  double  opération 
est,  à  la  vérité,  très-assujettissante,  car  le  maniement  du  grand  niveau 
demande  le  concours  de  deux  personnes,  et  l'emploi  des  petits  exige 
seize  lectures ,  pour  donner  une  fois  la  valeur  de  l'inclinaison.  Nous 
nous  réservons  au  reste  d'indiquer,  dans  la  seconde  partie  de  ce  mé- 
moire ,  un  moyen  qui  dispense  totalement  de  l'usage  du  niveau ,  et 
permet  de  trouver ,  par  les  seules  observations  astronomiques ,  l'incli- 
naison de  l'axe,  aussi  bien  que  les  autres  corrections  de  la  lunette 
méridienne. 

Les  formules  qui  résolvent  les  différentes  parties  du  problème  que 
je  me  suis  proposé  sont  très-simples,  comme  on  le  verra  ,  et  elles  ne 
renferment  guère  que  des  termes  que  l'on  peut  calculer  d'avance  et 
réduire  en  tables ,  de  sorte  que  le  travail  du  calculateur  se  trouve 
ramené  à  très-peu  de  chose.  Elles  permettront,  je  l'espère,  d'adopter 
avec  facilité  la  marche  suivante  :  a  chaque  fois  que  l'on  observe  les 
passages  d'une  série  d'étoiles ,  tirer  des  observations  mêmes  l'état 
actuel  de  la  lunette.  »  De  cette  manière,  l'observateur  sera  sûr  de  ne 
pas  appliquer  à  ses  résultats  des  corrections  intempestives  :  la  seule 
chose  qu'il  ait  à  faire ,  c'est  de  comprendre  ,  dans  la  série  des  observa- 
tions de  chaque  jour ,  quelques  étoiles  fondamentales,  dont  les  ascen- 
sions droites  ne  laissent  aucune  incertitude.  La  suite  de  ce  travail  fera 
ressortir  les  considérations  qui  doivent  guider  dans  le  choix  de  ces 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  f 

étoiles ,  pour  qu'elles  fournissent  les  résultats  les  plus  sûrs  et  les  plus 
avantageux  possible. 

J'ai  divisé  ce  mémoire  en  deux  parties  :  dans  la  première ,  je  déve- 
loppe la  méthode  générale  pour  déterminer ,  au  moyen  des  observa- 
tions de  trois  étoiles  fondamentales,  la  collimation  et  la  déviation 
azimutale  de  la  lunette  méridienne,  ainsi  que  l'avance  absolue  de  la 
pendule;  en  supposant  que  l'inclinaison  de  l'axe  de  l'instrument  ait 
été  obtenue  par  le  niveau  à  bulle  d'air. 

Dans  certains  cas  spéciaux,  l'observateur  pourra  recourir  avec  suc- 
cès à  des  méthodes  particulières ,  appropriées  aux  circonstances  dans 
lesquelles  il  se  trouvera ,  et  aux  moyens  qu'il  aura  à  sa  disposition  : 
elles  sont  exposées  dans  la  seconde  partie  de  ce  travail. 


II. 

Commençons  par  rappeler  la  formule  connue  qui  lie  entre  eux 
l'instant  du  passage  d'un  astre  au  méridien  d'un  lieu,  celui  de  son 
passage  au  fil  vertical  de  la  lunette ,  et  les  erreurs  dont  l'instrument 
et  la  pendule  peuvent  être  affectés  : 

Soit  H  l'heure  que  marque  la  pendule  lors  de  l'observation  du  passage  d'une  étoile  fondamen- 
tale au  fil  milieu  du  réticule. 

AR  l'ascension  droite  de  cette  étoile,  donnée  par  les  tables. 

a    l'avance  absolue  de  la  pendule. 

i  l'inclinaison  de  l'axe  de  la  lunette  dans  le  sens  vertical  ;  désormais  nous  l'appellerons 
simplement  inclinaison  de  l'axe. 

a  la  déviation  de  cet  axe  dans  le  sens  azimutal;  nous  la  désignerons  par  le  seul  mot 
déviation  de  l'axe. 

c     l'erreur  de  collimation. 

/     la  colatitude  du  lieu  d'observation. 

p    la  distance  polaire  de  l'étoile  observée. 

Quant  aux  signes ,  nous  supposerons  : 

Pour  H-  i     que  l'axe  est  soulevé  à  l'Orient. 

-»-  o    que  son  extrémité  orientale  dévie  vers  le  Sud. 

•<-  c     que  le  fil  vertical  décrit  dans  le  ciel  un  petit  cercle  qui  tombe  à  l'occident  du  méridien. 
ToM.  XVIII.  2 


10  SUR  LES  CORRECTIONS  dil 

Ainsi,  chacune  de  ces  trois  erreurs  est  positive  lorsqu'elle  a  pour 
résultat  de  faire  arriver  une  étoile  du  Sud  au  fil  vertical  de  la  lunette 
uprès  son  passage  au  méridien  vrai. 

Pour  fixer  les  idées,  nous  supposerons  dans  ce  qui  va  suivre,  que 
l'étoile  observée  passe  au  sud  du  zénith;  mais  la  relation  à  laquelle 
nous  parviendrons  sera  générale  ,  et  nous  verrons  qu'elle  s'adapterait 
également  bien  à  toute  autre  situation  de  l'astre,  en  ayant  toutefois 
égard  aux  signes  que  prendraient  alors  les  lignes  trigonométriques. 

Les  trois  erreurs  de  la  lunette  étant  supposées  chacune  très-petites, 
on  pourra,  comme  il  est  permis  de  le  faire  pour  ces  sortes  de  quan- 
tités ,  les  considérer  séparément ,  et  en  faire  la  somme  algébrique 
pour  obtenir  l'erreur  totale  qui  résulte  de  leur  ensemble  sur  l'instant 
du  passage  de  l'astre. 

Afin  d'abréger  le  discours  ,  appelons  N  le  point  Nord  de  l'horizon  ; 
S  le  point  Sud  ;  P  le  pôle  céleste  ;  Z  le  zénith  du  lieu  d'observation. 

Si  l'axe  de  rotation  est  incliné ,  le  fil  du  réticule  décrira ,  non  pas 
le  méridien ,  mais  un  grand  cercle  que  je  nommerai  cercle  d'incli- 
naison ,  et  qui  coupera  le  méridien  aux  deux  points  Nord  et  Sud , 
s'en  écartant  le  plus  au  zénith  :  l'angle  de  ces  deux  grands  cercles  est 
égal  à  l'inclinaison  i  de  l'axe.  L'étoile  se  trouvant  sous  le  fil  en  un 
point  E,  sera  donc  à  une  certaine  distance  angulaire  EE'  du  méri- 
dien :  or  le  triangle  sphérique  SEE',  rectangle  en  E',  fournit  la 
relation  : 

sin  EE'  =  sin  ES  sin  ». 

Mais  à  cause  de  la  petitesse  de  l'angle  i,  on  peut  remplacer  son  sinus 
par  l'arc  lui-même,  réduit  en  secondes,  c'est-à-dire,  multiplié  par 
le  rapport  ^'"„  ;  pour  la  même  raison,  il  est  permis  de  faire  sin  EE' 
=  EE'  ^^^,  et  de  substituer  à  l'arc  ES  la  quantité  ES  qui  lui  est  sen- 
siblement égale.  On  obtient  donc  : 

EE'  =  t  sin  E'S  =  i  cos  E'Z, 

ou  enfin 

EE'  =  i  cos  {p  —  l). 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  Cf 

Supposons  en  second  lieu  que  l'erreur  d'inclinaison  n'existe  pas , 
et  que  l'axe  soit  seulement  dévié  dans  le  sens  azimutal  :  le  fil  par- 
courra alors  un  grand  cercle  de  déviation,  qui  coupera  le  méridien 
au  zénith ,  en  y  faisant  avec  lui  un  angle  a ,  et  qui  s'en  écartera  le 
plus  à  l'horixon.  Soit  E,  la  position  de  l'étoile  sur  ce  cercle,  E',  la 
place  qu'elle  occuperait  dans  le  méridien.  On  tirera  du  triangle 
ZE.E;  la  relation  : 

sin  E,E,'  =  sin  ZE,  sin  a, 

OU  bien  comme  ci-dessus  : 

E,E/  ==  a  sin  (p  —  l). 

Enfin ,  l'erreur  due  à  la  coUimation  est  une  constante  c.  Les  arcs 
EE',  E,E', ,  c  seront  réduits  en  temps  sidéral ,  en  les  divisant  par 
15  sin/),  et  l'équation  fondamentale  sera  par  conséquent  : 

H  =  AR  +  a  -t-  »  : \-  a 


15  sin  p  iSsinp  15  sin  p 

Si  l'étoile  que  l'on  considère  passait  entre  le  zénith  et  le  pôle,  elle 
arriverait  alors  au  cercle  de  déviation  avant  d'atteindre  le  méridien 
vrai;  il  faudrait  donc  changer  le  signe  de  a  dans  la  formule  précé- 
dente, mais  en  même  temps  y  remplacer  l'arc  {p — l)  par  (/ — p)', 
quant  au  signe  de  t  il  reste  le  même,  puisque  le  cercle  d'inclinaison 
tombe  tout  entier  d'un  même  côté  da  méridien  ,  dans  la  partie  du  ciel 
qui  nous  est  visible.  Or  ces  changements  se  feront  d'eux-mêmes,  si 
l'on  conserve  la  formule  générale  telle  qu'elle  est,  en  ayant  égard  an 
signe  négatif  que  prend  ici  l'arc  {p — /). 

Enfin ,  si  l'étoile  observée  était  à  son  passage  inférieur ,  elle  arri- 
verait aux  cercles  d'inclinaison  et  de  collimation  avant  son  passage 

'  Cette  formule  a  clé  donnée  par  divers  auteurs.  On  la  retrouve  autrement  démontrée  dans  un 
mémoire  de  M.  Cerqnero,  imprimé  dans  le  X.*  volume  de  la  Correspondance  mmtliématiqut  de 
M.  Quetelet ,  et  dans  un  travail  de  M.  Littrow,  inséré  dans  le  tome  I"  des  Memoirs  of  the  aslron. 
soc.  of  London.  ,  _.  - 


0  SUR  LES  CORRECTIONS 

au  méridien ,  et  au  cercle  de  déviation  après  ce  même  passage  ;  de 
plus,  sa  distance  zénithale  serait  ici  {p  ■{-  l)',  on  aurait  donc  l'équa- 
tion : 

.  ^                .  cos  (  »  +  i)  sin  (  »  -4-  i  )  c 

H=AR-»-a  — i   ^A -'   -f-  a         ^^        ' 


d5  sin  p  15  sin  p  15  sin  p 

et  l'on  voit  qu'elle  pouvait  encore  se  déduire  de  la  formule  générale , 
en  considérant  la  distance  polaire  comme  négative  dans  les  passages 
inférieurs. 

m. 

Supposons  donc  que  l'on  ait  noté  l'heure  que  marquait  une  pen- 
dule sidérale,  à  l'instant  du  passage  de  trois  étoiles  fondamentales; 
soient  jo,  jo°,  jo'  les  distances  polaires  des  trois  astres;  AR,  AR",  AR' 
leurs  ascensions  droites  apparentes;  H,  H°,  H'  les  heures  respectives 
de  la  pendule  lors  des  trois  observations  :  nous  aurons  les  relations 
suivantes  : 

.cos(p  — 0  ûxi[p—l)  c 

H  =  AR   -h  a  -^-  t : H  a 


H°  =  AR"  -t-  «  -+-  t  —-^ — -^  -t-  a 


IS 

ï  sin 

P 

cos 

(p". 

-l) 

15 

sin 

P" 

cos 

(P'- 

-l) 

15  sin  p  15  sin  p 

s\n{p° — l)  c 

15sinj9°  "*"  15  sin  p"  ' 

sin  (p' — l)  c 

15  sin  jb'                13  sin  p'  15  sin  p'' 

que  nous  pourrons  mettre  sous  la  forme 

cos  (  »  —  /  )  sin  (  p  —  l)             c 

(1)    ....     15(H— AR)  =  T  =15»-+- t V- -+a        ^^        ' 


sin  p  sin  p  sm  p 

cos(»° — l)  sin(p° — l)  c 

(2)    .     .     .    .     15(H"  — AR'')  =  r=15aH-i  .      „       +  a        ^^        '    - 


sin  p  sin  p  sm  p 

cos(p' — l)  sin  (»' — l)  c 

(3).     .    .    .     15{H'— AR')=T'  =  15«-4- t  .      ,    '  +  a '/    ,    ^   -h -■ 

sin  p  sin  p  sm  p 

Le  système  de  ces  trois  équations  entre  quatre  inconnues  peut 
d'abord  se  ramener  facilement  à  celui  de  deux  équations  entre  trois  in- 


DE  U  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  il 

connues,  par  l'élimination  directe  de  15a.  Soustrayant  de  l'équation  (1) 
chacune  des  deux  suivantes,  on  arrive  à  deux  relations  de  la  forme: 

(1-2) D°  =  A°t  -4-  B°o  -»-  K°c, 

(1-3) D'  ==  A'»  -♦-   B'o  +   K'c, 

dans  lesquelles 

cos(p— ()  co»(p"— I)  cos  J«in(p*— p)            ,  cot  (p  —  t)  eoi  {p'—l)  co»  t  sin  (p'— p) 

MO  p                 ÙD  p°  sio  p  lia  po       '  lin  p                  sio  p'                  «in  p  sio  p'       ' 

•in(p— O  sin  (p°— <)  «in  / sin  ( p— p" )  _           »in  (p—l)  »in  {p'—l)  sio  tsin  (p  — p') 

■in  p                 sin  p°  >in  p  sin  p»      '  ilo  p                  tin  p'                  sin  p  sin  p'        ' 

1  1  sin  p'—  sin  p  1  1  sin  p'—  sin  p 

K»  =       -; —       -: =    — : : ;       K    = -  — 


sin  p  sui  p"         '  sin  p  sin  p'  sin  p  sin  p  sin  p  sin  p 

D«  =      T  —  T»  ;  D"  =       T  —  r. 

En  considérant  la  forme  des  coefficients  trigonométriques  de  i  et 
de  a,  on  peut  conclure  deux  choses:  la  première,  c'est  que  si  l'on  veut 
éliminer  l'une  de  ces  deux  inconnues,  l'autre  disparaît  d'elle-même, 
ce  qui  permet  de  déterminer  la  valeur  de  c,  quoique  l'on  ait  disposé 
seulement  d'un  nombre  d'équations  inférieur  à  celui  des  incon- 
nues. La  seconde  conséquence  à  tirer  de  ce  fait,  c'est  qu'il  est  impos- 
sible, même  en  se  donnant  un  nombre  d'équations  supérieur  à  celui 
des  inconnues,  d'obtenir  séparément  les  valeurs  de  *  et  de  a,  tant 
que  l'on  ne  connaît  pas  l'avance  absolue  «  de  la  pendule. 

Pour  démontrer  la  première  proposition,  multiplions  l'équation 
(1-2)  par  A',  et  l'équation  (1-3)  par  A»;  il  vient 

BOA'  =  A°A't  +  B-A'a  -t-  K'H'c , 
A°D'  =  A"A'i  -i-  A'-B'a  -t-  k'K'c  : 

Soustrayons 

D'A'  — A-D'  =  (B-A'  — A°B')o  h-  (rA'— A°K')c. 

Or,  en  jetant  les  yeux  sur  les  valeurs  trigonométriques  de  A<>,  A',  8°,  B', 
on  voit  que 

sin  l  cos  l  sin  (p — p")  sin  {p' — p) 


B°A' 
A°B'  = 


sin'  p  sin  p°  sin  p' 
sin  l  cos  i  sin  (p° — p)  sin  {p — p') 


/ij    >  ;  .  sin'p  sinp°  sinp' 


14  SUR  LES  CORRECTIONS 

aiasi^  le  coefficient  de  a  se  réduit  à  zéro,  ce  qui  donne  : 

D'A'  —  A'-D' 


W 0 


K°A'  —  A'K' 


Il  serait  aisé  de  s'assurer  que  cette  propriété  de  déterminer  la  col- 
limation,  indépendamment  des  autres  erreurs  de  l'instrument,  au 
moyen  des  observations  de  trois  étoiles,  subsiste,  quelles  que  soient  les 
positions  relatives  de  ces  astres,  au  Nord  ou  au  Sud  du  zénith ,  à  leur 
passage  supérieur  ou  inférieur. 

La  disparition  simultanée  des  coefficients  de  i  et  de  a  suffit  pour 
montrer  l'impossibilité  de  déterminer  à  la  fois  les  valeurs  de  ces  deux 
inconnues;  mais  on  parvient  au  même  résultat  par  l'analyse  suivante, 
qui  est  plus  directe,  et  qui  a  l'avantage  de  fournir  une  relation  très- 
simple  entre  l'erreur  de  la  pendule  et  chacune  des  deux  inconnues  en 
question. 

Après  avoir  remplacé  dans  les  équations  (1)  et  (2)  la  collimation 
par  sa  valeur  numérique,  c",  déduite  de  la  formule  (4),  éliminons  * 
entre  ces  deux  nouvelles  relations,  en  multipliant  la  première  par 
«os  (p°-    g^  1^  seconde  par  '^°  .^~  '  ;  nous  obtenons  : 

r  sin  o      ' 


siD  p'  r  sin  p 


(t      \ /cos  (p°— i)\          cos(p<>—l)              cos(p°— J)         cos  (p — Z)cos(po— J)          sm(p—l)cos{p'—l) 
T : ■ : =:M =  15« ■  -t-i Ha : ; 
sin  p  /  \      sin  p»      j                SID  p°                         sin  p"                       sin  p  sin  p«                            sin  p  sin  p» 

/  c"    \  j  cos  (p~l)\  cos  {p  —  l)  cos{p  —  l)       ^  cos  {p-— l)  cos  (p—l)  s\n(p»— l)  cos  (p—l) 

I  T» : : =M" ; =  15a -t-i : ha ; ; 

\  sinp°y  \      sinp      y  sin  p  sm  p  sin  p  sin  p°  siq  p  sin  p° 

M  sin  p  cos  (po  —  l)  —  M"  sin  p»  cos  (p —  i)  =  15a  cos  Z  sin  (p  —  p»)  +  a  sin  (p — p°), 

d'où  enfin 

Msinpeosfp»  — i)—  M°sinp»cos(p— J) 

(y) a  -1-  15a  cos  /  =    : — ; • 

sm  {p~p') 

Le  premier  membre  étant  indépendant  de  la  déclinaison  des  étoiles 
observées,  il  s'ensuit  qu'autant  d'équations  que  l'on  voudra,  combi- 
nées entre  elles,  mèneront  toujours  à  un  résultat  final  dans  lequel  a  et  a 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  iS 

auront  les  mêmes  coefficients  affectés  des  mêmes  signes,  ce  qui  empê- 
chera de  déterminer  les  valeurs  particulières  de  l'une  ou  l'autre 
inconnue.  Il  est  visible,  et  l'on  pourrait  d'ailleurs  s'en  assurer  facile- 
ment,  que  l'indétermination  subsistera  toujours,  quelles  que  soient  les 
étoiles  que  l'on  choisisse  pour  se  procurer  les  trois  équations  de  con- 
dition. 

Si  l'on  voulait  tenter  d'éliminer  a  pour  dégager  la  valeur  de  i,  on 
serait  arrêté  par  la  même  impossibilité,  mais  l'on  arriverait  à  une  rela- 
tion entre»  et  i,  aussi  simple  et  aussi  symétrique  que  la  précédente: 
on  trouverait  ainsi  : 


.        .„     .     ,        M  sin  »  sin  fn"— /)  —  M°  sin  n"  sin  (»  —  /) 

8in  (p°—p) 


Nous  aurons  occasion  de  revenir  sur  les  deux  équations  (y)  et  (d) 
dans  la  suite  de  ce  travail. 

Pour  nous  rendre  compte  géométriquement  du  motif  de  l'indéter- 
mination que  nous  venons  de  signaler,  regardons  la  collimation 
comme  connue,  puisque  nous  venons  de  voir  comment  on  peut  en 
obtenir  la  valeur ,  et  mettons  l'équation  fondamentale  sous  la  forme  : 

15(H — AR)  sin  p  =  1S«  sin  p  +  i  cos  {p — l)  +  a  sin  {p — l)  •*■  c". 

Le  premier  membre  représente  un  petit  arc  du  parallèle  de  l'étoile, 
compris  entre  le  méridien  du  lieu  et  la  position  de  l'astre,  à  l'instant 
de  son  passage  par  le  fil  vertical  de  l'instrument.  En  se  donnant  deux 
autres  équations  analogues,  on  aurait  trois  arcs  différents,  aboutissant 
tous  au  méridien  du  lieu;  et  si  l'on  savait  résoudre  le  système  des 
trois  équations,  en  conservant  les  arcs  eux-mêmes,  on  pourrait 
estimer  séparément  quelle  portion  de  l'écart  total  hors  du  méridien  il 
faut  attribuer  aux  trois  inconnues  «,  i,  et  a  en  particulier  :  par  suite 
on  obtiendrait  la  valeur  de  chacune  d'elles.  Mais  il  n'en  est  pas  ainsi  ; 
car  en  éliminant  «  entre  les  trois  équations,  de  manière  à  obtenir  deux 


16  SUR  LES  CORRECTIONS 

relations  entre  a  et  i,  on  remplace  les  trois  distances  au  méridien,  dont 
nous  venons  de  parler,  par  les  différences  de  deux  d'entre  elles  à  une 
troisième.  Or,  dans  cette  opération ,  le  méridien  disparaît  complète- 
ment; les  différences  de  distances  qui  nous  restent  ne  nous  appren- 
nent plus  rien  par  rapport  à  la  position  de  ce  plan,  car  elles  peuvent 
être  interceptées  entre  des  cercles  horaires  quelconques.  L'inclinaison 
dont  les  deux  équations  restantes  renferment  l'expression  analytique 
se  rapporte  donc  à  l'horizon  indéterminé  du  lieu  qui  a  pour  méridien 
un  quelconque  des  cercles  horaires  dont  nous  venons  de  parler,  et  le 
cercle  de  déviation  passe  par  le  zénith  de  cet  horizon  arbitraire.  Dans 
l'état  actuel,  le  problème  est  donc  impossible,  mais  il  deviendra  tout 
à  fait  déterminé,  si  l'on  connaît  l'avance  de  la  pendule,  ce  qui  fixe 
le  méridien  du  lieu  d'observation;  ou  l'inclinaison  de  l'axe,  qui  fait 
connaître  son  horizon;  ou  enfin  la  déviation  azimutale,  qui  déter- 
mine son  zénith. 

On  voit  déjà  qu'un  horizon  artificiel  doit  pouvoir  aussi  résoudre  le 
problème,  car  il  donne  la  verticale  du  lieu:  nous  y  reviendrons  plus 
loin.  Quant  à  la  collimation ,  elle  échappe  à  l'indétermination  que 
nous  venons  de  mentionner,  parce  qu'elle  est  indépendante  de  la 
position  du  lieu  sur  la  terre. 


ÏV. 


Nous  supposerons  donc,  dans  ce  qui  va  suivre,  que  le  niveau  nous 
ait  fait  connaître,  en  secondes  de  degrés,  l'inclinaison  de  l'axe  de  la 
lunette  ;  nous  substituerons  cette  valeur  à  la  place  de  *  dans  l'une  des 
relations  que  l'on  obtient  en  éliminant  par  soustraction  15a  entre  les 
trois  équations  fondamentales,  et  nous  aurons  ainsi  : 

(2-3) D"     =  A"t  +  B"a  -i-  K"c , 

d'où 

B"a  =  D"    —  A"»   —  K"c, 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  17 

remplaçant  dans  cette  formule  i  et  c  par  leurs  valeurs  connues,  et  les 
coeilicients  A",  B",  K"  par  leurs  expressions  trigonométriques  : 

.    .  sin  (p° — »')        ^„  ,  gin  (»"■ — p')  sinp" — sinp' 

a  sin  l    .       „   .   ^,   =  D"  -+-  i  cos  /    .       „  .   ^;    h-  c   t^î- r-^ , 

sin  p  sin  p  sin  p  sin  p  sin  p"  sin  p 

.     .  .       .. .  sin  P°  sin  »'  cos  i  (p''-f-p') 

o  sin  /  =  i  cos  /  +  D"  ^-^„ ^  +  c f^^ — ^7- , 

sin  (p'-p')  cos  i{p" -/>')• 

ou  enfin 

(S) a  sin  /  =  t  cos  i  +  N  ,  "    ■*  *  ' 

en  faisant 

IS  =3  D"  sin  p°8in/>'    ^  ^  cos^  (p°-t- p') 
""^        sin  (p"  — p')  cos  I  (p-  —  p'  ) 

Pour  que  la  valeur  de  a  soit  déterminée  avec  toute  l'exactitude 
désirable,  il  faut  que  le  terme  D",  qui  renferme  les  erreurs  inévita- 
bles commises  sur  l'instant  de  chaque  observation,  soit  multiplié  par 
un  facteur  très-petit  :  c'est  ce  qu'on  obtiendra  en  choisissant  deux 
étoiles  dont  les  distances  polaires  jt>°,  p'  soient  peu  considérables  et 
de  signes  contraires  ;  c'est-à-dire  deux  circompolaires,  l'une  à  son 
passage  supérieur,  l'autre  à  son  passage  inférieur.  Par  là,  le  numé- 
rateur du  coefficient  de  D"  s'approchera  du  minimum,  et  son  dénomi- 
nateur du  maximum. 

La  quantité  a  étant  ainsi  obtenue ,  on  pourra ,  comme  vérification, 
la  faire  servir  à  calculer  une  nouvelle  valeur  de  i,  au  moyen  de  deux 
autres  étoiles  circompolaires,  prises  toujours  l'une  au-dessus,  l'autre 
au-dessous  du  pôle  :  l'équation  à  résoudre  sera  dans  ce  cas  : 

(6) t  cos  i  =  a  sin  I  —  N'. 

Dans  la  formation  des' valeurs  de  N  et  de  N',  on  se  rappellera  que 

D"  <=»  r— T'«=  IStiH-  -4-  AR')  —  (H'-^  AR°)]. 
ToM.  XVIII.  3 


18  SUR  LES  CORRECTIONS 


Nous  avons  encore  à  trouver  l'expression  algébrique  de  la  coliima- 
tion ,  que  nous  avons  laissée  sous  la  forme  générale 

A'D"  —  A°D' 
"  ~  A'K°  —  A^K'  ' 

remplaçant  A.%  A',  K%  K'  par  leurs  valeurs  trigonométriques  : 

cos  /  sin  ip'—p)  cos  l  sin  (p° — p) 

sin  /)  sin  p'  sin  p  sin  p" 

sin  p"  —  sin  p         cos  i  sin  (p' — p)  sin  p' — sin  jo        cos  <  sin  (p° — p) 

sin  p"  sin  p  sin  p  sin  p'  sin  p'  sin  p  sin  p  sin  p" 

simplifiant 

D°sinp  sinp°  sin  (p' — p)  —  D' sin  p  sin  p' sin  (p" — p) 


c 


(sinp° — sinp)sin(p' — p)   —  (sinp' — sinp)sin(p° — p)  ' 


transformant  le  dénominateur  de  manière  à  le  rendre  logarithmique , 
on  peut  le  réduire  à  l'expression 

i  sin  p  sin  i(p°— p)  sin  i{p'—p)  sin  i(p'—p°), 
ce  qui  donne 

D°  sin  p°  sin  (p — p')  —  D'  sin  p'  sin  (p  — p°) 

"       4  sin  i(p— p°)  sin  |  (p  —  p')  sin  |  (p"— p') 

OU  enfin 

g  _  1)0  sin  p°  cos  i  (p—p')  ^  j^,  sin  p'  cos  j  {p—p°) 

^  >     •     •     "  —        2sin  i(p—p°)  sin  i  (p''—p')  "*"         2  sin  i  (p—p')  sin  i  (p'—p°) 

D",  D'  sont  affectés  des  erreurs  d'observation  :  pour  que  l'incertitude 
qui  règne  sur  les  valeurs  de  ces  quantités  ait  le  moins  d'influence  pos- 
sible sur  l'exactitude  du  résultat,  il  faut  que  chacune  d'elles  soit  mul- 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  19 

tipliée  par  un  coefficient  numériquement  très-petit.    On  ramènera 
simultunémcnt  à  cet  état  les  deux  fractions 

sin  p"  C08  i  (p — p')  sin  p'  cos  {  (p — p") 

61 


2  sin  i  (p—p")  gin  è  ip'—p')  2  sin  i(p— p')  sin  i  (p'-p")  ' 

en  prenant  pour  p°  et  p'  des  arcs  très- petits  et  de  signes  opposés,  et 
pourp  un  arc  voisin  de  la  plus  grande  distance  polaire  à  laquelle  la 
^  latitude  du  lieu  d'observation  permette  d'atteindre  :  autrement  dit,  les 
étoiles  qu'il  convient  d'employer  à  la  recherche  de  la  collimation , 
sont  deux  circompolaires  ,  l'une  à  son  passage  supérieur,  l'autre  à  son 
passage  inférieur,  et  une  troisième  étoile  peu  éloignée  de  l'horizon 
sud.  De  plus,  sip°  est  plus  grand  que/?',  il  sera  bon  défaire  en  sorte  que 
par  compensation,  2  sin  {  (p — jd' )  soit  plus  petit  que  2  sin  {  (p — jo<»), 
ce  qui  revient  à  prendre  de  préférence  à  son  passage  inférieur  celle 
des  deux  circompolaires  qui  est  la  plus  éloignée  du  pôle.  De  cette 
manière,  on  ramènera  à  la  fois  les  deux  numérateurs  à  être  très- 
petits,  et  les  deux  dénominateurs  à  être  aussi  grands  que  possible. 

Ces  conditions  s'accordent,  comme  on  le  voit,  avec  celles  qui  don- 
nent la  détermination  la  plus  avantageuse  de  la  déviation  azimutale. 


VI. 


Connaissant  ainsi  les  valeurs  de  i,  a  et  c,  on  les  substituera  dans 
l'équation  fondamentale  relative  à  celle  des  trois  étoiles  qui  est  proche 
de  l'horizon,  ou  mieux  encore  à  une  quatrième  étoile  voisine  de 
l'équateur,  et  l'on  en  déduira  l'avance  absolue  de  la  pendule.  Pour 
faciliter  cette  opération,  j'ai  dressé  la  table  (I),  qui  se  trouve  à  la  fin 
de  ce  mémoire,  et  où  sont  calculés,  pour  28  étoiles  fondamentales, 


les  logarithmes  des  facteurs 


cos  (p  —  1}  sin  (p  —  /) 


15  sin  p  '        15  sin  p  15  sin  p 

La  latitude  introduite  dans  le  calcul  est  celle  de  l'observatoire  de 


20  SUR  LES  CORRECTIONS 

Bruxelles,  50°  51'  11";  j'ai  adopté  pour  distance  polaire  de  chaque 
étoile  la  valeur  moyenne  de  cet  élément  pendant  l'année  1846.  Pour 
les  étoiles  équatoriales ,  la  variation  annuelle  en  déclinaison  est 
très-peu  sensible ,  et  la  table  pourra  servir  sans  aucune  modification  , 
et  avec  toute  la  rigueur  désirable,  pendant  un  assez  grand  nombre 
d'années.  Quoiqu'une  erreur,  même  assez  considérable,  sur  la  valeur 
de  ces  coefficients  soit  de  très-peu  d'importance ,  vu  la  petitesse  des 
quantités  i,aet  c  qu'ils  multiplient,  il  sera  utile  cependant  de  cal- 
culer de  nouveau  ces  logarithmes  tous  les  trois  ou  quatre  ans,  du 
moins  pour  les  étoiles  circumpolaires. 

VIL 

La  formule  que  j'ai  donnée  pour  évaluer  la  collimation  : 

^  ^  sin  p"  cos  i  ip—p')  sin  p'  cos  j  jp—p") 

2  sin  i  {p — p")  sin  i  (p" — p')  2  sin  i  {p — p')  sin  i  (p' — p")  ' 

est  assez  longue  à  calculer  :  elle  exige  d'abord  que  l'on  forme  les  va- 
leurs numériques  des  expressions  |  (jo  — p'),  I  {p — p°),  î  {p°  — p')', 
puis  que  l'on  ouvre  douze  fois  les  tables;  enfin,  que  l'on  fasse  deux 
additions  de  six  logarithmes  chacune. 

Le  premier  moyen  qui  se  présente  à  l'esprit  pour  la  simplifier,  est 
de  choisir  convenablement  différents  groupes  de  trois  étoiles  fonda- 
mentales dont  les  distances  polaires  soient,  je  suppose,  p,p°,  p' ,  et 
de  réduire  en  tables  les  coefficients  trigonométriques  de  D°  et  de  D', 
coefficients  que  je  représenterai  par  A"  et  A'.  Mais  les  quantités 
p,  p°,  p'  variant  inégalement  et  indépendamment  les  unes  des  autres 
dans  l'intervalle  d'une  année,  il  faudrait  commencer  par  calculer 
leurs  valeurs  à  des  époques  assez  rapprochées ,  puis  former  les  expres- 
sions numériques  de  A"  et  de  A'  pour  ces  différentes  époques,  se  réser- 
vant d'interpoler  dans  l'intervalle.  Cette  marche  appliquée  à  une 
quinzaine  de  groupes,  pour  l'espace  de  deux  ou  trois  ans,  conduirait 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  -21 

à  des  tables  incommodes  et  donnerait  lieu  à  des  calculs  presque 
impraticables. 

J'ai  donc  eu  recours  à  une  autre  méthode ,  qui  me  semble  à  la  fois 
simple  et  générale,  et  dont  l'esprit  consiste  «  à  calculer  A°  et  A'  une 
fois  pour  toutes,  en  y  supposant  kp,  p*^,  p'  des  valeurs  moyennes  entre 
la  plus  grande  et  la  plus  petite  qu'atteignent  ces  quantités  pendant  le 
temps  que  les  tables  doivent  servir  ;  et  à  évaluer  séparément  la  correc- 
tion à  faire  subir  aux  expressions  numériques  fondamentales  A°  et  A', 
lorsque p,p'^,p'  s'y  changent  en  {p  +  dp),  {p°  +  dp°),  [p'  +  dp').  » 
dp,  dp°,  dp'  représentent  ici  la  différence  entre  la  distance  polaire 
réelle  de  chacune  des  trois  étoiles,  à  l'instant  de  l'observation,  et  la 
distance  polaire  moyenne  que  l'on  a  prise  pour  point  de  départ. 

Tel  est,  dans  sa  généralité,  le  moyen  que  j'ai  adopté  pour  réduire 
le  calcul  de  la  collimation  à  quelques  opérations  très-courtes.  Mais 
une  première  remarque  à  faire ,  lorsque  l'on  arrive  aux  détails ,  c'est 
que  pour  les  étoiles  voisines  de  l'équateur,  la  variation  annuelle  en 
déclinaison  est  très-peu  considérable,  ses  plus  grands  écarts  de  la 
valeur  moyenne  étant  de  10  à  12  secondes  environ:  d'ailleurs,  pour 
cette  classe  d'étoiles ,  une  erreur  assez  sensible  sur  la  distance  polaire 
a  une  influence  presque  nulle  sur  la  valeur  qu'on  en  déduit  pour  la 
collimation.  On  peut  vérifier  cette  dernière  assertion ,  en  regardant 
a,  {  et  a  comme  nuls  dans  l'équation  fondamentale 

T  =  15a  -♦-  i  ; -+-  a 


sin  p  sin  p  sin  p 

eten  la  différentiant  par  rapport  aux  variables  c  et  p  ;  elle  devient  alors 

de  :^  c  cotg  p  dp  : 

cette  relation  prouve  que,  si  l'on  introduit  dans  le  calcul  de  la  colli- 
mation une  distance  polaire  un  peu  fautive,  l'inconvénient  sera  d'au- 
tant moindre  que  l'étoile  sera  plus  près  de  l'équateur.  Or,  nous  avons 
vu  que  l'étoile  dont  la  distance  polaire  esip  doit  avoir  une  faible  décli- 


2-2  SUR  LES  CORRECTIONS 

liaison  :  les  deux  circonstances  que  nous  venons  d'indiquer,  se  réunis- 
sent donc  pour  nous  permettre  de  considérer  cette  déclinaison  comme 
constante  pendant  quelques  années,  sans  qu'il  en  résulte  d'erreur  ap- 
préciable sur  la  collimation  calculée. 

Il  n'en  est  pas  de  même  des  circom polaires  :  pour  elles,  au  con- 
traire, il  faudra  soigneusement  avoir  égard  aux  moindres  changements 
de  déclinaison ,  comme  le  fait  voir  la  relation  déjà  invoquée 

de  =  c  cotg  p  dp; 

d'ailleurs,  pour  cette  classe  d'étoiles,  la  variation  annuelle  en  décli- 
naison est  très-considérable  ;  pour  la  polaire ,  par  exemple ,  elle  s'élève 
à  50"  et  au  delà. 

Ces  prémisses  posées,  reprenons  la  formule  (7)  et  occupons-nous 
seulement  du  premier  terme  du  second  membre,  car  l'autre  se  déduit 
de  celui-ci ,  en  y  changeant  jo*'  en  p'  et  réciproquement.  Voyons  donc 
ce  qu'il  devient  lorsque  l'on  y  remplace  les  distances  polaires  p°,  p' 
par  (p°  -\-  dp°),  (p'  +  dp').  Or,  à  cause  de  la  petitesse  des  arcs  dp°,dp' 
on  peut  les  regarder  comme  se  confondant  avec  leurs  sinus,  négliger 
leurs  puissances  supérieures  à  la  première,  et  égaler  leurs  cosinus  à 
l'unité.  La  question  revient  donc  à  diflférentier  la  fonction, 

.  „ sin  p"  cos  i{p — p') 


2sini(/j— ;>°)sini  (p"  — ?')' 


en  y  regardant  jo°  et  p'  comme  variables.  On  obtient   ainsi,  toute 
réduction  faite  : 

_  dp'cos  j(p-p')[sip  1  (p-f-p°)  sin  j  (jy-p')  —sin  \{p-p<>)  sin  \  ( p"-Hp')] -4- dp' cos |(p-p-) [sin  \  (p-p°)  sin  p"] 

~  4  sin*  J  (p  —  p")  sin»  |(p"—p') 

Cette  formule  très-symétrique  peut  se  transformer  en  cette  autre, 
un  peu  plus  commode  pour  le  calcul, 

dp'  cos'i  (p  — p')  I ; —   COS  p»  )  -t-  dp'  sin  p"  sm  \  (p  —  p")  cos  j  (p  — p") 

,,„         \cos  i(p  —  p)  / 

d\    =  — -— — — — • 

4  sin»  i  (p  — p»)  sin' J(p'  —  p') 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  23 

On  trouverait  de  même 


/  co«  1  (  p  -t-p"  )  \ 

dp   cos*  \(p  —  tr)     — — ■   —  co$  p'     -«- dp"«iDp'«in  |(p-p')< 

..,  \co»i  Kp  —  p^) / 

~  4tin*i(p-p')8in'i(p'— P") 

calculant  les  facteurs  trigonométriques,  on  pourra  poser 


dk"  =  Vdp"  -t-    P'dp' 
dX'  =  Q'dp"  -^  d'dp  . 

et  la  collimation  sera  donnée  par  la  formule 

f  =  D"  [A"  H-  P°dp°  -+-  Vdp'-\  -4-  D'  [A'  -4-  QV/)»  +  Q'rfp'] , 

dans  laquelle  A%  A',  V°,  P',  Q°,  Q'  sont  des  quantités  constantes  que 
j'ai  données  toutes  calculées  dans  la  table  (II)  ;  les  logarithmes  des 
arcs  différentiels  dp  se  trouvent  dans  la  table  (III),  depuis  0"  jus- 
qu'à 3';  D%  D'  se  déduisent,  comme  on  le  sait,  de  l'heure  du  passage 
des  étoiles  comparée  à  leur  ascension  droite  donnée  dans  les  tables. 

La  table  (11)  renferme  les  six  constantes  de  la  collimation,  cal- 
culées pour  28  groupes  de  trois  étoiles  fondamentales  :  chacun  des  14 
premiers  groupes  se  compose  d'une  étoile  à  faible  déclinaison  ,  de  la 
polaire  (passage  supérieur  ou  inférieur)  et  de  tîde  la  petite  Ourse  (pas- 
sage inférieur  ou  supérieur).  Les  14  derniers  sont  formés  au  moyen 
des  mêmes  étoiles  à  faible  déclinaison,  mais  les  circompolaires  sont 
ici  X  de  la  petite  Ourse  et  51  (Hev)  de  Céphée.  Les  étoiles  voisines  de 
l'équateur  ont  été  choisies ,  sous  le  rapport  de  leurs  ascensions  droi- 
tes, de  manière  à  ce  que ,  dans  toutes  les  saisons,  on  pût  toujours  en 
observer  quelques-unes  pendant  les  heures  de  la  nuit;  j'ai  indiqué, 
auprès  de  chaque  étoile,  la  distance  polaire  que  je  lui  ai  supposée 
dans  le  calcul  des  constantes  qui  s'y  rapportent  :  c'est  du  reste  la 
distance  polaire  moyenne  de  1846.  J'ai  rejeté  l'emploi  de  quelques 
étoiles  très-convenables  par  leur  position  ,  mais  qui  m'ont  inspiré  de 
la  défiance ,  parce  qu'il  existe  des  discordances  notables  entre  leurs 


24»  SUR  LES  CORRECTIONS 

ascensions  droites  indiquées  dans  le  Nautical  Almanac ,  le  Berliner 
Jahrbuch  et  la  Connaissance  des  temps. 


VIII. 


Nous  sommes  donc  maintenant  en  état  de  rectifier  la  position 
d'une  lunette  méridienne,  et  de  régler  la  marche  de  la  pendule;  nous 
savons  aussi  quelles  sont  les  étoiles  que  nous  devons  choisir  de  préfé- 
rence pour  atteindre  chacun  des  deux  buts.  Mais  il  peut  être  intéres- 
sant de  savoir  s'il  n'existe  pas  dans  le  ciel  de  point  désavantageux, 
autour  duquel  les  observations  destinées  à  faire  connaître  les  valeurs 
de  chacune  de  nos  inconnues  en  particulier  présentent  peu  de  certi- 
tude. 

Reprenons  à  cet  effet  l'équation  fondamentale 

„        ■„         .  cos  (p  —  l)        _  sm{p  —  l)           c 
T  =  1 5a  ■+-  i    ; +  a  : -+- , 


sin  p  sin  p  sin  p 

et  supposons  que  tout  y  soit  constant,  sanf  le  temps  T  et  la  collima- 
tion  c;  différentions-la  par  rapport  à  ces  deux  variables,  il  vient: 

de  =  <fr  sin  p. 

L'erreur  inévitable,  cTT,  commise  sur  l'instant  de  l'observation  sera 
donc  d'autant  plus  préjudiciable  à  la  détermination  exacte  de  la 
coUimation ,  que  l'étoile  observée  sera  plus  voisine  de  Téquateur; 
remarquons  toutefois  qu'on  aurait  tort  de  conclure  de  la  relation 
précédente,  que  de  est  proportionnel  au  sinus  de  la  distance  polaire 
de  l'astre  observé;  cela  ne  serait  vrai  qu'autant  que  c?T  put  être 
regardé  comme  constant  pour  toutes  les  déclinaisons  ;  mais  l'expé- 
rience prouve  que  l'incertitude  qui  règne  sur  l'instant  du  passage 
d'une  étoile  est  elle-même  d'autant  plus  grande  que  la  distance  po- 
laire est  moindre:  dï  est  donc  fonction  de  j».  Malheureusement  cette 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  28 

fonction  n'est  pas  de  nature  à  être  rigoureusement  exprimée  dans  le 
langage  algébrique;  elle  doit  mémo  varier,  non-seulement  avec  les 
différents  observateurs,  mais  encore  avec  le  grossissement  delà  lunette, 
avec  le  diamètre  apparent  qu'elle  conserve  à  l'étoile,  avec  l'état  plus 
ou  moins  calme  de  l'air ,  etc. 

Voulons-nous  maintenant  connaître  l'influence  qu'une  erreur  sur 
le  temps  de  l'observation  aura  sur  la  détermination  de  la  déviation 
azimutale ,  afin  de  savoir  quelles  sont  les  étoiles  qu'il  faut  éviter 
d'employer  à  la  recherche  de  cet  élément?  DifTérentions  l'équation 
fondamentale  par  rapport  aux  variables  a  etT:  il  vient 


da  =  dT 

ou,  en  développant 

da  =  dJ 

pour  les  passages  supérieurs, 

da  =  dT 


8in/> 


sin  (p  —  ')  ' 


cosec  l 
cotg  /  —  cotg  p 


cosec  / 
cotg  /  ^  colg  p 


pour  les  passages  inférieurs. 

Le  minimum  d'erreur  sera  donné  dans  les  deux  cas  par  cotgp  =  QO, 
c'est-à-dire  par  />  =  0*>  ou  180°  :  l'observation  la  plus  avantageuse 
se  fera  donc  près  des  pôles  de  l'équateur. 

Le  maximum,  pour  les  passages  supérieurs,  s'obtiendra  en  faisant 
p  =  l,  ce  qui  indique  le  zénith  ;  et,  pour  les  passages  inférieurs,  en 
faisant/)  —  180°  —  /,  cequi  correspond  au  nadir.  Les  observations  qui 
présentent  ici  le  moins  de  garanties  d'exactitude  se  rapportent  donc 
aux  étoiles  voisines  des  pôles  de  l'horizon. 

On  peut  conclure  de  là,  comme  nous  l'avons  déjà  fait  pour  la  coUima- 
tion,  que,  des  deux  circompolaires  que  l'on  emploie  pour  obtenir  la  va- 
leur de  la  déviation  azimutale,  celle  qui  est  la  plus  éloignée  du  pôle  doit 
être  prise  de  préférence  à  son  passage  inférieur,  et  la  plus  voisine  du 
Ton.  XYIII.  4 


26  SUR  LES  CORRECTIONS 

pôle,  à  son  passage  supérieur.  En  effet,  si  l'on  opère  autrement,  on  a 
le  double  désavantage  de  s'approcher  du  zénith  en  s'éloignant  du 
pôle;  tandis  qu'en  suivant  la  marche  que  j'indique^  si  l'on  est  forcé 
de  s'écarter  du  pôle,  du  moins  on  se  rapproche  de  l'horizon,  et  l'on 
rachète  ainsi  un  inconvénient  par  un  avantage.  Dans  l'exemple  que 
je  traite  plus  loin,  je  ne  me  suis  point  conformé  à  cette  règle,  d'abord 
parce  que  le  recueil  où  j'ai  puisé  mes  données  ne  renferme  pas  un 
très-grand  nombre  de  circompolaires  prises  à  leur  passage  inférieur  ; 
et  que  la  principale  condition  que  je  cherchais  à  remplir,  était  de 
trouver  un  groupe  de  trois  étoiles  qui  eussent  été  observées,  à  peu  de 
jours  d'intervalle,  par  des  astronomes  différents.  D'ailleurs,  voulant 
éprouver,  par  un  exemple  numérique,  le  degré  d'exactitude  auquel 
mes  formules  permettent  généralement  d'atteindre,  je  n'ai  pas  cru 
devoir  choisir  un  cas  où  se  trouvaient  réunies  toutes  les  circonstances 
les  plus  favorables. 

Enfin,  dans  le  cas  où  l'on  voudrait  calculer  l'inclinaison  de  l'axe 
en  supposant  connue  sa  déviation,  on  peut  désirer  savoir  quelles 
sont  les  étoiles  les  moins  propres  à  donner  avec  précision  la  valeur  de 
cette  inclinaison  :  on  le  trouvera  en  différentiant  par  rapport  à  i  et 
à  T  l'équation  fondamentale,  qui  donne 


ou  bien 

di  =  dJ 

pour  les  passages  supérieurs. 

di  =  rfT 


cos  {p  —  /)  ' 

sec  l 
tang  l  -i-  colg  /j 

sec  l 


tang  l  —  cotg  p 

pour  les  passages  inférieurs. 

Ici  encore,  l'erreur  sera  la  moindre  possible  pour  jo  =  0"^  ou  180°; 
elle  sera  la  plus  grande  pourp  =  90°  +  ^j  autrement  dit  à  l'horizon 
sud,  dans  les  passages  supérieurs,  et  pour  p  =  90°  — /,  c'est-à-dire  à 
l'horizon  nord  dans  les  passages  inférieurs. 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  27 

IX. 

Il  ne  me  reste  plus,  pour  terminer  cette  première  partie,  qu'à 
soumettre  à  l'épreuve  d'une  application  numérique  la  théorie  géné- 
rale que  j'ai  développée  jusqu'ici.  Pour  me  dégager  plus  sûrement  de 
toute  idée  préconçue,  je  me  suis  servi  d'observations  étrangères  :  celles 
que  je  rapporte  sont  tirées  de  l'excellent  recueil  rédigé  sous  la  direc- 
tion de  M.  Airy,  et  intitulé  :  «  Astronomical  observations  made  at  the 
royal  observatory,  Greenwich ,  in  the  year  1842. 

10  mai  1842. 

^Corvi H   =  121"  25- 39«,55        AR  =  12"  2C»  8;80        p  =  112»  31'3»"        \      observatioDS 

y  UrsŒ  majoris.    H- =  11    45    3,88        AR"=  11    45  53,11        p"=  35    25  39  J-  de 

PoUri»  (p.  i).    H' =  13      129,93        AR'=13     2    6,52       p' =    1     31  59  (— )    )       M.  Heniy. 

Pour  rendre  les  observations  aussi  précises  que  possible,  nous 
corrigerons  le  passage  de  la  polaire  de  l'aberration  diurne,  en  lui 
ajoutant  0",49  :  ainsi  H'  =  1  S*"  1  "  30',42. 

Calcul  de  la  collimation. 

c  ==  D"  sin  p'  C08  i  ip—p')  ^  jy  sinp'cQg  i(p— p°) 

2  sin  i  (p—p")  sin  i  {p'—p')  2  sin  i  (p—p')  sin  4  {p'—p")  ' 

D»  =  d5  [(H  -t-  AR°)  —  (H"  -t-AR)]  =  —      1".50; 
D'  =  15  [{H  -t-  AR')  —  (H'  +  AR)]  =  -t-  101".40; 
i(j»— p')=.57M'49";     i(/>— p°)  =  38°  33' 0";     if/)"— p')  =  18°  28' 49". 

logD"  =  0,1 7609  (—)  logiy  =2,00604 

log  sin  p'  =  9,76317  log  sin  p'  =  8,42738  (— ) 

logco8i(/>— p')       =9,733)6  logcosi(p— j»°)        =9,89324 

compl  log  2  =  9,69897  compl  log  2  =  9,69897 

C.  log  sin  i  (p  —p')  =  0,20537  C.  log  sin  i  {p  —p')   =  0,07626 

C.  log  sin  i  (p°— p')  =  0,49897  C.  log  sin  i  {p'—p")  =  0,49897  (— ) 


0,07773  (-)  0,60086  (+) 

Nombre.     .    .    .       1",20  (— )  Nombre.     .     .    .     3",99  (-♦-) 

c  =  -♦■  2",79. 


28  SUR  LES  CORRECTIONS 

Trois  jours  après,  le  13  mai,  M.  Ellis  a  observé  les  mêmes  étoiles,  et 
c'est  cette  circonstance  qui  m'a  engagé  à  les  choisir  pour  exemple  de 
calcul ,  quoique  y  Ursae  majoris  soit  une  circompolaire  peu  avanta- 
geuse, comme  étant  trop  éloignée  du  pôle,  et  passant  très-près  du 
zénith  de  Greenwich.  Les  observations  de  M.  Ellis  sont  les  suivantes  : 

/3  Corvi H    =  12"   Sd"  37;23 

y  Ursse  majoris.     H°  ==  H     45       1,58 
Polaris  ....     H'  =  13       \     28,36  =  13"  1"  28";85 

avec  la  correction  d'aberration  diurne. 

On  trouve  ici  : 

D°  =  —  2",40;      D'  =  -<-  116",40; 

et  l'on  en  conclut  comme  précédemment. . . 

c  =  -t-  2",67. 

Cette  seconde  valeur  n'est  inférieure  à  la  première  que  de  0",12; 
ainsi,  à  trois  jours  de  distance,  les  observations  de  deux  astronomes 
différents  donnent  une  coUimalion  qui  est  la  même  à  un  dixième  de 
seconde  d'arc.  Ce  résultat  prouve  à  la  fois  l'exactitude  de  la  méthode  de 
calcul  que  je  propose,  et  la  précision  des  observateurs  anglais.  L'opé- 
ration du  retournement  de  la  lunette  avait  donné  le  6  avril  1",51  dans 
le  même  sens.  Cet  accord  peut  être  regardé  comme  très-remarquable. 

Calcul  de  la  déviation  azimutale. 

a  sin  i  =  i  cos  i  -f-  N  : 

«       T^  S'"  P"  *'"  P'  '^^^  5  (p"  -t-p') 

IN  =  U  — +  c 


sin  [p"  —  p'  )  cos  1-  {p°  — p'  ) 

Nous  admettons ,  pour  pouvoir  comparer  nos  résultats  à  ceux  de 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


29 


Greenwich,  que  la  coUimation  et  l'inclinaison  soient  respectivement , 
à  la  date  de  10  mai, 


C  =   -4-    i"M 

i  =  -  2",81 


telles  qu'on  les  trouve  dans  le  recueil. 


Cela   posé,  les  observations  des  deux  circompolaires,  faites   par 
M.  Ilenry,  donnent 

D  =  15[(H°  -4-  AR')  -  (H'  -+-  AR»)]  =  103",05. 


log  D                       =  9,01505 

logsinpo                 =  9,76317 

log  c                           =  0,17898 

logsinp'                  =  8,42738  (-) 

log  C08  î  (p"-«-p')        =  9,98071 

log  « 

=  0,44871  (-) 

C.  log  sin  (p  -p)   =  0,22094 

C.  log  cosl(p«— p)  =■0,02299 

log  cos l 

=  9,89340 

0,42454 

0,18268 

0,34211 

Nombre  .     .     .      2,058  (-) 

Nombre.     .     .    1",523 
N  =  (-)  1",135 

Nombre. 

.  =     2",198  (-) 

ainsi 


d'où  l'on  tire 


«  sin  /  =  {— )  3",333 


o  =  —  5",35. 


Les  calculateurs  de  Greenwich  ont  trouvé,  par  la  combinaison  de 
deux  passages  successifs  de  la  polaire 


Différence. 


o  =  -  6".15 
0",8. 


Cette  seconde  valeur  doit  être  préférée  à  la  mienne,  à  cause  du  peu 
d'avantage  que  présente,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  la  position  presque 
zénithale  de  y  Ursae  majoris ,  surtout  pour  la  déviation  azimutale. 
Cependant  un  désaccord  de  huit  dixièmes  de  seconde  d'arc  est  bien 
peu  de  chose ,  et  il  est  douteux  qu'aucune  mesure  directe  puisse  don- 
ner un  résultat  plus  satisfaisant. 


30  SUR  LES  CORRECTIONS 

En  calculant  de  même  les  observations  faites  par  M.  Ellis  le  13  mai, 
et  en  faisant,  comme  dans  le  recueil 

fi  =    H-      l",5l 

i  ^  —     2",88 

on  trouve D^      11 8",80 ,  et  l'on  en  déduit 

a  =  —    6",08.  A  Greenwich,  cet  élément  est  porté, 
pour  ce  jour,  à —     6",-47 

Différence 0",39. 

Il  serait  difficile,  je  crois,  d'obtenir  une  concordance  plus  grande. 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  31 


SECONDE  PARTIE. 


METHODES     PARTICULIERES. 


Collimation. 

J'ai  donné,  dans  la  première  partie  de  ce  mémoire,  une  méthode 
générale  pour  déterminer  la  collimation  d'une  lunette  méridiennne, 
par  les  seules  observations  astronomiques,  et  indépendamment  des 
autres  corrections  de  l'instrument.  Quoique  je  la  croie  très-avanta- 
geuse dans  la  grande  généralité  des  cas,  je  ne  la  regarde  cependant 
pas  comme  exclusive,  et  je  pense  que  dans  certaines  circonstances 
particulières,  surtout  lorsque  l'instrument  à  vérifier  sera  de  petite 
dimension,  on  pourra  employer  avec  succès  la  méthode  directe  du 
retournement.  Quelquefois  l'on  fera  bien  de  combiner  les  deux 
méthodes,  ce  qui  permettra  peut-être  de  découvrir,  dans  la  construc- 
tion de  la  lunette,  certaines  défectuosités  qui  seraient  restées  cachées 
sans  ce  double  moyen  de  vérification. 

Lorsque  l'on  a  recours  au  retournement  pour  évaluer  la  collimation, 
on  se  sert  ordinairement  d'une  mire  méridienne,  placée  à  grande  dis- 
tance; mais  ce  moyen  ne  peut  guère  être  employé  que  dans  les  obser- 


38  SUR  LES  CORRECTIONS 

vatoires  fixes,  où  même  il  n'est  pas  toujours  praticable  à  cause  des 
constructions  voisines  qui  masquent  quelquefois  l'horizon  :  d'ailleurs, 
des  effets  latéraux  de  réfraction  terrestre  peuvent  souvent  induire  en 
erreur. 

Ces  inconvénients  n'existent  pas  dans  le  collimateur  horizontal  : 
c'est  une  espèce  de  petite  lunette  à  large  ouverture  et  à  court  foyer, 
montée  comme  celle  des  passages,  et  placée  sur  le  prolongement  de 
celle-ci,  de  manière  à  ce  que  les  deux  objectifs  se  regardent.  Au  foyer 
du  collimateur  se  trouvent  deux  fils  formant  entre  eux  un  angle  très- 
aigu;  le  champ  est  éclairé  fortement  par  un  réflecteur  placé  oblique- 
ment près  de  l'oculaire  du  collimateur.  A  l'aide  de  ce  système,  tout 
se  passe  comme  si  les  fils  étaient  situés  à  une  distance  infinie,  et  ils 
peuvent  être  très-bien  distingués  à  l'aide  de  la  lunette  méridienne , 
quoique  celle-ci  ne  soit  distante  que  de  quelques  pas.  Au  moyen  du 
fil  micrométrique  de  cette  dernière,  on  partage  également  l'angle  des 
deux  fils  croisés,  dans  deux  positions  renversées  de  la  lunette,  et  l'on 
obtient  ainsi  le  double  de  la  collimation. 

A  défaut  de  mire  ou  de  collimateur,  on  peut  encore  avoir  recours  aux 
circompolaires,  cette  classe  d'étoiles  si  utile  pour  l'établissement  des 
instruments  méridiens.  Observons  par  exemple  la  polaire ,  aux  trois 
premiers  fils  A,  B,  C  de  l'instrument ,  et  après  la  troisième  opération , 
effectuons  le  retournement.  La  quatrième  et  la  cinquième  observation 
se  feront  de  nouveau  aux  fils  B  et  A ,  et  tout  se  passera  comme  si 
l'étoile  arrivée  au  fil  C,  revenait  sur  ses  pas  pour  traverser  une  seconde 
fois  les  fils  B  et  A,  Si  donc  la  collimation  est  nulle ,  l'intervalle  entre 
les  observations  (  A,C) ,  (  B,C)  sera  le  même  que  celui  qui  sépare  les 
observations  (C,A  ),  (C,B)  ;  sinon ,  en  représentant  par  t,  t' ,  t°,  t'°  ces 
quatre  intervalles  respectifs,  on  aura  pour  l'expression  de  la  collima- 
tion en  arc  : 

{t  —  („)  13  sin  p 
{f — 1'„)  d5  sinp 


DE  LA  LUNErrE  MÉRIDIENNE.  33 

Gomme  cette  méthode  n'exige  pas  que  les  circompolaires  observées 
soient  parfaitement  connues  de  position,  on  sera  uniquement  guidé, 
dans  le  choix  des  étoiles  à  employer,  par  la  force  de  la  lunette  dont  on 
dispose  :  plus  le  grossissement  sera  considérable ,  plus  l'étoile  pourra 
être  voisine  du  pôle  sans  cesser  pour  cela  d'avoir  un  mouvement 
apparent  sensible,  et  plus  l'opération  comportera  d'exactitude.  Sir 
James  South  a  donné  dans  le  I^*^  volume,  2^  partie,  des  Mémoires 
de  la  société  astronomique,  un  petit  catalogue  de  15  circompolaires 
qui  sont  très-propres  à  cet  usage. 

Il  est  inutile  de  faire  remarquer  que  toutes  ces  méthodes  supposent 
que  l'inclinaison  et  la  déviation  de  l'axe  sont  identiquement  les  mêmes 
avant  et  après  le  retournement;  il  y  a  plus,  la  dernière  implique  ta- 
citement que  l'inclinaison  et  la  déviation  sont  nulles,  ou  du  moins 
négligeables;  car  si  cela  n'avait  pas  lieu,  le  fil  moyen  du  réticule  se 
trouverait  aune  distance  sensible  du  méridien,  et  l'obliquité  delà 
route  de  l'étoile,  avant  son  passage  à  ce  fil,  ne  serait  pas  la  même  qu'a- 
près ce  passage  :  la  collimation  pourrait  donc  être  nulle,  quoique  les 
temps  correspondants  l  et  /',  ^'^  et  <'°  fussent  inégaux  entre  eux.  Néan- 
moins ,  comme  il  est  toujours  facile  d'amener  les  deux  premières  cor- 
rections à  être  très-peu  considérables,  on  n'en  doit  pas  moins  regarder 
ce  dernier  procédé  comme  l'un  des  plus  exacts  et  des  plus  commodes 
que  l'on  ait  suivis.  lia  en  sa  faveur  l'autorité  de  M.  Littrow  (mémoire 
déjà  cité);  de  sir  James  South  [Observations  on  the  collimation  ad- 
justment  ofa  transit  instrument,  etc.  Mem.  ofthe  astr.  soc,  tome  I), 
et  de  MM.  Schumacher  et  Hansen  {Astronomische  Abhandlungeny 
herausgegeben  von  H.  C.  Schumacher,  tome  I^""). 

Collimation  par  les  doubles  passages  de  la  polaire  combinés  avec 
le  passage  d'une  étoile  à  faible  déclinaison. 

Dans  les  observatoires  spéciaux,  où  la  lunette  méridienne  est  géné- 
ralement un  instrument  à  grandes  dimensions ,  construit  avec  soin  et 
fermement  établi  sur  des  fondations  solides;  où  la  pendule  astrono- 
ToM.  XVIII.  5 


34  SUR  LES  CORRECTIONS 

inique  a  une  marche  uniforme  et  connue  ;  où  enfin  l'on  observe  la 
polaire  chaque  fois  que  le  ciel  le  permet,  comme  le  recommandait 
Bradley ,  il  sera  souvent  très-commode  de  déterminer  la  collimation 
par  les  doubles  passages  delà  polaire,  combinés  avec  l'observation 
d'une  étoile  à  faible  déclinaison.  Dans  ce  cas,  on  peut  regarder  les 
erreurs  de  la  lunette  comme  constantes  pendant  l'espace  d'un  jour , 
ou  du  moins  pendant  douze  heures ,  et  alors  la  formule  de  la  collima- 
tion se  simplifie  considérablement. 

En  effet ,  supposons  que  l'étoile  dont  la  distance  polaire  a  été  re- 
présentée par  p''  dans  la  formule  générale  soit  la  polaire  à  son  passage 
inférieur, p'  correspondant  au  passage  supérieur  de  cet  astre  :  si  l'on 
admet  l'hypothèse  parfaitement  légitime  que  sa  déclinaison  n'a  pas 
varié,  pendant  l'intervalle  des  deux  passages,  de  manière  à  produire, 
une  différence  appréciable  sur  la  valeur  des  coefficients  trigonométri- 
ques  qui  sont  fonction  de  cette  déclinaison,  on  pourra  remplacer po 
par  —  ^'  dans  les  deux  termes  qui  forment  l'expression  de  c ,  et  la 
formule  (7)  deviendra  : 

c  =  D»    ^"^  ^  (P  —  Pl  ^  n'    cos  i  (p  -hp')  _ 


2  sin  J  (/)-+-/>' )  2sini{p— p') 


Pour  réduire  en  tables  les  coefficients  de  D"  et  de  D',  on  les  calcu- 
lera pour  une  valeur  de  jo  qu'il  est  permis  ,  comme  nous  l'avons  vu , 
de  regarder  comme  constante  pendant  plusieurs  années,  et  pour  une 
valeur  moyenne  de  p'.  Les  corrections  qu'il  faudra  leur  faire  subir 
lorsque  p'  aura  sensiblement  varié,  s'obtiendront  en  difftérentiant  par 
rapport  à  cette  variable  les  deux  facteurs  : 


cos  i  {p  —  p')         cos  ^  {p  •*-  p') 
gt  J 

2  sin  i  (p  -t-  p')       2  sin  i  {p  — p') 


ces  diffîérentielles  sont 


cos  p  .  ,  cos  p 

dp'  -— — — — î- et  dp'- 


4  sin  'i  (p  +  p')  4  sin  *i  (p  —  p') 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  55 

Ces  quantités  réduites  en  nombre,  seront  les  corrections  dont  il  faut 
frapper  les  coefficients  de  D**  et  de  D',  calculés  une  fois  pour  toutes , 
pour  les  rapporter  à  la  déclinaison  véritable  de  la  polaire  à  l'instant 
de  l'observation. 

Ainsi  l'on  obtiendra  la  coUimation  par  la  formule  : 

c  =  D"  (A«  —  P»  rfp')  H- D' (A' -4- P' dp'). 

La  table  (IV)  donne  les  valeurs  de  \°,\.',V°,V',  calculées  pour  la  po- 
laire et  pour  14  étoiles  fondamentales  situées  à  de  grandes  distances 
du  pôle  nord.  Les  déclinaisons  sur  lesquelles  est  basée  la  construction 
de  cette  table ,  sont  les  déclinaisons  moyennes  de  1846. 

On  sait  que  D",  D'  sont  donnés  par  la  comparaison  de  l'ascension 
droite  des  étoiles  ,  avec  l'heure  que  marquait  la  pendule  au  moment 
de  l'observation;  D**  se  rapportant  au  passage  inférieur  de  la  polaire, 
D'  à  son  passage  supérieur. 

Remarquons  pour  terminer  que  les  expressions  différentielles 


4sin.  '  i  (j) -t-p')  '         4  8in'i(p — p') 

que  nous  venons  de  trouver  directement,  auraient  pu  se  déduire  de 
l'expression  différentielle  générale  que  nous  avons  posée  plus  haut  : 

^^,  _  dp»  co»  î  (p  -  pO  [»in|  (p-Hpo)«in  { fp»—  p*)  —  «in  j  (p  ~  p°)  »\n  \  (p»-4-p')]  -4-  dp'  sin  p*  sin^ (p  —  p')  cos  j  (p  — p°) . 

4«in';(p  — p«>)sin'i(|)<>-p')  ^ 

car,  en  y  faisant 

p»  =—/>',  dp<'=—  dp', 

celle-ci  devient  : 

dk"  =  dp'  «'QS^  (p  — p')sin  {{p—p')  —  cosj  (p  -4- p')  sin  j  (p  -*-p'). 

4  sin';  (p -t- p')  sinp' 

dM> dp'  (isi"(P-^P')-i«i»(f-p)\  . 

\        4  sin'i  (p -t- p')  sinp'         / 

ou  enfin 

cosp 


dk'=—dp' 


4  sin  »  1  (p  -f-  p'  ) 


36  SUR  LES  CORRECTIONS 

On  retrouverait  par  une  marche  analogue  la  valeur  de  c/A',  mais 
la  méthode  directe  est  beaucoup  plus  expéditive. 


Inclinaison  de  l'axe. 

Nous  avons  constamment  supposé ,  dans  la  première  partie  de  ce 
mémoire,  que  l'inclinaison  de  l'axe  de  la  lunette  avait  été  déterminée 
à  l'aide  du  niveau  à  bulle  d'air  :  ce  procédé  n'est  pas  toujours  prati- 
cable ,  certaines  classes  d'instruments  méridiens ,  tels  que  le  cercle 
mural,  ne  se  prêtant  pas  à  son  emploi  ;  il  exige  de  plus  que  l'on  ait  à 
sa  disposition  un  niveau  très-bon ,  très-sensible,  et  dont  la  valeur 
angulaire  des  divisions  soit  parfaitement  connue;  enfin,  la  chaleur 
produit  sur  la  marche  de  la  bulle  des  anomalies  dont  il  n'est  pas  tou- 
jours possible  de  prévenir  les  effets. 

En  général ,  il  faut  éviter  autant  qu'on  le  peut  de  vérifier  un  instru- 
ment à  l'aide  d'un  autre  instrument  :  ce  dernier  ne  pouvant  qu'appro- 
cher plus  ou  moins  de  la  perfection  ,  l'inexactitude  dont  il  est  affecté 
se  réfléchit  sur  le  premier ,  où  souvent  elle  est  amplifiée  considérable- 
ment. L'art  de  l'observateur  consiste  alors  à  procéder  par  des  mé- 
thodes qui  compensent  en  grande  partie  les  défauts  inhérents  à  la 
construction  de  l'instrument  comparateur,  mais  il  est  bien  rare  qu'on 
parvienne  à  les  annuler  tout  à  fait.  C'est  ainsi  que  l'on  peut ,  par  le 
retournement,  corriger  l'inégalité  des  deux  branches  du  niveau  à 
bulle  d'air ,  mais  l'erreur  ne  sera  complètement  éliminée  que  si ,  dans 
les  deux  opérations ,  les  branches  se  trouvent  dans  des  circonstances 
identiques  de  température  et  de  position  ;  c'est  ainsi  encore  que  l'on 
est  parvenu  à  rendre  cet  instrument  d'une  sensibilité  extrême ,  mais 
alors  la  difficulté  revient  à  connaître  la  valeur  exacte  d'une  de  ses 
divisions,  et  quelque  soin  que  Ton  apporte  à  la  détermination  de  cet 
élément,  il  est  toujours  sujet  à  quelque  incertitude.  Dans  l'introduc- 
tion du  recueil  des  observations  faites  à  Greenwich ,  en  1842,  on 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  57- 

voit  le  détail  de  celte  opération  délicate,  et  les  valeurs  extrêmes  qui 
ont  été  trouvées  pour  une  division  du  niveau  sont  1",153  et  1",358  : 
cette  quantité  n'est  donc  certaine  qu'au  sixième  de  sa  grandeur ,  et 
une  inclinaison  de  l'axe  de  6"  laisse  une  indécision  de  1  ". 

Le  collimateur  vertical ,  dont  le  capitaine  Kater  a  donné  la  des- 
cription dans  les  Transactions  philosophiques,  1828,  me  semble  un 
des  appareils  les  plus  propres  à  faire  connaître  si  l'axe  de  rotation 
est  incliné  ou  non  ,  mais  il  se  prête  moins  bien  à  faire  connaître  la 
valeur  angulaire  de  cette  inclinaison. 

Un  des  procédés  les  plus  simples  pour  évaluer  la  quantité  dont 
nous  nous  occupons ,  est  d'observer  la  polaire  directement,  et  par  ré- 
flexion sur  un  horizon  artificiel.  Si  l'inclinaison  est  assez  sensible, 
on  conçoit  que  l'on  puisse  avoir  le  temps  d'observer  cet  astre  des  deux 
manières  au  même  fil  du  réticule  :  le  temps  écoulé  entre  les  deux  pas- 
sages, réduit  en  arc,  donne  le  double  de  l'élément  cherché.  Cette 
méthode  est  trè*-commode ,  mais  elle  n'est  applicable  que  lorsque 
l'inclinaison  s'élève  à  plusieurs  secondes;  elle  est  employée  avec  succès 
pour  le  cercle  mural ,  qui ,  par  sa  nature,  ne  doit  se  trouver  qu'à  peu 
près  dans  le  plan  du  méridien.  Je  proposerai  plus  loin  une  modifica- 
tion à  ce  procédé ,  qui  le  rend  applicable  à  la  lunette  méridienne , 
et  lui  donne  toute  la  précision  que  l'on  est  en  droit  de  désirer  pour  cet 
instrument. 


Détermination  de  l'inclinaison  de  Vaxe  au  moyen  de  deux  observa- 
tions directes  et  d'une  observation  par  réflexion. 

J'ai  fait  remarquer,  à  la  fin  du  §  III  de  la  première  partie,  qu'une 
observation  sur  un  horizon  artificiel  devait  faire  disparaître  l'indéter- 
mination qui  empêchait  de  résoudre  complètement,  par  des  moyens 
purement  astronomiques,  le  problème  général  qui  fait  l'objet  de  ce 
mémoire.  C'est  ici  le  lieu  de  développer  cet  aperçu. 


38  SUR  LES  CORRECTIONS 

Reprenons  les  deux  équations  (y)  et  (  J)  de  ce  paragraphe  : 

M  sin  p  cos  (p°  —  l)  —  M"  sin  p"  cos  [p  —  /) 


(y) o  H-  JSa  cos  /  ! 


{</•) t  -+-  dSa  sin  /  = 


sin(;>  — p") 
M  sin  p  sin  (p"  —  l)  —  M"  sin  p"  sin  (p  —  l) 


sin  [p°  —  p) 
et  éliminons  «  entre  elles  :  il  vient 

.    ,        .        ,        M  sin  p  [sin  J  cos  (p»  —  /) -i- cos  i  sin  fp"  —  J)]  —  M"  sinp^^rsin  Icos  (p  —  I) -t- cos  J  sin  (p  —  0 ] 

a  sin  1  —  i  cos  l  = . : 

slu  (p  —  p») 

ou ,  en  faisant  les  réductions  : 

,  sin  p  sin  p" 
o  sin  i  —  t  cos  i  =  (M  —  M° )  -;- 


sin  (p—p°) 


Or  il  est  clair  que  si  j'avais  combiné  deux  autres  équations  quelcon- 
ques, le  premier  membre  n'aurait  pas  changé;  et  j'aurais  seulementob- 
tenu  une  nouvelle  expression  de  la  différence  (  a  sin  / —  i  cos  /).  Mais 
cette  manière  de  poser  la  difficulté  nous  met  elle-même  sur  la  voie  qui 
doit  nous  conduire  à  sa  solution  :  en  effet,  on  est  naturellement  con- 
duit à  se  demander  s'il  n'y  aurait  pas  un  moyen  de  changer  en  somme 
cette  deuxième  différence.  Or,  si  l'on  vise  au-dessous  de  l'horizon,  l'in- 
clinaison change  de  signe ,  tandis  que  la  déviation  reste  la  même  ;  nous 
allons  donc,  en  conservant  nos  deux  premières  équations  fondamen- 
tales ,  introduire  dans  une  troisième  la  condition  que  nous  visons  au- 
dessous  de  l'horizon  :  ceci  revient  à  changer  le  signe  de  *,  ou  bien ,  ce 
qui  s'accorde  mieux  avec  la  marche  de  l'analyse  trigonométrique  que 
nous  avons  suivie  jusqu'ici,  à  remplacer  (p  —  /)  par  180°  —  {p  —  l). 
Nos  trois  équations  fondamentales  seront  donc,  dans  ce  cas  : 


sin  p                    sin  p  sm  p 

cos  (p"  —  /)  sin  (p"  —  l)  c 

sm  p°                    sm  p°  sin  p" 

rp„      .«          .cos(p"  — Z)  sia  ip"-l]  c 

1    =  ioa  —  t ^; 1-  O   : H 


sinjD  sm  p  sinp 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  59 

La  valeur  de  c  ayant  été  déterminée  par  la  méthode  connue ,  nous 
la  transporterons  dans  ces  trois  équations  ;  représentant  par  M,  M°,  M" 
les  trois  quantités ,  T ^,  T° A  ,  T"  —  -A^,  et  éliminant  1 5« 

T  '  5in  p  «m  p»  '  sin  p    ' 

entre  la  dernière  et  chacune  des  deux  autres  ,  nous  aurons  : 

°^     \       »in  p»  sin  p"      I  \       «in  p"  sin  p"      }  ' 

M   -  M"  =  »■  i^^ALl^J}  +  C08   p"  — 0\  ^  ^  /  sin  (p  —  l)  _  sin(y"  — Q  \ 
\       sinp  sinp"       /  \       sinp  sinp"       ) 

Éliminant  a  et  faisant  les  simplifications^  on  obtient  : 

(M°  -  M"  )  sin />"  sin  (p  — p"  )  —  (M  —  M")  sin  p  sin  (p'  —  p") 
W     •    •    ■    •    ^'^  2sin(p  — p'')co8(p"  — i) 

Ainsi,  après  avoir  trouvé  la  collimation,  on  pourra  obtenir  l'incli- 
naison de  l'axe  en  combinant  deux  des  observations  directes  qui  ont 
servi  à  déterminer  le  premier  élément,  avec  une  troisième  observation, 
faite  par  réflexion  sur  un  horizon  artificiel. 

Pour  que  l'inclinaison  soit  obtenue  avec  toute  l'exactitude  désirable, 
il  faut  que  les  coefficients  de  (M»  —  M")  et  de  (M — M")  soient 
ramenés  simultanément  à  leur  minimum  :  or,  celte  condition  exige  : 
1°  que  p"  soit  peu  différent  de  /,  ou  que  l'étoile  observée  par  réflexion 
s'éloigne  peu  du  zénith;  2°  que  p  et  p°  soient  de  signes  contraires, 
et  peu  considérables  :  les  étoiles  observées  directement,  que  l'on  em- 
ploiera à  la  recherche  de  i,  seront  donc  les  deux  circompolaires  qui 
ont  servi  déjà  à  trouver  la  collimation. 

Inclinaison  par  r observation,  alternativement  directe  et  réfléchie, 
du  passage  des  circompolaires  aux  différents  fils  de  la  lunette. 

Le  moyen  précédent  m'a  conduit  à  un  autre ,  qui  n'est  qu'une 
modification  du  procédé  employé  ordinairement  pour  le  cercle  mural. 


40  SUR  LES  CORRECTIONS 

mais  qui  permet  d'estimer  isolément  la  valeur  de  l'inclinaison  de  l'axe, 
avec  une  exactitude  supérieure  à  tout  ce  que  peuvent  donner  les  ins- 
truments employés  jusqu'ici.  Cette  méthode  me  parait  mériter  d'être 
traitée  avec  quelque  détail. 

Admettons  que  la  lunette  dont  on  se  sert,  soit  munie  d'un  réticule 
de  cinq  fils  verticaux,  comme  celle  de  l'observatoire  de  Bruxelles: 
observons  une  circompolaire ,  à  son  passage  supérieur,  je  suppose, 
directement  au  premier  fil,  par  réflexion  au  second,  et  ainsi  alter- 
nativement jusqu'au  cinquième,  où  l'observation  sera  directe.  L'er- 
reur due  à  la  collimation  ne  dépend  que  de  la  déclinaison  de  l'étoile; 
elle  ne  change  donc  pas  de  l'observation  directe  à  l'observation  ré- 
fléchie :  celle  qui  provient  de  la  déviation  azimutale  reste  aussi  cons- 
tante ,  puisque  l'on  a  successivement  pointé  à  des  distances  égales 
du  zénith  et  du  nadir;  le  temps  qui  sépare  deux  observations  con- 
sécutives ne  sera  donc  altéré  que  par  l'inclinaison  de  l'axe,  et  l'erreur 
apparente  sera  fonction  du  double  de  cette  inclinaison. 

Soient  donc  i  l'angle  d'inclinaison  de  l'axe  (nous  le  supposons  soulevé  à  l'Ouest); 
E  l'espacement  moyen  de  deux  fds  du  réticule ,  exprimé  en  arc  ; 
A  le  temps  écoulé  entre  l'observation  directe  au   1^"^  fil,  et  réfléchie  au  2' 
B  »  »  réfléchie  an  2*  fil ,  et  directe   au  5' 

A'  j)  »  directe  au   3°  fil ,  et  réfléchie  au  4' 

B'  »  »  réfléchie  au  4'=  fil,  et  directe    au  S*. 

Quoique  l'espacement  des  fils  soit  assez  bien  connu  pour  pouvoir 
ramener  au  fil  milieu  une  observation  incomplète,  il  s'en  faut  de  beau- 
coup cependant  que  l'on  puisse  en  répondre  à  une  seconde  d'arc  :  or  il 
nous  faut  une  précision  supérieure  à  cette  limite,  soit  donc 

a  la  diff'érence  angulaire  qui  existe  entre  la  distance  du  i"  au  2"  fil,  et  la  valeur  moyenne  E; 
H                     »  »  »  2^  au  3"  »  » 

a  »  »  »  3*  au  4"  »  » 

/S'  »  »  »  4"  au  5"  »  » 

Cela  posé,  en  remplaçant  pour  un  instant  par  la  lettre  t  l'expression 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


il 


•  cm(p—  /) 
15  lia  p 


,  nous  pourrons  former  les  équations 


A  » 

B  = 

A'  = 
B'  = 


iSsin  p  15sin  p 
E  0 

ISsin  p  ISsin  p 
E  a' 

iSsio  p  ISsin  p 

E  3' 

i^sin  p  ISsin  p 


A  —  B  =4(  + 


15sïn  p 


I  a — /3 

d'où  l'on  lire    A'  —  B  =4/  -•- 


A'  —  B'  =  4<  -t- 


—  2< 


15  sin  p 

a'-ff 
15  sin  p 


ajoutant  membre  à  membre  ces  trois  dernières  relations,  et  résolvant 
par  rapport  à  «. 


W. 


12 (  =  (A  +  2A')-  (B'-h2B)  — 


{a-^2i')         (/3'-t-23) 


15  sin  p  15  sin  p 


Pour  éliminer  toutes  les  quantités  relatives  à  l'inégal  espacement  des 
fils,  prenons  une  seconde  circompolaire  à  son  passage  supérieur,  et 
observons-la  cette  fois  par  réflexion  au  premier  fil ,  directement  au 
second,  et  ainsi  de  suite.  Nous  aurons  alors,  en  remplaçant  par  t'  la 
quantité  r°'<P'-'^ 


19  «in  p' 


B„  = 


15  sin  p'  15  sin  p' 

E  a 

: -4-  

15  Sin  p'  15  sin  p' 


A   '=  -4-     ~ 

iDsinp         1 


B„'= 


5  sin  p 


—  2/ 
-t-  2/ 

—  2/ 
-4-   2/' 


B„  — A„  =  4/  -*- 
B„  — A„'  =  4/  + 
B.'-A/=4/  -t- 


n 

--  a 

15 

sinp' 

a 

—  a' 

15 

sinp' 

0'- 

— a 

15  sin  p' 


15  sinp'        15  sinp' 
De  ces  trois  dernières  on  tire  : 

(10).    .     .     .     12/  =  (B/  +  2B,)  -  (A.  -f-  2A„')  - 
ToM.  XVIII. 


■  2a' 


/3'-4-2^ 


15  sinp'        15  sinp' 


6 


42  SUR  LES  CORRECTIONS 

Remplaçant  t  et  «'  par  leurs  valeurs,  et  chassant  les  dénominateurs, 
on  obtient  : 

(9).     .     d2jcos(i9— Z)  =  15sin/)[(A -^-2Â')  — (B'-+-2B  )]  — (<x-t-2a')-+-(/3'-+-2^) 
(iO).     .     12icos(/)'-«)  =  i5sinp'[(B„'-4-2B„)— (A„-t-2Ao')]  +  (a-i-2a')  — (/3'  +  2/3). 

Ajoutant  ces  deux  équations  ,  on  fait  évanouir  tous  les  termes  dé- 
pendants de  l'inégalité  d'espacement  des  fils ,  et  l'on  a 

1 2t  [cos (p-i) -t- cos(p'- /)]  =  15 sinj9 [(A+2A')  —  (B'-h2B)] -+- 1  a  sinjo' [{B„'+2B„)  —  (A„-»-2A„')]  ; 

ou  enfin 

i 5  sin p  [(A  +  2A')  —  (B'  +  2B)]  -t-  i  5  sin />'  [(B„'+  2B„)  -  (A„  +■  2A'„)] 


(11).     .     24t== 


cos  i  {p  — p'  )  COS  i  (/)  -4-  /)'  —  20 


La  valeur  de  *  sera  d'autant  plus  exacte  que  les  termes  renfermant 
les  erreurs  commises  sur  les  instants  des  passages  seront  multipliés  par 
des  coefficients  plus  petits.  Les  deux  étoiles  observées  doivent  donc  être 
très- voisines  du  pôle,  pour  que  le  numérateur  soit  réduit  au  minimum; 
de  plus,  elles  doivent  s'écarter  peu  l'une  de  l'autre,  et  du  zénith  du 
lieu,  pour  que  le  dénominateur  soit  un  maximum  ;  on  voit  donc  que 
les  passages  supérieurs  sont  préférables  aux  passages  inférieurs.  On 
pourrait  néanmoins  appliquer  la  méthode  que  nous  venons  d'indiquer 
à  deux  passages  inférieurs,  ou  à  un  passage  supérieur  combiné  avec 
un  passage  inférieur.  La  seule  remarque  à  laquelle  il  faille  faire  atten- 
tion dans  la  pratique,  c'est  que  chaque  fil  doit  servir  successivement  à 
une  observation  directe  et  à  une  observation  réfléchie.  Quant  à  l'ap- 
plication de  la  formule ,  il  suffit  de  regarder  comme  négatifs  les  arcs 
qui  se  rapportent  à  un  passage  au-dessous  du  pôle. 

Si  l'on  croit  pouvoir  répondre  que  l'inclinaison  reste  constante  pen- 
dant 12  heures,  on  simplifiera  la  formule  en  prenant  la  même  étoile 
à  ses  deux  passages  successifs  :  on  obtient  alors  la  relation 

, .  ^>  24  i  cote  »  cos  i 

(12).     .     .  ^/- =(A  +  2A')-*-(A„-h2A'„)-(B  +  2B')-(B„  +  2B'J. 

15 

.11: 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  43 

Si  nous  calculons  le  premier  membre  pour  la  polaire  et  pour  la 
latitude  de  Bruxelles ,  il  devient  à  peu  près  48t. 

Les  erreurs  accidentelles  que  l'on  a  pu  commettre  sur  chacune  des 
dix  observations  se  seront  probablement  compensées  en  partie ,  et 
celles  qui  proviennent  de  l'équation  personnelle,  ou  de  la  marche  de 
la  pendule,  se  détruisent  totalement,  puisque  l'on  ne  procède  que  par 
les  différences  entre  les  instants  des  passages.  Le  second  membre  de 
notre  formule  sera  donc  en  général  plus  exact  que  ne  le  serait  l'ob- 
servation du  passage  de  la  polaire  à  un  fil  unique.  Admettons  cepen- 
dant qu'il  soit  en  erreur  de  5  secondes  de  temps,  et  il  donnera  encore 
la  véritable  valeur  de  l'inclinaison  au  10*=  de  seconde  en  arc. 

Il  est  évident  que  la  méthode  que  nous  proposons  sera  susceptible 
d'une  précision  d'autant  plus  grande  que  le  nombre  des  fils  du  réticule 
sera  plus  considérable.  Si  nous  avions  pris  pour  exemple  un  réticule 
à  onze  fils  verticaux ,  comme  il  en  existe  à  certaines  lunettes  méri- 
diennes, nous  aurions  obtenu  140  fois  la  valeur  de  l'inclinaison  au 
lieu  de  48  fois  seulement.  Une  erreur  de  14  secondes  en  temps,  nous 
donnerait  encore  ici  l'exactitude  du  10*^  de  seconde  en  arc. 

I 

Déviation  azimutale  par  les  passages  de  deux  étoiles.  ' 

Lorsque  l'on  a  déterminé  la  collimation  d'une  lunette  et  l'incli- 
naison de  son  axe,  soit  par  la  méthode  générale,  soit  par  un  des 
procédés  particuliers  que  nous  venons  d'indiquer,  il  est  facile  d'ob- 
tenir la  déviation  azimutale  par  l'observation  de  deux  étoiles. 

Soient  en  effet p°,ja'  les  distances  polaires  des  deux  astres,  H°,  H' 
les  instants  de  leurs  passages  au  fil  de  la  lunette ,  corrigés  de  la  colli- 
mation et  de  l'inclinaison  ;  AR°,  AR'  leurs  ascensions  droites  j  «  l'a- 
vance absolue  de  la  pendule  ;  nous  aurons  les  deux  relations  : 

sin  (p-  —  l) 


H"  =  AR"  -4-  a  +  o 

H'  =  AR'  -t-  a  +  a 


15sinp° 

8ID  (p'  —  0 

15  sinp' 


44  SUR  LES  CORRECTIONS 

Éliminant  «  entre  ces  deux  équations ,  on  obtient 

a  sin  l  sin  (p°  —  »') 

IS  [(H"  -t-  AR')  —  (H'  -I-  AR°)]  =  D"  = . :      ,         , 

"  sin  p   sin  p 

d'où  l'on  tire 

,,  sin  p"  sin  p'  D" 


UJ 


JiJ«i 


(13) a  sin  i  =  D" 


sin  (p°—  p')       cotg  p'  —  cotg  p" 


Telle  est  l'expression  très-simple  qui  fait  connaître  la  déviation  azi- 
mutale  :  c'est  en  eifet  ce  que  l'on  aurait  tiré  directement  de  notre 
équation  (  5  )  $  IV,  en  y  supposant  c  =  o  et  *  ==  o.  D 

Cette  formule  montre  clairement  que ,  si  l'on  veut  que  les  erreurs 
d'observation  dont  la  quantité  D"  est  entachée  aient  très-peu  d'in- 
fluence sur  l'exactitude  de  a,  il  faut  que  le  coefficient  — — -, soit 

"  T  colg  p  —  cotg  p» 

le  moindre  possible,  c'est-à-dire,  quep°  etp'  soient  petits  et  désignes 
contraires.  On  choisira  en  conséquence,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà 
dit ,  deux  circumpolaires,  l'une  à  son  passage  supérieur,  l'autre  à  son 
passage  inférieur. 

C'est  donc  à  tort  qu'Andréa  Conti  donne  pour  précepte  d'employer 
à  la  détermination  de  la  déviation  azimutale  deux  étoiles  différant 
beaucoup  en  déclinaison  \  et  qu'il  choisit  à  cet  effet  des  groupes 
d'étoiles  situées  à  environ  45°  l'une  au-dessous ,  l'autre  au-dessus  de 
l'équateur.  Cette  dernière  disposition  surtout  est  la  plus  désavanta- 
geuse que  l'on  puisse  adopter  :  car  en  supposant  deux  étoiles  dont 
les  déclinaisons  soient  -j-  45°  et  —  45°,  la  formule  précédente 
devient 

D" 

a  sm  1  =  —  ; 

2 

tandis  que  pour  la  polaire  et  une  étoile  équatoriale ,  elle  serait 

.   ,   .  D" 

o  sin  t  ^  — , 
37' 

*  «  Per  oUenere  con  precisione  il  valore  di  z  (  délia  deviazione  dello  stromento  ),  è  necessario 
scegliere  due  fisse  le  quali  abbiano  una  differenza  nolabile  di  declinazione.  »  (Opuscoli  astronomici. 
Roma,  1822,  pag.  139. 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  45 

et  pour  deux  passages  consécutifs  de  la  polaire ,       '     '  '  ' 

D" 
o  8in  i  =  — - . 
1  75 

Il  est  juste  cependant  d'observer  que  l'avantage  de  notre  côté  ne 
sera  pas  tout  à  fait  aussi  grand  que  semble  l'indiquer  au  premier  abord 
le  rapport  -/  :  cela  ne  serait  vrai  qu'autant  que  l'instant  du  passage  de 
la  polaire  pût  être  noté  avec  la  même  précision  que  celui  des  étoiles 
du  parallèle  de  45°;  mais  admettons  que  l'observation  de  ces  dernières 
puisse  se  faire  avec  une  exactitude  cinq  fois,  dix  fois  même  plus 
grande  que  celle  dont  est  susceptible  l'observation  de  la  polaire ,  et 
cette  dernière  remportera  encore  sur  les  autres ,  dans  le  rapport  de 
15  à  2,  ou  au  moins  de  7,5  à  2.  En  outre  ,  une  condition  de  la  plus 
haute  importance,  c'est  que  l'ascension  droite  des  étoiles  employées 
soit  parfaitement  connue  :  on  ne  peut  donc  faire  servir  à  la  recherche 
des  corrections  de  la  lunette  que  des  étoiles  données  par  les  Ephémé- 
rides  comme  fondamentales  ;  et  sous  ce  point  de  vue ,  la  polaire  et  ^de 
la  petite  Ourse  sont  extrêmement  précieuses. 

La  méprise  où  est  tombé  l'auteur  que  je  viens  de  citer  provient,  sui- 
vant moi,  d'une  idée  qui  parait  d'abord  fort  naturelle  :  le  cercle  de 
déviation  coupant  le  méridien  au  zénith,  et  s'en  écartant  le  plus  à 
l'horizon  ,  il  semble  que  la  manière  la  plus  sûre  de  mesurer  cet  écart 
est  d'observer  une  étoile  passant  près  du  point  où  il  est  nul ,  et  une 
autre ,  près  de  celui  où  il  est  le  plus  grand.  Or,  la  latitude  du  Collège 
romain  étant  de  41°  53'  52",  les  étoiles  dont  la  déclinaison  est  voi- 
sine de  -{-  45°  et  —  45°  satisfont  très-bien  à  ces  deux  conditions. 

Mais  en  y  regardant  de  près ,  on  reconnaît  bien  vite  que  ce  raison- 
nement ne  serait  juste  qu'autant  que  l'on  chercherait  à  obtenir  la 
déviation  par  une  mesure  angulaire;  et  encore  vaudrait-il  mieux 
alors  observer  une  étoile  près  de  l'horizon  Nord,  et  une  autre  près  de 
l'horizon  Sud.  Or  notre  mesure  réelle  c'est  le  temps ,  et  celle-là  nous 
fournira  des  résultats  d'autant  plus  sûrs  que  nous  nous  approcherons 
davantage  du  pôle.  *' 


46  SUR  LES  CORRECTIONS 

Je  viens  de  dire  qu'au  lieu  de  choisir  l'une  des  deux  étoiles  près  de 
l'horizon  et  l'autre  près  du  zénith  ,  il  eût  été  préférable  de  les  prendre 
aux  deux  points  opposés  de  l'horizon.  En  effet ,  l'équation  fondamen- 
tale ,  différentiée  par  rapport  à  la  déviation  et  à  la  distance  polaire  , 
donnerait  : 

da  =  —  o  cotg  {p  —  l)  d  (p  —  l)  pour  les  passages  supérieurs, 
et 

da  =  —  o  cotg  (p  -{-  l)  d  {p  -\-  l)        »  »        inférieurs. 

La  première  expression  donne  le  minimum  de  l'erreur  da  pour  (p — /) 
=  90°  ou  pour  l'horizon  Sud;  la  seconde,  pour  (/)+/)  =  90°  ou 
pour  l'horizon  Nord.  En  effet,  il  était  facile  de  voir  à  priori  que 
l'angle  a,  dont  le  sommet  est  au  zénith ,  serait  obtenu  le  plus  exacte- 
ment possible,  en  mesurant  l'arc  de  grand  cercle  tracé  de  ce  sommet 
comme  pôle  ;  mais ,  je  le  répète ,  cet  avantage  n'est  ici  que  très-secon- 
daire ,  la  mesure  de  l'angle  en  question  n'étant  pas  l'espace,  mais  bien 
le  temps. 

Déviation  azimutale  au  moyen  de  la  polaire  et  de  $  de  la  petite 

Ourse. 


La  formule 


^„  sm  p°  sin  p 

a  sin  /  =  D"  -t-^- — 

sin  {p° — p  ) 


est  très-facile  à  réduire  en  nombres.  Supposons  que  jo'  soit  la  distance 
polaire  moyenne  de  la  polaire  pendant  l'année  1846  ;  jo°  la  quantité 
analogue  pour  <J  de  la  petite  Ourse;  admettons  de  plus  que  la  première 
étoile  soit  prise  à  son  passage  supérieur ,  et  la  seconde  à  son  passage 
inférieur  :  la  relation  précédente  deviendra 

g  sin  f  =  D- ^'"^°^'°^'  =0.018  2422 D'. 
sin  [p''+p') 

Quand  les  deux  étoiles  auront  des  distances  polaires  sensiblement 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  M 

différentes  de  celles  que  nous  venons  de  leur  prêter,  et  qui  sont  res- 
pectivement 

p'  =  i'  30'27" 
•     p"  =  3°  24'  9" 

il  faudra  remplacer/)'  elp°  par (/>' -f- rfp' )  et  {p°-{-dp°),  et  tout  revient 
à  chercher  la  différentielle  de  l'expression 

sin  p'  gin  />' 


ain  (p'+p') 
qui  est 

dp'  sîn  *p°  -{-  dp'  sin  'p' 
sin'(p«  +  p') 

La  formule  de  la  déviation  sera  donc  alors 

o  sin  /  =  D"  [A  -*-  P°  rfp»  -4-  P'  dp'], 

dans  laquelle 

A  =0,048  2422 

P°  =   •    r'^     '^  '  '"g  ^  =  «•^■^^  5148 
s,m*(p°-k-p) 

sin  "p" 
P'=:  -^        ;  logP'  =  9,681  9860. 

sin'(/,«  +  p')'      '^ 

Cl  Si  la  polaire  était  observée  à  son  passage  inférieur,  et  d  Ursae  mi- 
noris  à  son  passage  supérieur,  la  formule  deviendrait 

.    .            „,.  8>n  P°  sin  p' 
a  sin  {  =  —  D"  — i^ i- , 

sm(p°-^  p') 

et  la  valeur  des  coefficients  numériques  serait  la  même. 

Pour  la  latitude  de  Bruxelles,  X  =  50°  51'  11",  ou  pour  la  colati- 
tude  /  =  39°  8'  49" ,  on  aurait  la  formule 

(A  P°  P'         \ 

sin  f         sin  /  sin  /        / 


48  ."    SUR  LES  CORRECTIONS 

dans  laquelle 

A 

- —  =  0,028  8938 
sin  l 

po 

Log  -T—  =  9,175  0711 
sin  / 

Log  -^^=9.881  7423.  .^^.^^j^ 

Les  logarithmes  de  dp°  et  dp'  se  tirent  à  vue  de  la  table  (III);  il  suffit 
de  les  ajouter  aux  logarithmes  constants  de  -^^  et  de -^^,  de  cher- 
cher les  deux  nombres  correspondants ,  et  l'on  obtient  la  quantité 
entre  parenthèses  :  il  ne  s'agit  plus  que  de  multiplier  celle-ci  par  le 
nombre  connu  D"  pour  avoir  la  valeur  de  a. 

Lorsque  l'on  aura  ainsi  calculé,  en  quelques  traits  de  plume,  la 
déviation  pour  la  latitude  1  de  Bruxelles,  rien  ne  sera  plus  simple  que 
de  l'obtenir  pour  une  autre  latitude  V  :  en  effet ,  en  nommant  a'  cette 
nouvelle  quantité  ,  on  aurait  : 

sin  p°  sin  p' 

a'  sin  r  =  D"  -T-f V 

sin  {p"  -*-p) 

d'où 

a       sin  /'  sin  / 


ou  a  =  a  — r- 


sin  l  sin  /' 


Ainsi  pour  trouver  sous  une  latitude  quelconque  la  déviation  azi- 
mutale  de  la  lunette  méridienne,  on  commencera  par  la  calculer,  au 
moyen  des  constantes  que  je  viens  de  donner^  pour  la  latitude  de 
Bruxelles,  et  l'on  multipliera  ensuite  le  résultat  obtenu,  par  le  fac- 


.  sin  l  cos  A 

teur  -^-^  ou 


sin  l'  cos  V 

La  table  (  V  )  renferme  les  logarithmes  de  ce  facteur ,  calculés  de 
10  en  1 0  minutes  pour  les  latitudes  comprises  entre  35°  et  63°. 

Déviation  azimutale  par  les  doubles  passages  de  la  polaire. 

Lorsque  l'on  croit  pouvoir  répondre  de  l'uniformité  de  la  marche 
de  la  pendule  pendant  12  ou  24  heures,  il  est  très-commode  de  rem- 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  49 

placer  robservation  des  deux  circompolaires  dont  nous  venons  de 
parler,  par  celle  des  doubles  passages  de  la  polaire.  L'équation  (13) 
devient  alors  : 

a  _  D"  '""'^  ^'    =D^A}^^^ 
2  sin  <  2  sin  l 

On  pourrait  réduire  en  table  cette  formule ,  en  adoptant  la  marche 
que  j'ai  suivie  jusqu'à  présent  dans  ce  mémoire,  c'est-à-dire,  en  calcu- 
lant une  fois  pour  toutes  l'expression  -y^^»  et  en  évaluant  la  cor- 
rection (g^J.  ,)  qu'il  faudrait  lui  faire  subir,  lorsque  p'  viendrait  à 
varier  un  peu.  Mais  ce  procédé ,  que  je  crois  de  beaucoup  le  plus  com- 
mode, lorsque  l'expression  à  convertir  en  table  contient  deux  ou  plu- 
sieurs variables,  indépendantes  l'une  de  l'autre,  peut  ici  être  remplacé 
avec  avantage  par  le  calcul  direct.  La  table  (VI)  renferme  les  loga- 
rithmes du  facteur 

i  5  tang  p' 
2  sin  / 

calculés  de  seconde  en  seconde ,  pour  des  valeurs  de  p'  comprises 
entre  1°  28'  0"  et  l^Sl'  0".  La  latitude  adoptée  est  celle  de  l'obser- 
vatoire de  Bruxelles. 

Enfin,  on  simplifiera  encore  cette  méthode,  lorsque  l'on  aura  pu 
observer  trois  passages  consécutifs  de  la  polaire.  Il  sufiira  de  retrancher 
douze  heures  de  la  différence  entre  les  temps  du  premier  et  du  second 
passage  ( corrigés  préalablement  de  la  collimation  et  de  l'inclinaison); 
d'opérer  de  même  à  l'égard  du  second  passage  comparé  au  troisième, 
et  la  moyenne  entre  ces  deux  déterminations  sera  la  valeur  de  D,  que 
l'on  peut,  sans  erreur  appréciable,  regarder  comme  indépendante 
de  l'équation  de  la  pendule  et  du  changement  de  l'étoile  en  ascension 
droite.  Cette  marche  est  celle  que  l'on  suit,  autant  que  possible, 
pour  le  calcul  de  la  déviation  azimutale  à  l'observatoire  de  Green- 
wich. 

ToM.  XVIII.  7 


50  SUR  LES  CORRECTIONS 


PREMIER    EXEMPLE. 

Pour  comparer  entre  eux  les  résultats  auxquels  on  parvient  par 
les  diflférentes  méthodes ,  je  vais  calculer  la  déviation  de  la  lunette 
méridienne  de  l'observatoire  de  Bruxelles  ,  en  me  servant  d'abord  de 
la  méthode  générale  consignée  dans  la  première  partie  de  ce  mémoire, 
puis  du  dernier  procédé  particulier  que  je  viens  d'indiquer. 

Le  18  juin  1844 ,  dans  la  matinée ,  j'ai  pris  l'inclinaison  de  l'axe  de 
la  lunette  méridienne,  en  me  servant  des  deux  petits  niveaux  qui  sont 
attachés  à  l'instrument.  J'ai  trouvé  pour  valeur  de  cette  inclinaison 

i  =  3",375  ( — ) L'axe  était  soulevé  à  l'Ouest. 

Parmi  les  étoiles  que  j'avais  observées  la  nuit  précédente,  je  prends 

Poïarh  {p.  i.)  . . .     H'  =     15"      2™  SO^SO 

a  Virginis H    =     13     i6       9,04 

ç  Ursae  minoris.  . .     H"  =     15    48    57,42. 

En  ayant  égard  à  l'aberration  diurne,  et  au  retard  de  la  pendule 
qui  était  de  1",43  en  24  heures,  les  trois  observations,  ramenées  à 
l'instant  du  passage  de  la  polaire  comme  époque,  seront 

H'  =  13"  2"  21^30 
H  =  13  16  9^05 
H"  =     15    48    57,51. 

Les  ascensions  droites  et  les  déclinaisons,  tirées  du  Nautical  alma- 
nac ,  sont  : 

AR'  =     IS"     3'"23",01  /)'  =       r31'25"(— ) 

AR   ==     13     17      1  ,96  p   =  100  21     1 

AR"  ==     15     49     49,32  p"  =     H  43  "9. 

Pour  trouver  la  collimation  au  moyen  de  ces  données ,  il  suffira  de 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  51 

suivre  le  type  de  calcul  que  nous  avons  fourni  en  employant  les  obser- 
vations de  Greenwich.  On  trouvera 

D°  =  —  16".50,        ly  =  ■+-  132".00; 

d'où  Ton  déduira 

c  =. .-+-  0",906. 

La  coUimation  trouvée,  nous  pouvons  maintenant  déterminer  la 
déviation  azimutaie  en  remplaçant  i  et  c  par  leurs  valeurs  dans 
Téquation 

.    .  .       ^  sin  «"  sin  p'  cos  { (p'  -+-  p'  ) 

a  sin  /  =  •  cos  i  -V  D  -r-^ —  -*-  c  ^-^ ~  • 

sm  (p'—p')  coai(p''—p') 

''-■- 

L'on  trouve  ici 

D  =  142",  50; 

d'où 

o  =  —    8",029  (L'extrémité  orientale  de  l'axe  dévie  vers  le  Nord). 

Quelques  jours  avant  les  observations  que  je  viens  de  rapporter , 
j'avais  pris  trois  passages  consécutifs  de  la  polaire ,  savoir  : 

■  ■-■->'■  ■'.-..   '^    "  .-  :•,';^ 

11  juin  1844.  Polaris  [p.  s.)  H,  =    l""  2»  44;o0 

»  Polaris  (p.  i.)  H,  =  13    2    23,00 

12  »  Polaris  (p.  s.)  H,  =    1    2    43,90. 

La  collimation  étant  de  +  0",906  et  l'inclinaison  de  —  3",375 ,  il 
faut,  pour  corriger  les  instants  de  ces  passages,  en  retrancher 
J^et  y  ajouter  '"^^^s^p""'*,  ce  qui  revient  à  ajouter  4%I5  aux 
passages  supérieurs,  et  à  retrancher  4*,43  du  passage  inférieur.  Au 
moyen  de  ces  corrections ,  mes  trois  obseryations  deviennent  : 

H,  =    1"  2»  48-65 

Différence  50*08  ) 

H,  =  13    2    18,57  }  Moyenne  29:78. 

29*48  S       ^ 

H,  =    1    2    48,05  •  ' 


52  SUR  LES  CORRECTIONS 

Ainsi,  dans  l'équation 

15  tang  p'  '■  • 

2sin  < 

il  faut  remplacer  D  par  29%78 ,  et  l'on  trouve 

a  ==  8",387. 

La  durée  qui  s'écoule  entre  le  passage  supérieur  et  le  passage  infé- 
rieur étant  plus  grande  que  celle  qui  s'écoule  entre  le  passage  inférieur 
et  le  passage  supérieur  suivant,  on  en  conclut  que  l'extrémité  orientale 
de  l'axe  dévie  vers  le  Nord;  ce  qui,  d'après  nos  conventions,  revient  à 
regarder  a  comme  négatif. 

Comparant  cette  dernière  valeur  à  celle  qui  vient  d'être  obtenue 
par  la  méthode  générale,  on  voit  qu'elles  ne  diffèrent  entre  elles 
que  de 

0",358  en  arc, 
quantité  presque  inappréciable. 

Observations  de  M.  Quetelet.  —  2«  exemple. 

(  a.  Scorpii H  =  16*  IS"  35;35 

12juillctl838.|  /JUrsseminoris  .  .     H''=  14    50     22,31 
•;  (  Polaris(p.  t.).  .  .     H' =13      0     33,89  uj 

Les  ascensions  droites  et  déclinaisons  données  par  les  éphémé- 
rides,  sont  : 

AR   =    16''  IQ-»  3i;94  p   =  116°    4',00 

ÂR°  =     14     51     18,76  v"  =     15    10 ,85 

AR'  =13      1     28,02  /  =      1    33 ,25  (— ) 

Le  retard  diurne  de  la  pendule  était  de  3%83  ;  en  rapportant  les 
trois  observations  de  M.  Quetelet  à  l'heure  que  marquait  la  pendule 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE.  55 

lors  du  passage  de  la  polaire,  et  corrigeant  de  l'aberration  diurne  les 
trois  résultats,  on  obtient  : 

H  =  16''  1  S"  35.*87 
H°  =  44  50  22,56 
H'  =    13      0    34,39- 


Collimation. 


jy,         ginp°co8Hp-p')  jj,  sîn P'  cos  { {p—p°) 


28in  i  (p—p°)  sin  i  (p°—p')  2  sin  i  (p—p')  sin  i  {p'—p") 

D"  =  15  [(H+AR°)]  —  (H»4-AR)]  =  -♦- 1",95;    D'=  15[(H-4-AR')  —  (H'-+-AR)]  =— 56",60 

LogD°                       =0,29003  Log  D'                       =1, 56348  (-) 

Logsinp"                 =9.41808  Log  sin  p'                  =  8,43332  (—) 

Log  cos  i  (p  —p')  =  9,71422  Log  cos  i{p  —  p")    =  9,80406 

C.  log  2                     =  9,69897  C.  log  2                     =  9,69897 

C.  log  sin  i  (p  —p°)  =  0,11297  C.  log  sini  (p  —  p')  =  0,06780 

C.  log  sin  i  (p'—p)  =  0,83707  C.  log  sin  i  (p'  —  p°)  =  0,85707  (—) 


0,07134  (+)  0,40470  (—) 

Nombre  =  1",178  Nombre    2",539(— ) 

Collimation  =  —  1",36  (à  l'Est  du  méridien.) 

Dévialion  azimutale. 

Le  même  jour,  le  niveau  appliqué  à  la  lunette  méridienne  a  donné 
pour  l'inclinaison  de  l'aie 

»  =  H-  6",09  (soulevé  à  l'Est.) 

La  formule  de  la  déviation  est 

a  sin  2  =  t  cos  I  H-  N 

sin  p»  sin  p'  cos  i  (p°  -»-  p') 

n  =  U  — ; -*-     C    

sm  (p»—p)  cosi  (p'  —  p') 

Pour  la  facilité  des  calculs,  il  est  bon  de  remarquer  que,  lorsque 


54 


SUR  LES  CORRECTIONS 


les  deux  distances  polaires  fP,  p'  sont  peu  considérables,  comme  ici, 
le  facteur  ""^l  /°"*"^  est  sensiblement  éeal  à  l'unité.  De  plus,  on  a 

COS  j  (  p°  —  p  )  a  r  J 

D  =  15  [{H°  -4-  AR')  —  (H'  -t-  AR»)]  =  —  38",55 


LogD  =1, 58602  (-) 

Logsinp'  =9,41808  Log  c  =  0,13386 (—) 

Log  sin  p'  =  8,43332  (-)  Log  cos  i  (p'-^-p')  =  9,99692 

C .  log  sin  (p»  —  p')  =  0,34069  C.  log  cos  \  (p"—  p')  =  0,00465 


1,97811 
Nombre  =  0",931  (-+-) 


0,13343 
Nombre  =  1",366(-) 


Log  »         =  0,78462 
Log  cos  /  =  9,88960 


0,67422 
Nombre  =  4",723(-t-) 


a  sin  /  =  4r",308 
o  ==  6" ,824  (  +  ).  (L'extrémité  orientale  de  l'axe  dévie  vers  le  Sud.) 

La  marche  de  la  pendule ,  tirée  de  l'observation  d'Antarès ,  s'ob- 
tiendra par  l'équation 


u       4i>       .COS  (/)-<)  sin(p  — / 

«  =  H  —  AR  —  î  — TT-h a 


15  sin/)  15sin;>  dSsinp' 

a  =  —  56;60  —  0:H4  —  0^548  -^  OJUS 
a  =  —  57;d5.  (La  pendule  retarde.) 


»»!' 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


55 


TABLE  I. 

Logarithmes  des  trois  facteurs 


1  (in  (p  -  /)    co»(p  -  l) 


15  lin  p''    15  lin  p    '     15  sin  p    > 

Calculés  pour  28  étoiles  fondamentales, 

({ =  coUtit.  de  Bruxellei.  ) 


ETOILES. 


DI8T.  POLAIBE. 


1 


15  sin  p 


sio  (p —  /) 
15  sin  p 


coj  (p  —  0 
15  sin  p 


A  Vnte  minoris  .  .  i  i.o.).!»- 
A  UrtsB  miooris  (p.  i.) ,  .  .  . 

Polaris 

Polaris  (p.  <.) 

51  (Héï.)  Cepliei 

51   (Hév.)Cephei(p.i.).  .  .  . 

J  Unie  minoris 

J  Urw  minoris  (p.  ï.)  .  .  .  . 

e  Vrut  miooria 

e  Urs«e  minoris  (p.  t.)  .  .  .  . 

l^  Vmt  minoris 

Ç  Dr««  minoris  (p.  i.)  .  .  .  . 

ô  Urs«D  minoris 

/3  Ursa  minoris  (p.  t'.)  .  .  .  . 

«  Lconis 

^  Orionis 

û  Aquilœ 

a  Canis  minoris 

«  Cet! 

a  Aquarii ;..... 

B  Aquarii  ....  .'i  ...  . 

a  Bjirm 

a  Orionis 

<x  Virginis 

a'LibrtD 

3  Celi .,  .  . 

3  Cor»i i  . 

it  Scorpii 


!•  8'6S" 
1     8  53  (- 
1  30  27 
1  30  27  (- 
3  A4  38 
3  44  38  (- 
3  34    0 
8  24    9  (- 
7  43    4 


4(- 

6 

6(- 


7  43 
11  44 
11  44 
15  13  68 
15  13  58  (- 
77  17  18 
83  37  45 

83  58  14 

84  33  10 
86  30  59 
91  3  43 
90  14  30 

97  59  54 

98  23  7 
100  91  39 
105  33  56 
108  49  48 
113  33  49 
116  5  1 


0.533 
0.522 
0.403 
0.403 
0.143 
0.143 
0.050 
0.050 
0.C05 
9.695 
9.515 
9.515 
9.404 
9.404 
8.834 
8.827 
8.820 
8.825 
8.824 
8.833 
8.820 
8.838 
8.838 
8.831 
8.839 
8.847 
8.858 
8.870 


3026 

2026  (-) 

8241 

8241  (-) 

8308 

8308  (-) 

4885 

4885  (— ) 

8533 

8533  (-) 

5889 

5889  (-) 

8447 

8447  (  -  ) 

G860 

5139 

3179 

9907 

7119 

9833 

4908 

1541 

5704 

0445 

7804 

7971 

4409 

5583 


0.311 
0.333 
0.189 
0.317 
9.917 
9.968 
9.817 
9.880 
9.413 
9.559 
9.178 
9.405 
9.011 
9.314 
8.625 
8.665 
8.674 
8.077 
8.691 
8.730 
8.750 
8.760 
8.763 
8.773 
8.801 
8.819 
8.839 
8.859 


5365  (- 

9180 

6452  (- 

7355 

2436  (- 

4309 

0385  (- 

5805 

0609  (- 

0222 

7099  (- 

5053 

9785  (- 

7884 

3902 

1786 

4618 

2870 

4339 

0097 

5470 

5400 

7224 

7409 

3018 

9010 

9526 

1710 


0.418  7397 
0.404  5722  (- 
0.502  4777 
0.283  8070  (- 
0.049  5414 
0.015  0479  ( 
9.959  8404 
9.917  7757  (- 
9.020  9475 
9.530  7333  (- 
9.4C3  8040 
9.315  5634  (- 
9.365  8079 
9.170  2303  (- 
8.730  3787 
8.088  2009 
8.077  1358 
8.073  0613 
8.655  4727 
8.614  1514 
8.361  4920 
8.341  8027 
8.537  5949 
8.513  7163 
8.444  7849 
8.388  39ÔI 
8.314  3.3.35 
8.334  7804 


56 


SUR  LES  CORRECTIONS 


TABLE  II. 

Constantes  de  la  collimation. 

Collimat.  =  D  '  (  A»  -4-  P»  dp"  ■+-  P'  dp')  -t-  D'  (  A'  -4-  Q'  dp'  -\-  Q'  dp') 


ETOILES. 


DIST.   POLAIRE. 


COEFFICIENT  DE  D", 


COEFFICIENT  DE  D'. 


(1) 


(2) 


(3) 


(4) 


(5) 


(6) 


(7) 


(8) 


Polaris  (pass.  inf.) 
cf  Ursse  minoris 
a  LeoDÏs.  .  .  . 


Polaris 

J"  UrsEe  min.  (p. 
a  Leonis.  .  .  . 


Polaris  (p.  inf.) 
J'  0rs!£  minoris 
a  Orionis   .  .   . 


Polaris 

ê-  UrsEe  min.  (p. 
X  Orionis  .  .  . 


inf.) 


f  Polaris  (p.  inf.) 

J"  Ursae  minoris 

^  j8  Aquilse  .  .  . 


Polaris 

cT  Urssemin.  (p. 
H  Aquilae   .  .  . 


Polaris  (p.  inf.) 
<f  Crsae  minoris 
a  Canis  minoris 

Polaris 

J'  Urs%  min.  (p.  in 
a   Canis  minoris 


inf 


f.) 


p'=  1°30' 
p  =  3  24 
p=77  17 

p'=  1«30' 
p=  3  24 
p=77  17 

p'=  1°30' 
p''=  3  24 
p=82  37 

p'=  1»  30' 
p"=  3  24 
p=82  37 

p'=  1«30' 
p'=  3  24 
p  =83  58 

p'=  l«30' 
p=  3  24 
p  =83  38 

p'=  1»  30' 
p"=  3  24 
p  =84  23 

p=:  1»30' 
p  =  3  24 
p  =84  23 


27"(-) 
9 
18 

27" 
9  (-) 
18 

27"(-) 
9 
43 

27" 
9  (-) 
43 

27"  (-) 
9 
14 

27" 

9  (-) 
14 

27"  (-) 
9 
10 


27" 


(-) 


10 


A» 
Los  P° 
Los  P' 

A'  ■ 
Los  P» 
Los  P'  = 

A»  : 
Los  P-  : 

Los  P'  ■■ 

A"  ■ 

Log  P°  : 

Los  P'  ^ 

A"  : 

Los  P°  ■ 
Los  P'  ■■ 

A"  : 

Los  P°  ■■ 
Log  P'  ^ 

A" 
Los  P" 
Log  P' 

A" 
Log  P" 
Los  P' 


:  0,890733 
;  0,714  8427 
:  1,031  5343 

:  0,844512 
:  0,586  4253  { 
0,978  6431 ( 

0,806593 
:  0,667  2032 
0,989  9184 

■■  0,771503 
:  0,552  1402( 
0,937  8700( 

:  0,786933 
:  0,635  4030 
0,979  5862 

0,754302 
:  0,543  4993  {- 
I  0,927  6871 (- 

:  0,780955 
:  0,031  7630 
■■  0,976  3932 

:  0,749060 
:  0,540  8166(- 
:  0,924  5344  (- 


-) 


-) 


A'  = 
Los  Q°  = 
Log  Q'  = 

A'  = 
Los  Q" = 
Los  0'  = 

A'  : 

Los  Q"  = 
Los  Q'  = 

A'  = 
Log  Q»  : 
Log  Q'  = 

A'  : 

Log  Q»  = 
Log  Q'  = 

A'  = 
Log  Q" : 
Log  Q'  = 

A'  : 

Log  Q'  : 
Log  Q'  : 

A' 
Log  Q" : 
Log  Q' : 


0,386690 
;  0,639  9052(-) 
:  0,997  761 9(-) 

0,381088 
0,663  3557 
;  1,012  0600 

:  0,335081 

:  0,398  9579  {—) 

:  0,959  1872(-) 

0,345298 
:  0,622  0044 
:  0,968  2861 

0,345179 
:  0,588  7440(-) 
0,949  3953  (—) 

0,336916 
:  0,611  7271 
:  0,957  3689 

:  0,342772 

:  0,383  S832{-) 
:  0,946  6173{— ) 

=  0,334363 
:  0,608  3313 
:  0,934  0283 


NB.  Pour  les  passages  supérieurs  ,  dpa^  dp'  sont  positifs  quand  la  distance  polaire  est  supérieure  à  celle  de  la  table. 
>•  inférieurs  »>  négatifs  >i  m 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


57 


ÉTOILES. 


DIST.    POLAIRE. 


coErriciesT  de  D*. 


COErriCIBKT  OE  D'. 


IPolaril  (paas.  iaf.) . 
/  Vn»  minoris  .  .  , 
«  Celi 

iPolaris 
J  Vrtm  min.  (p.  inr.), 
a  Ceti 

!Polari((p.  inf).  .  .  , 
<f  Urtte  minoris  .  .  . 
a  Aquarii 

iPolaris 
<f  Crtaemin.(p.  inf.). 
a  Aquarii 

IPolaris  (p.  inf.).  .  .  . 
J  Urste  minoris  .  .  . 
S  Aquarii 

fPolaris 
1^  lTrssemin.(p.  inf). 
/9  Aquarii  ...... 

IPolaris  (p.  inf.).  .  .  . 
J  Urste  minoris  .  .  . 
a  Uydrœ 

IPolaris 
<t  Ursvmin.  (p.  inf.). 
a  Hydre» 

IPolaris  (p.  inf.)  .  .  . 
j  Vrsse  minoris  .  .  . 
/S  Orionis 

iPolaris 
J  Ursamin.  (p.  inf.). 
H  Orionis 

Ton.  XVIII. 


p'=  1"  se  57"  (-) 
iy^=  3  94  0 
pssm  30  90 

p'=  !•  30'  27" 
tr=  3  34  9  (-) 
p=80  30  50 

p'=  1«30'27"(-) 
p"=  3  94  9 
p=9l  3  43 

p'=  1«50'27" 
p"=  3  94  0  (-) 
p=9l  3  42 

p'=  l'30'27"(— ) 
p^=  3  24  9 
p=96  14  30 

p'=  1»30'27" 
p-=  3  94  9  (-) 
p=;96  14  30 

p'=  1»30'27"  (-) 
p"=  3  24  9 
p  =07  59  54 

p'=  l«30'9r' 
pr^  8  94  0  (-) 
p=97  50  54 

p'=  f30'97"(-) 
p-=  3  94  9 
p=98  23  7 

p'=  l»30'27" 
p-^  3  94  9  (-) 
p=08  23  7 


A» 
Los  P" 
Log  P' 

A- 
Log  P 
Log  P' 

A" 
Log  P« 
Log  P' 

A» 
Log  P 

Log  P'  : 

A"  ■■ 
Log  P" 

Log  P'  : 

A" 

Log  P°  : 
Log  P'  : 

A" 
Log  P« 
Log  P' 

A° 

Log  P»  : 

Log  P'  ■■ 

A"  : 

Log  P»  ■ 

Log  P'  : 

A» 

Log  P»  : 
Log  P'  : 


:  0,751085 
0.033  1700 
0,000  0901 

:  0,722798 
I  0,527  0071 ( 
0,908  3830 ( 

:  0,6013.39 
0,593  0026 
0,925  5164 

:  0,669886 
0,497  0I11( 
0,873  896 1( 

0,628902 
0,549  4192 
0,880  2388 

:  0,614123 
0,40.5  5956  (- 
0,834  3190(- 

0,609069 
;  0,5'î4  .5952 
0,872  8949 

0,596178 
0,451  8057(- 
0,890  7755(- 

0,604748 
0,530  9848 
0,869  9517 

0,599980 
0,449  3287 ( 
0,817  781 4( 


-) 


-) 


-) 


A' 
Log  Q' 
Log  0' 

A' 
Log  0 
Log  0' 

A' 
Log  0' 
Log  Q' 

A' 
Log  0 
Log  0' 

A' 
Log  Q 
Log  0' 

A' 
Log  Q 
Log  0' 

A' 
Log  Q« 
Log  Q' 

A' 
Log  0' 
Log  Q' 

A' 
Log  0* 
LogC 

A' 
Log  0 
Log  Q- 


r  0,330725 
0,509  4142(— ) 
0,931  4008(-) 

0,391611 
:  0,592  3195 
0,930  7813 

0,306499 
0,534  952 1(—) 
0,899  0-363  (-) 

0,296046 
:  0,557  8120 
0,900  1491 

0,381035 
0,495  5151  (—) 
0,809  0594 (-) 

0,269299 
0,518  5073 
0,858  2889 

0.272855 
0,482  0468(— ) 
0,849  4495(-) 

0,260722 
0,505  1274 
0,844  0303 

0,271089 
0,479  071 9(—) 
0,846  0877  (—) 

0,258867 
0,502  1743 
0,840  8724 

8 


m 


SUR  LES  CORRECTIONS 


ETOILES. 


DIST.  POLAIRE. 


COEFFICIENT  DE  D». 


COEFFICIEKT  DE  D'. 


!'  Polaris  (p.  inf.).  .  .  . 
,f  Ursse  minoris  .  .  . 
«  Virginis 

i  Polaris 
<f  Ursaemin.  (p.  inf.). 
a  Virginis 

!  Polaris  (p.  inf.)  .  .  . 
<t  Urs8e  minoris  .  .  . 
a*  Librae 

!  Polaris 
d  Crsae  min.  (p.  inf.) 
a'  Librœ 

/  Polaris  (p.  inf.),  .   .   . 

(23)   '  cT  Ursae  minoris.  .  .   . 

(  a  Çeli 

!  Polaris 
(^Urssemin.  (p.  inf). 
S  Celi 

i  Polaris  (p.  inf.).  .  .  . 
d'  Ursœ  minoris  .  .  . 
/3  Corvi 

!  Polaris 
^  Ursae  min.  (p.  inf.). 
B  Corvi 

!  Polaris  (p,  inf.)  .  .  . 
'i  Ursae  minoris  .  .  . 
a  Scorpii 

i  Polaris 
cf  Ursa3min.(p.  inf.). 
«  Scorpii 


=  1»30'27"(- 
=  3  24  9 
=100  21  29 

=  1'>30'27" 
=  3  24  9  (- 
=100  21  29 

=  1°30'27"(^ 
=  3  34  9 
=105  23  56 

=  1-30' 27" 
=  3  24  9  (- 
=10S  23  30 

=  l'30'27"( 
=  3  24  9 
=108  49  48 

-    1-30' 27" 
=  3  24  9  (- 
=108  49  48 

=  1"30'27"(- 
=  3  24  9 
=112  32  49 

=  1»30'27" 
=  3  24  9  ( 
=112  32  49 

=  1»30'27"(- 
=  3  24  9 
=116  5  1 

=  1»30'27" 
=  3  24  9  (- 
=116  5  1 


-) 


A»  : 
Log  P"  : 

Los  P'  ■■ 

A"  ■■ 
Log  P^ 
Log  P'  : 

A»  : 

Log  P" 
Log  P' 

A-  ■■ 

Log  P»  : 
Log  P'  : 

A"  ■■ 

Log  P»  : 
Log  P'  : 

A"  : 
Log  P»  : 
Log  P'  : 

A" 
Log  P» 

Log  P'  : 

A" 
Log  p»  : 

Log  P'  : 

A" 
Log  p» 

Log  P'  : 

A»  ; 
Log  P- 

Log  P'  : 


0,583160 
0,513  9715 
0.854  9160 

0,572769 
0,436  0564(- 
0,802  4476(- 

0,530847 
0,470  2383 
:  0,816  1654 

0,523192 
0,401  5138(- 
0,762  6275 (- 

0,497334 
0,440  0120 
0,789  3905 

0,494490 
0,377  3607( 
0,734  8533( 

0,462710 
0,406  7021 
0,739  8777 

:  0,462398 
0,330  4743 ( 
0,703  9837 ( 

:  0,431219 
0,374  3300 
0,731  1739 

0,433435 
0,324  0542{- 
0,673  6939(- 


-) 


-) 


A' 
Log  Q» 
Log  Q' 

A' 
Log  Q" 
Log  0' 

A' 
Log  Q™ 
Log  Q' 

A' 
Log  0- 
Log  Q' 

A' 
Log  Q 
Log  0' 

A' 
Log  0^ 
Log  Q' 

A' 
Log  Q' 
Log  0' 

A' 
Log  Q» 
Log  0' 

A' 
Log  Q" 
Log  Q' 

A' 
Log  0" 
Log  Q' 


=  0,262193 

=  0,463  8434(-) 

=  0,832  4324(-) 

=  0,249573 
=  0,487  0782 
=  0,824  7513 

=  0,240564 

=  0,424  38.52  (—) 

=  0,795  631 6(-) 

=  0,227015 
=  0,448  0907 
=  0,783  0255 

=  0,226636 

=  0,396  9341  (— ) 

=  0,770  1142{-) 

=  0,212533 
=  0,421  0831 
=  0,754  0009 

=  0,212187 

=  0,566  4982  (—) 

=  0,741  8946(-) 

=  0,197551 
=  0,391  2466 
=  0,721  8467 

==  0,198993 

=  0,336  7099  (-) 

=  0,714  5657(— ) 

=  0,183901 
=  0,362  1391 
=  0,690  4080 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


59 


ÉTOILES. 


DUT.  POLAUI. 


coKmciem  db  O*. 


cosrriciirr  di  D'. 


iX  Vnm  mia.  (p.  iaf.) 
51  Cepbei  .  .  . 
a  Leonit.  .  .  . 


IA  Vnm  minorii  . 
51  Cepbei  (p.  iof.) 
a  Leoni* 


!A  Un»  min.  (p.  inf.) 
51  Cepbei  .  .  . 
a  OrloDJs  .  .  . 


(52)  ! 


A  Ursee  minoris  . 

(33)  {  51  Cepbei  (p.  iof.) 

«  Orionis  .... 


/  X  Vnm  min.  (p.  inf. 
(33)  /  51  Cepbei  .  .  . 


f  0  A( 


quilsD 


1A  Vnm  minoris  . 
51  Cepbei  (p.  inf.) 
/3  Aquil»  .... 


/'  A  Crsce  min.  (p-  inf. 
(33)  '   51  Cepbei  .... 
\  a  Canit  minoris  . 

IA  Urste  minoris  . 
51  Cepbei  (p.  inf.) 
a  Canis  minoris  . 

IA  UrsSBmin.(p.  inf. 
51  Cepbei  .  .   . 
a  Ceti 


/  A  Vnm  minoris  . 
(38)  I  51  Cepbei  (p.  inf.) 
(  «  Celi .  .  .  <.  I '. 


p'=  !•  8*59"  (-) 
p^=3  9  44  S8 
p=77  17  18 

p'=  1°  8' 52" 
jr=  9  44  88    (-) 
p=77  17  18 

p'^  !•  8' 69"  (-) 
fr=  3  44  38 
p=8i  57  43 

p'=  1»  s'sr 

p^  2  44  38    (-) 
p=83  37  43 

y=>  1«  8' 59"  (-) 
j/^  9  44  38 
p=83  58  14 

p—  1»  8' 52" 
p~=:  2  44  38    (-) 
p=83  58  14 

p'=  !•   8'52"(-) 
/>-=  2  44  38 
p=84  93  10 

p'=  !•  8' 69" 
p«=  9  44  58    (— ) 
p=Si  93  10 

p'=  !•  8'  59"  (-) 
p~=  9  44  38 
p=i»0  30  50 

p'=  \'  8' 59" 
p-=  9  44  38    (-) 
p  =80  30  59 


A" 
Log  P* 
tog  P' 

A" 
Log  P" 

Log    P'    : 

A" 

Log   P     : 
Log    P'    : 

A"  : 
Log    P"    : 

Log  P'  = 

A»  ■ 

Log    P»   : 
Log    P'    : 

A"  ■- 
Log  P"  ■ 
Log  P'  = 

A»   : 

Log  P" 

Log   P'  : 

A"  : 
Log   P»  : 

Log  P-  = 

A"  : 
Log    P"   : 

Log  P'  = 

A"  : 
Log  P"  : 
Log    P'    : 


:  0,001890 
:  0,788  0911 
:  1,134  8193 

:  0,803070 
:  0,680  0588( 

1.002  1553( 

:  0,817406 
0,741  5366 

1.003  2950 

0,787792 
0,645  I622( 
1,051  3309( 

0,797664 
0,730  0294 
1,082  9831 

;  0,770067 
0,636  2983  (- 
1,041  1346(- 

0,791660 
0,726  4938 
1,079  7978 

0,764667 
0,633  4820  (- 
1,037  9801 ( 

0,761652 
0,708  3126 
1,063  5179 

0,787618 
0,610  3456( 
1,021  8939( 


-) 


-) 


A' 
Log  g- 
Log  0' 

A' 
Log  Q" 
Log  Q' 

A' 
Log  0" 
Log  0' 

A'  : 
Log  Q 
Log  Q' 

A' 
Log  O" 
Log  Q' 

A'  ■ 
Log  0" 
Log  Q' 

A' 
Log  Q' 
Log  0' 

A'  : 
Log  0"  : 

Log  Q' 

A'  : 
Log  0- 

Log  0'  ■■ 

A'  '■ 
Log  Q* 
Log  Q' 


:  0,371342 

:  0,796  0089(-) 

1  1,108  5636(-) 

:  0,366358 
:  0,748  9418 
i  1,118  3410 

:  0,388711 

=  0,685  1132(-) 

:  1,069  4103(-) 

:  0,332232 
:  0,702  6627 
:  1,075  0737 

:  0,331066 

:  0,674  8923(-) 

;  1,059  0813(-) 

:  0,324235 
:  0,099  3945 
:  1,064  3137 

:  0,328738 

:  0,671  7319(-) 

:  1,056  6581  (—) 

:  0,321801 
:  0,689  9311 
:  1,061  0151 

:  0,317085 

:  0,655  5551  (—) 

;  1,041  23U3(-) 

:  0,309631 
:  0,673  9928 
:  1,044  0097 


60 


SUR  LES  CORRECTIONS 


ETOILES. 


DIST.  POLAIRE. 


COEFFICIEKT  DE  D". 


COEFFICIENT  DE  D'. 


(39) 


(40) 


(41) 


(42) 


(43) 


(44) 


(45) 


(46) 


(47) 


(48) 


X  Urssemin.  (p.  inf.). 
51  Cephei  ...... 

a  .\quarii 

A  Ursae  minoris  .  .  . 
51  Cephei  (p.  inf.)  .  . 
a  Aquarii 

A.  Crsee  min.  (p.  inf.). 

51  Cephei  .  .  .  ^  .  . 

^  /3  Aquarii 


A  Ursse  minoris  .  .  . 
51  Cephei  (p.  inf.)  .  . 
|3  Aquarii 

■  A  Upsae  min  (p.  inf.). 

51  Cephei 

>  a  Hydrae 


A  Ursee  minoris  .  . 
51  Cephei  (p.  inf.)  . 
a  Hydrae 


A  Ursse  min.  (p.  inf.). 

51  Cephei 

,  S  Orionis 


A  Ursee  minoris  .  . 
51  Cephei  (p.  inf.)  . 
/3  Orionis 


A  Ursse  min.  (p.  inf.) 

51  Cephei 

a  Virginis 


A  Ursœ  minoris  .  . 
51  Cephei  (p.  inf.)  . 
a  Virginis 


P- 
P-- 
P- 

P  — 
P  — 
P  = 

P  — 
1'"= 
P  = 

p'— 
p»= 

P  = 

P  — 
P  = 
P  = 

P  — 
P°= 
P  = 

P  — 
P  — 
P  = 

P  — 
P°= 
P  = 

P- 
P'= 
P-- 

P'-- 
P'- 
P- 


-) 


;-) 


lo   8'52"(- 
2  44  38 
91     3  42 

lo   8' 52" 
2  44  38  (- 
91     3  42 

1"  8'52"(- 
2  44  38 
96  14  30 

1°   8' 52" 
2  44  38  ( 
96  14  30 

1"   8' 52" 

2  44  38 

;  97  59  54 

1»   8' 52" 
:     2  44  38  (- 
:  97  59  54 

:     1»   8'52"( 
:    2  44  38 
=  98  23    7 

=    1»  8' 52" 
=    2  44  38  ( 
:  98  23     7 

=    1»   8'52"( 
=    2  44  38 
=100  21  29 

=     1»   8' 52" 
=    2  44  38  (- 
=100  21  29 


A»  =  0,701587 
Log  P"  =  0,669  8524 
Log  P'  =  1,028  9758 


-) 


-) 


A"  = 
Log  P»  = 
Log  P'  = 

A»  = 
Log  P»  = 
Log  P'  = 

A»  = 
Log  P»  = 
Log  P'  = 

A"  = 
Log  P»  = 
Log  P'  = 

A"  = 
Log  P»  = 
Log  P'  = 

A"  -- 
Log  P»  = 
Log  P'  = 

A»  : 
Log    P»    : 

Log  P'  = 

A»  : 
Log    P»    : 

Log  P' 

A» 
Log  Po 
Log  P' 


0,083157 
0,589  0367  (- 
0,987  3499  (- 

:  0,638843 
:  0,626  2261 
0,989  6918 

:  0,625813 
:  0,554  0540( 
:  0,947  8204  ( 

=  0,618772 
:  0,611  4488 
:  0,976  5370 

=  0,607371 
=  0,542  0801  ( 
=  0,934  5109( 

=  0,614427 
=  0,608  1908 
=  0,973  3908 

=  0,603374 
=  0,539  3904  ( 
=  0,931  3289(- 

=  0,592677 
=  0,591  5212 
=  0,958  3360 

=  0,583320 
=  0,525  7941  ( 
=  0,916  0287( 


-) 


-) 


-) 


-) 


A'  = 
Log  Q»  = 
Log  Q'  = 

A'  = 
Log  Qo  = 
Log  0'  - 

A'  = 
Log  Q»  = 
Log  Q'  = 

A'  = 
Log  0»  = 
Log  0'  = 

A'  = 
Log  Q»  = 
Log  0'  = 

A'    : 

Log  Q»  : 
Log  Q'   : 

A'  ■■ 
Log  Q»  : 
Log  Q'  ■■ 

A' 
Log  Qo 
Log  Q' 

A' 
Log  Qo 
Log  Q' 

A' 
Log  Qo 
Log  0' 


=  0,293600 

=  0,621  0936  (-) 

=  1,008  3973  (-) 

=  0,285227 
=  0,638  5019 
=  1,007  8396 

=  0,269051 

=  0,581  678 1(—) 

=  0,970  9091  (— ) 

=  0,259674 
=  0,599  1872 
=  0,966  5592 

=  0,261149 

=  0,568  2224  (—) 

=  0,958  1376(-) 

=:  0,251486 
=  0,585  7988 
=  0,952  4062 

=  0,259436 

=  0,565  2499  (—) 

=  0,955  2535  (-) 

=  0,249715 
=  0,582  8435 
=  0,949  3284 

=  0,250852 
=  0,550  0401  ( 
=  0,940  8821  (— ) 

=  0,240832 
=  0,567  7339 
=  0,933  4568 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


01 


ETOILES. 


OIST.  POLAIRB. 


COETriCIEKT  DE  D<>. 


COEmCIENT  DE  IV. 


IA  Unes  min.  (p.  iof.). 
51  Cephei 
,  a.'  Librte 

iA  Uns  minoris  .  .  . 
51  Opbei  (p.  inr.) .  . 
X*  Libr» 

iA  Ursee  min.  (p.  inf.), 
51  Cephei 
(3  Ccti 

IA  Ursae  minoris  .  .  . 
51  Cepbei  (p.  inf.)  .  . 
H  Ccli 

/  A  Crue  min.  (p.  inf.). 

(53)  )  51  Cepbei 

(  j3  Corri 

!A  Ursa  minoris  .  .  . 
SI  Cepbei  (p.  inf.) .  . 
/3  Corvi 

!A  IJrstB  min. (p.  inf.) 
51  Cepbei  
a  Scorpii 

IA  Vnm  minoris  .  . 
51  Cepbei  (p.  inf.)  . 
a  Scorpii 


P  = 

P"= 
P- 


=    !•  8'5r(- 
=    3  44  38 
=105  33  50 

=    1»  8' 53" 
=    9  44  58  (- 
=105  33  5C 

=    !•  8'53"( 
=    3  44  38 
=108  49  48 

=  1»  8' 53" 
=  3  44  38  ( 
=108  49  48 

=    1-  8'53"(- 

3  44  38 
113  33  49 

1»  8' 52" 
3  44  38  ( 
113  33  49 

=    1»   8'52"( 
=    3  44  38 
=116    5     1 


-) 


-) 


P  = 


P  — 


1»  8' 53" 
3  44  38  ( 
116    5    1 


— > 


A" 

LOg    P"    : 
Log    P'     : 

A»    : 

Log  P»  ■■ 
Log  P'  = 

A»  ■■ 

Log   P»   : 
Log   P'    : 

A»  : 
Log  P»  : 
Log    P'    : 

A" 
Log    P»    : 

Log  P' 

A»  ■ 

Log    P»   : 

Log  P' 

A» 
Log  P"  ' 
Log  P' 

A» 
Log  P» 
Log  P' 


0,539941 
0,548  5707 
0,919  5083 

0,534406 
0,490  3899(^ 
0,870  3393(— ) 

0,^06133 
0,518  8881 
0,893  6503 

0,502908 
0,405  6737(-) 
0,848  G823(  -) 

0,471185 
0,486  2140 
0,863  0355 

0,470261 
0,438  17C1(-) 
0,817  9686(— ) 

0,439383 
0,454  3153 
:  0,834  3031 

:  0,440365 

:  0,411  5420{-) 

0,787  8587  (—) 


A'  ■■ 
Log  0' 
Log  0'  ■■ 

A'    : 

Log  0»  ■■ 
Log  Q'  ■■ 

A'  ■■ 

Log    0"   : 
Log    0'    : 

A'  ■ 

Log   0»  : 
Log   0'   : 

A'  • 
Log  O*: 

Log  Q'  ■■ 

A' 
Log  0" 

Log  0'  ■■ 

A' 
Log  C 
Log  0' 

A' 
Log  0* 
LogO* 


0,339960 
0,510  6437  (—) 
0,903  5597  (—) 

0,319368 
0,538  690S 
0,893  3089 

0,210477 
0,483  3510(— ) 
0,877  0853  (—) 

0,205420 
0,501  6408 
0,803  6543 

0,302579 
0,453  8933(-) 
0,849  0650  (—) 

:  0,191085 
0,471  7384 
0.831  9080 

:  0,189851 
0,423  1936(-) 
0,807  4061  (— ) 

:  0,178034 
:  0,443  5733 
0,800  9005 


NB.  Lortqua  lel  différenctfs  dp*  et  dp'  icrODl  tr^s-petites  ou  de  signes  opposés,  les  qusDlilcs  (P«  dp*  -4-  V  dp'), 
(Q*  dp*  H~  Q'  ^p")  preodroot  des  valeurs  si  faibles,  qu'on  pourra  ,  dans  la  pratique,  les  négliger  sans  erraur  ap- 
préciabla.  Alors  la  coUimation  sera  donnée  immédiatement  par  la  formule  bien  simple 

c  «=  A«  D»  -f-  A'  D'. 


62 


SUR  LES  CORRECTIONS 


Logarithmes  des  arcs  différentiels  dp 


dp. 


dp. 


dp. 


dp. 

5449 

0'.7",5 

1450 

6 

S782 

7 

8507 

8 

968G 

9 

9376 

8",0 

7629 

1 

4498 

2 

0029 

3 

4269 

4 

7261 

5 

9047 

6 

9665 

7 

9154 

8 

7548 

9 

4882 

9",0 

1188 

1 

6497 

2 

0838 

3 

4239 

4 

6729 

5 

8332 

6 

9074 

7 

8977 

8 

8066 

9 

dp. 


0'.0",0 
1 
2 
3 
4 

5 
6 
7 
8 
9 

1",0 
1 
2 
5 
4 

5 
6 
7 
8 
9 

2",0 
1 
2 
3 
4 


InSni  négatif. 

3,685  5749 
5,986  6049 
4,162  6961 
4,287  6349 

4,384  5449 
4,463  7261 
4,530  6729 
4,588  6649 
4,639  8174 


4,685 
4,726 
4,764 
4,799 
4,831 

4,861 
4,889 
4,916 
4,940 
4,964 

4,986 
5,007 
5,027 
5,047 
5,065 


5749 
9676 
7561 
5182 
7029 

6661 
6948 
0238 
K474 
3285 

6049 
7942 
9975 
3027 
7861 


0'.2",5 
6 
7 
8 
9 

3",0 
1 
2 
3 
4 

5 
6 
7 
8 
9 

4",0 
1 
2 
3 
4 

5 
6 
7 
8 
9 


5,083  5140 
5,100  5482 
5,116  9386 
5,132  7329 
5,147  9729 

5,162  6961 
5,176  9360 
5,190  7248 
5,204  0888 
5,217  0538 

5,229  6429 
5,241  8774 
5,253  7766 
5,265  3585 
5,276  6395 

5,287  6349 
5,298  3387 
5,308  8242 
5,319  0453 
5,329  0275 

5,338  7874 
5,348  5327 
5,357  6727 
5,366  8161 
5,375  7709 


0'.5",0 
1 
2 
3 
4 

5 
6 
7 
8 
9 

6",0 
1 
2 
3 
4 

5 
0 
7 
8 
0 

7",0 
1 
2 
3 
4 


5,384 
5,393 
5,40! 
5,409 
5,417 

5,425 
5,433 
5,441 
5,449 
5,456 

5,463 
5,470 
5,477 
5,484 
5,491 

5,498 
5,505 
5,511 
5,518 
5,524 

5,530 
5,536 
5,542 
5,548 
5,554 


5,560  6361 
5,566  3884 
5,572  0656 
5,577  6695 
5,583  2019 

5,588  6649 
5,594  0599 
5,599  3888 
5,604  6529 
5,609  8541 

5,614  9938 
5,620  0733 
5,625  0941 
5,630  0575 
5,634  9649 

5,639  8174 
5,644  6163 
5,649  3627 
5,654  0578 
5,658  7028 

5,663  2985 
5,667  8461 
5,672  3466 
5,676  8010 
5,681  2101 


0'.10",0 
1 
2 
3 
4 

5 
6 
7 
8 
9 

11  ",0 
1 
2 
3 
4 

5 
6 
7 
8 
9 

12",0 
1 
2 
3 
4 


5,685  3749 
5,689  8963 
5,694  1731 
5,698  4121 
5,702  6082 

5,706  7642 
5,710  8808 
5,714  9587 
5,718  9987 
5,723  0014 

5,726  9676 
5,730  8079 
5,734  7929 
5,738  6533 
5,742  4798 

5,746  2727 
5,750  0329 
5,753  7608 
5,757  4369 
5,761  1219 

5,764  7561 
5,708  3603 
5,771  9347 
5,775  4800 
5,778  9966 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


63 


dp 

LOG. 

dp. 

L06. 

dp. 

LOG. 

dp. 

LOU. 

dp. 

Lll«. 

o-.ir,» 

5,782  4849 

O'.16",0 

5,889  0948 

0'.19",5 

5,975  0095 

0'.23",0 

0,047  3027 

0'.20",5 

6,108  8207 

0 

5,785  9454 

1 

5,892  4007 

0 

5.977  8310 

1 

0,049  18U9 

6 

0,110  4505 

7 

5,789  3780 

9 

5,895  0898 

7 

5,980  0411 

9 

0,051  0029 

7 

G,112  0801 

8 

5,799  7849 

3 

5,897  7024 

8 

5,982  2401 

3 

0,052  9308 

8 

0,113  7090 

9 

5,790  1040 

4 

5,900  4187 

9 

5,984  4280 

4 

0,054  7907 

9 

6,115  3271 

15",0 

5,799  5189 

S 

5,903  0588 

20",0 

5,980  0049 

5 

6,056  6427 

27",0 

6,110  9386 

1 

5,802  8401 

e 

5,905  0829 

1 

5,988  7710 

6 

6,058  4809 

1 

6,118  5441 

9 

5,800  1488 

7 

5,908  2014 

2 

5,990  U20Ô 

7 

0,060  3232 

2 

6,120  1437 

S 

5,809  4205 

8 

5,910  8842 

3 

5,995  0700 

8 

0,002  1518 

3 

0,121  7375 

4 

5,819  0790 

0 

5,913  4016 

4 

5,993  2051 

9 

0,063  9728 

4 

6,123  3234 

5 

5,815  9080 

17",0 

5,916  0238 

5 

5,997  3288 

24",0 

6,005  7861 

5 

6,124  9075 

G 

5,819  1IÔ7 

1 

5,918  5710 

0 

5,999  4421 

1 

6,067  5919 

6 

6,120  48.39 

7 

6,899  9951 

2 

5,921  1034 

7 

6,001  5452 

9 

0,009  3902 

7 

6,128  0546 

8 

5,895  4539 

3 

5,923  0210 

8 

0,003  0382 

3 

6.071  1811 

8 

6,129  6196 

9 

5,898  5890 

4 

5,920  1242 

9 

6.005  7212 

4 

6,072  9647 

9 

6,131  1790 

t4",0 

5,831  7029 

5 

5,928  6130 

91",0 

0,007  7942 

5 

6,074  7409 

28",0 

6,132  7329 

1 

5,8Ï4  7940 

6 

5,931  0870 

1 

0,009  8373 

6 

6,070  5100 

1 

0,134  2812 

9 

5,837  8039 

7 

5,933  5482 

2 

0,011  9108 

7 

6,078  2718 

2 

6,135  8239 

8 

5,840  9109 

8 

5,935  9949 

3 

6,013  9545 

8 

0,080  0205 

3 

6,137  3615 

4 

5,845  9374 

9 

5,938  4279 

4 

6,015  9887 

9 

6,081  7742 

4 

6,138  8939 

5 

5,840  9429 

18",0 

5,940  8474 

5 

0,018  0133 

23",0 

0,083  5149 

5 

6,140  4198 

fl 

5,849  9278 

1 

5,943  2535 

6 

0,020  0286 

1 

6,083  2480 

6 

0,141  9409 

7 

5,852  8922 

9 

5,945  0403 

7 

6,022  0-340 

9 

0,086  9754 

7 

6,143  4568 

8 

5.855  8300 

S 

5,948  0200 

8 

0,024  0.314 

3 

6,088  0954 

8 

6,144  9674 

9 

5,858  7612 

4 

5,950  3927 

9 

6,026  0190 

4 

0,090  4080 

9 

6,140  4727 

15",0 

5,801  OGOl 

6 

5,952  7406 

29"  ,0 

6,027  9975 

5 

0,092  1150 

29"  ,0 

6,147  9729 

1 

5,864  5518 

6 

6,955  0879 

1 

6,029  9672 

0 

6,093  8148 

1 

6,149  4678 

9 

5,867  4184 

7 

5,957  4165 

9 

6,031  9279 

7 

0,095  5080 

9 

6,150  9577 

8 

5,870  2065 

8 

5,959  7328 

3 

0,033  8797 

8 

0,097  1940 

3 

0,152  4424 

4 

5,873  0955 

9 

5,962  0307 

4 

0,035  8229 

9 

6,098  8747 

4 

6,153  9999 

5 

5,875  9005 

19",0 

5,964  3285 

5 

6,057  7574 

26",0 

0,100  5489 

5 

6,155  3968 

G 

5,878  0094 

1 

5.966  0083 

6 

0,039  0833 

1 

0,109  2134 

0 

6,156  8665 

7 

5,881  4745 

9 

5,968  8701 

7 

6,041  0007 

9 

6,103  8701 

7 

6,158  3315 

8 

5,884  2319 

3 

5,971  1329 

8 

0,043  5097 

3 

6,105  5306 

8 

6,159  7911 

1     • 

5,880  9719 

4 

5,973  3706 

9 

0,045  4104 

4 

6,107  1788 

9 

6,161  9461 

m 


SUR  LES  CORRECTIONS 


dp. 

LOG. 

dp. 

LOG. 

dp. 

LQG. 

dp. 

LOG. 

dp. 

LOG. 

0'.30",0 

5 

6,162  6961 
6,169  8746 

0'.43",0 
5 

6,338  7874 
6,343  5863 

l'.0",0 
5 

6,403  7201 
6,467  3302 

l'.15",0 
5 

0,560  6361 
6,563  5218 

l'.30",0 
5 

6,639  8174 
6,642  2234 

31",0 
5 

6,176  9366 
6,183  8853 

46",0 
5 

6,348  3327 
6,353  0279 

1",0 
5 

0,470  9047 
6,474  4300 

1C",0 
5 

6,566  3884 
6,569  2303 

3I",0 
5 

6,644  6162 
6,646  99J9 

52",0 
3 

6,190  7248 
6,197  4582 

47",0 
5 

6,357  6727 
6,362  2683 

2",0 
5 

6,477  9663 
0,481  4549 

17",0 
3 

6,572  0656 
6,574  8763 

32",0 
3 

6,649  3627 
6,631  7105 

33",0 
5 

6,204  0888 
6,210  6197 

48",0 
5 

6,366  8161 
6,371  3166 

3",0 
5 

6,484  9154 
6,488  3486 

18",0 

5 

6,577  6693 
6,580  4443 

33",0 
5 

6,634  0578 
6,656  3864 

34",0 
5 

6,217  0538 
6,223  3940 

49",0 
3 

6,373  7709 
6,380  1800 

4",0 
5 

6,491  7348 
6,493  1345 

19",0 
5 

6,583  2019 
0,583  9419 

34",0 
5 

6,058  7027 
6,601  0006 

3S",0 
5 

6,229  6429 
6,253  8032 

30",0 
5 

6,384  5449 
6,388  8062 

3",0 

5 

6,498  4882 
6,501  8161 

20",0 
5 

6,588  0048 
6,391  3707 

35",0 
3 

6,603  2985 
6,663  5782 

3G",0 
5 

6,241  8774 
6,247  8678 

51",0 
5 

6,393  1430 
6,397  3820 

6",0 
5 

6,503  1188 
6,508  3963 

21  ",0 
5 

6,594  0599 
6,596  7324 

36",0 
5 

6,667  8461 
6,670  1021 

57",0 
5 

6,253  7766 
0,259  6062 

32",0 
3 

6,401  5782 
6,405  7341 

7",0 
5 

6,511  6497 
6,514  8786 

22",0 
5 

6,599  3887 
6,602  0288 

37",0 
3 

6,672  3466 
6,674  5794 

38",0 
5 

6,265  3585 
6,271  0356 

53",0 
3 

6,409  8307 
6,413  9286 

8",0 
5 

6,318  0838 
6,321  2654 

23",0 
3 

6,604  6529 
6,607  2613 

38",0 
5 

0,676  8009 
6,679  0110 

39",0 
5 

6,276  6395 
6,282  1720 

34",0 
3 

6,417  9680 
6,421  9714 

9",0 
3 

6.524  4239 
6.527  5590 

24",0 
5 

6,009  8541 
6,612  4315 

39",0 
3 

6,681  2100 
6,683  3979 

40",0 
5 

6,287  6349 
6,293  0299 

55",0 
3 

6,423  9376 
6,429  8678 

10",0 
5 

6,530  6729 
6,533  7639 

25",0 
5 

6,614  9938 
6,617  5409 

40",0 
5 

6,683  5748 
6,687  7409 

Aï",0 
5 

6,298  3587 
6,303  6230 

36",0 
5 

0,433  7629 
0,437  6235 

"11",0 
5 

6,536  8332 
6,539  8809 

26",0 
5 

6,620  0733 
6,622  3909 

41",0 
5 

6,689  8962 
6,692  0408 

42",0 
5 

6,308  8242 
6,313  9638 

57",0 
3 

6,441  4497 
6,445  2420 

12",0 
3 

6,542  9074 
0,345  9128 

27",0 
5 

6,623  0941 
6,627  3829 

42",0 
5 

6,694  1730 
6,096  2987 

43",0 
5 

6,319  0433 
6,324  0641 

38".0 
3 

6,449  0029 
0,452  7308 

15",0 
5 

6,348  8977 
6,551  8022 

28",0 
5 

6,630  0375 
6,032  5181 

43",0 
5 

6,698  4121 
6,700  3152 

44",0 
5 

6,329  0273 
6,333  9348 

39",0 
5 

6,456  4269 
6,460  0918 

14",0 
5 

6,554  8000 
6,557  7311 

29",0 
5 

6,634  9649 
6,637  3978 

44",0 
5 

6,702  6082 
6,704  6912 

DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


OS 


dp. 

LOO. 

dp. 

L06. 

dp. 

LOG. 

dp. 

LOG, 

dp. 

toc. 

I'.45",0 
S 

46",0 
5 

0,700  7041 
0,708  8273 

0,710  8807 
0,713  034S 

2'.0",0 
5 

1",0 
S 

0,704  7561 
6,760  5619 

6,768  3602 
0,770  1511 

9'.15",0 
5 

6,815  9080 
6,817  5141 

2'.30".0 
5 

81",0 
5 

6,861  6601 
6,805  1115 

6,864  5518 
6,805  0874 

2'.45",0 
5 

46",0 
5 

0,903  or,88 

6.904  3728 

6.905  6829 
6,000  9898 

10",0 
5 

6,810  1157 
6,820  7075 

47",0 

0,714  9580 

2",0 
5 

0,771  9347 

17",0 

0,822  2054 

3a",o 

5 

6.867  4184 

6.868  8446 

47",0 
5 

6.908  2013 

6.909  5897 

5 

0,710  0833 

6,773  7109 

5 

6,823  8775 

-IS",© 
5 

0,718  0080 
0,721  0040 

3",0 
5 

0,775  4800 
0,777  2418 

18",0 
5 

6,825  4539 
0,827  0246 

33",0 
5 

6.870  2663 

6.871  6833 

48",0 
5 

0,910  8841 
0,912  1747 

49",0 
5 

0,723  0013 
0,724  9800 

4",0 
5 

6,778  9965 
6,780  7442 

19",0 
5 

6,828  5890 
0,830  1490 

34",0 
5 

6,873  0955 
0,874  5033 

49",0 
5 

6,915  4015 
6,914  7445 

50",0 
5 

0,720  0075 
0,728  0372 

5",0 
5 

6,782  4849 
6,784  2186 

20",0 
S 

6,831  7029 
0,833  2512 

35",0 
5 

6,875  9065 
6,877  3052 

50",0 
5 

6,916  0237 
0,017  2991 

»1",0 
5 

0,730  8978 
0,752  8497 

6",0 
5 

6,785  9454 
6,787  0654 

21  ",0 
6 

6,834  7939 
6,836  3313 

36",0 
5 

6,878  6904 
6,880  0891 

51  ",0 
5 

6.918  5709 

6.919  8389 

8a",o 

6 

0,734  7029 
0,730  7274 

7",0 
5 

6,789  3786 
6,791  0850 

22",0 
5 

6,837  8032 
6,839  3897 

37",0 
5 

6.881  4745 

6.882  8555 

52",0 
6 

6,921  1033 
6,023  3640 

53",0 
6 

0,738  0533 
0,740  5707 

8",0 
5 

0,792  7848 
0,794  4780 

23",0 
5 

6,840  9109 
6,842  4207 

58",0 
5 

6.884  2319 

6.885  0041 

53",0 
5 

6.925  6200 
6,924  8742 

54",0 
5 

6,742  4797 
0,744  3804 

9",0 
5 

6.796  1645 

6.797  8446 

24",0 
5 

6,843  9373 
6,845  4427 

59",0 
5 

6,886  9719 
6,888  3355 

54",0 
S 

6.926  1241 

6.927  3703 

55",0 
5 

6,740  2727 
0,748  1560 

10",0 
5 

6,799  5182 
6,801  1854 

25",0 
5 

6.846  9428 
6,848  4378 

40",0 
5 

6,889  6948 
6,891  0498 

55",0 
5 

6.928  6120 

6.929  8520 

66",0 
5 

6.750  0328 

6.751  0008 

11  ",0 
5 

0.802  8461 
6,804  5000 

20",0 
5 

6,849  9277 
6,851  4124 

41  ",0 
5 

0,892  4007 
0,893  7473 

56",0 
S 

6.931  0875 

6.932  3196 

37",0 
5 

0,753  7007 
6,755  6127 

12",0 
5 

0,800  1488 
6,807  7007 

27",0 
5 

6,852  8922 
6,854  3668 

42",0 
5 

6,895  0898 
6,890  4281 

57".0 
5 

6,053  5481 
6,934  7732 

58",0 
5 

6,757  4569 
6,759  2932 

13",0 
5 

6,809  4265 
6,811  0561 

28",0 
5 

6,855  8505 
6,857  3013 

43",0 
5 

6,807  7624 
0,899  0925 

58",0 
5 

6,035  9948 
6,937  2131 

59",0 
5 

6,701  1218 
6,762  0428 

14",0 
5 

6,812  6796 
6,814  2971 

20",0 
5 

6,858  7011 
6,860  2100 

44",0 
5 

0,900  4187 
6,901  7408 

5r,o 

5 

6.938  4278 

6.939  6392 

Ton.  XVI II. 


66 


SUR  LES  CORRECTIONS 


TABLE  lY. 

Constantes  de  la  colliination  calculées  pour  les  doubles  passages  de  la  polaire, 
combinés  avec  le  passage  d'une  étoile  fondamentale  à  faible  déclinaison. 

Collimalion  =  D"  (A"  —  P»  dp')  -\-  D'  (A'  -+-  P'  dp'). 


ETOILES. 


DIST.  POLAIRE. 


COEFFICIENT  DE  D°. 


COEFFICIEKT  DE  D'. 


(1) 

(2) 


Polaris.  . 
a  Leonis. 

Polaris.  . 


a  Orionis 
Polaris.  . 


(5)     (  ''°''"' 

(G) 

P>1 


/3  Aquilae  ... 

Polaris 

Canis  minoris 


a  Ceti . 
Polaris. 


a  Aquarii  .  . 

Polaris.  .  .  . 

0  -Aquarii  .  . 

(  Polaris.  .  .  . 

(  a  H^diïB.  .  . 

(9)  (  '''""''•  •  •  • 
(  /3  Orionis  .  . 

,„     (  Polaris.  .  .  . 

(10)  I 


a  Virginis . 


(11)   j 


Polaris. 


^  Librœ. 


Polaris. 


<'^>bce.i. 


(13)  { 
(14) 


Polaris.  . 
/3  Corvi  . 

Polaris.  . 
a  Scorpii 


V 
P 

p' 
P 

p' 
P 

P' 
P  ■ 

p' 

P  ■ 

P 

P  ■■ 

P'- 

P  ■■ 

p'-- 

P  ■■ 

P'- 

P  ■■ 


V 

p 

p' 
p 

p' 
p 

p' 

p 


-.       1"30'27" 
=  77  17  18 

=   1"50'27" 
=  82  37  4-3 

=   1"30'27" 
=  83  58  14 

:   1-30' 27" 
=  84  23  10 

=   1»30'27" 
:  80  30  59 

:   1°30'27" 
=91  3  42 

l''30'27" 
:  90  14  30 

:   1»30'27" 
:  97  59  54 

1°30'27" 
:  98  23  7 

1°30'27" 
:  100  21  29 

1=30' 27" 
:  105  23  56 

1«30'27" 
:  108  49  48 

1°30'27" 
112  32  49 

l'30'27" 
116  5  1 


A» 
Log  P" 

Ao 
Log  P" 

Ao 
Log  V" 

A» 
Log  P» 

A» 
Log  P"  ■ 

A»  : 

Log  P»  : 

A-  : 

Log  P»  : 

A»  : 

Log  P»  : 

Ao  : 

Log  Po  : 

Ao  = 
Log  po  = 

Ao  : 

Log  po  : 

Ao  : 

Log  p»  = 

Ao  : 

Log  po  : 

A»  = 
Log  P»  = 


=  0,G21C98 
=  9,135  3)10 

=  0,566944 
:  8,854  0017 

=  0,554071 
:  8,755  9882 

:  0,550151 

=  8,721  6851 

=  0,530524 
:  8,497  8494 

:  0,491056 
:  7,947  7669( 

:  0,449571 
:  8,680  5554( 

:  0,436245 
■■   8,776  0544( 

:  0,433-356 
:  8,793  9580( 

:  0,418878 
8,872  5484( 

:  0,383638 
9,012  2337( 

:  0,360947 
9,078  3069(- 

■■  0,337408 
9,134  1871(- 

0,315913 
9-176  8176(- 


-) 


-) 


A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P' 

A' 
Log  P'  ■■ 


=  0,629124 
=  9,163  8978 

=  0,570817 
=  8,880  0053 

=  0,557160 
=  8,781  3858 

=  0,553005 
==  8,746  8981 

=  0,532220 
=  8,522  1392 

=  0,490578 
=  7,970  2033  (- 

=  0,446990 
=  8,700  8476 (- 

=  0,43-3030 
=  8,795  9230  (- 

=  0,430007 
=  8,813  6916(- 

=  0,414807 
=  8,891  6052  (- 

=  0,378118 
=  9,029  6453(- 

=:  0,354526 
=  9,094  6605(- 

=  0,330113 

=  9,149  4449(- 

=  0,-'07877 

=  9,191  0760(- 


DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


67 


.-*. 

•-  «*-*-*«r>  -     ■    . 

TABLE  V. 

Logarithmes 

des  facteurs  ' 
alcule'e  pour 

-  v>  /jar  lesquels  il  faut  multiplier  la  déviation  azi" 

niutale ,    t 

la  latitude  de  Bruxelles, 

1=00»  51'  U",afin  delà 

ramener  à  une  latitude  quelconque ,  *'. 

k' 

cot  X 

LOS    — - 

cosV 

DIFFiaERCES. 

• 

A' 

cos  A 

LOO 

eos  A 

DnttUMCli. 

55-  0' 
10 
20 

0,880  8792 
0,887  76C5 
0,888  C503 

0,000  8873 
8028 
8084 
0039 

40  0' 
10 
20 

9,915  9897 

9.917  0529 

9.918  1224 

0,001  0032 
0093 
0758 

30 
40 

0,889  5577 
0,890  4010 

30 
40 

9.919  1982 

9.920  2803 

0831 
0880 

60 

so»  0' 
10 

0,801  3710 

9,892  28G1 
0,893  2067 

9151 
9206 
0263 

50 

41*  0' 
10 

9.921  3089 

9.922  4038 
0,923  5652 

0949 
1014 
1070 

20 

0,894  1330 

0320 

20 

9,924  6731 

1145 

so 

0,895  0030 

9370 

30 

9,925  7876 

1209 

40 

9,890  0026 

Oi.^i 

40 

9,926  9085 

1270 

50 
37»  0' 

9,890  9460 
9,897  8951 

9491 
9548 

50 
42°  0' 

9.928  0361 

9.929  1702 

1341 
1409 

10 

9,898  8499 

9007 

10 

9,930  3111 

1475 

20 

9,899  8106 

06G4 

20 

9,931  4586 

1512 

50 

9,900  7770 

9723 

30 

9,932  6128 

1610 

40 

9,001  7403 

9782 

40 

9,933  7738 

1078 

SO 
58'  0' 

9,902  7273 
0;903  7116 

0841 
9899 

50 
45' C 

9,934  9416 
9,936  1162 

1746 

1815 

10 

0,904  7015 

00^0 

10 

9,937  2977 

1884 

30 
80 

0,905  0974 
0,906  6093 

0,001  0019 

30 

30 

9.938  4861 

9.939  6813 

1934 
2023 

40 

9,907  7072 

0139 
0200 

40 

9,940  8838 

3094 

80 
39»  0' 

0,908  7211 
0,909  7411 

60 
44»  0' 

9,942  0932 
0,943  3096 

3164 
3335 

10 

9,910  7072 

V2UI 

0321 
0583 
0445 
0507 
0560 

10 

9,944  5331 

3307 

ao 

9,911  7993 

20 

9,943  7038 

3578 

30 
40 

9.912  8370 

9.913  8821 

30 
40 

9.947  0016 

9.948  2467 

3451 

50 

9,914  0528 

60 

9,949  4991 

2590 

60 

9,915  9897 

60 

9,950  7587 

68 


SUR  LES  CORRECTIONS 


X' 

cos  X 

lOG 

COS  y 

DIFFÉBENCES. 

x' 

cos  X 

LOG 

COS  V 

DIFFÉBENCES. 

45"  0' 

9,950  7587 

0,001  2670 

51»  0' 

0,001  3719 

0,001  5047 

10 

9,952  0257 

2744 

10 

0,002  9306 

5741 

30 

9.955  3001 

20 

0,004  5107 

MJ  tyV  %J^J         ^J^J^f    A 

2818 

5834 

50 

9,954  5819 

2893 

30 

0,006  0941 

5930 

40 

9,955  8712 

2968 

40 

0,007  6871 

6025 

50 

9,957  1C80 

3044 

50  " 

0,009  2896 

6121 

46"  0' 

9,958  4724 

3120 

52"  0' 

0,010  9017 

6218 

10 

9,959  7844 

10 

0,012  5233 

3197 

6316 

20 

9,901  1041 

3274 

20 

0,014  1551 

0415 

30 

9,962  4315 

3351 

30 

0,015  7966 

6515 

40 

9,903  7066 

3430 

40 

0,017  4479 

6014 

50 

9,065  1090 

3308 

50 

0,019  1093 

6714 

47"  0' 

9,960  4604 

3587 

53"  0' 

0,020  7807 

6815 

10 

9,907  8191 

10 

0,022  4622 

3666 

6918 

20 

9,969  1857 

3747 

20 

0,024  1540 

7021 

30 

9,970  5604 

3827 

30 

0,025  8561 

7123 

40 

9,971  7431 

3908 

40 

0,027  5686 

7229 

50 

9,973  3339 

5989 

50 

0,029  2915 

7355 

48"  0' 

9,974  7328 

4072 

54o  0' 

0,031  0250 

7441 

10 

9,970  1400 

4.154 

10 

0,032  7691 

7549 

20 

9,977  5554 

4237 

20 

0,034  5240 

7637 

30 

9,978  9791 

4321 

30 

0,036  2897 

7705 

40 

9,980  4112 

4400 

40 

0,038  0062 

7870 

50 

9,981  8318 

50 

0,039  8538 

4490 

7980 

49"  C 

9,983  3008 

4573 

53o  0' 

0,041  6524 

8098 

10 

9,984  7383 

4062 

10 

0,043  4622 

8211 

20 

9,986  2243 

20 

0,045  2833 

4748 

8524 

30 

9,987  0093 

4835 

30 

0,047  1157 

8458 

40 

9,989  1828 

4923 

40 

0,048  9595 

8553 

50 

9,990  6731 

50 

0,050  8150 

5011 

8070 

50"  0' 

9,992  1702 

5100 

56°  0' 

0,052  0820 

8789 

10 

9,993  6862 

5190 

10 

0,054  5609 

8907 

20 

9,993  2052 

20 

0,030  4516 

5280 

9026 

30 

9,996  7332 

5370 

30 

0,058  3542 

9147 

40 

9,998  2702 

40 

0,000  2689 

5463 

9269 

50 

9,999  8165 

5554 

50 

0.002  1598 

9391 

00 

0,001  3719 

60 

0,004  1349 

DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


09 


COI  A 

co(  X 

X' 

oirrtaiNCEi. 

x' 

L06  

DirrÉBCHCES. 

co»  V 

co»  V 

57»  0' 

0,004  1549 

0,000  9743 

60«  0' 

0,101  2737 

0,001  0959 

S 

0,005  lOOâ 

9775 

5 

0,102  3696 

0096 

10 

0,000  0865 

(IKAi 

10 

0,103  4099 

1055 

15 

0,007  0609 

vov^ 
9856 

15 

0,104  5725 

1070 

90 

0,008  0505 

9868 

90 

0,105  6795 

1108 

95 

0,069  0373 

9899 

95 

0,106  7903 

A  1A*T  OAiCtt 

1146 

80' 

0,070  0272 

9931 
9963 

ov 

U,lU7  vi)W 

1185 

S5 

0,071  0203 

35 

0,109  0239 

1222 

40 

0,072  0166 

9995 

40 

0,110  1454 

1260 

45 

0,075  0101 

0,001  0027 

45 

0,111  2714 

1298 

50 

0,074  0188 

0000 

60 

0,112  4019  " 

1537 

55 

0,075  0248 

0092 

55 

0,113  5349 

1376 

58*  0' 

0,076  0340 

0125 

01»  0' 

0,114  6725 

1415 

5 

0,077  0465 

0158 

6 

0,115  8140 

1454 

10 

0,078  0023 

0191 

10 

0,116  9594 

1494 

15 

0,079  0814 

0224 

15 

0,118  1088 

1533 

20 

0,080  1038 

0257 

90 

0,119  2621 

1573 

35 

0,081  1295 

0291 

95 

0,120  4194 

1614 

50' 

0,089  1580 

0325 

50- 

0,191  5808 

1654 

35 

0,083  1911 

0358 

35 

0,122  7462 

1694 

40 

0,084  2269 

0392 

40 

0,123  9156 

1733 

45 

0,085  2061 

0427 

45 

0,125  0891 

1777 

50 

0,086  3088 

0460 

60 

0,126  2608 

1817 

55 

0,087  3548 

0490 

55 

0,127  4485 

1859 

j'J'  0' 

0,088  4044 

0530 

02»  0- 

0,128  0344 

1901 

5 

0,089  4574 

0504 

5 

0,129  8243 

1942 

10 

0,090  5138 

0000 

10 

0,131  0187 

1985 

15 

0,091  5738 

0635 

15 

0,132  2172 

2027 

30 

0,092  6373 

OC70 

90 

0,153  4199 

2070 

35 

0,093  7043 

0705 

95 

0,134  6269 

3112 

50' 

0,094  7748 

0742 
0777 

50- 

0,155  8381 

2150 

55 

0,095  8490 

55 

0,137  0537 

2198 

40 

0,096  9267 

0813 

40 

0,138  9755 

224.> 

45 

0,098  0080 

0849 

45 

0,139  4978 

2286 

■  60 

0,099  0929 

0886 

50 

0,140  7264 

2331 

65 

0,100  1815 

0922 

55 

0,141  9545 

2374 

60 

0,101  2737 

60 

0,143  1909 

70 


SUR  LES  CORRECTIONS 


TABLE  VI. 

i                Déviation  azimutale  par  les  doubles  passages  de  la  polaire. 

Dév.  azim.  =  D   x ^-^ 

2  sin  l 

DIST,    FOL. 

15  tanfî  p' 

LOG : — 

•J  sin  l 

DIST.    POL. 

15  tans  p' 
lOG       ^     .      , 
2  siD  l 

DIST.    POL. 

lo  tani;  p' 
2  sin  l 

1°28'0" 

9,483  1213 

1"28'30" 

9,485  5829 

1"29'0" 

9,488  0308 

1 

2035 

31 

6648 

1 

1121 

2 

2858 

32 

7466 

2 

1935 

3 

3681 

33 

8283 

3 

2748 

4 

4503 

34 

9101 

4 

3561 

5 

5325 

35 

9919 

5 

4574 

6 

6147 

36 

9,486  0736 

6 

5187 

7 

6909 

37 

1553 

7 

5999 

8 

7791 

38 

2370 

8 

6812 

9 

8612 

39 

3187 

9 

7624 

10 

9434 

40 

4004 

10 

8437 

11 

9,484  0255 

41 

4821 

■  11 

9249 

12 

1076 

42 

5637 

12 

9,489  0061 

13 

1897 

43 

6454 

13 

0872 

14 

2718 

44 

7270 

14 

1C84 

15 

3538 

45 

8086 

15 

2495 

16 

4359 

46 

8902 

10 

3307 

17 

5179 

47 

9717 

17 

4118 

18 

5999 

48 

9,487  0533 

18 

4929 

10 

6819 

49 

1348 

19 

5740 

20 

7659 

50 

2164 

20 

6550 

21 

8459 

51 

2979 

21 

7361 

22 

9279 

52 

3794 

22 

8171 

23 

9,485  0098 

53 

4608 

23 

8981 

24 

0917 

54 

5423 

24 

9792 

25 

1736 

55 

6238 

25 

9,490  0601 

20 

2555 

56 

7052 

26 

1411 

27 

3374 

57 

7800 

27 

2221 

28 

4193 

58 

8680 

28 

Ô030 

29 

5011 

59 

9494 

29 

3840 

DE  LA  LUNETTE  MÉRIDIENNE. 


7! 


oiiT.  rui. 

15  UDg  p' 
9  tin  < 

DUT.  POL. 

15  tane  p' 
2  tio  l 

OI«T.  POL. 

15  taag  j/ 

2  tin  l 

1"29'50" 

0,400  4G40 

1'30'0" 

0,409  8855 

1''30'30" 

9,405  9030 

SI 

54S8 

1 

0050 

31 

3790 

S3 

0307 

9 

0,493  0404 

32 

4520 

S3 

7070 

3 

1208 

33 

3320 

54 

7884 

4 

9073 

34 

0120 

S5 

8093 

5 

2870 

85 

0023 

80 

9501 

0 

3C80 

30 

7735 

87 

9,491  0300 

7 

4483 

87 

8534 

88 

U17 

8 

5287 

38 

9323 

80 

1035 

0 

0000 

30 

0,400  0122 

40 

2783 

10 

0803 

40 

0021 

41 

3540 

11 

7000 

41 

1719 

43 

4347 

19 

8499 

49 

2318 

43 

6155 

13 

0302 

43 

3310 

44 

5009 

14 

9,494  0103 

44 

4114 

45 

0709 

15 

0907 

45 

4912 

40 

7575 

IG 

1709 

40 

3710 

47 

8389 

17 

3512 

47 

0308 

48 

0188 

18 

3314 

48 

7300 

40 

9005 

10 

4110 

40 

8103 

60 

0,403  0801 

30 

4017 

50 

8001 

81 

1007 

31 

5710 

51 

0098 

69 

9413 

99 

0320 

59 

0,407  0493 

53 

8310 

93 

7322 

53 

1292 

54 

4094 

24 

8123 

54 

3088 

55 

4830 

35 

8924 

65 

3885 

50 

5835 

30 

9725 

50 

3081 

57 

0440 

27  . 

9,495  0520 

67 

4478 

58 

7945 

98 

1320 

58 

5274 

59 

8030 

90 

2130 
FIN. 

50 

0070 

RECHERCHES 


SOB   LA 


CAUSE  DES  VARIATIONS  BAROMÉTRIQUES, 


M.    ATH.    PELTIER. 


Bven  in  fkjftUal  $ettn€$  U  ta  mi  mr4tmm»  imk  le  mmttitlt  louf 
mmhtUMtl  amd  deeplyrootêd  o^Mom,  mmâ  Ami  IêU  lignwn  A#r>- 
tnlmm  wlien  tiu$f  niHnions  art  tmirrmchtd  tm  matiomal  fttHmf  amd 
t  with  immortat  ftaM«f. 

(  D.  Bkwst»  ,  On  a  ntw  amalif$ig  of  âolar 
lighl,  etc.,  TsAxtAC.  or  rat  aor.  mciitt 
OV  HfilIlICRt,  TOI-  12,  p.  114.) 


(Mémoire  lu  i  !■  ié«Dce  du  3  novembre  1844). 


Ton.  XVIII. 


■;  J  .  •        '•■.ïl!:) 


INTRODUCTION. 


Deux  siècles  se  sont  écoulés  depuis  l'invention  du  baromètre ,  et 
depuis  deux  siècles ,  on  n'a  pas  cessé  un  instant  de  se  servir  de  cet  ad- 
mirable instrument  pour  étudier  l'état  de  l'atmosphère.  Les  observa- 
tions qui  remplissent  les  recueils  académiques  et  tous  les  recueils 
scientifiques ,  attestent  l'importance  que  l'on  a  attachée  à  ses  indica- 
tions, dans  l'espoir  de  connaître  plus  intimement  les  changements  de 
l'atmosphère  et  d'en  prévoir  les  perturbations. 

Quelle  que  soit  l'ignorance  dans  laquelle  on  était,  et  dans  laquelle 
on  est  encore  en  grande  partie ,  des  causes  de  ses  variations ,  on  ne 
pouvait  se  soustraire  à  l'idée  que  des  oscillations ,  si  étendues  et  sou- 
vent si  brusques,  ne  tinssent  à  des  forces  cachées,  d'où  ressortaient 
les  météores  destructeurs.  En  efiFet,  malgré  l'erreur  d'attribuer  à  ces 
forces  une  action  immédiate  sur  la  colonne  de  mercure  ;  malgré  l'er- 
reur de  donner  au  baromètre  un  autre  rôle  que  celui  d'une  balance 
sensible,  qui  indique  à  chaque  instant  la  pression  de  l'atmosphère ,  il 
n'en  est  pas  moins  vrai  que  médiatement ,  il  indique  la  présence  de 
forces  nouvelles  qui  changent  la  pression  ;  il  dévoile  qu'il  y  a  des 
forces  lentes ,  uniformes,  qui  agissent  sur  elle,  et  des  forces  brusques, 


î  INTRODUCTION. 

instantanées  qui  la  troublent  tout  à  coup.  Il  n'est  donc  pas  surprenant 
que  l'on  ait  cru  pendant  longtemps,  que  ses  variations  tenaient  d'une 
manière  directe,  immédiate,  aux  secrètes  influences  d'où  ressortaient 
le  beau  et  le  mauvais  temps,  et  que  l'on  ait  voulu  faire  dire  au  baro- 
mètre l'état  futur  de  l'atmosphère,  préjugé  qui  dure  encore  parmi  le 
public ,  s'il  est  complètement  effacé  de  l'esprit  des  savants. 

En  parcourant  les  longues  séries  d'observations  faites  dans  les  ob- 
servatoires, en  mettant  en  présence  la  marche  du  baromètre  avec 
celle  de  la  température ,  de  l'humidité  et  des  vents  ;  en  voyant  leurs 
nombreuses  discordances,  leurs  nombreuses  oppositions,  on  ne  peut 
se  soustraire  à  l'idée  qu'il  existe  une  autre  force,  encore  inconnue,  qui 
entre  pour  une  très-grande  part  dans  les  perturbations  atmosphéri- 
ques; qu'il  existe  une  force  qui  agit  parfois  brusquement,  capricieu- 
sement, et  souvent  aussi  qui  agit  avec  persistance  pendant  des  semaines 
entières. 

L'influence  des  brouillards  fortement  chargés  de  ce  que  l'on  nomme 
électricité  positive  ou  vitrée,  fut  la  première  indication  qui  nous  mit 
sur  la  voie  des  effets  de  la  puissance  électrique  sur  la  pression  atmos- 
phérique. Nous  ne  pouvions  reconnaître  dans  la  hauteur  persistante 
du  baromètre  pendant  le  calme  qui  accompagne  les  brouillards,  pen- 
dant la  température  qui  est  alors  peu  variable ,  pendant  la  satura- 
tion permanente  de  l'air,  nous  ne  pouvions  reconnaître,  disons-nous, 
aucune  des  explications  ni  des  théories  actuelles  comme  l'expression 
des  faits  que  nous  observions  chaque  jour. 

D'une  autre  part,  en  voyant  l'abaissement  prodigieux  du  baromè- 
tre, sous  l'empire  des  vapeurs  fortement  chargées  de  l'électricité  dite 
négative  ou  résineuse,  quels  que  soient  aussi  la  température,  la  force, 
la  direction  des  vents  et  le  degré  de  l'humidité,  nous  n'avons  pu  nous 
soustraire  à  la  pensée  qu'on  avait  trop  négligé  la  puissance  de  l'élec- 


INTRODUCTION.  5 

tricité  coercée  dans  des  vapeurs  atmosphériques ,  éprouvant  de  nom- 
breuses altérations ,  suivant  l'heure ,  les  saisons  et  les  divers  accidents 
météorologiques.  .ui 

Pendant  le  long  espace  de  temps  qui  s'est  écoulé  depuis  l'origine 
de  mes  premières  recherches  sur  la  corrélation  des  actions  électriques 
et  de  la  pression  atmosphérique,  j'ai  dû  continuer  celles  que  je  pour- 
suivais depuis  longtemps  sur  la  nature  même  de  l'électricité,  sur  sa 
distribution  et  sur  ses  influences  :  j'ai  dû  continuer  celles  qui  concer- 
nent les  rapports  qui  existent  entre  la  matière  pondérable  et  la  coer- 
cition de  cette  force;  étudier  quel  était  le  rôle  du  globe  terrestre  par 
rapport  à  l'espace ,  et  quelle  était  son  influence  sur  les  vapeurs  qui 
s'élèvent  à  chaque  instant  de  sa  surface,  chargées  de  la  même  électri- 
cité que  lui ,  de  celle  que  l'on  nomme  négative  ou  résineuse. 

C'est  à  la  suite  de  ces  recherches  que  j'ai  publié  divers  mémoires  et 
que  j'ai  fait  un  assez  grand  nombre  de  communications  aux  sociétés 
savantes  '.  C'est  à  cette  époque  aussi  que  j'ai  senti  le  besoin  de  coor- 
donner mes  observations,  en  résumant  mes  idées  sur  la  cause  des 
phénomènes  électriques  dans  un  travail  intitulé  :  " 

Essai  de  coordination  des  causes  qui  précèdent,  produisent  et 
accompagnent  les  phénomènes  électriques,  travail  que  j'ai  présenté 
le  6  avril  1844  à  l'académie  royale  de  Bruxelles,  et  qu'elle  a  bien  voulu 
accueillir,  pour  être  inséré  dans  son  recueil  des  savants  étrangers. 

Dans  le  présent  mémoire  sur  les  oscillations  barométriques,  nous 
prendrons  le  phénomène  électrique ,  tel  qu'il  est  encore  admis  dan:^ 
la  science  ;  il  est  de  l'intérêt  de  ce  travail  d'en  écarter  tout  ce  qui 
pourrait  en  voiler  l'intelligence.  Nous  nous  servirons  donc  des  termes 

•  Voyez  mon  Mémoire  sur  la  cause  des  phénomènes  électriques  de  t atmosphère,  Aiw.  cm.  phïs., 
3*  série,  t.  IV,  p.  38o,  et  celui  Sur  les  divers  espèces  de  brouillards,  Mém.  acad.  r.  de  Brvxelxes, 
t.  XV,  et  Anm.  ch.  PHY8.,  t.  Vi,  p.  129,  et  les  Comptes  rendus  de  lAcad.  se,  de  Paris, 


6  INTRODUCTION. 

usuels  de  résineux  et  de  vitré  ^  ou  de  négatif  et  de  positif,  sans 
mettre  d'autre  valeur  à  ces  mots  que  la  désignation  spéciale  donnée  à 
chacun  des  deux  états  électriques  qui  se  manifestent  aux  yeux  par  des 
diflFérences  incontestables.  Nous  préférons  les  mots  résineux  et  vitré 
comme  les  plus  insignifiants ,  et  comme  étant  les  plus  éloignés  de  pré- 
juger la  question  fondamentale  du  phénomène ,  résultant  d'une  plus 
grande  ou  d'une  plus  faible  intensité  dans  la  cause;  tandis  que  les 
mois  positif  et  négatif  décident  de  prime  abord  ce  qui  est  en  question. 


RECHERCHES 


SDB   LA 


CAUSE  DES  VARIATIONS  BAROMÉTRIQUES. 


PREMIERE  PARTIE. 

DE  LA  DIVERSITÉ  DES  PRESSIONS  ATMOSPHÉRIQUES. 


CHAPITRE  PREMIER. 


DE    L'oPraiOIf    DES    AUTEURS    SUR    LES    VARIATIOKS   DU    BAROBIÈTRE. 


1.  Lorsque  la  découverte  que  fit  ToricelH  en  1H43  fut  comprise  ; 
lorsqu'on  sut  que  la  colonne  de  mercure,  restée  suspendue  dans  le 
tube  fermé,  faisait  équilibre  au  poids  de  l'atmosphère,  on  a  dû  penser 
que  la  longueur  de  cette  colonne  serait  à  peu  près  invariable  et  que  la 
gravité  de  toute  la  hauteur  atmosphérique  ne  pourrait  avoir  que  des 
variations  trop  faibles  pour  être  appréciables  à  cette  balance  nou- 
velle. A  priori,  cette  déduction  devait  paraître  rigoureuse,  et  les 
premières  différences  observées  durent  être  attribuées  au  défaut  de 
l'instrument  ou  au  défaut  de  l'observation.  Si  la  découverte  de  Tori- 
celli  eût  été  faite  sous  l'équateur ,  où  la  variation  du  baromètre  est 


8  SUR  LES  VARIATIONS 

réduite  à  deux  ou  trois  millimètres ,  cette  déduction  eut  été  rangée 
parmi  les  vérités  incontestables;  on  l'eut  formulée  en  loi,  et  l'on  aurait 
cherché  quelle  circonstance  particulière  naît  et  croît  hors  des  régions 
tropicales ,  pour  rendre  compte  des  changements  qu'on  aurait  ob- 
servés dans  ces  régions  '. 

2.  Dans  les  contrées  tempérées,  cette  première  croyance  ne  pouvait 
avoir  de  durée  ;  les  nombreuses  perturbations  qui  se  succèdent  dans  le 
courant  d'une  année  et  l'étendue  des  oscillations  de  la  colonne  baro- 
métrique, ne  permirent  pas  de  regarder  comme  invariable  la  pression 
de  l'atmosphère.  Aussi  Pascal  ^ ,  qui  comprit  sur-le-champ  l'impor- 
tance de  cet  instrument  et  des  nombreuses  applications  dont  il  serait 
l'objet,  aperçut-il  de  bonne  heure  l'inégale  hauteur  de  la  colonne 
de  mercure ,  et  conséquemment  l'inégale  pression  de  l'atmosphère. 
Cette  inégalité  de  pression^  ne  pouvant  être  mise  en  doute,  fut  un 
sujet  qui  excita  la  curiosité  publique  et  les  recherches  des  physiciens. 
Et  en  effet ,  quelle  pouvait  être  la  cause  de  différences  aussi  considé- 
rables ,  et  comment  pouvaient-elles  aller  jusqu'à  plus  d'un  trentième 
en  deçà  et  au  delà  de  la  hauteur  moyenne  ? 

3.  Lorsqu'un  fait  nouveau  paraît  et  qu'il  ne  s'allie  à  aucun  de 
ceux  qui  nous  sont  connus ,  le  plus  sage  serait  d'en  suspendre  l'expli- 
cation ,  jusqu'à  ce  que  des  observations  nouvelles  et  des  expériences 
appropriées  nous  aient  mis  sur  la  voie  de  la  vérité ,  ou  au  moins  de 
l'analogie ,  en  liant  les  faits  anciens  au  fait  nouveau  qui  se  trouve 
isolé.  L'impatience  de  notre  esprit  et  le  besoin  d'un  lien  qui  soulage 
promptement  notre  mémoire,  en  rapprochant  les  phénomènes,  ne 

'  L'expérience  de  Toricelli  en  a  provoqué  une  autre  qui  représente  les  variations  dans  la  pesan- 
teur de  l'air,  comme  le  baromètre  démontre  les  variations  dans  la  pesanteur  totale  de  l'atmos- 
phère. Boyle  fit  connaître  en  1666  (Trans.  Phil.,  n"  14),  ce  nouvel  instrument,  qu'il  nomma 
baromètre  statique,  et  que  depuis  on  appela  manomètre.  Cet  instrument  n'est  en  réalité  que  l'expé- 
rience de  Galilée,  rendue  permanente  en  laissant  le  ballon  de  verre  mince,  suspendu  au  fléau  d'une 
balance.  Le  baromètre  et  le  manomètre  marchent  souvent  ensemble;  cependant,  d'après  les  obser- 
vations de  M.  Roosbroeck,  il  n'est  pas  rare  de  leur  voir  une  marche  opposée.  (Réponse  sur  la 
question,  etc.,  Rotterdam,  1836,  in-4°.) 

*  Traité  de  l'équilibre  des  liqueurs  et  de  la  pesanteur  de  la  masse  dair,  pages  dSO  et  suiv. 


BAROMÉTRIQUES.  « 

nous  permettent  pas  d'attendre  le  résultat  du  temps;  on  crée  les 
causes,  si  on  ne  les  découvre  pas,  et  les  hypothèses  se  multiplient  : 
c'est  ce  qui  arriva  lors  de  la  découverte  des  oscillations  barométriques. 
Les  progrès  ultérieurs  de  la  science  en  diminuèrent  le  nombre ,  et  il 
ne  resta  bientôt  plus  que  celles  qui  prenaient ,  pour  bases ,  des  phéno- 
mènes concomitans,  auxquels  on  attribuait  cette  puissance  d'action  ; 
c'étaient  ceux  qui  provenaient  des  changements  de  la  température , 
de  la  direction  des  vents  et  de  la  présence  des  vapeurs. 

4.  Les  premières  hypothèses  qui  firent  entrer  les  vapeurs  dans  l'ex- 
plication des  diiférentes  pressions  atmosphériques ,  les  considéraient 
comme  une  cause  d'accroissement  de  poids  :  ce  fut  l'idée  émise  par 
Pascal ,  idée  qui  fut  adoptée  par  un  grand  nombre  de  physiciens  du 
temps  '  ;  on  ne  pouvait  concevoir  que  l'addition  d'une  substance  pût 
rendre  l'atmosphère  plus  légère.  Newton  avait  cependant  dit  qu'une 
atmosphère  humide  est  plus  légère  qu'une  atmosphère  sèche  à  quan- 
tités égales  *  ;  mais  cette  vérité  eut  le  sort  de  toutes  les  vérités  qui 
devancent  leur  époque  ;  elle  passa  inaperçue ,  et  l'on  continua  long- 
temps encore  à  considérer  la  présence  des  vapeurs  comme  une  cause 
de  pesanteur. 

5.  Cette  erreur  n'était  cependant  pas  heureuse,  car  le  plus  souvent 
l'observation  y  venait  placer  son  veto  :  on  voyait  presque  toujours  le 
baromètre  descendre  lorsque  l'atmosphère  contenait  des  vapeurs , 
mais  comme  on  le  voyait  aussi  monter  pendant  les  plus  forts  brouil- 
lards, on  persista  longtemps  dans  cette  hypothèse.  Ce  ne  fut  que  plus 
d'un  siècle  après  l'invention  du  baromètre  ' ,  lorsque  la  physique  eut 
acquis  assez  défaits  et  de  précision  dans  les  procédés,  qu'on  reconnut 
que  les  vapeurs  élastiques  étaient  plus  légères  que  l'air,  et  que,  se  dis- 
persant par  diffusion  comme  les  gaz  \  elles  rendaient  l'air  moins  pe- 

•  Béai.,  Phil.  Tr.,  n'9,  en  1666.  Wallis,  id.,  n»  10.  Garcin ,  /oumo/  Helvétique,  ilU  et  1735. 

*  Newton,  vers  la  fin  du  3*  livre  de  son  Traité  d optique,  p.  567  de  la  traduction  de  Coste,  1720. 
'  Recherches  sur  les  modifications  de  ^atmosphère  de  De  Luc,  §  112  et  suivants,  où  l'on  trouve 

tous  les  renseignements  sur  les  travaux  de  ceux  qui  l'ont  précédé. 

♦Dalton,  Manchester' s  Mem.,  vol.  I,  new  séries.  Graham,  IVorw.  ofthe  Roy.  Soc.  Edinburgh, 
vol.  XH,  p.  222.  BeHhoWel ,  Statique  chimique.  Volta,  Vassal i.MAn.  Soc.  Méd.tfémul.,^'"  année. 
ToM.  XVIII.  2 


19  SUR  LES  VARIATIONS 

sant  sous  une  pression  et  un  volume  donnés,  en  déplaçant  une  quantité 
de  ce  gaz  proportionnelle  à  son  propre  volume. 

6.  Depuis  que  cette  vérité  fut  constatée ,  les  explications  ont  moins 
erré;  elles  se  sont  renfermées  dans  l'application  du  principe  de  la 
plus  grande  légèreté  de  la  vapeur  et  de  l'air  chaud,  et  Ramond ,  ayant 
coordonné  avec  habileté  tout  ce  qui  pouvait  soutenir  cette  hypothèse, 
l'a  fait  régner  à  peu  près  sans  rivale,  depuis  la  publication  de  ses 
mémoires  sur  les  variations  du  baromètre  \  «  La  température  d'abord, 
dit-il  (page  100),  et  ensuite  l'humidité,  voilà  les  deux  causes  qui 
expliquent  les  variations  du  baromètre  dans  toute  leur  étendue  et 
jusque  dans  leurs  moindres  détails;  mais  avec  cette  différence,  que 
la  première  est  à  tel  point  prépondérante ,  qu'elle  rend  raison  à  elle 
seule  de  toutes  les  variations  majeures,  et  qu'il  n'y  a  besoin  de  re- 
courir à  la  seconde  que  pour  les  modifications  subalternes  du  phé- 
nomène principal.  » 

7.  Pour  que  l'air  échauffé,  ou  celui  chargé  de  vapeur  pressât  moins 
sur  le  baromètre,  il  fallait  supposer  que  la  colonne  verticale  de  l'at- 
mosphère devenue  plus  légère,  gardait  sa  hauteur  première  malgré  la 
pression  plus  grande  des  régions  voisines;  il  fallait  supposer  qu'un 
fluide  aussi  élastique,  aussi  mobile  que  l'air,  ne  prendrait  pas  son 
équilibre  de  pesanteur  aussi  rapidement  que  s'opérerait  le  change- 
ment de  température;  c'est  ce  que  fit  Ramond.  Il  fallait  même  consi- 
dérer cette  colonne  d'air  allégée ,  comme  étant  renfermée  entre  des 
parois  résistantes  et  ne  laissant  pas  d'autre  alternative  à  la  colonne 
échauffée  qu'une  ascension  verticale;  c'est  ce  qu'on  fit  encore  ^  pour 
le  besoin  de  la  cause,  si  ce  n'est  en  termes  positifs,  ce  fut  du  moins 
dans  les  conclusions  qu'on  en  tira.  Sans  doute,  lorsque  la  chaleur 

*  Mémoires  sur  la  formule  barométrique,  etc.,  Clermont-Ferrand ,  dSll,  in-4''.  Extraits  des 
Mémoires  de  la  classe  des  se.  math,  etphys.  Voyez  aussi  les  idées  émises  par  Leslie,  dans  le  suppl. 
à  VEncycl.  Brit.,  art.  Météorologie,  et  celles  de  Daniell  dans  sa  Météorologie,  pages  19  et  suivantes. 
Laplace  admettant  les  idées  de  Ramond ,  dit ,  en  parlant  des  oscillations  horaires  [Essai  philoso- 
phique sur  les  probabilités,  p.  49),  «  la  période  de  la  variation  étant  d'un  jour  solaire,  sa  cause  est 
»  évidemment  la  chaleur  que  le  soleil  communique  aux  diverses  parties  de  l'atmosphère.  » 

^  Mémoire  cité,  pages  99  et  suivantes.  Leibnitz  avait  déjà  dit  que  les  vents  ascendants  allègent  la 
pression.  Opéra  omn.,  1768,  in-4°,  t.  il,  2"^  partie,  page  80. 


BAROMÉTRIQUES.  li 

dilate  une  portion  de  l'atmosphère,  cette  portion  s'élève  et  elle  est 
remplacée  par  l'air  plus  dense  des  plages  voisines;  sans  doute ,  pen- 
dant ce  mouvement  ascensionnel  la  pesanteur  est  diminuée  de  quel- 
que peu  et  en  raison  de  la  vitesse  de  ce  mouvement;  lors  donc  que  le 
baromètre  descend  beaucoup,  cela  supposerait  un  courant  ascendant 
considérable  qui  serait  nécessairement  remplacé  par  des  courants  ho- 
rizontaux proportionnels,  c'est-à-dire,  que  pendant  la  chute  du  baro- 
mètre, le  vent  se  ferait  sentir  avec  force  de  la  circonférence  au  centre 
de  cette  colonne. 

8.  Il  est  fâcheux  pour  cette  hypothèse  si  simple  et  si  commode , 
qu'elle  se  trouve  le  plus  souvent  en  opposition  avec  l'état  de  l'atmos- 
phère; car,  dans  la  plupart  des  cas ,  l'atmosphère  est  d'un  calme  plat 
pendant  la  chute  du  baromètre,  et  lorsque  le  vent  et  les  bourrasques 
surviennent,  le  baromètre  à  cet  instant  commence  sa  rétrogradation 
ascensionnelle.  Ajoutons  encore  que  Ramond  indique  lui-même  (p.  6, 
1"^  mémoire)  l'heure  de  midi,  comme  celle  qui  est  la  plus  propice  aux 
observations  hypsométriques ,  comme  le  moment  qui  donne  le  résul- 
tat le  plus  approché  de  ceux  de  la  triangulation.  Comment  se  ferait-il 
donc  que  ce  fût  cette  heure  qui  répondît  le  mieux  à  l'état  neutre?  que 
ce  serait  au  moment  où  le  soleil  darde  ses  rayons  les  plus  verticaux, 
lorsque  la  température  s'élève  avec  le  plus  de  rapidité,  lorsque  les 
courants  doivent  s'établir  avec  le  plus  de  force ,  que  se  trouve  l'état 
neutre?  cela  ne  peut  être,  et  si  cette  heure  est  plus  propice,  c'est  par 
des  raisons  que  nous  étudierons  plus  bas. 

9.  Dans  les  climats  tempérés,  c'est  dans  les  mois  de  novembre,  dé- 
cembre et  janvier,  lorsque  l'atmosphère  est  la  plus  régulièrement 
froide,  que  les  écarts  du  baromètre  sont  les  plus  grands.  Dans  l'été,  le 
baromètre  descend  parfois  beaucoup  pendant  une  haute  température 
et  un  calme  plat,  mais  rarement  autant  qu'on  le  voit  descendre  dans 
les  mois  de  novembre,  de  décembre  et  janvier,  époques  d'une  basse 
température  et  d'une  moindre  pression  par  les  vapeurs. 

Il  en  est  de  la  vapeur  comme  de  l'air  chaud,  une  diminution  de 
pression  par  un  mouvement  ascensionnel  ne  pourrait  se  produire  que 


ii  SUR  LES  VARIATIONS 

dans  la  supposition  d'un  calme  plat  :  dans  l'état  ordinaire ,  lorsque 
par  l'agitation  et  la  translation  les  couches  d'air  se  déplacent  hori- 
zontalement, aucune  diminution  de  pression  ne  pourrait  avoir  lieu. 
Nous  pourrions  citer  une  foule  d'exemples,  mais  nous  nous  restrein- 
drons aux  suivants  : 

Du  9  au  15  janvier  1842,  le  temps  à  Paris  fut  tempétueux;  le  ba- 
romètre descendit  jusqu'à  728™'",!  1  ;  dans  la  journée  du  14  il  baissa 
de  12™'n,67  en  10  heures ,  la  température  étant  à  peu  près  constante 
et  pendant  un  vent  violent  et  des  rafales  brusques  qui  déracinèrent 
plusieurs  arbres  ' . 

Les  12,  13  et  Mjanvier  1843^  Paris  éprouva  des  tempêtes  tout  à 
fait  polaires;  les  nues  grises  descendirent  jusqu'au  milieu  des  rues  et 
donnaient  des  signes  d'une  puissante  tension  résineuse  que  mes  ins- 
truments ne  pouvaient  plus  mesurer.  Le  thermomètre  monta  de  30,1 
à  6°,7  le  14  ;  au  milieu  de  ces  nues  et  pendant  leur  condensation,  le 
baromètre  avait  l'inconstance  que  M.  Martins  et  d'autres  savants  ob- 
servèrent au  Spitzberg.  Il  descendit  le  12  à  728"^™,1  puis  il  remonta. 
Le  14  entre  3''  30'  et  4h.  du  soir,  il  baissa  de  2  millimètres;  de  9  h.  du 
matin  à  7  h.  du  soir,  il  baissa  de  12™'n^67  et  atteignit  729»"^,79.  Le 
sympiézomètre  était  dans  une  agitation  continuelle ,  et  indiquait  des 
diminutions  de  pression  de  5  à  8  de  ses  divisions,  2  ou  3  secondes 
avant  les  rafales. 

Le  16  février  suivant,  le  baromètre  descendit  à  732™*^  par  un  vent 
très-faible  du  NE.  et  sous  une  température  de  -j- 1°,2. 

Le  28  du  même  mois  son  abaissement  prodigieux  se  fit  sentir  dans 
toute  l'Europe  ;  à  Paris  il  atteignit  727""**,94,  vent  faible  NNO.,  temps 
couvert,  température  -|-6°,8. 

10.  Voici  des  exemples  de  l'ascension  du  baromètre  pendant  une 
grande  élévation  de  température  : 

*  La  moyenne  à  l'observatoire,  dans  la  salle  du  premier,  est  de  756™"',0.  A  Bolton-le-Moors ,  la 
moyenne  barométrique  est  de  750""",9,  le  baromètre  descendit  le  13  janvier  1843,  à  raidi,  à 
704°"" ,075,  sous  une  température  de  2",6  vent  du  SO.  médiocre  et  tel  qu'il  était  depuis  plusieurs 
jours.  Phil.  Magaz.,  1843,  fév.,  vol.  XXII,  pag.  158. 


BAROMÉTRIQUES.  13 

Le  6  février  1842,  la  température  était  descendue  à  +4°,5  vers 
T""  30'  du  matin ,  et  le  8  à  5''  du  soir  le  thermomètre  était  monté  jus- 
qu'à +  16".  Le  9,  le  10,  le  11  et  le  12,  la  température  se  maintint 
élevée,  et  dépassa  plusieurs  fois  16  degrés,  le  vent  n'avait  pas  cessé 
d'être  du  S.  et  cependant  le  baromètre  qui,  le  7  à  5  h.  du  soir,  était  à 
755""",  monta  continuellement,  et  le  12  à  midi  il  était  à  766"»™,7. 
Voilà  une  élévation  de  près  de  12  millimètres,  qui  s'opéra  pendant  un 
vent  du  S.  et  pendant  une  élévation  de  température  de  +  4o,5  à 
+ 16  et  même  17  degrés  *. 

Pendant  l'orage  du  18  juillet  1841,  à  Genève  et  dans  les  cantons 
voisins,  le  baromètre  monta  en  peu  d'heures  de  4  à  11  millimètres , 
suivant  les  localités;  pendant  cette  ascension  la  température  s'élevait 
dans  une  proportion  encore  plus  grande  *. 

1 1 .  Enfin ,  voici  des  exemples  de  grandes  dépressions  pendant  une 
température  à  peu  près  constante  : 

Du  22  au  24  décembre  1821,  le  baromètre  tomba  à  Toulouse  de 
30  millimètres;  pendant  ces  deux  jours  le  thermomètre  resta  à  -j-6  et 
8  degrés,  et  ce  ne  fut  que  le  dernier  jour  qu'il  monta  de  1  ou  2  degrés. 
L'hygromètre  au  contraire,  rétrograda  de  17°  vers  la  sécheresse  ^ 
M.  Redfield  cite  l'abaissement  du  baromètre  à  New- York  du  16  fé- 
vrier 1838;  il  descendit  à  739""n,9  pendant  un  froid  de — 5  et  6°  *. 
J.  Prinsep  dit  que  pendant  la  tempête  de  21  mai  1833  à  Sangor,  le 
baromètre  baissa  de  738™™,9  à  668'"™,  tandis  que  le  thermomètre  ne 
varia  que  de  26°,6  à  26ol  °  ;  voilà  une  dépression  de  70™"i,865  par 
une  température  constante  et  sous  une  latitude  (21°)  où  les  perturba- 
tions accidentelles  sont  en  moyenne  de  9  millimètres.  A  Calcutta  la 
dépression  ne  fut  que  de  19  millimètres,  et  Balasore  n'en  ressentit 
rien.  MM.  DeBuch  et  De  Humboldtont  observé  aussi  une  dépression 


'  Extrait  de  mon  registre  d'observations. 

'  M.  Wartmann,  Bull.  Acad.  roy.  Bruxelles,  in-8°,  318. 

»  Marqué-Victor,  Mém.  Accul.  Toulouse,  I,  109. 

*  American  Jour.,  38,  324. 

*  Joum.  ofAsiat.  Soc.  of  Bengal.  1833,  tom.  U,  427. 


14 


SUR  LES  VARIATIONS 


de  22  à  23  millimètres,  sous  un  ciel  serein,  au  milieu  des  Alpes,  sans 
le  moindre  vent,  sans  le  plus  petit  nuage.  M.  De  Buch  ajoute,  que  ni 
le  thermomètre,  ni  l'eudiomètre ,  ni  l'hygromètre,  ni  l'électromètre , 
n'avaient  fait  soupçonner  quelque  chose  de  particulier  *.  A  Copenha- 
gue l'oscillation  mensuelle  du  thermomètre  est  à  peu  près  égale  pour 
tous  les  mois,  elle  est  d'environ  15°.  Cependant,  les  oscillations  acci- 
dentelles du  baromètre  sont  en  moyenne  de  70™™  en  février  et  de  90™'" 
en  juillet. 

Enfin ,  j'ajouterai  le  tableau  de  la  grande  dépression  barométrique 
qui  eut  lieu  le  2  février  1823 ,  sur  toute  la  France  et  quelques  pays 
voisins,  pendant  un  calme  ou  un  vent  à  peine  sensible. 


LOCALITES. 


LOSCITDDE 
de  Paris. 


HEURES 

des 
minima. 


OBSERVATEURS 

CI 

OBSEKTATIONS   DITEBSES. 


Toulouse 

La  Chapelle,  près  de  Dieppe. 

Avignon 

Mais 

Viviers  

Joyeuse 

Paris 

Soleure 

Berne 

Strasbourg 

Genève  

S'-Gall 

Lausanne   

Hospice  du  S'-Bernard   .    . 

Gênes 

Livourne    

Edimbourg 


43»35'40' 

n 

45''57' 

44''8' 

47«29'14" 

44"26' 

48«50i3" 

47"12'32" 

46°47' 

48°34'57" 

46«12' 

47'>25'39" 

46»3r 

45"50'16" 

44"24'18" 

43»32'41" 

55'37'20" 


0''53'47"  0. 

» 

2-28'  E. 
1-22'  E. 
2«20'45"  E. 
0-55'       E. 

0. 
3°12'21"  E. 
5»  6'  E. 
S"24'34"  E. 
3'49'  E. 
7»  2'18"E. 
4°18'  E. 
4"44'30"E. 
6»34'  E. 
7»57'25"  E. 
5»31'  7"0. 


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65 

573,4 

146 

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2491 
114 

88 


762 


755,47 


714,73 
723,25 
715,0 
720,0 


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« 

756,61 

722,35 

» 

» 

716,49 

080,65 

750,68 

715,47 

730 

692,60 

702,74 

670,80 

562,05 

.534,52 

» 

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1» 

tt 

746,20 

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5  h.  mat. 

4h.30'm. 

9h.30'm. 
10h.l5'm. 
10h.40'm. 
12h. 
12h. 

1  h. soir. 
delh.à4s. 

2h.s. 

3  h.  30' s. 

3h.50's. 

0 

4h.30's. 
Le  soir. 


Tcmperalare  extérieure  8"46. 


Nelle  de  Breauté,  temp.  eit.  5* ,5  ;vent  Taiblc 
(lu  S.  par  instant;  nuages  peu  épais. 


Guerin-D'Arguon ,  temp.  ext.  9";  vent  mcd. 
SSE. 


D' Uombres-Firmas. 


Flaugergues,  temp.  cxU  If',6;  le  soir  S'fi. 


54'"'  de  plaie  dans  la  matinée;  à  midi  la 

pluie  cessa,  le  vent  modéré  du  NO-  passa  au 

Si),  et  s'affaiblit. 
Arago,  vent  ESE.;  trouble  et  nuageu:i;  temp. 

ext.  8",9;  les  temp.  exlr.  3,  8  et  »,  8.;  bjgr. 

89  à  9  h.  matin  et  soir  ;  hygr.  99. 


Calme;  ciel  brumeux;  vent  ESE.  (|^ui  passa 
successivement  au  NE.?  au  N.  Au  soir  il  élait 
au  N.NO. 

lierre nschneider*  calme;  ciel  nuageux;  éclair- 
cies. 

Gauthier*  calme;  aans  pluie;  temp  ext.  S'i. 


Calme  ;  ciel  brumeux  ;  quelques  coups  de  v 
dans  la  nuit  suirante. 


Brouillard;  ventSO.  assez  fort  pendant  l'après- 
midi;  temp.  ext.  8*. 

Éclairs  brillants;  le  3,  mer  furieuse  pendant 
le  calme. 


Dans  la  nuit  du  3  au  i,  forts  coups  de  ton- 
nerre. 


Les  3,  3  et  i  février,  il  tomba  plus  de  2  mé- 
trés de  neige;  rafales  du  SE. 


*  Joum.  Phys.  1799,  t.  XLIX,  p.  87. 


BAROMÉTRIQUES.  tS 

Dans  toutes  ces  contrées  la  température  fut  à  peu  près  station- 
naire  et  le  calme  presque  complet  *. 

12.  Pour  peu  que  l'on  suive  les  perturbations  barométriques,  pen- 
dant l'automne  et  l'hiver,  on  remarque  des  élévations  et  des  abaisse- 
ments à  toutes  les  heures ,  par  tous  les  vents ,  à  toutes  les  températures 
et  par  tous  les  aspects  du  ciel.  Il  y  a  des  vents  qui  coïncident,  il  est 
vrai,  plus  souvent  que  d'autres  avec  l'élévation  ou  l'abaissement  du 
mercure;  tels  sont  les  vents  du  N.  ou  ceux  du  S.;  le  baromètre  des- 
cend aussi  plus  souvent  pendant  les  chaleurs,  et  il  remonte  plus  or- 
dinairement pendant  les  froids  prolongés;  mais  l'eflfet  contraire  a  sou- 
vent lieu,  il  prouve  que  la  température  peut  être  une  des  constituantes, 
ou  seulement  coexistante  et  non  la  cause  la  plus  importante  comme  le 
pensait  Ramond,  et  nous  verrons  dans  la  seconde  partie ,  pourquoi  la 
direction  des  vents  joue  un  rôle  dans  les  variations  du  baromètre.  Du 
reste,  l'inspection  du  tableau  suivant  convaincra  mieux  que  tout  ce 
que  nous  pourrions  dire  de  l'erreur  de  ceux  qui  attribuent  au  vent  une 
influence  capable  de  produire  des  perturbations  aussi  étendues  que 
celles  qu'on  observe. 

La  sixième  ligne  donne  la  hauteur  moyenne  de  la  localité;  il  faut 
ajouter  ou  retrancher  à  cette  hauteur  le  nombre  indiqué  à  chaque 
vent. 

«  Voy.  les  tom.  XXII,  XXIII  et  XXIV,  1823,  de  la  Bibl.  univ.  de  Genève. 


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SUR  LES  VARIATIONS 


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BAROMÉTRIQUES. 


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M.  Frédéric  d*Ehreinheim  donne,  dans  le  tableau  suivant',  la 
marche  du  baromètre,  sous  l'influence  des  yents,  à  deux  époques 
éloignées  l'une  de  l'autre. 


De  I73«i  1757,  la  nom- 
bre des  maxima  peO' 
daat  lei 

Le  nombre  des  mt- 
nima  m  éié  de 

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bre dei  maxima  a  ^té 
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15 

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39 

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8 

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11 

12 

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32 

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10 

NO.      >      43 

90 

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Calme                         13 

9 

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En  comparant  les  observations  de  ces  deux  époques ,  on  voit  qu'il  y 
a  une  grande  différence  dans  les  résultats  qu'on  suppose  dus  à  la  di- 
rection des  vents. 

13.  «  Ainsi,  dit  M.  Arago  ^,  tandis  qu'à  Paris  le  vent  du  SO., 
maintient  le  baromètre  notablement  au-dessous  de  la  moyenne,  à 
Marseille,  son  influence  est  positive;  d'autre  part,  le  vent  du  NO., 
qui  fait  notablement  monter  le  baromètre  à  Paris,  est  celui  qui 
produit  le  maximum  d'abaissement  à  Marseille.  »  On  voit  en  outre 
dans  l'avant-dernier  tableau  que  :  «à  Saint-Pétersbourg,  la  direction 
des  vents  n'a  aucune  influence  sur  la  hauteur  barométrique  moyenne; 
le  maximum  a  lieu  pendant  le  calme,  et  tous  les  vents,  de  quelques 
côtés  qu'ils  soufiient ,  dépriment  le  baromètre  \  »  On  voit  aussi  qu'à 

•  Mémoire  de  la  société  royale  djjpsal,  pag.  301.  Longitude  3o°30'.  Latitude  59"50',20. 

*  Annuaire  de  1836,  p.  277. 

«Kupffer,  Observai,  méléor.  faites  à  l'acad.  se.  de  Saint-Pétersbourç,  de  1822  à  1835,  par 
M.  Wisniewsky. 

Ton.  XVIII.  5 


ÎS  SUR  LES  VARIATIONS 

Bade  le  maximum  de  pression  est  pendant  le  SE.,  tandis  qu'à  Vienne 
et  à  Meiddelbourg,  c'est  pendant  le  vent  du  N.  Le  minimum  est  at- 
teint à  Saint-Pétersbourg  pendant  le  vent  du  NO. ,  et  nous  voyons 
qu'à  Vienne  c'est  pendant  le  vent  d'E.  En  1824,  sur  la  côte  Est  de 
l'Ecosse,  au  château  de  Kinfauns,  le  maximum  a  été  atteint  pendant 
un  vent  d'O.  et  le  minimum  pendant  un  vent  d'E.  '.  A  Bossekop 
(  Norwége  69°58'  lat.) ,  ce  sont  les  vents  de  terre  secs  et  froids  de  l'E., 
du  SE.  et  du  S.  qui  dépriment  le  baromètre ,  tandis  que  les  vents 
humides  de  mer  et  pluvieux  du  NE.,  du  N.,  NO.  et  0.,  le  relèvent 
et  le  maintiennent  élevé  ^.  On  trouve  une  marche  analogue  à  la 
Nouvelle- Archangel  d'après  Wrangel  %  et  une  autre  de  même  nature 
à  l'embouchure  de  la  Plata, 

Enfin,  en  prenant  le  plus  grand  écart  qui  a  lieu  à  Berlin ,  on  ne 
trouve  que  8™™,  tandis  que  l'amplitude  moyenne  de  décembre  est 
de  33'n™,84,  plus  de  quatre  fois  ce  que  donnent  les  vents.  Si  nous 
comparons  les  écarts  moyens  à  Saint-Pétersbourg ,  on  voit  que  les 
vents  donnent  5™™,  53,  et  l'on  trouve  dans  les  moyennes  accidentelles 
de  cette  ville  45™'",5  pour  le  mois  de  février.  Dans  ces  comparai- 
sons il  ne  s'agit  encore  que  des  moyennes  mensuelles ,  car  si  nous  te- 
nions compte  des  écarts  entre  les  maxima  et  les  minima  absolus,  nous 
en  trouverions  pour  Saint-Pétersbourg  qui  ont  été  au  delà  de  80"^*". 

Il  faut  donc  renoncer  à  trouver  dans  la  direction  du  vent  la  cause 
des  grandes  perturbations  barométriques,  à  moins  d'y  ajouter  la  cause 
réelle  et  immédiate ,  dont  nous  parlerons  plus  bas,  et  dont  les  vents  ne 
sont  que  le  véhicule. 

14.  Les  faits  contraires  à  la  théorie  des  vents  ascendants  se  présen- 
tent bien  plus  fréquemment  encore ,  en  s'approchant  des  hautes  lati- 
tudes. ((  Le  baromètre,  dit  M.  Martins,  est  au  Spitzberg  dans  un 
mouvement  perpétuel ,  et  sa  marche  est  si  rapide ,  ses  oscillations  sont 

«  Edinh.  Phil.  Jour.,  toin.  Xn,  408, 1825. 

*  La  commission  scientifique  française  envoyée  dans  le  Nord,  voy.  Kœmtz,  trad.  de  M.  Mar- 
tins, p.  289. 
'  Dove,  Schumacher' s  Jahrhuchfiir  \M\,  p.  3H. 


BAROMÉTRIQUES.  If 

si  fréquentes ,  que  le  temps  d'inscrire  une  observation  suffit  souvent 
pour  retrouver  la  colonne  de  mercure  un  millimètre  plus  haut  ou  plus 
bas.  Des  observations  correspondantes ,  faites  quelques  degrés  plus  au 
Sud^  montrent  que  les  oscillations  y  ont  moins  d'amplitude  qu'au 
Spitzberg'.  »  Ainsi,  c'est  dans  les  climats  polaires,  où  règne  la  plus 
basse  température,  que  la  mobilité  du  baromètre  est  la  plus  grande, 
et  cette  mobilité  est  telle,  qu'il  faudrait  que  la  température  changeât 
subitement,  en  une  minute,  dans  une  masse  d'air  considérable,  et 
que  de  vastes  courants  ascendants  ou  descendants  s'établissent  instan- 
tanément, pour  rendre  raison  de  ces  oscillations;  il  faudrait  que  ces 
courants  s'arrêtassent  tout  à  coup ,  pour  reprendre  une  route  opposée , 
s'arrêter  encore  pour  remonter  de  nouveau,  et  ainsi  de  suite,  avec  une 
promptitude  qui  n'appartient  pas  au  déplacement  des  couches  d'air. 
Il  faudrait  aussi  que  ces  courants  si  puissants,  se  limitassent  souvent 
dans  un  cercle  fort  restreint,  comme  les  navigateurs  baleiniers  l'ont 
observé  tant  de  fois,  en  voyant  leurs  conserves  à  quelques  milles  dans 
une  grande  agitation ,  tandis  qu'ils  étaient  dans  un  calme  plat.  Non- 
seulement  les  vents  ne  précèdent  pas  l'abaissement  du  baromètre, 
mais  le  plus  souvent  ils  soufflent  de  tous  les  rumbs  pendant  les  tem- 
pêtes qui  suivent  ces  grandes  dépressions  atmosphériques.  Des  faits  de 
cette  nature  sont  contraires  à  toutes  les  hypothèses  qui  s'appuient  sur 
des  courants  verticaux ,  les  vents  et  sur  la  température  '. 

15.  Dans  la  zone  équatoriale,  les  températures  extrêmes  sont  peu 
éloignées  les  unes  des  autres;  elles  ne  varient  que  d'un  petit  nombre 
de  degrés.  A  Gumana,  par  exemple ,  la  température  moyenne  est  d'en- 
viron 27*^,6;  la  moyenne  du  mois  le  plus  froid  est  de  26<',2  c.  et  celle 

♦  Communication  verbale  de  M.  Martins;  voyez  aussi  la  relation  des  voyages  de  W.  Scoresby 
junior. 

*  Beaucoup  d'auteurs  rejettent  cette  hypothèse,  parce  qu'ils  ont  vu  comme  nous,  qu'il  n'y  a  au- 
cune corrélation  entre  l'abaissement  du  baromètre  et  ces  prétendus  vents  ascendants,  que  ni 
M.  Pietet,  ni  M.  d'Angos,  etc.,  etc.,  n'ont  pu  constater  (voyez  Joum.  Phys.,  1811,  73,  pag.  149). 
Pendant  notre  séjour  sur  le  Faulhorn  en  ISiâ,  nous  n'avons  jamais  pu  ressentir  de  vents  ascen- 
dants pendant  la  descente  du  baromètre,  vents  qu'il  eôt  été  facile  de  constater  par  la  marche  des 
nues  parasites  ou  des  corps  légers  que  nous  abandonnions. 


29  SUR  LES  VARIATIONS 

du  mois  le  plus  chaud  de  29°,1  c.  \  Dans  des  contrées  aussi  constam- 
ment échauffées,  la  dilatation  des  vents  polaires  qui  affluent,  est  per- 
manente, et  l'ascension  peut  s'établir  et  durer,  non  pour  aller  déverser 
leur  masse  d'air  au-dessus  d'une  surface  supposée,  mais  pour  se  ré- 
pandre dans  les  régions  moyennes  de  l'atmosphère.  Poussées  cons- 
tamment à  tergo  par  l'immense  quantité  de  vapeurs  formées  chaque 
jour,  et  par  l'air  dilaté  qui  l'accompagne,  les  couches  ascendantes  de 
l'atmosphère  entre  les  tropiques ,  ne  peuvent  prendre  un  équilibre 
stable.  Lorsqu'elles  se  sont  élevées  dans  des  régions  plus  froides  et  plus 
raréfiées,  elles  perdent  une  portion  de  leur  calorique  libre,  et  le  reste 
devient  calorique  latent  par  leur  dilatation.  Arrivées  dans  des  couches 
d'air  aussi  raréfiées  qu'elles^  ces  masses  d'air  et  de  vapeurs  ne  peuvent 
s'élever  contre  leur  propre  poids  ;  elles  ne  peuvent  s'écouler  que  laté- 
ralement vers  les  zones  tempérées  et  polaires^. 

16.  Par  suite  de  cette  ascension  de  l'atmosphère  tropicale,  la  cou- 
che inférieure  des  zones  tempérées,  moins  pressée  vers  l'équateur  que 
vers  les  pôles,  remplace  aussitôt  le  vide  partiel  que  laisse  le  courant 
ascendant;  le  vent  alizé  qui  en  résulte,  diminuant  la  pression  de  l'at- 
mosphère des  régions  tempérées,  devient  une  première  cause  de  l'abais- 
sement des  couches  supérieures;  mais  la  cause  qui  est  d'abord  la  plus 
puissante ,  c'est  leur  refroidissement  et  la  condensation  des  vapeurs.  La 
portion  la  plus  basse  de  ce  courant  se  confond  peu  à  peu  avec  l'atmos- 
phère inférieure  et  rétrograde  avec  elle  vers  l'équateur. 

En  s'avançant  vers  les  pôles ,  l'aire  vers  laquelle  convergent  tous  les 
courants  tropicaux,  diminuant  comme  le  produit  d'un  grand  cercle 
par  la  différence  des  sinus  des  latitudes  extrêmes,  est  une  grande  et 
puissante  cause  de  la  condensation  des  vapeurs ,  de  l'abaissement  et  de 
la  terminaison  de  ce  courant. 

*  Humboldt,  Voyage  aux  Rég.  équin.,  livr.  X,  chap.  XXVIII. 

*  Halley,  Tr.  Ph.,  n»  d82;  Hadlcy,  idem,  i735,  pag.  38;  Franklin,  des  Météores;  d'Alembert; 
Romrae,  Tableau  des  vents;  Dunbar,  Trans.  Amer.  Pliil.,  6;  Lartigue,  Exposition  du  système  des 
vents;  H.-W.  Dove;  Bert,  Rapport  de  l'assoc.  Britann.,  1837,  vol.  6,  notice,  page  ai.  Voyez  un 
effet  semblable  dans  la  fumée  d'un  feu  de  bruyères,  dans  les  Ann.  of  Philos.,  1817,  tom.  X, 
pag.  16. 


BAROMÉTRIQUES.  U 

17.  Dans  les  climats  tempérés  et  froids,  les  effets  d'ascension  se- 
raient nécessairement  de  courte  durée;  ils  cesseraient  lorsque  la  tem- 
pérature baisse  au  coucher  du  soleil ,  et  ne  pourraient  avoir  lieu  qu'au 
milieu  d'un  calme  général;  cette  cause  faible,  locale,  temporaire, 
ne  pourrait  rendre  compte  des  grandes  dépressions  de  l'automne  et 
de  l'hiver,  à  l'époque  où  la  température  change  peu;  elle  ne  pourrait 
rendre  compte  de  l'abaissement  régulier  du  baromètre  durant  huit 
et  quinze  jours  dans  de  vastes  contrées,  pendant  lesquels  s'opèrent 
souvent  de  grands  changements  dans  la  température. 

Cet  effet  d'ascension ,  de  déversement ,  d'abaissement  successif  et 
du  retour  de  l'air,  ne  s'effectue  pas  comme  le  ferait  un  gaz  sortant  d'un 
récipient;  il  s'exécute  partout  où  la  température  s'accroît ,  s'arrête  ou 
s'abaisse.  Dans  les  basses  latitudes,  la  température  y  étant  plus  haute , 
les  vapeurs  s'élèvent  davantage  avant  de  trouver  la  couche  où  leur 
pesanteur  spécifîque  puisse  y  être  en  équilibre.  Il  en  résulte  que  le 
vent  inférieur  des  alizés,  comme  l'a  très-bien  remarqué  M.  Basil-Hall  ', 
très-vif  sur  les  limites  polaires,  décroît  peu  à  peu  en  s'avançant  vers 
l'équateur,  et  ce  n'est  que  la  plus  faible  quantité  qui  arrive  jusque 
sous  l'influence  perpendiculaire  du  soleil ,  où  régnent  les  calmes  plats 
dans  un  espace  de  plusieurs  degrés  entre  les  deux  alizés.  n.r. 

18.  IVous  avons  dit  que  Ramond($  6)  considérait  l'influence  de  la 
température  bien  supérieure  à  celle  des  vapeurs,  et  qu'il  ne  regardait 
ces  dernières  que  comme  un  complément  local  et  non  comme  la  cause 
des  perturbations  étendues.  Tous  les  physiciens  n'ont  pas  adopté  l'opi- 
nion de  ce  savant  ;  il  en  est  un  bon  nombre  qui  pensent  que  la  pré- 
sence des  vapeurs  constitue  de  soudains  allégements  dans  la  colonne 
atmosphérique,  et  qu'elle  est  la  cause  principale  de  l'abaissement  du 
baromètre.  Nous  ne  pourrions  que  répéter  pour  la  vapeur,  ce  que  nous 
avons  déjà  dit  pour  l'air  chaud,  et  en  effet,  si  on  consulte  les  tables 
d'observations ,  on  voit  combien  l'humidité  de  l'atmosphère  joue  un 
rôle  secondaire  dans  ce  phénomène;  on  voit  le  baromètre  monter  et 

<  Daniell,  Meleor.  esiay.  Ed.  i837,  pag.  480. 


22  SUR  LES  VARIATIONS 

descendre  pendant  des  laps  de  temps  continuellement  humide,  ou 
pendant  lequel  l'hygromètre  et  l'aspect  brumeux  de  l'air  varient  peu. 
Nous  citerons  pour  exemple  l'hiver  de  1841  à  1842;  les  mois  de  no- 
vembre,  décembre  et  janvier  furent  très-humides  à  Paris ,  les  brouil- 
lards régnèrent  presque  sans  discontinuer  ;  les  plus  beaux  jours  n'en 
étaient  pas  exempts,  et  l'hygromètre  a  toujours  été  très-haut  pendant 
ce  laps  de  temps;  le  baromètre  a  oscillé  continuellement,  et  plusieurs 
fois  ses  amplitudes  se  sont  étendues  de  734™™  à  770™™.  Le  18  jan- 
vier 1842,  à  10  heures  30'  du  soir ,  le  baromètre  marquait  769™™,77, 
quoique  l'hygromètre  de  Saussure  indiquât  88  degrés;  tandis  que  le 
14  novembre  précédent,  il  était  à  735™™,2,  et  l'hygromètre  n'indi- 
quait que  80.  Le  commencement  de  décembre  1842,  si  remarquable 
par  ses  épais  brouillards,  eut  une  pression  moyenne  de  765  à  772 
millimètres.  Le  mois  de  décembre  1843  a  été  plus  remarquable  en- 
core; la  moyenne  mensuelle  a  été  de  768™™,07.  Le  14,  à  neuf  heures 
du  soir,  la  pression  monta  à  773™™,62,  tempér.  —  2°,5.  Le  ciel  fut 
constamment  voilé,  ou  par  un  brouillard  d'une  grande  épaisseur  qui 
atteignait  le  sol,  ou  par  un  brouillard  uniforme,  élevé,  dont  on  ne 
pouvait  apprécier  l'épaisseur  ;  les  vents  toujours  très-faibles  ou  nuls, 
soufflèrent  alternativement  pendant  le  mois,  de  tous  les  points  du 
compas,  et  la  température  varia  de  -1-12°,7  c.  à  — 4".  Nous  ne  ci- 
tons ces  faits  que  pour  démontrer  qu'il  n'est  pas  exact  d'attribuer 
l'élévation  du  baromètre  à  la  sécheresse  de  l'air ,  ou  son  abaissement 
à  l'humidité  ;  mais  nous  ne  voulons  en  aucune  manière  inférer  une 
induction  contraire.  La  présence  des  vapeurs  est  une  nécessité  dans 
le  phénomène  général ,  mais  n'en  est  pas  la  cause. 

19.  Du  reste ,  voici  deux  tableaux  que  nous  empruntons  à  M.  Dove; 
ils  contiennent,  l'un  l'élasticité  de  la  vapeur,  l'autre  celle  de  l'air  sec, 
à  différentes  latitudes  et  dans  les  12  mois  de  l'année  ;  en  comparant 
les  pressions  des  mois  et  des  lieux  avec  l'amplitude  des  perturbations 
barométriques  des  différentes  latitudes  et  des  différentes  saisons ,  on 
pourra  remarquer  que ,  non-seulement  la  petitesse  des  oscillations  de 
la  vapeur  ne  répond  pas  à  celles  du  baromètre ,  mais  qu'elles  sont  gé- 


BAROMÉTRIQUES.  ». 

néralement  opposées  l'une  à  l'autre;  que  c'est  dans  les  pays  tropicaux, 
où  la  pression  de  la  vapeur  est  la  plus  grande,  que  les  perturbations 
barométriques  sont  les  plus  petites,  et  qu'il  en  est  de  même  pour  les 
saisons.  C'est  dans  l'automne  et  l'hiver  que  les  plus  grandes  perturba- 
tions barométriques  ont  lieu  dans  nos  climats,  tandis  que  la  quantité 
de  vapeur  a  diminué. 

Dans  le  tableau  suivant,  l'exposant  ajouté  aux  noms  des  localités,  in- 
dique le  nombre  d'années  sur  lequel  la  moyenne  est  fondée. 


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SUR  LES  VARIATIONS 


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Ton.  XVIII. 


96  SUR  LES  VARIATIONS 

20.  Ce  n'est  donc  ni  des  vapeurs  prises  isolément ,  ni  du  degré  de  la 
température ,  que  ressortent  les  perturbations  du  baromètre  qui  ont 
de  la  durée,  et  les  changements  instantanés.  Ces  causes  peuvent  bien 
produire  quelques  oscillations  locales,  mais  non  ces  abaissements,  ou 
ces  élévations  qui  persévèrent  des  journées  entières  et  qui  commencent 
à  toutes  les  heures  du  jour  et  de  la  nuit  '.  «  Si  l'on  compare,  dit 
M.  Frédéric  ^,  la  marche  du  baromètre  à  la  quantité  d'eau  tombée , 
ou  aux  vents,  ou  à  la  température,  on  ne  voit  partout  que  contradic- 
tions. »  Il  dit  ailleurs  :  «  Ayant  comparé  la  marche  des  météores  de 
1770  à  1817  et  de  1817  à  1826,  j'ai  trouvé  qu'à  Upsal  la  moyenne 
barométrique  alla  croissant  dans  la  première  période  et  en  décroissant 
dans  la  seconde.  L'écart  des  oscillations  diminua  dans  la  première  pé- 
riode et  augmenta  dans  la  seconde.  Ce  changement  coïncide  avec  celui 
de  la  déclinaison,  qui  commença  à  cette  époque  à  rétrograder  vers 
l'Est.  ))  Il  suffit  de  jeter  un  coup  d'oeil  sur  les  tableaux  oii  sont  re- 
présentés les  mouvements  du  baromètre ,  de  la  tension  de  la  vapeur 
et  de  son  humidité  relative,  pour  apprécier  le  peu  de  fondement  qu'il 
y  a  dans  les  rapports  qu'on  a  voulu  établir  entre  ces  divers  cas  météo- 
rologiques ^ 

*  Dans  une  lettre  du  cap  de  Bonne-Espérance,  adressée  à  M.  Plana ,  en  date  du  28  décembre  1835, 
sir  John  Herscheldit:  «  L'oscillation  annuelle  est  très-régulière  au  cap,  et  s'élève  à  un  quart  de 
pouce  environ.  Le  maximum  a  lieu  en  juillet,  qui  est  le  mois  le  plus  pluvieux ,  et  le  minimum  en 
janvier,  ou  dans  le  mois  le  plus  sec  et  le  plus  chaud;  ce  qui  présente  un  fait  singulier.  »  [Gazette  du 
Piémont  du  6  avril  1836  et  Bibl.  Univ.,  1836,  t.  II,  p.  143.) 

11  faut  consulter  les  courbes  tracées  par  M.  Hàllstrôm,  dans  le  1. 1"  des  Actes  de  la  Société  scien- 
tifique de  la  Finlande,  l"  cahier.  Il  fait  voir  dans  son  mémoire  sur  quel  vaste  espace  la  pression 
peut  varier  d'une  manière  à  peu  près  identique,  dans  les  mois  où  la  température  varie  le  moins, 
comme  cela  est  arrivé  en  janvier  et  décembre  1784,  en  février  1828,  en  janvier  1835,  etc.  Il  faut 
également  consulter  les  Résumés  que  M.  Quetelet  a  présentés  à  l'académie  royale  de  Bruxelles,  le 
4  février  et  le  4  mars  1843,  sur  le  grand  abaissement  du  baromètre  dans  le  mois  de  janvier  pré- 
cédent. 

A  Paris,  M.  Ârago  vit  le  baromètre  à  726""",2  le  12  à  4''  du  matin  ;  M.  Quetelet  le  vit  à  Bruxelles 
à  724"'"',59  ce  môme  jour  à  8"  du  matin,  et  à  723""",11  le  14  à  10''  du  soir.  Pendant  toute  cette 
tourmente  barométrique,  la  température  n'éprouva  qu'une  très-faible  oscillation. 

2  Mémoire  delà  Soc.  Roy.  d Upsal. 

^  Voyez  les  différents  résumés  de  M.  Quetelet,  dans  les  tomes  VIII,  IX,  X  des  Bulletins  de  t Aca- 
démie royale  de  Bruxelles ,  et  dans  les  divers  tomes  des  mémoires  de  cette  académie.  Nous  citerons 


BAROMÉTRIQUES.  W 

M.  G.  Hiitchison  recoimait,  comme  M.  Frédéric,  qu'aucune  des 
trois  causes  indiquées  ci-dessus ,  la  température  seule ,  l'humidité  seule 
et  les  vents  pris  isolément,  pas  plus  que  leur  réunion,  ne  peut  expli- 
quer le  phénomène  des  oscillations  horaires.  Il  croit  en  avoir  trouvé  la 
cause  véritable,  dans  la  pression  variable  qu'éprouve  l'atmosphère, 
par  les  actions  réunies  ou  séparées  du  mouvement  orbitaire  et  du  mou- 
vement de  rotation  de  la  terre  '.  Cependant  l'auteur  reconnaît  que  le 
renversement  de  signe  vers  le  65*=  degré  est  une  difficulté  insurmon- 
table pour  sa  théorie.  Nous  ajouterons  que  les  perturbations  acciden- 
telles sont  des  difficultés  qu'il  ne  pourrait  pas  plus  vaincre  que  les 
variations  locales. 

21.  Les  physiciens  ont  souvent  été,  et  sont  encore,  en  désaccord 
sur  l'influence  de  la  lune  :  les  uns  reconnaissent  une  marée  atmosphé- 
rique ,  les  autres  ne  l'admettent  pas.  Les  premiers  disent  qu'ils  ne  con- 
çoivent pas  comment  l'attraction  lunaire ,  si  puissante  sur  les  eaux , 
n'aurait  aucune  influence  sur  l'air  ;  comment  l'attraction  lunaire  pour- 

conime  exemple,  celui  que  contient  le  tome  XVIII.  Ce  savant  et  infatigable  secrétaire  perpétuel  a 
donné  les  tableaux  des  observations  faites  au  solstice  d'hiver  1842,  et  à  l'équiuoxe  du  prin- 
temps 1845,  dans  42  localités.  La  pression  atmosphérique  baissa  généralement  à  la  première  épo- 
que pendant  les  36  heures  d'observations  simultanées,  et  elle  éprouva  de  nombreuses  perturbations 
dans  quelques  contrées.  A  l'équinoxe  du  printemps,  les  perturbations  furent  moindres  pour  le 
baromètre;  il  était  donc  curieux  de  mettre  en  présence  l'état  des  autres  phénomènes  pour  saisir 
leur  liaison,  s'il  y  en  avait.  Nous  ne  citerons  que  les  quatre  comparaisons  suivantes,  pour  ne  pas 
trop  allonger  cette  note. 

A  Parme,  l'amplitude  de  l'oscillation  barométrique  an  solstice  fut  de  5™°',64,  celle  du  thermo- 
mètre fut  de  6°,6;à  ré4|uinoxc  du  printemps,  l'oscillation  barométrique  ne  fut  que  de  l'°'°,44,  quoi- 
que la  tem|)érature  variât  de  8°,1. 

A  Bruxelles,  l'oscillation  du  solstice  d'hiver  fut  pour  le  baromètre  de  G'^'iSH,  de  2°,3  pour  la  tem- 
pérature, et  de  l'"'",78  pour  la  pression  des  vapeurs.  A  l'équinoxe  suivant,  ces  trois  oscillations 
furent  de  4"'M1;  IIM;  2""',40. 

A  Varsovie,  l'amplitude  de  ces  oscillations  fut  au  solstice,  12"™,8;  4°,4,  et  2°™;  à  Féquinoxe, 
elle  fut  de  8°"°,46;  13°,9  et  1"'"',30  pour  la  pression  de  la  vapeur. 

Au  Mont  Saint-Bernard,  la  courbe  ne  varia  que  de  1"""  environ  aux  deux  époques,  quoique  la 
température  eût  un  écart  de  7«,8  à  la  1"  époque,  et  seulement  de  2",8  à  la  seconde.  Le  vent  fut 
constamment  N.E.  dans  le  premier  cas,  et  S.O.  dans  le  second. 

*  Association  Britannique,  1843,  séance  du  18  août.  Journ.  Institut.,  1843,  n"  514,  p.  373. 

M.  Calebrooke  dit  aussi  que  la  périodicité  des  oscillations  est  indépendante  de  la  température  et 
des  saisons.  Voyez  le  Mén.  du  Col.  Sykes. 


m  SUR  LES  VARIATIONS 

rait  produire  sur  la  mer  un  ménisque  de  plusieurs  mètres ,  et  ne  pour- 
rait agir  sur  l'atmosphère.  Un  grand  nombre  de  physiciens  pensent 
que  l'atmosphère  a  ses  marées  comme  l'Océan  :  nous  citerons  parmi 
ces  derniers,  d'Alembert  ',  Lambert  ^,  Rich.  Walker  %  Lalande,  etc.  *. 
Des  observateurs  ont  cherché  à  saisir  cette  influence  au  moyen  du 
baromètre  :  Mutis  et  Caldas  %  Lamarck  %  Le  P.  Cotte  ',  Luke  Ho- 
ward %  Flaugergues  %  M.  d'Hombres-Firmas  '°,  M.  Sykes  ",  M.  Lub- 
bock  '%M.  Lefroy,etc.  '%  donnent  des  tableaux  d'observations  où 
l'on  trouve  de  légères  difitérences  entre  les  quadratures  et  les  syzygies. 

M.  Everest  a  montré  par  une  moyenne  de  dix  années,  que  le  ba- 
romètre à  Calcutta  éprouvait  une  notable  dépression ,  quand  la  dé- 
clinaison de  la  lune  dépassait  20",  et  que  les  plus  grandes  dépressions 
barométriques  avaient  lieu,  à  peu  près,  au  moment  de  sa  plus  grande 
déclinaison'*. 

22.  D'autres  auteurs,  et  Laplace  à  leur  tète,  ne  reconnaissent  qu'une 
influence  tellement  minime  sur  la  pression,  qu'elle  leur  parait  négligea- 
ble. Laplace  ne  l'estime  qu'à  un  dix -huitième  de  millimètre  environ  '\ 

Le  silence  du  baromètre  ne  nous  parait  pas  une  preuve  de  la  nul- 

*  Mémoire  sur  les  Vents,  i746. 

■^  Mém.  de  FAcad.  Berlin,  1777,  p.  36. 

5  Phil.  Magaz.,  août  48d2,  et  Bihl.  tiniv.,  d813,  t.  XIII,  p.  510. 

*  Journ.  de  Paris,  germinal  an  VI,  n°  187,  p.  787. 

s  Voyage  de  M.  De  Humboldt,  in-4°,  t.  III ,  pp.  309  et  10. 

8  Journ.  de  Physique,  1798,  t.  XL VI,  pp.  428  et  suiv. 
■>  Journ.  Phys.,  années  1800  et  1801. 

s  Phil.  Magaz.,  1800,  t.  VII,  p.  355. 

9  Biblioth.  Univ.,  1829,  t.  XL,  p.  267. 
*"  Recueil  de  Mém.  et  dOhserv.,  1838. 
"  Phil.  Trans.,  1835,  t.  GXXV,  p.  161. 

'2  Phil.  Magaz.,  juillet  1841,  t.  XIX,  p.  81. 

*5  Journ.  l'Institut,  1843,  n»  471,  p.  4. 

'*  Asiatic  journ.,  mai  1835;  Bibli.  univ.,  1836,  t.  VI,  p.  156. 

'*  Dans  les  13  années  d'observations  de  M.  Wisniewsky,  on  a  pour  les  syzygies  758""',64,  et 
pour  les  quadratures  758""",56. 

Les  marins  ayant  remarqué  que  le  vent  variait  avec  le  changement  de  lune,  on  a  préféré  attri- 
buer cet  effet  aux  grandes  marées  des  syzygies  qu'à  l'attraction  directe  de  la  lune,  dominé  que  l'on 
est  parle  silence  du  baromètre.  (Revue  Scient.,  n°  13,  1841,  t.  IV,  p.  47.) 


BAROMÉTRIQUES.  « 

lité  (l'action  lunaire;  le  ménisque  atmosphérique  est  comme  le  ménis- 
que aqueux,  un  supplément  de  poids  exigé  par  la  diminution  de  la 
gravité.  Ainsi  le  silence  du  baromètre  serait  toujours  complet ,  si  l'é- 
quilibre se  reproduisait  aussi  rapidement  que  l'attraction  de  la  lune 
trouble  la  gravité  locale  de  l'atmosphère.  Si  le  baromètre  accuse  quel- 
que peu  l'influence  lunaire,  c'est  que  l'équilibre  du  ménisque  demande 
un  temps  appréciable  pour  s'effectuer ,  pendant  lequel  il  existe  une 
petite  différence  de  pression.  En  ce  qui  concerne  le  baromètre,  on 
peut  négliger  l'influence  lunaire ,  le  poids  de  l'atmosphère  étant  le 
même ,  avec  ou  sans  ménisque ,  mais  il  n'en  est  pas  ainsi  du  vent,  qui 
peut  être  modifié  par  la  marche  de  ce  ménisque,  comme  nous  le  ver- 
rons dans  un  autre  travail. 


CHAPITRE  II. 


DES  0SCILLA.TI0nS  HORAIRES  ET  ACCIDENTELLES  DU  BAROMETRE. 


23.  Pendant  longtemps  on  n'avait  vu  dans  les  variations  du  baro- 
mètre, qu'une  marche  capricieuse  comme  celle  des  météores  atmos- 
phériques; quoiqu'on  ne  put  lier  la  variété  de  l'une  à  la  variété  de 
l'autre ,  on  les  regardait  comme  solidaires,  et  les  anomalies  étaient  at- 
tribuées à  quelques  phénomènes  intermédiaires  qu'on  n'avait  pu  saisir. 
Il  y  avait  environ  40  ans  que  le  baromètre  était  inventé  et  qu'on  sui- 
vait en  Europe  avec  curiosité  sa  marche  inconstante ,  afin  d'en  décou- 
vrir la  cause,  lorsque  des  observateurs,  résidant  dans  les  pays  inter- 
tropicaux, s'aperçurent  que  les  perturbations  accidentelles ,  si  étendues 
des  zones  tempérées,  étaient  réduites  aux  proportions  les  plus  minimes. 
Ils  s'aperçurent  en  même  temps  qu'il  y  avait  un  autre  mouvement, 
indépendant  des  accidents  atmosphériques ,  dont  la  marche  régulière 
se  reproduisait  chaque  jour  aux  mêmes  heures,  et  dont  aucun  obser- 


80  SUR  LES  VARIATIONS 

valeur  des  zones  tempérées  n'avait  parlé.  II  paraît  que  les  premiers  do- 
cuments écrits  sur  cette  marche  périodique  du  baromètre  datent  de 
1682,  et  sont  dus  à  MM.  Varin,  Deshayes  et  de  Glos  '.  lis  écrivirent 
qu'à  Gorée,  le  baromètre  baissait  chaque  jour  lorsque  le  thermo- 
mètre montait,  et  qu'il  montait  le  soir,  lorsque  le  thermomètre  des- 
cendait. 

24.  Depuis  ces  premiers  aperçus,  un  anonyme  qui  a  habité  Suri- 
nam ',  Bouguer  *,  la  Condamine  %  Godin ,  Thibault  de  Chanvalon  % 
Mutis,  le  Père  Alzate ,  Lamanon  et  Mongès  ^,  Trail,  Farquhar, 
Pearce,  Balfour,  Mosely,  etc.,  ont  constaté  ce  mouvement  périodique. 
Mais  quelque  importantes  que  fussent  ces  observations,  ce  sont  celles 
de  M.  de  Humboldt  qui  firent  entrer  ce  fait  dans  la  science ,  et  qui 
démontrèrent  les  heures  des  retours  et  l'étendue  des  oscillations  entre 
les  tropiques.  Ce  fut  ce  savant  qui ,  appelant  l'attention  de  tous  les 
physiciens,  fit  étendre  ces  recherches  dans  toute  l'Europe,  d'où  res- 
sortit bientôt  un  résultat  nouveau,  celui  du  décroissement  de  l'oscil- 
lation périodique ,  en  s'avançant  vers  les  latitudes  élevées'.  Cet  appel 
de  l'illustre  voyageur  fut  entendu  en  France,  et  Ramond,  ce  savant 
infatigable ,  sut  séparer  dans  notre  pays  les  faibles  oscillations  pério- 
diques des  grandes  perturbations  accidentelles  *.  M.  Arago,  en  rassem- 
blant les  observations  nombreuses  qui  furent  faites  sous  sa  direction  , 
avec  une  persévérante  activité ,  put  indiquer  son  étendue,  sa  durée  et 
ses  heures  de  retour  pour  Paris  ".  Maintenant  ce  fait  ressort  de  tous  les 
tableaux  d'observations  que  l'on  fait  dans  les  divers  observatoires;  les 
principaux  sont  ceux  qui  ont  été  dressés  sous  la  direction  éclairée  de 

*  Mémoires  Acad.  Se.  Paris,  VII,  4S7. 

*  Journ.  littér.  de  La  Haye,  1722,  p.  234. 
'  Figure  de  la  terre ,  p.  39,  1749. 

*  Voy.  à  l'équatcur,  p.  50  et  109,  et  Voyage  à  la  rivière  des  Amazones,  p.  23. 

*  Voyagea  la  Martinique,  15^. 

*  Voyage  de  Lapeyrouse,  1797,  t.  IV,  pp.  2S7-264. 

'  Voyage  aux  Rég.  équin.,  m-i",  t.  UI,  p.  270,  et  Tableaux  phys.  des  Rég.  équin.,  in-4»,  1807. 

*  ô"  Mémoire,  2"  partie,  18M,  iii-4°,  Clermont-Ferrand. 

^  Les  résumés  consignés  dans  les  Annales  de  Chim.  et  de  Physique. 


BAROMETRIQUES.  31 

M.  Quelelet  et  de  l'académie  royale  de  Bruxelles  ',  et  ceux  que  pu- 
blie chaque  année  l'académie  des  sciences  de  S'-Pélersbourg ,  sous  la 
direction  de  M.  Kuppfer  '. 

25.  Il  résulte  de  l'ensemble  des  observations,  qu'il  y  a  dans  un 
même  lieu  deux  sortes  d'oscillations  barométriques ,  l'une  acciden- 
telle, sans  régularité  apparente,  et  l'autre  périodique,  revenant  à 
peu  près  aux  mêmes  heures.  En  suivant  la  marche  de  l'oscillation  pé- 
riodique, soit  directement  entre  les  tropiques,  soit  par  des  moyennes 
dans  les  régions  tempérées^  si  l'on  part  du  maximum  d'élévation  de 
dix  heures  du  matin ,  on  remarque  que  le  baromètre  baisse  jusque  vers 
trois  heures  de  l'après-midi;  qu'il  remonte  ensuite  jusqu'à  dix  heures 
du  soir,  pour  rétrograder  de  nouveau  jusque  vers  trois  ou  quatre 
heures  du  matin ,  d'où  il  se  relève  jusqu'à  son  maximum  de  dix 
heures.  Cette  marche  horaire  se  rapproche  de  celle  de  l'aiguille  ai- 
mantée. 

26.  Il  y  a  donc  deux  maxima  et  deux  minima  dans  l'oscillation  pé- 
riodique; mais  l'instant  précis  de  l'arrivée  de  la  colonne  mercurielle  à 
ces  points  extrêmes,  ainsi  que  leur  temps  d'arrêt,  avant  de  reprendre 
la  marche  inverse,  n'ont  point  une  fixité  absolue.  Il  y  a  au  contraire 
beaucoup  de  variations  suivant  les  lieux,  les  saisons,  l'état  du  ciel 
et  la  latitude.  Par  exemple,  on  trouve  pour  les  saisons  *  : 

1**  Que  le  minimum  du  soir  arrive  une  heure  plus  tard  Tété  que 
l'hiver; 

2°  Que  le  maximum  du  soir  est  atteint  deux  heures  plus  tard  en 
été  qu'en  hiver  ; 

3°  Que  le  minimum  du  matin  arrive  une  heure  plus  tôt  en  été 
qu'en  hiver; 

'  Mém.  de  CAcad.  Roy.  de  Bruxelles. 

*  Annuaires  de  ïAcad.  des  Se.  de  Saint-Pétersbourg.  < 

On  peut  aussi  consulter  les  Mém.  du  P.  Cotte;  Van  Swinden,  /ourn.  Phya.,  1778,  t.  XII,  p. 301  ; 
Chiminello,  Saggi  Scientifici  di  Padova,  1786,  t.  1,  p.  46;  Coutelle,  Descript.  de  r Egypte,  Mém. 
(fHist.  nalur.,  t.  Il,  p.  335;  Duc  la  Chapelle,  Bullel.  des  Se,  an  VII,  n"  %  p.  162;  Hemmer.  Joum. 
Physikde  Gren.,  B.  II,  p.  223,  etc. 

s  KsemU,  Météor..  t.  Il,  p.  269. 


52  SUR  LES  VARIATIONS 

4°  Et  enfin  que  le  maximum  du  matin  devance  en  été  d'une  heure 
et  demie  celui  de  l'hiver  '. 

Quant  à  l'amplitude  de  l'oscillation  horaire  suivant  les  saisons, 
elle  varie  avec  les  localités.  Ainsi  son  maximum^  a  lieu  au  printemps 
à  Abo,  d'après  les  observations  de  M.  Hàllstrôm;  en  été,  à  Padoue, 
d'après  celles  de  Chiminello ,  et  en  automne ,  à  Halle,  d'après 
K8emtz\  ^ 

27.  Relativement  aux  latitudes,  il  y  a  de  nombreuses  variations 
dans  les  heures  d'arrivée  et  de  rétrogradation  du  baromètre  ;  c'est  une 
question  sur  laquelle  nous  reviendrons  plus  bas  ;  nous  dirons  seule- 
ment qu'en  général,  en  s'éloignant  de  l'équateur,  les  heures  des  maxima 
et  des  minima  suivent  à  peu  près  la  marche  des  saisons  froides.  D'a- 
près les  tables  deKsemtz^,  on  voit  que  le  premier  mî'mmMm,  celui  de 
l'après-midi,  arrive  plus  tard  à  Milan  qu'à  Berlin ,  et  que  pour  chaque 
localité  il  arrive  plus  tard  en  été  qu'en  hiver. 

Ainsi ,  en  janvier,  c'est  à  3'"24'  qu'il  existe  à  Milan,  et  à  2''42'  à  Ber- 
lin. En  juillet,  il  est  atteint  à  SMS'  à  Milan  et  à  SMO'  à  Berlin. 

lue  maximum  du  soir  en  janvier  est  atteint  dans  la  première  ville  à 
10''12',  et  à  9''37'  dans  la  seconde.  En  juin,  on  trouve  IPSl'  pour 
l'une  et  10'"57'  pour  l'autre. 

Le  minimum  du  matin  est  en  janvier  à  16''49'  à  Milan  et  à  16''32'  à 
Berlin  ;  en  juillet  c'est  à  14''50'  et  14''54'.  Il  y  a  presque  égalité. 

*  On  trouve  des  différences  fort  notables  à  cette  régularité  dans  certaines  localités  :  à  S'-Louis, 
au  Sénégal,  M.  De  Beaufort  a  trouvé  765,6""°  à  7''  du  matin;  763,1""»  à  midi;  765,8""'  à  4''  du 
soir;  765,2""'  à  S*"  et  763,8"'"'  à  minuit.  La  marche  de  l'hygromètre  de  Saussure,  à  ces  mêmes 
heures,  est  très-remarquable,  50°;  18»;  70°;  90°;  98°  (Herlha,  1825,  n°  3,  p.  143  et  suiv.).  Les 
différences  observées  entre  la  côte  de  Coromandel  et  celle  de  Malabar,  et  celles  observées  par  Hors- 
burgh,  entre  la  marche  du  baromètre  sur  la  côte  et  celle  en  pleine  mer,  doivent  également  être 
rappelées.  (Phil.  Tram.,  1805,  t.  XCV,  p.  177.) 

*  A  Abo,  l'hiver  0,740"'"';  le  printemps  1,073"'"';  l'été  0,965""';  l'automne  0,900"'". 
A  Padoue,  »  0,494"""';  »  0,552"'"';  »  0,575"'"';  »  0,404"'". 
A  Halle,     »      0,438"";              »         0,454"";     »     0,458"";  »         0,517"". 

Kœtntz,  t.  II,  p.  275. 

5  Jûurn.  tlnslilul,  1841,  n"  398,  p.  272. 


BAROMÉTRIQUES.  35 

Le  maximum  du  matin  est  en  janvier  à  21''56'  pour  la  première 
ville ,  et  à  2V37'  pour  la  seconde.  En  juillet  c'est  20'-57'  et  20''40'. 

Enfin  ,  l'oscillation  moyenne  est  en  janvier  de  O^^fid  à  Milan  et 
de  0n"",388  à  Berlin ,  tandis  qu'en  juillet  elle  est  de  0™™,9()4  pour 
l'une  et  0™™,476  pour  l'autre  ;  elle  augmente  de  0"™,219  à  Milan  et 
0«n°»,088  à  Berlin. 

28.  Les  époques  tropicales  sont  : 

Dans  la  zone  équatoriale  ■+■  20*15'  —e'.  -<-  i  0*30'— 16  heures. 
Dans  la  zone  tempérëe      -^ai^SO'— 3*.  -f-  9''30'— 17 

On  voit  que  dans  cette  dernière ,  le  maximum  du  matin  et  le  m,i- 
nimum  du  soir  sont  plus  rapprochés  du  passage  du  soleil  au  mé- 
ridien, tandis  que  c'est  le  contraire  pour  ceux  de  la  nuit;  la  cause  se 
prolonge  plus  tard  dans  la  zone  équatoriale  et  recommence  son  action 
plus  tôt. 

L'oscillation  rétrograde  de  la  nuit,  plus  faible  que  celle  du  jour, 
n'en  a  pas  non  plus  la  généralité  et  disparait  vers  les  moyennes  lati- 
tudes. Dans  les  basses  latitudes,  certaines  localités  ne  paraissent  pas 
la  présenter;  il  en  est  même  qui  donnent  un  signe  contraire.  Nous  trou- 
vons dans  les  observations  de  M.  Russel  à  Boorhanpar  (latit.24o  N.  '  ), 
dans  celles  du  D*^  Royle ,  à  Saharempoor ,  à  325  mètres  d'élévation ,  et 
dans  celles  de  M.  Fray  Juan,  à  la  Vera-Crux,  que  les  moyennes  des 
marées  nocturnes  ont  plus  souvent  le  signe  +  que  le  signe  —  *. 

29.  En  s' avançant  vers  le  Nord,  l'amplitude  du  minimum  An  soir, 
le  seul  qui  reste  vers  le  50^  degré,  diminuant  de  plus  en  plus,  dispa- 
raît enfin  vers  le  65« ,  dans  la  région  même  où  la  pression  générale  est 
à  son  minimum.  A.u  delà  de  cette  région,  la  pression  augmente  pen- 
dant la  journée,  au  lieu  de  baisser,  et  donne  ainsi  le  signe  -f-  à  la 
courbe  qui  avait  le  signe  —  depuis  l'équateur  au  niveau  des  mers  *. 

^PhU'.Tram.,  1828. 

»  Sykes,  P/ii/.  Tram.,  1835,  p.  161  et  suiv. 

»  J.  Forbes,  Trans.  Soc.  Roy.  d Edimbourg ,  vol.  XII,  p.  153  et  suiv. 

Ton.  XYIII.  5 


54 


SUR  LES  VARIATIONS 


TABLEAU  ^    »       -  ^, ., 

Des  différences  moyennes  des  oscillations  extrêmes  horaires  du  soir,  sous 

les  diverses  latitudes  ('). 


lOCAllTES. 


LOKGITDDE. 


HAUT.  MOïEnME 

à  zéro, 
Don  corrigée 

de 
la  pesanteur. 


DIFFERENCES 


DIFPBREnCES 

calculées 

et  ramenées 

au 

niveau 

(le  la  mer. 


DlPFERBnOES 

entre 
les  deux. 


OBSERVATEURS 


GOOHDOXNATEIIRS. 


Port-Famine 

Baie  des  îles  (Nou- 
velle-Zélande). .  .  . 

False  -  Bay  (  Cap  de 
Bonne-Espérance).  . 

Port- Jackson  (Nou- 
velle-Hollande) .  .  . 

Valparaiso  (Chili)  •   . 

Rio-Janeiro  .  .  .  •   • 

Taïti 

L'Océan-Pacifique 

Callao 

Lima 

Payta  

Baie  de  Poste -0/Bces 
(île  Charles,  archi- 
pel des  Galapagos).  . 

Quito 

L'Océan-Pacifique  .  . 

Antisana 

Popayan 

Ibague 

Santa-fe-de-Bogota .   . 

Siera-Leone 

Cumana 

Caracas  

LaGuayra 

Madras 


53"38'         S. 

35*13' 

34"!  1' 

3û«51' 
3ô"02' 
22»54'23" 

ir-io' 

16»  0' 
12»  3' 
12»  2'g4" 
5°  5'30" 

1»14'        S. 

0»14'         S. 

0»  0' 

0  53'        N. 

2"26'18"  N. 

4"27' 

4"36' 

S-SO' 
ICâT'ô"" 
10»30'50" 
10°36' 
13'  4'  9" 


73°15'27"  0. 

171  «50'        E. 

16»  6'        E. 

I48«33'        E. 

74»04'        0. 

45»30'  0"  0. 
151'49'19"  0. 

79°34'30"  0. 
79"27'45"  0. 
83»ô2'28"  0. 

92»33'  0. 
81»  5'50"  0. 


79»  0'  9"  0. 
77°40'  5"  0. 
76"34'  8"  0, 
14  30'24"  0. 
66-30'  0. 
69  13'  0, 
69»17'  0. 
77'36'57"  E. 


0 
5 
9 

6,6 
45 

0 

0 

0 

11,7 
174 

0 

2,3 
2908 
0 
4100 
1772 
1370 
2661 
0 
10,3 
870 
10,6 
0 


750,31 

761,19 

761,60 

760,21 
755,56 
764,95 
761,34 
761,10 
759,76 
741 ,72 
757,96 

759,70 
553,81 
758,31 
470,54 
618,10 
658,70 
561,  0 
754,34 
756,13 
681,94 
759,31 
760,13 


0,34 

1,33 

1,10 

2,12 
1,31 
1,70 
1,64 
1,35 
1,84 
2,71 
2,08 

0,91 
1,48 
1,71 
1,26 
1,92 
1,92 
2,01 
1,53 
1,78 
2,17 
1,89 
1,41 


0,34 

1,30 

1,35 

1,40 
1,38 
1,70 
1,64 
1,53 
1,84 
2,78 
2,08 

2,40 
2,19 
1,71 
2,23 
2,41 
2,27 
2,69 
1,57 
1,80 
2,44 
1,90 
1,81 


mm. 

0,0 


—0,23 

-<-0,25 

—0,72 
-1-0,07 
0,0 
0,0 
0,0 
0,0 
-+-0,07 
0,0 


-4-1,49 
-t-0,71 
0,0 
-(-0,99 
-+-0,49 
-+-1,05 
-+-0,68 
-h0,02 
-1-0,02  I 
-1-0,27 
-1-0,01   i 
-1-0,40  j 


FitKToy. 


Freycioet,  Eschwegc. 

SnnoDoff, 

Schouw,  Berghauss,  Ilor- 
ner. 

Uomboldt. 

Id. 
Duperrey. 


De  Tcssan. 

Humboldt. 

SchouWf  Bergbauss. 

Humboldt. 

Caldas,  Humbolilt. 

Humboldt. 

BoossîDgaolt  et  Kivrro. 

Capitaine  Sabine. 

numboldt. 

Id. 
BoQSSingauIt  et  Itivcra. 
Goldingham. 


(1)  Pour  réduire  l'amplitude  de  roscillation  diurne  duo  lieu  élevé  à  ce  qu'elle  serait  au  niveau  de  la  mer  prolongée  sous  ta  ver- 
ticale du  lieu  d'observation  ,  M .  Kxmtz  donne  la  formule  suivante  : 

D.  L'oscillation  moyenne  au  niveau  de  la  mer,  que  l'on  prend  dans  la  table  de  Schouw,  pour  la  latitude  de  l'observation. 

d.   Oscillation  moyenne  du  lieu  de  l'observation. 

ù.  Difierence  des  hauteurs  moyennes  haromét.  entre  celle  du  lieu  de  l'observation  et  celle  au  niveau  de  la  mer  pour  cette  latitude. 

a,  Coefilcient  tiré  des  observations  faites  à  des  hauteurs  diverses,  =z  0™™,003413, 

D  =  rf  4-  a*. 

Cette  formule  ne  peut  donner  que  des  résultats  incertains  ,  car  si  on  prend  les  maxima  et  les  minima  réels  du  lieu  élevé,  comme 
ces  hauteurs  barométriques  changent  d'heure  avec  l'allilude,  on  compare  des  pressions  qui  ne  correspondent  pas  aux  mômes  lieurcs. 
Si  on  prend  les  hauteurs  aux  mêmes  heures ,  d  n'exprime  plus  la  différence  des  maxima  et  des  minima  réels  ,  mai.s  des  maxima  et 
des  minima  tels  qu'ils  sont  aux  heures  tropiques  au  niveau  de  la  mer.  M.  Uravais  propose  de  mesurer  l'amplitude  moyenne  de  la  varia- 
tion diurne  d'un  lieu  donné,  en  prenant  la  moyenne  des  carrés  des  diffi'rences  entre  les  le<.tures  horaires  variables  et  la  lecture 
moyenne  qui  est  constante  ,  puis  on  égale  cette  amplitude  à  la  racine  carrée  de  cette  moyenne.  La  formule  qui  exprime  l'extinction  de 
l'amplitude  à  mesure  que  l'on  s'élève  devient  ;  t/=:  D  —  0,0007  (760  —  H).  H  étant  la  hauteur  moyenne  sur  la  montagne.  {f^oj\ 
la  noie  de  M.  Martins  dans  la  traduction  de  Kxmtz  ,  page  254  ). 


BAROMÉTRIQUES. 


t» 


LOCillTÉS. 


LORCITODB. 


■ACT.  «tTBRJil 

noDMrrlg^ 

de 
Il  pcMnleur- 


•irriRiaci 


niveau 
de  le  uief' 


Mrrteucn 

leedeui. 


0B8eiiv«Tr.uu 


COOIDOHNATEEK. 


Chittledroog 

Acapulco  (Mexique)  . 

L'Océan-Pacifique  .  . 

Mexico 

Calcutta 

Baie  de  la  Madeleine 
(Ilaste-Californie)  .  . 

Le  Caire 

Peking 

Monterez  (Haute-Ca- 
lifornie)  

Rome 

Padoue  

Milan 

Aoste 

Clermont-Ferrand  .  . 

Coire 

Vivier» 

Bâie 

Munich 

Pari» 

Heidelberg 

Maonbeini 

Cracovie 

Prague 

Francfort-surMein.   . 

Weular 

Lille 

Altenberg 

Bruxelle» 

Arnstad 

Freyberg    

Zittau 

Jëna 

Gotha 

Dunkerque.  .... 

Dresde 

Nertcbinsk 

Halle 

Munster 

Berlin 


14-11'      N 
16  50' 
18'  0' 
19^'45" 
M33'11" 

24«36' 
80"  2'  4" 
52-54' 

56-S6' 

41-54'  6" 

45-24'  0" 

45e27'55" 

45»41'I0"4 

4S''47' 

46-51' 

47»29'14" 

47°23'24" 

48-  8'20' 

48-50' 

49-35' 

4929'13" 

50-4' 

50«5'19" 

50-6'43" 

50-32' 

50'38'44" 

60-45' 

50-60' 

50-50' 

50'65' 

eoer 

60"66'2»" 
50-56'  6" 
51»  2'12" 
51-  5'39" 
51-18' 
51-29'38" 
51-58 
52"53' 


74-  4'86"  E. 
102-  9'        0. 

• 

101-25'30"  0. 
86°  0'  3"  E. 

114-25'        0. 

28"55'12"  E. 

114-61'        E. 

124''13'        0. 

10-  6'50"  E. 
9"32'24' 
6-51'  5" 
4-59'22" 
0-44'57" 
7-16'30" 
2-20'45" 
5'15'30"  E. 
9»14'18"  E. 
0 

fl^l'23"  E. 
6'  7'30"  E. 

17-37'26"  E. 

12-  4'58"  E. 

6-21'  0"  E. 

1»  4'48"0 

n 

2°  l'46"  E. 
8"36  36" 

11-  0"        E. 
12-28'        E. 

0-17'  3"  E. 

8-23'43"  E. 

0"  r23  "  E. 

ll-23'47"  E. 

117-  r     E. 

9-37'30"  E 

5-18'        E 

52-30'16"  E. 


779,6 

2 

0 

2277 

0 

2,50 
40 
■> 

4 

58 

14 
119 
598 
407 
625 

67 
358 
526 

MObwrr. 
S6Poiildcla 
Teuroelle. 

132 

92 
201 
190 
117 
157 

24 
693 

OlMn.  W 

292 
360 
247 
162 
308 
0 
121 
609 
111 
63 

OUenr.  39 


mm. 

695,02 

758,89 

761,0 

583,13 

768,86 

761,09 

757,28 
759,905 

702,50 

S 

756,84 
752,09 
709,00 
727,90 
711,04 
755,47 
738,79 
715,88 
756,61 
756,84 
750,74 
742,38 
743,97 
752,47 
743,75 
759,62 
695,69 
757,06 
734,40 
726,15 
739,91 
749,16 
730,89 
760,43 
744,42 
701,65 
753,45 
754,80 
758,80 


1,05 
2,91 
1,45 
1,59 
1,84 

1,39 
1,54 
2,03 

0,60 

0,98 

0,48 

0,75 

1,66 

0,77 

0,71 

0,84 

0,84 

0,48 

0,55 

0,65 

0,58 

0,30 

0,51 

0,71 

0,39 

0,70 

0,S3 

0,80 

0,67 

0,31 

0,45 

0,54 

0,46 

0,11 

0,47 

0,19 

0,47 

0,43 

0,54 


mm. 

1,80 
1,55 
1,45 
2,20 
1,85 

1,61 
1,53 
1,45 

0,30 

1,00 

0,51 

0,78 

0,664 

0,82 

0,88 

0,86 

0,92 

0,67 

0,56 

0,63 

0,61 

0,36 

0,57 

0,74 

0,45 

0,55 

0,56 

0,81 

0,76 

0,42 

0,52 

0,58 

0,55 

0,55 

0,53 

0,55 

0,50 

0,45 

0,35 


mm. 

-HO,  15 
-1,36 

0,0 
-t-0,61 
-t-0,01 

-4-0,22 
-1-0,01 
—0,58 

-0,20 

-t-0,02 

-H0,05 

-1-0,05 

-t-1,026 

-«-0,05 

-4-0,17 

-♦-0,02 

-4-0,08 

-4-0,19 

-4-0,01 

-0,03 

-4-0,03 

-4-0,06 

+0,06 

-4-0,3 

-4-0,6 

-4-0,15 

-4-0,22 

-4-0,01 

-4-0,09 

-4-0,11 

-4-0,07 

-4-0,04 

-4-0,10 

-4-0,44 

-4-0,00 

-4-0,30 

-4-0,03 

-4-0,02 

-4-0,01 


Kaler. 

De  Tc«Mn. 

DArner,  Scliouw,  ■cff- 
bauu. 

Honboldl. 
Balfoor.  PrloMp. 

De  TctMO. 

Coa  telle. 

GachkevltetK.  An.  St-fé 
tmbourg. 


Del 

Hamboldt. 

CbimloeUo. 

Ramond.Deleros.  ■.Colla 
trouve  7i7— 6». 

Carrel,  de  «on  otwerv.  al- 
titude «15-. 

Ramond. 

Kvmts. 

FlangcrguM. 

K«mU. 

Telia. 

\nigo,  Boorard.  11*  don- 

oenl  76l""75  moy. 
taoïts*  Homboldt. 

Id. 

Id. 

Id. 
Gerling. 
Kamts. 
DeleicDae. 
Kcmti. 
Qaetelct. 
KcmU, 
Id. 

Id. 


Deleteone,  Mém.  tôt.  ad. 
IdUé. 

Knpflèr*  Praïkg  S^. 

Kamls. 

Id. 

Coekc,  du  fol  de  Berlin 
S3*,  Bayer. 


S6 


SUR  LES  VARIATIONS 


LOCALITÉS.'""' 


LATITUDE. 


ALTITUDE. 


HAUT.  HOTENKB 

A  zéro. 
Don  corrigée 

de 
la  pesanteur. 


UIPPéSEKCES 

observées. 


DIFFÉRENCES 

calculées 

et  ramenées 

au 

niveau 

de  la  mer. 


OIFFEIEnCES 

entre 
les  deux. 


OBSERVATEUBS 


COOBDOHNATEnRS. 


Barnaoul. 
Daotzig  . 
Kœnisberg 
Apenrade   .  .  .  . 
Zlaloouste .  .  .  . 

Casan  

Edimbourg  .  .  . 
Catbérinembourg 
S'-Pétersbourg  . 
Christiania.  .  .  . 
Bogolowsk.  .  .  . 

Abo 

Thorshaveo  .  .  . 
Fort-Reliance  .  . 
Port-Bowen  .  .  . 
Magdalena-Bay   . 


.••li-fll?; 


,  53"20' 
54-21' 
54"42'50" 
53°  3' 
5S'>n' 
35»48' 
55»S3' 
56<>50' 
59"o6' 
59'>54'42" 
59«45' 
60O27' 
62°  2'43" 
62»26'29" 
73ol3'39" 
79<>33'44"' 


81»  7'  E, 
16"19'10"  E. 
18°  9'42"  E. 

7°  6'23"  E. 
57»23'  E. 
46°46'        E. 

5»  3'  7"  0. 
58»14'  E. 
27°58'34"  E. 

8°23'  7"  E. 
57»39'  E. 
19«56'45"  E 

9°  6'        E. 

iii»2r     0. 

91»1S'  9"  0. 
8o49'17"5S  E. 


117,6 

3,3 

0 

11 

322 

58 

88 

247,7 

3 

« 

156 

0 

0 
107 

0 

0 


752,96 

739,31 

761,17 

761.039 

731,75 

731,80 

746,90 

758,17 

738,26 

739,683 

744,20 

759,55 

763,96? 

762,212 

760,.39 

751,46? 


mm. 

0,124 
0,29 
0,19 
0,36 
0,36 
0,12 
0,21 
0,36 
0,13 
0,52 
0,20 
0,26 
0,0 
0,0 
-f-0,22 
-+-0,33 


0,460 
0,30 
0,19 
0,37 
0,40 
0,13 
0,26 
0,37 
0,14 
0,32 
0,24 
0,26 
0,14 
0,13 
-f-0,22 
-4-0,35 


-1-0,356 

-1-0,01 

-4-0,0 

-4-0,01 

-4-0,04 

-4-0,01 

-4-0,05 

-4-0,01 

-4-0,1 

0,0 
-1-0,04 

0,0 
-4-0,14 
-4-0,13 

0,0 

0,0 


GeblRP.Prang  1". 

Schubert. 

Kupffer,  Ann.  St-Pélers- 

bourg. 
Neuber- 

NeslerowskytHallimann, 

Kupffer, 
Knorr,  Simonoff. 

Playfair. 

Reinke*  RochkofT. 

Kupffer,  Olkhovsky. 

Esmark. 

Kupffer. 

Hàllstrom. 

CommUs- scientifique  du 
Nord;  i  jours, 

Ross. 

Parry. 

Commiss.  scientifique  du 
Nord;  11  jours. 


Nous  n'avons  pas  intercalé  l'oscillation  de  Bosekop  au  GQ^,6S  de- 
gré de  latitude ,  déduite  des  observations  de  M.  Bravais ,  en  1838 
et  1839,  parce  que  l'irrégularité  de  la  courbe  et  le  retard  des  minima 
démontrent  qu'elle  n'appartient  plus  à  l'oscillation  tropicale,  qui  se 
rapproche  au  contraire  du  Midi,  à  mesure  que  la  latitude  s'élève  '. 
Voyez  figure  14. 

30.  En  représentant  la  dégradation  de  l'oscillation  horaire  par  des 
ordonnées ,  comme  M.  J.  Forbes  l'a  fait  ",  et  la  latitude  par  des  abcis- 
ses ,  on  voit  que  la  courbe  des  ordonnées  traverse  la  ligne  des  abcisses 

*  Voyez  la  note  de  M.  Martins  dans  sa  traduction  de  la  Météorologie  de  Kœmtz,  p.  263. 

Parmi  les  ouvrages  à  consulter,  pour  retrouver  les  documents  de  ce  tableau,  nous  indiquerons 
principalement  les  Voyages  de  M.  de  Humboldt  aux  régions  équinoxiales,  ceux  de  Ross,  de  Du  Petit- 
Thouars,  de  Parry,  celui  de  la  Commission  scientifique  du  Nord,  les  Mémoires  de  t académie  des 
sciences  de  Paris,  ceux  de  ï académie  royale  de  Bruxelles,  les  Mémoires  de  Ramond,  ceux  de  la 
Société  des  sciences  de  Lille,  les  Résumés  de  M.  Arago,  la  Météorologie  de  Kœmtz,  les  Mémoires 
de  Schouw,  Y  Atlas  physique  de  Berghauss,  etc.,  etc. 

2  Transact.  Soc.  Roy.  d Edimbourg,  vol.  XII,  p.  d33  et  suiv.  M.  Coupvent-Desbois  place  ce  ren- 
versement au  62'=  degré,  dans  l'hémisphère  austral. 


BAROMÉTRIQUES.  9K 

vers  le  GS"  dëgrë;  purs,  elle  s'en  éloigne  en  cohlmùant  à  descenctrê 
jusqu'au  79'=33',au  delà  duquel  l'observation  cesse  de  diriger.  Cette 
nouvelle  courbe  présente  beaucoup  d'inégalités,  et  il  faudrait  une 
grande  masse  d'observations  pour  en  tirer  une  moyenne  un  peu 
exacte.  Indépendamment  de  la  dégradation  latitudinale  du  mouve- 
ment horaire ,  il  s'en  produit  encore  une  autre  suivant  les  altitudes 
dont  nous  parlerons  plus  bas. 

31.  L'oscillation  accidentelle  marche  en  sens  inverse  de  l'oscilla- 
tion horaire ,  elle  s'accroît  en  s'éloignant  de  l'équateur,  elle  s'accroît 
non-seulement  dans  l'étendue  de  son  amplitude,  mais  aussi  dans  la 
brusquerie  de  ses  retours.  L'étendue  des  oscillations  accidentelles  du 
baromètre  varie  aussi  avec  les  saisons,  elle  diminue  des  mois  d'hiver 
aux  mois  d'été ,  et  augmente  des  mois  d'été  aux  mois  d'hiver.  L'ampli- 
tude des  perturbations  atmosphériques  ne  s'accroît  pas  d'une  manière 
régulière  avec  la  latitude  ;  l'influence  des  localités  est  considérable ,  et 
il  faut  passer  à  des  hauteurs  très-différentes  pour  retrouver  les  mêmes 
écarts ,  comme  le  démontre  le  tableau  suivant.  Quelles  que  soient  les 
anomalies  que  l'on  rencontre  dans  la  marche  de  ces  perturbations,  il 
en  résulte  que,  jusqu'au  75«  degré  de  latitude  dans  l'été,  l'amplitude 
a  toujours  augmenté,  et  qu'elle  est  à  cette  hauteur  de  40™'",6  de  cha- 
que côté  de  la  moyenne ,  ou  81"™,2  d'un  extrême  à  l'autre  '. 

32.  Les  hautes  latitudes  sont  peu  peuplées  d'observateurs ,  les  rares 
habitants  de  ces  contrées  n'ont  point  trop  de  toute  leur  activité  pour 
combattre  la  rigueur  du  climat;  il  en  résulte  que  le  peu  d'observations 
barométriques  que  nous  possédons,  viennent  des  voyageurs  ou  des  ca- 
pitaines baleiniers  qui  y  vont  dans  l'été.  Peu  de  ces  derniers  y  passent 
l'hiver  pour  attendre  le  printemps  suivant.  Ces  observations  appartien- 

'  Dans  les  Observations  Météorologiques  faites  à  l'acad.  des  se.  de  Saint-Pétersbourg  de  1822 
à  1835,  on  trouve  pendant  les  15  années  d'observations  un  écart  de  8-l°™,24.  Le  3  janvier  1826 
le  baromètre  monU  à  792"»".3,  et  descendit  le  6  février  1825  à  718""",06.  A  Upsal,  M.  Frédéric 
note  deux  époques  qui  diffèrent  de  79""",08,  Mém.  Soc.  Roy.  sci.  dUpsal.  A  Malraanjçer  (Norwège 
60"  lat.)  et  à  Ullensvang  (60°  19')  la  moyenne  des  amplitudes  de  29  ans  est  de  SO^^.oTô,  et  l'écart 
le  plus  grand  a  été  de  TS^.SIS.  Provost  Hertzberg,  Édin\b.  Joum.  Scien.,  Brewster,  n"  13, 
p.  83,  1827. 


58 


SUR  LES  VARIATIONS 


nent  donc  pour  la  plupart  aux  mois  d'été ,  à  l'exception  de  celles  de 
Wil.  Scoresby  '  et  de  celles  de  la  commission  scientifique  envoyée  en 
Islande.  D'après  les  observations  de  Will.  Scoresby,  nous  pensons  que 
cette  amplitude  s'arrêtedans  son  augmentation  etqu'elle  diminue  même 
en  s'approchant  vers  le  pôle.  Dans  l'été,  la  zone  des  plus  grandes  pertur- 
bations est  bien  plus  élevée  en  latitude  que  dans  l'hiver  j  il  paraît  que 
le  80<^  ou  le  82^=  degré  serait  la  limite  extrême  des  grandes  tempêtes 
estivales ,  et  le  60<=  ou  65*=  celle  des  tempêtes  hibernales.  Dans  ces  con- 
trées polaires,  il  règne  des  calmes  plats  pendant  des  mois  entiers,  tan- 
dis que  les  tourmentes  régnent  dans  les  régions  plus  méridionales  ^. 
33.  Voici  un  aperçu  des  lignes  isobarométriques,  telles  que  l'obser- 
vation les  donne.  Berghauss,  ayant  indiqué  dans  son  atlas,  d'où 
nous  tirons  ce  tableau  _,  les  amplitudes  des  oscillations  en  lignes  du  pied 
de  roi ,  nous  pensons  utile  de  conserver  cette  ancienne  mesure;  nous  y 
joignons  leur  valeur  en  millimètres. 

Latitude  où  se  trouvent  les  mêmes  amplitudes  des  perturbations  accidentelles. 


MÉMDIEN 

OSCItlATIONS 

A    l'est 

A  l'ouest 

DE    L'AlLEMAGirE 

DE  LA  SIBÉRIE 

ISOBAROIuéTRIQCES  DE 

de 
L'AMÉRIQUE. 

de 

l'ecrope. 

et  de 
L'ITALIE. 

LA   RUSSIE. 

et  de 

l'ijidostaii. 

2  lignes. 

mm. 

=  4,512 

15033' 

15°  9' 

21-15' 

23«36' 

» 

4'" 

=  9,013 

23  55' 

26  17' 

29  38' 

31  51' 

22'>30' 

6'" 

=13.535 

30  27' 

34    4' 

36  43' 

39   2' 

35  29' 

8'" 

=18,047 

36  14' 

42  14' 

4318' 

45  51' 

46  34' 

10'" 

=22,558 

41  40 

47    8' 

49  48' 

52  43 

57  35' 

12'" 

=27.070 

46  58' 

51    4' 

56  34' 

60    5' 

72  23' 

14'" 

=31,581 

52  21 

57  47' 

64    6' 

68  50' 

» 

iff" 

=36,093 

58    1 

65  22' 

73  48' 

63  38' 

» 

18'" 

=40.603 

64  17 

75  27 

» 

1) 

34.  En  faisant  abstraction  des  anomalies  du  mouvement  horaire 


*  Voyages  aux  Régions  Arctiques,  etc.,  pp.  403-4H. 

*  Consultez  les  Annuaires  de  Saint-Pétersbourg ,  les  Observations  de  Casan ,  etc. 


BAROMÉTRIQUES.  90 

dans  certaines  localités,  et  en  ne  considérant  d'abord  que  la  marche 
périodique,  il  semblerait  au  premier  moment  que  la  régularité  de  l'os- 
cillation barométrique  et  sa  reproduction  aux  mêmes  heures,  indique- 
raient une  dépendance  avec  la  marche  du  soleil  ou  au  moins  avec  les 
effets  que  produit  sa  présence  ;  que  la  connexité  de  ces  phénomènes  est 
une  première  indication  de  la  route  qu'il  faut  aborder,  pour  entrevoir 
l'origine  des  oscillations  barométriques;  ce  fut  la  pensée  de  Laplace. 
Cette  première  idée  ne  peut  durer  longtemps ,  car  on  s'aperçoit  bientôt 
que  cette  connexité  entre  la  marche  du  soleil  et  celle  du  baromètre  ne 
suffit  pas  pourétablir  le  lien  decause  et  d'effet;  qu'il  ne  suffit  pas  qu'il  y 
ait  coexistence  entre  ces  deux  phénomènes,  pour  que  l'un  soit  la  cause 
de  l'autre,  comme  le  démontre  les  perturbations  accidentelles,  qui 
paraissent  à  toutes  les  heures,  par  toutes  les  températures  et  par  tous 
les  états  possibles  d'humidité.  Ce  n'est  donc  que  par  des  intermédiaires 
que  la  marche  du  soleil  est  liée  aux  oscillations  barométriques,  et  non 
par  la  température  ni  par  la  seule  production  de  vapeurs. 

35.  L'élévation  de  la  température  étant  l'effet  le  plus  immédiat  et 
le  plus  régulier  de  la  présence  du  soleil ,  on  crut  avoir  satisfait  aux 
exigences  d'un  phénomène  aussi  complexe,  en  créant  pour  chaque 
jour  des  colonnes  d'air  chaud  s'élançant  dans  l'atmosphère ,  ou  des 
colonnes  d'air  froid  se  précipitant  vers  le  sol ,  aussitôt  qu'il  avait  cessé 
d'envoyer  ses  rayons  échauffants.  Cette  hypothèse  ne  peut  se  soutenir 
en  présence  des  faits  ;  non-seulement  la  plus  grande  amplitude  horaire 
ne  répond  pas  aux  journées  les  plus  chaudes,  mais  elle  ne  peut  s'ap- 
pliquer en  aucune  façon  au  minimum  de  la  nuit;  car  personne  n'ad- 
mettra, je  crois,  la  supposition  deRamond,  que  de  minuit  à  4  heures 
du  matin,  la  température  se  relève  assez  pour  produire  les  colonnes 
ascendantes  dont  il  a  besoin.  Maintenant  qu'on  a  des  observations  plus 
suivies  des  hauts  sommets  et  qu'on  sait  qu'il  y  a  une  nouvelle  dépres- 
sion vers  6  heures  du  matin,  comme  MM.  Ksemtz,  Bravais,  Martins, 
mon  fils  et  moi  l'avons  observée  sur  le  Faulhorn ,  il  faudra  donc  créer 
un  nouveau  courant  ascendant  à  l'heure  la  plus  froide  de  la  nuit. 

La  théorie  des  vents  ascendants  ne  peut  se  soutenir  un  instant  devant 


40  SUR  LES  VARIATIONS 

les  observations ,  comme  elle  ne  peut  se  soutenir  devant  les  expériences. 

36.  M.  Dove  a  voulu  expliquer  les  variations  diurnes  par  de  tout  au- 
tres principes.  En  examinant  séparément  la  tension  de  la  vapeur  d'après 
les  indications  de  l'hygromètre ,  et  retranchant  cette  tension  de  celle 
de  l'atmosphère  échauffée  par  le  passage  diurne  du  soleil ,  il  en  con- 
clut la  tension  de  l'air  sec.  En  traçant  les  courbes  de  ces  deux  tensions 
élastiques,  il  observe,  dit-il,  une  période  de  24  heures  de  telle  façon, 
que  la  tension  élastique  de  la  vapeur  atteint  son  maximum  en  même 
temps  que  la  pression  atmosphérique  est  à  son  minimum,.  11  en  déduit 
que  le  phénomène  des  oscillations  diurnes  est  tout  simplement  un  phé- 
nomène d'interférence  des  deux  courbes,  analogues  aux  marées  des  qua- 
dratures de  la  mer.  Du  reste,  il  admet  aussi  les  courants  ascendants 
produits  par  l'élévation  de  la  température  et  la  production  des  vapeurs  * . 

37.  L'hypothèse  de  M.  Dove  ne  nous  paraît  pas  recevable  pour  plu- 
sieurs raisons;  d'abord,  l'hygromètre  sur  lequel  s'appuie  cet  auteur, 
est  l'instrument  le  plus  limité  de  la  météorologie;  il  n'indique  que 
l'humidité  des  couches  d'air  qui  le  touchent  immédiatement ,  et  encore 
il  n'en  indique  pas  les  quantités  absolues ,  mais  celles  pour  lesquelles 
son  affinité  l'emporte  sur  celle  de  l'air,  à  une  température  donnée. 
Les  indications  de  cet  instrument  n'ayant  de  valeur  que  pour  les  cou- 
ches inférieures ,  au  milieu  desquelles  il  est  plongé,  on  ne  peut  les  ap- 
pliquer à  aucune  épaisseur  de  l'atmosphère,  dont  rien  n'indique  la 
similitude  d'humidité,  pour  en  déduire  ensuite  une  pression  plus  ou 
moins  grande.  En  outre,  cette  hypothèse  exigerait  trois  causes  dis- 
tinctes pour  l'explication  de  trois  faits  semblables  ,  ne  différant  entre 
eux  que  par  l'époque  et  par  la  latitude.  En  admettant  que  les  interfé- 
rences des  tensions  aqueuse  et  aérienne  puissent ,  contre  l'évidence, 
produire  les  oscillations  horaires ,  il  en  faudra  une  autre  pour  les  oscil- 
lations accidentelles,  qui  ne  suivent  ni  la  marche  delà  température, 
ni  celle  de  l'hygromètre.  Enfin,  il  en  faudra  une  troisième  pour  les 
différences  de  pression  suivant  la  latitude,  et  changer  la  marche  de  ces 

*  Journ.  de  t Institut,  18-42,  n°  420,  p.  15. 


BAROMÉTRIQUES.  41 

interférences  pour  les  hautes  montagnes;  c'est  trop  de  causes  pour  des 
phénomènes  semblables,  qui  ne  diirèrent  que  par  le  temps  ou  l'espace. 
Nous  pourrions  encore  opposer  à  cette  hypothèse  la  faiblesse  de  l'in- 
fluence de  l'humidité,  décroissant  dans  une  progression  géométrique  ', 
si  une  autre  cause  beaucoup  plus  puissante  ne  venait  se  joindre  à  la 
présence  des  vapeurs  dans  l'atmosphère.  Du  reste,  l'inspection  seule 
du  tableau  de  M.  Dove,  que  nous  avons  reproduit  ^19,  suffit  pour 
constater  que  les  faibles  différences  de  pression  que  produirait  l'inter- 
férence de  ces  deux  causes,  ne  peuvent  rendre  compte  des  grandes 
perturbations  accidentelles. 

CnAPITRE  III. 

DES  VARIA.TIONS  DE  LA  PRESSION  SDIVART  LA  LATITUDE. 


38.  La  différence  de  pression  suivant  la  latitude  a  paru  tellement 
extraordinaire ,  que  des  auteurs  d'un  mérite  reconnu  l'ont  d'abord 
contestée  et  l'ont  attribuée  aux  discordances  des  baromètres.  Dans  un 
travail  fort  remarquable ,  M.  Schouw  ^  a  coordonné  un  grand  nombre 
d'observations  sur  la  pression  atmosphérique  au  niveau  des  mers  ;  il 
les  a  discutées,  il  les  a  corrigées  autant  que  possible  des  hauteurs,  de 
la  température  et  des  causes  accidentelles  :  de  ce  travail  consciencieux 
il  est  résulté  la  certitude  qu'il  y  a  une  différence  fort  notable  dans 
la  pression  au  niveau  de  la  mer,  le  long  d'un  même  méridien,  et  que 
cette  pression  présente  même  des  anomalies  dans  un  parallèle  à  l'é- 
quateur ,  suivant  les  observations  de  M.  Ermann.  Ce  fait ,  jugé  par  les 
seules  lois  de  l'hydrostatique,  n'est  pas  compréhensible;  on  ne  peut 
admettre  que  la  surface  des  eaux  ait  ses  collines  et  ses  vallées,  comme 
la  croûte  solide  du  globe,  et  que  des  localités  peu  distantes  les  unes 
des  autres  aient  des  hauteurs  différentes. 

'  Bravais ,  journ.  [Institut,  1842,  n»  453,  p. 310. 

*  Ann.  Poygend.,  t.  XXVI,  pp.  395-445,  Ann.  ch.phys.,  t.  LUI,  p.  1 13. 

ToM.  XVIII.  6 


42 


SUR  LES  VARIATIONS 


39.  La  coordination  qui  donne  ce  résultat,  provenant  d'observations 
faites  avec  des  baromètres  qui  n'ont  pas  été  comparés  pour  la  plupart, 
il  règne  des  incertitudes  pour  un  certain  nombre  d'entre  elles  ;  cepen- 
dant ,  quelles  que  soient  ces  incertitudes,  lorsqu'on  examine  les  ta- 
bleaux qu'en  ont  faits  MM.  Schouw,  Moreau  de  Jonnès  ',  Keemtz  ^, 
sir  John  Herschel  ^,  Ermann  %  etc.,  on  trouve  que  la  pression  at- 
mosphérique augmente  irrégulièrement  de  l'équateur  jusque  vers  le 
33™^  degré  de  latitude;  qu'elle  diminue  ensuite  quelque  peu  et  oscille 
dans  des  nombres  rapprochés  jusqu'au  45'"'^  degré;  puis,  la  diminu- 
tion reprend  sa  marche  un  peu  plus  décidée  jusqu'au  60™''  degré,  et 
s'accélère  enfin  jusqu'au  64™®,  où  elle  paraît  s'arrêter  pour  remonter 
ensuite ,  probablement  jusqu'au  pôle ,  sans  interruption. 

40.  En  réduisant  toutes  les  pressions  à  zéro  et  au  niveau  de  la  mer, 
M.  Schouw  a  formé  le  tableau  suivant  avec  les  moyennes  provisoires 
qu'il  a  obtenues;  M.  Berghauss  les  a  depuis  corrigées  de  la  pesanteur 
en  partant  du  parallèle  entre  l'équateur  et  le  pôle  ^ 


1                                                                               il 

LATITUDES. 

HAUTEURS    MOYEi\>ES 

du  baromètre,  réduites  à  zéro  et  au  niveau  delà  mer.  1 

non-corhigécs 

de 

LA   PESAHTBCIt. 

CORHIGÉES 

delà 

PESANTEUR. 

0" 

mm. 

700,215 
761,553 
763,599 
764,723 
762,471 
762,243 

mm. 

758,232 
739,493 
762,087 
763.734 
762,132 
762,267 

10 

20 

ÔO 

40  .  .                         

4o 

50 

700,215 
760,305 
756,831 
751,191 
733,447 
756.831 

760,553 
760,982 
757,801 
732,309 
734,933 
738.323 

55 

co 

65 

70 

75      

'  Histoirephys.  des  Antilles,  1822, 1. 1,  pp.  106,  406  etsuiv. 

'  Météorologie,  t.  II,  p.  292. 

'  Bibl.  Univ.,  1836,  n»  5,  t.  II,  145. 

'  Compte  rendu,  Ac.  se.,  1842,  t.  XV,  p.  214. 

*  Atlas  de  géographie  physique ,  texte  p.  58. 


BAROMÉTRIQUES. 


45 


Les  observations  manquent  au  delà  du  75"^  degré,  mais  il  est  na- 
turel de  penser  qu'il  ne  survient  pas  de  nouvelles  causes  de  perturba- 
tions entre  cette  latitude  et  le  p6^e ,  qui  puissent  en  changer  le  signe. 
La  pression  doit  augmenter  par  l'abaissement  continu  de  la  tempéra- 
ture, la  diminution  des  vapeurs  et  les  faibles  changements  que  doit 
subir  l'atmosphère.  La  courbe  que  M.  J.  Forbes  en  a  tracée  dans  son 
mémoire  exprime  bien  les  indications  de  ce  tableau  '. 

41 .  Lorsque  l'on  compare  la  hauteur  barométrique  avec  la  marche 
des  alizés,  on  voit  que  la  moindre  pression  n'est  pas  à  l'équateur 
même,  mais  dans  la  zone  intermédiaire  des  deux  alizés,  et  qu'elle 
varie  avec  elle  ;  elle  monte  par  les  alizés  et  atteint  hors  de  ceux-ci  une 
hauteur  considérable.  Voici  un  nouveau  tableau  que  donne  M.  Schouw 
d'après  Spencer  ^. 


1 

LATITUDES. 

ÉPOQUES. 

BARCMÉTRE 

corrigé. 

\ 

De  18°  à  94  jmérid.  bon  des  alizés  .  .  . 

1  au   6  décemb. 

700,967 

2<>  sept.  — 18«  mérid.,  alizé  Sud-Est   .  . 

7  au  13      •> 

758,400 

4  à  5<>  boréale .  entre  les  deux  alizés  .  .  . 

14au15      • 

755.883 
758,400 
763,737 

Du  17*  au  34 1  boréale,  hors  des  alizés.  . 

16  au  19 
30  au  93      " 

Du  20  au  28»  boréale ,  hors  des  alizés  .   , 

94  au  26      » 

7C7,  55 

,_i:_ii    _       ..' 

Quelles  que  soient  les  erreurs  partielles  qu'on  ait  pu  commettre 
dans  la  formation  de  ces  tableaux,  l'ensemble  de  ces  observations  in- 
dique avec  certitude  une  marche  croissante  et  décroissante  des  pres- 
sions le  long  d'un  méridien,  marche  qui  n'est  nullement  en  rapport 
avec  les  effets  ordinaires  de  la  température  et  du  vent. 

42.  Les  observations  que  M.  A.  Ermann  '  a  rassemblées  sur  les  pa- 


'  M.  Coupvent-Desbois  a  trouvé  au  niveau  de  la  mer,  aux  environs  du  Cap  Horn ,  une  moyenne 
de  740""". 
*  Daniel!,  Météor.  essays,  etc.,  p.  348. 
'  Poggendorff,  Annal.,  l.  XXllI,  pp.  154  et  suiv. 


44  SUR  LES  VARIATIONS 

• 

rallèles  à  l'équateur,  dénotent  d'assez  grandes  diiférences  dans  la  pres- 
sion de  l'atmosphère  sous  les  mêmes  latitudes.  Ces  différences  prouvent 
combien  l'influence  de  l'exposition  et  des  causes  locales  est  considé- 
rable dans  ce  phénomène.  Ces  différences,  il  est  vrai,  se  rapportent 
aux  localités  dont  les  unes  sont  au  centre  des  continents,  dans  des 
contrées  ai'ides  ou  élevées ,  ramenées  par  le  calcul  au  niveau  de  la  mer, 
tandis  que  les  autres  sont  au  milieu  des  mers,  ou  près  d'elles.  Enfin ,  il 
a  trouvé  que  la  pression  à  latitude  égale ,  était  de  3'"'",50  plus  forte 
sur  l'Océan  Atlantique  que  dans  la  Mer  Pacifique  '.  En  réunissant  les 
documents  les  plus  certains ,  on  a  formé  des  lignes  isobarométriques , 
comme  on  a  formé  des  lignes  isothermes.  Les  indications  de  ces  deux 
ordres  de  phénomènes  peuvent  être  représentées  par  deux  courbes, 
dont  l'une  indiquerait  la  température  ou  la  pression  moyenne  des 
localités,  et  l'autre  la  même  amplitude  dans  les  degrés  extrêmes  de 
leurs  perturbations  thermiques  ou  barométriques  ;  la  courbe  qui  re- 
présente l'égalité  de  la  température  ou  de  pression  doit  conserver  le 
nom  de  courbe  ou  ligne  isotherme ,  ou  de  courbe  ou  ligne  isoharo- 
métrique  :  pour  la  ligne  qui  représente  l'égale  amplitude  dans  l'é- 
cartement  des  points  extrêmes,  je  propose  de  la  nommer  isodiastase 
thermique  et  isodiastase  barométrique  '. 

CHAPITRE  IV. 

DES     VARIATIONS    BANS    LA    PRESSION     ATMOSPHERIQUE    VERS    LA    REGION    DES 
NEIGES    PERPÉTUELLES    ET    DANS    LES    HAUTES    LATITUDES. 


43.  Jusqu'à  présent  on  n'a  pas  considéré  la  marche  du  baromètre 
sur  les  hauts  sommets ,  ni  sous  des  latitudes  élevées,  comme  formant 
une  courbe  séparée  et  distincte  de  celle  des  plaines;  on  a  cherché  au 

'  Comptes  rendus  de  l'Acad.  se,  t.  XV,  p.  214. 

2  De  Aix<rrx<7ii,  intervalle,  séparation.  L'tidjecût  est  isodiastatique. 


BAROMÉTRIQUES.  4Ki 

contraire  à  la  ramener  à  une  norme  commune,  à  celle  que  nous  offre 
l'oscillation  régulière  des  couches  inférieures  de  l'atmosphère ,  et  on 
s'est  contenté  de  regarder  comme  des  anomalies  les  inflexions  diffé- 
rentes qu'on  apercevait.  Cependant,  dans  le  cahier  de  décembre  1833, 
du  Journal  de  la  Société  asiatique  du  Bengale,  page  615,  on  trouve 
un  extrait  fort  intéressant  des  observations  faites  par  le  capitaine 
Patrick  Gérard  ,  pendant  un  séjour  de  deux  ans,  1819  et  1820,  dans 
les  montagnes  de  l'Himalaya,  dans  lequel  on  trouve  l'idée  d'une  courbe 
différente  pour  les  altitudes  considérables.  L'auteur  de  l'extrait,  que 
je  crois  être  l'éditeur  de  ce  journal,  James  Prinsep ,  déduit  des  obser- 
vations du  capitaine  Gérard,  que  l'amplitude  de  l'oscillation  diurne 
diminue  en  s'élevant ,  qu'on  peut  arriver  à  une  hauteur  où  elle  est 
nulle,  et  qu'au  delà  l'oscillation  diurne  prend  un  signe  contraire, 
c'est-à-dire,  que  le  baromètre  monte  de  10  h.  du  matin  à  4  h.  après 
midi ,  au  lieu  de  descendre.  Il  espère  trouver  ce  résultat  dans  les  pa- 
piers mêmes  du  capitaine  Gérard,  ou  dans  ceux  de  son  frère,  qui  s'est 
élevé  à  5,181  mètres ,  le  baromètre  à  la  main. 

44.  La  différence  des  courbes  barométriques  des  hautes  cimes  me 
frappa  vivement  lors  du  séjour  que  nous  fîmes ,  mon  fils  et  moi ,  vers 
la  fin  de  juillet  et  au  commencement  d'août  1842,  sur  la  monta- 
gne du  Faulhorn.  Dès  le  troisième  jour,  il  me  parut  évident  que  la 
pression  atmosphérique  à  cette  hauteur  avait  une  marche  particulière, 
opposée  à  celle  de  la  plaine,  que  ni  la  grêle ,  ni  la  neige ,  ni  les  vents , 
ni  les  orages  que  nous  avons  éprouvés  pendant  les  journées  des  27,  28, 
29,  30  et  31  juillet  1842,  n'avaient  pu  masquer.  Les  observations 
ultérieures  vinrent  confirmer  ce  premier  aperçu,  et  la  différence  des 
courbes  ressortit  mieux  encore ,  lorsque  je  pus  comparer  la  marche 
du  baromètre  observé  simultanément  à  Brientz  et  sur  le  Faulhorn. 

45.  Ce  fait  une  fois  bien  constaté,  et  il  l'était  déjà  par  les  observa- 
tions antérieures  de  MM.  Gérard ,  Prinsep ,  Kœmtz ,  Forbes,  Bravais 
et  Martins  ,  si  les  principes  qui  m'avaient  dirigé  dans  la  recherche  des 
autres  oscillations  étaient  justes ,  ils  devaient  également  me  mettre  sur 
la  voie  de  cette  nouvelle  variété  de  la  pression  atmosphérique;  ils  de- 


46  SUR  LES  VARIATIONS 

valent  surtout  rendre  compte  des  énormes  perturbations  de  la  zone 
polaire ,  tout  en  conservant  leur  analogie  avec  les  perturbations  moins 
pétulantes  des  cimes  glacées.  Ces  principes  ne  me  faillirent  pas,  et  leur 
application  fut  si  facile  à  saisir,  qu'ils  me  permirent  de  prévoir  les 
phénomènes  futurs  et  le  genre  d'altération  qu'ils  devaient  subir.  Je 
ne  puis  douter  que  cette  nouvelle  courbe  ne  soit  confirmée  par  les 
observations  ultérieures. 

46.  Les  observations  qui  indiquent  cette  troisième  courbe  dans  la 
pression  atmosphérique,  sont  trop  peu  nombreuses  pour  espérer 
qu'elle  puisse  être  tracée  actuellement  avec  l'approximation  de  l'os- 
cillation horaire  des  plaines  ;  aussi  est-ce  comme  essai  que  nous  en 
indiquons  les  limites ,  en  laissant  aux  observations  ultérieures  le  soin 
de  nous  rectifier.  Quoiqu'il  y  ait  dans  la  marche  de  la  pression  au- 
dessus  des  cimes  élevées  et  dans  celle  des  hautes  latitudes ,  une  ana- 
logie réelle,  dépendant  du  même  principe,  cependant  les  causes 
secondaires  sont  tellement  puissantes,  au  delà  du  cercle  polaire ,  qu'il 
est  nécessaire  de  les  considérer  séparément  pour  mieux  apprécier  et 
leurs  ressemblances  et  leurs  différences ,  et  faire  ainsi  la  part  de  chaque 
météorologie. 

47.  La  plupart  des  observateurs  qui  gravissent  les  hautes  montagnes 
isolées,  et  principalement  ceux  qui  les  gravissent  jusque  sur  leurs 
crêtes,  n'y  séjournent  pas  assez  longtemps  pour  en  rapporter  des  ob- 
servations propres  à  la  solution  de  la  question  qui  nous  occupe  ;  après 
un  repos  de  quelques  heures ,  ces  voyageurs  rentrent  dans  les  régions 
inférieures,  où  il  y  a  des  abris  et  des  moyens  de  s'y  nourrir.  Ces  courts 
passages  ne  peuvent  faire  connaître  les  variations  que  subit  la  pression 
atmosphérique;  ils  ne  sont  propres  qu'à  déterminer  l'altitude  de  ces 
cimes  et  quelques  phénomènes  locaux.  Ainsi,  de  Saussure,  qui  a  sou- 
vent gravide  hautes  montagnes ,  n'a  pas  fait  de  séjour  assez  prolongé 
sur  des  crêtes  tout  à  fait  isolées  ;  lorsqu'il  a  atteint  ces  dernières ,  il 
n'y  est  resté  que  quelques  instants ,  pour  en  redescendre  aussitôt.  Le 
séjour  qu'il  a  fait  au  Col  du  Géant  est  le  seul  qui  soit  de  quelque 
utilité  pour  cette  question.  Il  en  est  de  même  de  Deluc ,  de  Ramond  et 


BAROMÉTRIQUES.  41$ 

des  autres  voyageurs;  ils  n'ont  pu  recueillir  rien  de  bien  défini  sur 
cette  courbe,  atteignant  rarement  les  cimes  isolées  et  les  limites  des 
neiges  perpétuelles,  oii  ils  ne  restaient  qu'une  heure  ou  deux. 

48.  M.  d'Aubuisson ,  dans  un  beau  et  consciencieux  travail  qu'il  a 
publié  en  1810  ,  a  rassemblé  quelques  documents  utiles  en  comparant 
la  marche  des  baromètres  entre  Turin  et  le  couvent  du  S*-Bernard ,  du 
23  juillet  au  15  août  1809.  Il  a  trouvé  qu'à  Turin  le  baromètre  réduit 
à  zéro  étant  : 

\   »  B.   DU   lUTIM,  *    MIDI,  A    1   H.    DU   SOIR, 

h    735""».87  IZo'^'^Jd  TSi^-'.O? 

il  était  au  S'-Bcmard  à    SGG^^.ST  566°"°,88  566""",93. 

La  température  était  dans  la  première  ville  : 

à  21°,56  26°,2  26M 

au  couvent  elle  éuit  à    7°,5  9»,6  i  r  9>,1.. 

Ainsi  pendant  qu'à  Turin  Toscillation  horaire  s'exécutait ,  l'ascen- 
sion était  croissante  au  couvent  du  S*-Bernard ,  depuis  8  h.  du  matin 
jusqu'à  4  h.  de  l'après-midi. 

49.  Dans  les  basses  latitudes,  on  trouve  des  villes,  comme  Potosi,  à 
des  hauteurs  considérables  (4166  mètres),  on  trouve  même  une  habita- 
lion  pendant  l'été  jusqu'à  4792  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer, 
c'est  la  maison  de  poste  d'Ancomarca  ;  mais  près  de  l'équateur,  la  tem- 
pérature est  si  élevée  et  si  régulière  dans  son  ascension,  que  les  vapeurs 
des  plaines  montent  facilement  et  portent  très-haut  leur  météorologie. 
Il  faut  donc  s'élever  considérablement  dans  cette  région  ^  avant  de 
trouver  le  même  produit  d'altitude  que  dans  nos  régions  tempérées  ; 
ainsi  à  Quito ,  à  2908  mètres ,  la  courbe  n'est  point  encore  fixe  dans  sa 
nouvelle  direction ,  elle  varie  beaucoup  d'un  jour  à  l'autre,  tantôt  le 
minimum  du  soir  répond  à  celui  des  plaines,  tantôt  il  s'en  éloigne  et 
même  il  est  remplacé  par  un  accroissement  de  pression  j  il  en  est  de 


tô  SUR  LES  VARIATIONS 

même  de  celui  de  la  nuit.  Ce  dernier  semble  même  s'accroître  à  Santa- 
fé-de-Bogata ,  tandis  qu'il  s'affaiblit  sur  le  plateau  de  Mexico.        sm 

50.  Il  ne  faut  pas  non  plus  comparer  la  météorologie  d'un  large 
plateau  élevé  avec  celle  d'une  crête  isolée  ;  la  haute  température  qu'ac- 
quiert le  premier  le  fait  rentrer,  sous  ce  rapport,  dans  la  ligne  des  plai- 
nes, et  il  ne  conserve  son  analogie  avec  les  secondes  que  dans  ce  qui 
est  dépendant  de  la  raréfaction  de  l'air;  ce  n'est  donc  pas  d'après  la 
hauteur  réelle  qu'il  faut  étudier  ce  phénomène ,  mais  d'après  la  proxi- 
mité des  neiges  perpétuelles  et  la  topographie  du  lieu.  Ce  n'est  même 
qu'au  delà  de  cette  limite  que  la  courbe  spéciale  aux  crêtes  isolées  se 
dessine  nettement  et  offre  un  caractère  tout  spécial  :  au-dessous  de 
cette  limite  la  pression  varie  beaucoup ,  et  prend  tantôt  le  caractère 
des  plaines ,  tantôt  celui  des  régions  neigeuses,  suivant  Tétat  du  ciel 
et  la  température.  Près  de  l'équateur,  la  limite  des  neiges  perpétuelles 
étant  à  4800  mètres,  c'est  donc  à  cette  hauteur  au  moins  qu'il  fau- 
drait résider  quelque  temps,  pour  répondre  à  une  hauteur  de  2500 
mètres  dans  les  Alpes  suisses. 

51 .  La  plupart  des  observations  de  ce  genre  ayant  lieu  très-près  de 
la  limite  des  neiges  perpétuelles ,  dans  les  couches  qui  reçoivent  tantôt 
plus  ,  tantôt  moins  les  vapeurs  des  plaines ,  elles  offrent  alors  une 
grande  variété  de  courbes  difficiles  à  analyser.  Le  moyen  le  plus  simple 
que  nous  employons  pour  séparer  ce  qui  appartient  aux  influences 
locales ,  de  ce  qui  provient  des  causes  accidentelles  et  passagères , 
c'est  de  tracer  une  ligne  droite  sur  la  courbe  de  midi  à  midi,  ou  de 
minuit  à  minuit,  et  de  ne  juger  des  inflexions  que  d'après  cette  ligne 
ou  des  lignes  parallèles  qu'on  peut  tirer  au-dessus  et  au-dessous.  L'in- 
clinaison de  cette  ligne  répondant  à  la  marche  croissante  ou  décrois- 
sante des  causes  perturbatrices,  laisse  presque  toujours  apercevoir 
l'influence  du  lieu  de  l'observation  dans  les  oscillations  de  la  courbe. 
Nous  prendrons  pour  exemple  la  pression  atmosphérique  du  Faulhorn 
du  4  août  astronomique  1842.  Le  mouvement  ascensionnel  de  cette 
journée  étant  considérable,  il  voile  la  marche  normale,  si  on  regarde 
la  courbe  telle  qu'elle  se  présente  sur  le  papier  tenu  droit  ;  mais  en 


BAROMÉTRIQUES.  49 

traçant  une  ligne  droite  de  0  h.  à  0  h.,  on  retrouve  la  marche  ascen- 
sionnelle de  l'après-midi  et  le  minimum  de  18  h.  '.  Au  delà  du  cercle 
polaire,  les  perturbations  sont  si  grandes  et  si  brusques,  que  ce  moyen 
est  très-souvent  insuffisant,  et  l'on  ne  peut  séparer  les  influences  nor- 
males décolles  qui  sont  accidentelles. 

52.  Parmi  le  petit  nombre  d'observateurs  qui  ont  fait  un  séjour  pro- 
longé dans  la  région  des  neiges  perpétuelles  ou  sur  sa  limite,  nous  de- 
vons citer  d'abord  M.  Ksemtz  qui  a  séjourné  deux  fois  sur  leFauIhorn, 
chacune  pendant  un  mois  environ;  ensuite  M.  Forbesen  1832;  puis  en 
1841  MM.  Bravais  et  Martins  ont  séjourné  du  16juilletau  8  août  sur 
le  mémesommet;  enfin  en  1842,  monfilsetmoi,  nous  y  avons  fait  un  sé- 
jour de  11  jours,du26juilletau6août,  etM.  Bravais  du  l*^'"  au  18août, 
ce  qui  donne  encore  une  série  de  24  jours.  Il  est  fâcheux  que  ces  séries 
d'observations  appartiennent  toutes  aux  mêmes  mois  d'été,  et  laissent 
ainsi  désirer  des  observations  faites  pendant  d'autres  mois. 

Cette  montagne  est  favorablement  placée  pour  ce  genre  d'observa- 
tion ;  son  sommet  isolé  de  toutes  parts ,  domine  les  gorges  et  les  vallées 
qui  l'entourent.  Elle  est  située  par  46*»  40'  34"  de  latitude,  d'après 
les  mesures  du  professeur  Trechsel  de  Berne,  et  environ  5"  39'  32"  de 
longitude  géographique;  elle  a  au  Nord  la  profonde  vallée  de  Batte- 
nalp,  au  INO.  celle  moins  profonde  du  Sagisthal;  au  SO.  celle  du 
Buesalp,  au  SSË.  celle  de  Grindelwald ,  et  enfin  à  l'Ë.  la  gorge  qui  la 
sépare  du  Brienzer-Berg  et  du  Gems. 

De  l'E.  au  SO.,  par  le  N.,  son  horizon  s'étend  sur  un  rayon  de 
8  à  10  myriamèlres,  et  n'est  limité  qu'entre  le  SO.  et  l'E.  par  les 
sommets  de  cette  chaîne  de  hautes  montagnes  d'où  s'élancent  la 
Jung-Frau,  les  Eigers,  le  Viescherhorner,  le  Finsteraarhorn ,  le 
Schreekhorn,  le  Wetterhorn,  le  Wellhorn  et  le  Sustenhorn  ;  mais  ces 
divers  sommets  laissent  un  espace  entre  eux  et  le  Faulhorn  qui  va- 
rie de  16  à  30  ou  40  kilomètres;  sa  hauteur  est  de  2672  mètres  au- 
dessus  de  la  mer  et  à  2100  mètres  environ  au-dessus  du  lac  de  Brientz. 


•  Voyez  figure  15. 
ToM.  XVIII. 


30  SUR  LES  VARIATIONS 

53.  En  classant  le  peu  de  documents  que  nous  possédons  sur  l'os- 
cillation horaire  des  hautes  montagnes  et  celle  des  pics  élevés  au- 
dessus  des  neiges  perpétuelles,  on  trouve  en  général  que  le  mini- 
mum de  la  nuit  s'efface  peu  à  peu  ;  qu'il  est  d'abord  remplacé  par  une 
ligne  droite  sur  la  ligne  ascendante  du  soir  au  matin;  puis,  lorsqu'on 
s'élève  davantage,  cette  dernière  s'aplatit,  du  moins  dans  la  moyenne, 
car  sur  la  limite  de  ces  deux  courbes,  une  température  plus  ou  moins 
élevée,  un  ciel  couvert  ou  serein ,  un  vent  du  S.  ou  du  N.,  font  passer 
l'oscillation  vers  l'une  ou  vers  l'autre  de  ces  courbes,  et  l'on  trouve 
de  brusques  variations  dans  la  marche  du  baromètre. 

54.  En  continuant  de  s'élever,  lorsqu'on  entre  dans  la  limite  des 
neiges  perpétuelles,  la  courbe  horaire  de  la  nuit  redescend,  depuis 
12  h.  jusqu'à  18  ou  19  h.;  sur  le  Faulhorn,  par  exemple,  la  courbe 
normale  descend  de  plus  d'un  millimètre  le  matin;  son  minimum 
est  entre  18  et  19  h.  (6  et  7  h.  du  matin),  tandis  que  dans  les  plaines 
voisines,  on  retrouve  rarement  des  vestiges  du  minimum  de  la  nuit, 
et  encore  le  minimum  des  sommets  arrive  deux  heures  plus  tard  que 
le  minimum  tropical  ;  il  ne  peut  donc  appartenir  à  la  même  cause. 
Ce  mouvement  descendant  est  d'autant  plus  marqué,  que  la  tem- 
pérature a  été  plus  haute  la  veille  dans  les  vallées  voisines,  et  qu'une 
partie  des  vapeurs  qui  y  ont  été  formées  a  dépassé  le  lieu  de  l'obser- 
vation ,  dans  une  épaisseur  que  nous  essaierons  d'apprécier.  Je  serais 
disposé  à  croire  que ,  pendant  les  mois  d'hiver,  cette  courbe  régulière 
d'un  mouvement  ascendant  pendant  toute  la  durée  du  jour,  et  d'un 
mouvement  descendant  pendant  la  nuit,  s'atténue  beaucoup,  et  que  les 
perturbations  de  la  pression  atmosphérique  rentrent  sous  les  seules  in- 
fluences variables  du  courant  supérieur,  comme  on  les  retrouve  dans 
les  hautes  latitudes. 

55.  Le  minimum  tropical  de  l'après-midi,  plus  constant  que  celui 
de  la  nuit,  s'efface  enfin  peu  à  peu  en  s'élevant  dans  l'atmosphère. 
Lorsqu'on  approche  de  la  limite  des  neiges  perpétuelles ,  ce  minimum 
a  disparu  ,  et  il  est  remplacé  en  premier  lieu  par  une  ligne  droite  on- 
dulée, puis  par  une  courbe  notablement  ascendante.  En  nous  repor- 


BAROMÉTRIQUES.  M: 

tant  encore  aux  observations  du  Faulhorn,  on  trouve  que  de  19  h. 
(7  h.  du  matin),  la  courbe  monte  jusque  vers  9  h.  du  soir,  où  elle  est 
un  instant  stationnaire ,  pour  redescendre  lentement  d'abord ,  puis 
plus  rapidement,  à  partir  de  minuit,  jusqu'à  18  h.  A4  h.  de  l'après- 
midi  ,  elle  est  de  plus  d'un  millimètre  plus  haute  qu'elle  n'est  à  20  h. 
A  Brientz,  au  contraire,  au  bord  du  lac  qui  en  baigne  la  base,  le  mi- 
nimum du  soir  est  généralement  très-abaissé ,  tandis  que  celui  du 
matin  est  insensible  ou  presque  toujours  remplacé  par  un  petit 
maximum  '. 

66.  Tout  en  rejetant  les  explications  de  M.  Ksemtz,  nous  devons 
inscrire  ici  le  résultat  de  ses  propres  recherches.  «  Plus  nous  nous  éle- 
vons, dit-il, t.  II,  p.  279,  plus  les  oscillations  diminuent  :  il  arrive 
un  point  où  l'influence  de  la  chaleur  est  égale  à  l'oscillation ,  de  telle 
sorte,  qu'à  ce  point  les  oscillations  disparaissent  complètement,  dans 
le  jour,  dans  les  localités  les  plus  élevées;  le  mercure  monte  l'après- 
midi  au  45'  degré  de  latitude;  la  hauteur  à  laquelle  disparaissent  les 
oscillations  est  au  moins  à  1250  toises  (2436*^,3) ,  car  sur  le  S*- Ber- 
nard, d'après  53  mois  d'observations,  le  baromètre  remonte  de  21  à 
3  h. ,  de  0"',017  (O-nn^OSSSS).  M.  de  Humboldt  croit  qu'entre  les  tro- 
piques, l'élévation  au-dessus  du  niveau  de  la  mer  n'a  aucune  influence 
sur  ce  phénomène ,  ou  du  moins  que  les  heures  tropicales  n'en  éprou- 
vent pas  d'altération;  tandis  que  M.  Bouvard  déduit  des  observations 
mêmes  de  M.  de  Humboldt,  à  Quito  et  à  Antisana,  et  de  celles  de 
Galdas  à  Santa-fé-de-Bogota ,  que  sous  les  latitudes  les  moins  éle- 
vées, on  reconnaît  l'influence  de  la  hauteur  sur  la  diminution  des 
oscillations.  » 

57.  Dans  les  observations  que  De  Saussure  a  faites  dans  son  troi- 
sième voyage  au  Col  du  Géant ,  on  voit  que  l'ascension  du  matin  s'est 
prolongée  jusqu'à  2  h.,  qu'il  y  a  eu  un  abaissement  de  2  h.  à  4  h., 
que  la  courbe  s'est  maintenue  presque  droite  jusqu'à  6  h.,  pour  re- 
monter ensuite  jusqu'à  8  h.  du  soir,  heure  où  cessaient  ses  observa- 

'  Voyez  les  figures  15  et  16.  •..  -'ni'..'  iiin  luq  <iiuq        >i- 


52  SUR  LES  VARIATIONS 

tions;  mais  comme  on  retrouve  la  courbe  du  lendemain  à  20  h,  de 
beaucoup  au-dessous  du  point  de  la  veille,  sans  pouvoir  dire  quelle 
est  la  descente  totale ,  puisque  l'ascension  a  pu  monter  au  delà  de  8  h., 
il  y  a  donc  eu  un  grand  abaissement  pendant  la  nuit ,  et  il  n'avait 
point  encore  disparu  à  20  h.  (8  h.  du  matin  ). 

On  voit  au  contraire,  que  les  courbes  des  mêmes  heures  de  Cha- 
mouni  et  de  Genève  donnèrent,  la  première  une  légère  ascension  entre 
les  deux  points  8  et  20  h.,  et  la  seconde  une  ascension  plus  pronon- 
cée. Dans  ces  deux  dernières  localités ,  on  observe  aussi  un  mouvement 
descensionnel  de  20  h.  à  4  h.,  tandis  qu'au  Col  du  Géant,  il  y  a  un 
mouvement  ascendant  de  20  h.  à  2  h.,  et  pendant  2  h.  seulement,  un 
petit  mouvement  descensionnel.  La  courbe  du  Col  du  Géant  représente 
un  peu  le  minimum  du  soir  des  plaines  avec  quelque  retard  5  il  a  fallu 
du  temps  aux  vapeurs  de  la  journée  pour  atteindre  et  dépasser  cette 
hauteur  (l'altitude  du  Col  du  Géant  est  3,426  mètres)  ;  elles  ont  re- 
produit le  grand  minimum  du  matin  que  nous  avons  observé  sur  le 
Faulhorn.  Il  ne  faut  jamais  oublier  que  ces  ascensions  ont  toujours 
lieu  dans  l'été  et  pendant  les  journées  les  mieux  choisies  pour  atteindre 
les  sommets  avec  sécurité.  Ces  observations  sont  donc  entachées  des 
altérations  qu'éprouve  la  marche  normale  et  annuelle  par  la  présence 
des  vapeurs  diurnes  qui  arrivent  et  dépassent  ces  hauteurs. 

58.  La  courbe  de  l'hospice  du  Grand-S*-Bernard  tient  de  la  plaine 
et  de  la  montagne  élevée  :  sa  position  ,  dans  une  gorge,  lui  donne  les 
vapeurs  analogues  aux  plaines ,  et  son  élévation  de  2,491  mètres,  lui 
donne  l'indice  de  la  dépression  nocturne  du  Faulhorn  ;  on  y  retrouve 
le  minimum  du  soir  affaibli  et  celui  du  matin  augmenté.  Très-souvent 
même,  et  principalement  dans  les  mois  du  printemps  et  de  l'été, 
on  trouve  plus  de  pressions  ascendantes  entre  21  et  9  h.  que  de 
pressions  descendantes;  telles  ont  été  ces  saisons,  pendant  les  années 
de  1826  à  1830,  tandis  que  pendant  l'automne  et  l'hiver,  le  minimum 
a  repris  quelque  empire.  Malgré  le  désavantage  de  cette  position, 
on  retrouve  dans  cette  localité  des  courbes  mensuelles  ascendantes 
de  6  h.  du  matin  à  9  h.  du  soir  ;  d'autres  qui  sont  ondulées  ou  presque 


BAROMÉTRIQUES.  ^.  55 

droites ,  enfin  y  le  minimum  du  soir  réparait  dans  qnelques-unes. 

59.  La  pression  atmosphérique  à  une  hauteur  de  2700  mètres, 
c'est-à-dire,  à  une  hauteur  que  la  plupart  des  vapeurs  de  la  plaine 
n'atteignent  pas  cette  pression,  disons-nous,  parait  devenir  indé- 
pendante des  vapeurs  inférieures,  et  plus  on  s'élève,  plus  la  courbe 
se  diflFérencie  de  celle  des  plaines.  La  courbe  de  la  pression  à  cette 
hauteur  se  rapproche  de  celle  des  hautes  latitudes ,  comme  nous  le 
verrons,  mais  avec  une  modification  dépendante  de  la  densité  des  va- 
peurs au  delà  du  cercle  polaire,  au  niveau  des  mers  et  des  autres  cir- 
constances qui  en  dépendent.  Nous  verrons  que  le  courant  tropical , 
que  ce  courant  qui  s'avance  journellement  des  zones  tropicales  vers  le 
cercle  polaire,  joue  un  rôle  important  sur  toutes  les  couches  de  va- 
peurs qui  sont  interposées  entre  lui  et  la  surface  du  globe.  Nous  n'avons 
point  à  discuter  ici  son  existence ,  elle  ne  peut  être  mise  en  doute  par 
aucun  observateur,  et  les  vents  alizés  sont  des  preuves  constantes  de 
son  existence.  (  Voyez  %  15  et  16.  ) 

60.  Si  l'on  ne  considérait  que  les  mêmes  altitudes ,  on  trouverait 
de  nombreuses  anomalies  dans  les  observations,  mais  nous  avons  déjà 
averti  qu'il  fallait  estimer  la  position  des  localités  par  leur  proximité 
de  la  limite  inférieure  des  neiges  perpétuelles,  et  non  par  une  même 
élévation  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  Nous  avons  insisté  aussi  sur 
l'exposition  du  lieu  d'observation,  nous  l'avons  indiqué  comme  devant 
être  isolé  et  non  dominé  par  des  cimes  rapprochées,  qui  sont  des 
points  terrestres  qui  agissent  de  haut  en  bas,  comme  nous  le  dirons 
plus  loin,  et  surtout  qu'il  ne  fasse  pas  partie  d'un  plateau.  Intermé- 
diairement  à  ces  limites,  on  trouve  des  courbes  ondulées  à  des  degrés 
fort  différents  :  ainsi,  il  arrive  souvent  que  celles  qui  représentent  la 
pression  au  niveau  de  la  mer,  ont  moins  d'amplitude  dans  leur  écar- 
tement ,  que  celles  qui  représentent  la  pression  d'un  lieu  plus  élevé. 
M.  Dalmahoy  à  Kotagherry,  à  1953  mètres  au-dessus  du  niveau  de 
la  mer,  a  trouvé  entre  le  soleil  levant  et  midi  une  ascension  plus 
grande  que  celle  trouvée  à  Poona ,  par  le  colonel  Sykes,  à  600  mètres 
d'altitude,  et  plus  grande  encore  que  celle  de  Madras,  observée  par 


U  SUR  LES  VARIATIONS 

M.  Goldingham ,  près  du  niveau  de  la  mer.  Celle  de  Poona  était  elle- 
même  plus  grande  que  celle  de  Madras,  M.  de  Humboldt  avait  déjà 
remarqué  que  l'oscillation  avait  plus  d'étendue  à  Caracas  à  936  mètres 
qu'à  Cumana;  il  n'en  avait  pas  moins  reconnu  que  l'étendue  des  varia- 
tions diminue  un  peu  en  s'élevant ,  au  point  que  sur  le  plateau  de 
Bogota,  la  différence  entre  les  maxima  et  les  minima  à  2660  mètres , 
n'est  plus  que  de  0™°»,  16.11  dit  aussi  qu'à  la  ville  de  Quito,  à  2908  mè- 
tres ,  située  dans  une  vallée  étroite  et  adossée  au  volcan  de  Pichincha , 
le  mouvement  ascendant  se  continuait  jusqu'à  près  de  midi,  et  la  mar- 
che descendante  durait  jusqu'à  minuit  '. 

61 .  La  courbe  particulière  qui  représente  la  pression  atmosphéri- 
que dans  la  région  des  neiges  perpétuelles  ne  peut  laisser  de  doute; 
il  suffit  de  comparer  les  observations  de  De  Saussure,  de  MM.  Keemtz, 
Forbes,  Bravais,  Martins  et  les  nôtres,  pour  y  retrouver  une  marche 
complètement  inverse  à  celle  des  plaines  subjacentes.  Ainsi ,  lorsque 
la  courbe  descend  rapidement  à  Brientz  dans  l'après-midi,  elle  monte 
rapidement  sur  le  Faulhorn  :  si  la  courbe  descend  moins  profondé- 
ment à  Brientz,  elle  s'élève  moins  sur  la  montagne,  et,  la  nuit,  le 
minimum  est  d'autant  plus  grand  sur  le  Faulhorn ,  que  son  ascension 
a  été  plus  considérable  pendant  le  jour;  tandis  qu'à  Brientz,  la  courbe 
revient  en  oscillant  au  point  du  départ  sans  reproduire  le  minimum 
tropical.  Nous  aurons  donc  à  considérer  dans  la  seconde  partie  ces 
différences  et  à  en  rechercher  la  cause. 

62.  Nous  ferons  remarquer  que  Brientz  n'est  pas  la  localité  la  plus 
convenable  pour  faire  des  observations  simultanées  avec  celles  que  l'on 
fait  sur  le  Faulhorn  ;  son  encaissement  entre  deux  rangs  de  hautes 
montagnes,  soumet  cet  endroit  à  des  influences  de  haut  en  bas ,  con- 
traires à  ce  qui  se  passe  dans  les  plaines  découvertes.  Nous  préférons 
l'extrémité  Est  du  lac  de  Thoun,  aux  premières  maison  d'Unterseen, 
parce  que  cette  localité  est  plus  libre  des  influences  latérales  et  plus 
semblable  aux  plaines  ordinaires. 

*  T.  m,  p.  288. 


BAROMÉTRIQUES.  85 

^  63.  En  s'avançant  vers  les  latitudes  élevées ,  le  minimum  de  la  nuit 
disparaît  le  premier j  à  Paris,  on  trouve  autant  de  moyennes  annuel- 
les avec  le  signe  plu»  +,  qu'avec  le  signe  moins  — .  De  1816  à  1826 
inclusivement,  M.  Bouvard  cite  six  années  dont  la  moyenne  a  donné 
un  signe  moins  —  et  cinq  un  sxgneplus  -|-,  et  la  moyenne  de  ces  onze 
années  donne — 0™n',008.  C'est,  comme  l'on  voit,  être  à  peu  près  sur  la 
ligne  droite.  Le  minimum  de  l'après-midi  se  prolonge  jusqu'au  64  ou  65" 
degré  de  latitude ,  où  il  disparaît  complètement.  Le  tableau  rapporté 
dans  le  chapitre  précédent,  démontre  non-seulement  l'affaiblissement 
et  la  disparition  du  minimum  du  soir,  mais  la  marche  en  sens  inverse 
comme  celle  que  nous  avons  constatée,  sur  les  montagnes  élevées. 

64.  Les  documents  des  hautes  latitudes  sont  un  peu  plus  nombreux 
que  celles  des  grandes  altitudes;  cependant  leur  nombre  est  loin  d'être 
suffisant  pour  tracer  une  courbe  certaine.  Leur  grand  nombre  est  d'au- 
tant plus  nécessaire,  que  les  perturbations  accidentelles  sont  puissantes 
et  cachent  plus  souvent  la  marche  normale  de  la  région.  Les  documents 
les  plus  étendus  que  nous  possédons  sont  ceux  du  capitaine  John  Ross  ; 
malheureusement,  il  faut  les  accueillir  avec  réserve.  Si  nous  compa- 
rons les  courbes  mensuelles  qui  ressortent  de  ses  observations  de  1830 
et  1831 ,  on  trouve  que  sept  mois  sur  douze  donnent  une  marche 
ascendante  de  9 h.  du  matin  à  5  h.  du  soir,  et  conséqnemment  une 
marche  descendante  de  5  h.  du  soir  à  9  h.  du  matin.  Trois  ont  leurs 
lignes  droites  ou  très-peu  ascendantes,  et  deux,  juin  et  décembre,  ont 
une  ligne  descendante  de  9  h.  du  matin  à  minuit,  ce  qui  n'est  plus  le 
minimum  tropical.  Cette  conséquence  des  observations  du  cap.  Ross 
est  heureusement  confirmée  par  les  observations  du  cap.  Parry  '  à 
Porl-Bowen  (73°  13'  39",  39  de  latitude),  par  celles  de  la  commis- 
sion scientifique  du  Nord,  faites  à  Thorshaven  (62° 2'  43"),  et  par 
celles  de  M.  Martins  à  Magdalena-Bay  (79°  33' 44"),  qui  donnent 
une  ascension  moyenne  l'après-midi  de  0™™,35,  enfin  par  les  observa- 
tions comparées  de  quelques  villes  de  la  Russie,  qui  donnent  des  mois 

'  7>vtMém;  voya(;e,  appendice.  '.':'.*:i 


36  SUR  LES  VARIATIONS 

avec  ascension  et  d'autres  avec  un  léger  minimum  (voyez  l'Annuaire 
de  St-Pétersbourg  pour  l'année  1839). 

65.  Quelque  peu  nombreuses  que  soientcesobservations,  il  en  résulte 
cependant  que  la  courbe  des  sommets  élevés  et  celle  des  hautes  lati- 
tudes ne  concordent  pas  avec  celle  des  plaines,  et  qu'une  partie  des  va- 
riations de  cette  dernière  provient  de  la  présence  des  vapeurs  diurnes 
et  des  transformations  qu'elle  subit.  Ces  vapeurs  n'atteignant  pas  les 
hauts  sommets,  ne  peuvent  en  influencer  la  pression;  de  même  la  basse 
température  des  hautes  latitudes  s'opposant  à  leur  formation ,  ou  ne 
la  permettant  que  dans  des  limites  fort  restreintes ,  le  résultat  est  le 
même;  il  y  a  donc  dans  les  hautes  latitudes  et  sur  les  sommets  élevés 
peu  de  vapeurs  diurnes,  et  l'une  et  l'autre  région  se  trouvent  plus  rap- 
prochées du  courant  tropical ,  l'une  par  l'abaissement  de  ce  courant 
même,  l'autreen  s'élevant  jusqu'à  ses  limites  :  c'est  à  cette  absence  ou  à 
la  plus  faible  quantité  de  ces  vapeurs  diurnes  que  sont  dues  leur  ressem 
blance  et  leur  dissemblance  avec  les  plaines. 


CHAPITRE  V. 

DES    DIFFÉRENCES    QBE    DONNEE    LES    MESURES    BAROMETRIQUES. 


66.  Tous  les  observateurs  qui  se  sont  occupés  d'hypsométrie ,  ont 
constaté  que  les  altitudes  barométiques  d'un  lieu  variaient  considéra- 
blement avec  l'heure  de  la  journée,  avec  les  saisons  et  l'état  atmo- 
sphérique. Deluc  avait  remarqué  de  bonne  heure,  que  les  observations 
simultanées  faites  dans  deux  lieux  assez  rapprochés,  mais  dont  l'un 
était  plus  élevé  que  l'autre ,  donnaient  des  hauteurs  différentes ,  sui- 
vant l'heure  de  la  journée,  et  que  ces  différences  n'étaient  pas  con- 
stantes d'un  jour  à  l'autre.  C'est  en  mesurant  un  certain  nombre  de 
points  sur  le  mont  Salève,  et  en  m^iltipliant  les  observations  aux  heures 
diverses  de  la  journée,  qu'il  remarqua  la  variation  des  résultats  et 


BAROMÉTRIQUES.  57 

qu'il  crut  que  la  cinquième  partie  de  la  journée  était  le  moment  le 
plus  favorable  pour  cette  opération  '.  De  Saussure  vit  aussi  que  le  ba- 
romètre n'était  pas  un  mesureur  fidèle  *,  et  qu'il  fallait  savoir  choisir 
l'heure  et  le  temps  propices. 

67.  Ramond  vint  ensuite,  et  la  perfection  de  ses  instruments  et  de 
sa  méthode,  lui  fit  nettement  distinguer  ce  qui  était  dépendant  de 
l'infidélité  de  l'instrument,  de  ce  qui  appartenait  réellement  à  l'état 
atmosphérique.  11  a,  comme  ses  devanciers,  cherché  la  cause  de  ces 
anomalies  dans  des  courants  d'air;  comme  eux,  il  voyait  partout  des 
colonnes  ascendantes  qui  diminuaient  la  pression,  même  lorsque  la 
température  était  basse.  Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  l'heure  de  midi  qu'il 
indique  comme  celle  qui  est  la  plus  propice  pour  obtenir  un  résultat 
semblable  à  ceux  de  la  triangulation ,  toutes  les  autres  heures  don- 
nant, suivant  lui ,  des  altitudes  trop  faibles.  En  prenant  1000  mètres 
pour  la  hauteur  obtenue  à  midi ,  il  trouve  : 

22  mètres  de  moins  à  6  heures  du  matin; 

13  id.  à  8  i(l.; 

16  id.  à  4  heures  du  soir; 

31  id.  à  10  id. 

Ainsi ,  Ramond  prend  l'heure  qui  donne  la  plus  grande  altitude  ba- 
rométrique comme  celle  qui  répond  le  mieux  à  celle  de  la  trian- 
gulation '. 

68.  M.  d'Aubuisson ,  dans  la  3^  partie  de  son  beau  Mémoire  sur  la 
formule  barométrique  *,  a  traité  spécialement  des  altitudes.  Ses  ob- 
servations ont  été  faites  entre  Turin ,  Aoste  et  l'hospice  du  S'-Ber- 
nard.  Suivant  lui,  la  plate-forme  de  l'observatoire  de  Turin,  où  les 
observations  ont  été  faites,  est  à  291  mètres  au-dessus  du  niveau 
de  la  mer,  Aoste  à  321  mètres,  et  l'hospice  du  S*-Bernard  à  2220  mè- 
tres au-dessus  de  l'observatoire  de  Turin  ;  ce  qui  donne  pour  Aoste 

•  Dts  modif.  de  l'atmosphère,  §  518  et  suiv.  et  595  et  741. 
«  Voyage  aux  Alpes.  1. 111,  §  lioG,  Col-du-Géant. 

'  2»  mémoire ,  etc.,  41.3"  mémoire,  p.  91. 

*  Joumalde  Physique,  1810,  t.  70  et  71. 

Ton.  XVIII.  8 


58  SUR  LES  VARIATIONS 

612  mètres ,  et  pour  le  couvent  du  S*-Bernard  251 1  mètres  au-dessus 
du  niveau  de  la  mer  '. 

L'hospice  placé  dans  un  col  resserré  entre  des  cimes  élevées  de  plus 
de  300  mètres,  n'est  point  un  emplacement  heureux  pour  l'observa- 
tion des  altitudes,  comme  nous  l'avons  déjà  dit  §  58.  Dans  la  série  des 
observations  qui  ont  été  faites  dans  ces  deux  localités ,  la  marche  du 
baromètre  coïncidant  souvent  avec  celle  de  la  température  moyenne, 
obtenue  par  la  moitié  des  deux  températures  réunies,  prises  à  la  même 
heure  aux  deux  stations ,  il  en  conclut  que  l'oscillation  du  baromètre 
est  dépendante  de  la  marche  de  la  température.  Il  a  trouvé  que  la  tem- 
pérature moyenne  générale  tirée  de  celle  de  Turin  et  de  celle  du  cou- 
vent réunies,  était  de  17°,4.  Lorsque  la  moyenne  trouvée  dépasse  ce 
point,  ou  lui  est  inférieure,  le  baromètre  donne,  suivant  M.  d'Au- 
buisson ,  une  altitude  trop  haute  ou  trop  basse.  Ainsi  la  moyenne 
altitude  du  couvent  au-dessus  de  l'observatoire  de  Turin,  ayant  donné 
2217  mètres  et  17°,4  de  température;  le  24  juillet  1809,  la  tempé- 
rature moyenne  ayant  été  de  17°4  +  2  =  19°4,  l'altitude  fut  de 
22 17'" +  9™  =  2226  mètres;  le  25,  la  température  moyenne  ayant 
été  de  120,4,  l'altitude  fut  de  2200  mètres. 

69.  Si  cette  coïncidence  se  rencontre  assez  fréquemment,  il  n'est 
pas  rare  non  plus  que  le  contraire  arrive.  D'abord,  il  n'y  a  aucune 
proportionnalité  entre  la  quantité  ajoutée  ou  diminuée  à  la  tempéra- 
ture moyenne  et  celle  de  l'altitude  obtenue;  une  petite  augmentation 
dans  la  moyenne  température  coïncide  souvent  avec  une  grande  dans 
l'altitude,  de  même  qu'on  voit  une  température  bien  plus  élevée, 
n'avoir  pour  corrélation  qu'une  altitude  peu  supérieure  à  la  moyenne. 
Mais  il  arrive  encore  qu'un  abaissement  de  température  coïncide 
avec  une  élévation  dans  l'altitude  obtenue,  et  vice  versa.  Ainsi,  le 
1^'août  1809,  la  température  moyenne  fut  de  14",4  et  l'altitude  de 
2231  mètres,  tandis  que  le 24,  avec  la  même  température,  l'altitude 
fut  de  2194™.  Le  16  août,  la  température  moyenne  étant  de  19°,4, 
l'altitude   fut  de  2203;  le  24  juillet,  la  même  température  avait 

*  L'Annuaire  du  bureau  des  longitudes  porte  2491  mètres. 


BAROMÉTRIQUES.  59 

donné  2226™.  Les  heures  d'un  même  jour  ont  aussi  leurs  anomalies  : 
ainsi  le  6  août  à  8  h.  du  matin,  la  moyenne  étant  do  14%4,  l'alti- 
tude fut  2201™  ;  à  midi ,  la  température  moyenne  étant  la  même ,  l'al- 
titude fut  de  2206'".  On  voit  que  la  coïncidence  est  trop  sujette  à 
erreur  pour  la  faire  entrer  dans  la  valeur  du  coefficient ,  comme  le 
proposait  M.  d'Aubuisson. 

70.  M.  Kœmtz  s'occupa  aussi  de  la  question  des  heures,  et  tira  des 
conclusions  analogues  à  celles  de  M.  d'Aubuisson.  M.  Bravais  pense 
que  l'heure  de  6  h.  du  soir  donne  les  meilleurs  résultats  pour  l'époque 
de  ses  observations  à  Brientz  et  sur  le  Faulhorn  '  y  mais  nous  avons 
déjà  fait  remarquer  que  la  localité  de  Brientz,  nous  paraissait  défavo- 
rable pour  établir  une  comparaison  sur  laquelle  on  puisse  appuyer  une 
règle  commune. 

Nous  ne  terminerons  pas  ce  court  chapitre  sans  rappeler  un  résultat 
curieux  rapporté  par  le  J)^  Ermann  :  c'est  qu'un  point  pris  entre 
Irkusk.  et  Jakusk,  dans  la  vallée  de  la  Lena,  qui  coule  vers  la  Mer 
Glaciale,  serait  plus  bas,  si  l'on  en  croyait  le  baromètre,  de  plus  de 
60  mètres,  à  dix  degrés  même  de  son  embouchure,  que  la  merd'Ochozk 
qui  communique  à  la  Mer  Glaciale  parle  détroit  de  Bering.  La  pres- 
sion moyenne  dans  le  point  intermédiaire  des  villes  d'Irkusk  et  d'Ja- 
kusk  serait  de  754™'n,506,  tandis  qu'elle  ne  serait  que  de  749"»™,  139 
à  Ochozk  *.  Gmelin,  dans  sa  Flore  de  Sibérie ,  préface,  p.  56,  cite  un 
résultat  analogue  entre  Bolscherezens  dans  le  Kamtschatka  et  Ochozk. 
Du  reste,  Ramond ,  dans  son  second  Mémoire ,  cite  des  différences  si 
grandes  dans  la  mesure  aititudinale  de  Marly-la-Ville  au-dessus  de 
l'observatoire  de  Paris ,  qu'on  ne  peut  s'étonner  des  exemples  précé- 
dents. Il  trouva  76  mètres  le  l^r  octobre  1804  et  55  mètres  le  3  no- 
vembre suivant. 

71.  Si  les  exemples  précédents  ne  paraissent  pas  suffisants,  on 
peut  consulter  les  travaux  hypsométriques  publiés  jusqu'à  ce  jour; 
on  y  trouvera  des  hauteurs  trop  grandes  ou  trop  petites  aux  mêmes 

*  Journal  Unstitut.  1842,  p.  510. 

*  PoggendoriT,  Annalen  der  Physik  und  Chemie,  t.  XVII,  p.  337  et  suivantes. 


m  SUR  LES  VARIATIONS 

heures,  par  les  mêmes  vents  et  par  les  mêmes  températures.  Il  en  est 
des  explications  données  sur  ces  anomalies ,  comme  de  celle  du  mou- 
vement horaire;  on  s'est  attaché  à  un  des  phénomènes  concomitants 
que  l'on  a  pris  pour  la  cause  (voyez  plus  bas,  chap.  XIII).  La  mesure 
hypsométrique  de  la  Mer  Caspienne  est  un  des  exemples  les  plus  re- 
marquables de  l'influence  des  circonstances  météorologiques  :  suivant 
l'heure,  le  jour  ou  la  saison  ,  la  différence  du  niveau  entre  cette  mer 
et  la  Mer  IVoire ,  a  varié  de  0  à  105  mètres,  a  D'après  la  fâcheuse  expé- 
rience, dit  M.  Lenz,  de  la  comparaison  des  nivellements  géodésiques 
et  barométriques  de  l'année  1837  ,  on  ne  peut  pas  avoir  beaucoup  de 
confiance  dans  la  méthode  barométrique  employée  ' .  »  Ce  même  savant 
a  reconnu  par  350  observations  correspondantes ,  faites  par  MM.  Mayer 
et  Manne  en  1829  et  1830,  que  plus  la  différence  de  température  est 
grande  aux  deux  stations  extrêmes,  plus  la  différence  du  niveau  des 
deux  mers  semble  diminuer  ;  de  telle  sorte ,  que  la  Mer  Caspienne  pa- 
raissait plus  élevée  que  la  Mer  Noire,  quand  la  différence  des  tempé- 
ratures dépassait  20  degrés  ^.  La  même  incertitude  existerait  sur  le 
niveau  de  la  Mer  Morte,  si  l'on  n'avait  des  mesures  géodésiques,  puis- 
que les  données  barométriques  varièrent  de  1 62  mètres  à  444.  La  trian- 
gulation du  lieutenant  Simon ,  de  la  marine  anglaise ,  en  1841,  a 
donné  une  dépression  de  427  mètres  ^. 

72.  M.  Dalton ,  en  considérant  l'atmosphère  comme  la  somme  de 
quatre  atmosphères  partielles  qui  ont  des  densités  inégales  ,  en  con- 
clut que  sa  composition  n'est  pas  la  même  aux  différentes  hauteurs. 
Plus  tard  M.  Beuzenberg  tira  la  même  conséquence,  et  dit  qu'il  faut 
faire  entrer  ces  différences  dans  les  observations  hypsométriques  '*.  Ces 
atmosphères  sont  : 

•  Considérations  math,  sur  les  nivellements  par  stations  au  moyen  du  baromètre.  Bulletin  de 
Saint-Pétersbourg,  1. 1,  pp.  51  et  63. 

"^  Recueil  des  actes  de  l'acad.  de  Saint-Pétersbourg,  1836,  p.  29. 

'  M.  de  Humboldt.  Asie  centrale,  1. 1,  pp.  321  et  suiv. 

'  Ueber  die  Daltonsche  Théorie ,  par  J.-F.  Beuzenberg,  in-S",  1830,  et  Bullet.  Ferussac,  Se.  math., 
1831,  XVI,  249. 

De  Saussure  {Hygrométrie,  §  108-110  et  287-288)  n'accorde  qu'une  pression  de  13°"",5  à  toute 


BAROMÉTRIQUES.  «> 

1*  Celle  de  l'azote  qui  fait  équilibre  à  une  colonne  de  mercure  de  574'°°',79 

2°  Celle  de  l'oxygène ITS^^.OI 

3°  Celle  de  l'acide  carbonique ©""JS 

4' Celle  de  la  vapeur  d'eau H"",57 

Les  quatre  réunies  font  équilibre  à  une  pression  de    ...     .    762'"°,82. 

Nous  ferons  remarquer  qu'aucune  observation  n'a  pu  faire  soup- 
çonner jusqu'alors  qu'il  y  eût  jamais  un  changement  suffisant  dans 
le  rapport  de  ces  gaz,  pour  rendre  raison  de  la  moindre  variation  ac- 
cidentelle, et  que  cette  cause  est  moins  applicable  encore  aux  grandes 
et  subites  perturbations  atmosphériques  que  celle  de  la  chaleur. 

la  vapeur,  et,  en  tenant  compte  du  rapport  des  poids  de  l'air  et  de  la  vapeur,  il  ne  trouve  qu'une 
pression  de  4  à  5"""  pour  les  variations  provenant  de  cette  dernière. 


I 


6â  SUR  LES  VARIATIONS 


DEUXIÈME  PARTIE. 


DE  LA  CAUSE  LA  PLUS  PUISSANTE  ET  LA  PLUS  VARIABLE  DES  PERTURBATIONS 
DANS  LA  PRESSION  ATMOSPHÉRIQUE. 


CHAPITRE  VI. 


EXPERIENCES  ET  OBSERVATIONS. 


73.  Ne  devant  nous  occuper  de  l'air  que  sous  le  point  de  vue  météo- 
rologique ,  il  peut  être  considéré  comme  un  fluide  homogène  et  l'on 
peut  faire  abstraction  de  l'acide  carbonique  et  des  autres  gaz  qui  s'y 
trouvent  accidentellement.  Il  n'en  est  pas  de  même  de  la  vapeur 
aqueuse;  quoique  sa  quantité  soit  peu  considérable,  elle  joue  un  si 
grand  rôle  dans  la  plupart  des  phénomènes ,  que  son  importance  tient 
le  premier  rang.  Elle  le  doit  à  l'influence  que  lui  donnent  ses  nom- 
breuses transformations  et  les  diverses  phases  de  sa  conductibilité 
électrique. 

Lorsque  l'air  est  sec,  il  est  isolant  et  ne  livre  passage  à  aucun  écou- 
lement électrique;  si  ses  molécules  étaient  fixes  et  cohérentes,  il 
serait  un  isolant  parfait  et  maintiendrait  dans  les  corps  toutes  les  char- 


BAROMÉTRIQUES.  63 

ges  d'électricité  qu'on  pourrait  leur  donner  ;  mais  les  particules  d'un 
fluide  étant  libres  et  mobiles ,  elles  facilitent  l'enlèvement  de  l'électri- 
cité des  corps  et  leur  dissémination ,  à  la  manière  des  corps  légers, 
en  se  portant  jusqu'au  contact,  s'y  chargeant  de  l'électricité  du  corps 
et  s'en  éloignent  ensuite  par  l'attraction  des  autres  corps,  moins  char- 
gés qu'elles  de  cette  même  électricité;  c'est  donc  par  voie  de  transport 
que  les  molécules  aériennes  peuvent  enlever  et  dissiper  l'électricité  des 
corps  et  non  par  voie  de  conduction ,  comme  les  métaux  et  les  liquides. 

74.  L'air  pur  ne  subissant  pas  de  transformation,  n'étant  pas  con- 
ducteur, mais  seulement  transporteur  de  l'électricité ,  il  n'éprouve  de 
modification  ,  dans  le  rapport  de  ses  molécules ,  que  celle  de  la  dilata- 
tion ou  de  la  condensation ,  dépendantes  l'une  et  l'autre  de  la  tempé- 
rature. Si  l'air  pur  formait  toute  l'atmosphère ,  ses  altérations  seraient 
donc  très-limitées;  elles  seraient  régulières,  faciles  à  saisir;  elles  se 
feraient  avec  lenteur  et  progression.  L'équilibre  de  pression  y  serait  fa- 
cilement maintenu, puisqu'il  pourrait  toujoursétre  rétabli  aussi  vite  que 
la  température  pourrait  en  changer  la  densité.  Les  variations  de  pres- 
sion dans  une  telle  atmosphère  ne  pourraient  qu'être  faibles,  si  même 
elles  y  étaient  sensibles;  elles  ne  seraient  pas  plus  appréciables  au  ba- 
romètre que  celles  des  marées  atmosphériques ,  qui  donnent  toujours 
le  temps  à  l'équilibre  de  pression  de  se  rétablir.  Ainsi ,  quoique  l'at- 
mosphère soit  composée  de  plus  de  98  parties  sur  100  d'air  pur,  la 
permanence  de  ce  dernier  à  l'état  de  fluide  élastique ,  sa  dilatation 
progressive  et  régulière  par  la  chaleur  et  son  inconductibilité  électri- 
que ,  le  rendent  passif  dans  un  grand  nombre  de  perturbations  atmos- 
phériques ;  il  est  subordonné  à  l'influence  des  vapeurs  et  des  forces 
particulières  qu'elles  ont  la  faculté  de  recueillir  et  de  conserver  quel- 
que temps. 

75.  Il  en  est  tout  autrement  de  la  vapeur,  et  quelle  que  soit  sa 
faible  proportion  dans  la  masse  atmosphérique,  sa  muabilité  perpé- 
tuelle apporte  de  nombreuses  perturbations ,  non-seulement  dans  sa 
propre  atmosphère ,  mais  aussi  dans  la  portion  de  l'air  au  milieu  de 
laquelle  elle  est  disséminée.      .  .^.....   i.^  ?.f    'u.'^-»?  r|;^,..uv<.t 


6*  SUR  LES  VARIATIONS 

i*|î76.  La  vapeur  météorologique  n'est  point  toujours  à  l'état  de  fluide 
élastique,  comme  celle  que  l'on  étudie  dans  un  manomètre.  Dans  nos 
laboratoires ,  l'étude  de  la  vapeur  ne  se  rapporte  jamais  qu'à  son  état 
de  fluide  élastique  et  non  à  son  état  globulaire  ;  elle  se  comporte  alors 
comme  les  gaz  permanents  et  n'en  difiîère  que  par  quelques  effets  se- 
condaires. Dans  la  vapeur  atmosphérique,  au  contraire,  il  faut  tenir 
compte,  non-seulement  de  l'état  globulaire  qu'elle  prend  avant  sa 
résolution,  mais  encore  des  diverses  modifications  qui  précèdent, 
accompagnent  et  suivent  l'état  globulaire ,  et  même  son  état  élastique. 
Les  diverses  densités  des  vapeurs  n'ont  pas  pour  seul  effet,  comme  dans 
nos  expériences  de  cabinet,  de  produire  une  simple  augmentation 
dans  leur  gravité  et  dans  leur  tension;  elles  ajoutent,  par  le  change- 
ment qui  s'opère  dans  leur  conduction  électrique ,  des  modifications 
nombreuses  aux  autres  phénomènes  météorologiques, 

77.  Les  états  intermédiaires  entre  l'état  élastique  et  l'état  globu- 
laire, se  manifestent  par  les  modifications  qu'ils  impriment  à  la 
lumière.  La  vapeur  opaque  est  formée,  comme  on  le  sait,  de  petites 
sphérules  qui  se  groupent  en  nuages  et  subissent  l'influence  d'une 
basse  température  en  passant  à  l'état  solide.  Ces  particules  gelées  n'en 
restent  pas  moins  suspendues  dans  l'atmosphère,  pendant  quelque 
temps,  les  unes  sous  forme  de  globules  de  grosseurs  diff'érentes,  les 
autres  sous  forme  de  spicules  ou  de  prismes  reflétant,  réfractant  et  dif- 
fractant  la  lumière  de  diverses  manières;  modifications  en  partie 
étrangères  aux  molécules  de  l'air  pur. 
;.78.  Mais  la  qualité  la  plus  active  de  la  vapeur,  celle  qui  apporte 
le  plus  de  perturbations  dans  sa  propre  atmosphère  et  dans  celle  de 
l'air,  c'est  son  aptitude  à  se  charger  d'électricité;  sa  demi-conduc- 
tibilité facilite  tous  les  changements  de  distribution  électrique  dans 
sa  masse  et  dans  celle  de  l'air  qu'elle  pénètre;  elle  facilite  le  rayon- 
nement électrique  par  la  facile  révaporation  de  ses  particules,  qui 
sont  à  divers  états  de  condensation,  en  repassant  à  l'état  de  pur  fluide 
élastique. 

79.  Enfin ,  non-seulement  ces  qualités  particulières  aux  vapeurs 


'   BAROMÉTRIQUES.  U 

entretiennent  dans  leur  ensemble  des  mutations  nombreuses  et  de 
grandes  perturbations  dans  leur  masse ,  mais  encore  elles  font  par- 
tager à  l'air  pur,  à  l'air  isolant,  une  partie  de  leur  mobilité  et  de  leurs 
perturbations.  L'air  en  contact  avec  un  tel  fluide  muable  et  conduc- 
teur, partage  ses  charges  électriques,  ses  mutations  continuelles  de 
tension;  il  les  partage  rapidement,  parce  qu'il  est  pénétré  en  tous 
sens  par  ce  fluide  essentiellement  mobile  et  variable. 

80.  lien  résulte  que  les  mutations,  dépendantes  des  qualités  pro- 
pres à  la  vapeur ,  n'apportent  pas  seulement  des  perturbations  dans  la 
masse  de  cette  dernière ,  mais  qu'elles  en  apportent  aussi  dans  toute  la 
portion  de  l'atmosphère  aérienne  qu'elles  pénètrent  jusqu'à  une  épais- 
seur d'à  peu  près  9  à  10,000  mètres. 

Dans  ce  qui  va  suivre ,  nous  prononcerons  presque  toujours  le  seul 
nom  de  la  vapeur ,  comme  si  le  produit  total  n'était  l'œuvre  que  de  son 
action  ;  nous  agirons  ainsi  pour  plus  de  clarté  et  pour  plus  de  précision, 
parce  qu'en  réalité,  c'est  d'elle,  c'est  de  ses  transformations  que  nous 
déduirons  les  diverses  perturbations  aériennes;  mais  il  ne  faudra  pas  ou- 
blier que,  tout  passif  que  soit  l'air,  son  mélange  et  son  contact  avec  son 
inconstante  voisine,  lui  font  suivre  ses  errements;  qu'il  devient  élec- 
trique avec  elle  et  par  elle ,  qu'il  est  attiré  ou  repoussé  comme  elle,  et 
qu'enfin  partageant  son  état  électrique,  il  est  solidaire  des  eflèts  d'in- 
fluence à  distance,  et  des  attractions  et  des  répulsions  qui  en  ressortent. 

81 .  J'ai  établi  dans  un  mémoire  publié  dans  les  Annales  de  chimie 
et  de  physique  ',  que  le  globe  terrestre  était  un  corps  chargé  d'une 
grande  tension  d'électricité  résineuse,  et  que  tous  les  phénomènes  qui 
se  passaient  à  sa  surface  en  éprouvaient  de  puissantes  modifications. 
J'ai  fait  voir  aussi,  dans  ce  mémoire,  que  Tévaporation  spontanée  ne 
produisait  de  vapeurs  électriques  ni  à  la  température  ambiante,  ni  à 
celle  de  l'eau  bouillante;  qu'il  fallait  que  la  vapeur  s'échappât  brus- 
quement du  liquide^  sous  une  pression  d'au  moins  une  atmosphère 
et  demie,  pour  qu'elle  put  garder  l'électricité  vitrée  que  donnent  les 


*  Troisième  série ,  tome  IV. 
Ton.  XVUI. 


m  SUR  LES  VARIATIONS 

dissolutions  salines;  que  tel  n'était  pas  le  cas  de  l'évaporation  natu- 
relle, et  que  la  présence  de  l'électricité  dans  les  vapeurs  provenait 
d'une  tout  autre  source.  Je  démontrai  aussi  que  toute  vapeur  formée 
à  la  surface  d'un  corps  résineux ,  emporte  la  même  électricité  que 
celle  du  corps ,  et  que  conséquemment  la  vapeur  spontanée  qui  se 
forme  à  la  surface  du  globe  est  résineuse  comme  lui,  ce  que  l'obser- 
vation et  l'expérience  prouvent  ainsi  que  tous  les  phénomènes  sub- 
séquents à  ce  premier  elFet. 

Plus  tard,  j'ai  présenté  à  l'académie  des  sciences  de  Bruxelles,  un 
mémoire  sur  les  brouillards  ',  dans  lequel  j'ai  fait  voir,  comme  déjà 
je  l'avais  fait  dans  le  précédent,  toute  l'influence  secondaire  de  la 
tension  résineuse  du  globe  sur  les  vapeurs  chargées  de  la  même  élec- 
tricité, et  la  mobilité  des  distributions  électriques,  suivant  l'énergie 
de  la  tension  du  corps  voisin,  de  sa  proximité  et  de  la  densité  des  va- 
peurs. Enfin,  dans  un  dernier  mémoire  publié  récemment  dans  le  14*= 
numéro  des  Archives  de  l'électricité  ,^' ai  commencé  la  coordination 
des  phénomènes  de  la  météorologie  électrique. 

Nous  devons  maintenant  aller  plus  loin ,  nous  devons  démontrer 
qu'un  des  effets  les  plus  immédiats  de  ces  actions  d'attraction  et  de 
répulsion  électriques,  est  de  former  une  atmosphère  plus  pesante  ou 
plus  légère ,  et  conséquemment  qu'elles  sont  la  cause  des  variations 
nombreuses  qu'éprouve  la  pression  atmosphérique. 

82.  Si  l'on  consulte  l'électricité  atmosphérique  à  chaque  heure  du 
jo>nr,  on  voit  que  l'influence  du  globe  baisse  depuis  9  h.  du  matin  jus- 
que vers  2  ou  3  h.  de  l'après-midi,  et  que  dans  les  jours  très-chauds 
et  très-calmes ,  l'instrument  garde  zéro  près  des  lieux  humides,  même 
en  l'élevant  de  plusieurs  mètres,  de  1  h.  à  3  h.;  pendant  ce  temps, 
l'hygromètre  descend  vers  la  sécheresse,  dans  un  rapport  qui  con- 
corde avec  l'affaiblissement  des  signes  vitrés,  ou  l'apparition  des  signes 
résineux.  En  comparant  la  marche  du  baromètre  avec  celle  de  l'élec- 
tromètre ,  on  voit  le  premier  baisser  pendant  la  diminution  des  signes 

*  Mémoires  de  l'Académie  royale  de  Bruxelles ,  t.  XV,  et  Ann.  de  eh.  et  de  phys.,  t.  VI,  p.  129. 


BAROMÉTRIQUES.  6»» 

vitrés;  sa  marche  est  plus  rapide,  si  les  signes  sont  résineux;  mais 
aussitôt  que  la  température  diminue,  que  la  vapeur  se  condense, 
l'électromètre  accuse  que  la  tension  vitrée  augmente,  et  le  baromètre 
remonte.  Ce  dernier,  ainsi  que  l'hygromètre,  a  baissé  d'autant  plus 
que  le  ciel  a  pris  une  teinte  d'un  bleu  plus  foncé,  celle,  par  exemple, 
du  second  degré  du  cyanomètre  en  16  parties  de  De  Saussure  :  c'est 
alors  que  l'électromètre  donne  les  signes  les  plus  intenses  d'électricité 
résineuse.  Telle  est  la  marche  ordinaire  des  instruments,  lorsqu'il  n'y 
a  pas  de  perturbations  anomales. 

83.  Ces  faits  d'observation  étant  constatés,  essayons  d'en  suivre 
l'origine,  la  progression  et  la  terminaison. 

Les  vapeurs  qui  s'élèvent  à  la  surface  du  globe ,  dans  l'état  ordi- 
naire, sont  résineuses  comme  lui  ;  chaque  particule  de  vapeur  est  un 
petit  corps  libre,  indépendant,  plongé  dans  un  gaz  isolant;  chacune 
d'elles  réagit  pour  son  propre  compte ,  à  la  manière  des  corps  légers. 
Si  leur  tension  résineuse  est  égale  ou  supérieure  à  celle  de  la  terre,  la 
répulsion  de  celle-ci  les  éloigne  et  les  tient  dans  une  couche  plus  éle- 
vée que  ne  le  comporte  leur  pesanteur  spécifique  ;  si  elles  sont ,  au  con- 
traire, moins  résineuses  que  le  globe,  elles  sont  vitrées  pour  lui,  et 
sont  conséquemment  attirées;  elles  s'en  rapprochent  et  se  tiennent 
dans  une  couche  plus  basse  que  ne  l'indique  leur  gravité. 

84.  Pour  démontrer  ce  qui  se  passe  dans  un  nuage  et  se  rapprocher 
du  phénomène  naturel,  il  faudrait  pouvoir  tenir  de  petits  corps  au 
milieu  de  l'air,  de  la  même  pesanteur  spécifique  que  lui,  sans  sup- 
ports ni  suspensions ,  afin  de  leur  laisser  la  faculté  de  s'étendre  dans 
tous  les  sens ,  sans  éprouver  de  résistance  étrangère  :  il  faudrait  qu'on 
pût  les  grouper  en  volumes  d'une  certaine  épaisseur  et  les  douer  d'une 
puissance  d'action  capable  de  les  retenir  à  distance  les  uns  des  autres; 
de  telle  sorte  ,  que  toute  altération  s'ajoutant  à  cette  force  ou  la  neU'- 
tralisant  on  partie,  ces  corpuscules  pussent  se  repousser  davantage  ou 
se  rapprocher. 

La  diffusion  des  gaz  démontre  que  les  forces  physiques  qui  existent 
entre  les  molécules  d'un  gaz ,  ne  sont  que  peu  ou  ne  sont  pas  altérées 


SUR  LES  VARIATIONS 

par  les  forces  physiques  d'un  autre  gaz;  que  les  réactions  qui  agissent 
si  puissamment  entre  les  molécules  homogènes  d'un  premier  gaz,  ne 
sont  pas  ou  sont  peu  diminuées  par  les  réactions  moléculaires  d'un  se- 
cond gaz.  Il  en  résulte  que,  par  l'addition  ou  la  soustraction  des  forces 
attractives  ou  répulsives ,  les  molécules  intérieures  d'un  corps  ou  d'un 
volu  me  de  gaz,  reçoivent  seules  des  réactions  égales  en  tous  sens,  qu'elles 
seules  se  trouvent  attirées  ou  repoussées  avec  une  égale  énergie  dans 
toute  leur  périphérie,  tandis  que  celles  qui  terminent  le  corps  et  en  for- 
ment les  limites,  ne  peuvent  éprouver  cette  réaction  uniforme  dans  leur 
contour,  puisque  leurs  segments  extérieurs  ne  sont  plus  soumis  aux 
réactions  homogènes  de  leurs  congénères,  mais  à  celles  des  forces  étran- 
gères qui  n'ont  qu'une  puissance  très-faible  sur  ces  molécules  extrêmes. 

85.  L'induction  électrique  démontre  aussi  qu'il  faut  une  certaine 
épaisseur^  dans  un  tube  de  fer  doux,  pour  en  obtenir  le  maximum 
d'effet  ;  que  l'insuffisance  des  réactions  extérieures  ne  s'arrête  point  à 
la  couche  extrême ,  mais  qu'elle  se  fait  sentir  jusqu'à  une  certaine  pro- 
fondeur au-dessous  de  la  surface  *.  Cette  insuffisance  des  réactions  ex- 
térieures se  déduit  également  de  beaucoup  de  phénomènes  lumineux, 
calorifiques  et  chimiques,  dans  lesquels  l'épaisseur  du  corps  en  modi- 
fie le  résultat.  Si  la  cause  perturbatrice  introduite  dans  un  corps  ne 
peut-être  repoussée  par  les  réactions  égales  des  molécules  intérieures, 
telle  qu'est  le  calorique,  toutes  les  actions  étant  altérées  à  la  fois,  les 
rapports  de  position  et  de  distance  des  molécules  sont  modifiés;  l'écar- 
tement  entre  les  molécules  augmente ,  et  il  peut  augmenter  inégale- 
ment suivant  le  plan  de  la  cristallisation  de  certains  corps ,  c'est-à- 
dire,  suivant  leur  degré  de  résistance. 

86.  Lorsque  la  cause  perturbatrice  ne  peut  résister  aux  réactions 
égales  des  molécules  de  l'intérieur,  telle  qu'est  l'addition  ou  la  sous- 
traction d'une  quantité  d'électricité ,  ce  sont  les  segments  extérieurs 
des  sphères  éthérées  des  molécules  extrêmes ,  qui  en  reçoivent  la  sur- 
charge ou  la  sous-charge ,  ainsi  que  les  modifications  qui  en  résultent. 

*'•  Voyez  les  expériences  de  MM.  Barlow,  Riess,  Haldat,  Masson  et  Breguet,  Abria,  etc.,  etc. 


BAROMÉTRIQUES.  flt» 

Dans  ce  dernier  cas,  plus  un  corps  aura  de  surface,  moins  les  causes 
perturbatrices  pourront  changer  le  rapport  des  molécules  internes,  et 
plus  elles  auront  de  facilité  pour  se  répartir  dans  les  segments  libres 
de  la  périphérie.  '"  >• 

87 .  Ce  qui  précède  fait  connaître  les  difficultés  insurmontables  qu'on 
rencontre  dans  les  expériences  que  nous  pouvons  tenter  pour  simuler 
un  nuage.  Ne  pouvant  tenir  immergés  librement,  ni  agglomérés,  les 
petits  corps  avec  lesquels  nous  voulons  représenter  les  particules  de 
vapeur,  nous  sommes  forcés,  d'abord ,  d'y  introduire  des  suspensions 
qui  apportent  leur  influence  comme  substance  présente ,  et  comme 
opposition  à  la  liberté  des  mouvements  en  tous  sens  :  avec  de  telles 
suspensions ,  on  ne  peut  disposer  les  corpuscules  que  sous  la  forme 
d'un  disque  ou  d'une  lame  mince ,  afin  de  pouvoir  les  électriser  tous 
à  la  fois.  Cette  disposition  lamellaire  offre  plus  de  la  moitié  des  seg- 
ments aux  espaces  qui  réagissent  incomplètement  ou  ne  réagissent 
pas  du  tout  ;  elle  offre  ainsi  de  larges  segments  libres  à  la  coercition  de 
l'électricité ,  segments  qui  ne  réagissent  en  aucune  manière  sur  les 
rapports  des  corpuscules  entre  eux. 

88.  L'air  pur  est  un  isolant  parfait ,  il  ne  devient  conducteur  que 
par  l'interposition  de  la  vapeur,  c'est-à-dire ,  par  la  présence  même  de 
la  substance  qu'on  veut  étudier  et  qui  est  disséminée  entre  toutes  ses 
molécules.  Il  faudrait  donc  opérer  dans  un  air  parfaitement  sec ,  afin 
de  représenter  par  les  sphérules  les  molécules  de  vapeur  du  phénomène 
naturel,  puisqu'il  s'agit  delà  vapeur  même  qui  est  répartie  dans  l'at- 
mosphère et  la  rend  conductrice  :  c'est  encore  là  un  obstacle  qu'il  ne 
nous  est  pas  donné  de  vaincre  ;  l'air  dans  lequel  nous  opérons  est 
toujours  plus  ou  moins  conducteur,  par  la  présence  de  la  vapeur  qui 
y  est  disséminée ,  et  cette  humidité  relative  s'oppose  à  toute  comparai- 
son rigoureuse  avec  des  expériences  qui  seraient  faites  dans  un  gaz 
parfaitement  isolant. 

89.  Dans  les  diverses  tentatives  que  nous  avons  faites  pour  étudier 
les  modifications  qu'éprouvent  les  rapports  des  particules  de  vapeur, 
par  l'addition  ou  la  soustraction  de  l'électricité,  nous  rapporterons 


70  SUR  LES  VARIATIONS 

seulement  l'expérience  suivante,  toute  grossière  et  tout  imparfaite 
qu'elle  est.  On  suspend  de  très-petites  balles  de  sureau  à  des  potences 
en  verre,  au  moyen  de  fils  de  cocon  {ddd  fig.  l^ejj  lorsque  ces  fils 
sont  dédoublés ,  leur  souplesse  y  gagne  notablement.  Un  petit  filet  de 
gomme  laque  sépare  la  sphérule  de  la  soie,  pour  rendre  l'isolement  plus 
parfait  ;  on  distance  ces  sphérules  de  manière  à  avoir  autant  de  vides 
que  de  pleins,  et  on  ne  doit  préparer  et  faire  l'expérience  que  pendant 
un  temps  fort  sec  ;  la  soie  par  son  hygrométricité  devient  trop  conduc- 
trice ,  et  le  filet  de  gomme  laque  se  recouvre  d'un  effleurement  humide, 
si  l'on  n'opère  pas  dans  les  conditions  les  plus  favorables. 

90.  Pour  électriser  toutes  ces  balles  à  la  fois ,  on  lève  un  disque  de 
métal  A  au  moyen  d'un  manche  isolant,  ou  de  gâteaux  de  résine  B, 
jusqu'à  ce  que  toutes  ces  sphérules  reposent  dessus  ;  on  touche  ce  dis- 
que avec  le  bouton  d'un  bouteille  de  Leyde,  et  ces  sphérules  se  char- 
gent ainsi  instantanément. 

Pour  charger  avec  quelqu'intensité  ces  sphérules,  il  ne  faut  pas 
prendre  un  disque  beaucoup  plus  grand  que  le  diamètre  du  groupe  ; 
car  s'il  a  un  grand  diamètre,  la  plus  grande  tension  étant  vers  la  cir- 
conférence ,  et  la  plus  petite  au  centre,  les  balles  de  sureau  ne  pren- 
dront que  la  tension  du  centre.  Il  faut  aussi  que  le  disque  soit  con- 
vexe, afin  de  donner  à  toutes  les  balles  une  position  également  saillante; 
précaution  sans  laquelle  les  balles  sont  très-inégalement  chargées 
d'électricité. 

91.  Malgré  le  désavantage  de  ne  pouvoir  donner  à  ce  simulacre  de 
nuage  que  la  forme  d'un  disque  mince ,  offrant  en  dessus  et  en  dessous 
de  larges  segments,  où  s'accumule  l'électricité,  cependant  ces  sphé- 
rules ainsi  chargées  par  une  même  électricité,  se  repoussent  et  for- 
ment un  volume  plus  considérable  que  celui  qu'elles  formaient  à  l'état 
neutre.  Plus  la  tension  électrique  qu'on  leur  a  donnée  est  puissante , 
plus  l'écartement  intersphérique  est  agrandi ,  et  plus  le  volume  est  dé- 
veloppé. Il  suffit  de  retirer  ou  d'ajouter  de  l'électricité  à  ce  simulacre 
du  nuage ,  pour  en  diminuer  ou  en  augmenter  le  volume.  Dans  la  na- 
ture, les  particules  de  vapeur  étant  groupées,  mamelonnées  et  non  ali- 


BAROMÉTRIQUES.  3i 

gnées  sur  un  môme  plan,  leurs  réactions  électriques  se  font  sentir  dans 
tous  les  sens,  et  aucune  portion  de  la  force  réagissante  ne  peut  être 
perdue ,  comme  elle  l'est  duns  un  arrangement  plan,  n'ayant  de  sur- 
face active  que  le  cercle  perpendiculaire  à  la  ligne  de  suspension  :  tout 
le  reste  de  la  surface  devient  non-seulement  inutile  au  phénomène, 
mais  il  lui  est  très-nuisible ,  en  ce  que  cette  surface  reçoit  toute  l'élec- 
tricité repoussée  du  cercle  équatorial,  où  elle  reste  agglomérée  sans 
aucune  action  sur  les  électricités  des  autres  sphérules. 

92.  La  suspension  des  sphérules  étant  toujours  verticale ,  le  rap- 
port de  position  de  ces  corps  ne  peut  changer  que  dans  le  sens  hori- 
zontal, et  ce  changement  est  encore  atténué  par  l'opposition  de  la 
pesanteur.  L'influence  électrique  du  corps  voisin  sur  la  substance 
même  du  fil  suspenseur ,  vient  encore  éloigner  du  fait  simple  que  l'on 
voudrait  étudier.  Les  résultantes  que  l'on  obtient  varient  donc ,  sui- 
vant la  direction  et  la  puissance  de  l'électricité  du  corps  voisin,  et 
suivant  la  substance  de  la  suspension  et  de  son  état  hygrométrique. 

93.  £n  prenant  toutes  les  précautions  convenables  pour  agir  avec 
le  plus  de  force  possible  sur  les  segments  interglobulaires ,  et  en  dimi- 
nuant la  répulsion  de  l'électricité  vers  les  segments  extérieurs,  on 
obtient  une  plus  grande  répulsion  entre  ces  corpuscules.  Cette  légère 
amélioration  s'obtient  en  présentant  latéralement  le  corps  chargé  de 
la  même  électricité;  la  répulsion  diminue  si  ce  corps  est  chargé  d'une 
électricité  contraire.  Dans  la  nature,  le  globe  agit  de  bas  en  haut  et 
latéralement  dans  un  sens  incliné,  mais  dans  quelque  sens  que  sa 
force  se  fasse  sentir,  elle  trouve  toujours  une  épaisseur  dans  laquelle 
les  réactions  sont  égales.  Cette  nouvelle  action  répulsive  pour  chaque 
corpuscule,  s'ajoutant  à  la  force  répulsive  déjà  existante  des  corpus- 
cules entre  eux,  elle  augmente  nécessairement  la  dilatation  du  corps^ 
ou  elle  la  diminue,  si  c'est  une  électricité  contraire  qui  agit.  Ces  cor- 
puscules, pleins  d'aspérités  et  entourés  d'un  air  imparfaitement  sec, 
rayonnent  avec  facilité  leur  électricité  vers  les  surfaces  externes  du 
groupe  où  les  réactions  sont  nulles,  et  ce  groupe  cesse  en  peu  d'in- 
stants d'avoir  des  charges  électriques  assez  notables  dans  chacune  de 


.72  SUR  LES  VARIATIONS 

ses  sphérules,  pour  produire  le  phénomène  de  répulsion  intérieure. 

94.  En  interrogeant  avec  un  plan  d'épreuve  ces  amas  de  sphérules, 
on  trouve  qu'il  a  fallu  un  temps  très-court  à  l'électricité  pour  subir  sa 
nouvelle  distribution  :  la  partie  de  la  nuelle  en  regard  du  corps  in- 
fluent a  pris  rapidement  une  tension  contraire ,  et  la  partie  la  plus 
éloignée  a  recueilli  l'électricité  de  même  nom.  Au  milieu  est  un  état 
neutre  qui  n'a  aucune  action  sur  le  rapport  de  position  des  sphérules. 
Si  le  corps  voisin  est  placé  au-dessous  de  la  nuelle ,  les  segments  inu- 
tiles supérieurs  prennent  sur-le-champ  toute  l'électricité  de  même 
nom  ,  et  les  segments  inférieurs  celle  de  nom  contraire  à  la  tension  de 
ce  corps;  tandis  que  les  segments  latéraux,  les  seuls  propres  à  pro- 
duire l'effet  désiré,  sont  à  peu  près  à  l'état  neutre  et  conséquemment 
sans  action  réciproque  les  uns  sur  les  autres. 

95.  Les  conséquences  qui  découlent  de  ces  expériences  sont  impor- 
tantes; d'abord,  elles  prouvent  que  cette  portion  de  l'atmosphère  où 
la  vapeur  se  répand  avec  l'électricité  qu'elle  entraîne  et  qu'elle  y  dis- 
tribue, augmente  de  volume  en  raison  de  sa  tension,  puisque  toutes 
les  particules  se  repoussent  d'autant  plus  que  leur  charge  est  plus  con- 
sidérable. Elles  prouvent  que  la  distribution  de  l'électricité ,  variant 
sans  cesse  sous  l'influence  du  sol  et  des  autres  corps  électriques  qui  le 
surmontent ,  des  portions  deviennent  vitrées  par  rapport  au  globe  et 
d'autres  résineuses  ;  que  le  volume  des  premières  diminue,  tandis  que 
celui  des  secondes  augmente ,  c'est-à-dire ,  que  les  premières  devien- 
nent plus  denses  et  les  dernières  moins  denses. 

96.  Pour  l'équilibre  statique  de  la  partie  sous-jacente  du  globe, 
ces  variations  dans  la  densité  du  fluide  atmosphérique  sont  complè- 
tement indiff'érentes ,  car  si  une  partie  de  sa  surface  est  plus  pressée 
par  la  vapeur  vitrée ^  ou  moins  pressée  par  la  vapeur  résineuse,  le 
poids  de  cette  partie  n'en  est  point  altéré.  Et  en  effet ,  si  la  vapeur 
vitrée  est  plus  dense  que  la  résineuse,  si  matériellement  elle  pèse  plus, 
son  attraction  pour  le  sol  résineux  le  soulève  dans  la  même  propor- 
tion que  son  accroissement  de  poids  le  repousse ,  puisque  ce  poids 
n'est  plus  grand  que  par  le  résultat  de  cette  attraction  même.  Donc , 


BAROMÉTRIQUES.  73 

si  cette  portion  du  sol  était  libre  et  attachée  au  fléau  d'une  balance  , 
celui-ci  ne  s'inclinerait  pas,  l'égalité  existant  entre  l'accroissement 
de  la  pesanteur  d'une  part  et  l'attraction  de  l'autre. 

97.  Le  contraire  a  lieu  pour  la  vapeur  résineuse;  si  son  volume 
est  plus  considérable ,  si  elle  est  moins  dense,  si  plus  légère ,  elle  pèse 
moins  sur  le  globe ,  sa  répulsion  est  l'équivalent  de  son  allégement  et 
l'équilibre  ne  peut  pas  être  rompu  davantage. 

98.  Cet  équilibre,  qui  ressort  des  lois  mêmes  de  l'électricité  sta- 
tique, se  montre  avec  facilité  en  plaçant  à  l'extrémité  du  fléau  d'une 
balance  sensible  un  corps  isolé;  au-dessus  est  suspendu  librement 
un  autre  corps  également  isolé,  mais  qui  est  solidaire  avec  le  fléau, 
au  moyen  d'un  arc  de  gomme-laque.  Si  ce  second  corps  est  chargé 
de  la  même  électricité  que  le  premier,  il  en  est  repoussé  ;  s'il  est 
chargé  d'électricité  contraire ,  il  en  est  attiré.  Mais  quel  que  soit  l'état 
du  second  corps,  qu'il  soit  repoussé  ou  attiré,  la  balance  n'indique 
aucun  changement  dans  l'équilibre  de  la  pesanteur,  tandis  qu'elle 
obéit  sur-le-champ  à  l'influence  réciproque  de  ces  corps,  si  la  se- 
conde sphère  cesse  de  lui  être  attachée,  si  elle  ne  compense  plus  par 
une  altération  dans  sa  pesanteur,  son  attraction  ou  sa  répulsion  élec- 
trique. 

99.  La  balance  qui  n'a  qu'un  bras  soumis  à  l'une  des  forces ,  tandis 
que  l'autre  reçoit  l'influence  des  deux  à  la  fois  ,  existe  sous  la  forme 
la  plus  restreinte  et  la  plus  commode  dans  le  baromètre;  un  seul  des 
bras  est  soumis  à  la  pesanteur  de  l'air,  l'autre  en  est  préservé,  tandis 
que  toute  la  colonne  de  mercure  éprouve  l'action  électrique.  En  raison 
de  cette  disposition,  le  baromètre  obéit  à  la  pression  seule  de  l'air, 
il  monte  sous  une  atmosphère  chargée  d'électricité  vitrée,  et  il  descend 
sous  une  atmosphère  chargée  d'électricité  résineuse.  Une  expérience 
élémentaire  prouve  que  l'influence  électrique  de  l'atmosphère  est  égale 
sur  toute  la  colonne  de  mercure. 

100.  On  place  la  partie  supérieure  d'une  tige  de  cuivre  dans 
un  tube  de  verre  fermé  et  dont  elle  est  isolée;  le  bout  inférieur  est 
vissé  sur  un  électromètre.  On  approche  du  bout  supérieur  un  bâton 

ToM.  XVIII.  10 


74  SUR  LES  VARIATIONS 

de  résine  frotté,  et  l'action  sur  le  métal  intérieur  opère  comme  si  le 
métal  était  libre;  on  s'assure  que  le  tube  de  verre  n'est  pour  rien  dans 
le  résultat  en  le  touchant  du  doigt,  que  l'on  retire  ensuite  ;  les  feuilles 
qui  s'étaient  d'abord  rapprochées  par  l'influence  de  la  main,  repren- 
nent leur  divergence  première;  ce  qu'elles  ne  feraient  pas,  si  la  tension 
électrique  avait  été  à  la  périphérie  du  tube  et  enlevée  par  le  contact 
du  doigt,  comme  cela  a  lieu  lorsqu'on  touche  un  métal  dans  les  mêmes 
conditions.  Si  la  tige  intérieure  est  en  contact  avec  le  verre,  les  deux 
parties  ne  font  plus  qu'un  seul  corps ,  et  toute  la  tension  électrique 
se  manifeste  au  dehors  du  tube.  La  colonne  barométrique  est  donc 
soumise  à  la  même  influence  électrique  dans  toute  sa  longueur,  tan- 
dis que  la  pression,  soustraite  pour  l'un  des  bras,  est  agissante  sur 
l'autre. 

101.  La  mer,  par  l'étendue  de  sa  surface,  par  la  mobilité  de  son 
élément  et  par  les  dissemblances  qu'elle  éprouve  sur  ses  points  éloi- 
gnés ,  obéit  à  ces  pressions  inégales ,  et  son  niveau  s'élève  ou  s'abaisse 
selon  que  la  pression  diminue  ou  augmente.  L'obéissance  de  la  mer 
aux  variations  de  la  pression ,  ne  peut  pas  avoir  l'instantanéité  de  celle 
du  baromètre  ;  il  faut  un  temps  très-notable  avant  que  la  masse  d'eau 
se  soit  mise  en  mouvement  au  point  de  produire  une  élévation  ou  un 
abaissement  sensible  ;  il  arrive  de  ce  retard  que ,  quelquefois ,  le  baro- 
mètre a  déjà  obéi  à  une  nouvelle  force,  tandis  que  le  mouvement 
marin  obéit  encore  à  l'ancienne  impulsion.  C'est  ce  qui  explique  les 
anomalies  qu'on  rencontre  dans  les  tableaux  des  observateurs,  comme 
on  peut  le  remarquer  dans  les  tableaux  suivants,  empruntés  à 
M.Hàllstrôm'. 

*  Acta  socielatis  se.  Fennicae,  tome  I,  in-4°. 


-iiimi* 


BAROMÉTRIQUES.  ^ 


TT 


ASCENSIOII   OU   BAROMiTBB  MESlIRéc  PAB 

DÉPRESSION 

fiouuMVBAin  M  u  nwwa 

DE   LA  HER. 

RAPPORT 

MM 

•Unupbérlqofl 

ctu 

DiriESftOH  DE  l'eau. 

lA   lADTEUB 

do 

MUCCU. 

LA   HAUTEUR 
i* 

l'iau. 

1,4 
0,9 
0.1 
0,5 
S.9 

1.» 
1,0 

1,9 
5,5 
0,1 
6,4 
0,6 
1,3 
6,5 
9,6 
5,6 
6,9 
Sommet. 

18,90 

9,15 

1,35 

4,05 

43,90 

91,60 

13,50 

95,65 

44,55 

1,55 

86,40 

8,10 

17,55 

74,92 

35,10 

75,60 

59,65 

525,92 

100 
50 

-  10 

40 
80 
90 

-  40 
20 
90 

0 

130 

50 

-  30 

0 

130 

80 

90 

730 

1  :    5,89 
1  :  2S,3« 

1  :    0,88 
1  :     1,85 
1  :    0,92 

1  :    0,78 
9  :     2,02 

1  :    1,50 
1  :     6,17 

1  :     3,70 
1  :     1,06 
1  :     0,38 
1  :     1,39 

1 

nÉPKESSIOIl   DU   BAnOHÉTRE  MESURÉE  PAR 

DÉPRESSION 
DE  LA  HER. 

RAPPORT 

CAM 

atmosphérique 

elU 

DtPSESSIO.Y  DE  l'eau. 

LA   HAUTEUR 

KUCDtl. 

lA   HAUTZUK 

l'iau. 

0,5 
3,8 
1,» 
3,1 
4,7 
3,9 
3,4 
5,9 
7,5 
1,0 
7,7 
7,7 
3,7 
Sommet. 

6,75 
51,30 
16,20 
28,35 
63,45 
29,70 
45,90 
70,20 

101,25 
13,50 

103,95 

103,95 
36,45 

670,95 

180 

80 

—  20 
50 
30 
80 
50 
10 

150 

-  10 
180 

60 
90 
850 

1  :  2,70 
1  :  1,56 

1  :  1,76 
1  :  0,47 
1  :  9,70 
1  :  1,09 
1  :  0,14 
1  :  1,47 

1  :  1,75 
1  :  0,48 
1  :  0,35 
1  :  1,27 

rm  SUR  LES  VARIATIONS 

102.  M.  Daussy  a  déduit  de  150  observations  faites  à  l'Orient,  les 
cinq  groupes  suivants  : 

HAUTEUR  SIVEAU 

DU    BAROMÈTRE.  MOYEN    DE    LA   MER. 

-anumraoo:  0f  - — •* — ^^_— — —  ^ — -»_^---.— ^ — ^ 

mm.  m. 

Olès  é' gaJiortb  iayiii  745,7  3,597 

.;  r  .A,.  752,9  2,926 

=    '  Tp.noJaiK-     760,5  2,796 

..'.;.v.    ,.,.169,2  2,757  « 

M.  Bunt ,  en  Angleterre  '  et  M.  A.imé ,  à  Alger  * ,  ont  fait  des  ob- 
servations analogues.  L'explication  de  ce  phénomène  par  la  direction 
du  vent,  nous  semble  trop  souvent  contredite  par  les  faits ,  comme  le 
remarque  M.  Hàllstrôm ,  pour  qu'il  en  soit  la  seule  cause.  Il  y  en  a  une 
autre  plus  capricieuse,  plus  brusque  encore  que  les  vents,  c'est,  sui- 
vant nous,  l'influence  des  actions  électriques  qui  augmente  ou  diminue 
la  pesanteur  sur  un  point  mobile  du  globe.  Ce  point  mobile  obéit  à 
la  pression  nouvelle  ,  tandis  que  le  reste  du  globe  y  reste  indifférent. 

103.  Nous  avons  maintenant  à  démontrer  comment  se  fait  la  dis- 
tribution électrique  dans  les  vapeurs  diurnes,  qui  sont  répandues  dans 
l'espace  qui  sépare  le  globe  terrestre  du  courant  tropical  ($§  15,  16, 
59,  81  ) ,  chargés  l'un  et  l'autre  de  la  même  électricité  résineuse. 

On  suspend  une  sphère  A  (  fig.  2)  à  une  assez  grande  distance  d'une 
autre  sphère  B ,  toutes  deux  isolées.  On  les  charge  de  la  même  élec- 
tricité que  nous  supposerons  être  la  résineuse.  On  prend  un  électro- 
mètre C  armé  d'une  tige  recourbée  à  angle  droit,  longue  de  4  à  5  dé- 
cimètres et  terminée  par  une  boule  de  7  à  8  centimètres  de  diamètre; 
de  cette  manière,  la  plus  grande  partie  de  l'influence  est  produite  sur 
la  boule.  La  platine  de  cet  électromètre  peut  être  ou  ne  pas  être  isolée, 

•  Comp.  rend.  ac.  se.  Paris,  t.  III,  p.  136,  et  Connaissance  des  temps  pour  1839,  pages  114-127 
des  additions. 
«  Athaeneum,  1841 ,  n»  719,  p.  594.  'loqoT  i 

'  Comp.  rend.  ac.  se.  P.,  t.  IX,  p.  701. 


BAROMÉTRIQUES.    :  T7 

l'effet  est  le  même  à  l'intensité  près.  Lorsque  la  platine  communique 
au  sol ,  le  jeu  des  armatures  étant  plus  considérable ,  l'effet  en  est  aug- 
menté et  dispense  ainsi  de  l'emploi  d'une  tige  d'une  grande  longueur 
et  d'une  boule  de  fort  diamètre. 

104.  On  place  la  bouleenD,  je  suppose,  en  tenant  en  communi- 
cation la  tige  £  et  la  platine  F.  Les  feuilles  tombent  droites  à  zéro. 
On  descend  ensuite  l'instrument  en  G,  il  diverge  aussitôt  en  donuant 
un  signe  résineux  dans  les  feuilles,  ce  qui  démontre  une  tension  vitrée 
dans  la  boule.  En  remontant  l'instrument ,  il  revient  à  zéro ,  puis  dans 
un  long  espace  entre  D  et  I,  il  devient  vitré  et  la  boule  résineuse.  Enfin, 
arrivé  en  K,  il  a  repris  son  zéro ,  comme  au  point  d'équilibration  en  D; 
en  L  il  redevient  résineux  et  la  boule  vitrée.  Plus  on  équilibre  l'in- 
strument près  d'une  sphère,  plus  l'espace  résineux  pour  la  boule,  et 
vitrée  pour  l'instrument  augmente  d'étendue ,  et  plus  la  tension  vitrée 
de  ce  dernier  acquiert  d'énergie ,  correspondant  à  la  tension  résineuse 
de  la  boule.  C'est  le  contraire,  si  on  équilibre  l'électromètre  au  milieu 
des  sphères  comme  en  0.  La  tension  vitrée  devient  considérable  de 
part  et  d'autre  dans  la  boule ,  ou  résineuse  dans  les  feuilles  d'or,  et  on 
ne  trouve  plus  de  zone  résineuse.  En  résumé ,  une  masse  de  parti- 
cules, formant  un  corps  par  leur  réunion,  ne  peut  changer  de  place 
dans  un  tel  espace  sans  qu'il  y  ait  aussitôt  une  distribution  nouvelle 
d'électricité  dans  son  étendue.  L'infériorité  de  la  conduction  peut  re- 
tarder l'instantanéité  de  cette  distribution ,  mais  ne  l'arrête  jamais 
complètement.  On  peut  démontrer  cette  distribution  de  l'électricité , 
soit  par  des  feuilles  d'or  collées  sur  la  tige  de  cuivre,  soit  par  l'expé- 
rience suivante,  qui  est  plus  simple  encore.  On  place  dans  l'intervalle 
des  globes  (fig.  3)  une  tige  de  cuivre  AB,  isolée  et  terminée  par  de  pe- 
tites boules  polies  ;  on  charge  les  globes  D  et  E  d'électricité  résineuse , 
sous  cette  double  influence  homogène,  il  se  fait  une  nouvelle  distri- 
bution de  l'électricité  dans  la  tige.  Pour  reconnaître  ce  nouvel  état 
électrique  de  la  tige,  on  touche  l'extrémité  supérieure  A  avec  un  plan 
d'épreuve ,  et  l'on  reporte  sur  un  électromètre  voisin  la  charge  qu'il  a 
prise  :  on  reconnaît  alors  qu'elle  est  vitrée.  On  fait  la  même  opération 


78  SUR  LES  VARIATIONS 

sur  le  bout  inférieur  B  que  l'on  trouve  également  à  l'état  vitré  ;  le 
milieu  C  de  la  tige,  au  contraire,  est  trouvé  chargé  d'électricité 
résineuse,  et  enfin,  on  rencontre  deux  points  neutres  F  et  G ,  qui  ne 
donnent  aucun  signe  électrique. 

105.  Ces  expériences  démontrent  que  sous  la  double  influence  ré- 
sineuse de  la  terre  et  du  courant  tropical,  les  vapeurs  inférieures 
deviennent  vitrées ,  ainsi  que  les  supérieures,  et  qu'il  y  a  dans  l'espace 
intermédiaire  des  vapeurs  qui  ont  recueilli  l'électricité  résineuse ,  re- 
poussée de  chaque  côté.  Ces  trois  états  des  vapeurs  diurnes ,  se  mani- 
festent presque  chaque  jour  à  la  vue  :  la  blancheur  des  cirrhi ,  ou  des 
cumuli  supérieurs,  indique  leur  état  vitré,  comme  la  couleur  plombée 
des  strates  moyens  indique  leur  état  résineux;  enfin,  les  brouillards 
blancs  qui  touchent  au  sol ,  manifestent  leur  tension  vitrée  à  la  vue  et 
à  l'électromètre.  Lorsque  les  vapeurs  inférieures  n'ont  pas  une  opacité 
assez  grande  pour  être  visibles,  l'électromètre  suffit  pour  indiquer 
une  augmentation  de  tension  vitrée,  au  moment  de  leur  conden- 
sation. 

106.  Cet  effet  de  l'influence  résineuse  de  haut  en  bas  que  nous  ve- 
nons de  démontrer ,  se  fait  sentir  également  en  s'élevant  sur  les  hautes 
cimes  des  montagnes.  Ces  cimes  sont  de  véritables  pointes  attachées  à 
un  corps  électrisé,  et  comme  telles ,  elles  obéissent  à  toutes  les  in- 
fluences qui  agissent  sur  les  pointes  des  conducteurs.  La  variation  de 
leur  tension  électrique  correspond  à  l'acuité  et  à  l'isolement  de  leurs 
sommités  :  aussi  les  phénomènes  électriques  sur  la  cime  des  monta- 
gnes ont-ils  des  amplitudes  de  perturbations  et  d'oscillations ,  dont 
on  ne  peut  se  faire  aucune  idée  dans  les  plaines;  les  signes  électriques 
passent  avec  une  rapidité  extrême  d'une  puissante  tension  résineuse 
à  une  puissante  tension  vitrée ,  et  il  faut  des  instruments  de  tous  les 
degrés  de  sensibilité,  depuis  les  plus  délicats  jusqu'aux  plus  résistants, 
pour  répondre  à  toutes  les  tensions,  passant  d'une  extrémité  à  l'autre 
et  par  tous  les  degrés  possibles  sous  l'influence  des  passages  successifs 
des  nuages  gris  à  la  suite  des  nuages  blancs ,  ou  d'un  nuage  transpa- 
rent résineux  à  la  suite  d'un  nuage  transparent  vitré.  Mais,  en  dehors 


BAROMÉTRIQUES.  W 

de  ces  causes  locales ,  limitées ,  rapprochées  plus  ou  moins  des  cimes , 
lorsque  l'atmosphère  supérieure  est  pure,  que  l'influence  du  courant 
tropical  fait  seule  sentir  sa  réaction  résineuse  de  haut  en  bas,  sur  les 
pointes  qui  dépassent  2,500  mètres  d'élévation,  alors  les  signes  vitrés 
d'un  électromètre  qu'on  lève  d'un  mètre  ou  deux,  je  suppose,  sont 
peu  supérieurs  à  ceux  qu'on  trouve  dans  un  lieu  bien  découvert  au 
milieu  d'une  plaine  ;  l'influence  résineuse  du  courant  supérieur  rem- 
place l'influence  résineuse  latérale  du  globe  sur  la  boule  de  l'électro- 
mètre,  et  y  atténue  la  coercition  résineuse  que  le  globe  y  développe. 
Si  l'on  s'élève  plus  haut,  si  l'on  se  rapproche  encore  du  courant  tro- 
pical ,  si  l'on  parvient  à  une  cime  de  4,000  mètres  et  plus ,  l'influence 
du  globe  de  bas  en  haut  est  de  plus  contre-balancée  par  celle  de  haut 
en  bas  du  courant  tropical ,  et  le  signe  électrique  devient  inférieur  sur 
ces  sommités  à  celui  des  plaines,  comme  Saussure  l'a  observé  dans 
son  ascension  à  la  cime  du  Mont-Blanc  ' .  Trois  ou  quatre  cents  mètres 
plus  haut ,  on  toucherait  à  la  ligne  du  zéro  des  deux  influences. 

107.  Les  vapeurs  diurnes  qui  se  répandent  dans  l'espace  limité 
par  la  surface  du  globe  et  le  courant  tropical,  éprouvent  dans  le 
cours  de  la  journée  et  de  la  nuit  toutes  les  altérations  que  peuvent 
leur  faire  subir  les  changements  de  la  température ,  de  la  pesanteur, 
de  leur  conductibilité  électrique  et  de  leurs  transformations  en  va- 
peurs globulaires,  ou  de  celles-ci  en  vapeurs  élastiques.  Ces  alterna- 
tives se  répètent  chaque  jour  avec  des  intensités  différentes,  suivant 
l'état  du  ciel ,  les  vents  et  les  saisons.  C'est  donc  dans  cet  espace  limité, 
ayant  sa  plus  grande  hauteur  entre  les  tropiques  et  ses  plus  minimes 
dimensions  vers  les  pôles,  que  se  passent  les  phénomènes  météorolo- 
giques les  plus  ordinaires  et  les  plus  influents  sur  les  végétaux ,  sur 
les  animaux  et  sur  l'homme.  Cet  espace,  qui  peut  s'étendre  jusqu'à  8 
ou  10,000  mètres  à  l'équateur,  qui  dépasse  peu  5  à  6,000  mètres 
au  45""^  degré,  et  qui  s'éteint  sur  le  sol  près  des  pôles,  varie  beaucoup 
de  hauteur  dans  les  régions  tempérées  et  froides ,  suivant  la  marche 

'  Voyages  dans  les  Alpes ,  §  âObS.  li  4iiU{t^ 


i9(i  SUR  LES  VARIATIONS 

du  soleil.  Il  est  à  son  maximum  d'étendue  dans  un  hémisphère,  lors- 
que le  soleil  est  à  son  solstice  d'été ,  et  il  est  à  son  minimum ,  lorsque 
le  soleil  est  à  son  solstice  d'hiver.  A  mesure  qu'on  s'élève,  et  qu'on  se 
place  au-dessus  d'une  plus  grande  masse  de  vapeurs  diurnes,  on  do- 
mine les  causes  perturbatrices  journalières,  et  l'oscillation  horaire  di- 
minue ;  on  pourrait  dire  qu'au  45^  degré,  il  n'existe  plus  d'oscillations 
diurnes  tropicales  au  delà  de  4,000  mètres,  sur  une  crête  de  monta- 
gne bien  isolée,  parce  que  les  vapeurs  de  la  journée  atteignent  rare- 
ment cette  hauteur  en  quantité  suffisante,  pour  reproduire  d'une 
manière  sensible  les  variations  régulières  observées  au-dessous  de 
leurs  masses  inférieures. 

108.  La  vapeur  et  l'air  changeant  de  densité  et  de  poids,  suivant 
leur  état  électrique,  la  pression  générale  croît  ou  diminue,  sans  qu'il 
puisse  y  avoir  ni  reflux,  ni  flux  atmosphérique,  pour  en  contre-ba- 
lancer  l'effet.  La  pression  augmentée  y  est  entière  et  durable,  tant 
que  l'attraction  qui  l'a  produite  y  persiste ,  tant  qu'elle  y  maintient  la 
plus  grande  quantité  de  vapeur  et  d'air  propre  à  contre-balancer  sa 
puissance  :  la  pression  amoindrie  y  est  tout  aussi  durable ,  tant  que 
dure  la  répulsion  qui  a  diminué  le  nombre  de  molécules  de  l'air.  L'at- 
mosphère y  devient  plus  dense  ou  moins  dense ,  selon  que  la  force 
locale  attire  ou  repousse  les  vapeurs  et  l'air,  chargés  d'électricité. 

109.  Tel  n'est  point  l'eflet  de  la  condensation  ou  de  la  dilatation 
de  l'atmosphère ,  par  des  différences  de  température.  Dans  ce  cas ,  l'é- 
quilibre est  un  résultat  de  la  seule  pesanteur ,  et  cet  équilibre  s'éta- 
blit par  une  plus  grande  épaisseur  dans  les  couches  dilatées,  ou  par 
une  moindre  épaisseur  dans  les  couches  condensées  :  aucune  autre 
force  ne  vient  altérer  cette  égalité  de  poids,  ni  ne  retient  une  portion 
de  l'atmosphère  plus  condensée  et  plus  pesante  dans  une  région  :  tout 
s'équilibre  d'après  le  poids  inerte  de  l'atmosphère ,  tout  suit  les  lois 
de  l'hydrostatique.  Ainsi ,  la  pression  est  plus  grande  ou  moins  grande 
dans  une  région  ,  parce  qu'il  existe  dans  cette  région  une  plus  grande 
attraction  électrique  entre  les  vapeurs  et  le  globe ,  ou  parce  qu'il  y 
existe  une  plus  grande  répulsion.  Cette  différence  varie  et  change  de 


BAROMÉTRIQUES.  81 

région  avec  les  changements  d'état  de  ces  vapeurs,  ou  leur  transport 
dans  d'autres  contrées.  Ce  sont  ces  différences  entre  la  densité  de  l'air 
et  la  pression  réelle  de  l'atmosphère,  qui  mettent  souvent  en  désac- 
cord l'ancien  manomètre  de  Boy  le  et  le  baromètre.  C'est  la  marche 
des  vapeurs  électrisées  qui  transporte  dans  différentes  régions  les 
variations  dans  la  pression  atmosphérique  ;  c'est  le  déplacement  de 
cette  pression  électrique  qu'on  a  nommé  vague  barométrique. 

110.  Lorsque  l'on  compare  les  moments  de  l'élévation  et  de  l'abais- 
sement du  baromètre  avec  la  hauteur  du  thermomètre,  on  trouve 
que  la  température  y  joue  un  si  faible  rôle,  qu'on  peut  la  négliger 
sans  erreur  sensible,  et  qu'elle  laisse  à  l'action  électrique  toute  sa  pré- 
dominance sur  ce  phénomène.  Les  expériences  et  les  observations 
suivantes  corroboreront  ce  que  nous  avançons.  Dans  le  mois  de  juillet 
1827,  le  capitaine  Basil  Hall  mesura  la  pression  atmosphérique  près 
et  au-dessous  de  la  chute  du  Niagara.  A  50  mètres  de  distance,  il 
trouva  TôS^^^jS?;  ij  retrouva  la  même  pression  à  4  mètres;  enfin  ,  au- 
dessous  de  la  lame  d'eau,  il  trouva  754™n»,63.  Cette  dernière  station 
était  d'environ  3"»,5  au-dessous  des  précédentes  ;  il  y  régnait  un  vent 
d'une  violence  extrême ,  s'élevant  obliquement  du  petit  lac  inférieur 
et  allant  frapper  le  dessous  du  rocher,  d'où  la  rivière  se  précipitait. 
Cette  violence  du  vent  était  telle ,  que  ce  navigateur  déclare  qu'elle 
surpassait  les  plus  forts  coups  de  vent  qu'il  eût  éprouvés  dans  les 
diverses  parties  du  monde.  Ainsi ,  la  pression  qui  aurait  dû  être  de 
754""»,22 ,  n'était  augmentée  que  de  0'n'n,41  sous  cette  double  im- 
pulsion du  vent  ascendant  et  de  son  remous  '. 

111.  J'ai  brasé  à  la  partie  inférieure  d'un  tuyau  de  poêle  en  cuivre , 
un  petit  tube  de  10  millimètres  de  diamètre,  qui  communiquait  avec 
l'intérieur  :  à  ce  petit  tube  en  était  joint  un  autre  qui  s'ajustait  sur  le 
bout  libre  d'un  sympiézomètre  ou  gros  thermomètre  à  air.  Un  indice 
placé  dans  le  tube  horizontal  du  sympiézomètre  indiquait  les  plus  pe- 
tites variations  dans  la  pression  ;  la  sensibilité  de  l'instrument  était 

•  Americ.  journ.,  Silliraan,  1828,  roi.  XIII,  p.  36^67. 

ToM.  XVIII.  H 


«2  SUR  LES  VARIATIONS 

deux  cents  fois  environ  plus  grande  que  celle  d'un  baromètre,  c'est-à- 
dire  ,  qu'une  pression  d'un  millimètre  de  mercure  faisait  marcher  l'in- 
dex de  200  millimètres.  La  longueur  totale  du  tuyau  du  poêle  était  de 
18  mètres;  un  couple  thermo-électrique  placé  à  l'origine,  indiquait 
la  température  de  l'air  ascendant  qui  y  était  renfermé;  un  feu  bien 
entretenu  donna  un  courant  d'air  chaud  de  130  degrés  centigrades  à 
l'orifice  du  petit  tube  et  de  10  degrés  à  sa  sortie  supérieure:  la  tempé- 
rature de  l'air  était  ce  jour-là  +  1°  c.  Lorsque  le  tube  latéral  était  dé- 
bouché, la  flamme  d'une  bougie  placée  à  son  orifice  y  était  rapidement 
attirée.  En  établissant  la  communication  avec  le  sympiézomètre ,  la 
pression  diminua  de  7  à  8  millimètres,  c'est-à-dire,  de  0™™,04  de  la 
colonne  barométrique.  On  voit  que  la  pression,  dans  un  tuyau  bien 
clos  latéralement,  à  parois  chaudes,  n'ayant  d'ouverture  qu'à  l'entrée 
et  à  la  sortie ,  et  dont  la  température  moyenne  de  l'air  intérieur  était 
de  70  degrés,  la  pression  ,  disons-nous,  n'a  diminué  que  de  0™",04, 
tandis  que  sa  légèreté  spécifique  donne  0°™,45.  N(jus  allons  voir  main- 
tenant que  la  différence  de  pression  a  disparu  aussitôt  qu'on  a  mis  la 
colonne  intérieure  d'air  chaud  en  communication  avec  l'air  extérieur. 
112.  Un  second  petit  tube  de  même  diamètre  (  1 0*"'"  )  avait  été  soudé 
à  un  mètre  60  centimètres  de  distance  verticale  du  premier;  son  ou- 
verture fut  tenue  bouchée  pendant  tout  le  temps  que  dura  l'expérience 
précédente.  Mais  lorsque  la  pression  intérieure  du  tuyau  bien  clos 
latéralement  eut  acquis  de  la  stabilité,  on  déboucha  le  petit  tube;  on 
vit  aussitôt  l'index  reculer  de  0™»",5  environ.  Ainsi  cette  toute  petite 
ouverture  rendait  déjà  à  la  pression  totale  le  seizième  de  ce  que 
l'ascension  de  l'air  chaud  lui  avait  fait  perdre.  Au  lieu  de  n'ouvrir 
qu'un  trou  de  lO""""  de  diamètre,  je  séparai  ensuite,  près  de  ce  petit 
tube,  les  deux  bouts  du  tuyau  du  poêle,  de  manière  à  laisser  un  in- 
tervalle d'un  centimètre  :  la  pression  fit  remonter  l'index  de  2,5  divi- 
sions dans  le  sympiézomètre,  qui  en  marquait  8  pendant  la  clôture 
complète  du  tuyau.  En  donnant  deux  centimètres  d'écartement  aux 
tuyaux ,  l'index  remonta  de  4  divisions,  la  moitié  de  ce  qui  était  pro- 
duit par  une  fermeture  entière. 


BAROMÉTRIQUES.  83 

En  reproduisant  ces  deux  anneaux  ouverts  d'nn  et  de  deux  centimè- 
tres au  bas  du  tuyau ,  à  8  centimètres  au-dessus  du  sympiézomètre^ 
l'index  remonta  dans  le  premier  cas  de  6  divisions ,  et  dans  le  second 
il  remonta  de  7  divisions  sur  8.  Enfin ,  en  mettant  en  communication 
le  tube  de  jonction  du  thermomètre  à  air  avec  l'anneau  libre  de  2  cen- 
timètres, à  peine  voyait  on  une  légère  oscillation  dans  l'index  '. 

113.  La  seule  conséquence  qu'on  puisse  tirer  de  ces  expériences, 
c'est  qu'il  faut  que  la  colonne  ascendante  soit  renfermée  dans  un  tube 
à  parois  rigides,  pour  que  la  pression  en  soit  diminuée;  aussitôt 
que  ta  plus  petite  ouverture  sur  la  paroi  met  en  communication  la 
colonne  ascendante  avec  l'air  extérieur ,  la  pression  augmente  beau- 
coup ,  et  il  n'a  fallu  qu'une  ouverture  horizontale  de  2  à  3  centimètres 
de  hauteur  au  bas  d'un  tuyau  de  18  mètres,  pour  que  la  pression  de- 
vînt égale  à  celle  de  l'extérieur.  Il  n'est  donc  pas  possible  qu'une 
colonne  d'air  ascendante,  libre  au  milieu  de  l'atmosphère,  puisse  ja- 
mais produire  ces  grandes  dépressions  qu'on  remarque  si  souvent  dans 
les  mois  d'automne  et  de  l'hiver,  à  l'époque  où  l'amplitude  des  écar- 
tements de  la  température  est  au  minimum' . 

t 

CHAPITRE  VU. 

EXPÉHIEWCES  ET  OBSERVATIONS  SDR  LA  FORMATION  ET  LA  TRANSFORMATION  DES 
VAPEURS  SOUS  l'influence  DES  TENSIONS  ELECTRIQUES. 


1 1 4.  Dans  le  X^  chapitre  de  mes  recherches  sur  les  causes  qui  con- 
courent à  la  formation  des  trombes,  j'ai  démontré  par  expérience  l'in- 

'  L'idée  de  l'inQuence  des  vents  sur  le  baromètre  est  une  des  plus  anciennes;  on  la  trouve  repro- 
duite dans  un  grand  nombre  de  mémoires  depuis  16C0  jusqu'à  De  Luc,  et  l'on  voit  Hauskbée,  qui 
admettait  cette  cause,  bâte  une  expérience  pour  en  appuyer  la  théorie.  [Phil.  trans.,  1704 ,  rf  993. 
art.  2,  ou  Expér.  phys.  math.,  chap.  III,  art.  7.) 

*  En  1773,  M.  H.  EngleGel  n'a  obtenu  des  puissantes  ondes  sonores  d'une  des  cloches  de 
S^-Gudule  de  Bruxelles,  qu'une  amplitude  d'oscillation  de  0'""',26,  dans  le  maximum  du  mouve- 
ment isochrone. 


84  SUR  LES  VARIATIONS 

fluence  des  tensions  électriques  sur  la  formation  des  vapeurs  ;  je  renvoie 
à  cet  ouvrage  pour  les  détails,  je  ne  ferai  ici  qu'en  rappeler  les  résultats. 
On  isole  un  vase  rempli  d'eau  chaude,  ou  mieux  encore  de  résine  fon- 
due; on  le  place  au-dessous  d'un  pinceau  de  fils  métalliques  également 
isolé,  et  l'on  dispose  des  conducteurs  de  manière  à  rendre  à  volonté  le 
vase  vitré  ou  résineux,  en  même  temps  qu'on  rend  le  pinceau  métalli- 
que résineux  ou  vitré.  Si  l'eau  chaude  ou  la  résine  fondue  est  vitrée  et 
le  pinceau  résineux ,  la  vapeur  produite  est  triplée  et  même  quadru- 
plée;  elle  s'élève  et  enveloppe  sans  beaucoup  d'agitation  le  pinceau 
résineux.  Si  ce  dernier  est  vitré  et  le  vase  résineux ,  la  vapeur  émise 
est  moindre  que  dans  le  cas  précédent ,  et  elle  est  chassée  de  haut  en 
bas,  comme  si  elle  était  poussée  par  un  vent  ayant  cette  direction. 
Lorsque  l'on  voit  la  fumée  sortir  d'une  cheminée  et  se  rabattre  vers  le 
sol,  pendant  un  temps  froid  et  une  haute  pression,  on  peut  en  con- 
clure que  la  vapeur  de  l'atmosphère  est  fortement  vitrée  et  qu'elle 
rayonne  de  haut  en  bas  avec  énergie.  C'est  une  observation  qu'on  peut 
faire  facilement  pendant  les  brouillards  vitrés,  comme  étaient  ceux 
qui  ont  eu  lieu  du  l^i  au  6  décembre  1842.  Sous  cette  influence,  le 
tirage  en  est  diminué,  et  les  cheminées  fument  dans  les  appartements. 

115.  Le  capitaine  Parry  fit  une  observation  de  cette  nature  le  19 
décembre  1822.  Il  fut  fort  surpris  de  voir  la  fumée  descendre  vers  la 
mer,  la  température  étant  à  —  35°  c,  le  baromètre  à  762""°,47,  le 
temps  beau  et  le  vent  modéré  NNE.  Il  vit  le  même  phénomène  le 
28  suivant,  la  température  étant  à  —  36°,  1  c,  et  le  baromètre  à 
753""",44 '.  S'il  eût  interrogé  l'électricité  atmosphérique,  il  l'eût 
trouvée  excessivement  vitrée. 

116.  On  peut  juger  encore  de  la  tension  électrique  supérieure  par 
la  rapidité  avec  laquelle  les  nuages  opaques  repassent  à  l'état  de  va- 
peur élastique  :  cette  rapidité  de  la  révaporation  des  nuages  étant  un 
phénomène  qui  se  reproduit  souvent,  j'ai  voulu  connaître  s'il  n'était 
pas  dû  à  l'influence  électrique. 

*  Deuxième  voyage,  pages  384  et  38S. 


BAROMÉTRIQUES.  8||^ 

J'ai  produit  un  courant  de  vapeur  au  moyen  d'un  vase  clos  remplit 
d'eau  aux  deux  tiers,  et  d'une  lampe  à  alcool  placée  au-dessous  (fig.  4-5)/ 
La  vapeur  sortait  par  un  tube  latéral  assez  long  pour  éviter  l'action 
extérieure  du  courant  d'air  chaud  provenant  de  la  lampe  :  le  tout  est 
isolé  sur  des  gâteaux  de  résine.  On  électrise  l'appareil  et  on  présente 
un  pinceau  métallique  à  2  ou  3  décimètres  de  l'orifice.  Si  l'appareil  est 
chargé  d'électricité  vitrée  (fig.  4) ,  la  vapeur  opaque  qui  sort  parait 
diminuer,  et  si  son  abondance  est  modérée,  et  l'air  sec,  elle  disparait 
entièrement.  Cette  disparition  n'est  qu'appureute;  elle  provient  de  ce 
qu'une  grande  portion  repasse  à  l'état  de  vapeur  élastique,  et  devient 
invisible;  c'est  ce  qui  simule  une  diminution  dans  la  production  de 
la  vapeur  du  bouilleur,  erreur  d'autant  plus  grande  que  la  production 
en  est  réellement  augmentée,  comme  on  peut  s'en  assurer  avec  une 
boule  polie'.  Si  l'appareil  est  chargé  d'électricité  résineuse  (fig.  5), 
une  portion  repasse  bien  encore  à  l'état  de  fluide  élastique ,  mais  cette 
portion  est  de  beaucoup  plus  faible,  et  le  reste  de  la  vapeur  opaque 
est  repoussé  par  le  rayonnement  vitré  qui  sort  du  pinceau  en  regard  ; 
elle  rétrograde  vers  son  propre  bouilleur. 

L'expérience  est  plus  curieuse  et  plus  démonstrative  encore,  en 
faisant  agir  les  vapeurs  opposées  de  deux  bouilleurs  (fig  9).  La  vapeur 
du  bouilleur  vitré  sort  avec  rapidité,  accompagnée  de  projections  d'un 
blanc  nacré  et  démontre  par  sa  ténuité  qu'une  partie  est  transformée  à 
l'état  de  fluide  élastique  :  elle  s'avance  en  ligne  droite  sur  la  vapeur  sor- 
tant du  bouilleur  résineux  qu'elle  repousse  et  qu'elle  force  à  rétrograder. 

*  An  lieu  d'un  faisceau  de  pointes,  si  l'on  présente  une  sphère  métallique  bien  polie  et  non  vernie, 
d'un  diamètre  assez  grand,  l'effet  produit  est  tout  différent.  Si  le  bouilleur  est  vitré  {fig.  6),  la 
vapeur  plus  attirée  en  masse  repasse  moins  à  l'état  de  fluide  élastique;  elle  s'élance  en  colonne 
dense,  moutonnée  et  blanchâtre,  elle  est  plus  considérable  et  marche  plus  vite  qu'à  l'état  neutre.  Si 
le  bouilleur  au  contraire  est  résineux  {fig.  7),  la  colonne  de  vapeur  est  plus  ténue,  plus  filamen- 
teuse et  grisâtre. 

Si  l'on  fait  agir  l'influence  statique  d'une  sphère  sur  l'extrémité  d'une  colonne  liquide  horizon- 
tale, à  la  température  ordinaire,  et  qui  a  son  ménisque  vertical  et  saillant,  toute  la  colonne  est 
attirée  et  elle  avance  de  plusieurs  centimètres  dans  le  tube  {fig.  8).  Le  fait  suivant  est  extrait  des 
nombreuses  observations  de  M.  le  comte  Gasparin  :  sous  l'influence  de  gros  cumuli,  l'évaporation 
comparée  à  l'état  normal  s'est  accrue  :  :  0,30  :  2,20;  c'est-à-dire,  qu'elle  a  septuplé. 


m  SUR  LES  VARIATIONS 

117.  Lorsqu  on  ne  veut  connaître  que  l'influence  du  rayonnement 
électrique  sur  la  quantité  de  vapeur  produite ,  l'eau  n'est  pas  la  sub- 
stance que  l'on  doit  prendre  pour  faire  cette  expérience.  Sa  vapeur 
repasse  trop  facilement  à  l'état  de  fluide  élastique,  et  en  cessant  d'être 
visible^  elle  induit  en  erreur  sur  la  quantité  réelle;  il  est  préférable 
de  faire  bouillir  de  la  résine,  dont  la  fumée  est  plus  sèche  et  moins 
transformable.  Uneautre  considération  se  joint  au  fait  précédent  pour 
préférer  la  résine  à  l'eau,  lorsqu'il  ne  s'agit  que  de  constater  l'augmen- 
tation de  la  vapeur  sous  l'influence  électrique;  c'est  que  la  vapeur 
d'eau,  attirée  jusqu'au  contact  du  faisceau  métallique,  s'y  condense; 
elle  le  mouille  ;  une  partie  de  cette  eau  déposée  repasse  à  l'état  de  fluide 
élastique  et  transporte  son  électricité  nouvelle  vers  le  vase  produc- 
teur et  s'y  neutralise.  Cette  neutralisation  partielle  de  l'électricité  du 
vase  diminue  d'autant  la  puissance  électrique  sur  l'évaporation. 

118.  Ces  transformations  électriques  sont  très-communes  dans  la 
nature,  et  se  reproduisent  avec  rapidité  et  énergie  autour  du  sommet 
des  hautes  montagnes.  Dans  les  plaines,  il  est  moins  apparent  et  il  ne 
se  présente  pas  toujours  sensible  aux  yeux;  mais  en  se  servant  d'un 
électromètre ,  on  le  retrouve  chaque  fois  que  la  vapeur  de  la  journée 
se  condense  en  brouillard ,  quelque  léger  qu'il  soit. 

Dès  l'instant  qu'on  a  bien  constaté  que  tous  les  nuages  blancs  sont 
dans  un  état  de  tension  vitrée ,  et  que  tous  les  nuages  gris  sont  dans  un 
état  de  tension  résineuse,  on  n'a  plus  besoin  d'électromètre  pour  suivre 
ces  transformations;  la  couleur  l'indique  et  donne  le  moyen  de  les 
suivre  de  loin. 

119.  Lorsqu'une  puissante  tension  vitrée  domine  la  cime  d'une 
haute  montagne,  cette  cime  prend  une  tension  résineuse  correspon- 
dante et  il  s'établit  un  rayonnement  électrique  entre  cette  cime  et  le 
nuage  superposé ,  transparent  ou  opaque.  Le  rayonnement  électrique 
ne  s'opérant  que  par  le  transport  de  matière  pondérable,  c'est  l'humi- 
dité des  flancs  de  la  montagne,  comme  la  substance  la  plus  vaporisa- 
ble,  qui  en  fournit  le  véhicule.  Si  la  tension  est  grande  et  l'humidité 
de  la  roche  peu  considérable,  la  vapeur  élastique  qui  s'en  dégage 


BAROMÉTRIQUES.  87 

étant  fortement  chargée  d'électricité  contraire,  est  transportée  rapi- 
dement jusqu'au  nuage  où  elle  se  neutralise,  sans  avoir  subi  dans  sa 
route  une  condensation  suffisante  pour  prendre  la  forme  globulaire. 
C'est  ce  qui  arrive  aux  vapeurs  qui  s'échappent  des  sommités  mômes 
des  montagnes,  où  le  rayonnement  est  le  plus  actif  et  l'humidité  plus 
faible.  Mais  sur  les  parois  placées  à  quelque  distance  du  sommet,  dans 
la  zone  où  l'écoulement  des  eaux  supérieures  maintient  une  grande 
humidité,  où  la  température  est  moins  basse,  l'évaporation  y  est  facile  ; 
elle  y  est  plus  abondante;  la  vapeur  s'y  forme  sous  l'influence  d'une 
attraction  électrique  moins  vive;  aussi,  à  peine  est-elle  disséminée 
dans  l'air  ambiant,  qu'elle  se  globulise  par  le  refroidissement  et  ac- 
quiert une  meilleure  conduction  électrique.  Au  lieu  de  l'isolement  des 
vapeurs  élastiques,  qui  obligeait  chacune  des  particules  d'aller  se  neu- 
traliser au  contact  du  nuage  supérieur,  c'est  l'électricité  même  attirée 
qui  se  propage  vers  la  périphérie  du  nouveau  nuage  conducteur,  et  c'est 
de  cette  portion  qu'elle  rayonne  vers  la  nue  supérieure,  en  faisant  pas- 
ser la  vapeur  opaque  à  l'état  de  vapeur  élastique;  ce  n'est  plus  la  molé- 
cule de  vapeur  sortie  du  flanc  de  la  montagne  qui  transporte  sa  charge 
électrique,  une  portion  de  son  électricité  l'abandonne  au  moyen  de  la 
conduction  acquise,  et  c'est  la  molécule  élastique  nouvelle,  formée  sur 
la  bande  périphérique,  qui  emporte  cette  surcharge  électrique  vers  le 
nuage  supérieur. 

120.  Cette  distribution  nouvelle  de  l'électricité  dans  les  vapeurs  qui 
sortent  des  flancs  des  hautes  montagnes,  s'apprécie  très-bien  à  la  cou- 
leur que  prend  leur  masse.  L'influence  vitrée  du  nuage  dominant, 
rendant  plus  résineux  le  bord  supérieur  du  nuage  placé  au-dessous,  il 
devient  plus  gris  que  le  centre;  l'évaporation,  activée  par  cette  in- 
fluence ,  fait  disparaître  la  première  bande  grise  et  sa  grande  tension 
résineuse;  elle  est  immédiatement  suivie  d'une  seconde  bande  grise 
formée  comme  la  première  au  détriment  de  la  tension  résineuse  de  la 
masse  du  nuage. 

121 .  On  croit  généralement  que  la  couleur  foncée  des  nuages  infé- 
rieurs est  due  à  l'ombre  projetée  sur  eux  par  les  nuages  supérieurs , 


8»  SUR  LES  VARIATIONS 

parce  que  très-souvent  ces  strates  gris  et  ardoisés  suivent  les  cumuli 
blancs  supérieurs  ;  mais  il  arrive  très-souvent  que  les  nuages  gris  sont 
seuls,  que  les  cumuli  blancs  sont  repassés  à  l'état  de  fluide  élastique  et 
ont  laissé  dans  l'espace  inférieur  les  parasites  qui  les  suivaient;  c'est 
principalement  du  milieu  de  la  nuit  au  lever  du  soleil,  qu'on  trouve  le 
plus  de  ces  plaques  plombées,  sans  aucun  autre  nuage  ;  nous  les  avons 
montrées  à  M.  Bravais,  professeur  d'astronomie  à  la  faculté  de  Lyon, 
le  5  août  1842,  quelques  instants  avant  le  lever  du  soleil,  étant  sur 
le  Faulhorn.  Ces  plaques  ardoisées  tranchaient  complètement  sur  le 
ciel  pur,  et  plusieurs  se  trouvaient  au  milieu  de  la  vive  coloration  de 
l'aurore,  sans  y  perdre  leurs  teintes  sombres. 

122.  A  mesure  que  le  rebord  gris  du  nuage  se  vaporise  et  se  re- 
forme par  l'arrivée  d'autres  vapeurs,  on  voit  blanchir  le  centre  du 
nuage,  on  le  voit  prendre  la  teinte  blanche  d'autant  plus  prompte- 
ment ,  que  l'évaporation  des  stries  grises  a  marché  elle-même  plus 
rapidement.  Lorsque  toute  la  masse  est  devenue  à  peu  près  blanche , 
le  fumage  gris  s'arrête  et  souvent  de  grosses  portions  blanches  du 
nuage  se  séparent  de  la  montagne  et  suivent  le  cours  du  vent;  d'autres 
fois,  il  reste  accroché  à  la  montagne  sans  augmenter  ni  diminuer 
de  volume.  L'effet  est  inverse  si  un  nuage  gris  domine  la  montagne  ; 
les  flancs  de  cette  dernière  fument  une  vapeur  blanche  dont  la  pé- 
riphérie possède  un  blanc  plus  éblouissant  que  le  reste  ;  cette  péri- 
phérie se  divise  en  stries;  elle  se  vaporise  aussi,  puis  elle  est  remplacée 
par  d'autres,  et  ainsi  de  suite.  Pendant  l'évaporation  des  stries  ar- 
gentées, le  centre  devient  gris,  peu  à  peu  tout  le  nuage  le  devient 
et  le  phénomène  s'arrête ,  pour  recommencer  encore  un  peu  plus 
tard ,  lorsque  le  sommet  sera  débarrassé  de  son  nuage  ou  lorsque 
les  influences  supérieures  auront  changé  de  nature.  Ce  jeu  des  in- 
fluences électriques  se  répète  un  grand  nombre  de  fois  chaque  jour 
autour  des  flancs  des  hautes  montagnes  ;  il  ne  se  passe  pas  d'heure 
qui  n'ait  un  phénomène  de  cette  nature,  sur  l'une  des  cimes  qui 
vous  entourent,  lorsque  vous  êtes  au  milieu  de  la  chaîne  des  Alpes  '. 

*  De  Luc  s'étonne  souvent  dans  la  troisième  partie  de  ses  Idées  sur  la  météorologie,  de  la  for- 


BAROMÉTRIQUES.  9» 

123.  Ces  transformations  sont  faciles  à  comprendre  lorsque  l'on 
connaît  les  effets  des  influences  électriques  :  on  reconnaît  que  ce  sont 
des  produits  de  l'évaporation  que  ces  dernières  provoquent  sur  le» 
flancs  de  la  montagne  et  à  la  périphérie  du  nuage  qui  en  sort,  de  la 
basse  température  de  l'air  et  de  l'humidité  près  du  point  de  satura- 
tion; enfin  la  demi-conduction  des  yapeurs,  auxquelles  il  faut  un 
temps  assez  long  pour  obéir  aux  nouvelles  distributions  électriques  ^ 
coopère  aussi  au  phénomène  général. 

124.  On  n'a  pas  dans  les  plaines  l'avantage  de  voir  se  reproduire 
ce  phénomène  avec  cette  rapidité  ni  avec  cette  intensité  d'action  ;  il 
n'y  a  qu'au-dessus  des  montagnes  que  l'on  peut  trouver  cette  énergie 
suffisante  dans  les  influences  électriques.  Les  montagnes  sont  à  la  terre 
ce  que  les  pointes  sont  aux  conducteurs  électriques,  la  puissance  de 
la  tension  ,  comme  celle  de  leur  rayonnement ,  est  en  raison  de  leur 
isolement  et  de  leurs  aspérités. 

Mais  pour  être  privé  de  ces  grandes  tensions  dans  les  plaines ,  le 
phénomène  ne  s'y  montre  pas  moins ,  quoique  sur  une  plus  petite 
échelle  ;  on  peut  le  constater  au  moyen  des  instruments  électrosco- 
piques. 

125.  Les  couches  inférieures  de  l'atmosphère ,  celles  qui  s'éten- 
dent jusqu'à  2  et  3,000  mètres,  étant  les  plus  humides  et  les  plus 
soumises  à  l'action  incessante  du  globe ,  c'est  dans  leur  épaisseur  que 
s'opèrent  les  changements  les  plus  considérables,  et  les  influences 
électriques  agissent  avec  le  plus  d'énergie.  Leur  densité  variant  avec 
ces  influences,  la  pression  inférieure  en  éprouvera  des  perturbations 
qui  ne  pourront  atteindre  le  sommet  des  montagnes  et  seront  la 
cause  de  ces  différences  de  pression  que  tous  les  observateurs  ont 
signalées.  Pour  comprendre  toute  cette  influence,  il  suffit  de  suivre  la 
marche  du  baromètre  pendant  la  formation  et  la  durée  d'un  brouil- 

luation  «les  vapeurs  opques  sur  le  flanc  des  montagnes,  au  milieu  d'une  atmosphère  non  saturée 
d'huiiiidité;  cii  cll'et,  ce  phénomène  était  resté  sans  explication  possible  en  dehors  de  la  cause  puis- 
sante de  l'influence  électrique.  (Voyez  mon  premier  Mémoire  dans  le  H'  numéro  des  Archive»  de 
téUxlrkilé.) 

ToM.  XVIII.  12 


m  SUR  LES  VARIATIONS 

lard  vitré  :  il  monte  aussitôt  que  la  vapeur  se  condense  et  s'opalise , 
et  il  descend  lorsque  le  brouillard  se  résout'.  Depuis  Bernouilli  et 
de  Saussure^  jusqu'en  ces  derniers  temps,  l'inégalité  des  marches  du 
baromètre  dans  les  hautes  et  les  basses  stations  a  été  l'objet  de  beau- 
coup de  recherches,  sans  qu'on  parvienne  à  expliquer  toutes  les  dis- 
cordances. Souvent  même  l'opposition  dans  la  pression  se  fait  sentir 
dans  des  lieux  peu  distants,  comme  le  prouvent  les  variations  obser- 
vées le  22  et  le  23  septembre  1841  en  Angleterre  par  M.  W.  Birt, 
depuis  Sandwich  jusqu'à  South- Walsham.  On  voit  la  courbe  monter 
à  Porstmouth,  marcher  droite  à  Londres  et  descendre  à  Twaite ,  pen- 
dant les  mêmes  heures  \ 

126.  Nous  terminerons  ce  chapitre  par  quelques  observations.  Le 
9  mars  1842,  à  midi,  le  baromètre  réduit  était  à  155^^,11.  A  partir 
de  ce  moment ,  il  commença  à  descendre  et  atteignit  741™™  le  10,  à 
3  h.  du  matin.  Peu  après  il  reprit  son  mouvement  ascensionnel ,  et  à 
3  h.  de  l'après-midi  il  était  monté  à  756™™.  Ce  fut  principalement 
dans  la  nuit  que  sa  marche  fut  le  plus  rapide,  car  de  10  à  11  h.  du 
soir,  il  descendit  de  2™™,3,  tandis  qu'il  remonta  de  la  même  quantité 
de  6  h.  30'  à  7  h.  30'  du  matin,  et  de  5™™  de  8 h.  40'  à  midi.  Ainsi, 
c'est  pendant  la  fraîcheur  de  la  nuit  (8°)  qu'il  descendit  le  plus,  et 
c'est  pendant  une  température  de  plus  de  15°  qu'il  monta  rapidement. 
C'est  dans  cette  nuit  qu'il  y  eut  des  bourrasques  d'une  grande  violence 
et  des  sinistres  nombreux  le  long  des  côtes  de  la  Manche.  Le  23  jan- 
vier 1842,  sous  une  température  assez  égale  de  3  à  S*',  le  baromètre 


*  Pendant  la  grande  perturbation  atmosphérique  du  mois  de  janvier  d843,  M.  Crahay,  profes- 
seur de  physique  à  l'université  de  Louvain ,  nota  soigneusement  l'aspect  du  ciel.  On  remarque 
dans  le  tableau  qu'il  en  fit  que,  lorsque  le  baromètre  montait,  il  régnait  un  brouillard  ou  il  tom- 
bait de  la  neige  sans  mélange  de  grésil ,  il  ne  régnait  alors  qu'un  vent  faible  ou  médiocre.  Lorsque 
le  baromètre  baissait  au  contraire ,  il  n'y  avait  aucun  brouillard ,  il  y  avait  du  grésil  ou  le  vent 
était  tempétueux.  Les  extrêmes  de  la  température  à  Louvain  furent,  d'après  ce  savant  physicien, 
pendant  le  mois  de  janvier,  -t-H°,6  le  29,  et  — 3°,4  dans  les  nuits  du  3  au  4  et  du  2i  au  22. 
Bull,  de  ïac.  roy.  de  Brux.,  t.  X,  d843,  p.  86. 

*  Voyage  aux  Alpes,  §  id23. 

s  Athaeneum,  1841,  n"  739,  p.  993. 


BAROMÉTRIQUES.  «> 

descendit  à  741'n"»,3,  et  peu  de  jours  après ,  le  3  février ,  sous  une  tem- 
pérature de  5  à  7°,  il  était  monté  à  768'""i,8. 

127.  IN  ous  pourrions  multiplier  les  citations,  mais  il  suffit  d'inter- 
roger les  tableaux  d'observations  des  recueils  scientiBques,  pour  en 
trouver  une  foule  de  semblables.  Il  est  fâcheux  que  les  signes  électri- 
ques soient  omis  presque  partout;  c'est  une  lacune  qui  disparaîtra, 
nous  l'espérons ,  lorsqu'on  connaîtra  mieux  la  manière  d'interroger 
la  tension  électrique  avec  un  instrument  véritablement  mesureur. 

128.  Parmi  les  recueils  qu'il  faut  souvent  avoir  sous  les  yeux,  les 
Mémoires  de  lacadémie  royale  de  Bruxelles  tiennent  le  premier 
rang;  M.  Quetelet,  secrétaire  perpétuel  de  cette  académie,  a  rassem- 
blé et  coordonné  avec  un  rare  mérite  les  documents  les  plus  précieux 
pour  la  météorologie,  et  l'académie  les  a  fait  imprimer  et  distribuer 
avec  une  générosité  qui  lui  attire  la  reconnaissance  des  hommes  de 
science.  En  consultant  ces  précieux  documents ,  on  trouve  souvent 
des  différences  considérables  entre  des  lieux  rapprochés ,  que  ne  peu- 
vent expliquer  ni  la  différence  de  la  température,  ni  la  différence  de 
l'humidité.  Nous  citerons  celle  observée  entre  Munich,  Prague  et 
Breslau,  au  solstice  d'hiver  de  1841  '.  Le  baromètre  monta  de  10™'",2 
dans  la  première  de  ces  villes,  de  6°"",7  dans  la  seconde,  et  après  avoir 
monté  de  4'"">,8  dans  la  troisième,  il  n'était  plus,  à  6  h.  du  soir  du 
22  décembre,  que  de  2™",87.  Lemberg,  Cracovieet  Varsovie  n'eurent 
que  des  oscillations  fort  limitées.  La  température  n'était  pour  rien 
dans  ces  variations;  à  Munich  elle  était  de  —  1»  c.  lorsque  le  baromè- 
tre était  bas,  et  après  quelques  oscillations,  elle  remonta  à  +  lo,7  c. 
pendant  que  le  baromètre  atteignait  son  maximum  de  713">'n,l.  La 
température  n'oscilla  aussi  à  Prague  qu'entre  -|-  3*^,7  et  5o,4c.,  et  à 
Breslau  entre  +  1",9  et  5"  centig.  Groningue  et  Leuwarden  eurent 
une  marche  descendante  pendant  ces  36  heures,  tandis  que  de  Londres 
à  Florence  elle  fut  ascendante,  et  elle  fut  incertaine  à  Amsterdam  et 
à  Utrecht.  Les  hygromètres  n'indiquèrent  pas  plus  la  cause  de  ces 

'  Mémoires  de  Cacad.  de  Bruxellet,  t.  XV. 


M?  SUR  LES  VARIATIONS 

différences  qwe  la  température  ;  leurs  oscillations  furent  complètement 
insignifiantes. 

129.  En  comparant  l'état  du  ciel  avec  la  marche  du  baromètre,  on 
trouve  des  corrélations  que  n'offrent  pas  la  température  et  l'humidité. 
Quoique  ces  observations  soient  privées  d'un  auxiliaire  précieux, 
celui  de  la  tension  électrique,  et  que  l'état  de  l'atmosphère  inférieure 
ne  soit  pas  toujours  assez,  circonstancié,  nous  trouvons  cependant  que 
c'est  dans  les  localités  où  le  brouillard  est  noté  que  la  marche  du  ba- 
romètre est  ascendante  ;  qu'elle  s'arrête  ou  se  ralentit  lorsqu'il  n'est 
plus  énoncé.  D'après  les  observations  anciennes  et  les  nôtres,  comme 
le  brouillard  le  plus  ordinaire  est  vitré,  l'indication  de  son  existence 
remplace  pour  nous  une  partie  de  ce  qui  manque  aux  signes  électri- 
ques. Mon  registre  d'observations  du  21  et  du  22  décembre  1841,  donne 
une  tension  vitrée  au  brouillard  tout  faible  qu'il  était  ;  cette  tension 
monta  de  27°  à  481  degrés  proportionnels  du  21  au  22. 

130.  Un  des  soins  indispensables  pour  l'appréciation  des  phénomè- 
nes météorologiques,  est  l'indication  des  rangs  superposés  des  nuages 
ou  vapeurs  ;  car  il  arrive  souvent  que  nos  instruments ,  obéissant  ser- 
vilement aux  influences  voisines  des  strates  gris  inférieurs,  sont  en 
désaccord  avec  le  baromètre,  qui  est  un  instrument  de  totalité.  C'est 
ce  qui  est  arrivé  à  l'équinoxe  du  printemps  de  1842.  La  portion  infé- 
rieure de  l'atmosphère  était  souvent  traversée  par  des  nuages  gris  et 
résineux ,  tandis  que  la  portion  supérieure  était  parsemée  et  remplie 
de  nuages  blancs. 

131.  Si  nous  consultons  les  tables  de  l'équinoxe  d'automne  de 
1841,  nous  retrouverons  encore  l'indifférence  de  la  température  et 
de  l'humidité  dans  la  marche  descendante  du  baromètre  de  cette 
époque. 

Mais  il  y  a  plus ,  cette  marche  fut  contraire  à  ce  qu'elle  est  le  plus 
souvent  en  la  comparant  aux  vents.  Ainsi,  à  Paris,  elle  était  des- 
cendante pendant  un  vent  d'E.  et  SE.,  et  montait  pendant  un  vent 
d'O.  et  de  SO.  Il  en  fut  de  même  à  Bruxelles,  où  le  baromètre  des- 
cendit sous  un  vent  du  NE.  et  de  l'E.,  et  ne  se  releva  quelque  peu 


BAROMÉTRIQUES.  08 

que  lorsqu'il  tourna.  A  Groningue,  à  Franeker,  à  Greenwich,  où  les 
vents  furent  presque  toujours  dans  le  rumb  de  l'E. ,  c'est  là  que  le 
baromètre  descendit  le  plus  directement.  A  Groningue  et  Franeker, 
le  ciel  fut  presque  toujours  serein ,  à  Greenwich  il  fut  presque  tou- 
jours couvert  et  fut  accompagné  de  pluie  et  de  coups  de  vent  '.  En 
parcourant  ainsi  les  divers  tableaux,  nous  trouverions  dans  tous  des 
variations  inexplicables ,  si  on  en  cherche  la  solution  dans  la  tempé- 
rature, la  seule  humidité,  le  vent  et  l'aspect  du  ciel. 

1 32.  En  appliquant  les  données  précédentes  aux  diverses  contrées , 
aux  saisons  et  aux  heures ,  on  en  tire  directement  des  conséquences 
que  l'observation  confirme. 

La  pression  doit  diminuer  et  diminue  en  effet  dans  les  contrées 
qui  reçoivent  une  grande  quantité  de  vapeurs  résineuses  primitives 
que  les  vents  leur  apportent ,  ou  qui  en  produisent  beaucoup.  C'est 
pour  cela  que  Madère ,  au  milieu  de  l'Océan ,  au  32<^  degré  30'  de 
latitude,  a  une  pression  de  765™'", 177;  elle  est  plus  basse  que  celle 
de  Tripoli,  qui  est  de  767""",41  ,  à  peu  près  à  la  même  latitude, 
mais  qui  ne  reçoit  les  vents  du  S.  et  de  l'O.,  qu'après  qu'ils  ont  tra- 
versé de  grands  espaces  du  continent  africain. 

133.  Cette  différence  de  pression  sous  une  même  latitude  n'est  pas 
spéciale  aux  pays  chauds  ;  on  la  retrouve  jusque  dans  les  latitudes 
élevées.  Bergen  et  la  baie  de  Hardanger ,  au  60«  degré  de  latitude , 
sur  la  côte  de  la  Norwège,  soumis  du  côté  de  la  mer  aux  vents  du 
S.  et  d'O.,  ont  une  pression  de  752'"™,0,  tandis  qu'à  S*-Pétersbourg , 
au  fond  d'un  golfe  étroit,  presqu'au  milieu  des  terres,  la  pression  y 
est  759"»»,967  \ 

134.  Il  eu  est  de  même  pour  la  marche  du  baromètre  pendant 
le  cours  de  l'année ,  suivant  la  position  des  pays ,  relativement  aux 
vents  chargés  de  vapeurs  primitives  :  la  moyenne  barométrique 
diminue  des   mois  d'hiver  aux  mois  d'été,  si  les  vapeurs  apportées 

*  Tome  VIII  du  Bulletin  de  tacad.  roy.  de  Bruxelles. 

*  Voyez  le  mémoire  de  M.  Schoaw,  dans  les  Annales  de  chimie  et  de  phys.,  t.  LUI,  et  V Atlas  phy- 
sique de  M.  Berghauss ,  pages  58  et  suivantes. 


9à  SUR  LES  VARIATIONS 

par  ces  vents  ont  subi  peu  d'altérations  dans  leurs  charges  électri- 
ques; cette  marche  s'observe  à  Madras,  Alep,  Nîmes,  S*-Pétersbourg , 
Abc,  etc.;  tandis  que  dans  les  pays  qui  ne  reçoivent  ces  courants 
que  lorsque  les  vapeurs  ont  subi  des  transformations  par  l'in- 
fluence électrique  du  globe ,  la  moyenne  augmente  des  mois  d'hiver 
aux  mois  d'été,  comme  on  l'observe  à  Mont-Louis,  Arles,  Lausanne, 
Berne,  etc.,  etc.  \ 

%*■  ■ .  .  .M-  i 

CHAPITRE  Vin. 

DE    LA   COMPLICATION  DES   PHENOMENES   PENDANT    LE   COURS   DE  LA    JOURNEE. 


135.  Nous  avons  rappelé  $  116  que  lorsqu'un  corps  vaporisable 
possède  une  tension  électrique  différente  de  celle  du  milieu  ambiant 
ou  d'un  corps  voisin,  l'évaporation  produite  à  sa  surface  n'est  plus 
simplement  proportionnelle  à  sa  température  ;  elle  augmente  de  tout 
ce  que  peut  produire  la  nouvelle  force  d'attraction;  on  peut  facile- 
ment la  décupler.  Le  matin,  au  lever  du  soleil,  on  trouve  que  la  sur- 
face du  globe  donne  une  tension  résineuse  notable,  qui  augmente 
encore  pendant  les  deux  ou  trois  heures  suivantes  Elle  atteint  son 
premier  maximum  vers  les  9  ou  10  h.,  et  descend  ensuite  jusque  vers 
les  3,  4  ou  5  h.  du  soir,  selon  la  saison  et  la  température.  La  ten- 
sion résineuse  du  globe,  ou  comme  on  le  dit  plus  communément, 
la  tension  vitrée  de  l'atmosphère,  dans  les  journées  normales,  donne 
à  son  maximum  SO  à  100  degrés  proportionnels  à  mon  électromètre; 
elle  descend  ensuite  jusqu'à  20°,  souvent  10°,  et  même  quelquefois 
à  0°  dans  le  lieu  de  mes  observations ,  si  la  journée  a  été  pure  et 
chaude.  Près  des  lieux  humides,  la  tension  disparaît  rapidement,  et 

'  Voyez  les  tableaux  du  P.  Cotte ,  Mém.  2°  vol. 


BAROMÉTRIQUES.  M 

au  bord  de  la  mer  la  manifestation  électrique  est  presque  toujours 
nulle. 

136.  La  cause  de  cette  apparence  d'aifaiblissement  dans  la  ten- 
sion électrique  du  globe  est  facile  à  comprendre  ;  et  en  effet ,  les  pre- 
mières vapeurs  qui  s'élèvent  de  la  surface  du  sol ,  sont  chargées  d'une 
électricité  résineuse  d'une  tension  égale  à  la  sienne.  Ces  vapeurs , 
formées  de  petits  corps  libres  et  distincts  les  uns  des  autres,  se  dissé- 
minent dans  l'atmosphère;  chacune  de  ces  particules  réagit  résineu- 
sement  de  haut  en  bas,  contre  la  surface  du  globe,  qui  agit  de  bas 
en  haut,  et  bientôt  nos  instruments,  ainsi  que  la  surface  des  eaux, 
se  trouvent  entre  deux  forces  de  même  nature ,  agissant  en  sens  con- 
traire. Nos  instruments ,  qui  n'indiquent  que  des  différences,  cessent 
leurs  manifestations  au  centre  de  ces  réactions  égales ,  et  la  surface 
des  liquides  ne  s'évapore  plus  que  sous  l'influence  de  la  température  ; 
la  vapeur  s'élève  moins  abondante  et  elle  ne  donne  plus  de  signe 
électrique. 

137.  De  onze  heures  du  matin  jusque  vers  les  3  ou  4  heures  de 
l'après-midi  dans  l'été ,  la  température  augmentant  plus  vite  que  les 
vapeurs  ne  se  forment ,  ces  dernières  sont  maintenues  dans  un  état 
croissant  de  dilatation,  et  conséquemmeut  dans  un  affaiblissement  de 
conduction  électrique.  L'hygromètre  rétrograde  alors  et  indique  une 
plus  grande  sécheresse  relative ,  quoique  la  masse  des  vapeurs  aug- 
mente. Pendant  cette  marche  ascendante  delà  température,  ou  pour 
mieux  dire ,  pendant  tout  le  temps  que  la  raréfaction  des  vapeurs  aug- 
mente ,  chacune  de  leurs  particules  peut  conserver  presque  toute  la 
tension  résineuse  qu'elle  a  acquise  primordialement,et  elle  peut  ainsi 
continuer  sa  réaction,  comme  corps  isolé,  contre  l'action  du  globe. 
Lorsque  le  refroidissement  commence  à  se  faire  sentir ,  il  condense  les 
vapeurs;  leurs  particules  en  se  rapprochant,  perdent  de  leur  isole- 
ment, elles  deviennent  plus  conductrices ,  et  l'influence  du  globe, 
toujours  présente ,  toujours  agissante ,  l'emportant  enfin  sur  leur  ré- 
sistance atténuée ,  repousse  Y  électricité  résineuse  vers  les  couches  plus 
élevées,  et  fait  prendre  à  la  couche  inférieure  l'état  contraire,  celui 


9ft  SUR  LES  VARIATIONS 

d'électricité  vitrée.  Ainsi,  par  le  seul  affaiblissement  dans  la  tem- 
pérature ,  lorsque  le  soleil  s'approche  de  l'horizon ,  des  phénomènes 
secondaires,  dépendant  de  celui-là,  apparaissent  aussitôt,  et  ils  en 
produisent  eux-mêmes  d'un  troisième  ordre ,  comme  nous  le  dirons 
bientôt. 

138.  Ce  nouveau  partage  de  l'électricité  étant  une  fois  accompli, 
l'action  du  globe  sur  les  couches  inférieures  devient  attractive  de  ré- 
pulsive qu'elle  était.  Les  vapeurs  inférieures  rendues  vitrées  sont  atti- 
réeSj  elles  se  condensent,  et  les  plus  basses,  les  plus  pesantes ,  viennent 
se  déposer  en  serein  ou  en  rosée  sur  les  corps  terrestres  * .  La  seconde 
portion  des  vapeurs,  celle  qui  a  reçu  l'électricité  résineuse,  est  alors 
plus  repoussée;  elle  s'élève  et  se  tient  plus  éloignée  du  sol;  une  partie 
se  condense  en  strates  ardoisés,  l'autre  reste  transparente  selon  l'abais- 
sement de  la  température  et  la  saturation  de  l'air.  Ainsi,  en  ne  considé- 
rant que  la  vapeur  diurne ,  celle  qui  s'est  élevée  d'une  contrée  pendant 
la  journée,  et  en  ne  considérant  que  l'influence  du  globe,  on  voit  que 
cette  vapeur  a  dû  former  deux  couches  bien  distinctes ,  l'une  qui  est  de- 
venue plus  résineuse  par  la  répulsion  et  la  propagation  de  l'électricité 
que  chacune  des  molécules  aqueuses  avait  emportée  au  moment  de  sa 
transformation  en  vapeur  ;  et  l'autre ,  cessant  d'être  aussi  résineuse  que 
la  surface  du  globe,  est  dite  vitrée  et  conséquemment  attirée  par  lui. 
Une  portion  de  cette  couche  inférieure  condensée  se  résout  en  rosée 
pendant  la  nuit,  une  grande  partie  de  son  électricité  s'écoule  dans  le 
globe,  tandis  que  les  strates  résineux  opaques  ou  transparents,  se  sont 
dissous  plus  ou  moins  pendant  le  même  espace  de  temps,  au  milieu 
des  couches  d'air  supérieures  non  saturées  d'humidité.  Tel  est  l'état 

*  Il  en  est  de  la  théorie  de  Wells  sur  la  rosée ,  comme  de  celle  de  H.  Davy  sur  les  brouillards  :  il  a 
indiqué  la  cause  du  dépôt  régulier  et  normal  de  la  vapeur  sur  les  corps  refroidis  par  rayonnement, 
sans  tenir  compte  des  causes  accessoires  qu'il  n'a  pas  su  apprécier  suffisamment.  Le  phénomène  de 
la  rosée  n'a  pas  toujours  cette  simplicité  indiquée  par  Wells  ;  de  même  celui  du  brouillard  est  plus 
complexe  que  ne  le  pensait  Davy.  C'est  pourquoi  il  y  a  dans  le  phénomène  de  la  rosée  une  foule 
d'anomalies  qui  ont  fait  douter  plusieurs  bons  esprits  de  la  théorie  de  cet  auteur.  Wells  a  com- 
plètement méconnu  l'influence  des  corps  terrestres  chargés  plus  ou  moins  d'électricité  résineuse  sur 
la  vapeur  inférieure,  possédant  une  tension  vitrée  très-notable. 


BAROMÉTRIQUES.  W 

de  l'atmosphère,  lorsque  le  lendemain  la  température  se  relève  et 
reproduit  de  nouvelles  vapeurs.  Cette  atmosphère  n'est  plus ,  on  le 
voit,  pure  de  réaction  comme  nous  l'avons  supposé  d'abord,  elle  a 
conservé  une  portion  des  vapeurs  de  la  veille,  possédant  des  tensions 
différentes ,  résultant  de  l'action  du  globe ,  de  leur  conduction  inté- 
rieure et  de  leur  légèreté  spécifique. 

139.  Cette  première  cause  de  la  complication  du  phénomène  est 
peu  de  chose,  en  comparaison  de  celle  qu'y  apporte  le  courant  tropical, 
courant  qui  porte  sans  cesse  vers  les  régions  polaires  la  masse  de  va- 
peurs résineuses  qui  s'élèvent  toute  l'année  entre  les  tropiques. 

La  portion  de  l'atmosphère  dans  laquelle  se  passent  la  plupart  des 
phénomènes  qui  nous  atteignent^  se  trouve  placée  entre  la  terre  et 
le  courant  qui  s'approche  peu  à  peu  de  la  surface  du  globe,  et  dont  l'a- 
baissement reconnaît  trois  causes  :  la  diminution  de  la  température, 
la  neutralisation  progressive  d'une  partie  des  vapeurs  résineuses  qu'il 
contient ,  enfin  le  resserrement  de  l'espace  polaire  vers  lequel  tendent 
tous  les  courants  qui  partent  du  cercle  équatorial.  Par  le  seul  effet 
de  cette  progression  vers  l'axe  d'un  grand  cercle,  la  vapeur  conserve 
une  grande  condensation,  malgré  les  résolutions  d'eau  qui  ont  eu  lieu 
pendant  sa  pérégrination. 

140.  En  consultant  les  observations  des  capitaines  baleiniers  et 
celles  des  voyageurs  qui  ont  fait  de  longs  séjours  dans  les  régions  po- 
laires ,  sur  mer  ou  près  des  côtes;  en  comparant  ces  observations  avec 
celles  faites  sur  les  continents,  loin  des  influences  maritimes,  on  voit 
que  les  derniers  nuages  plombés  et  tempétueux  atteignent  des  lati- 
tudes bien  plus  élevées  l'été  que  l'hiver,  et  bien  plus  élevées  en  mer 
qu'au  milieu  des  continents.  Lorsque  le  soleil  touche  au  solstice  d'hi- 
ver, le  refroidissement  de  l'atmosphère  boréale  abaisse  ce  courant  en 
le  condensant,  et  facilite  ainsi  la  neutralisation  de  son  électricité,  au 
moyen  des  échanges  avec  le  sol ,  dans  les  régions  tempérées  qu'il  tra- 
verse. Cette  action  incessante  du  froid  et  des  neutralisations  électri- 
ques fait  résoudre  successivement  les  vapeurs  qu'il  contient ,  de  telle 
sorte  qu'il  se  termine  l'hiver  du  55®  au  60^ degré,  devançant  ou  dé- 
Ton.  XVIII.  13 


99  SUR  LES  VARIATIONS 

passant  cette  limite,  suivant  l'influence  des  plages  maritimes ,  l'expo- 
sition des  contrées  et  les  variations  accidentelles  qu'il  a  subies  dans  sa 
route.  Au  delà  des  derniers  nuages  gris  et  surbaissés  que  les  rafales 
accompagnent ,  on  éprouve  de  longs  calmes  et  une  très-basse  tempéra- 
ture; l'atmosphère  ne  contient  plus  alors  de  vapeurs  proprement  dites, 
mais  de  petits  cristaux  de  glaces ,  produits  du  reste  des  vapeurs  les 
plus  chargées  d'électricité  résineuse  et  les  plus  repoussées.  Ces  cristaux 
sont  tenus  trop  espacés  les  uns  des  autres  par  leur  répulsion  récipro- 
que, et  sont  conséquemment  trop  disséminés  pour  pouvoir  se  grouper 
en  nuages  :  leur  existence  ne  se  manifeste  que  par  des  phénomènes  op- 
tiques très-communs  dans  ces  parages,  et  enfin  par  les  phénomènes  lu- 
mineux de  leurs  décharges  électriques  (l'aurore  boréale),  lorsque  leur 
concentration  s'effectue,  sujet  sur  lequel  nous  reviendrons  ailleurs. 

141.  Lorsque  le  soleil  revient  vers  notre  hémisphère,  il  recule  les 
limites  de  ce  courant  et  en  pousse  successivement  les  derniers  nuages 
vers  de  plus  hautes  latitudes.  Cette  amplitude  dans  les  limites  du  cou- 
rant tropical ,  donne  deux  époques  tempétueuses  aux  régions  situées 
entre  le  60<=  et  le  75*=  degré  de  latitude.  «  Dans  le  printemps,  dit  Sco- 
resby ,  les  vents  N. ,  NE.  et  E.  sont  fréquents  et  sont  accompagnés  de 

tempêtes  considérables En  avançant  dans  le  mois  de  mai , 

elles  deviennent  moins  fréquentes ,  le  temps  s'améliore ,  tan- 
dis que  dans  les  régions  plus  au  N. ,  les  plus  violentes  tempêtes  arrivent 
en  juillet.  »  Plus  bas,  il  ajoute  :  «  Lorsque  les  contrées  tempérées 
souffrent  d'une  succession  de  tempêtes ,  les  régions  polaires  jouissent 
d'une  grande  tranquillité.  Après  que  les  tempêtes  d'automne  sont  pas- 
sées, il  y  a  une  succession  de  temps  calmes  accompagnés  de  grands 
froids  '.  »  Crantz  ^,  Guthrie  %  G.  Mackenzie  *,  etc.,  font  des  remar- 
ques semblables,  et  Guthrie  s'étend  même  sur  cette  compensation  des 
pays  polaires.  Nous  tenons  de  M.  Knorr ,  professeur  à  Casan ,  que  le 

*  An  account  ofthe  arctic  régions,  I,  409-413. 

*  History  of  Greenland. 

'  Dissertation  on  the  climate  of  Russia,  Ed.  phil.  trans.,  vol.  2. 

*  Travels  in  Iceland  during  the  sumtner  of  iS  10. 

Ci 


BAROMÉTRIQUES.  ^.  99 

calme  règne  dans  cette  région  pendant  au  moins  deux  mois,  arec  un 
froid  de  25  à  40  degrés  centigrades  au-dessous  de  zéro. 

142.  La  latitude  où  se  termine  le  courant  varie  donc  considérable- 
ment suivant  la  position  des  pays.  Au-dessus  des  mers ,  au-dessus  des 
contrées  qui  reçoivent  les  vents  plus  ou  moins  saturés  de  vapeurs 
chargées  d'électricité  résineuse,  la  température  s'y  maintient  plus 
haute  et  la  répulsion  prolonge  lear  cours  vers  l'espace  polaire.  Au  sol- 
stice d'hiver,  cette  latitude  descend,  en  ondulant,  jusqu'au  50®  de- 
gré et  même  au  48**  dans  la  Russie  asiatique,  qui  s'étend  du  Volga 
à  la  Mer-d'Orchozk  ',  tandis  qu'en  mer,  il  faut  remonter  jusque  près 
du  60«  et  du  65*' degré.  La  même  différence  existe  au  solstice  d'été: 
en  mer  il  faut  remonter  jusqu'au  80^  degré,  d'après  Scoresby,  pour 
se  trouver  en  dehors  des  grosses  tourmentes ,  tandis  qu'en  Sibérie  elles 
dépassent  rarement  le  65''  degré. 

143.  On  peut  donc  considérer  les  vapeurs  diurnes  qui  se  répandent 
chaque  jour  entre  le  globe  et  le  courant  tropical ,  comme  soumises  à 
quatre  forces  qui  altèrent  à  chaque  instant  et  leur  distribution  et  leur 
état  intérieur.  Ces  forces  sont  {apesanteur,  la  température,  la  ten- 
sion résineuse  du  globe  et  enfin  celle  du  courant  supérieur. 

La  première  de  ces  forces  est  stable ,  permanente ,  et  ne  peut  être 
altérée  dans  son  action  directe  ;  ses  effets  seuls  peuvent  être  modifiés 
par  la  coexistence  des  autres  forces. 

La  température  n'est  pas  davantage  altérée  dans  son  action  directe  ; 
ses  effets  peuvent  être  aussi  modifiés  par  la  coexistence  des  autres 
influences  ;  mais  en  ne  considérant  la  température  que  sur  un  point 


'  Pallas  dit,  t.  V.  p.  299,  que  vers  le  49'  degré,  vers  Zarizin  sur  le  Volga,  les  mois  de  décem- 
bre et  janvier  sont  froids  et  calmes,  que  le  passage  des  ouragans  commence  en  février  et  finit  en 
mars,  puis  viennent  les  temps  variables  de  l'été  et  ses  orages,  et  le  retour  des  ouragans  se  fait  de 
la  mi-octobre  à  la  fin  de  novembre.  Vers  Krasnoïarsk,  au  56'  degré  sur  le  Jenisei,  les  ouragans 
commencent  plutôt  en  octobre  et  finissent  vers  la  mi-novembre,  puis  viennent  les  froids  de  — 30 
à  — 40»  c.  et  les  calmes  (t.  IV,  p.  2). 

A  Kirenga,  au  delà  du  57'  degré,  le  froid,  selon  Delisle,  y  descend  bien  au  delà  de  — 50°  c,  il 
dure  longtemps  ainsi  que  le  calme;  avant  et  après  les  calmes  sont  les  ouragans.  {Acad.  te.,  1749, 
p.  193.) 


leO'  SUR  LES  VARIATIONS 

donné  du  sol  ou  de  l'atmosphère  inférieure,  elle  éprouve  des  varia- 
tions infinies  et  elle  n'a  de  constant  qu'une  muabilité  incessante. 

Les  deux  dernières  forces  sont  de  la  même  nature,  l'une  provient 
de  la  surcharge  d'électricité  résineuse  que  coerce  le  globe  terrestre  ; 
l'autre  de  la  surcharge  d'électricité  résineuse  que  maintient  coercée 
le  courant  tropical. 

144.  Si  l'on  considère  la  tension  électrique  du  globe  dans  sa  géné- 
ralité, c'est-à-dire  sous  le  point  de  vue  astronomique,  elle  a  proba- 
blement peu  de  variations  dans  sa  puissance ,  mais  si  on  la  considère 
météorologiquement,  c'est-à-dire  sous  le  point  de  vue  de  son  influence 
dans  un  lieu  donné ,  les  variations  de  son  intensité  sont  nombreuses 
et  son  inconstance  égale  au  moins  celle  de  la  température. 

Enfin  la  tension  résineuse  du  courant  supérieur  réunit  toutes  les 
mutations  possibles.  L'électricité  résineuse,  coercée  par  les  vapeurs 
de  ce  courant,  est  plus  ou  moins  nombreuse,  sa  distribution  varie  à 
chaque  instant,  soit  par  un  changement  dans  la  température,  soit  par 
l'influence  du  globe  et  par  sa  distance ,  par  des  terrains  élevés  ou  des 
montagnes,  ou  par  des  nuages  inférieurs;  elle  varie  aussi  avec  les  neu- 
tralisations qui  ont  lieu  entre  les  vapeurs  supérieures  et  les  vapeurs 
diurnes;  à  la  suite  des  résolutions  aqueuses ,  et  enfin  avec  l'étendue  de 
l'aire  où  viennent  se  joindre  tous  les  courants  tropicaux  ;  cette  élec- 
tricité du  courant  tropical  réunit  à  elle  seule  toutes  les  variations 
possibles. 

C'est  au  milieu  de  ces  influences  si  mobiles,  si  variées  ,  que  la  va- 
peur diurne  se  répand  chaque  jour ,  qu'elle  y  subit  ses  modifications, 
et  c'est  du  résultat  complexe  de  toutes  ces  actions  et  réactions  que 
ressortent  les  phénomènes  météorologiques  qui  nous  environnent. 

145.  En  faisant  abstraction  de  la  pesanteur,  et  en  ne  considérant 
les  vapeurs  diurnes  que  dans  leurs  rapports  avec  les  influences  d'élec- 
tricité résineuse  du  globe  et  celles  du  courant  tropical ,  il  en  résulte 
d'abord  qu'en  raison  de  ces  influences  de  même  nature  agissant  l'une 
de  bas  en  haut ,  l'autre  de  haut  en  bas,  les  vapeurs  diurnes  doi- 
vent se  diviser  en  trois  couches  bien  distinctes ,  et  doivent  former  des 


Oi-i 


BAROMÉTRIQUES.  101 

strates  reconnaissables  à  leurs  couleurs.  C'est  ce  qui  a  lieu  en  effet,  et 
c'est  ce  qu'on  peut  observer  chaque  jour.        .,;.  ,> ..  _ , 

Celles  qui  s'élèvent  le  plus  par  leur  légèreté  spécifique,  étant  trôs- 
rapprochées  du  courant  tropical ,  elles  deviennent  vitrées  sous  son  in- 
fluence et  les  nues  opaques  qu'elles  forment  sont  blanches ,  brillantes 
et  bien  dessinées. 

Celles  que  leur  gravité  retient  à  une  hauteur  moyenne,  reçoivent 
toute  l'électricité  résineuse  repoussée  de  haut  en  bas  par  ce  courant ,  et 
celle  qui  est  repoussée  de  bas  en  haut  par  l'action  du  globe.  En  s'opa- 
lisant,  elles  forment  ces  strates  gris,  ardoisés,  muqueux ,  qui  sont  in- 
férieurs aux  nuages  blancs,  et  qu'ils  suivent  souvent,  attirés  qu'ils 
sont  par  une  électricité  contraire. 

Enfin  la  portion  de  vapeurs  inférieures  les  plus  rapprochées  du  sol 
est  vitrée,  et  forme  les  brouillards  blancs  et  humides  de  nos  contrées , 
qui  se  résolvent  promptement  en  bruine  ou  en  forte  rosée.  De  cette 
distribution  générale  il  résulte,  comme  l'observation  nous  l'a  dé- 
montré, que  plus  on  s'élève,  plus  on  se  dégage  de  la  complexité  de 
ces  couches  interposées,  et  plus  les  phénomènes  se  simplifient  en  res- 
tant soumis  au  seul  courant  tropical.  (Figure  10  '.) 


*  Nous  devons  citer  les  expériences  suivantes,  propres  à  faire  connaître  les  variations  nom- 
breuses que  la  distribution  de  l'électricité  du  courant  tropical  éprouve  par  l'interposition  des  va- 
peurs disposées  en  strates  neutres  ou  électrisés  et  formant  écran. 

On  place  une  sphère  A  sur  des  gâteaux  de  résine  pour  l'isoler  (fig.  11);  on  la  charge  d'électri- 
cité résineuse  :  on  place  une  autre  sphère  B  neutre  et  isolée  à  4  ou  5  décimètres  au-dessus  de  la 
première.  L'électricité  de  B  se  distribuera  inégalement,  la  face  en  regard  de  À  sera  vitrée  et  la  sur- 
face supérieure  sera  résineuse  ;  ce  fait  est  connu.  Si  l'on  interpose  un  écran  C,  conducteur  ou  demi- 
conducteur  (fig.  12),  neutre  et  isolé,  l'influence  de  A  sur  B  n'en  est  point  altérée,  l'écran  devient 
vitré  sur  sa  surface  vers  \,  et  résineux  sur  sa  face  vers  B  :  c'est  ce  qu'on  peut  constater  au  moyen 
d'un  plan  d'épreuve  et  d'un  électromètre.  Si  l'on  touche  cet  écran  pour  détruire  son  isolement,  toute 
l'électricité  négative  repoussée  par  A  sur  la  surface  supérieure  s'écoule  dans  le  centre  commun,  et 
cet  écran  ne  garde  que  la  charge  vitrée  développée  et  coercée  par  l'influence  de  A  ;  cette  électricité 
vitrée  est  rendue  latente  pour  les  corps  voisins,  par  la  puissance  résineuse  de  A.  La  sphère  B, 
ne  recevant  plus  l'influence  de  A  ni  celle  de  la  face  supérieure  de  C,  reprend  son  état  naturel. 
Il  sutlit  donc  d'un  corps  interposé,  chargé  d'une  certaine  quantité  d'électricité  contraire,  pour 
arrêter  toute  l'influence  de  A  sur  B.  Si  A  et  B  sont  chargés  d'électricité  résineuse,  les  centres  des 
deux  surfaces  de  l'écran  seront  vitrés  et  les  parties  les  plus  éloignées  seront  résineuses;  si  l'é- 


102  SUR  LES  VARIATIONS 

CHAPITRE  IX. 

DE  LA.  CAUSE  DES  VARIATIONS  ACCIDENTELLES. 


146.  Nous  connaissons  maintenant  les  divers  effets  des  influences 
électriques,  nous  savons  comment  l'état  électrique  peut  rendre  l'at- 

cran  est  double  avec  un  espace  libre  dans  l'intérieur,  l'électricité  résineuse  se  retrouvera  sur  les 
faces  opposées. 

Si  l'on  place  trois  écrans  neutres  C,C',C",  et  isolés  l'un  de  l'autre  (fig.  13),  la  face  inférieure  de 
C  sera  vitrée,  la  supérieure  résineuse  :  la  face  supérieure  de  C"  sera  vitrée  et  l'inférieure  résineuse  : 
les  deux  faces  de  C  seront  vitrées  au  centre  et  résineuses  vers  les  bords. 

Si  les  trois  écrans  sont  en  communication,  C  et  C"  seront  vitrés  et  C  sera  résineux,  ce  qui 
rentre  dans  l'expérience  décrite  de  89  à  97.  , 

On  peut  encore  représenter  une  couche  de  vapeur  par  une  lame  de  verre  saupoudrée  de  limaille 
fine,  collée  par  du  vernis.  En  interrogeant  la  distribution  de  l'électricité  sur  cet  amas  de  petits  corps 
isolés  avec  un  plan  d'épreuve ,  après  avoir  laissé  agir  pendant  quelque  temps  l'influence  de  la  sphère 
électrisée,  on  trouve  que  les  parcelles  les  plus  voisines  du  corps  influent  se  chargent  peu  à  peu  d'élec- 
tricité contraire  au  détriment  des  parcelles  plus  éloignées ,  qui  prennent  alors  la  même  électricité 
que  celle  du  corps. 

Cet  état  opposé  des  molécules  éloignées  se  retrouve  toujours  sous  les  nuages  limités  qui  traver- 
sent l'atmosphère.  Au-dessous  d'eux ,  les  instruments  indiquent  leur  propre  tension  électrique;  mais 
en  s'approchant  des  limites  de  leur  influence,  les  signes  deviennent  contraires. 

La  pluie  qui  tombe 'd'un  gros  nuage  gris  reproduit  également  ce  phénomène.  Lorsque  la  pluie 
est  faible ,  que  les  gouttes  d'eau  sont  très-espacées  et  qu'elles  ne  peuvent  encore  servir  de  conduc- 
teur, elles  arrivent  résineuses  jusque  sur  l'électromètre  ;  celles  qui  tombent  à  l'entour  l'influencent 
comme  des  corps  résineux;  mais  aussitôt  que  leur  nombre  est  suffisant  pour  produire  une  demi- 
conduction,  les  séries  des  gouttes  inférieures  deviennent  de  véritables  conducteurs.  L'électricité 
que  le  nuage  attire  du  globe,  se  propageant  plus  vite  le  long  de  ces  filets  d'eau ,  que  les  gouttes  de 
pluie  ne  descendent,  cette  électricité  transforme  toute  la  portion  inférieure  de  l'averse,  en  un 
corps  chargé  d'électricité  contraire  à  celle  du  nuage.  Cette  nouvelle  tension  des  couches  inférieures 
agissant  puissamment  sur  l'instrument  en  raison  de  sa  proximité ,  lui  fait  prendre  des  signes  d'une 
électricité  opposée  à  celle  qu'il  indiquerait  si  l'influence  du  nuage  agissait  seule.  Lorsque  la  pluie 
diminue,  les  gouttes  redeviennent  plus  espacées,  leur  conduction  électrique  s'affaiblit,  elles  ramè- 
nent jusqu'au  sol  ou  près  du  sol  leur  tension  primitive,  et  reprennent  leur  première  influence  sur 
l'instrument  qu'elles  rendent  électrique  comme  elles.  Ces  affaiblissements  et  ces  renversements  de 
signes  se  reproduisent  à  chaque  renouvellement  d'ondée.  Il  faut  donc  bien  se  rappeler  ces  principes 
que  nous  avons  établis  d'après  l'observation  et  la  théorie  des  phénomènes  statiques,  pour  ne  point 
commettre  l'erreur  d'attribuer  à  un  nuage,  une  autre  électricité  que  celle  qu'il  possède.  (Voyez 
VInstîtut,  1844,  n"  358,  page  298. ) 


BÀROMËTRIQUESJa  405 

mosphère  plus  pesante  ou  plus  légère ,  suivant  la  tension  des  vapeurs 
et  leur  attraction  ou  leur  répulsion  du  globe;  nous  devons,  pour 
compléter  cette  étude,  suivre  la  marche  simultanée  des  instruments 
pendant  les  variations  qu'éprouve  la  pression  atmosphérique,  et  nous 
convaincre  alors  que  les  principes  précédents  sont  bien  ceux  qui 
président  à  ce  phénomène.  Nous  allons  rappeler  en  quelques  mots 
la  valeur  des  instruments  les  plus  usuels  en  météorologie ,  et  quelle 
est  la  limite  de  confiance  qu'ils  méritent. 

L'hygromètre  est  l'instrument  le  plus  borné  de  la  météolorogie  ;  il 
n'indique  que  l'humidité  de  l'air  qui  le  touche,  et  non  celle  des 
couches  éloignées,  que  l'on  aurait  le  plus  besoin  de  connaître.  De 
plus,  tous  les  hygromètres  ont  des  causes  d'erreur  considérables, 
que  nous  ne  pouvons  énumérer  ici;  nous  dirons  seulement  que 
la  confiance  qu'on  témoigne  depuis  quelque  temps  au  psychromètre 
nous  a  toujours  paru  exagérée.  Cet  instrument ,  comme  tous  les  hy- 
gromètres fondés  sur  le  principe  de  l'évaporation ,  ne  varie  pas  seu- 
lement suivant  l'état  hygrométrique  de  l'air,  mais  aussi  suivant  le 
mouvement  de  l'air ,  l'abondance  du  liquide  qui  lui  arrive  et  la  cou- 
che de  poussière  incrustée  dans  la  batiste  qui  recouvre  les  réservoirs. 
La  formule  parait,  non-seulement  douteuse,  mais  encore  erronée 
à  plusieurs  savants  qui  l'ont  étudiée  (M.  Laugier,  Régnault ,  etc.  ) 
Nous  pouvons  justement  espérer  que  les  recherches  récentes  de 
M.  Régnault  nous  donneront  bientôt  les  moyens  de  mieux  connaître 
le  rapport  des  indications  hygrométriques  à  la  quantité  réelle  de  va- 
peur contenue,  dans  l'air  ambiant. 

147.  Les  électromètres  obéissent  à  des  influences  un  peu  plus  dis- 
tantes que  les  hygromètres.  Les  vapeurs  électriques  n'ont  pas  besoin 
de  les  toucher  pour  les  faire  mouvoir;  mais  comme  les  influences 
croissent  dans  des  proportions  très-rapides  en  les  approchant  des  corps 
électrisés ,  les  couches  inférieures  parleur  proximité  masquent  l'action 
des  couches  supérieures ,  lors  même  que  leur  tension  est  plus  faible  ; 
la  proximité  l'emporte  sur  l'énergie.  Il  résulte  de  cet  efiet,  que  les  va- 
peurs inférieures,  même  faiblement  vitrées,  agissent  sur  les  électro- 


104  SUR  LES  VARIATIONS 

mètres  plus  fortement  que  les  couches  supérieures,  plus  épaisses  et 
plus  chargées  d'électricité  contraire.  Il  est  donc  nécessaire  de  faire 
entrer  dans  les  appréciations  de  l'état  atmosphérique ,  l'atténuation 
du  signe  électrique  normal;  ce  n'est  que  par  cette  diminution  non 
motivée  en  apparence ,  qu'on  soupçonne  une  influence  contraire  dans 
les  régions  supérieures ,  soupçon  qui  se  change  en  certitude  par  d'au- 
tres signes  que  nous  indiquerons,  et  par  le  résultat  final  qui  la  démon- 
tre. C'est  un  grave  inconvénient  pour  les  recherches  météorologiques 
d'avoir  ainsi  des  instruments  qui  n'obéissent  qu'à  des  forces  ou  en 
contact,  ou  très-rapprochées ,  et  qui  laissent  en  dehors  de  leurs  mani- 
festations tout  ce  qui  est  au  delà  de  ces  zones  d'influences.  Jusqu'à 
ce  que  des  instruments  plus  généraux  soient  inventés,  nous  sommes 
forcés  d'en  faire  usage  et  de  prendre  les  précautions  convenables  pour 
en  diminuer  les  inconvénients  et  saisir  dans  les  manifestations  acces- 
soires tous  les  signes  qui  peuvent  nous  éclairer. 

148.  Le  thermomètre  est  aussi  limité  dans  ses  indications  que  l'hy- 
gromètre ;  ces  indications  ne  peuvent  se  rapporter  qu'à  la  température 
de  l'air  qui  l'enveloppe  et  le  touche  de  toutes  parts  :  il  a  de  plus  des 
causes  d'erreur  qui  lui  sont  particulières.  Son  zéro  n'est  point  station- 
naire ,  il  remonte  avec  le  temps  et  il  faut  en  vérifier  la  position  de  temps 
à  autre.  Une  seconde  cause  d'erreur  bien  plus  importante  que  la  pre- 
mière, c'est  que  sa  marche  n'est  pas  réellement  l'expression  de  la  simple 
température  de  l'air,  mais  d'une  température  abaissée  par  un  rayonne- 
ment de  son  propre  calorique  vers  l'espace  céleste,  rayonnement  qui 
varie  avec  l'état  vaporeux  de  l'atmosphère.  Il  n'apprend  rien  également 
sur  la  décroissance  de  la  température  des  régions  supérieures,  et  il  nous 
laisse  dans  l'ignorance  de  l'état  calorifique  de  l'intérieur  des  nuages 
que  nous  aurions  tant  d'intérêt  à  connaître,  pendant  leurs  transforma- 
tions et  les  réactions  électriques  qu'ils  se  font  subir  les  uns  aux  autres. 

149.  Le  baromètre,  au  contraire,  est  un  instrument  de  totalité; 
il  indique  la  pesanteur  de  la  colonne  atmosphérique  tout  entière; 
la  densité  ou  la  rareté  des  couches  inférieures  ne  fait  qu'ajouter  ou 
retrancher  quelque  chose  à  la  somme  dont  il  est  toujours  l'exprès- 


BAROMÉTRIQUES.  105 

sion  fidèle.  Cette  indication  générale,  si  précieuse  sous  beaucoup  de 
rapports,  a  cependant  un  inconvénient  météorologique.  Il  arrive  sou- 
vent que  la  fixité  du  baromètre  n'est  pas  le  produit  d'un  état  stable 
dans  l'atmosphère,  mais  de  l'égalité  qui  se  rencontre  entre  l'aug- 
mentation de  la  pression  des  couches  inférieures  et  la  diminution  des 
couches  supérieures ,  et  vice  versa.  Il  peut  en  être  de  même  de  son  élé- 
vation et  de  son  abaissement  dans  certaines  limites  :  l'élévation  peut 
provenir  de  l'augmentation  de  pression  des  couches  inférieures,  ou 
de  la  diminution  des  couches  résineuses  supérieures. 

Quelle  que  soit  la  réalité  de  cette  cause  d'erreur  dans  l'apprécia- 
tion des  changements  de  pression ,  cependant  elle  ne  peut  s'étendre 
aux  grandes  oscillations  au-dessus  ou  au-dessous  de  la  moyenne. 
C'est  toujours  par  une  augmentation  des  couches  vitrées  qu'elles 
ont  lieu ,  ou  par  une  augmentation  des  couches  résineuses  ;  les 
signes  accessoires  suffisent  souvent  pour  dissiper  le  doute.  En  effet,  la 
difTérence  de  manifestation  qu'il  y  a  entre  le  baromètre  et  l'électro- 
mètre  peut  tenir  à  ce  que  la  couche  inférieure  vitrée  a  peu  d'épaisseur; 
sa  densité  n'augmentera  alors  que  faiblement  le  poids  total  de  l'at- 
mosphère ,  quoique  son  action  électrique  aura  pu  être  considérable 
sur  l'instrument.  Il  arrive  même  souvent  qu'une  influence  vitrée 
coïncide  avec  un  abaissement  du  baromètre,  lorsque  l'addition  de 
poids  provenant  de  la  couche  vitrée  inférieure,  est  moindre  que 
l'accroissement  de  légèreté  que  donnent  les  couches  supérieures, 
devenues  plus  résineuses,  comme  cela  arrive  très-souvent  entre  2  et 
6  h.  de  l'après-midi  dans  les  beaux  jours. 

150.  Les  vents  inférieurs  sont  soumis  à  un  si  grand  nombre  d'in- 
fluences locales,  qu'il  faut  à  peine  en  tenir  compte  dans  les  prévi- 
sions météorologiques  ;  c'est  sur  la  direction  des  courants  moyens 
et  supérieurs  qu'il  faut  s'appuyer ,  et  l'on  doit  noter  attentivement 
leurs  directions,  lorsqu'il  y  a  des  nuages  pour  l'indiquer. 

161.  Dans  les  lieux  élevés  et  dégagés ,  le  vent,  libre  dans  sa  pro- 
gression rapide  ,  maintient  la  trajectoire  des  gouttes  d'eau  dans  un 
angle  aigu  peu  favorable  à  leur  pénétration  dans  l'udomètre.  Dans 
Ton.  XVIU.  14 


106  SUR  LES  VARIATIONS 

la  région  inférieure,  les  relèvements  du  terrain  et  les  monuments,  al- 
térant sa  vitesse,  laissent  prendre  à  la  pluie  une  direction  moins 
oblique,  qui  facilite  son  entrée.  Quelque  physiciens  pensent  que 
c'est  à  cette  moindre  obliquité  du  trajet  des  gouttes  d'eau  ,  que  les 
udomètres  inférieurs  doivent  la  plus  grande  quantité  de  pluie  qu'ils 
recueillent.  Pour  que  l'indication  de  ces  appareils  fût  exacte,  il  fau- 
drait que  leur  ouverture  fût  toujours  perpendiculaire  à  la  trajectoire 
de  la  pluie,  ce  qui  n'arrive  presque  jamais,  même  pour  ceux  qui  sont 
placés  sur  une  suspension  de  Cardan,  et  s'inclinent  sous  l'influence 
du  vent. 

152.  Toutes  lesdifficultés  ne  résidentpasdansl'insuffisancedesinstru- 
ments;  elles  surgissent  en  grand  nombre  de  la  multitude  des  causes  se- 
condaires qui  font  varier  à  chaque  instant  la  pression  atmosphérique. 

Les  vapeurs  primitives,  comme  nous  l'avons  dit,  au  moment  de 
leur  formation,  sont  chargées  d'électricité  résineuse,  puisqu'elles  s'é- 
lèvent d'un  corps  possédant  cette  électricité.  Si  chaque  particule  con- 
servait intacte  sa  tension  résineuse ,  le  produit  météorologique  serait 
simple,  la  répulsion  du  globe  étant  toujours  la  même,  la  pression  di- 
minuerait en  raison  de  la  quantité  de  vapeurs  répandues  dans  l'at- 
mosphère. 

La  demi-conduction  des  vapeurs  ne  permet  pas  cette  stabilité  ;  à 
peine  sont-elles  disséminées  dans  l'atmosphère,  que  le  globe  terrestre, 
agissant  par  répulsion  sur  leur  électricité  résineuse,  oblige  cette  der- 
nière à  s'accumuler  sur  la  portion  la  plus  élevée  de  ces  vapeurs ,  et  à  ren- 
dre ainsi  la  portion  voisine  du  globe  moins  résineuse  que  lui,  c'est-à- 
dire,  vitrée  par  rapport  à  lui.  En  raison  de  leur  proximité,  les  vapeurs 
vitrées  étant  plus  attirées  que  les  résineuses  ne  sont  repoussées,  la  pres- 
sion totale  en  est  augmentée,  et  dans  ce  moment  le  baromètre  monte. 

L'attraction  condensant  davantage  les  vapeurs  vitrées ,  elles  s'a- 
baissent, se  résolvent  en  rosée  ou  en  bruine  ,  leur  électricité  se  neu- 
tralise facilement  et  laisse  alors  dominer  sans  contre-poids  les  vapeurs 
résineuses  supérieures.  Pendant  cette  nouvelle  distribution,  la  pe- 
santeur diminue  et  le  baromètre  baisse. 


BAROMÉTRIQUES.  107 

153.  Si  le  globe  terrestre  était  le  seul  corps  qui  agît  sur  les  va- 
peurs diurnes,  il  ne  pourrait  y  avoir  de  nuages  vitrés  à  une  grande 
hauteur;  et  ces  nuages  ne  pourraient  persister  longtemps  en  pré- 
sence de  l'attraction  permanente  du  sol.  Iln'y  aurait  jamais  d'orages 
véritables,  il  n'y  aurait  que  des  tourmentes  et  des  tempêtes,  occa- 
sionnées par  la  décharge  des  nuages  résineux  avec  le  globe.  Les 
orages  véritables ,  à  roulement  de  tonnerre,  n'ont  lieu,  comme  nous 
le  démontrerons  ailleurs,  qu'entre  les  nuages  vitrés  supérieurs  et  les 
nuages  résineux  au-dessous  d'eux  ' . 

L'existence  des  nuages  blancs  très-élevés  et  placés  au-dessus  des 
strates  gris ,  servirait  seule  à  démontrer  la  présence  d'une  autre  puis- 
sance résineuse  supérieure,  s'il  n'en  existait  pas  d'autres  preuves. 
Cette  seconde  puissance  analogue  à  celle  du  globe,  dont  elle  n'est 
qu'une  parcelle  détachée ,  réside  dans  le  courant  d'air  qui  vient  des 
zones  torrides  et  qui  entraine  avec  lui  une  grande  partie  des  nom- 
breuses vapeurs  résineuses  qui  s'y  élèvent  sans  cesse  de  la  surface 
des  mers  et  du  sol.  C'est  donc  entre  ces  deux  influences  analogues 
que  se  dispersent  les  vapeurs  diurnes  de  toutes  les  contrées  extra- 
tropicales, c'est  dans  l'espace  qui  les  sépare  que  s'opèrent  toutes  les 
transformations  journalières  qui  constituent  la  plus  grande  partie 
des  météores  aqueux  et  ignés  qui  nous  entourent. 

154.  Les  vapeurs  produites  pendant  la  journée  se  dispersant  dans 
cet  espace ,  éprouvent  une  double  influence  de  même  nature ,  une  de 
bas  en  haut  de  la  part  du  globe ,  une  de  haut  en  bas  de  la  part  du 
courant  tropical.  De  cette  double  influence  ressort  une  double  distri- 
bution de  l'électricité  dans  les  vapeurs  renfermées  dans  cette  enceinte. 

L'espace  qui  sépare  les  deux  puissances  résineuses  du  globe  et  du 
courant  tropical  ,  ne  possède  pas  la  tension  d'électricité  résineuse 

*  «  Au  col  du  Géant,  tant  que  nous  ne  voyions  dans  l'air  ou  sur  la  cime  du  Mont-Blanc  qu'un 
seul  nuage ,  quelque  dense  ou  quelqu'obscur  qu'il  parût,  il  n'en  sortait  point  de  tonnerre;  mais  s'il 
s'en  formait  deux  couches,  l'une  au-dessus  de  l'autre,  ou  s'il  en  montait  des  plaines  ou  des  vallées, 
qui  vinssent  atteindre  ceuK  qui  occupaient  les  cimes ,  leur  rencontre  était  sij^alée  par  des  coups  de 
vents,  des  tonnerres,  de  la  grêle  et  de  la  pluie.  »  Voyage  de  Saussure,  §  2073. 


108  SUR  LES  VARIATIONS 

au  même  degré  que  ces  corps  j  par  cette  seule  différence  en  moins 
dans  sa  tension  résineuse ,  cet  espace  est  dans  l'état  négatif  ou  ré- 
sineux en  moins ,  c'est-à-dire ,  vitré  ou  positif  par  rapport  à  ces 
corps.  Il  en  résulte  qu'un  électromètre  équilibré  près  de  la  surface 
du  sol,  possède  la  même  tension  que  lui;  mais  aussitôt  qu'on  l'éloigné 
en  l'élevant ,  la  réaction  résineuse  du  globe  diminue  rapidement  sur 
la  tige  isolée  qui  porte  l'index  ,  tandis  que  les  armatures  restent  en 
communication  avec  le  sol.  Dans  la  nouvelle  distribution  de  l'élec- 
tricité qui  a  lieu  dans  l'instrument ,  le  voisinage  du  socle  ou  des  ar- 
matures en  équilibre  avec  le  sol ,  attire  dans  la  partie  inférieure  de 
la  tige  isolée,  une  grande  partie  de  l'électricité  vitrée,  et  la  partie  su- 
périeure de  la  tige  reçoit  une  quantité  correspondante  d'électricité 
résineuse  '. 

155.  Les  vapeurs  interposées  entre  ces  deux  puissances  se  dis- 
tribuent donc  en  trois  zones  bien  distinctes,  comme  nous  l'avons 
dit  (J  106  :  l'une  est  près  du  sol ,  elle  est  rendue  vitrée  par  son  in- 
fluence ;  l'autre  est  près  du  courant  tropical ,  et  par  une  cause  ana- 
logue ,  elle  est  également  rendue  positive  ou  vitrée  ;  les  vapeurs 
résineuses ,  repoussées  de  chaque  côté,  forment  la  zone  intermédiaire. 
Ces  trois  couches  sont  souvent  distinctes  à  la  vue,  deux  surtout  le 
sont  habituellement  ;  la  plus  élevée  se  manifeste  par  des  cirrho-cu- 
muli ,  des  cumuli  blancs  ou  des  pommelures  brillantes.  Ces  nuages, 
que  leur  blancheur  indique  être  chargés  d'une  grande  tension  vitrée, 
ne  peuvent  cependant  s'élever  jusqu'au  courant  tropical;  leur  gra- 
vité s'y  oppose ,  ils  ne  peuvent  se  résoudre  de  bas  en  haut  et  former 
une  pluie  ascendante;  ce  n'est  qu'en  repassant  à  l'état  de  fluide 
élastique,  que  leur  électricité  vitrée  va  neutraliser  en  partie  les 
vapeurs  résineuses  de  ce  courant,  et  favoriser  leur  condensation  et 
leur  résolution  ultérieure.  Cette  résolution  se  manifeste  nettement 
par  les  filaments  pennés  et  tremblotants  de  la  partie  supérieure  des 

*  Voyez  mon  Mémoire  sur  la  Météorologie  électrique,  i'^  partie,  dans  le  ^i'  n°  des  Archives 
de  l'électricité,  1844. 


BAROMÉTRIQUES.  100 

nuages ,  comme  on  le  voit  chaque  jour ,  lorsqu'on  les  domine  du 
sommet  d'une  haute  montagne.  .:.i,  iii..    .  .iouujJ  1,0  ,:;î..i> 

166.  Cette  opposition  de  la  gravité  à  l'ascension  de  ces  cirrho- 
cumuli ,  les  tient  groupés  en  des  masses  considérables,  à  des  hau> 
teurs  correspondantes  à  leur  pesanteur  d'une  part  et  à  leur  attrac- 
tion supérieure  de  l'autre  ;  le  contraire  a  lieu  pour  les  Tapeurs 
vitrées  inférieures  :  la  gravité  et  l'attraction  électrique  s'unissent  pour 
produire  leur  abaissement  et  leur  résolution  ;  aussi  ces  dernières 
vapeurs  forment  rarement  des  nuages  distincts  et  durables. 

A  peine  ces  vapeurs  sont-elles  un  peu  condensées  et  se  sont-elles 
transformées  en  brouillard  blanc  ,  qu'elles  s'abaissent  et  se  résolvent 
en  rosée  ou  en  pluie  tamisée.  ji^ii  ai  . 

Enfin ,  intermédiairement ,  les  vapeurs  résineuses  sont  reconnais- 
sablés  à  leur  teinte  grise  et  ardoisée,  formant  des  strates  mal  définis, 
qui  restent  seuls  le  soir  après  que  les  vapeurs  blanches  supérieures 
ont  repris  la  forme  élastique ,  et  que  les  inférieures  se  sont  réduites 
en  rosée.  -^yn  »h  ?Mq  ^'.'*  ff  • 

157.  Il  faut  tenir  un  compte  tout  spécial  du  courant  tropical ,  de 
ce  courant  qui  possède  une  force  analogue  à  celle  de  la  terre,  mais 
sans  en  avoir  la  stabilité.  Il  s'approche  ou  s'éloigne  suivant  les  sai- 
sons et  descend  progressivement  en  s'avançant  dans  les  hautes  la- 
titudes ;  ses  vapeurs  inférieures  ont  leur  tension  résineuse  atténuée 
par  les  vapeurs  intermédiaires  ;  elles  descendent  et  se  confondent 
avec  elles  ;  elles  en  augmentent  énormément  l'étendue  et  l'influence 
résineuse  ;  elles  produisent  ces  gros  nuages  ardoisés  et  tempétueux 
de  l'automne,  si  communs  dans  les  latitudes  élevées.  Sous  ces  va- 
peurs à  l'état  de  fluide  élastique ,  le  baromètre  descend  rapidement; 
mais  aussitôt  qu'elles  se  condensent ,  que  leurs  molécules  se  réunis- 
sent pour  se  globuliser ,  elles  se  massent  ;  une  partie  de  leur 
électricité  intérieure  est  repoussée  à  la  périphérie  et  forme  une  at- 
mosphère électrique  qui  se  décharge  sur  le  sol  moins  résineux  qu'elle, 
au  moyen  de  l'agitation  de  l'air.  A.  peine  ces  premières  condensa- 
tions ont-elles  lieu  ,  à  peine  leur  répulsion  intérieure  est-elle  dimi- 


110  SUR  LES  VARIATIONS 

nuée,  que  le  baromètre  l'indique  par  sa  rétrogradation  ascendante; 
sa  marche  est  d'autant  plus  rapide  ,  que  les  coups  de  vent  sont  plus 
précipités  et  qu'ils  déchargent  plus  promptement  l'électricité  rési- 
neuse de  ces  vapeurs,  qui  se  résolvent  alors  en  une  pluie  abon- 
dante. 

r..  On  voit  combien  ce  courant  complique  les  phénomènes  météoro- 
logiques ,  et  combien  il  multiplie  les  difficultés  :  cependant  elles  ne 
sont  pas  insolubles ,  si  l'on  a  toujours  présent  à  l'esprit  la  compo- 
sition des  vapeurs  qui  sont  formées  de  petits  corps  isolés,  parfaitement 
distincts  les  uns  des  autres,  gardant  et  coerçant  des  portions  variables 
d'électricité  semblable  à  celle  du  globe,  et  tous  agissant  par  leurs 
forces  individuelles. 

158.  La  pression  normale ,  celle  qui  répondrait  à  la  seule  gra- 
vité de  l'air  et  des  vapeurs,  est  donc  altérée  :  1**  par  la  tension 
vitrée  des  vapeurs  inférieures  qui  les  rend  plus  denses  en  présence 
du  globe  résineux,  et  conséquemment  plus  pesantes;  2°  parla  ten- 
sion des  vapeurs  résineuses  intermédiaires  qui  les  raréfie  et  les  rend 
plus  légères  ;  3°  par  la  tension  des  vapeurs  vitrées  supérieures  ;  elle 
ajoute  peu  à  leur  gravité  à  cause  de  l'attraction  des  vapeurs  rési- 
neuses du  courant  tropical  ;  mais  en  raison  de  leur  influence  sur 
ces  dernières  ,  elles  diminuent  leur  répulsion  intérieure  et  les  ren- 
dent ainsi  plus  pesantes.  Ces  vapeurs  vitrées  concourent  donc  média- 
tement  à  l'augmentation  de  la  pression ,  en  atténuant  la  légèreté 
spécifique  des  vapeurs  résineuses  du  courant  ;  4°  le  courant  tropical 
lui-même  allégit  la  pression  en  raison  de  son  épaisseur,  de  sa  ten- 
sion et  de  sa  distance  au  sol.  Plus  il  est  élevé,  moins  l'action  du 
globe  est  puissante  et  moins  elle  augmente  la  répulsion  intérieure 
des  particules.  Lorsqu'il  s'abaisse,  cette  action  augmente  et  par  suite 
la  répulsion  intérieure;  ces  vapeurs  deviennent  alors  comparative- 
ment plus  légères  ;  5°  le  courant  tropical,  en  s'avançant  vers  le  pôle, 
pénètre  dans  une  aire  qui  diminue  comme  le  produit  de  la  circon- 
férence d'un  grand  cercle  par  la  différence  des  sinus  des  latitudes 
extrêmes  qui  enceignent  cette  aire.  La  condensation  de  ces  vapeurs 


BAROMÉTRIQUES.  111 

s'accroît  donc  aussi  par  cette  cause ,  indépendamment  de  celle  qui 
provient  du  refroidissement  et  des  neutralisations  ;  6°  enfin  ,  l'air 
partage  avec  les  vapeurs  les  attractions  et  les  répulsion  électriques, 
et  conséquemment  les  condensations  et  les  dilatations  qui  en  dé- 
pendent. 

159.  Nous  pourrions  prouver  par  un  grand  nombre  d'observations 
la  corrélation  qu'il  y  a  entre  la  tension  électrique  des  vapeurs  et  la 
marche  du  baromètre  ,  mais  nous  pensons  qu'un  petit  nombre 
d'exemples  devra  suffire,  puisqu'un  plus  grand  nombre  ne  ferait  que 
reproduire  les  mêmes  relations. 


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BAROMÉTRIQUES.  113 

160.  Dans  l'observation  précédente,  la  marche  des  instruments  est 
assez  régulière  et  assez  simple  pour  en  suivre  la  liaison. 

L'hygromètre,  quoiqu'il  variât  peu,  n'y  fut  pas  sans  utilité  :  les  brouil- 
lards fortement  vitrés,  mais  sans  pluie,  l'ont  fait  monter  très-haut; 
avant  et  au  moment  de  la  première  pluie  résineuse ,  le  baromètre  des- 
cendit pour  remonter  à  mesure  qu'avait  lieu  la  résolution  du  nuage  ré- 
sineux. On  voit  aussi  l'hygromètre  descendre  et  rétrograder  jusqu'à 
80°  pendant  la  forte  tension  résineuse  du  14  et  une  pluie  de  8™™. 
A  peine  cette  bourrasque  était-elle  terminée  et  à  peine  les  signes  vitrés 
avaient-ils  reparu,  que  l'hygromètre  remonta  à  84o,5,  quoique  le 
ciel  fût  assez  beau  et  ne  fût  plus  voilé  que  par  un  faible  brouillard. 

161.  L'électromètre  marchait  comme  le  brouillard,  il  notait  une 
forte  tension  vitrée,  lorsque  le  brouillard  était  épais  et  humide;  il 
notait  une  moindre  tension  aussitôt  que  la  résolution  l'avait  déchargé 
de  la  surabondance  vitrée  inférieure.  Le  brouillard  diminuant  de 
plus  en  plus  d'épaisseur,  l'électromètre,  toujours  influencé  par  les 
couches  voisines,  en  suivait  les  indications  avec  un  affaiblissement 
assez  minime,  qui  aurait  induiten  erreur,  si  le  baromètre,  instrument 
de  totalité,  n'avait  pas  indiqué  par  sa  rapide  descente  que  la  limite 
supérieure  du  brouillard  vitré  se  rapprochait  du  sol ,  que  sa  pression 
diminuait  et  laissait  agir  plus  isolément  les  vapeurS  résineuses  supé- 
rieures. Enfin  le  11  le  brouillard  avait  disparu;  le  vent,  calme  jus- 
qu'alors, se  leva  un  peu  ;  le  12  au  matin,  il  n'y  avait  plus  de  signes 
vitrés.  Les  signes  résineux  prirent  leur  place ,  le  vent  devint  tempé- 
tueux ,  la  pluie  tomba  ;  ce  n'était  plus  par  une  forte  rosée  ou  une 
bruine  que  le  nuage  résineux  se  déchargeait ,  mais  par  une  pluie  in- 
stantanée qui  suivait  les  bourrasques  intermittentes.  Le  13  fut  un  jour 
de  transition,  et  le  14  un  nuage  nouveau,  plus  résineux  encore  que 
le  premier ,  vint  se  neutraliser  près  du  sol  et  se  résoudre  en  partie. 
Le  baromètre,  qui  était  descendu  jusqu'à  735™™,  remonta  aux  pre- 
mières gouttes  de  pluie,  et  sa  marche  s'accéléra  avec  la  réapparition 
des  brouillards ,  pour  retomber  encore  à  l'arrivée  de  nouveaux  nuages 
résineux  qui,  le  18,  donnèrent  plus  de  1500  degrés  de  tension  rési- 

ToM.  XVIII.  15 


414  SUR  LES  VARIATIONS 

neuse.  Ces  sombres  nuages  furent  accompagnés  de  fortes  bourrasques 
et  de  torrents  de  pluie  dans  les  contrées  à  l'E. ,  vers  lesquelles  ils 
étaient  poussés. 

162.  Dans  l'exemple  précédent  les  échanges  électriques  ont  eu 
lieu  principalement  entre  la  terre  et  les  nuages  gris ,  par  le  moyen 
des  bourrasques  de  vent.  Dans  le  suivant ,  ces  échanges  ont  lieu  entre 
deux  rangs  superposés  de  nuages ,  et  laissent  presque  dans  un  repos 
complet  l'atmosphère  inférieure  ' . 

'  Toutes  les  relations  et  tous  les  tableaux  d'observations  sont  remplis  des  preuves  de  la  corréla- 
tion qu'il  y  a  entre  les  bourrasques  et  les  averses  :  cependant  des  averses  ont  lieu  également  pendant 
le  calme  ;  mais  alors  c'est  que  les  décharges  électriques  se  font  entre  les  nuages  gris,  ardoisés ,  infé- 
rieurs, et  les  cumuli  blancs  placés  au-dessus.  De  Saussure  cite  avec  étonnement  les  calmes  plats 
qui  succédaient  instantanément  après  de  violentes  bourrasques;  il  les  attribue  à  une  cause  impossi- 
ble, comme  on  peut  le  voir  dans  la  relation  de  son  ascension  au  col  du  Géant,  §  2074. 11  n'y  a  que 
les  brusques  changements  dans  les  tensions  électriques  après  les  décharges,  qui  peuvent  faire  pas- 
ser ainsi  l'atmosphère  de  la  plus  grande  violence  au  repos  complet. 


BAROMÉTRIQUES. 


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H6  SUR  LES  VARIATIONS 

163.  Cet  exemple  n'offre  ni  les  rafales,  ni  le  vent  tempétueux  du 
précédent  :  du  16  au  24  février,  la  direction  du  vent  varia  peu  ,  elle 
fut  presque  toujours  du  S.  dans  les  régions  inférieures,  moyennes  et 
supérieures  ;  la  température  varia  peu  également  et  cependant  le  ba- 
romètre descendit  de  33  millimètres.  L'électromètre  eut  une  marche 
fort  inconstante.  A  toutes  ces  données,  nous  ajouterons  deux  signes 
qu'il  ne  faut  pas  omettre  et  qui  nous  sont  d'une  grande  utilité  dans  la 
prévision  du  temps  à  venir.  Le  premier,  est  une  vapeur  roussâtre  qui 
s'élève  en  longs  filaments  ;  elle  est  pour  nous  l'indice  que  le  courant 
supérieur  est  peu  élevé ,  que  sa  tension  résineuse  les  attire  et  les  rend 
vitrés  par  influence,  aussitôt  qu'ils  sont  à  quelque  distance  de  la 
surface.  On  voit  au-dessous  de  la  zone  dorée  de  ces  vapeurs  une  couche 
d'un  blanc  sale  qui  repose  sur  le  sol.  Aussi  les  signes  électriques  sont 
bien  plus  puissants  à  30  mètres  d'élévation  que  près  du  sol;  à  cette 
hauteur ,  on  est  plus  près  de  cette  portion  vitrée  qui  termine  le  brouil- 
lard. Cependant,  malgré  cette  grande  tension  vitrée,  le  baromètre 
commençant  à  rétrograder,  indique  l'arrivée  d'une  masse  de  vapeurs 
résineuses  qui  donnera  de  la  pluie  et  du  vent  par  bourrasques,  si  une 
température  élevée  ne  s'oppose  pas  à  sa  résolution. 

1 64.  Le  second  signe  se  tire  des  strates  cirrheux  blancs,  très-élevés, 
qui  dominent  les  couches  moyennes  d'un  gris  foncé  ;  ces  strates  clairs, 
fortement  vitrés,  échangent  leur  électricité  par  rayonnement  avec  les 
strates  gris  placés  au-dessous ,  lorsque  leur  distance  n'est  pas  considé- 
rable. Ces  nuages  gris  ont  ainsi  une  grande  partie  de  leur  électricité 
résineuse  neutralisée  par  leur  limites  supérieures,  et  se  résolvent  en 
pluie  sans  les  bourrasques  qui  ont  lieu  lorsque  leur  neutralisation  se 
fait  avec  le  sol.  Aussi  cette  résolution  d'un  nuage  gris  de  plomb  sans 
perturbation  aérienne  inférieure,  n'a  jamais  lieu  sans  ces  strates  blancs 
supérieurs  avec  lesquels  il  fait  son  échange  électrique. 

165.  Le  1^^  juin  1840,  le  ciel  resta  pur  et  serein,  le  baromètre 
avait  été  le  matin  à  76]™'",5,  mais  depuis  ce  moment,  il  com- 
mença à  descendre  rapidement;  les  signes  d'influence  vitrée  dimi- 
nuaient aussi  beaucoup.  Le  lendemain  dans  la  matinée,  le  ciel  était 


BAROMÉTRIQUES.  117 

encore  assez  pur,  mais  les  signes  étaient  prodigieusement  résineux, 
les  instruments  ne  pouvaient  plus  rien  mesurer  ;  ils  sautaient  de  suite 
à  leur  maximum  d'effet;  les  feuilles  d'or  d'un  électroscope  battaient 
les  armatures  avec  rapidité. 

Le  2,  à  midi ,  le  baromètre  était  à  751°»™,  à  3  h.  à  749'>"n,8.  J'enten- 
dais les  étincelles  électriques  pétiller  au-dessus  de  la  pointe  d'un  élec- 
troscope; les  feuilles  d'or  frappaient  3  et  4  fois  par  seconde  les  arma- 
tures, souvent  même  elles  y  restaient  attachées.  La  tension  résineuse 
était  prodigieuse,  et  l'on  se  sentait  affecté  d'un  malaise  général.  Depuis 
une  heure  les  vapeurs  s'opalisaient;  elles  voilaient  le  bleu  du  ciel, 
peu  à  peu  elles  se  groupèrent  en  nuages,  un  orage  se  forma;  mais  à 
mesure  que  les  nuages  se  massèrent,  à  mesure  que  l'orage  déchargea 
son  abondante  électricité  résineuse  sur  le  sol  qu'elle  foudroya  en  plu- 
sieurs lieux  dans  Paris,  à  mesure  que  la  pluie  tombait,  le  baromètre 
remontait  rapidement  et  déjà  à  9  h.  du  soir  il  était  à  754™'n,8. 

166.  Le  20  octobre  1841,  le  baromètre  était  élevé,  il  notait 
764">™,4  à  zéro,  et  l'électromètre  marquait  300  degrés  proportionnels 
d'électricité  vitrée  en  l'élevant  de  cinq  décimètres.  A  partir  de  ce  jour 
le  baromètre  descendit,  tandis  que  les  signes  électriques  restaient 
à  peu  près  les  mêmes.  Le  22,  entre  9  et  10  h.  du  soir,  l'électro- 
mètre marquait  500  degrés  proportionnels  d'électricité  vitrée  en 
rélevant  de  la  même  quantité ,  et  cependant  le  baromètre  descen- 
dait rapidement;  il  était  à  759™™,2.  Vers  cette  heure,  une  vapeur 
s'élevait  de  la  rivière  et  des  campagnes  voisines  ;  mais  au  lieu  d'être 
blanchâtre  et  de  se  limiter  à  une  hauteur  uniforme,  elle  était  rousse 
et  s'élevait  très-haut  en  longs  filaments.  Tout  en  suivant  le  cours 
du  vent,  elle  se  perdait  dans  l'espace  bleu  du  ciel,  en  se  divisant 
en  un  grand  nombre  de  ramifications,  où  elle  se  dissipait  peu  à  peu. 
Plongés  sous  cette  vapeur,  nos  instruments  se  trouvaient  placés  entre 
un  corps  très-vitré  dessus  et  un  autre  très-résineux  au-dessous  :  aussi 
l'électricité  d'influence  était-elle  très-grande  et  donnait-elle  80°  pro- 
portionnels pour  2  décimètres  d'élévation.  ' 

167.  La  couleur  rousse  du  brouillard  ,  sa  hauteur  et  ses  ramifi- 


118  SUR  LES  VARIATIONS 

cations,  sa  disparition  dans  les  régions  supérieures,  la  tension  vitrée 
qu'il  avait ,  la  descente  rapide  du  baromètre ,  tout  me  faisait  re- 
connaître que  les  régions  supérieures  étaient  chargées  de  vapeurs 
transparentes,  possédant  une  puissante  tension  résineuse,  tension 
supérieure  à  celle  de  la  terre ,  et  qui  provoquait  une  révaporisation 
du  brouillard  ;  cette  vapeur  vitrée ,  au  lieu  de  peser  sur  la  terre 
au  delà  de  sa  gravité,  pesait  moins,  attirée  qu'elle  était  par  la 
tension  résineuse  des  vapeurs  supérieures.  Cette  réunion  de  cir- 
constances me  fit  prédire  des  nuages  résineux  et  une  pluie  prochaine 
et  abondante,  lorsque  la  tension  de  ces  vapeurs  serait  un  peu  at- 
ténuée, et  que  leur  condensation  les  rapprocherait  de  la  terre. 

168.  Le  23,  à  7  h.  du  matin,  le  baromètre  était  à  752m'",2,  et 
continuant  de  descendre,  il  était  à  4  h.  de  l'après-midi  à  745™™,6. 
Le  matin,  à  la  première  observation,  le  signe  vitré  était  faible;  il 
fallait  élever  l'électromètre  d'un  mètre  pour  avoir  20  degrés.  A  11  h. 
il  ne  donnait  plus  que  2°;  à  2  h.  de  l'après-midi  le  signe  était  ren- 
versé, il  donnait  18"  résineux;  à  3  h.  15'  il  en  donnait  39. 

Pendant  cette  journée  la  pluie  était  tombée  en  abondance ,  elle 
était  très-résineuse  et  le  ciel  était  menaçant.  Le  22  au  soir  et  le  23 
au  matin  on  distinguait  trois  couches  dans  l'atmosphère,  ayant 
des  mouvements  différents.  Les  cirrho-strati  supérieurs  venaient  de 
l'O. ,  les  strati  inférieurs  du  SO. ,  et  les  girouettes  marquait  un 
vent  SE. 

La  pluie  fut  abondante  toute  la  journée  du  23,  elle  cessa  vers 
le  soir ,  les  nuages  furent  moins  épais ,  le  ciel  supérieur  en  parut 
découvert ,  mais  il  restait  à  4  ou  500  mètres  de  minces  cumulo- 
strati  marchant  rapidement  du  SO.  au  NE.;  ils  influençaient  for- 
tement l'électromètre  qui  marquait  168°  vitrés  en  l'élevant  d'un 
mètre,  tandis  que  4  h.  auparavant,  il  donnait  39  degrés  résineux. 
Dans  ce  dernier  cas ,  l'atmosphère  était  chargée  d'épais  nuages  ré- 
sineux dont  une  partie  s'était  réduite  en  pluie ,  et  le  reste  avait  été 
emporté  par  le  vent. 

169.  Le  baromètre  continuant  à  descendre  et  étant  à  742™«»,  il 


BAROMÉTRIQUES.  119 

annonçait  que  les  couches  supérieures  étaient  plus  résineuses  en- 
core ,  et  une  nouvelle  aggravation  de  temps. 

Le  24,  à  7  h.  du  matin ,  le  baromètre  était  à  737™"  ;  le  signe  Titré 
n'était  plus  que  de  2  à  3°  ,  les  vents  toujours  S.  et  SO.  A  8  h.  du  soir 
le  baromètre  était  tombé  à  736'"'",  le  signe  vitré  étant  remonté  à  61 
degrés  proportionnels;  le  temps  oscilla  le  25  et  le  26;  mais  le  27 
il  prit  une  marche  ascendante  qui  continua  jusqu'aux  3  et  4  no- 
vembre, où  le  baromètre  atteignit  la  hauteur  de  768'""'.  Pendant 
la  marche  descendante  du  baromètre  et  celle  des  signes  de  i'élec- 
tromètre,  du  21  au  26  octobre,  des  pluies  tropicales  tombèrent 
dans  une  partie  de  la  France,  et  principalement  dans  les  bassins  du 
Rhône  et  de  la  Saône ,  et  causèrent  des  inondations  considérables  ; 
à  Paris  la  pluie  ne  fut  jamais  proportionnée  aux  signes  météorolo- 
giques ;  ce  n'étaient  que  des  ondées  médiocres  ,  dont  les  intervalles 
étaient  remplis  par  une  humidité  extrême,  par  une  bruine  con- 
tinue qui  dura  plusieurs  jours  et  même  jusqu'au  30  et  31  octobre. 
L'atmosphère  supérieure  n'accomplit  pas  son  phénomène  météo- 
rologique au-dessus  de  Paris;  emportée  par  les  vents,  elle  alla 
déverser  l'abondance  de  ces  vapeurs  résineuses  vers  le  SE.  de  la 
France. 

170.  Pendant  toutes  ces  variations  atmosphériques,  l'hygromètre 
fut  d'un  faible  secours  et  ne  put  aider  en  aucune  manière  dans  le 
jugement  à  porter  sur  les  couches  supérieures  de  l'atmosphère.  Nous 
ajouterons  que  pendant  tout  le  temps  que  les  signes  ont  été  faiblement 
vitrés  ou  ont  été  résineux,  le  vent  a  été  fort,  tempétueux,  les  bour- 
rasques réglaient  leur  violence  sur  la  tension  résineuse  que  l'instru- 
ment dévoilait  ;  tandis  que  sous  les  signes  vitrés  et  principalement 
pendant  les  brouillards,  si  puissamment  vitrés,  il  régnait  un  calme 
plat,  qui  rendait  difficile  l'appréciation  de  la  direction  du  vent. 

171.  Il  résulte  de  cette  observation  que  le  baromètre  indiquait  la 
présence  de  couches  épaisses  de  vapeurs  résineuses  dans  les  parties  su- 
périeures de  l'atmosphère  ;  les  couches  minces  de  vapeurs  vitrées  dans 
la  partie  inférieure  agissaient  fortement  sur  l'électromètre  ;  mais  ne 


1^  SUR  LES  VARIATIONS 

pouvaient  qu'atténuer  un  peu  l'abaissement  du  baromètre,  sans 
pouvoir  contre-balancer  l'action  plus  puissante  des  couches  supé- 
rieures :  ces  couches,  en  se  résolvant,  ont  produit  ces  pluies  torren- 
tielles qui  ont  inondé  les  plaines  que  la  Saône  et  la  Loire  arrosent, 
tandis  que  les  plus  occidentales  n'ont  eu  que  de  médiocres  pluies. 

172.  Le  baromètre  a  donc  varié  avec  l'état  électrique  des  vapeurs, 
et  non  avec  l'état  hygrométrique  ni  avec  la  température  j  car  si  nous 
consultons  nos  tables  d'observations,  nous  trouvons,  par  exemple, 
que  du  trois  au  dix  novembre  1841 ,  il  a  régné  un  brouillard  presque 
constant  qui  mouillait  tous  les  corps  qu'il  touchait ,  et  cependant  le 
baromètre  a  monté  jusqu'à  770™™,8,  le  6  et  le  7;  un  calme  plat 
régna  pendant  toute  cette  époque;  il  ne  pouvait  y  avoir  alors  de 
vent  descendant  pour  le  presser  de  haut  en  bas.  La  température 
varia  de  0°,5  à  8°,8  sans  que  la  marche  du  baromètre  en  fût  modifiée. 
Il  n'en  fut  pas  de  même  des  signes  électriques;  pendant  tout  le  temps 
que  le  brouillard  fortement  vitré  conserva  une  grande  épaisseur,  le 
baromètre  resta  élevé  ;  mais  lorsque  son  électricité  se  fut  quelque  peu 
écoulée  dans  le  sol ,  et  lorsqu'une  portion  de  ses  vapeurs  se  fut  ré- 
duite en  bruine  ou  en  rosée,  il  commença  à  rétrograder  et  continua 
à  suivre  l'abaissement  du  brouillard  ;  ainsi  le  baromètre  s'était  tenu 
élevé  pendant  qu'il  y  avait  beaucoup  de  vapeur,  il  baissa  lorsqu'il 
y  en  eut  moins  ;  il  baissa  lorsque  les  vapeurs  vitrées  se  furent  écou- 
lées ,  comme  il  s'était  élevé  lorsque  les  vapeurs  résineuses  se  furent 
neutralisées. 

173.  M.  Marqué-Tictor  a  fait  une  observation  analogue  en  dé- 
cembre 1822.  Le  22 ,  le  thermomètre  avait  marqué  6  et  8  degrés,  et  le 
baromètre  était  au-dessus  de  la  hauteur  moyenne,  qui  est  de  749™™  à 
Toulouse.  De  ce  jour,  il  prit  une  marche  descendante,  et  le  24,  à  9''15' 
du  soir,  il  était  à  719'"™.  Le  thermomètre  s'était  élevé  pendant  ce  temps 
jusqu'à  9  et  même  10° ,  il  avait  suivi  et  non  précédé  la  chute  du  baro- 
mètre; lors  même  qu'il  l'eût  précédé,  1  ou  2  degrés  d'élévation  dans 
la  température  ne  pourraient  pas  rendre  compte  d'un  abaissement  si 
prompt  de  30™™.  Mais ,  ce  qui  éclaire  pour  nous  la  marche  de  ce  phé- 


BAROMÉTRIQUES.  121 

nomène ,  c'est  que  l'hygromètre  descendit  de  97  à  80  degrés  ;  sa 
marclio  fut  inverse  à  ce  qu'elle  est  à  l'approche  de  la  nuit  et  de  la 
pluie.  L'électromèlre  indiquait  une  forte  tension  électrique  :  malheu- 
reusement le  rapport  n'en  donne  pas  le  signe.  La  rétrogradation  de 
l'hygromètre  et  les  2"  d'ascension  du  thermomètre,  sont  pour  nous 
le  signe  certain  que  les  vapeurs  abaissées  étaient  puissamment  rési- 
neuses. La  répulsion  terrestre  ne  permet  pas  à  ces  vapeurs  de  se  déposer 
moléculairement  sur  les  corps,  comme  font  les  vapeurs  vitrées.  De 
même,  les  vapeurs  résineuses  qui  sont  très-raréfiées  par  la  répulsion 
terrestre ,  abandonnent  plus  de  calorique  latent  pendant  leur  conden- 
sation que  les  vapeurs  vitrées,  et  relèvent  ainsi  la  température  au  mo- 
ment de  leur  condensation.  A  la  suite  de  cette  chute  rapide  du  baro- 
mètre ,  les  ouragans  et  les  tempêtes  se  déployèrent  sur  les  côtes  de 
l'Océan  et  de  la  Méditerranée ,  sur  les  Alpes  et  les  Pyrénées ,  sur  les 
pays  voisins  de  Toulouse,  tout  en  ménageant  cette  ville  '. 

174.  Je  pourrais  citer  un  grand  nombre  d'exemples  semblables, 
je  pourrais  montrer  que  l'abaissement  du  baromètre  suit  toujours  l'état 
résineux  des  vapeurs,  qu'il  s'élève  avec  l'état  vitré,  mais  nous  les 
croyons  inutiles,  puisqu'il  suffit  de  consulter  les  registres  d'observa- 
tions. Nous  terminerons  par  l'observation  suivante  de  M.  de  Hum- 
boldt  ^  :  (c  En  s'élevant  depuis  le  niveau  de  la  mer  jusqu'au  sommet 
des  Cordillères,  on  voit  la  tension  électrique  augmenter  graduelle- 
ment, tandis  qu'au  contraire  on  observe  que  le  calorique  et  l'humi- 
dité de  l'air  diminuent  de  plus  en  plus.  .  .  .  Dans  les  basses  régions 
équatoriales,  depuis  la  mer  j  usqu'à  2000  mètres,  les  couches  inférieures 
de  l'air  sont  peu  chargées  d'électricité  j  on  a  de  la  peine  à  en  trouver 
des  signes  après  1 0  h.  du  matin ,  même  avec  l'électromètre  de  Bennet. 
Tout  le  fluide  parait  accumulé  dans  les  nuages,  ce  qui  cause  de  fré- 
quentes explosions  électriques,  qui  sont  périodiques,  généralement 
deux  heures  après  la  culmination  du  soleil,  au  maximum  de  la  chaleur 


*  Mém.  acad.  Toulouse,  1827,1,  109. 

*  Tableau  physiqtie  des  rigions  équinoxialei,  ia-4° ,  1807 ,  page  100. 

ToM.  XVIII.  16 


122  SUR  LES  VARIATIONS 

et  quand  les  marées  barométriques  sont  près  de  leur  minimum.  .  .  . 
Entre  les  1800  et  2000  mètres  est  la  hauteur  où  dans  les  Andes  les  ex- 
plosions électriques  sont  les  plus  fortes  et  les  plus  bruyantes;  les 
vallées  de  Caloto  et  de  Popayan  sont  connues  par  la  fréquence  ef- 
frayante de  ces  phénomènes.  Au-dessus  de  2000  mètres  ils  sont  moins 
fréquents  et  moins  périodiques,  mais  il  s'y  forme  beaucoup  de  grêle, 
surtout  à  3000  mètres  d'élévation ,  l'air  étant  souvent  et  pour  long- 
temps chargé  d'électricité  négative ,  que  Von  ne  trouve  presque  pas ,  ou 
tout  au  plus  pour  quelques  instants,  au-dessous  de  1000  mètres  d^ élé- 
vation  » 

Nous  renvoyons  à  ce  que  nous  avons  dit  §  135  à  137  (voyez  aussi 
§  178)  pour  l'explication  du  silence  des  électromètres  dans  les  régions 
inférieures  intertropicales  j  nous  savons  maintenant  qu'outre  l'humi- 
dité de  l'air  qui  permet  peu  d'isolation ,  il  faut  pour  produire  l'immo- 
bilité des  instruments  que  la  tension  résineuse  des  vapeurs  au-dessus 
du  sol  soit  égale  à  celle  de  la  terre.  Nous  ajouterons  seulement  que, 
dans  ces  régions  chaudes ,  il  faut  que  la  vapeur  se  soit  élevée  à  une 
certaine  hauteur  pour  éprouver  la  condensation  et  la  conduction  élec- 
trique nécessaires  à  la  formation  des  nuages  distincts  et  séparés  en 
couches  superposées  propres  à  la  production  des  orages.  Au-dessous , 
la  vapeur  résineuse  y  domine  en  trop  grande  abondance  à  l'état  de 
fluide  élastique. 

.'te 

CHAPITRE  X. 

DE    LA    CAUSE    DES    VARIATIONS    HORAIRES. 


175.  Les  perturbations  accidentelles  nous  ayant  dévoilé  la  relation 
de  cause  et  d'effet  qu'il  y  a  entre  l'état  électrique  des  vapeurs  et  les 
variations  de  la  pression  atmosphérique,  nous  devons  rechercher  main- 
tenant si  la  pression  périodique  est  dépendante  de  la  même  cause,  ou 


i-:    BAROMÉTRIQUES.  123 

s'il  y  a  une  cause  spéciale  pour  cette  forme  régulière  du  même  phé- 
nomène. La  vapeur  élastique  loin  de  son  point  de  saturation  conduit 
mal  l'électricité;  les  influences  qui  agissent  sur  elle  déplacent  peu 
celle  qu'elle  contient ,  parce  que  les  molécules  trop  éloignées  les  unes 
des  autres  se  transmettent  difficilement  leurs  charges  réciproques. 
Mais  à  mesure  qu'elle  se  condense ,  sa  conduction  augmente  et  l'élec- 
tricité que  chacune  des  particules  a  emportée  et  conservée,  se  répartit 
alors  différemment  suivant  les  influences  qui  agissent  sur  elles.  Pla- 
cées au-dessus  de  la  surface  résineuse  du  globe,  les  vapeurs  produites 
pendant  le  jour  et  disséminées  dans  la  couche  inférieure  de  l'atmo- 
sphère ,  deviennent  inégalement  électriques.  Celles  qui  sont  les  plus 
voisines  du  sol  deviennent  vitrées  par  son  influence,  et  celles  placées 
au-dessus  en  sont  plus  résineuses. 

1 76.  Ces  faits,  que  nous  avons  démontrés  précédemment,  étant  bien 
compris ,  plaçons-nous  à  l'équateur  pour  assister  à  la  formation  de  ces 
immenses  quantités  de  vapeurs  résineuses  qui  s'élèvent  et  se  mêlent  sans 
cesse  à  l'air  raréfié  par  la  chaleur,  puis  à  leur  ascension  commune. 
L'ascension  de  cette  ceinture  de  vapeurs  et  d'air  chaud  ne  se  fait  pas 
en  ligne  droite,  comme  un  gaz  renfermé  dans  un  cylindre.  Ses  parois 
ne  sont  pas  verticales  et  tranchées ,  mais  elles  s'inclinent  et  s'ouvrent 
de  chaque  côté,  à  mesure  que  ce  mélange  d'air  et  de  vapeurs  se  refroi- 
dit et  pénètre  dans  un  air  dont  la  densité  décroît.  C'est  vers  4  à  5000 
mètres  que,  par  sa  raréfaction ,  l'air  cesse  de  presser  avec  supériorité 
contre  cette  atmosphère  ascendante;  c'est  à  partir  de  cette  hauteur  que 
cette  dernière  s'incline  fortement  et  finit  par  prendre  une  direction 
tout  à  fait  horizontale ,  se  déversant  ainsi  de  chaque  côté  et  formant 
un  double  courant  supérieur  de  l'équateur  vers  l'un  et  vers  l'autre  pôle. 
Le  refroidissement  et  la  raréfaction  des  couches  supérieures  détermi- 
nent les  limites  que  peuvent  atteindre  ces  vapeurs  et  la  couche  atmo- 
sphérique où  se  maintient  le  courant  tropical.  Au  delà  de  cette  zone , 
d'une  grande  épaisseur  vers  l'équateur,  mais  diminuant  en  s'appro- 
chant  des  pôles,  jusqu'à  disparaître  tout  à  fait,  l'atmosphère  reste 
calme  et  ne  peut  être  modifiée  par  cette  série  de  phénomènes  aqueux 


124  SUR  LES  VARIATIONS 

qui  se  passent  au-dessous  d'elle.  La  dilatation ,  ou  le  vide  partiel  de  la 
région  inférieure  qui  résulte  de  cette  ascension  d'air,  est  continuelle- 
ment rempli  par  l'air  des  régions  voisines,  plus  pesant  et  plus  froid, 
qui  vient  immédiatement  subir  les  mêmes  influences  de  température 
et  d'humidité  que  les  masses  qui  l'ont  précédé  et  qu'il  suit  dans  leur 
marche  ascendante.  C'est  ce  mouvement  atmosphérique  des  zones 
tempérées  vers  la  zone  torride,  qui  produit  ce  courant  constant  qu'on 
rencontre  vers  les  tropiques  et  qu'on  nomme  vent  alizé.  Ce  vent  d'as- 
piration est  la  reproduction  en  grand  de  celui  qui  pénètre  dans  le 
tuyau  de  l'expérience  rapportée  aux  %  111,  112  et  113. 

177.  La  température  de  la  zone  équatoriale,  variant  peu  dans  le 
courant  du  jour  et  de  l'année,  étant  tenue  très-élevée  par  les  rayons 
verticaux  du  soleil ,  pendant  le  jour,  et  le  rayonnement  de  la  chaleur 
du  sol  et  des  mers,  pendant  la  nuit,  il  en  résulte  que  la  production  de 
cette  masse  de  vapeurs  et  d'air  chaud  n'éprouve  que  de  légères  rémit- 
tences  et  se  prête  ainsi  à  une  régularité  de  marche  dans  les  phéno- 
mènes que  les  régions  extra-tropicales  ne  peuvent  connaître. 

178.  Cette  masse  de  vapeurs  formées  sous  l'influence  résineuse  de 
la  terre,  et  qui  est  résineuse  comme  elle,  enveloppe  tous  les  corps  pla- 
cés à  sa  surface  d'une  tension  homogène.  C'est  pourquoi  nos  électro- 
mètres, instruments  de  différences,  restent  le  plus  souvent  muets  au 
milieu  de  ces  actions  presque  égales  en  tous  sens,  quelle  que  soit  l'é- 
nergie réelle  de  la  tension  des  vapeurs.  Près  de  la  mer  ou  des  terrains 
humides,  cette  tension  est  encore  affaiblie  par  la  saturation  de  l'air,  qui 
est  alors  trop  conducteur;  de  même  l'humidité  atténue  les  manifesta- 
tions de  nos  instruments ,  en  se  déposant  sur  les  substances  isolantes  j 
il  faut  s'élever  et  s'éloigner  du  sol  pour  trouver  un  isolement  plus  con- 
venable à  la  coercition  électrique.  Lorsque  le  soleil  se  rapproche  de 
l'horizon,  et  que  la  température  baisse,  la  condensation  des  vapeurs 
leur  donne  encore  une  meilleure  conductibilité  ;  celles  qui  sont  élevées 
et  qui  gardaient  leur  tension  pendant  la  haute  température  du  jour,  ne 
le  peuvent  plus  qu'en  partie  ;  l'influence  de  la  terre  repousse  l'électri- 
cité résineuse  vers  les  couches  supérieures,  et  rend  vitrées  les  couches 


BAROMÉTRIQUES.  125 

rapprochées  de  sa  surface;  elle  les  attire  ensuite  et  les  fait  résoudre  en 
une  rosée  abondante  qui  humecte  le  sol  comme  le  ferait  une  pluie  réelle. 

179.  A  partir  du  lever  du  soleil,  la  température  s'élève  et  l'évapora- 
tion  augmente;  cet  effet  se  continue  jusque  vers  2,  3  ou  4  h.  de  l'après- 
midi,  selon  le  pays,  la  saison  ou  l'état  de  l'atmosphère.  L'influence 
que  nous  avons  reconnue  aux  vapeurs  résineuses  sur  la  pression,  devrait 
donc  faire  baisser  le  baromètre  dès  les  premières  heures  du  jour,  sans 
une  autre  cause  qui  s'y  oppose.  Cet  abaissement  aurait  lieu  si  un  effet 
dépendant  des  vapeurs  de  la  veille,  ne  venait  compenser  et  même 
surpasser  d'abord  le  premier  allégement  atmosphérique,  comme  nous 
le  dirons  bientôt.  A  partir  de  9  h.  du  matin,  la  chaleur  augmentant 
rapidement  ainsi  que  les  vapeurs  résineuses ,  et  la  cause  retardatrice 
ayant  disparu ,  l'action  répulsive  de  la  terre  reprend  toute  sa  puis- 
sance ;  non-seulement  elle  repousse  ces  vapeurs  en  masse  comme  un 
corps  chargé  de  la  même  électricité ,  mais  encore  elle  augmente  les 
répulsions  individuelles  des  molécules  et  allège  ainsi  le  poids  total  de 
la  colonne,  et  la  rend  moins  pesante  sur  le  baromètre,  §§  89  à  97. 
Aussi  ce  dernier,  après  avoir  monté  jusque  vers  9  ou  10  h.  du  matin , 
commence  à  descendre  faiblement  d'abord,  ensuite  d'une  manière 
plus  rapide,  jusque  vers  2  ou  3  h.  de  l'après-midi,  où  s'arrête  en 
général  sa  rétrogradation. 

180.  Pendant  tout  le  temps  que  la  température  croît,  le  point  de 
saturation  s'éloigne ,  et  la  vapeur  est  moins  conductrice  ;  mais,  lorsque 
vers  les  2  ou  3  h.  de  l'après-midi  la  température  cesse  de  s'élever,  les 
nouvelles  vapeurs  produites  augmentent  la  densité  des  précédentes,  et 
par  suite  leur  donnent  une  meilleure  conduction  électrique.  Dès  cet  in- 
stant commence  une  nouvelle  distribution  de  l'électricité  résineuse  qui 
obéit  plus  facilement  à  l'action  répulsive  de  la  terre.  Par  l'influence  de 
cette  dernière,  cette  électricité  résineuse  est  repoussée  vers  les  régions 
moyennes,  et  les  couches  inférieures  deviennent  vitrées  par  rapporta 
la  surface  du  globe.  Après  cette  transformation  électrique,  les  vapeurs 
inférieures  devenues  vitrées  sont  plus  attirées,  plus  condensées  que  les 
supérieures  ne  sont  dilatées,  à  cause  de  leur  éloignement  d'une  part  et 


126  SUR  LES  VARIATIONS 

de  l'action  du  globe  à  travers  une  couche  vitrée  de  l'autre.  La  résul- 
tante de  ces  pesanteurs  inégales  est  une  aggravation  dans  la  pression 
atmosphérique.  Dans  les  premiers  instants,  lorsque,  par  suite  de  la 
meilleure  conduction,  les  vapeurs  les  plus  inférieures  deviennent  vitrées 
et  plus  pesantes,  il  s'en  forme  encore  assez  de  nouvelles  résineuses  pour 
compenser  par  leur  répulsion  l'attraction  des  premières;  la  pesanteur 
totale  ne  varie  pas  alors,  et  le  baromètre  reste  stationnaire;  mais  le  so- 
leil en  s'inclinant  davantage,  fait  baisser  la  température,  l'évaporation 
diminue,  la  condensation  marche  plus  rapidement  ainsi  que  les  distri- 
butions inégales  d'électricité;  la  couche  vitrée  inférieure  s'accroît  en 
épaisseur  et  en  tension,  la  pression  augmente  et  le  baromètre  monte 
jusque  vers  les  9  ou  10  h.  du  soir, 

181.  Le  refroidissement  ayant  augmenté  la  densité  et  la  conduc- 
tibilité des  vapeurs ,  les  couches  inférieures ,  fortement  vitrées ,  sont 
puissamment  attirées  par  les  corps  terrestres  ;  leur  tension  vitrée  s'y 
neutralise.  Moins  chargées  alors  de  la  même  électricité,  elles  se  repous- 
sent moins,  se  rapprochent  et  se  résolvent  en  rosée  ou  en  bruine.  La 
pression  serait  amoindrie,  aussitôt  que  se  dépose  la  première  couche 
de  rosée,  s'il  ne  s'en  formait  pas  d'autres  ;  mais,  pendant  que  ces  pre- 
mières vapeurs  se  résolvent  ainsi,  d'autres  condensations  reproduisent 
le  même  ordre  de  phénomènes  et  remplacent  les  premières  résolutions 
aqueuses.  Pendant  tout  le  temps  que  les  condensations  supérieures 
marchent  plus  vite  que  les  résolutions  inférieures,  le  baromètre  con- 
tinue à  monter  et  prolonge  son  mouvement  jusque  vers  les  10  h.  du 
soir;  à  partir  de  cette  époque,  les  résolutions  de  vapeurs  inférieures 
deviennent  plus  considérables  que  les  condensations  nouvelles  n'en 
reforment ,  la  quantité  de  vapeur  vitrée  diminue  avec  elle ,  ainsi  que 
l'attraction  terrestre,  leur  densité  et  enfin  la  pression  qui  en  est  le 
résultat. 

182.  La  suprématie  de  l'écoulement  d'électricité  vitrée,  et  la  dimi- 
nution de  la  pression  qui  en  résulte,  se  fait  sentir  dès  10  ou  11  h.  du 
soir,  et  continue  jusque  vers  les  3  ou  4  h.  du  matin.  Cette  diminution 
de  pression  s'arrête  dans  sa  marche  lorsque  les  couches  inférieures  de 


?.  BAROMÉTRIQUES.  127 

Tatmosphère  ont  déposé  la  plus  grande  partie  de  leurs  vapeurs  et  perdu 
leur  tension  vitrée.  II  arrive  un  moment  où  les  couches  inférieures  ont 
abandonné  tout  ce  qu'elles  pouvaient  de  leur  électricité  vitrée ,  pen- 
dant que  le  refroidissement  des  couches  supérieures  continue  à  s'é- 
tendre ;  ces  couches  élevées  se  condensent  et  se  prêtent  à  leur  tour  à 
une  nouvelle  distribution  électrique  ^  mais  en  raison  de  leur  élévation 
et  de  l'isolement  qui  en  résulte ,  l'électricité  vitrée,  que  le  globe  y  dé- 
veloppe par  influence,  s'y  maintient,  la  condensation  a  lieu  et  par 
suite  la  pression  augmente ,  quoique  l'électromètre  dévie  moins  que 
dans  les  heures  précédentes,  puisque  son  obéissance  dépend  principa- 
lement de  la  proximité  des  corps  électrisés.  Le  baromètre  au  contraire, 
instrument  de  totalité,  indique  ces  nouvelles  condensations  en  re- 
montant dès  4  h.  du  matin. 

183.  A  cette  cause  de  condensation  et  de  pression,  il  s'en  joint 
bientôt  une  nouvelle  :  c'est  celle  qui  provient  de  l'effet  des  premiers 
rayons  solaires.  Aussitôt  que  ces  rayons  frappent  et  dilatent  les  couches 
supérieures  de  l'atmosphère,  leur  capacité  augmente  et  les  vapeurs 
qui  s'y  trouvent  disséminées  à  des  condensations  diverses,  sont  sou- 
mises à  une  nouvelle  évaporation  ;  les  vapeurs  qui  étaient  condensées 
en  vapeurs  globulaires  ou  intermédiaires ,  repassent  à  l'état  de  vapeurs 
élastiques,  et  elles  y  repassent  sous  la  double  influence  de  l'augmen- 
tation de  la  température  et  des  actions  électriques  contraires  du 
globe  et  de  l'espace  céleste.  Deux  causes  président  donc  à  ce  change- 
ment d'état  :  l'accroissement  de  la  température  et  l'action  puissante 
et  permanente  des  influences  électriques.  Cette  dernière  cause  ne  peut 
transformer  l'eau  ou  les  globules  aqueux  des  nuages  en  vapeur  élasti- 
que, qu'en  prenant  au  reste  du  liquide  ou  du  nuage  tout  le  calorique 
nécessaire  à  ce  changement  d'état  ;  différant  en  cela  de  la  première 
cause  d'évaporation ,  l'élévation  de  la  température,  qui  fournit  aux 
vapeurs  élastiques  nouvelles  tout  le  calorique  latent  qui  leur  est 
nécessaire.  C'est  donc  à  la  nouvelle  évaporation  produite  par  la  se- 
conde cause ,  qu'est  dû  le  refroidissement  considérable  qu'on  remarque 
à  cette  époque  de  la  journée;  refroidissement  d'autant  plusconsidé- 


128  SUR  LES  VARIATIONS 

rable,  que  la  tension  électrique  y  est  plus  grande  elle-même,  comme 
il  est  facile  de  s'en  assurer  par  l'observation  directe  sur  un  lieu  élevé, 
au  moyen  de  notre  électromètre.  ;4>Jl((lï*iÉ|te 

184.  Les  vapeurs  inférieures  se  sont  donc  refroidies  par  le  sup- 
plément de  calorique  qu'elles  ont  fourni  aux  nouvelles  vapeurs  élas- 
tiques, et  elles  sont  aussi  devenues  plus  vitrées,  par  la  soustraction 
de  la  tension  résineuse  que  les  nouvelles  vapeurs  lui  enlèvent;  elles 
sont  en  conséquence  plus  attirées  par  le  globe  ;  elles  deviennent  plus 
denses,  plus  pesantes ,  et  le  baromètre  remonte.  Ces  deux  causes  réu- 
nies ,  le  refroidissement  de  la  couche  inférieure  et  la  tension  vitrée 
plus  grande,  produisent  une  ascension  maximum  dans  le  baromètre, 
ascension  qui  ne  s'arrête  que  vers  9  ou  10  h.  du  matin,  lorsque  le 
réchauffement  a  atteint  la  surface  du  globe  et  qu'il  y  a  excité  de  nou- 
velles évaporations  résineuses,  qui  neutralisent  d'abord  la  tension 
vitrée  qui  existe  en  ce  moment.  Mais  bientôt,  cette  nouvelle  vapeur 
résineuse,  croissant  à  mesure  que  la  température  du  sol  s'élève,  se 
répand  dans  l'atmosphère  et  lui  communique  sa  tension  et  par  suite 
ses  répulsions.  Cette  nouvelle  vapeur  et  la  couche  d'air  qu'elle  rem- 
plit, devenues  l'une  et  l'autre  plus  légères  matériellement  par  la  ré- 
pulsion du  globe ,  la  colonne  de  mercure  descend  et  recommence  la 
même  oscillation  que  la  veille. 

185.  On  peut  juger  par  ce  qui  précède  que  la  moindre  altération 
dans  le  rayonnement  nocturne ,  fera  disparaître  de  prime-abord  le 
minimum  du  matin  ;  et  en  effet ,  pour  qu'il  ait  lieu ,  il  faut  que  le 
rayonnement  nocturne  soit  assez  intense  et  se  prolonge  suffisamment, 
pour  condenser  dans  une  épaisseur  notable  la  vapeur  inférieure , 
de  manière  à  la  rendre  tellement  conductrice ,  que  son  électricité 
s'écoule  dans  le  sol ,  pendant  qu'elle-même  se  dépose  abondamment 
en  rosée.  Si  le  rayonnement  nocturne  est  arrêté  ou  seulement  di- 
minué, le  refroidissement  en  devient  moindre,  et  par  suite  la  con- 
densation et  la  conduction  électrique;  le  minimum  baissera  moins,  ou 
ne  sera  marqué  que  par  un  temps  d'arrêt  dans  la  ligne  ascendante  : 
c'est  le  cas  le  plus  ordinaire  dans  les  zones  tempérées.  Aussi  a-t-on 


BÂROMËTRIQUES.  129 

remarqué  que  pendant  les  perturbations  accidentelles,  c'est  ce  mv- 
nimum  qui  disparait  le  premier. 

Il  ressort  de  ce  qui  précède  et  de  l'observation  directe,  que  lorsque 
la  perturbation  accidentelle  tend  vers  l'abaissement  du  baromètre , 
le  minimum  du  soir  commence  plus  tôt  et  finit  plus  tard,  tandis  que 
lorsque  la  marche  du  baromètre  est  ascendante ,  ce  sont  les  maxima 
qui  commencent  plus  tôt  et  finissent  plus  tard  '. 

186.  Cette  succession  des  phénomènes  aqueux  et  électriques  qui 
s'opèrent  dans  les  24  h.,  recommencerait  donc  chaque  jour  sans  in- 
terruption ,  s'il  n'y  avait  pas  des  causes  perturbatrices  qui  viennent 
altérer  cette  marche  régulière  de  la  chaleur  solaire  et  du  rayonnement 
nocturne.  Mais  celte  grande  régularité  ne  peut  exister  qu'entre  les 
tropiques,  où  la  température  change  peu,  où  elle  ne  produit  point 
ces  grandes  différences  dans  la  densité  des  vapeurs  qui  ont  lieu  dans  les 
zones  extra-tropicales.  Près  de  l'équateur,  au  niveau  et  près  des  mers, 
la  marche  de  la  température  se  renferme  dans  4  ou  5  degrés  ,  tandis 
qu'en  s'enfonçant  dans  les  continents  ou  dans  les  zones  tempérées  et 
plus  encore  vers  le  N.,  la  différence  journalière  pouvant  s'étendre  jus- 
qu'à 15  et  20  degrés,  ce  n'est  plus  un  dépôt  de  rosée  qui  en  est  la  suite , 
c'est  le  plus  souvent  la  formation  des  nuages,  c'est  de  la  pluie,  du  vent 
et  tout  ce  qui  en  découle.  Il  en  est  de  même  de  l'humidité  ;  elle  varie 
peu  dans  la  zonetorride;  l'abondance  des  vapeurs  maintient  toujours 
l'air  près  de  son  point  de  saturation,  et  le  plus  petit  abaissement  dans 
la  température  produit  des  pluies  considérables  qui  lui  rendent  bien- 
tôt sa  transparence ,  et  permettent  de  nouveau  les  effets  des  rayonne- 
ments calorifiques  et  la  reproduction  des  phénomènes  de  la  veille. 

L'amplitude  de  l'oscillation  thermométrique  étant  très- restreinte, 
l'amplitude  de  l'oscillation  barométrique  devait  l'être  également  ; 
l'inégalité  dans  la  distribution  électrique ,  la  coercition  et  la  con- 
servation de  l'électricité  autour  des  molécules  et  l'accroissement  dans 
la  pression  ,   sont  des  conséquences  immédiates  et  médiates  de  la 

'  Voyez  Raniond ,  3«  mena.,  S"  partie,  page  82. 

ToM.  XVIII.  17 


130  SUR  LES  VARIATIONS 

marche  de  la  température ,  qui  rend  les  vapeurs  plus  ou  moins  denses 
et  dès  lors  plus  ou  moins  conductrices. 

187.  En  s'éloignant  des  tropiques,  la  production  des  vapeurs 
diurnes  diminue  ;  les  couches  inférieures  de  l'atmosphère  contiennent 
moins  de  ces  vapeurs  primitives  qui  n'ont  point  encore  abandonné 
de  leur  électricité  résineuse.  En  s'élevant,  elles  atteignent  plutôt 
une  basse  température  qui  les  condense  et  leur  donne  une  meilleure 
conductibilité  électrique.  En  même  temps,  elles  ressentent  l'influence 
résineuse  de  haut  en  bas  du  courant  qui  a  pris  naissance  entre  les 
tropiques  ;  il  en  résulte  qu'à  mesure  qu'on  s'avance  vers  les  pôles , 
la  couche  des  vapeurs  primitives  s'amincit  et  le  refroidissement  du 
soir  agit  sur  des  quantités  moins  considérables ,  ce  qui  affaiblit  le 
mouvement  horaire. 

Le  courant  tropical  étant  plus  élevé  l'été  que  l'hiver ,  et  la  quan- 
tité de  vapeurs  diurnes  étant  plus  grande,  l'amplitude  des  oscillations 
augmente  pendant  la  saison  chaude  et  diminue  pendant  la  saison 
froide.  En  voici  quelques  exemples  donnés  par  MM.  Ksemtz,  Bou- 
vard ,  Chiminello ,  Hâllstrôm.  On  remarquera  que  l'époque  du 
maximum  dans  l'amplitude ,  varie  beaucoup  suivant  la  position 
géographique  '  : 

mm.  mm.  mm.  mm. 

A  Halle,  hiver,  0,438;  printemps  0,453;  été  0,498;  automne,  0,519. 

A  Paris,  0,801,  0,843,          0,797,3,                0,581,6. 

A  Padoue,  0,494,  0,553,          0,575,                  0,403. 

A  Abo,  0,740,  1,074,          0,965,5,               0,900. 

*  Météorologie  de  Kœmtz  ,\\,11Q.  Mém.  acad.  sc.,^dit\&,  1827,  et  tous  les  tableaux  de  météo- 
rologie. 

L'observation  de  M.  Martins  (  Compte  rend.,  1844,  t.  XVIII,  p.  440)  sur  l'antagonisme  qui  existe 
entre  la  variation  diurne  et  l'oscillation  mensuelle,  trouve  son  explication  dans  ce  qui  précède. 

La  régularité  dans  la  production  des  quantités  de  vapeurs  sous  les  tropiques;  la  régularité  des 
influences  électriques  de  bas  en  haut,  dans  une  région  qui  déverse  continuellement  ses  vapeurs  sur 
l'un  ou  l'autre  hémisphère  ;  la  régularité  des  retours  thermiques  et  conséquemment  des  retours  dans 
la  condensation  des  vapeurs  diurnes  et  dans  leur  conduction  électrique  :  ces  retours  égaux ,  se  re- 
nouvelant chaque  jour  de  l'année,  occasionnent  une  oscillation  uniforme  dans  le  maximum  de  la 
variation  horaire  de  la  pression  atmosphérique.  Cette  régularité  dans  les  retours  thermiques  re- 
produisant des  réactions  égales  toute  l'année ,  ne  peut  donner  de  grandes  différences  mensuelles. 


BAROMÉTRIQUES.  131 


CHAPITRE  XI. 


,  >._i 


DE   LA  CiiUSE  DE   L  INEGALE   PRESSIOn   ATMOSPIIERIQUE   SUIVART   LA  LATITUDE. 


188.  En  suivant  la  marche  du  courant  tropical  vers  les  régions 
tempérées  et  froides ,  en  suivant  les  transformations  aqueuses  et  élec- 
triques qui  nous  ont  dévoilé  la  cause  des  variations  accidentelles  et 

En  dehors  des  tropiques,  les  phénomènes  se  compliquent.  L'évaporation  diminue  en  raison  de 
l'abaissement  de  la  température;  cette  évaporation,  en  outre,  ne  s'y  fait  plus  sous  les  mêmes  con- 
ditions que  celles  qui  existent  sous  la  zone  équatorialc;  la  vapeur  elle-même  éprouve  des  influences 
nouvelles  à  peu  près  inconnues  dans  la  zone  torride. 

Le  courant  qui  résulte  des  vapeurs  tropicales  est  un  élément  nouveau  qui  possède  une  force 
agissant  de  haut  en  bas,  avec  une  puissance  qui  croit  ù  mesuré  qu'il  s'avance  vers  les  hautes  la- 
titudes, qu'il  se  rapproche  du  sol  et  qu'il  agit  sur  de  moindres  quantités  de  vapeurs.  Sous  cette 
nouvelle  influence,  les  vapeurs  diurnes,  disséminées  dans  l'espace  qui  sépare  la  surface  du  globe 
de  ce  courant,  sont  nécessairement  massées  en  trois  couches  distinctes ,  comme  nous  l'avons  dit 
§  i03,  106  et  121  ;  il  en  résulte  que  les  changements  de  la  température  pendant  l'espace  d'un 
jour ,  et  dont  l'amplitude  d'oscillation  augmente  avec  la  latitude,  ne  réagissent  plus  sur  une  masse 
de  vapeurs  h  peu  près  uniforme;  ils  réagissent  sur  des  couches  limitées,  chargées  inégalement 
d'électricité  de  signes  difl'érents.  Le  résultat  dans  la  pression  ne  peut  plus  être  alors  qu'une  diffé- 
rence entre  les  condensations  d'une  couche  et  les  dilatations  de  la  couche  suivante  ;  il  ne  peut 
plus  être  la  somme  de  tous  les  efl'ets  produits,  comme  cela  a  lieu  sur  les  masses  plus  uniformes 
des  vapeurs  tropicales.  Cette  difliérence  dans  la  pression ,  qui  est  d'abord  en  faveur  de  la  couche 
de  vapeur  près  du  sol ,  diminue  à  mesure  qu'on  s'avance  vers  le  cercle  polaire  ;  le  courant  tro- 
pical, en  s'abaissant,  laisse  un  moindre  intervalle  à  la  dissémination  des  vapeurs  diurnes.  Son  ac- 
tion agit  alors  plus  directement  sur  la  surface  du  globe,  dont  il  change  souvent  le  signe  électrique 
par  la  prédominance  de  sa  puissante  tension  négative  ou  résineuse.  Telles  sont  les  causes  de  l'an- 
tagonisme de  l'amplitude  des  oscillations  diurnes  et  mensuelles. 

La  diversité  des  effets  qu'on  remarque  entre  les  contrées  océaniques  et  les  contrées  centrales  et 
orientales,  découle  des  mêmes  causes.  Dans  les  contrées  océaniques  et  occidentales,  l'amplitude 
dans  l'oscillation  thermique  est  plus  faible,  il  est  vrai ,  mais  elle  agit  sur  une  masse  considérable  de 
vapeurs  provenant  des  mers  ;  la  distribution  de  l'électricité  produit ,  dans  ces  vapeurs  nombreuses, 
toutes  les  condensations  et  les  dilatations  que  nous  avons  reconnues  plus  haut,  S  155  à  145,  pour 
être  la  cause  des  inégalités  dans  la  pression  atmosphérique.  Dans  les  contrées  centrales,  l'ampli- 
tude des  oscillations  thermiques  y  est  plus  grande,  mais  elle  n'agit  que  sur  les  faibles  quantités 
de  vapeurs  locales,  ou  sur  celles  du  courant  tropical  surbaissé  qui  se  résolvent  en  gros  nuages 


132  SUR  LES  VARIATIONS 

périodiques ,  nous  allons  également  retrouver  celle  des  variations  dans 
la  pression  atmosphérique  suivant  la  latitude,  et  nous  verrons  qu'elle 
ressort  du  même  principe,  modifié  seulement  par  des  circonstances 
secondaires. 

189.  Les  vapeurs  résineuses  qui  forment  le  courant  tropical,  éprou- 
vent ,  en  s'avançant  vers  les  pôles ,  tous  les  degrés  de  condensation  et 
par  suite  de  conduction  électrique  que  nous  avons  trouvés  par  le  re- 
froidissement de  la  nuit.  Les  vapeurs  que  le  courant  entraîne  se  con- 
densent à  mesure  qu'elles  s'éloignent  des  régions  chaudes,  et  leur 
conduction  s'en  accroît,  comme  elle  s'était  accrue  par  le  refroidisse- 
ment nocturne.  Les  couches  inférieures  de  ce  courant  deviennent 
moins  résineuses  sous  l'influence  terrestre,  et  les  couches  supérieures 
deviennent  plus  résineuses  ;  de  même  que  nous  avons  trouvé  ce  partage 
inégal  de  l'électricité  des  vapeurs  dans  la  période  diurne.  Cependant, 
quoique  le  principe  soit  le  même,  le  résultat  en  est  modifié  par  trois 
circonstances  particulières  dont  il  faut  tenir  compte.  La  première 
découle  de  la  moindre  influence  du  globe  sur  les  vapeurs  du  courant 
tropical  que  sur  celles  interposées  entre  ce  dernier  et  la  surface  ter- 
restre; la  seconde  provient  de  ce  que  les  unes  s'avancent  vers  les  pôles, 
tandis  que  les  autres  restent  stationnaires  ;  la  troisième  enfin  dépend 
de  la  portion  de  l'atmosphère  que  ces  masses  de  vapeurs  occupent. 

190.  L'influence  de  la  terre  sur  des  vapeurs  disposées  dans  une 
couche  placée  entre  4  et  8000  mètres  d'élévation ,  ne  peut  produire  un 
effet  aussi  énergique  que  celui  qu'elle  produit  sur  celles  qui  sont  dis- 
posées près  d'elle.  L'électricité  résineuse  du  courant  éprouve  l'in- 
fluence répulsive  du  globe ,  elle  est  repoussée  vers  les  couches  les  plus 
élevées,  mais  elle  ne  l'est  qu'en  raison  de  l'énergie  d'action  qui  peut 
l'atteindre;  cette  influence  du  globe  n'est  plus  assez  puissante  à  cette 
distance  pour  donner  à  la  portion  la  plus  basse  de  ce  courant,  une 

gris,  en  pluies  tempétueuses  et  accidentelles,  accompagnées  de  vents  violents.  Ces  états  particu- 
liers des  contrées  centrales ,  occasionnent  de  grandes  amplitudes  dans  les  perturbations  acciden- 
telles et  dans  celles  des  saisons,  mais  ne  peuvent  produire  ces  oscillations  régulières  des  tropiques 
ou  des  contrées  océaniques. 


BAROMÉTRIQUES.  153 

tension  résineuse  inférieure  à  la  sienne,  c'est-à-dire,  pour  la  rendre 
vitrée  par  rapport  à  lui  ;  tout  le  courant  reste  alors  résineux,  mais  il 
l'est  moins  dans  sa  couche  inférieure  que  dans  la  supérieure,  et  ce  sont 
les  couches  les  plus  élevées ,  celles  qui  se  résoudront  les  dernières ,  qui 
possèdent  et  gardent  la  plus  haute  tension  résineuse. 

191 .  II  en  est  autrement  des  vapeurs  diurnes  qui  sont  placées  près 
de  sa  surface  :  la  proximité  de  position  rend  l'influence  du  globe 
considérable,  et  la  tension  résineuse  des  vapeurs  est  repoussée  avec 
assez  d'énergie  vers  les  portions  élevées,  pour  laisser  aux  vapeurs  les 
plus  abaissées  une  tension  moindre  que  celle  delà  terre,  ce  qui  les 
rend  vitrées  par  rapport  à  elle.  De  cette  différence  dans  l'intensité 
d'une  même  action ,  résulte  une  différence  très-notable  dans  les 
effets ,  comme  nous  le  verrons. 

192.  La  seconde  circonstance  qui  altère  les  résultats ,  est  celle 
qui  provient  de  la  stabilité  des  vapeurs  diurnes  et  de  la  progression 
des  vapeurs  tropicales.  C'est  la  marche  du  soleil  qui  amène  des 
changements  dans  la  température  des  premières,  qui  les  condense 
la  nuit,  les  dilate  et  les  révaporise  le  jour  suivant;  c'est  la  progres- 
sion des  vapeurs  tropicales  vers  les  pôles  qui  occasionne  leur  refroi- 
dissement et  leur  condensation ,  sans  retour  vers  un  réchauffement 
et  une  dilatation  nouvelle.  Quoi  qu'il  en  soit,  que  l'abaissement  de 
la  température  soit  le  produit  de  l'entraînement  des  vapeurs  loin  du 
soleil  par  la  rotation  diurne ,  ou  qu'il  soit  le  produit  de  l'entraine- 
ment  des  vapeurs  loin  du  soleil ,  par  le  courant  qui  les  porte  vers 
les  pôles ,  le  résultat  est  le  même  sous  le  rapport  de  la  condensation 
et  de  la  distribution  inégale  de  l'électricité. 

193.  La  troisième  circonstance  qui  différencie  les  résultats,  con- 
siste en  ce  que  les  effets  analogues  résultent  du  temps  dans  les  vapeurs 
diurnes,  et  de  l'espace  dans  les  vapeurs  tropicales.  Et  en  effet,  c'est 
aux  mêmes  heures  que  se  reproduisent  les  mêmes  phénomènes  de 
maximum  et  de  minimum  dans  les  vapeurs  diurnes,  parce  que  c'est 
aux  mêmes  heures  que  la  rotation  du  globe  présente  les  mêmes 
plages  à  la  chaleur  solaire ,  ou  aux  rayonnements  noctures  ;  tandis 


154  SUR  LES  VARIATIONS 

que  le  refroidissement,  la  condensation  et  l'abaissement  des  vapeurs 
du  courant  tropical ,  dépendent  de  la  latitude  et  ne  sont  que  légère- 
ment influencés  par  le  mouvement  diurne.  En  faisant  abstraction  de 
l'influence  des  saisons,  on  trouve  qu'à  une  latitude  donnée,  la  même 
portion  du  phénomène  général  se  reproduit  sans  cesse,  comme  celle 
du  phénomène  périodique  se  reproduit  à  une  heure  donnée.  C'est  la 
continuité  du  courant  qui  reproduit  la  continuité  du  phénomène 
latitudinal ,  comme  c'est  l'évaporation  et  la  condensation  renouvelées 
chaque  jour ,  qui  amènent  aux  mêmes  heures  la  même  portion  du 
phénomène.  Il  faut  rester  sous  le  même  degré  de  latitude  pour  obtenir 
un  phénomène  constant;  il  faudrait  rester  sous  la  même  heure  astro- 
nomique, c'est-à-dire,  rester  suspendu  près  du  globe  sans  partager  sa 
rotation,  pour  conserver  la  même  portion  du  phénomène  horaire. 

194.  En  s'avançant  vers  les  pôles ,  les  vapeurs  du  courant  tropical 
éprouvent  plusieurs  altérations  qui  déterminent  leur  abaissement  et 
leur  résolution.  Le  refroidissement  est  la  première  et  la  plus  puissante, 
il  fait  perdre  au  courant,  dès  les  premiers  jours ,  une  quantité  considé- 
rable des  vapeurs  qui  le  constituent,  et  par  leur  condensation  il  produit 
son  abaissement  successif  pendant  sa  progression  vers  les  pôles ,  en 
même  temps  que  les  résolutions  de  ses  vapeurs  diminuent  son  épais- 
seur. Ce  courant,  chargé  d'une  haute  tension  résineuse,  agit  de  haut 
en  bas  sur  les  vapeurs  diurnes  qui  s'épanchent  chaque  jour  dans  l'es- 
pace intermédiaire;  il  rend  vitrées  celles  qui  s'élèvent  jusque  dans  la 
sphère  de  son  influence;  et,  lorsqu'elles  se  globulisent,  on  les  recon- 
naît à  leur  blancheur  et  à  leur  élévation;  elles  forment  ces  stries,  ces 
pommelures  blanches,  ou  ces  beaux  cumulo-slrati  plus  ou  moins 
brillants,  tandis  qu'au-dessous  s'étendent  de  longues  traînées  grises, 
baveuses  et  mal  définies.  La  gravité  de  ces  nuages  blancs  s'oppose  à 
leur  ascension  en  masse  vers  les  couches  résineuses  qui  les  attirent; 
ce  n'est  qu'en  repassant  à  l'état  de  fluide  élastique  que  leur  vapeur 
reprend  une  légèreté  suffisante  et  peut  aller  neutraliser  la  couche  qui 
leur  est  la  plus  voisine. 

195.  La  seule  interposition  de  ces  vapeurs  vitrées  entre  le  courant 


BAROMÉTRIQUES.  135 

tropical  et  le  globe ,  suffit  pour  changer  les  rapports  répulsifs  du  pre- 
mier (voytîz  §  145  et  sa  note,  et  §§  89  à  97  ).  Ce  nuage  blanc  interposé, 
agissant  comme  corps  vitré  placé  près  d'une  masse  de  petits  corps  ré- 
sineux et  indépendants ,  eu  atténue  par  son  attraction  les  répulsions 
intérieures;  de  même  que  l'influence  résineuse  du  courant  atténue  les 
répulsions  intérieures  des  molécules  vitrées  du  nuage.  La  conséquence 
de  cette  double  influence  est  une  augmentation  dans  la  pression  ;  d'a- 
bord l'électricité  résineuse  du  courant  étant  en  partie  neutralisée  par 
cette  électricité  vitrée  du  nuage ,  le  globe  les  repousse  moins  et  leurs 
molécules  se  repoussent  moins  entre  elles  ;  il  en  résulte  une  densité  et 
une  pression  plus  grande.  De  leur  côté  les  vapeurs  vitrées  sont  aussi 
devenues  plus  denses  et  sont  moins  vitrées  pour  le  globe  ;  en  consé- 
quence elles  sont  moins  attirées  et  leur  pression  diminue;  mais  ce 
qu  elles  ont  perdu  en  attraction,  elles  l'ont  retrouvé  en  densité  et  en 
pesanteur  matérielle.  Le  résultat  final  est  une  aggravation  dans  la 
pression  totale,  provenant  de  la  moindre  répulsion  des  vapeurs  rési- 
neuses du  courant  et  de  leur  plus  grande  densité;  ce  premier  résultat 
en  produit  bientôt  un  second ,  c'est  celui  de  leur  abaissement  et  des 
nouvelles  neutralisations  suivies  de  résolutions. 

196.  Le  refroidissement  du  courant  tropical ,  sa  condensation,  l'i- 
négale distribution  de  son  électricité,  ne  suivent  pas  toujours  une 
marche  régulière  des  tropiques  aux  pôles;  ces  effets  sont  fortement 
modifiés  par  l'influence  des  causes  locales.  Suivant  qu'il  passe  au- 
dessus  des  régions  chaudes  et  arides ,  ou  des  régions  tempérées  et  hu- 
mides, l'air  interposé  sera  sec,  et  ses  vapeurs  bien  isolées,  ou  il  sera 
humide  et  ses  vapeurs  seront  conductrices.  Dans  le  premier  cas,  le 
courant  supérieur  sera  moins  refroidi ,  il  aura  moins  de  ses  vapeurs 
neutralisées ,  il  descendra  moins  et  traversera  ces  contrées  sans  y  ver- 
ser aucune  pluie  comme  on  le  voit  au-dessus  des  déserts  de  sable  de 
l'Afrique.  Le  contraire  arrive  dans  le  second  cas;  les  échanges  plus 
faciles  avec  les  vapeurs  inférieures  atténuent  sa  tension  générale,  il 
s'abaisse,  se  neutralise  encore ,  une  partie  de  ses  vapeurs  se  résout  et  la 
pluie  est  abondante  ;  c'est  ce  qu'on  remarque  sur  mer  et  près  des  côtes. 


156  SUR  LES  VARIATIONS 

197.  Au-dessus  des  continents  fertiles,  les  rayonnements  électriques 
y  sont  plus  nombreux,  plus  faciles  qu'au-dessus  des  plaines  arides; 
les  vapeurs  du  courant  tropical  en  les  traversant,  y  éprouvent  plus  de 
neutralisations  et  dès  lors  plus  de  résolutions  aqueuses.  Les  montagnes 
sont  encore  des  causes  d'accélération  ;  ce  sont  de  véritables  pointes  d'où 
l'électricité  contraire  rayonne  vers  les  vapeurs  supérieures ,  elle  les 
neutralise,  leur  enlève  un  élément  de  répulsion  intérieure  et  abrège 
ainsi  leur  résolution. 

1 98.  Le  refroidissement  n'est  pas  le  seul  élément  de  la  condensation 
des  vapeurs  résineuses  supérieures,  pendant  leur  progression  vers  les 
pôles,  elles  s'avancent  toutes  vers  un  point ,  vers  l'axe  du  cercle  qu'el- 
les abandonnent  :  leur  température  se  conserverait  uniforme  et  les 
netitralisations  électriques  ne  les  atteindraient  pas,  que  cette  seule 
progression  vers  un  centre ,  en  les  condensant  au  delà  de  toute  pro- 
portion ,  provoquerait  leur  résolution.  Cette  cause  est  spéciale  à  ce 
phénomène,  et  elle  entre  pour  une  grande  partie  dans  le  résultat  final. 
La  dépression  de  l'atmosphère  inférieure  qui  s'avance  vers  l'équa- 
teur,  pour  remplacer  le  courant  ascendant,  est  encore  une  cause  d'a- 
baissement et  de  résolution  qui  n'appartient  qu'à  ce  phénomène. 

199.  Pendant  l'été ,  le  point  de  départ  des  vapeurs  tropicales  étant 
rapproché  du  pôle,  et  la  température  se  maintenant  élevée  jusqu'à 
une  haute  latitude,  le  refroidissement  agit  moins  et  laisse  une  plus 
grande  part  d'action  à  la  diminution  de  l'aire  sphérique  et  à  la  dépres- 
sion des  couches  inférieures.  Elles  arrivent  en  abondance  jusque  vers 
le  75  et  78^  degré,  et  portent  dans  ces  régions  extrêmes  leur  haute  ten- 
sion résineuse  et  leurs  tempêtes.  Au  solstice  d'hiver  au  contraire ,  ce 
courant  ayant  pris  son  origine  à  près  de  20  degrés  au  delà  de  l'équa- 
teur,  le  refroidissement  et  les  neutralisations  électriques  en  ont  dé- 
pouillé l'atmosphère  dans  une  plus  grande  proportion ,  et  elles  termi- 
nent leur  course  vers  le  60*^  degré  dans  un  cercle  plus  étendu  et  d'une 
manière  moins  violente  ;  dans  les  hautes  latitudes,  l'hiver  est  l'époque 
des  calmes,  comme  l'été  est  celle  des  coups  de  vents  et  des  tempêtes. 

200.  Voyons  maintenant  les  modifications  qui  se  passent  dans  le 


BAROMÉTRIQUES.  lîW 

sein  de  ce  courant  par  le  seul  effet  du  refroidissement  et  des  distribu- 
tions de  son  électricité,  sans  avoir  égard  aux  différentes  perturbations 
locales  et  passagères  qu'il  éprouve. 

L'abaissement  dans  la  température  du  courant  tropical  en  condense 
les  vapeurs  et  les  rend  plus  conductrices,  les  couches  supérieures  en 
acquièrent  une  plus  haute  tension  résineuse  au  détriment  des  couches 
inférieures.  L'action  répulsive  du  globe  diminuant  avec  la  distance , 
il  en  résulte  que  la  portion  d'électricité  résineuse  repoussée,  allège 
moins  les  vapeurs  qui  la  reçoivent,  qu'elle  n'allégeait  les  vapeurs  in- 
férieures. En  tenant  compte  de  la  différence  de  la  pesanteur,  on  trouve 
qu'à  quantité  égale  d'électricité  résineuse,  les  molécules  des  vapeurs 
supérieures  pèsent  matériellement  plus  que  les  vapeurs  inférieures. 

201.  Ce  déplacement  d'une  quantité  d'électricité  résineuse,  quoi- 
qu'insuffisant  pour  rendre  vitrée  la  couche  inférieure,  n'en  produit 
pas  moins  le  même  effet ,  celui  d'une  moindre  répulsion  totale  et  d'une 
moindre  dilatation  intérieure.  Quel  que  soit  le  degré  delà  tension  des 
couches  inférieures ,  dès  l'instant  qu'elle  a  été  amoindrie,  la  pesanteur 
s'en  est  accrue  ;  le  premier  effet  que  doit  produire  cette  inégale  distri- 
bution de  l'électricité  résineuse  dans  le  courant  tropical ,  sera  donc 
une  augmentation  dans  la  pression  générale  ;  cette  augmentation 
dans  la  pression  s'observe  presque  toujours  aussitôt  que  les  couches 
supérieures  s'opalisent,et  même  avant  que  cet  état  se  manifeste  à  nos 
yeux.  On  voit  le  baromètre  s'arrêter  d'abord  dans  sa  marche  descen- 
dante, puis  remonter  aussitôt  que  la  formation  des  nuages  indique  une 
nouvelle  et  inégale  distribution  électrique. 

202.  A  l'origine  du  courant  tropical ,  l'espace  qui  le  sépare  de 
la  surface  du  globe  est  considérable;  sa  limite  inférieure  est  au  moins 
à  6,000  mètres.  C'est  dans  ce  vaste  espace  que  les  vapeurs  diurnes 
se  dispersent  et  ont  toute  liberté  de  s'agglomérer  en  couches  épais- 
ses, ou  en  masses  limitées,  chargées  d'électricités  différentes,  selon 
leur  dépendance  de  l'influence  du  globe  ou  du  courant  supérieur. 
Les  trois  couches  qu'elles  forment  sont  alors  bien  distinctes  et  bien 
espacées  :  la  couche  vitrée  inférieure  qui  n'est  visible  que  sous  la 

Ton.  XVIII.  18 


138  SUfi  LES  VARIATIONS 

forme  de  brouillard,  mais  qui  est  toujours  sensible  à  l'hygromètre  et 
à  l'électromètre;  la  couche  moyenne  résineuse ,  réceptacle  des  vapeurs 
repoussées  de  bas  en  haut  par  le  globe ,  et  des  vapeurs  repoussées  de 
haut  en  bas  par  le  courant  tropical  ;  enfin  la  couche  vitrée  supérieure, 
revêtant  toujours  la  forme  de  nuages  blancs,  lorsque  ses  vapeurs  sont 
globulisées.  Toutes  ces  couches  prennent  des  dimensions  d'autant  plus 
grandes  que  le  courant  tropical  est  plus  haut  ',  et  elles  laissent  assez 
d'espace  entre  elles  pour  être  isolées  et  conserver  à  peu  près  leur  ten- 
sion. Ainsi  vers  l'origine  de  ce  courant ,  lorsque  ses  vapeurs  sont  en- 
core très-élevées,  la  pesanteur  s'accroît  pendant  leur  progression  : 

1"  Par  la  répulsion  de  l'électricité  résineuse  vers  les  couches  les 
plus  élevées  ; 

2°  Par  l'interposition  d'épaisses  couches  de  vapeurs  vitrées  ; 

3"  Par  la  résolution  d'une  partie  des  vapeurs  résineuses  qui  sont 
neutralisées. 

203.  Tant  que  les  vapeurs  font  partie  du  courant  tropical ,  elles  ne 
peuvent  se  transformer  en  vapeurs  globulaires,  comme  les  vapeurs 
placées  au-dessous  :  étant  dispersées  dans  une  atmosphère  très-raré- 
fiée  et  n'ayant  qu'une  faible  pression  au-dessus  d'elles,  elles  sont  trop 
peu  condensées  pour  subir  cette  transformation  ;  à  ces  causes  vient 
se  joindre  celle  de  la  répulsion  terrestre  qui  rend  les  vapeurs  rési- 
neuses plus  rares,  plus  légères  et  moins  conglomérantes.  Ce  n'est  que 
lorsqu'elles  se  sont  abaissées  dans  les  couches  plus  denses  de  l'atmos- 
phère ,  lorsqu'elles  ont  subi  l'influence  d'une  plus  grande  pression  et 
de  neutralisations  successives,  qu'elles  peuvent  enfin  atteindre  la  con- 
densation nécessaire  à  la  globulisation.  Leur  abaissement  dérivede trois 
causes  :  le  refroidissement  qui  les  condense  et  les  rend  plus  pesantes; 

*  Les  orages  sont  d'autant  plus  considérables  que  cet  espace  est  plus  étendu.  Il  faut  pour  former 
un  orage,  une  épaisse  couche  de  cumuli  blancs  bien  séparés  des  nues  d'un  gris  de  plomb  par 
un  espace  isolant.  Moins  cet  espace  sera  étendu,  moins  les  cumuli  blancs  auront  d'épaisseur  et  de 
tension  électrique,  et  moins  les  orages  seront  nombreux  et  violents;  c'est  pourquoi  l'hiver  et  les 
hautes  latitudes  en  ont  peu  ou  n'en  ont  pas  ;  le  courant  tropical  est  alors  trop  près  du  sol.  Les  ora- 
ges ne  se  forment  qu'au  moment  où  les  cumuli  blancs  s'abaissent  par  l'augmentation  de  leur  poids, 
et  entrent  dans  la  sphère  d'activité  de  l'électricité  résineuse  des  nues  plombées. 


BAROMÉTRIQUES.  fW 

la  neutralisation  d'une  portion  do  leur  électricité  résineuse  par  les  va- 
peurs vitrées  inférieures,  neutralisation  qui  permet  à  leurs  molécules 
de  se  rapprocher  et  de  se  condenser;  enfin  leur  agglomération  en  s'a- 
vançant  vers  une  aire  plus  restreinte.  Leur  tension  résineuse,  aug- 
mentée par  l'influence  de  celle  du  globe,  s'oppose  plus  long-temps 
à  leur  rapprochement  globulaire,  tandis  qu'à  pesanteur  égale,  l'at- 
traction du  globe  diminuant  l'intensité  de  lu  répulsion  intérieure  des 
vapeurs  vitrées,  facilite  cette  agglomération  globulaire. 

204.  A  mesure  que  ce  courant  s'avance  vers  le  N.,  et  qu'il  s'a- 
baisse ,  l'espace  intermédiaire  diminue  ;  les  vapeurs  diurnes  y  sont 
moins  abondantes ,  l'influence  résineuse  de  la  terre  sur  le  courant 
augmente ,  et  dès  lors  elle  affaiblit  l'action  qu'il  exerçait  sur  les  va- 
peurs inférieures;  la  couche  vitrée  supérieure  s'amoindrit  et  n'est  le 
plus  souvent  qu'un  strate  assez  mince ,  comme  on  le  voit  l'hiver  dans 
les  régions  tempérées.  Aussi  voit-on  ces  épais  strates  brillants ,  ces 
gros  cumuli  superposés,  disparaître  peu  à  peu,  et  ne  laisser  entre  le 
courant  et  le  globe  que  de  légères  couches  blanches,  plus  rappro- 
chées du  sol.  Par  suite  de  ce  rapprochement  du  courant  tropical , 
et  de  la  haute  tension  résineuse  que  ses  vapeurs  ont  acquise  par  les 
transformations  successives  de  ces  couches  inférieures ,  ces  vapeurs 
conservent  toujours  une  raréfaction  plus  grande  que  ne  le  comporte 
leur  pesanteur,  elles  pèsent  moins  que  le  volume  d'air  ou  de  vapeurs 
vitrées  qu'elles  déplacent. 

205.  En  résumé,  l'abondance  des  vapeurs  résineuses  vers  l'équa- 
teur  allège  la  pression  ;  puis,  en  s'avançant  vers  les  tropiques  et  le  dé- 
passant, la  pression  a  augmenté  en  raison  de  la  quantité  qu'on  en  a  vue 
se  résoudre  et  de  l'inégale  distribution  de  leur  électricité ,  qui  a  rendu 
moins  résineuse  la  couche  la  plus  voisine  du  globe.  A  cette  cause, 
propre  au  courant  tropical ,  se  sont  ajoutées  les  influences  secondaires 
des  vapeurs  diurnes,  de  leur  distribution  et  de  leurs  tensions  propres, 
donnant  pour  résultante  une  plus  grande  pression.  Ces  influences  se- 
condaires, s'afTaiblissant  peu  à  peu  pendant  la  progression ,  les  réac- 
tions contraires  du  courant  tropical  et  du  globe  deviennent  plus  in- 


140  SUR  LES  VARIATIONS 

tenses  en  se  rapprochant;  elles  diminuent  la  pression  en  rendant  plus 
légère  la  -vapeur  résineuse  du  courant.  De  cette  succession  d'effets, 
il  résulte  que  l'augmentation  de  pression,  après  avoir  atteint  un 
maximum  du  30  au  33«^  degré  de  latitude ,  s'arrête  et  rétrograde  d'une 
manière  continue,  avec  une  rapidité  variable  jusqu'à  un  minimum 
que  nous  allons  indiquer. 

Cette  décroissance ,  très- faible  d'abord,  augmente  quelque  peu  vers 
le  45*^  degré,  mais  ce  n'est  qu'après  le  50*^  que  sa  marche  est  plus  rapide, 
et  enfin  c'est  vers  le  65''  degré  de  latitude  qu'elle  parait  avoir  atteint 
son  dernier  terme.  Au  delà  de  cette  région,  la  pression  s'accroît  de  nou- 
veau pour  continuer  probablement  jusqu'au  pôle. 

206.  Dès  l'instant  que  les  vapeurs  sont  assez  condensées  pour  se 
masser  en  nuages  ,  la  neutralisation  électrique  s'y  opère  plus  facile- 
ment au  moyen  de  la  charge  périphérique  qui  les  entoure.  La  résolu- 
tion des  vapeurs  s'en  accélère  et  l'épaisseur  du  courant  diminue  rapi- 
dement. Dans  les  latitudes  élevées,  l'état  le  plus  ordinaire  des  particules 
de  vapeur  est  l'état  solide  ',  toutes  se  gèlent  et  s'agglomèrent  sous  un 
grand  nombre  déformes;  ayant  perdu  leur  liquidité,  les  vapeurs  re- 
passent moins  facilement  à  l'état  de  pur  fluide  élastique;  ce  sont  des 
particules  plus  ou  moins  composées  et  non  la  molécule  élémentaire 
qui  composent  l'eau  suspendue  dans  ces  régions  froides.  Les  nom- 
breux halos,  couronnes,  parhélies,  parasélènes,  etc.,  indiquent  assez 
leur  état  d'agglomération  glacée  ;  de  plus,  l'état  solide  se  prête  moins 
bien  à  la  conduction  électrique  ;  chacun  des  agglomérats  peut  conser- 
ver une  bien  plus  haute  tension  avant  d'en  laisser  écouler  une  portion . 
Dès  lors,  les  neutralisations  latentes  et  particulières  diminuent,  elles 
ne  peuvent  plus  avoir  lieu  que  par  le  moyen  des  décharges  en  masse. 

207.  Les  relations  des  navigateurs  constatent  cette  déduction.  Les 
décharges  tempétueuses  sont  les  compagnes  assidues  des  averses  de 
grésil  ou  d'agglomérats  glacés  dans  les  régions  polaires.  Ce  n'est  que 
la  neige  pennée  et  à  larges  flocons  qui  tombe  sans  tourmente  atmo- 
sphérique ;  elle  est  vitrée  et  conséquemment  chacun  de  ses  flocons  est 
attiré  pour  son  propre  compte ,  tandis  que  les  agglomérats  résineux 


BAROMÉTRIQUES.  141 

ne  se  déchargent  que  par  l'excès  de  leur  tension  sur  celle  de  la  terre. 
La  multiplicité  du  ces  résolutions  réduit  enfin  le  courant  tropical  aux 
plus  minimes  proportions,  il  n'en  reste  plus  que  les  spicules  glacés  les 
plus  chargés  d'électricité  résineuse  et  les  plus  long-temps  repoussés. 
Arrivant  de  toutes  parts  près  du  pôle,  ces  résolutions  s'y  déchar- 
gent enfin  et  produisent  un  phénomène  nouveau  (l'aurore  polaire) 
que  nous  avons  indiqué  dans  un  mémoire  publié  dans  le  14*^  numéro 
des  Archives  de  Véleclricité. 

208.  A  mesure  que  ces  résolutions  s'opèrent ,  l'air  remplace  les 
vapeurs;  plus  lourd  qu'elles  et  dépouillé  de  son  électricité  d'em- 
prunt ,  il  pèse  davantage  et  le  baromètre  remonte.  A  partir  du  66^ 
ou  du  67^  degré ,  l'atmosphère  supérieure  est  pure ,  et  ce  n'est  que 
près  do  la  surface  du  globe  qu'on  voit  des  brumes  épaisses  dans  les 
mois  d'été.  Gîs  brumes  ont  une  hauteur  très-limitée ,  et  à  peine  at- 
teignent elles  lu  tète  des  mâts  '.  Mais  près  des  pôles,  pendant  l'été  , 
ou  dans  ces  mômes  latitudes ,  vers  le  solstice  d'hiver ,  les  brumes  dis- 
paraissent et  laissent  à  l'air  seul  la  fonction  de  peser  sur  le  baro- 
mètre. Ce  dernier  remonte  rapidement  et  on  le  trouve  à  758"^  sur 
les  côtes  du  Spitzberg ,  quoique  cette  moyenne  soit  le  résultat  des 
observations  de  l'été,  époque  des  brumes  et  du  restant  du  courant 
tropical ,  qui  atteint  ces  régions.  Dans  l'hiver  le  baromètre  doit  s'y 
maintenir  plus  haut,  comme  il  se  maintient  à  la  même  latitude 
dans  des  lieux  où  l'on  a  fait  des  observations  d'hiver. 

209.  Pour  compléter  nos  démonstrations  ,  il  faudrait  rapporter 
quelques  exemples  d'observations  simultanées  des  influences  électri- 
ques des  tempêtes  et  des  pressions  barométriques  dans  les  hautes  la- 
titudes. Malheureusement  les  tableaux  des  observations  faites  dans 
ces  parages  manquent  presque  totalement  d'indications  électriques  ;  à 
défaut  de  ces  observations  directes,  nous  pouvons  cependant  induire 
quelquefois  l'état  électrique  des  nuages  par  les  autres  phénomènes 
que  nous  savons  en  être  la  conséquence.  C'est  ainsi  que  la  couleur 

'  Cap.  Ross  etScoresby,  ilmenc.  ;'our.,  XIV,  379.  .viJitf- 


142  SUR  LES  VARIATIONS 

plombée  des  nuages  et  la  brusquerie  des  vents  sont  pour  nous  l'indice 
certain  d'une  haute  tension  résineuse;  la  rapidité  avec  laquelle  descend 
le  baromètre  malgré  le  froid ,  à  l'approche  d'une  tempête ,  et  son  as- 
cension rapide  aussitôt  que  les  rafales ,  la  pluie  ou  le  grésil  ont  com- 
mencé à  produire  des  neutralisations  électriques ,  nous  indiquent  aussi 
la  puissance  de  la  tension  résineuse  des  vapeurs  supérieures.  Pendant 
notre  séjour  sur  le  Faulhorn,  nous  avons  eu  du  26  au  31  juillet  1842, 
une  succession  d'averses  de  neige  et  de  grésil  qui  vinrent  constater  les 
faits  précédents  ;  toutes  les  fois  que  le  nuage  était  blanc ,  il  ne  donnait 
qu'une  neige  légère  bien  cristallisée ,  et  les  signes  étaient  vitrés  ;  mais 
aussitôt  que  la  nue  qui  nous  enveloppait  ou  nous  dominait  était  grise, 
c'était  du  grésil  ou  des  agglomérats  neigeux  qui  tombaient;  les  signes 
étaient  alors  puissamment  résineux  et  le  vent  se  déchaînait  par  ra- 
fales. 

210.  Toutes  les  fois  que  les  relations  notent  la  brusquerie  du  vent, 
la  couleur  plombée  ou  ardoisée  des  nuages ,  il  y  a  certitude  que  leurs 
vapeurs  sont  puissamment  résineuses.  Les  nuages  vitrés  abaissés  près 
du  sol  ne  déploient  jamais  ni  la  brusquerie ,  ni  la  violence  des  nuages 
résineux  ;  attirés  dans  leur  totalité  et  dans  leurs  molécules  ,  leur 
électricité  rayonne  de  tous  les  points  vers  le  globe  résineux  avec 
lequel  elle  se  neutralise  ;  tandis  que  les  nuages  résineux  ne  peuvent 
perdre  leur  électricité  par  des  décharges  d'ensemble ,  que  lorsque  leur 
tension  périphérique  étant  plus  grande  que  la  portion  subterposée  du 
sol ,  elle  la  rend  neutre  ou  vitrée  et  s'y  décharge  par  masse  et  non  par 
rayonnement  individuel.  jun 

211.  En  résumant  ce  qui  précède,  on  voit  les  mêmes  effets  pro* 
duits  ou  par  la  rotation  diurne ,  qui  fait  succéder  la  fraîcheur  des  nuits 
à  la  température  du  jour ,  ou  par  le  transport  le  long  d'un  méridien 
vers  les  régions  glacées.  La  cause  est  la  même  :  le  refroidissement  des 
vapeurs  suivi  de  leur  condensation,  d'une  meilleure  conduction  élec- 
trique, de  l'inégale  distribution  de  l'électricité  qui  altère  alors  la 
pression  en  la  rendant  plus  grande  ou  plus  petite ,  suivant  qu'elle  a 
rendu  les  vapeurs  vitrées  ou  résineuses.  Quelle  que  soit  la  cause  du  re- 


BAROMÉTRIQUES.  143 

froid issement,  que  ce  soit  par  l'absence  du  soleil,  par  la  marche  des 
saisons  ou  enfin  par  le  transport  des  vapeurs  dans  les  climats  polaires, 
le  résultat  est  complètement  le  même. 


CHAPITRE  XII. 

DE    LA    C\OSE    DES    VARUTIOUTS    DANS    LA    PRESSION    ATMOSPHERIQUE    A    LA 
HAUTEVR    DES    NEIGES    PERPETUELLES. 


212.  Les  faits  précédents  conduisent  à  prévoir  les  différences  qui 
doivent  exister  entre  les  résultats  obtenus  au-dessous  des  vapeurs 
diurnes  et  ceux  qui  se  passent  au-dessus.  Lors  même  que  l'on  n'aurait 
pas  d'observations  directes  qui  pussent  constater  les  variations  de  la 
pression  à  la  hauteur  des  neiges  perpétuelles ,  on  pourrait  les  déduire 
de  tout  ce  que  nous  avons  démontré  dans  les  chapitres  précédents. 

On  a  vu  que  suivant  les  transformations  des  vapeurs  diurnes ,  dis- 
séminées dans  l'atmosphère  inférieure ,  le  baromètre  éprouvait  des 
pressions  différentes  :  il  descend  lorsque  les  vapeurs  résineuses  pré- 
dominent; il  monte  lorsque  ce  sont  les  vapeurs  vitrées  :  son  ascension 
est  d'autant  plus  grande  que  l'épaisseur  ou  la  tension  de  la  couche 
vitrée  est  plus  considérable.  Tout  observateur  qui  aura  suivi  la  cor- 
rélation de  ces  deux  ordres  de  phénomènes ,  ne  pourra  douter  de  leur 
lien  de  cause  et  d'effet.  La  conséquence  de  ces  observations  est  qu'en 
s  élevant  dans  l'atmosphère ,  on  se  soustrait  successivement  aux  varia- 
tions des  couches  inférieures,  et  que  lorsqu'on  est  arrivé  à  la  hauteur 
que  les  vapeurs  diurnes  n'atteignent  pas,  ou  qu'elles  n'atteignent  qu'en 
petites  quantités ,  les  variations  de  pression  qui  en  dépendent ,  s'écar- 
tent de  celles  des  plaines. 

213.  En  effet,  les  variations  de  la  pression  qui  dépendent  de  l'iné- 
gale distribution   de  l'électricité  dans  les  vapeurs  de  la  journée,  ne 


lU  SUR  LES  VARIATIONS 

peuvent  se  retrouver  dans  les  couches  de  l'atmosphère  qu'elles  n'attei- 
gnent pas.  Les  vapeurs  résineuses  du  milieu  de  la  journée  ne  peuvent 
alléger  la  pression  sur  un  baromètre  placé  au-dessus  d'elles,  et  la  petite 
quantité  qui  parvient  à  la  hauteur  de  3,000  mètres  à  notre  latitude , 
a  déjà  subi  un  grand  refroidissement,  une  grande  condensation  et  une 
meilleure  conduction  électrique.  A  cette  hauteur,  ces  vapeurs  se  trou- 
vent sous  l'influence  du  courant  tropical,  et  deviennent  en  consé- 
quence vitrées.  C'est  au-dessous  de  cette  limite ,  qu'en  général ,  se 
tiennent  les  vapeurs  résineuses.  A  3,000  mètres  d'élévation ,  vers  les 
45^  et  48^  degrés  de  latitude,  on  domine  le  plus  ordinairement  les 
strates  gris  et  l'on  est  sous  l'influence  des  cumuli  blancs. 

C'est  pour  ce  motif  que  les  signes  vitrés  sont  si  puissants  sur  le  som- 
met des  hautes  montagnes,  et  que,  le  plus  souvent,  ces  montagnes  pro- 
duisent un  fumage  gris  et  cendré:  les  signes  contraires,  c'est-à-dire 
les  signes  résineux  des  instruments  et  le  fumage  blanc  des  montagnes 
très-élevées ,  sont  des  exceptions  à  la  marche  ordinaire  des  phéno- 
mènes; exception  pour  les  beaux  jours  de  l'été,  mais  dont  le  nombre 
s'accroît  en  s'avançant  dans  l'hiver  et  lors  de  l'abaissement  du  courant 
tropical.  Lorsque  dans  l'été,  on  voit  les  sommets  produire  un  fumage 
blanc  vitré ,  il  y  a  certitude  qu'une  masse  de  vapeurs  tropicales  s'est 
abaissée  jusqu'au  point  de  les  envelopper  de  sa  puissante  tension  rési- 
neuse, et  que  des  tempêtes  sont  imminentes. 

214.  L'effet  immédiat  qui  ressort  de  cet  état  normal,  de  l'état  vitré  ou 
positif  des  vapeurs  diurnes  qui  s'élèvent  à  la  hauteur  d'environ  3,000 
mètres  et  qui  sont  poussées  par  le  vent  au-dessus  du  sommet  des  hautes 
montagnes,  c'est  d'abord  d'atténuer  l'influence  résineuse  du  globe  sur  les 
vapeurs  du  courant  tropical  (§  1 45  et  sa  note)  ;  c'est  ensuite  de  rendre  ces 
vapeurs  moins  répulsives  entre  elles,  en  attirant  à  la  périphérie  leur  élec- 
tricité spéciale;  de  les  rendre  plus  denses  et  enfin  plus  pesantes.  Une  por- 
tion de  ces  vapeurs  vitrées,  souvent  massées  en  nuages  blancs,  attirée  par 
la  tension  contraire  du  courant  supérieur ,  ne  peut  cependant  monter 
jusqu'à  lui  :  d'abord  sa  gravité  s'y  oppose  ;  de  plus,  les  vapeurs  du  cou- 
rant tropical  ne  forment  point  des  corps,  ayant  toute  leur  électricité  à  la 


BAROMÉTRIQUES.  tm 

périphérie  ;  elles  sont  au  contraire  à  l'état  de  fluide  élastique,  dans  une 
région  atmosphérique  déjà  fort  raréfiée ,  qui  permet  à  leurs  particules 
de  garder  leur  propre  tension  résineuse.  L'action  totale  est  alors  la 
somme  de  toutes  ces  actions  individuelles ,  partant  d'autant  de  points 
différents  qu'il  y  a  de  particules  de  vapeur ,  et  non  d'actions  rappro- 
chées et  solidaires,  comme  le  serait  celle  qui  partirait  de  la  sphère 
électrique  d'un  corps  conducteur.  Ce  n'est  donc  qu'en  repassant  à 
l'état  de  fluide  élastique  que  les  nuages  blancs,  nageant  au-dessous  de 
ce  courant,  peuvent  monter  jusqu'à  lui  et  en  neutraliser  les  vapeurs 
de  la  zone  inférieure.  En  observant  du  sommet  des  montagnes  la  réva- 
poration  des  cumuli  blancs,  on  voit  leur  superficie  supérieure  prendre 
un  blanc  plus  éclatant ,  s'allonger  en  stries  panachées  vibrantes  et  dis- 
paraître dans  l'espace;  on  voit  en  même  temps  leurs  portions  infé- 
rieures perdre  leur  éclat,  se  ternir,  prendre  une  teinte  grise  et  descendre 
dans  l'espace  intermédiaire  ;  ou  bien  encore ,  si  l'électricité  restante 
n'est  plus  suffisante  pour  leur  donner  la  légèreté  nécessaire  à  leur  sus- 
pension, on  les  voit  se  condenser  et  tomber  en  une  bruine  fine  dans  les 
vallées.  C'est  un  phénomène  que  nous  avons  observé  un  grand  nombre 
de  fois  pendant  notre  séjour  sur  le  Faulhorn  ;  il  sufiit  pour  le  voir  de 
suivre  un  de  ces  nombreux  nuages  qui  sortent  du  sein  des  montagnes. 

215.  L'ascension  des  vapeurs  journalières,  de  celles  qui  atteignent 
le  courant  supérieur  et  en  neutralisent  quelques  portions ,  produisent 
donc  un  double  effet  concordant  au  même  but ,  celui  d'une  augmen- 
tation dans  la  pression  atmosphérique  pendant  la  journée.  Le  premier 
est  produit  par  la  neutralisation  des  vapeurs  résineuses  du  courant 
tropical ,  et  le  second  par  l'interposition  des  vapeurs  vitrées ,  entre  le 
lieu  de  l'observation  et  ce  même  courant.  Sur  de  telles  sommités ,  la 
pression  augmentera  nécessairement  dans  le  moment  même  qu'elle 
baissera  dans  la  plaine ,  sous  l'influence  des  vapeurs  résineuses  dis- 
persées dans  la  couche  plus  inférieure  ;  aussi  la  courbe  du  milieu  du 
jour  est-elle  ascendante  sur  le  sommet  des  hautes  montagnes,  aux 
heures  où  elle  est  descendante  dans  les  vallées  inférieures. 

216.  Le  contraire  a  lieu  aussitôt  que  l'abaissement  de  la  tempé- 
ToM.  XVUI.  19 


146  SUR  LES  VARIATIONS 

rature  ne  permet  plus  à  une  partie  des  vapeurs  de  la  plaine  de  s'élever 
au-dessus  du  sommet.  Les  vapeurs  vitrées  interposées  se  condensent, 
elles  s'abaissent  au-dessous  de  ces  sommets  j  leur  interposition 
vitrée  entre  les  deux  électricités  négatives  du  globe  et  du  courant 
tropical,  qui  avait  atténué  leur  répulsion  réciproque,  cessant  d'y 
former  un  écran  (§145),  le  sol  reprend  toute  sa  réaction  répul- 
sive contre  les  vapeurs  du  courant  supérieur.  Ces  vapeurs  ainsi  re- 
poussées, pesant  moins  sur  le  baromètre,  ce  dernier  descend  pro- 
portionnellement à  cet  allégement.  Cette  marche  normale  ne  donne 
à  la  courbe  qui  en  résulte  qu'un  seul  minimum  vers  les  6  h.  du 
matin,  en  juillet  et  en  août,  et  une  ligne  ascendante  quelque  peu 
ondulée,  depuis  6  h.  du  matin  jusqu'à  9  ou  10  h.  du  soir,  où  il  y  a 
un  temps  d'arrêt ,  puis  une  rétrogradation  vers  minuit. 

217.  Sur  le  Faulhorn,  on  n'est  pas  encore  assez  dégagé  de  toutes 
les  influences  des  plaines,  pour  ne  jamais  ressentir  quelque  peu  le 
minimum,  de  l'après-midi  pendant  les  mois  d'été.  Il  y  a  dans  la  ligne 
ascendante  de  18  h.  à  10  h.,  un  temps  d'arrêt,  et  parfois  une  pe- 
tite rétrogradation  vers  6  h.  du  soir,  d'environ  un  dixième  de  mil- 
limètre ,  à  l'instant  où  une  partie  des  vapeurs  de  la  plaine  ont  pu 
s'élever  et  dépasser  ce  sommet  de  2,672  mètres.  Ce  petit  minimum 
de  6  h.  du  soir  ,  qui  disparait  si  souvent  dans  les  jours  nébuleux , 
n'est  pas  comparable  à  celui  des  plaines,  ni  pour  l'étendue,  ni  pour 
l'heure;  il  arrive  4  h.  plus  tard  et  il  est  7  à  8  fois  plus  petit.  A 
peine  ce  temps  d'arrêt  a  duré  une  heure,  que  la  pression  reprend  le 
dessus  et  atteint  rapidement  son  grand  maximum  à  10  h.  du  soir, 
pour  redescendre  plus  rapidement  encore  jusqu'à  18  h.  (6  h.  du 
matin),  où  elle  atteint  son  grand  m.inimum  de  0™'",8  au-dessous  du 
maccimum  de  1 0  h.  Cette  différence  des  courbes  vient  d'être  de  nouveau 
constatée  par  MM.  Bravais  et  Martins  au  Grand-Plateau,  à  3,930 
mètres,  dans  leur  ascension  au  Mont-Blanc  à  la  fin  d'août  1844. 

218.  Pour  faciliter  le  rapprochement  de  la  marche  de  la  tension  de 
la  vapeur  et  de  l'humidité  relative  avec  celle  du  baromètre  ,  j'ai  réuni 
dans  le  tableau  suivant  les  observations  de  MM.  Ksemtz  et  Horner. 


BAROMÉTRIQUES. 


147 


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148  SUR  LEF  VARIATIONS 

Si  l'on  compare  les  divers  maxima  et  les  divers  minima  que  pré- 
sente ce  tableau,  extrêmes  que  nous  avons  indiqués  par  les  signes 
-f-  et  — ,  on  verra  qu'on  ne  peut  tirer  aucune  induction  de  cause  et 
d'effet  entre  la  vapeur,  considérée  isolément,  et  la  marche  du  baro- 
mètre. Il  en  sera  de  même  si  l'on  compare  les  résultats  de  MM.  Keemtz 
et  Forbes  du  25  septembre  1832  ' ,  et  les  divers  tableaux  de  l'An- 
nuaire de  1841  de  St-Pétersbourg. 

219.  La  courbe  des  cimes  placées  dans  la  région  des  neiges  per- 
pétuelles ,  est  donc  distincte  de  celle  des  plaines ,  et  elle  est  dépen- 
dante des  altérations  que  le  courant  tropical  lui-même  éprouve  dans 
ses  répulsions  intérieures,  par  la  présence  des  cumuli  blancs  formés 
au-dessous  de  lui ,  et  par  les  neutralisations  qui  résultent  de  la  proxi- 
mité de  ces  corps ,  chargés  d'électricités  différentes. 

220.  Si  la  cause  que  nous  venons  d'indiquer  à  cette  nouvelle 
courbe  est  exacte ,  la  région  où  elle  se  trouve  doit  baisser  à  mesure 
que  Ton  s'avance  vers  le  pôle ,  et  enfin  atteindre  le  niveau  de  la  mer , 
dans  les  pays  où  régnent  les  neiges  perpétuelles.  C'est  ce  qu'on  ob- 
serve en  effet ,  mais  avec  les  différences  qu'y  apportent  les  positions 
géographiques. 

Les  cimes  des  montagnes  sont  entourées  de  plaines ,  une  partie 
des  vapeurs  qui  s'élèvent  en  abondance  de  ces  dernières  peut  les 
atteindre  et  les  dépasser  pendant  le  cours  de  la  journée  ;  il  en  est 
autrement  des  régions  polaires  :  la  surface  du  sol  est  elle-même  le 
siège  des  neiges;  elle  ne  reçoit  pas,  comme  le  sommet  des  montagnes, 
des  vapeurs  nouvelles  ayant  subi  une  transformation  vitrée.  Il  n'y  a  pas 
ou  presque  pas  d'intermédiaire  entre  le  courant  tropical  et  le  sol;  ce 
courant  le  touche  souvent ,  il  y  apporte  ses  dernières  vapeurs  gelées , 
possédant  une  tension  résineuse  considérable.  La  présence  du  soleil 
en  provoquant  un  peu  de  vaporisation,  facilite  la  neutralisation  des 
couches  inférieures  en  remplissant  l'atmosphère  d'un  nouveau  conduc- 
teur. Cette  vapeur  diurne ,  disséminée  au  milieu  de  celle  du  courant 

*  Mémoire  sur  l'extinction  des  rayons  solaires,  Phil.  Trans.,  1842,  2"'' partie,  p.  225—275,  §  62. 


BAROMÉTRIQUES,    y^  149 

surbaissé ,  diminue  sa  tension  résineuse ,  elle  diminue  sa  répulsion 
et  dès  lors  elle  augmente  quelque  peu  sa  pression. 

221.  Au  milieu  des  tempêtes  si  nombreuses  et  si  instantanées  de 
ces  contrées ,  la  marche  régulière  et  normale  est  très-difficile  à  re- 
connaître ;  il  faudrait  une  quantité  considérable  d'observations  pour 
en  tirer  une  moyenne  un  peu  supportable ,  et  encore  faudrait-il  sé- 
parer les  moyennes  de  l'hiver  de  celles  de  l'été.  Dans  cette  dernière 
saison  ,  les  masses  de  vapeurs  résineuses  que  le  courant  tropical  ap- 
porte jusque  vers  les  75«  et  78^  degrés  de  latitude,  font  baisser  énor- 
mément le  baromètre  en  quelques  heures,  comme  leur  résolution 
rapide  le  fait  remonter  avec  la  môme  promptitude.  Quoi  qu'il  en  soit, 
au  milieu  de  ces  grandes  perturbations,  les  observations  les  plus  pro- 
longées que  nous  ayons,  donnent  vers  les  hautes  latitudes,  une 
moyenne  toute  différente  de  celle  des  régions  tempérées;  elle  se 
rapproche  de  celle  des  hautes  montagnes.  Ainsi  la  courbe  que  l'on 
trace  sur  les  observations  que  le  capitaine  Parry  a  faites  dans  son  se- 
cond et  dans  son  troisième  voyage  ,  ne  peut  laisser  aucun  doute  à  cet 
égard.  Ces  observations,  comprenant  des  mois  d'hiver  et  des  mois 
d'été,  donnent  des  résultats  plus  exacts  que  ceux  que  l'on  peut  tirer 
d'une  station  de  quelques  jours  d'été.  Les  observations  faites  dans  son 
3"  voyage,  à  Port-Bowren,  à  73"13'39"  de  latitude,  sont  d'autant 
plus  précieuses  qu'elles  appartiennent  à  des  mois  d'hiver ,  à  l'époque 
de  l'éloignement  des  tempêtes  finales  du  courant  tropical  :  aussi ,  la 
courbe  des  perturbations  moyennes  du  baromètre  se  rapproche-t-elle 
d'une  ligne  droite  ;  il  a  fallu  multiplier  ses  oscillations  par  400  pour 
obtenir  des  courbes  bien  appréciables.  (Voyez  figure  \1  )  '. 

222.  Dans  les  onze  jours  d'observations  faites  à  Magdalena-Bay 

*  Dans  son  second  voyage,  le  capitaine  Parry  donne  les  moyennes  suivantes  au  niveau  de  la  mer, 
pendant  sa  navigation  entre  les  66"  et  70°  degrés  de  latitude  nord  : 

A  4  heures  du  malin  — O^^ja? 

A  8      id.          id.  — 0"">,031 

A  4      id.     du  soir  -t-0"°>,903 

A  8      id.          id.  — 0"'"',025 


iSd  SUR  LES  VARIATIONS 

par  MM.  Martins  et  par  d'autres  savants  de  la  commission  du  Nord, 
en  août  1839,  latitude  79°33'44",  les  perturbations  ont  été  telles 
pendant  cet  espace  de  temps ,  qu'il  n'est  pas  possible  d'en  tirer  une 
moyenne  qui  ait  quelque  valeur.  Pour  atténuer  un  peu  l'erreur  d'une 
ascension  ou  d'un  abaissement  trop  rapides ,  il  faut  tirer  une  ligne 
droite  de  0  h,,  à  0  h.  et  ne  tenir  compte  que  de  l'écartement  des  oscil- 
lations par  rapport  à  cette  ligne,  qui  suit  la  marche  générale  des  24  h.; 
on  retrouve  ainsi  une  moyenne  ascendante  l'après-midi  et  descen- 
dante la  nuit.  Il  en  est  de  même  de  celles  faites  du  25  au  30  juin  1839 
à  Thorshaven  à  62°2'43"  de  latitude.  En  les  rapportant  à  des  droites 
de  24  h.,  on  peut  corriger  les  rapides  ascensions  et  les  chutes  pré- 
cipitées du  baromètre  dans  ces  latitudes. 

223.  Scoresby  n'a  point  assez  multiplié  les  observations  pour  con- 
clure la  marche  horaire  du  baromètre  ;  il  y  a  une  lacune  trop  grande 
pendant  la  nuit,  et  l'on  ne  peut  savoir  quel  en  a  été  le  minimum^  ni 
quelle  a  été  son  heure.  Nous  nous  bornerons  donc  aux  observations 
précédentes,  pour  indiquer  l'analogie  qu'il  y  a  entre  la  pression  des 
latitudes  où  régnent  les  neiges  perpétuelles  avec  celle  des  hauts  som- 
mets qui  plongent  dans  leur  région.  C'est  aux  observations  ultérieures 
à  régulariser  cette  4^  courbe,  toute  aussi  évidente  que  celle  des  lati- 
tudes, mais  qui  a  plus  besoin  encore  de  nouvelles  recherches  pour  en 
tracer  les  limites. 


CHAPITRE  XIII. 

DE    LA    CA.USE    DES    DIFFERENCES    QUE    DONNENT    LES    ALTITUDES 

BAROMÉTRIQUES. 


224.  Maintenant  que  nous  connaissons  la  cause  la  plus  puissante 
des  perturbations  dans  la  pression  atmosphérique,  il  est  facile  de  com- 
prendre combien  les  mesures  barométriques  doivent  varier  suivant  la 


BAROMÉTRIQUES.  1$| 

hauteur  à  laquelle  on  se  trouve,  et  suivant  l'état  électrique  des  va- 
peurs. Si  les  observations  simultanées  sont  faites  à  2500  mètres  de  dis- 
tance altitudinale,  je  suppose,  la  station  supérieure  étant  placée 
au-dessus  des  vapeurs  intermédiaires,  la  hauteur  barométrique  n'aura 
pas  dans  son  expression,  l'accroissement  que  l'électricité  vitrée  aura 
donné  à  la  vapeur  inférieure  ;  ou  n'aura  pas  la  diminution  de  pression 
dépendante  de  son  état  résineux.  La  différence  des  pressions  variera 
donc  suivant  l'heure  de  la  journée,  l'état  du  ciel,  et  la  température.  A 
l'origine  de  la  journée,  les  vapeurs  primitives,  possédant  une  tension 
résineuse  également  répartie,  sont  repoussées  par  la  terre  et  la  répul- 
sion moléculaire  est  à  son  maximum  d'effet;  elles  sont  alors  plus  dila- 
tées et  moins  pesantes  sur  le  baromètre  que  les  vapeurs  à  l'état  neutre. 
Pendant  tout  le  temps  que  cette  vapeur  s'élève  et  qu'elle  garde  sa 
tension  uniformément  répartie,  la  pression  de  la  plaine  est  seule  dimi- 
nuée, la  couche  placée  au-dessus  ne  peut  en  être  affectée.  Il  résulte  de 
cet  état  résineux  des  vapeurs  inférieures,  une  moindre  pression 
dans  la  plaine,  laquelle  n'étant  point  encore  ressentie  sur  la  montagne, 
donne  une  différence  plus  petite  entre  les  deux  stations. 

225.  Mais  aussitôt  que  le  refroidissement  améliore  la  conduction 
électrique  de  ces  vapeurs,  l'influence  du  globe  rendra  vitrées  les  cou- 
ches inférieures,  elle  rendra  plus  résineuses  celles  placées  au-dessus. 
Nous  savons  par  ce  qui  précède,  que  la  densité  des  couches  inférieures 
augmente  plus  que  ne  diminue  celle  des  vapeurs  résineuses  plus  éloi- 
gnées du  globe.  La  pression  totale  s'en  accroît  alors  dans  la  région 
inférieure,  le  baromètre  remonte  et  les  deux  stations  seront  estimées 
plus  distantes ,  si  la  pression  supérieure  n'a  pas  changé.  Ainsi ,  pen- 
dant l'élévation  de  la  température,  les  vapeurs  négatives  ont  fait 
baisser  le  baromètre  inférieur  sans  affecter  le  supérieur,  et  les  hau- 
teurs ont  été  jugées  trop  faibles:  lorsque,  par  le  refroidissement,  les 
vapeurs  inférieures  sont  devenues  vitrées,  plus  pesantes,  le  baromètre 
inférieur  remonte,  les  altitudes  que  l'on  conclut  dans  ce  nouvel  état 
sont  plus  fortes  que  les  premières. 

226.  Nous  avons  supposé  d'abord  qu'aucune  portion  de  la  vapeur 


152  SUR  LES  VARIATIONS 

des  plaines  n'avait  altéré  la  pression  supérieure.  Cela  n'est  vrai  que 
pour  les  journées  anomales  et  pour  le  matin  des  jours  ordinaires  de 
l'été.  Dans  les  beaux  jours,  les  vapeurs  dépassent  de  bonne  heure 
cette  hauteur,  et  entrent  dans  la  sphère  d'activité  du  courant  tropical; 
elles  s'interposent  entre  lui  et  le  sol ,  subissent  par  son  influence  une 
transformation  électrique  j  elles  deviennent  vitrées  et  atténuent  par 
leur  réaction  la  répulsion  intérieure  des  vapeurs  résineuses.  La  pres- 
sion augmente  alors  sur  la  montagne  au  moment  où  elle  baisse  dans  la 
plaine,  double  cause  pour  rendre  la  différence  des  altitudes  trop  faible, 
tandis  qu'elle  serait  trouvée  trop  forte,  si  les  observations  simultanées 
se  faisaient  au  moment  de  l'augmentation  de  pression  dans  la  plaine 
ainsi  que  de  la  diminution  sur  la  montagne.  Nous  allons  citer  quel- 
ques exemples.  D'après  les  observations  de  MM.  Kaemtz  et  Forbes, 
le  25  septembre  1832,  la  difiérence  d'altitude  entre  le  Faulhorn  et 
Brientz  était  de  2166'",4  à  8  h.  15'»  du  matin,  et  de  2176'»,4  à  2  h.  du 
soir,  donnant  une  différence  de  10™.  En  1841,  MM.  Bravais  et  Martins 
ont  fait  des  observations  simultanées,  le  5  août,  sur  le  Faulhorn  et  à 
Brientz  :  si  l'on  déduit  la  hauteur  du  sommet  au-dessus  de  Brientz  à 
6  h.  du  soir,  elle  sera  de  2101  mètres  34  c,  si  on  la  déduit  de  18  h, 
(6  heures  du  matin  du  6),  elle  sera  de  2081^,18;  différence  20'»,16.  Si 
l'on  compare  la  moyenne  des  observations  de  MM.  Forbes  et  Kœmtz , 
21 73™  environ ,  et  celle  de  MM.  Bravais  et  Martins,  2091™,  on  trouve 
la  différence  énorme  de  82  mètres.  Il  faut  observer  que  MM.  Kœmtz  et 
Forbes  ont  fait  leurs  observations  à  la  fin  de  septembre,  lorsque  les 
vapeurs  diurnes  n'atteignaient  plus  le  sommet  du  Faulhorn,  lorsque 
toute  leur  influence  agissait  sur  la  station  inférieure,  tandis  que 
MM.  Bravais  et  Martins  observant  le  5  août ,  la  température  élevée 
permettait  encore  à  une  portion  de  ces  vapeurs  d'atteindre  et  de 
dépasser  ce  sommet  et  d'y  apporter  leur  influence. 

227.  Les  observations  que  nous  fîmes  le  5  août  1842,  M.  Bravais  et 
moi,  sur  le  Faulhorn,  et  mon  fils,  F.  Peltier,  à  Brientz,  donnèrent  le 
résultat  suivant. 

Le  4  à  22  h.  (le  5  à  10  h.  du  matin),  la  hauteur  a  été  trouvée  de 


BAROMÉTRIQUES.  135 

21  ISn'jS,  et  le  6  à  6  h.,  c'est-à-dire  8  heures  après,  elle  a  été  trouvée 
de  2101"",6;  11  mètres  90  cent,  de  différence.  C'est  qu'à  Brientz  le 
baromètre  baissa  d'un  millimètre  40,  et  qu'au  Faulhom  il  monta 
de  0""",8;  notre  moyenne  2107",5  se  rapproche  de  celle  de  MM.  Bra- 
vais et  Martins,  mais  elle  est  encore  d'environ  69™  plus  basse  que  celle 
de  MM.  Kaemtz  et  Forbes,  parce  que  notre  observation  est  aussi  du 
5  août.  Cette  grande  différence  me  parait  provenir  évidemment  de 
l'abaissement,  à  la  (in  de  septembre,  du  courant  tropical  chargé  d'élec- 
tricité négative  et  de  l'absence  ou  de  la  diminution  des  vapeurs  blan- 
ches positives;  ce  qui  est  du  reste  un  effet  normal  et  annuel  de  la 
rétrogradation  du  soleil.  Il  y  a  51  jours  d'intervalle  entre  les  observa- 
tions du  commencement  d'août  et  celles  de  la  fin  de  septembre ,  en  ne 
considérant  que  la  marche  de  la  saison.  Brientz  n'est  point  une  localité 
favorable  pour  faire  ressortir  toute  l'étendue  de  ces  différences  :  placée 
au  fond  d'une  gorge  profonde,  ses  vapeurs  ne  peuvent  acquérir  la 
tension  résineuse  qu'elles  ont  à  Unterseen,  à  l'extrémité  du  lac  de 
Thoun,  où  l'espace  est  plus  dégagé  des  influences  latérales.  C'est  dans 
cette  dernière  localité ,  dans  le  lieu  le  moins  abrité,  que  nous  conseil- 
lons de  se  placer  à  l'avenir  pour  faire  des  observations  simultanées  avec 
celles  faites  sur  le  Faulhom,  si  l'on  veut  apprécier  d'une  manière  plus 
complète  l'influence  des  vapeurs  des  plaines  aux  différentes  heures  de 
la  journée.  C'est  en  choisissant  les  stations  inférieures  les  plus  déga- 
gées des  influences  latérales,  sans  trop  s'éloigner  du  sommet  où  se  fait 
l'observation  correspondante,  que  l'on  pourra  parvenir  à  faire  entrer 
dans  le  coefficient  de  la  formule  barométrique,  les  valeurs  dépendantes 
de  l'heure  et  de  l'état  électrique  des  vapeurs. 

228.  Ces  différences  que  l'on  trouve  dans  les  altitudes  suivant 
l'heure  de  la  journée  étant  bien  constatées,  quelle  sera  l'heure  qu'il 
faudra  choisir  pour  avoir  la  mesure  la  plus  exacte?  Nous  ne  pourrions 
actuellement  résoudre  cette  question,  et  nous  pensons  même  que 
l'heure  devra  varier  suivant  les  localités  et  l'aspect  du  ciel.  Les  som- 
mets peu  élevés  étant  soumis  aux  mêmes  influences  horaires  que  les 
plaines,  nous  pensons,  jusqu'à  ce  qu'une  longue  série  d'observations  ait 
ToM.  XVIII.  20 


154  SUR  LES  VARIATIONS 

décidé  la  question  par  l'expérience ,  que  6  h.  du  matin  et  7  h.  du  soir 
dans  l'été,  sont  le  moment  où  le  baromètre  atteint  sa  hauteur  moyenne. 
Mais  ces  heures  ne  nous  paraissent  pas  aussi  convenables  aux  limites 
des  neiges  perpétuelles.  A.  cette  hauteur,  c'est  de  midi  à  une  heure  le 
moment  le  plus  propice  suivant  nous,  c'est  celui  où  la  moyenne  des 
pressions  de  la  plaine  et  celle  de  la  région  des  neiges  nous  paraissent 
le  mieux  se  rapprocher.  Lorsque  l'on  est  assez  élevé  pour  ne  pas  négliger 
la  masse  des  vapeurs  inférieures ,  sans  cependant  être  entré  dans  la 
région  des  neiges,  il  nous  semble  qu'il  faudrait  prendre  les  hauteurs  à 
6  h.  du  matin,  midi  et  7  h.  du  soir  pour  en  extraire  la  moyenne. 

229.  Pour  régulariser  la  mesure  des  hauteurs  au  moyen  du  baro- 
mètre, il  faudra  donc  tenir  compte  de  l'état  électrique  des  deux  loca- 
lités. C'est  là  une  grande  difficulté,  attendu  que  les  différences  varient 
avec  l'épaisseur  et  la  tension  des  couches  de  vapeur.  Par  exemple, 
plus  la  couche  vitrée  sera  épaisse  au-dessus  de  la  plaine ,  plus  la 
différence  des  stations  sera  jugée  considérable,  parce  que  ces  couches 
auront  maintenu  le  baromètre  inférieur  à  une  hauteur  plus  grande  que 
si  elles  avaient  été  neutres.  Si  ces  couches  au  contraire  sont  résineuses, 
le  baromètre  étant  trop  bas,  il  indiquera  une  moindre  différence  entre 
les  deux  altitudes. 

230.  Au  moyen  des  électromètres  et  de  la  couleur  des  nuages  supé- 
rieurs et  inférieurs,  on  pourra  apprécier  approximativement  l'état  élec- 
trique des  vapeurs,  et  augmenter  ou  diminuer  le  coefficient  d'une  quan- 
tité que  l'expérience  seule  pourra  faire  connaître.  Les  coups  de  vent 
brusques,  l'abaissement  rapide  du  baromètre,  sont  des  indications  de 
hautes  tensions  résineuses  dans  les  régions  intermédiaires  et  supérieu- 
res; selon  donc  qu'on  jugera  de  la  hauteur  des  vapeurs  résineuses,  il 
faudra  faire  entrer  son  action  dans  le  calcul  pour  le  baromètre  inférieur 
ou  dans  celui  du  baromètre  supérieur. 

Les  règles  à  suivre,  les  divers  signes  atmosphériques  qui  peuvent 
guider  dans  ces  recherches,  et  les  précautions  qu'il  faut  prendre ,  ne 
peuvent  faire  partie  de  ce  travail.  Il  faut  plus  d'observations  que  nous 
n'en  possédons,  et  il  faudrait  en  obtenir  des  localités  montagneuses,  où 


BAROMÉTRIQL'ES.  m> 

des  observateurs  placés  à  difTérentes  stations  en  auraient  fait  de  simul- 
tanées, en  tenant  compte  de  tous  les  éléments  que  nous  avons  indiqués. 
Nous  appelons  sur  ce  sujet  l'attention  de  tous  les  observateurs,  et  nous 
recommandons  de  toutes  nos  forces  l'usage  de  l'électromètre  d'après 
la  méthode  des  influences  '.  Rappelions  combien  Kamond  se  plai- 
gnait des  erreurs  du  baromètre,  et  avec  quel  soin  il  cherchait  la  cause 
de  l'erreur  de  37  toises  (  72  mètres),  qu'il  trouva  entre  la  hauteur  du 
Mont-Perdu  trouvée  par  la  triangulation  et  le  baromètre  '. 


CHAPITRE  XIV. 

RÉSUMÉ.   PREMIÈRE  PARTIE. 

1 .  La  pression  moyenne  de  l'atmosphère  varie  dans  quatre  circon- 
stances bien  distinctes  : 

Elle  varie  accidentellement  sans  régularité  apparente  ; 

Elle  varie  suivant  l'heure  de  la  journée; 

Elle  varie  suivant  la  latitude  ; 

Enfin  elle  varie  suivant  la  proximité  du  courant  tropical. 

Les  différentes  hauteurs  de  la  colonne  barométrique  qui  répondent 
à  ces  variations  de  la  pression  atmosphérique,  se  nomment:  oscilla- 
tions accidentelles  ;  oscillations  horaires ,  oscillations  latitudinales , 
oscillations  altitudinales,  §§  25-33,  38-42,  43-61 . 

Variations  accidentelles. 

2.  La  pression  atmosphérique  varie  le  plus  souvent  sans  régularité 
apparente,  dans  toutes  les  saisons,  la  nuit  comme  le  jour,  pendant  un 

*  Voyei  notre  Mémoire  sur  la  cause  des  phénomènes  électriques  de  f  atmosphère. 

•  Voyage  au  Mont-Perdu.  Voyez  aussi  l'effet  des  coups  de  vent,  /tmm.  de  Silliman,  XVI, 
73.  Etc.,  etc. 


156  SUR  LES  VARIATIONS 

temps  humide  comme  pendant  la  sécheresse ,  enfin  pendant  une  haute 
comme  pendant  une  basse  température,  $§  12,  13, 18, 20,  25,  31,  158, 
172,  etc. 

3.  Près  de  l'équateur,  les  variations  accidentelles  sont  fort  petites; 
elles  dépassent  rarement  les  variations  horaires  d'un  demi -millimètre, 
tandis  que  dans  les  zones  tempérées,  elles  s'élèvent  jusqu'à  45  millimè- 
tres, et  vont  à  près  de  100  millimètres  dans  le  voisinage  du  cercle 
polaire,  $  31  à  33,  etc. 

4.  Dans  la  zone  tempérée,  les  différences  entre  les  maxima  et  les 
■minima  accidentels  diminuent  des  mois  d'hiver  aux  mois  d'été ,  et 
augmentent  de  ceux-ci  à  ceux-là.  La  zone  tempérée  se  rapproche  ainsi 
de  la  zone  tropicale,  lorsque  le  soleil  se  rapproche  d'elle,  en  perdant 
un  peu  de  l'étendue  des  variations  accidentelles,  §  31,  134. 

5.  Entre  les  tropiques,  les  retours  des  mêmes  degrés  dans  la  tempé- 
rature se  renouvelant  avec  régularité,  et  l'amplitude  de  leurs  écarts 
étant  peu  étendue,  il  en  résulte  une  uniformité  de  retours  dans  les  phé- 
nomènes secondaires ,  comme  ceux  de  l'évaporation ,  de  la  condensa- 
tion et  de  la  résolution  des  vapeurs.  L'amplitude  des  perturbations 
accidentelles  de  la  pression  atmosphérique,  dépendant  de  ces  résultats 
secondaires,  est  alors  resserrée  dans  d'étroites  limites,  $  186. 

6.  Au  delà  des  tropiques,  l'amplitude  des  oscillations  thermiques 
étant  plus  considérable,  l'amplitude  des  perturbations  dans  les  phéno- 
mènes secondaires  s'accroit  dans  la  même  proportion,  §  187. 

7.  Il  résulte  delà  qu'entre  les  tropiques,  les  phénomènes  accidentels, 
tels  que  les  orages  et  les  tempêtes ,  troublent  peu  la  marche  uniforme 
des  phénomènes  diurnes ,  et  se  font  à  peine  sentir  sur  le  baromètre  ; 
tandis  qu'en  s'éloignant  des  tropiques ,  ils  en  altèrent  de  plus  en  plus 
la  régularité  des  mouvements,  §  177,  etc. 

Pression  horaire. 

8.  Dans  l'oscillation  du  baromètre  entre  les  tropiques ,  on  distin- 
gue nettement  quatre  marées  atmosphériques  pendant  la  durée  d'un 


BAROMÉTRIQUES.  IW 

jour;  l'amplitude  du  mouvement  barométrique  qui  y  correspond  est 
en  général  de  2'"'"  à  2'n">,  5,  $$  23,  24, 25. 

9.  Ces  quatre  marées  se  composent  de  deux  maxima  et  de  deux 
minima.  Les  deux  maxima  sont  l'un  de  9  à  10  h.  du  mutin,  l'autre 
entre  10  et  11  h.  du  soir.  Les  deux  minima  sont  l'un  de  3  à  5  h.  du 
soir,  et  l'autre  de  3  à  4  h.  du  matin,  §§  26  et  27. 

10.  C'est  près  de  l'équateur ,  au  milieu  des  mers,  que  ces  marées 
atmosphériques  ont  le  plus  de  régularité ,  ainsi  que  la  température  et 
l'humidité,  $  177,  etc. 

1 1 .  Le  minimum  de  la  nuit  n'est  pas  aussi  général  que  celui  de 
l'après-midi.  Entre  les  tropiques  même,  il  y  a  des  localités  où  il  dis- 
parait, et  d'autres  où  cette  oscillation  prend  un  signe  contraire;  en 
«'éloignant  des  tropiques,  elle  devient  douteuse,  puis  elle  disparait 
tout  à  fait ,  §  28. 

12.  En  s'avançant  vers  le  pôle,  le  maximum  du  matin  et  le  mini- 
mum du  soir  ont  les  limites  de  leurs  oscillations  plus  rapprochées  du 
passage  du  soleil  au  méridien  supérieur  :  pour  le  maximum  du  soir  et 
le  minimum  du  matin ,  elles  sont  plus  éloignées  du  passage  du  soleil 
au  méridien  inférieur,  §§  27  et  28.^»'^^"*^  nr>i«9nf|  hI  - 

13.  Le  mouvement  barométrique  du  maximum,  et  du  minimum  de 
la  nuit  est  moins  considérable  que  celui  du  maximum  et  du  minimum 
du  jour,  $28. 

14.  La  moyenne  des  oscillations  horaires  diminue  du  solstice  d'été 
au  solstice  d'hiver,  et  augmente  du  solstice  d'hiver  au  solstice  d'été , 
$26. 

15.  En  s'éloignant  des  tropiques,  l'amplitude  des  oscillations  pério- 
diques diminue  jusqu'au  64*=  degré  de  latitude ,  où  elle  est  nulle,  tan- 
dis que  l'amplitude  des  oscillations  accidentelles  s'est  considérablement 
augmentée ,  $  29  et  30. 

16.  En  s'élevant,  les  oscillations  horaires  diminuent  en  général; 
dans  la  zone  tempérée,  elles  deviennent  nulles  vers  3000  mètres  d'al- 
titude ,  $  53. 


m  SUR  LES  VARIATIONS 


Pression  latitudinale. 

17.  La  moyenne  pression  atmosphérique,  au  niveau  de  la  mer, 
augmente  de  l'équateur  jusque  vers  le  30*^  degré,  et  diminue  du  30^  au 
64^;  au  delà  de  cette  latitude,  elle  remonte  jusqu'aux  pôles,  $§38-40. 

18.  La  pression  le  long  d'un  méridien  a  donc  deux  minima,  un 
près  de  l'équateur  et  l'autre  vers  le  64^  degré  j  et  deux  maxima,  l'un 
vers  le  30'=  degré  et  l'autre  probablement  aux  pôles  de  froid ,  $  40. 

19.  Les  lignes  isobarométriques  ne  sont  pas  des  parallèles  à  l'équa- 
teur, leurs  courbes  dépendent  des  influences  locales ,  et  non  d'une 
cause  générale.  Ainsi,  Nice  et  Avignon,  au  44^  degré,  ont,  la  pre- 
mière ,  une  pression  moyenne  de  759'"'»,087 ,  et  la  seconde ,  une 
pression  moyenne  de  760™™,824,  $  42. 

Pression  altitudinale . 

20.  En  s'élevant  dans  l'atmosphère ,  l'oscillation  horaire  diminue 
graduellement,  mais  inégalement,  selon  les  localités,  he  minimum 
du  matin  disparait  le  premier,  puis  celui  du  soir,  %  53  et  54. 

21.  En  s'approchant  des  neiges  perpétuelles  ,  le  minimum  du  soir 
s'efface  tout  à  fait  pendant  qu'un  nouveau  minimum  du  matin  repa- 
raît plus  étendu  que  celui  dont  il  peut  rester  des  vestiges  dans  les  plai- 
nes voisines,  et  il  paraît  deux  heures  plus  tard,  $$53-55. 

22.  Lorsqu'on  a  atteint  et  dépassé  la  limite  des  neiges  perpétuelles , 
il  n'y  a  plus  qu'un  maximum,  et  un  minimum  ;  le  premier  est  vers 
9  h.  du  soir  et  le  second  entre  6  et  7  h.  du  matin,  §  54. 

23.  Dans  les  hautes  latitudes ,  on  retrouve  à  très-peu  près  la  même 
variation  horaire  que  sur  les  sommets  neigeux;  on  y  distingue  un 
maximum  vers  8  h.  du  soir  et  un  minimum  qui  se  prolonge  de  7  h.  du 
matin  j  usque  vers  midi,  %  59-65.  (oneJiJ!  * 


BAROMÉTRIQUES. 


Des  résultats  hypsomëtriques. 


24.  Suivant  l'heure  de  la  journée,  l'état  du  ciel ,  la  tension  et  le 
signe  électrique  des  vapeurs ,  les  mesures  barométriques  donnent  des 
hauteurs  différentes  pour  les  mêmes  stations,  $§  66-72. 


RÉSUMÉ.  — 


SECONDE    PARTIE. 


Observations  et  expériences 


ciit 


25.  La  pression  générale  de  l'atmosphère  est  le  résultat  des  deux 
pressions  simultanées  de  l'air  et  de  la  vapeur,  %  11-19. 

26.  L'air,  étant  un  gaz  permanent  et  inconducteur  de  l'électri- 
cité, n'éprouve  d'altération  directe  que  dans  sa  densité,  par  les  va- 
riations de  la  température,  %  73  et  74. 

27.  La  vapeur  au  contraire,  outre  les  variations  de  sa  densité, 
change  d'état;  elle  est  en  outre  conductrice  de  l'électricité  à  des 
degrés  différents ,  suivant  sa  densité ,  $$  75-80. 

28.  Les  perpétuels  changements  de  la  vapeur  altèrent  sans  cesse 
sa  pression;  sa  dissémination  au  milieu  de  l'air,  communiquant  à 
ce  dernier  ses  mutations  électriques ,  ses  attractions  et  ses  répulsions, 
elle  le  fait  participer  à  toutes  ses  perturbations  et  augmente  ainsi 
considérablement  les  résultats ,  %  75-80. 

'29.  Le  globe  possédant  une  tension  résineuse  propre,  la  vapeur 
qui  s'en  élève  est  résineuse  comme  lui,  $$81,  83,  153. 

30.  Un  fluide  élastique  est  formé  par  la  réunion  de  particules 
tenues  à  de  grandes  distances  et  indépendantes  les  unes  des  autres  ; 
lorsque  ces  particules  sont  électrisées  ,  elles  se  repoussent    toutes 


160  SUR  LES  VARIATIONS 

comme  font  les  corps  légers;  elles  ont  alors  un  volume  plus  consi- 
dérable. 

Donc  tout  fluide  électrisé  est  moins  dense  qu'un  fluide  neutre,  §  93. 

31.  Lorsque  toutes  les  particules  sont  à  des  distances  uniformes, 
les  réactions  électriques  intérieures  sont  égales  en  tous  sens  ,  il  n'y  a 
que  les  particules  de  la  périphérie  qui  éprouvent  une  moindre  réac- 
tion par  leur  segment  extérieur  ;  c'est  par  suite  de  l'affaiblissement 
dans  la  réaction  qu'éprouvent  ces  segments ,  que  les  perturbations 
électriques  se  portent  à  la  surface ,  §§  93,  94. 

32.  Lorsqu'une  masse  de  vapeurs  électrisées  est  voisine  d'un  corps 
chargé  de  la  même  électricité,  toutes  ses  molécules  en  sont  repoussées 
individuellement;  de  plus,  la  portion  d'électricité  périphérique  du 
nuage  qui  est  du  coté  du  corps  est  repoussée  vers  l'intérieur,  et  aug- 
mente celle  des  particules  ;  cette  double  action  produit  deux  effets 
distincts,  la  masse  entière  s'éloigne,  la  répulsion  moléculaire  est 
augmentée  et  conséquemment  le  volume  total ,  §§  95,  96. 

33.  Lorsque  le  corps  voisin  est  chargé  d'une  électricité  contraire, 
il  attire  les  particules  individuellement  et  augmente  par  son  attrac- 
tion la  charge  périphérique;  le  nuage  en  masse  se  rapproche,  la  ré^ 
pulsion  intérieure  diminue  ainsi  que  le  volume  total ,  §§  95,  96. 

34.  Dans  le  premier  cas  la  vapeur  pèse  moins  à  volume  égal,  dans 
le  second  elle  pèse  plus,  §§  95,  96. 

35.  Les  vapeurs  possédant  une  demi-conduction  électrique ,  l'in- 
fluence résineuse  du  globe  repousse  l'électricité  de  même  nom  vers 
les  régions  élevées,  et  donne  aux  régions  inférieures  un  état  con- 
traire ou  vitré,  §§  95,  152. 

36.  De  cette  distribution  de  l'électricité  _,  il  résulte  que  la  pesan- 
teur spécifique  des  vapeurs  supérieures  en  est  diminuée  ,  et  que  celle 
des  vapeurs  inférieures  en  est  augmentée,  $§  95,  152. 

37.  L'air,  par  son  mélange  à  la  vapeur,  participe  de  sa  tension 
résineuse  et  de  sa  tension  vitrée  ;  il  augmente  ainsi  le  résultat  qui 
appartient  à  la  vapeur,  §§  80,  158. 

38.  La  pression  augmentera  donc  suivant  l'épaisseur  de  la  couche 


BAROMÉTRIQUES.  m. 

inférieure  titrée,  suivant  l'énergie  de  sa  tension,  ou  suivant  le  rap- 
port des  quantités  et  des  tensions  contraires  des  couches  inférieures 
vitrées  et  des  couches  supérieures  résineuses. 

39.  Il  suffit  d'un  abaissement  léger  dans  la  température  pour  ren- 
dre meilleure  la  conduction  des  vapeurs,  et  pour  changer  la  distri- 
bution de  l'électricité ,  et  par  suite  la  pression  atmosphérique.  De 
même,  une  élévation  dans  la  température  révaporise  les  vapeurs  opa- 
ques ;  d'autres  vapeurs  s'élèvent  du  sol  ;  la  quantité  des  vapeurs  ré- 
sineuses augmente  et  la  pression  diminue,  §§  180,  181. 

40.  Le  globe  étant  un  corps  chargé  d'électricité  résineuse ,  reçoit 
difficilement  celle  de  même  nom  que  possèdent  les  vapeurs;  ces 
dernières  ne  peuvent  être  neutralisées  que  par  les  vapeurs  vitrées 
qu'elles  attirent ,  ou  lorsque  leur  densité  l'emporte  sur  la  répulsion  du 
globe  ;  elles  s'abaissent  alors,  se  déchargent  sur  le  sol  moins  résineux 
qu'elles  par  de  brusques  échanges  et  par  des  rafales  de  vent,§  153. 

41.  Les  vapeurs  et  l'air  dilaté  qui  s'élèvent  constamment  entre 
les  tropiques,  forment  un  courant  vers  l'un  et  l'autre  pôle,  chargé 
de  la  même  électricité  résineuse  que  le  globe  d'oii  il  provient;  ce 
courant  enferme  la  masse  des  vapeurs  diurnes  entre  deux  forces  de 
même  nature  qui  agissent  en  sens  opposés. 

42.  Sons  cette  double  influence  résineuse,  les  vapeurs  intermé- 
diaires forment  trois  couches  distinctes  par  leurs  tensions  électriques  : 
les  vapeurs  ou  les  nuages  de  la  couche  supérieure  sont  vitrés  par 
l'influence  résineuse  ou  négative  qui  les  domine  ;  la  couche  inférieure 
est  également  vitrée  par  l'influence  du  globe;  enfin,  les  nuages  de 
la  couche  intermédiaire  sont  le  réceptacle  de  l'électricité  négative 
repoussée  de  haut  en  bas  par  le  courant ,  et  de  bas  en  haut  par  le 
globe  ;  ces  nuages  résineux  sont  gris  ou  ardoisés  suivant  l'énergie  de 
leur  tension ,  tandis  que  les  vapeurs  vitrées  supérieures  et  inférieures 
sont  blanches  et  brillantes,  $$  106,  145,  152-155,  156. 

(,,43.  Lorsque  les  vapeurs  positives  sont   nombreuses,   la  pression 

atmosphérique  est  très-grande  ;  lorsque  ce  sont  les  vapeurs  négatives 

qui  dominent ,  la  pression  est  faible.  L'amplitude  des  oscillations  ba- 

ToM.  XVIII.  2i 


162  SUR  LES  VARIATIONS 

rométriques  extrêmes  dépend  de  la  différence  des  pressions  que  pro- 
duit la  succession  des  vapeurs  positives  et  négatives,  §§  96, 108,  157. 

44.  L'atmosphère  formant  un  tout  solidaire  avec  le  globe ,  les  ac- 
tions et  les  réactions  y  sont  égales  j  il  est  donc  indifférent  pour  l'équi- 
libre de  pression  qu'elle  soit  produite  par  la  pesanteur  seule  des  vapeurs, 
ou  qu'elle  soit  produite  par  leur  poids  augmenté  ou  diminué  de  leur 
action  électrique.  Si  le  sol  est  plus  pressé  par  la  vapeur  vitrée  qui  est 
plus  dense,  il  reçoit  un  allégement  équivalent  à  ce  surcroît  de  pres- 
sion par  l'attraction  qu'il  en  éprouve  ;  de  même,  s'il  est  moins  pressé 
par  la  vapeur  résineuse,  il  reçoit  son  supplément  de  pression  par  la 
répulsion  qu'elle  produit,  $§  97-99. 

45.  Cette  compensation  ne  peut  exister  pour  le  baromètre,  qui 
n'offre  qu'une  extrémité  de  sa  colonne  à  la  pression  atmosphérique  , 
tandis,  que  toute  la  colonne  éprouve  la  même  influence  électrique.  La 
hauteur  de  la  colonne  dans  le  vide  ne  peut  donc  faire  équilibre  qu'au 
poids  matériel  de  l'atmosphère ,  et  non  aux  forces  électriques  complé- 
mentaires, $$99-101. 

46.  La  pression  matérielle  diminuant  avec  les  vapeurs  résineuses,  la 
colonne  de  mercure  diminue  de  hauteur  ;  la  pression  matérielle  aug- 
mentant avec  les  vapeurs  vitrées ,  la  colonne  de  mercure  s'allonge  dans 
la  même  proportion.  Ainsi  la  pression  matérielle  de  l'atmosphère 
augmente  ou  diminue  suivant  l'état  électrique  des  vapeurs,  §§  99-101. 

47.  Lorsque  la  pesanteur  spécifique  de  l'air  varie  par  un  change- 
ment survenu  dans  la  température ,  l'équilibre  de  pression  se  rétablit 
instantanément  par  une  augmentation  ou  une  diminution  dans  la  hau- 
teur de  la  colonne  atmosphérique ,  et  le  baromètre  ne  peut  en  être 
affecté,  ou  il  ne  l'est  que  très-peu  pendant  un  temps  fort  court.  Les 
hautes  pressions  et  les  grandes  dépressions  barométriques  qui  durent 
des  semaines  entières  ne  peuvent  reconnaître  cette  cause ,  puisqu'elles 
ont  lieu  pendant  l'uniformité  de  la  température  comme  pendant  ses 
divers  changements,  §§  7, 8,  9, 35,  109-1 13. 

48.  La  zone  géographique  où  l'évaporation  est  la  plus  grande,  est 
celle  qui  possède  le  plus  de  vapeurs  résineuses  primitives  non  satu- 


BAROMÉTRIQUES.  165 

rées  d'électricité  ;  la  pression  y  est  moyenne,  c'est  ce  qui  a  lieu  près 
de  l'équateur,  $  177. 

49.  Dans  la  zone  géographique  où  il  y  a  uniformité  de  retours  mé- 
téorologiques, où  les  condensations  et  les  dilatations  atmosphériques 
s'opèrent  toujours  dans  les  mêmes  limites,  il  y  a  le  moins  de  varia- 
tions accidentelles  :  c'est  encore  près  de  l'équateur  que  cette  unifor- 
mité se  trouve,  §§  177-186. 

50.  Les  zones  géographiques  hors  des  tropiques,  ayant  une  moindre 
élévation  de  température  et  des  alternatives  plus  étendues,  plus  brus- 
ques, les  vapeurs  y  éprouvent  des  condensations  correspondantes,  et 
par  suite  des  tensions  électriques  fort  diverses. 

51.  Les  zones  géographiques  où  vont  se  terminer  les  derniers 
nuages  du  courant  supérieur ,  dont  la  tension  résineuse  s'est  succes- 
sivement accrue  par  l'action  répulsive  du  globe ,  sont  celles  qui 
ont  les  perturbations  les  plus  considérables,  perturbations  qui  alter- 
nent en  raison  des  masses  qui  arrivent  et  des  éclaircies  qui  les  sépa- 
rent. Telles  sont  les  zones  qui  s'étendent  du  60^  au  80^  degré  de 
latitude,  §§  140-145,  157. 

52.  Il  résulte  également  de  ce  qui  précède ,  que  suivant  la  quantité 
de  vapeurs  négatives  ou  résineuses  qui  s'élève  d'une  contrée,  ou  qui  lui 
arrive  d'une  contrée  voisine ,  la  pression  diminue  et  le  baromètre  baisse, 
quel  que  soit  le  jour  et  quelles  que  soient  l'heure  et  la  température;  il 
en  résulte  encore  que  la  pression  augmente  avec  leur  condensation ,  qui 
permet  une  nouvelle  distribution  électrique,  et  qui  rend  les  vapeurs 
inférieures  plus  vitrées  ou  positives,  $  157. 

53.  Enfin ,  la  pression  est  plus  variable  au  niveau  des  plaines  que 
sur  le  sommet  des  montagnes  très-élevées ,  par  le  fait  des  perturbations 
des  vapeurs  interposées  dans  l'espace  qui  les  sépare  :  la  marche  du  ba- 
romètre est  alors  d'autant  plus  régulière  qu'on  s'élève  davantage  au- 
dessus  de  ces  vapeurs,  §§  212-216. 


164  SUR  LES  VARIATIONS 

Des  variations  horaires. 

54.  La  présence  du  soleil  relevant  chaque  jour  la  température , 
l'évaporation  en  suit  les  diverses  phases  :  pendant  que  les  vapeurs  né- 
gatives s'élèvent  nombreuses  et  se  disséminent  dans  l'atmosphère ,  la 
pression  diminue  et  le  baromètre  descend,  %  82,  175-179. 

55.  Lorsque  le  soleil  baisse  et  la  température  avec  lui ,  les  vapeurs 
se  condensent,  elles  conduisent  mieux,  l'électricité  résineuse  en  est  plus 
facilement  repoussée  ;  les  vapeurs  inférieures  deviennent  vitrées,  elles 
sont  plus  attirées,  plus  denses,  plus  pesantes,  et  le  baromètre  remonte, 
$§180,181. 

56.  Par  suite  du  progrès  de  la  condensation  pendant  la  nuit,  les  va- 
peurs inférieures  trop  conductrices  perdent  leur  électricité  vitrée ,  elles 
se  résolvent  en  rosée ,  en  bruine  ;  les  vapeurs  résineuses  supérieures 
agissent  plus  directement,  sans  contre-poids,  et  le  baromètre  descend. 

57.  Lorsque  le  soleil  reparaît  sur  l'horizon ,  il  échauffe  d'abord  les 
couches  supérieures  de  l'atmosphère,  dilate  les  vapeurs  condensées 
par  le  refroidissement  de  la  nuit  ;  celles  qui  sont  à  l'état  vésiculaire 
repassent  à  l'état  de  fluide  élastique  ;  elles  se  révaporisent  sous  l'in- 
fluence répulsive  de  l'électricité  résineuse  du  globe  et  emportent  l'élec- 
tricité résineuse  repoussée  des  couches  inférieures.  En  outre,  la  quan- 
tité de  ces  vapeurs  s'étant  accrue  par  cette  influence  électrique,  ce 
surcroît  prend  son  calorique  latent  au  reste  des  vapeurs  globulaires. 
Ces  vapeurs  inférieures  et  l'atmosphère  deviennent  à  ce  moment  plus 
froides ,  plus  vitrées ,  plus  attirées  par  le  globe  ,  plus  pesantes ,  et  le 
baromètre  remonte,  ^  183, 184. 

58.  Enfin  les  rayons  solaires  réchauffant  la  surface  du  sol,  de  nou- 
velles vapeurs  résineuses  s'en  élèvent,  et  la  même  série  de  phénomènes 
recommence  et  s'accomplit  comme  le  jour  précédent,  ()  184. 

De  la  pression  suivant  la  latitude. 

59.  Le  courant  atmosphérique  supérieur  porte  sans  cesse  vers  les  ré- 


BAROMÉTRIQUES.  165 

gions  polaires  les  masses  de  vapeurs  résineuses  des  tropiques  :  dès 
l'origine ,  entre  les  tropiques  même,  le  refroidissement  que  ces  va- . 
peurs  éprouvent  en  s'élevant  en  fait  résoudre  une  quantité  considé- 
rable. La  grande  conductibilité  de  l'air  saturé  facilite  la  répulsion  de 
l'électricité  résineuse  vers  les  couches  supérieures,  et  la  neutralisa- 
tion de  l'électricité  vitrée  des  couches  inférieures  avec  le  sol.  Il  en  ré- 
sulte que,  dans  cette  zone,  les  vapeurs  sont  généralement  résineuses, 
que  la  pression  en  est  diminuée  et  que  le  baromètre  se  tient  au-dessous 
de  la  moyenne,  §  189-196. 

60.  A  mesure  que  l'air  perd  cette  surabondance  d'humidité,  les  va- 
peurs deviennent  moins  conductrices,  les  vapeurs  inférieures  peuvent 
garder  quelque  peu  la  tension  vitrée  développée  par  l'influence  du  globe. 

61.  Les  couches  vitrées  supérieure  et  inférieure  sont  d'autant  plus 
épaisses,  que  le  courant  tropical  est  plus  éloigné  du  sol  :  la  pression 
générale  ,  affaiblie  d'abord  par  les  vapeurs  toutes  résineuses ,  se  relève 
par  la  pesanteur  des  couches  vitrées  qui  se  forment,  s'étendent  et 
persistent. 

62.  En  s'avançant  vers  les  pôles,  le  courant  tropical  s'abaisse, 
l'espace  interposé  entre  lui  et  le  sol  diminue,  et  avec  lui,  l'épaisseur  des 
couches  des  vapeurs  vitrées.  Ainsi ,  après  être  arrivée  à  un  maximum 
sous  l'empire  des  couches  épaisses  de  vapeurs  vitrées,  la  pression 
faiblit  lorsque  les  couches  s'amincissent,  et  cet  affaiblissement  con- 
tinue jusque  vers  le  64^  degré  de  latitude. 

63.  La  diminution  de  l'aire  sphérique  qui  reçoit  tous  les  courants 
tropicaux,  est  une  cause  puissante  de  leur  condensation  et  de  leur 
terminaison  vers  le  cercle  polaire.  La  marche  des  couches  inférieures 
de  l'atmosphère  vers  les  tropiques,  pour  remplacer  le  vide  laissé  par 
le  courant  ascendant ,  devient  aussi  une  cause  de  l'abaissement  de  ce 
dernier  et  de  sa  terminaison,  §  198. 

64.  Plus  rapprochées  du  sol,  les  vapeurs  résineuses  du  courant 
supérieur  sont  plus  repoussées ,  la  pression  en  est  diminuée  jusqu'à 
ce  que ,  par  leur  condensation  globulaire  et  par  leur  résolution  ul- 
térieure ,  elles  rendent  à  l'air  pur  une  plus  grande  part  dans  la  pe- 


166  SUR  LES  VARIATIONS 

santeur  générale;  la  pression  s'en  accroît  alors,  et  le  baromètre  re- 
monte pour  ne  plus  redescendre  jusqu'aux  pôles,  §§  202-206. 

De  la  pression  à  la  hauteur  des  neiges  perpétuelles. 

65.  En  s'élevant  au-dessus  des  vapeurs  diurnes  et  jusqu'au  centre 
des  neiges  perpétuelles,  on  se  place  au  delà  de  la  cause  journalière 
des  perturbations  atmosphériques  ;  la  variation  horaire  des  plaines 
disparaît,  pour  être  remplacée  par  celle  qui  dépend  du  courant  tro- 
pical, $212. 

66.  Vers  le  A5^  degré,  les  vapeurs  diurnes  qui  dépassent  3,000  mètres 
sont  le  plus  souvent  devenues  vitrées  par  l'influence  du  courant  tro- 
pical, les  strates  gris,  qui  sont  le  réceptacle  de  la  tension  résineuse,  sont 
étendus  au-dessous  de  cette  élévation.  Lorsque  les  vapeurs  diurnes 
arrivent  à  cette  hauteur  et  s'interposent  entre  les  cimes  et  le  courant 
tropical,  la  pression  augmente  et  donne  une  courbe  ascendante  à  la 
variation  du  baromètre,  de  7  h.  du  matin  à  9  h.  du  soir.  Mais  lorsqu'à 
la  suite  du  refroidissement,  cette  couche  vitrée  s'abaisse,  elle  laisse 
aux  vapeurs  résineuses  du  courant  reprendre  leur  prédominance  :  la 
pression  diminue  alors  et  continue  de  faiblir  jusque  vers  6  ou  7  h.  du 
matin,  dans  les  beaux  jours  d'été,  où  elle  se  relève  comme  le  jour  pré- 
cédent par  l'arrivée  des  premières  vapeurs  qui  s'y  élèvent  et  deviennent 
vitrées  par  la  même  influence  supérieure,  §§  212-218. 

67.  Cette  marche  dans  la  pression,  quoique  très-différente  de  celle 
des  plaines,  est  cependant  dépendante  de  l'atmosphère  au-dessus  de  ces 
dernières.  Si  le  temps  est  beau  et  la  température  élevée,  une  portion 
des  vapeurs  de  la  journée  dépasse  cette  hauteur  et  en  modifie  la  pres- 
sion, §§  213-216. 

68.  Si  le  ciel  est  brumeux  et  l'air  froid  au-dessus  des  plaines,  aucune 
vapeur  diurne  n'atteint  cette  hauteur,  et  la  pression  ne  présente  plus 
qu'incomplètement  le  maximum  de  9  h.  du  soir  et  le  minimum  de  6  h. 
du  matin:  les  oscillations  du  baromètre  sont  vagues  et  inconstantes 


BAROMÉTRIQUES.  167 

comme  l'état  électrique  des  vapeurs  supérieures,  que  le  courant  amène 
et  change  continuellement,  §  217. 

69.  Dans  les  hautes  latitudes,  on  retrouve  la  courbe  des  grandes 
altitudes;  une  augmention  de  pression  dans  la  journée  et  une  dimi- 
nution la  nuit.  Mais  dans  ces  régions  où  se  pressent  les  masses  de 
vapeurs  résineuses  définies,  limitées  en  nuages  opaques,  et  où  elles  se 
résolvent  au  milieu  des  coups  de  vent  et  des  tempêtes,  la  régularité  du 
retour  du  maximum  de  la  journée  et  du  minimum  de  la  nuit  est  très- 
diflicile  à  retirer  des  grandes  et  nombreuses  perturbations  qu'occa- 
sionnent l'arrivée  soudaine  de  ces  nuages  et  leur  prompte  résolution , 
§§  220-223. 

De  la  mesure  des  altitudes. 

70.  Enfin,  suivant  l'état  vitré  ou  résineux  des  vapeurs  inférieures,  les 
observations  simultanées  faites  dans  les  plaines  et  sur  les  crêtes  élevées 
donnent  des  altitudes  trop  grandes  ou  trop  petites.  Il  faut  corriger  ces 
différences  en  faisant  entrer  l'élément  électrique  dans  le  coefficient  de 
la  formule  barométrique,  pour  une  valeur  qui  varie  comme  la  puis- 
sance de  la  tension  des  couches  superposées,  §§  224-230. 


168  SUR  LES  VARIATIONS 


NOTES  ADDITIONNELLES. 


Note  pour  le  §  19.  —  Le  premier  tableau  indique  pour  quelle  quantité  l'air  sec  concourt 
à  la  pression  totale  pour  chaque  mois  ;  le  second ,  pour  quelle  quantité  la  vapeur  concourt 
à  cette  même  pression  mensuelle.  La  difficulté  de  séparer  rigoureusement  ces  deux  va- 
leurs, n'a  permis  de  reproduire  par  leur  addition  qu'une  moyenne  totale  approchée, 
moins  exacte  que  celle  donnée  par  l'observation  directe. 

Nous  ajouterons  que  le  marquis  de  Polemi  a  constaté  que  sur  H75  chutes  de  pluie, 
le  baromètre  n'avait  baissé  que  758  fois.  {Journ.  Silliman,  t.  XXV,  p.  129.) 

Note  pour  le  §  98.  —  Pour  rendre  l'expérience  plus  concluante,  nous  l'avons  modifiée 
de  la  manière  suivante.  Les  plateaux  de  la  balance,  formés  de  petits  disques,  sont  placés 
au-dessus  du  fléau  et  le  dominent  de  3  à  4  centimètres ,  afin  de  n'agir  que  sur  un  espace 
bien  circonscrit.  A  un  filet  de  gomme  laque ,  scellé  à  l'un  des  plateaux  et  contourné  en 
support,  sont  collés  plusieurs  fils  de  cocon,  portant  de  petites  balles  de  sureau  ou  de 
petits  disques  de  clinquant.  Un  contre-poids  dans  l'autre  plateau  établit  l'équilibre.  Lors- 
que ces  disques  sont  électrisés ,  ils  se  repoussent  proportionnellement  à  la  quantité  d'élec- 
tricité qu'ils  ont  coercée.  On  charge  ensuite  la  balance,  ou  le  plateau  seul ,  s'il  est  isolé, 
soit  de  la  même  électricité ,  soit  d'une  électricité  contraire.  Dans  le  premier  cas ,  le  groupe 
est  repoussé  en  masse ,  et  les  disques  se  repoussent  davantage  entre  eux;  le  volume  en 
devient  plus  considérable  et  conséquemment  plus  léger,  si  l'on  n'en  prend  que  le  vo- 
lume primitif.  Dans  le  second  cas ,  si  les  électricités  jsont  contraires ,  l'électricité  du 
groupe  étant  neutralisée  par  l'influence  du  plateau  ,  les  disques  se  rapprochent  et  for- 
ment un  moindre  volume.  Pendant  cette  double  expérience,  et  l'influence  différente  qui 
en  résulte,  la  balance  reste  immobile  tant  que  le  groupe  lui  est  solidaire;  mais  aussitôt 
que  l'on  a  retiré  la  solidarité  des  deux  corps,  quoique  le  jeu  des  disques  soit  reproduit 
comme  avant  cette  séparation ,  le  fléau  de  la  balance  est  repoussé  dans  le  premier  cas  et 
attiré  dans  le  second.  Dans  cette  nouvelle  expérience  nous  n'avons  pu  agir  que  par  l'in- 


BAROMÉTRIQUES.  169 

tluence  électrique,  et  non  par  les  volumes  du  groupe;  si  nous  avions  pu  agir  par  le  vo- 
lume seul  du  groupe,  nous  aurions  eu,  à  volume  égal,  plus  de  l<^èreté  dans  le  premier 
cas  et  plus  de  pesanteur  dans  le  second. 

Note  pour  le  §  156.  —  Les  cumuli  supérieurs  étant  condensés  et  placés  dans  une  ré- 
gion Troide,  sont  pour  la  plupart  à  l'état  de  neige  fine  et  globulaire;  tandis  que  les  nuages 
gris  plus  dilatés  résistent  plus  longtemps  à  cette  basse  température.  Nous  avons  été  té- 
moins un  grand  nombre  de  fois  de  cette  différence ,  pendant  les  journées  temjMÎtueuses 
que  nous  avons  essuyées  sur  le  Faulhorn.  Les  nuages  blancs  qui  nous  enveloppaient  nous 
couvraient  toujours  d'une  neige  fine  et  abondante ,  tandis  que  les  nuées  grises  qui  leur 
succédaient  passaient  sans  résolution  ou  ne  laissaient  qu'une  faible  humidité.  Mais  lorsque 
ces  nues  étaient  assez  près  pour  échanger  leurs  électricités,  les  bourrasques  naissaient  aus- 
sitôt et  le  grésil  tombait  abondamment  du  nuage  gris. 


ToM.  XVIII.  22 


170 


SUR  LES  VARIATIONS 


LISTE 


DES     AUTEURS     CITES     DANS    CE     MEIHOIRE. 


(Les  cKiffres  indiqueDtles  paragraphes.  La  lettre  n  signifie  note). 


MM.  Abria,§85n. 
Aimée,  102. 
Angos  (d'),  14  n. 
Anonyme,  24. 
Arago,  H  ,  12  n.,  13,  20  n.,  24,  29. 

B. 

Balbi,  12  n. 
Balfour,24,  29. 
Barlow,85. 
Basil-Hall,  17. 
Baumgartner,  12  n. 
Béai,  4n. 
Beaufort  (de),  26. 
Beguelin,  12  n. 
Berghauss,  29,  33,  40,  153  n. 
Bernouilli,  125. 
Berthollet,5  n. 
Beuzenberg,  72. 
Birt,  15  n.,  126. 
Bouguer,  24. 
Boussingault,  29. 
Bouvard,  12  n.,  29,  56,  63,  187. 
Boyle,  1  n. 

Bravais,  35,  37  n.,  45,  52,  61 ,  70, 121 , 
226,  227. 


MM.  Breguet,  L.,  85. 
Brewster,  épigraphe. 
Buch(de),  11,  12  n. 
Buek,  12  n. 
Bunt,  102. 


Caldas,21,29,56. 

Chiminello,24n.,26,29,  187. 

Colebrooke,  20  n. 

Colla,  29. 

Commission  scientifique  du  Nord,  29,  32, 

64,222. 
Coupvent  Desbois,  30  n.,  40  n. 
Cotte,  21,  24  n.,  134  n. 
Coutelle,  24n.,29. 
Crahay,  125  n. 
Crantz,  141. 

D. 

D'Alembert,  15  n.,  21. 
D'Almahoy,  60. 
Dalton,  5n.,  72. 
D'Angos,  voy.  Angos. 
Daniell ,  6  n. 
D'Aubuisson,  48,68. 


BAROMÉTRIQUES. 


171 


MM.  Davy  (H.),I38n. 
Daussy,  102. 
Delcros,  29. 
Delezenne,  29. 
Delisle,  U2  n. 

Deluc,5n.,  47,66, 112  n.,  122  n. 
De  Perre,  12  n. 
Deshayes,  23. 

D'Hombres-Firmas,  11,21. 
Dove,13n.,  15  n.,  19,36,37. 
Duc  la  Chapelle,  24  n. 
Dunbar,  15  n. 
Duperrey,  29. 
Du  Petit-Thouara ,  29  n. 

E. 

Encke,  29. 
Englefield,  113n. 
Ermann,  38,  39,42,  70. 
Escliwege,  29. 
Esmarck,  29. 
Everest,  21. 

F. 

Far(|uhar ,  24. 

Fitzroy ,  29. 

Flaagergues ,  1 1 ,  21 ,  29. 

Forbes  (J.),  29,  30, 40,  45, 52,  61 ,  218  n., 

226  227. 
Franklin,  15  n. 
Fray,  28. 

Frédéric  d'Ehreinheim ,  12,  20,  31  n. 
Freycinet,  29. 

G. 

Gachkevitche ,  29. 

Galilée,  1  n. 

Gambart,  12  n. 

Garcin ,  4  n. 

Gasparin  (le  comte  de),  97,  116  n. 

Gauthier,  11. 

Gebler,  29. 

Gérard  (Pétr.),  43,  45. 

Gerling,  29. 

Gmeling ,  70. 


MM.  Godin,  24. 

Goldingham,  29,60. 
Glo8  (de),  23. 
Grahani,  5  n. 
Guerin  d'Arguon  ,11. 
Guthrie,  141. 

H. 

Hadiey,  15  n. 

Haldat(de),85. 

Hall,  110. 

Halley,  15  n. 

Hàllstrôm,  20  n.,  26,  29, 101, 102,  187. 

Hansteen,  12. 

Hanskbce,  112  n. 

Hemmer,  24  n. 

Herrcnschneider,  11. 

Herschel  (J.),  20  n.,  39. 

Hoffmann,  12  n. 

Borner,  29,  218. 

Horsburg,  26  n. 

Howard  (Luke),  21. 

Humboldt  (le  comte  de),  11 ,  12  n.,  15, 

24,29,56,60,174. 
Hutchison  (G.),  20. 


Kœmtz,  12 n.,  13  n.,  26, 27,  29,  35, 39, 
45, 52, 56, 61, 70, 187, 218, 226,  227. 
Kater,  29. 
Knorr,  29, 141. 
Kuppfer,  12n.,  13n.,24,29. 

L. 

La  Chapelle ,  voy.  Duc. 

La  Condamine,  24. 

Lalande,  21. 

Lamanon,  24. 

Lamarck,  21. 

Lambert,  21. 

Laplace  (le  marquis  de),  6  n.,  22, 34. 

Lartigue,  15  n. 

Laugier,  146. 

Lefroy,  21. 

Leibnitz,  7n. 


172 


SUR  LES  VARIATIONS 


MM.Lenz,  71. 
Leslie,  6  n. 
Lubbock,21. 


M. 


Mackenzie,  \Al. 

Malhmann,  29. 

Manne,  71. 

Marqué- Victor,  H,  173. 

Martins,  9, 14, 1 5, 35, 4o,  52, 61 ,  64, 1 87  n. 

217,  222,  226,  227. 
Massotti,  26  n., 
Masson,  85. 
Mayer,  71. 
Mongès,  24. 
Moreau  de  Jonnès,  39. 
Mosely,  24. 
Mutis,  21,  24. 

W. 

Nell  de  Breauté,  H. 
Nesterowsky,  29. 
Neuber,  12  n.,  29. 
Newton,  4. 
Nicander,  12  n. 


O. 


Olkhowsky,  29. 


Pallas,  132,  142  n. 

Parry,  29,  64,115,  221. 

Pascal,  2,  4. 

Pearce,  24. 

Peltier  fils,  33,  44,  52,  227. 

Perewestschikoff,  12  n. 

Perre  (de),  12  n. 

Pictet,  14  n. 

Plana,  20  n. 

Playfair,  29. 

Prangl",29. 

Prang  2^  29. 

Prinsep  (J.),  11,  29,  43,  45. 

Provest  Hertzberg,  31  n. 

Puissant,  12  n. 


MM.Quetelet,12n.,  20  n.,  24,  29,  128. 

R. 

Ramond.  6,  7,  8, 12,  18,  24,  29,  35,  47, 

67,  70,  185,  250. 
Redfield,  H. 
Regnault,  146. 
Reinke,  29. 
Ries,  85. 
Rivero  29. 
Rochkoff,  29. 
Romme,  15  n. 
Roosbroek,  1  n. 
Ross,  29,  64,  208. 
Royle,  28. 
Russel,  28. 

S. 

Sabine,  29. 

Saussure  (de),  47,  57, 61, 66,  72  n.,  106, 

123,  153  n.,  162  n. 
Schouw,  12  n.,  29,58,39,  40,  41,  133. 
Schubert,  29. 
Schuster,  12  n. 
Scoresby,  junior,  14  n.,  32,  141,  208, 

223. 
Simon,  71. 
Simonoff,  29. 
Spencer,  41. 
Sykes,  20  n.,  21,  28,  60. 


Tessan  (de),  29. 

Thibault  de  Chauvalon,  24. 

Toricelli,  1. 

Trail,  24.  • 

Trechsel,  52. 

V. 

Van  Swinden,  24  n. 
Varin,  23. 
Vassali,  5  n. 
Volta,  5  n. 


BAROMÉTRIQUES. 


175 


w. 


Walker.2l. 
Wallis,  i  I). 
Warttnann,  10  n. 
Weis,  Un. 


Wells,  438  11. 
Wisniewsky,  13n.,2i  n. 
Wrangel,  i± 

y. 

Yelin,  29. 


ERRATA. 


Page  14  (colonne  des  observations,  |>aragraphe  Arago),  9,S,  lisez  :  9,5.  et  $oir,  hygr.  99,  lisez  ;  et  le  toir 
hygr.  99". 

—  18,  ligne  1",  Bade,  lisez  :  Bude. 

—  30,    —    33,  ^er(,  lisez  :  .ffirt. 

—  ît7,  aranMernière  ligne ,  Calebrooke ,  lisez  :  Colebrooke. 

—  54,  àla  fin  du§61,lisez:  t>oye2/((/ure  16. 

--  1 13   (col.  des  observ.,  ligne  10),  température  voilée,  lisez  :  tempt  voilé. 

—  id.    (col.  des  tensions  électriques ,  au  30«  nombre)  +  31 50 ,  lisez  :  —  3150. 


EXPLICATION  DES  FIGURES. 


Figure    i".       De  l'action  des  influences  électriques  sur  de  petits  corps  isolés  (voyez  §   89). 

—  2.         De  la  distribution  de  l'électricité  entre  deux  corps  chargés  semblablement  (§103). 

—  3.        Autre  expérience  sur  le  même  sujet  (§  lOo). 

—  4 et 5.  Action  du  rayonnement  des  corps  électriques  terminés  par  des  aspérités,  sur  les 

vapeurs  électrisées  (§  H6). 

—  6  et  7.  Action  statique  des  corps  unis  sur  les  vapeurs  électrisées  (§  116  n). 

—  8.         Action  statique  de  l'électricité  sur  une  colonne  d'eau  (§  116  n). 

—  9.        Action  des  vapeurs  les  unes  sur  les  autres,  lorsqu'elles  sont  chargées  d'électricités 

contraires  (§  116). 

—  10.        Distribution  des  vapeurs  dans  l'atmosphère  et  leur  groupement  en  nuages  suivant 

leur  tension  électrique  (§  145). 
— '    11,    12  et  13.  Influence  des  corps  électrisés  les  uns  sur  les  autres  à  travers  des  écrans 
neutres  ou  électrisés  (§  145  n). 

—  14.        Courbe   de  l'amplitude    moyenne   de  l'oscillation  horaire   suivant  la  latitude 

(§§29,39). 

—  15.         Courbe  de  la  pression  moyenne  horaire  au-dessus  du  Faulhorn,  en  prenant  princi- 

palement les  observations  de  MM.  Kaemtz  et  Forbes,  faites  dans  un  jour  exempt 
de  perturbation  accidentelle  (§§  51,  52,  55). 

—  16.         Courbe  de  la  pression  moyenne  horaire  à  Brientz,  d'après  le  peu  d'observations 

faites  dans  cette  localité  (§  61). 

—  17.         Courbe  horaire  moyenne  à  Port-Bowen,  tirée  des  mois  d'hiver,  observations  du  capit. 

Parry  (§221). 


TABLE  DES  CHAPITRES. 


P.g.     Pir^- 

Introduction 3 

Première  partie.      De  la  diversité  des  pressions  atmosphériques 7 

Chapitre  premier.  De  l'opinion  des  auteurs  sur  les  variations  du  baromètre     .     .     .  ib.         1 

—  II.  Des  oscillations  horaires  et  accidentelles  du  baromètre  ....  29       23 

—  III.  Des  variations  de  la  pression  suivant  la  latitude 41       38 

—  IV.  Des  variations  dans  la  pression  atmosphérique  vers  la  région  des 

neiges  perpétuelles  et  dans  les  hautes  latitudes 44      43 

—  V.  Des  différences  que  donnent  les  mesures  barométriques  ....  56      66 

Deuxième  partie.      De  la  cause  la  plus  puissante  et  la  plus  variable  des  perturbations 

dans  la  pression  atmosphérique 62 

Chapitre          VI.  Expériences  et  observations ib.      73 

—  VU.  Expériences  et  observations  sur  la  transformation  des  vapeurs,  sous 

l'influence  des  tensions  électriques 83     H  4 

—  VIII.  De  la  complication  des  phénomènes  pendant  le  cours  de  la  journée.  94     135 

—  IX.  De  la  cause  des  variations  accidentelles 102     i  46 

—  X.  De  la  cause  des  variations  horaires 122     175 

—  XI.  De  la  cause  de  l'inégale  pression  atmosphérique  suivant  la  latitude.  131     188 

—  XII.  De  la  cause  des  variations  dans  la  pression  atmosphérique  à  la  hau- 

teur des  neiges  perpétuelles 143    212 

—  Xni.  De  la  cause  des  différences  des  altitudes  barométriques ....  150    224 

—  XIV.  Résumé  de  la  première  partie 155 

—    de  la  deuxième  partie 159 

Notes  additionnelles 168 

Liste  des  auteurs  cités  dans  ce  mémoire 170 

Errata 173 

Explication  des  figures 174 

FIN. 


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MÉMOIRE 


SUR 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE 


RESSENTIS 


EN  FRANCE,  EN  BELGIQUE  ET  EN  HOLLANDE, 


I.B   QD.iTKlàHE   SIÈCLE   DE   1,'ÉRE   CBRÉTIENBIE  JUSQV'/I    NOS   JOURS   (  I84S   IRCLDSIV.); 


Alexis  HERREY^/fW^ 

PROFESS.    SVPPL.    A    LA    FACULTÉ    DES   SCIENCES    DE    DUOS. 


(Lu  i  U  séance  du  2  ooverabre  1844. 


ToM.  XVIII. 


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MÉMOIRE 


am 


LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE 


EN  FRANCE,  EN  BELGIQUE  ET  EN  HOLLANDE, 


QUATRIÈME  SIÈCLE  DE  L*ÈRE  CHRÉTIENNE  JDSQU'a  NOS  JOURS  ({843  INGLUS.) 


INTRODUCTION. 


Non  mm  metoil  ^t  noB  narlgat 

Non  Itnm  molum  Gallu»,  noo  TuIturD  jElbiop* 


Comme  toutes  les  sciences  d'observation,  la  physique  du  globe  ne 
peut  baser  ses  théories  que  sur  des  faits  nombreux,  bien  décrits  et 
bien  étudiés.  Pour  être  généraux,  ses  principes  doivent,  pour  ainsi 
dire,  s'appuyer  sur  l'histoire  même  de  la  terre. 

En  eflet,  les  phénomènes  météorologiques  les  plus  simples  en  appa- 
rence, varient  presque  tous  avec  les  lieux,  quelques-uns  même  avec 


4  MÉMOIRE 

les  temps.  Aussi  les  lois  admises  comme  régissant  la  météorologie  souf- 
frent de  nombreuses  exceptions. 

Le  soleil ,  sans  doute,  est  sur  notre  globe  la  cause  principale  de  la 
chaleur;  toutefois  son  action  est  modifiée  partant  de  circonstances 
diverses,  que  la  température  de  chaque  lieu  varie  non-seulement  avec 
les  positions  annuelle  et  diurne  de  cet  astre,  mais  encore  sous  de  nom- 
breuses influences  irrégulières,  passagères  ou  permanentes.  Quicon- 
que jettera  seulement  les  yeux  sur  les  cartes  où  se  trouvent  tracées 
les  lignes  isothermes  les  mieux  connues,  ne  pourra  s'empêcher  de 
reconnaître  que  cet  admirable  système  d'exposition  fait  apparaître 
de  bien  grandes  anomalies  dans  les  principes  qui  résument  les  lois  de 
la  distribution  de  la  chaleur  à  la  surface  de  notre  globe,  et  montre  de 
bien  grandes  lacunes  dans  la  science  du  calorique  terrestre. 

La  théorie  des  vents  ne  laisse-t-elle  pas  plus  encore  à  désirer? 

L'hygrométrie,  malgré  les  immenses  travaux  du  génie  qui  la  créa, 
malgré  les  nombreuses  observations  et  les  savants  mémoires  de  ses  suc- 
cesseurs, n'est-elle  pas  forcée  de  modifier  ses  principes  suivant  les  pays 
ou  les  régions?  Les  nombreux  phénomènes  qui  en  dépendent  ne 
varient-ils  pas  autant  que  les  lieux  où  on  les  observe  ? 

Toujours  changeante  et  pourtant  toujours  la  même,  l'atmosphère 
ne  présente-t-elle  pas  dans  les  pressions  qu'elle  exerce,  des  contrastes 
frappants  et,  si  je  puis  me  servir  d'une  expression  qui  rend  bien  mon 
idée,  des  contrastes  marqués  d'un  cachet  local? 

Et  cependant  tous  ces  phénomènes  se  renouvellent  sans  cesse  sous 
nos  yeux;  des  milliers  d'observateurs  attentifs  et  instruits,  munis  des  ap- 
pareils les  plus  parfaits  de  la  science,  renouvellent  et  multiplient  sans 
cesse  leurs  observations  intéressantes,  les  comparent  à  celles  de  leurs 
devanciers,  lesgroupent  et  les  combinent  de  mille  manières  différentes, 
pour  tirer  des  résultats  moyens,  des  lois  générales,  des  lois  exemptes 
des  influences  fortuites  et  passagères.  L'académie  de  Bruxelles  et  son 
illustre  secrétaire  perpétuel,  M.  Quetelet,  ont  montré  quel  intérêt 
on  devait  attacher  à  ce  genre  de  recherches  et  de  travaux,  en  établis- 
sant et  en  publiant  un  vaste  ensemble  d'observations  simultanées. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  5 

Malgré  les  nombreuses  observations  de  température  souterraine  que 
possède  la  science,  malgré  les  immenses  calculs  de  Fourier  et  de 
Poisson,  personne  n'oserait  admettre  encore  sans  restriction  comme 
principe  universel  et  incontesté  les  théories  de  ces  deux  savants.  Tout 
en  reconnaissant  l'exactitude  des  lois  de  la  distribution  de  la  chaleur 
dans  l'épaisseur  de  la  croûte  terrestre  jusqu'aux  profondeurs  où 
l'homme  a  pu  atteindre,  on  n'ose  guère  les  étendre  au  delà;  on 
hésite ,  on  s'arrête ,  quand  il  s'agit  d'opter  entre  les  deux  théories  ri- 
vales, et  malgré  les  beaux  travaux  des  géomètres  sur  la  nature  de 
l'intérieur  de  notre  globe,  nous  sommes  encore  forcés  de  nous  en 
tenir  à  de  simples  hypothèses  sur  ce  point  important  de  la  physique 
terrestre. 

Aussi  sans  avoir  encore,  il  est  vrai,  assez  mûrement  réfléchi  sur  le 
phénomène  des  tremblements  de  terre  ,  j'ai  néanmoins  été  tellement 
frappé  des  circonstances  diverses  qui  l'accompagnent,  des  apparences 
variées  qui  se  manifestent  dans  toutes  ses  phases,  que  je  suis  resté 
convaincu  qu'il  nous  est  impossible  de  saisir  encore  sur  ce  point  la 
véritable  interprétation  de  la  nature  ou  du  moins  de  la  démontrer. 

J'ai  dressé  d'assez  vastes  catalogues  des  tremblements  de  terre  res- 
sentis dans  les  diverses  parties  du  monde.  Déjà  j'ai  eu  l'honneur  de 
présenter  à  l'Institut  de  France  deux  volumineux  mémoires  sur  les 
commotions  souterraines  qui  ont  ébranlé  notre  Europe  ainsi  que  les 
parties  adjacentes  de  l'Afrique  et  de  l'Asie,  depuis  le  commencement 
du  quatrième  siècle  de  l'ère  chrétienne  j  usqu'à  nos  jours.  Le  caractère 
le  plus  remarquable  résultant  des  tableaux  qui  résument  ces  mémoires, 
cest  le  plus  grand  degré  de  fréquence  du  phénomène ,  durant  l'hiver 
et  l'automne.  (Comptes-rendus  des  séances  de  l'académie  des  sciences  de 
Paris  ,  séance  du  25  septembre  1843.) 

Mais  aussi  j'ai  reconnu  que  ce  caractère,  quelque  tranché ,  quelque 
saillant  qu'il  paraisse,  pourrait  n'être  pas  général.  Ainsi,  pour  l'ar- 
chipel des  Antilles ,  j'ai  dressé  le  tableau  suivant  : 


6 


MÉMOIRE 


Tremblements  de  terre  ressentis  aux  Antilles. 


SIÈCLES. 

Janvier. 

Février. 

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Printemps   . 

.      36 

Été 

....      52 

Automne  .    .      49 

1 

Ce  tableau  est  celui  qui  se  trouve  inséré  aux  Comptes-rendus  de 
Vacadémie  des  sciences ,  tom.  XVI,  pag.  1298 ,  mais  augmenté  d'un 
septième  à  peu  près,  par  de  nouvelles  recherches.  Quoiqu'il  soit  in- 
complet ,  quoique  je  n'y  aie  pas  fait  figurer  des  tremblements  de  terre 
que  les  secousses  longtemps  prolongées  excluaient  d'un  résumé  men- 
suel ,  les  deux  mois  de  septembre  et  d'octobre  (ou  au  moins  l'époque 
de  l'équinoxe  d'automne)  me  paraissent  jouir  d'une  prépondérance 
marquée,  d'une  prépondérance  déjà  signalée  dans  les  Comptes- 
rendus. 

,•  Il  était  donc  intéressant,  je  dirai  plus,  il  est  donc  nécessaire  d'étu- 
dier le  phénomène  dans  des  régions  particulières  du  globe ,  si  l'on 
veut  mettre  en  évidence  les  causes  locales  qui  peuvent  varier  d'une 
contrée  à  une  autre.  La  plus  grande  fréquence  du  phénomène  se 
montre  dans  certains  pays  d'une  manière  qui  ne  laisse  aucun  doute 
sur  l'existence  d'une  influence  purement  locale. 

J'ai  dressé  de  nombreux  tableaux  pour  les  diverses  régions  du 
globe ,  et  je  crois  déjà  pouvoir  affirmer  que  le  phénomène  varie  avec 
les  lieux  aussi  bien  qu'avec  les  temps. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  7 

Ainsi  je  citerai,  pour  la  Péninsule  Italique,  le  tableau  suivant,  où 
ne  figurent  pus ,  ainsi  que  dans  le  précédent ,  les  secousses  qui  se  sont 
répétées  pendant  plus  d'un  mois  dans  lu  même  localité. 

Tremblements  de  terre  ressentis  en  Italie  et  en  Savoie. 


■I±CUM. 

AVEC    DATES    DE    JOUSS   OU    OC 

MOIS 

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14 

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0 

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5 

10 

3 

7 

3 

2 

1 

13 

111 

XVIII 

45 

35 

33 

28 

30 

48 

31 

30 

20 

4S 

28 

28 

5 

3 

10 

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44 

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47 

37 

40 

30 

39 

40 

23 

45 

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1 

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104 

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67 

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97 

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1134 

Hiver.    .    . 

307 

Priulemps,  259 

Été   .  .  . 

206 

Automne  . 

248 

Ici,  l'hiver  a  une  prépondérance  marqjiée,  mais  l'automne  se  trouve 
seulement  au  même  rang  que  le  printemps. 

Voyons  ce  que  donneront  la  France  et  la  Belgique,  c'est-à-dire 
cette  région  de  l'Europe ,  limitée  au  sud  par  la  Méditerranée  et  l'Es- 
pagne; à  l'ouest  et  au  nord  par  l'Océan  atlantique  jusqu'au  Zuyderzée; 
à  l'est  par  le  Rhin  et  les  Alpes.  J'ai  compris  dans  ce  catalogue,  sui- 
vant l'avis  de  M.  Quetelet  :  1»  Genève,  dans  le  bassin  du  Rhône; 
2°  dans  le  bassin  du  Rhin,  Bàle,  Manheim,  Francfort-sur-le-Mein, 
et  quelques  autres  villes  très-rapprochécs  de  la  rive  droite  du  fleuve. 
Il  serait  en  eflet  assez  difficile  de  dresser  un  catalogue  comme  celui- 
ci  en  ne  suivant  que  des  divisions  purement  politiques.  Toutefois ,  je 
n'ai  pas  cru  devoir  remonter  les  deux  fleuves  jusqu'à  leur  source,  ni 
m'élendre  à  droite  sur  les  affluents  du  Rhin;  je  me  serais  trop  écarté 
du  plan  que  je  m'étais  d'abord  tracé. 

Maintenant  quelques  mots  sur  le  mode  suivi  dans  la  rédaction.  J'ai 


8  MÉMOIRE 


^ 


cité,  souvent  textuellement,  les  ouvrages  auxquels  j'ai  emprunté  les 
faits.  L'académie  jugera  ce  travail ,  il  était  bon  de  la  mettre  à  même 
d'effectuer  sans  peine  les  vérifications  qu'elle  croira  nécessaires.  Il  est 
convenable  de  faire  observer  que  quand  un  fait  ne  se  trouve  cité  que 
dans  une  chronique  locale,  pour  les  premiers  siècles  auxquels  s'éten- 
dent ces  recherches,  je  l'ai  regardé  comme  ayant  eu  lieu  dans  le  pays 
où  écrivait  l'auteur,  bien  que  quelquefois  la  circonstance  du  lieu  ne 
fût  pas  mentionnée  textuellement.  Enfin  la  correction  relative  au 
calendrier  n'a  point  été  faite,  elle  se  trouve  seulement  indiquée  pour 
quelques  citations  empruntées  aux  Transactions  philosophiques  de 
Londres;  j'ai  dû  en  agir  ainsi  pour  ne  pas  m'écarter  de  la  règle  que 
je  me  suis  faite ,  dans  tout  le  cours  de  mes  recherches  ,  de  citer  tex- 
tuellement :  cette  correction  n'aurait  d'ailleurs  qu'une  influence 
insensible  sur  les  tableaux  numériques  qui  résument  ce  mémoire. 

Enfin  je  rapporte  quelques  faits  qu'on  pourrait  peut-être  ne  pas 
regarder  comme  des  tremblements  de  terre,  quelques-uns  même  sont 
évidemment  étrangers  aux  commotions  souterraines;  mais  je  ne  les  ai 
pas  compris  dans  les  tableaux  du  résumé.  Comme  mes  devanciers  dans 
cette  matière,  j'ai  le  plus  souvent  cité  les  dates  sans  entrer  dans  au- 
cune discussion  critique  qui  aurait  allongé  mou  travail  sans  le  rendre 
plus  intéressant  '. 

Pour  abréger  les  citations  des  sources  où  j'ai  puisé,  je  donne  ici 

*  Pour  n'en  citer  qu'un  exemple ,  on  trouve  :  462 ,  vers  Pâques.  Vienniae  mœnia  frequentibus 
terrae  molibus  conquassala.  (Sigonius,  de  Occid.  imper.,  1. 1,  lib.  xiv,  p.  527.)  On  retrouve  le 
même  fait  avec  l'institution  des  Rogations  dans  les  Gesta  Francorum,  par  Roriconem  :  mémoire 
de  Gestis  Francor.  ;  chron.  de  saint  Denis;  chron.  Sigeb.  Gemblac.  Dom  Bouquet,  t.  III,  p.  13, 
44,  176  et  335.  C'est  vers  468  qu'il  faut  placer  le  fait  d'après  le  Chron.  Sigeberti,  fol.  73  verso, 
Reriim  germanic.  S.  Scliard.  Réginon,  dans  le  môme  recueil,  fol.  17  verso,  place  l'institution 
des  Rogations  avant  450.  Grégoire  de  Tours,  lib,  u,  cap.  xxxiv,  p.  90,  de  l'éd.  du  P.  Ruinart, 
parle  aussi  des  mêmes  faits  sous  la  date  de  491  ;  puis  le  Chron.  S.  Medardi  Suessionensis  (d'Acheri 
Spicilegium,  t.  Il,  p.  781  ),  sous  la  date  de  497.  Enfin,  les  Gesta  rerum  Francorum  (Dom  Bou- 
quet, t.  II,  p.  553)  les  placent  de  500  à  507,  et  Lycosthènes  à  471.  L'éditeur  Dom  Bouquet  parait 
préférer  la  date  de  Sigebert,  c'est-à-dire  celle  de  468.  C'est  celle  que  donne  Von  Hofï',  et  que  je  ci- 
terai dans  le  texte,  en  lui  empruntant  la  date  mensuelle  du  27  mars.  Pour  moi,  le  phénomène  me 
parait  s'être  prolongé  assez  longtemps. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  9 

la  liste  des  principaux  ouvrages  que  j'ai  consultés,  avec  les  signes 
conventionnels  par  lesquels  je  les  désigne.  Pour  les  ouvrages  volumi- 
neux ,  les  collections,  j'indique  les  tomes  et  les  pages.  Pour  les  feuilles 
périodiques,  je  cite  la  date  et  le  mois  du  journal,  en  supprimant 
l'année  lorsqu'elle  est  la  même  que  celle  du  phénomène.  Enfin, 
pour  les  auteurs  de  catalogues ,  par  ordre  chronologique ,  comme 
Gueneau  de  Montbeillard ,  Huot  et  Garnier ,  je  ne  cite  jamais  la 
page. 

Quant  à  la  chronique  de  Von  Hoff,  n'ayant  pu  me  la  procurer 
qu'après  une  première  rédaction  du  mémoire,  j'ai  cru  pouvoir  me 
dispenser  de  la  citer  lorsque  je  n'y  trouvais  pas  des  faits  nouveaux  ou 
au  moins  des  détails  que  je  n'avais  pas  rencontrés  ailleurs.  J'ai  sou- 
vent cité  Cotte,  qui  a  publié  un  catalogue  comme  celui-ci  dans  le 
t.  LXV  du  Journal  de  physique ,  mais  je  dois  avouer  que  c'est  seu- 
lement d'après  Von  HoflF;  le  Journal  de  physique  manque  en  grande 
partie  à  la  bibliothèque  publique  de  la  ville  de  Dijon.  Je  n'ai  point 
cité  l'ouvrage  de  M.  Mérian,  que  je  n'ai  pas  pu  non  plus  me  pro- 
curer, même  en  écrivant  à  Bâle  : 

1.  La  grande  Collection  des  historiens  des  Gaules,  commencée  par  Dom 

Bouquet,  continuée  par  Brial,  Daunou  et  M.  Naudet D.  B. 

2.  Celle  de  Marlène  et  Durand ,  et  leur  Novus  Thésaurus  Anecdotorum  (  ce 

dernier  ouvrage  Nov.  Thés.  Anecd.  ) M.  D. 

3.  Collection  de  Duchéne D. 

4.  Le  Spicilegium  de  d'Acheri A.  S. 

5.  Baronius ,  Annales  Ecclesiasticae B.  A. 

6.  Rerum   Germanicarum  quatuor  celebriores  vetustioresque    Chronographi , 

1  vol.  in-fol.  Lutetiae,  1366.  Cet  ouvrage,  sans  nom  d'auteur,  est  de 
Simon  Schard S.  S. 

7.  Uisloricum  opus,  Rerum  Germanicarum 4  tomes  en  3  vol.  Bâle ,  sans 

date  d'année,  par  Simon  Schard S.  S. 

8.  Lycosthèncs ,  Prodigiorum  ac  ostentorum  Chronicon L. 

9.  Fvilsch'\us,Catalogusprodig.  ac  estent F. 

10.  Joannis  Trithemii  Chronicon  hirsaugiense C.  H. 

li.  Cenluriae  Magdeburgetises CM. 

12.  Flores  historiarum  per  Mathaeum  Westmonasteriensem  collecti ,  praecipuè 

ToM.  xvin.  2 


10  MÉMOIRE 

de  rébus  Britannicis ,  i  vol.  in-fol.  Londini,  1579     .     ...     .     .  M.  W. 

13.  Mathieu  Paris,  Hîs<.  d'4ng/e<erre,  2  vol.  in-fol M.  P. 

14.  Bertraiûd  ,  Mémoire  sur  les  tremblements  de  terre B. 

15.  Collection  Académique,  tome  VI  de  la  partie  française,  Catalogue  à& 

Gueneau  de  Monlbeillard C.  A. 

16.  Transactions  philosophiques  de  la  société  royale  de  Londres P.  T. 

17.  Académie  des  sciences  de  Paris A.  P. 

18.  Comptes  rendus  hebdomadaires  des  séances  de  l'Acad.  des  sciences  de  Paris  C.  R. 

19.  Annales  de  chimie  et  de  physique,  par  MM.  Gay  Lussac  et  Arago.     .     .     .  C.  P. 

20.  Huot ,  Cours  de  géologie H. 

21.  G&rnier ,  Traité  élémentaire  de  météorologie G. 

22.  Journal  historique J.  H. 

23.  Journal  encyclopédique J.  E. 

24.  Journal  des  débats  et  Journal  de  l'Empire J.  D. 

25.  Le  Moniteur  universel  et  Gazette  nationale .     .  M.  U. 

26.  Gazette  de  France G.  F. 

27.  Mercure  de  France M.  F. 

28.  Quotidienne       Q. 

29.  Phalange  et  démocratie  pacifiqus Ph. 

30.  Chronik  der  Erdbeben  Von  K.  E.  A.  Von  Hoff V.  H. 

Les  autres  ouvrages  où  j'ai  puisé  sont  cités  dans  le  texte.  Je  dois 
remarquer  que  les  collections  de  journaux  que  j'ai  pu  consulter  sont 
toutes  incomplètes ,  à  l'exception  du  Moniteur  et  du  Journal  des 
débats. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  11 


CATALOGUE 

DES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE  RESSENTIS  EN  FRANCE,  EN  BELGIQUE  ET  EN  HOLLANDE. 


217.  —  Flamma  in  Frisia  ad  montem  Rubriclivium  ingens  per  dies  undecim 
erupit,  quae  tandem,  aqua  marina  adspersa,  deleta  est.  {Von  Hoff,  p.  178.) 

41G.  —  In  Gallicana  regione  et  in  civilate  Biterris  [Béziers)  multa  signa  terri- 
fica,  Paulini  epistola  ejusdem  civitatis  episcopi  enarrat  ubique  diruta.  [Idatii 
Chron.  —  Von  Hoff  s  Clironik.) 

4G8.  —  27  mars.  Tremblement  de  terre  à  Vienne  en  Dauphiné. 

468.  —  Medio  Tolosae  civitatis  hisdem  diebus  e  terra  sanguinem  erupisse  toto 
que  die  fluxisse  curriculo.  {Ibidem.) 

Vers  480  ou  481.  —  En  novembre.  Eo  anno,  mense  nono,  terra  tremuit.  (Gre^or. 
Turon.,  lib.  n,  cap.  xix,  col.  71.)  Et  dans  le  chapitre  suivant  :  «  Fuit  etiam  et  tune 
terrae  motus  magnus.  »  On  retrouve  encore,  dans  le  même  volume,  édit.  P.  Rui- 
nart  :  t  Ipso  anno,  terrae  motus  fuit.  »  {Epit.  per  Fredegar.,  cap.  xiii,  col.  553.) 

Vers  549.  —  Tremblementde  terre  en  Auvergne.  (Greg.  Turon.,  Vua  S.  Galli,  D.  B., 
t.  III,  p.  410.) 

562.  —  In  Gallia ,  supra  Rhodanum  fluvium ,  mons  multis  diebus  dans  mugi- 
tum  tandem  ab  alio  monte  sibi  vicino  discussus,  cum  ecclesiis,  domibus,  hominibus 
et  bestiis  in  flumen  est  praecipitatus.  (M.  W.,  lib.  i,  p.  195 ,  Gregor.  Turon,  lib.  vi , 
cap.  XXXI,  col.  171  et  172.) 

Frytschius ,  dans  son  catalogue ,  donne  la  date  de  561  ;  Bertrand ,  2»  Mém.  stir 
les  tremblements  de  terre,  p.  27,  et  la  Chronique  de  Rheims,  Labbe,  1. 1,  p.  358, 
donnent  celle  de  563. 

Il  parait  suivant  Von  Hoff,  Clirotiik,  p.  193,  que  ce  fait  indiquerait  la  chute  de 
la  Dent  du  midi,  en  Valais.  Suivant  d'autres  la  montagne  de  Tauretunum  entre 
Meillcrie  et  S'-Gingolph ,  vis-à-vis  Lausanne. 


12  MÉMOIRE 

577.  —  17  avril,  pendant  la  messe  du  jour  de  Pâques,  à  Chinon.  Ecclesia  con- 
tremuit  populusque  conterritus  a  pavore  unam  vocem  dédit,  dicens  quod  ecclesia 
caderet.  (D.  B.,  t.  II,  p.  242.) 

979  ou  580.  —  A  Bordeaux  et  dans  les  Pyrénées.  Graviter  urbs  Burdegalensis  a 

terrae  motu  concussa  est,  mœniaque  civitatis  in  discrimine  eversionis  extiterunt 

Tamen  de  Pyrenaeis  montibus  immensi  lapides  sunt  commoti.  (D.  B.,  t.  II,  p.  252 
et  409;  t.  III,  p.  83  et  227.) 

582.  —  A  Soissons  et  à  Angers,  commotions  souterraines.  (D.  B. ,  t.  II,  p.  277; 
t.  III,  p.  88  et  234.) 

584.  —  Décembre?  A  Angers.  In  Andegav.  terra  tremuit  et  multa  alia  signa  ap- 
paruerunt.  (D.  B.,  t.  II,  p.  297;  t.  III,  p.  243.) 

590. — 14  juin,  au  point  de  jour.  Terrae  motus  magnus  factus  est.  (D.  B.  t.  II,  p.  379.) 
Ce  phénomène,  rapporté  sans  indication  de  lieu  par  la  Chronique  de  Tours,  est-il 
relatif  à  la  France? 

801 .  —  25  ou  30  avril ,  2«  heure  de  la  nuit.  Fameux  tremblement  de  terre  en 
Italie;  il  se  sentit  aussi  sur  le  Rhin,  en  Gaule  et  en  Germanie.  (D.  B.,  t,  V,  p.  250 
et  332.) 

Quelques  auteurs  ont  regardé  les  secousses  ressenties  dans  notre  pays  comme 
indépendantes  de  celles  qui  ébranlèrent  l'Italie,  et  disent  seulement  : 

«  La  même  année  801,  la  terre  trembla  sur  le  Rhin ,  en  Gaule  et  en  Germanie.  » 
(D.  B.,  t.  V,  p.  550;  D.,  t.  II,  p.  60,  et  S.  S.,  fol.  32.) 

Von  Hoff,  dans  sa  Chronik  der  Erdbeben,  cite  même  la  date  du  31  mars. 

802.  —  13  avril.  Dans  toute  la  Suisse,  violent  tremblement  de  terre  suivi  de 
maladies  très-meurtrières.  (B.,  p.  29;  t.  II,  p.  198;  DiariumHistor.,  p.  129;  Mémo- 
rial de  ChronoL,  t.  II,  p.  910.) 

Le  Chron.  Turon.  (M.  D.,  t.  V,  p.  959)  dit  seulement  qu'il  y  en  eut  un  second 
cette  année:  Lycosthènes  en  cite  deux,  mais  aux  dates  de  800  et  802,  Mézerai 
enfin  ne  parle  que  du  premier,  qu'il  fait  suivre  de  maladies,  t.  III,  p.  211 ,  édit. 
in-12. 

803.  —  En  hiver.  En  cel  yver  fu  croules  et  mouvement  de  terre  en  tout  le  pais 
d'Es-la-Chapèle.(D.B.,t.  V,  p.  54,251  et  321;  D.,  t.  II,  p.  42;  S.  S.,  fol.  32;/msL 
Reuber,  p.  53.) 

815.  —  Septembre.  Tremblements  de  terre  à  Saintes.  {Aimoini  chron.,  p.  240, 
et  D.,  t.  II ,  p.  260.) 

823.  —  Vers  la  fin  de  l'année.  (  L'empereur  venait  de  congédier  les  légats  du 
pape;  calend.  de  nov.)  A  Aix-la-Chapelle.  Li  palais  d'Ais  la  Chapèle  croula  par 

mouvement  de  terre  et  granz  sons  et  granz  temoutes  furent  oï  par  nuit 

Et  fulgura  sereno  atque  interdiù  de  coelo  cadentia (D.  B.,  t.  VI,  p.  106, 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         i3 

147,  184  et  225;  L.,  p.  345;  S.  S.,  t.  Il,  p.  1868.  Chron.  Alberti  Slad.,  fol. 
88;  F.) 

829.  —  Vers  Pâques,  la  nuit;  hicme  transacta.  —  A  Aix-la-Chapelle, 

Et  quant  avint  vers  la  fin  du  quaresme,  que  la  solennité  de  Pasques  approchait 
(fu)  si  granz  croules  et  si  granz  movemenz  de  terre  que  apar  poï  que  li  palais  et 
les  tors  ne  chairent. 

Ecclesiae  Dei  Genetricis  terrae  motu  et  vento  discooperta  est  tota quatuor 

diebus  ante  Pascha.  (D.  B.,  t.  V,  p.  110,  151 ,  189,  209,  221 ,  220  et  233;  D., 
t.  II,  p.  272  et  306;  B.  A.,  t.  IX,  p.  489;  L.  et  F.,  CataL;  Chron.  Alberti  Slad., 
fol.  89.) 

858.  —  18  février,  le  soir.  Terrae  motus  apud  S.  Nazarium  {Lauresheim ,  terri- 
toire de  Mayence)  ,in  Wormanse,  in  Spirense  et  Lobadunense.  (D.  B.,t.  VI,  p.  210.) 

840.  —  Septembre.  A  Saintes.  In  Gallia  civitas  Sanctoras  tremuit.  (G.  M.,  t.  II, 
page  348.) 

842.  —  24  octobre,  première  heure  de  la  nuit.  Presque  dans  tout  le  nord  de  la 
Gaule.  Terrae  motus  validus  exstitit  et  perseveravit  hujus  sonus  per  septem  dies. 
Dabat  autem  mugitum  aut  hora  diei  prima,  aut  nona,  aut  noctis  média,  aut  initio 
aurorae.  Secuta  est  tussis  validissima  de  qua  multi  mortui  sunt.  (D.  B.,  t.  VII, 
p.  32  et  41.) 

843.  —  6  septembre.  Iterùm  terrae  motus  magnus,  aurora  surgente  et  média 
nocte  similiter. 

—  7  septembre.  Hora  diei  prima  similiter;  ipso  die,  hora  secunda,  similiter. 
(D.  B.,t.  VII,p.  41.) 

Ces  secousses  ont  dû  ébranler  le  département  de  la  Seine  inférieure,  pays  où  se 
trouvait  le  monastère  de  Waudrille  [monasterium  Fontaiiellense) ,  dans  les  envi- 
rons de  Rouen ,  à  la  chronique  duquel  j'emprunte  les  citations  précédentes. 

849.  —  17  février,  10"  heure  de  la  nuit.  Apud  Galliam ,  clericis  preces  noctur- 
nas  solventibus  Domino,  terrae  motus  valide,  sed  nuUa  quorumlibet  aedificiorum 

ruina  factus  est Terrae  motus  Augiae  factus quasi  décima  noctis  hora. 

(D.  B.,  t.  VII,  p.  65,  207,  235,  272.)  Augia  est  Richenaw,  près  de  Constance, 
en  Suisse. 

855.  —  1"  janvier.  Apud  Moguntiam  terra  viciés  tremuisse  fertur.  Insoliti 
aeris  turbines  et  grandines ,  fulgura  et  tonitrua  facta  sunt.  Ecclesia  S.  Kiliani  ful- 
mine cremata  nonis  Junii,  posteà  mûri  turbine  diruti  sunt.  (D.  B.,  t.  VII,  p.  217, 
233;  D.,  t.  II,  p.  553;  F.  et  C.  M.)  On  le  ressentit  à  Worms.  (V.  H.) 

856.  —  13  décembre  (fête  de  sainte  Luce).  A  Bâle.  Montes  et  rupes  multas 
aperturas  et  scissuras  passae  sunt.  (M.  D.,  t.  V,  p.  271.) 

858.  —  1"  janvier.  Terrae  motus  magnus  factus  est  per  civitates  regiones  di- 


14  MÉMOIRE 

versas,  maxime  tamen  apud  Moguntiacum,  ubi  maceriae  antiquae  scissae  sunt 
et  ecclesia  S.  Albani  martyris  ità  concussa  est ,  ut  murus  de  fastigio  cadens ,  ora- 
torium  S.  Michaelis  ad  occidentem  basilicae  bicameratum  cum  tecto  et  laquearibus 
ruina  sua  confringens  terrae  coaequaret.  (D.  B.,  t.  VII,  p.  166;  D.,  t.  II,  p.  554.) 

Corruit  tune  ecclesia  S.  Albani ,  mense  februario.  (Joan.  Naucleri  Chron.,  t.  II, 
p.  65.)  Le  tremblement  est  d'ailleurs  rapporté  au  mois  de  janvier. 

Crebri  terrae  motus  Moguntiam  concutiunt,  ibique  Probus  presbyter  obiit  vu 
calend.  julii L'année  suivante,  hiver  terrible.  (D.  B.,  t.  VII,  p.  254.) 

Le  Chron.  Hermanni,  auquel  j'emprunte  cette  dernière  citation,  donne  la 
date  de  859.  Je  ne  saurais  voir  un  fait  nouveau  dans  son  récit,  bien  que  l'auteur 
semble  dire  que  le  prêtre  Probus  en  fut  victime  au  mois  de  juin. 

858.  —  25  décembre.  Noctu  et  interdiù  Moguntiae  validus  et  creberrimus  terrae 
motus  efficitur.  (D.  B.,  t.  VII,  p.  75.) 

860.  —  Plusieurs  tremblements  de  terre  désastreux  furent  ressentis  en  Perse , 
en  Syrie  et  dans  plusieurs  contrées  de  l'Europe.  Un  bouleversement  de  terre  con- 
sidérable eut  lieu  en  Hollande  ;  l'une  des  bouches  du  Rhin  fut  fermée  près  de  Catt. 
(C.  A.) 

867.  —  9  octobre.  Terrae  motus  per  plurima  loca  factus  est.  (D.  B.,  t.  VII, 
p.  175,  208,  255  et  275.)  Des  secousses  furent  ressenties  en  Suisse.  (B.,  p.  50.) 

Rien  n'indique  que  ces  commotions  doivent  figurer  dans  ce  Mémoire;  je  ne  les  cite 
qu'à  titre  de  renseignements.  Cependant  n'auraient-elles  pas  été  ressenties  sur  le 
territoire  de  Mayence ,  où  se  trouvait  l'abbaye  de  Fulde  dont  je  cite  les  Annales? 

870.  —  5  décembre,  1'*'  heure.  Ipsa  quoque  civitas  Moguntiaca  terrae  motu 
concussa  est.  (D.  B.,  t.  VIL,  p.  175  et  255.) 

872.  —  5  décembre,  1"  heure.  Terra  contremuit,  Mogunciacum  eversum  est. 
(D.  B.,  t.  Vn,  p.  176  et  256.) 

Cette  coïncidence  du  5  décembre  870  et  872  meparaît  devoir  inspirer  de  la  défiance 
sur  la  réalité  d'un  double  phénomène,  dont  la  date  ne  se  trouve  pas,  pour  chaque 
fait,  dans  la  Chronique  d'IIermann  et  les  Annales  de  Fulde,  auxquelles  j'emprunte 
les  deux  citations.  Cependant  il  est  à  remarquer  que  les  auteurs  de  ces  deux  ouvra- 
ges écrivaient,  pour  ainsi  dire,  sur  les  lieux.  D'ailleurs,  on  retrouve  la  même  chose 
dans  les  Centuriae  Magdeburg  :  et  dans  Lycosthènes,  qui  seulement  cite  les  années 
868  et  870. 

880.  —  1"  janvier.  A  Mayence.  —  Il  y  eut  éclipse  de  soleil.  (V.  H.,  d'après 
Beuther). 

881.  —  50  décembre,  ante  galli  cantum.  Moguntiae  terrae  motus  factus  est 
magnus,  ita  ut  aedificiis  conquassatis,  vasa  fictilia,  sicut  compositores  luti  fateban- 
tur,  invicem  se  conlideiitia  frangerentur.  (D.  B.,  t.  VIII,  p.  41,  et  246;  C,  A.;  C.  M.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         15 

882.  —  29  décembre,  ante  gallicinium.  Moguntiae  terrae  motus  magnus.  (D.  B., 
t.  VIII,  p.  98.)  Y  a-t-il  là  encore  deux  phénomènes  distincts?  C'est  peu  probable. 
Aucun  des  auteurs  cités  n'en  mentionne  deux. 

885.  —  Templum  Albani  terrae  motu  Mogiintii  interiit.  {Mùnlzenus  in  chrono- 
graphia;  C.  M.)  Ce  fait  est-il  différent  de  celui  de  858? 

895.  —  Per  idem  tempus  (pendant  le  concile  de  Tibur  ou  Tuver,  près  de 
Mayence,  lequel  commença  le  22  août  au  plus  tard,  d'après  Y  Art  de  vérifier  les 
dates),  magni  terrae  motus  in  plurimis  locis  occidentalium  Francorum  visi  sunt. 
(D.B.,  t.  VIII,  p.56.) 

898.  —  9  janvier,  A  Sens?  Terrae  motus  factus  est  circà  coenobium  S. 
Columbae  Virginis.  (D.  B.,  t.  VIII ,  p.  522,  et  t.  IX,  p.  46.) 

922.  —  Dans  le  Cambrésis.  Terrae  motus  in  pago  Cameracensi  factus,  ex  quo 
donius  inibi  multae  subversae sunt.  (D.  B.,  t.  VIII,  p.  179;  D.,  t.  II,  p.  592.) 

935.  —  Janvier.  Au  monastère  de  S^-Colombe.  A  Sens?  (C.  M.) 

944.  —  16  avril,  circa  pullorum  cantum.  Terrae  motus  factus  est aestas 

omnis  versa  est  in  pluviam.  (D.  B.,  t.  VIII,  p.  92;  L.;  C.  M.) 

Il  fut  ressenti  en  Suisse;  le  fut-il  dans  le  bassin  du  Rhin? 

950  ou  mieux  951.  —  Per  multa  Germaniae  et  Galliae  loca ,  magni  et  fréquen- 
tes terrae  motus  facti  sunt;  et  complura  aedificia  subverterunt  innumerasque  arbores 
radicitùs  dejecerunt.  (C.  H.) 

L'édition  en  un  volume,  Monasterii  Hirsaug.  Clironica,  p.  38,  donne  la  date  de 
952.  C'est  celle  que  préfère  Dom  Bouquet,  qui,  du  reste,  dans  les  extraits  de  dif- 
férentes chroniques,  t.  VIII,  p.  102,  272  et  314,  conserve  les  dates  de  950,952 
et  954.  Von  Hoff  préfère  celle  de  956,  d'après  ^Eneas  Sylvius. 

La  fin  de  ce  siècle  fut  aussi  marquée  par  des  tremblement  de  terre  qui 
ébranlèrent  toute  l'Europe ,  per  totam  Europam ,  per  totum  orbem.  Toutes  les 
chroniques  rapportent  la  fameuse  secousse  du  29  mars  de  l'an  1000;  mais  au- 
cune ne  cite  les  Gaules  en  particulier.  Cependant  l'Allemagne  en  ressentit  en  968 , 
l'Angleterre  en  974 ,  la  Carniole  en  985  et  Magdebourg  enfin  en  997. 

Dans  l'année  1001 ,  tremblement  qui  renversa  plusieurs  maisons  en  Suisse;  il 
fut  accompagné  de  météores  ignés.  (B.  et  C.  A.)  On  ne  dit  pas  s'il  s'étendit  en 
France. 

1013.  —  18  septembre,  vers  midi.  A  Liège?  Terrae  motus  factus  est.  (Chron. 
Leodiencnse,  Labbe,  1. 1,  p.  337.) 

J'en  retrouve  encore  un  autre  à  la  date  du  18  novembre,  même  année,  dans  le 
Chron.  Leod.  et  Lobiense  (D.  B.,  t.  X,  p.  218  et  321).  Comme  celui-ci  est  encore 
rapporté  dans  d'autres  auteurs ,  tels  que  Sigebert  de  Gembloux ,  Chris.  Mathias 
et  les  Centuries  de  Magdebourg,  je  suis  porté  à  en  admettre  deux. 


16  MÉMOIRE 

1021.  —  12  mai.  ABâle,  des  édifices  furent  renverés,  des  fontaines  furent  trou- 
blées dans  toute  la  Suisse:  on  remarqua  des  météores  ignés.  (B.  et  C.  A.) 

Ce  tremblement  s'étendit  dans  une  grande  partie  de  l'Allemagne,  et  surtout  en 
Bavière. 

1048.  —  13,  13  et  16  octobre.  A  Constance  et  sur  le  lac,  fortes  secousses. 
(L.;C.  M.  etD.  B.,t.  XI,p.  20.) 

1062.  —  8  février.  Terrae  motus,  fulgura  et  tonitrua....  circa  Constantiam. 
(B.;  C.  M.;  L.;  Diarium  liisL,  et  D.  B. ,  t.  XI,  p.  22.)  Von  HofT  dit  que  les  se- 
cousses s'étendirent  jusqu'à  Bâle,  ce  qu'il  ne  dit  pas  de  celles  de  1048,  lesquelles 
par  conséquent  ne  peuvent  figurer  dans  les  tableaux  du  résumé. 

1070.  — ^11  mai.  A  Cologne  et  dans  les  contrées  voisines  (V.  H.), 

1079.  —  16  ou  17  juillet,  le  matin.  A  Sens?  Summo  mane  fuit  terrae  motus 
magnus  sine  vento  et  pluvia  et  tonitruo.  {Chron.  S.  Pétri  vivi  Senon.  D.  B.,  t.  XII, 
p.  279.) 

1080.  —  1"  décembre.  Moguntia  magnum  terrae  motum  persentit.  (S.  S., 
fol.  128  verso.) 

1081.  —  27  mars,  1"  heure  de  la  nuit.  Factus  est  terrae  motus  magnus ,  cum 
gravi  terrae  mugitu  in  tota  Anglia.  (M.  P.;  M.  W. ;  M.  D. ,  t.  V,  p.  7,  et  Nov.  Thé- 
saurus anecd.,  t.  III,  p.  1419;  D.  B.,  t.  XI,  p.  291  ;  t.  XIII,  p.  581  et  600  ;  S.  S.; 
C.  A.;  L.;  Polyd.  Virgil.  Iiist.  Ang.,  p.  209.) 

Aucune  des  sources  nombreuses  que  je  viens  de  signaler  ne  parle  du  continent. 
Mais  Von  HofT  fait  étendre  les  secousses  jusqu'en  Allemagne,  et  principalement  à 
Mayence. 

1085.  —  21  mars.  Terrae  motus  auditus  est  Andegavis ,  die  ad  occasum  ver- 
gente.  (D.B.,  t.XII,p.  479.) 

La  seconde  chronique  de  S'- Albin  d'Angers  donne  la  date  du  21  mars  1082. 
(D.B.,  t.  XI,  p.  485.) 

—  18  octobre,  jour  de  Saint-Luc.  Dans  le  Poitou  et  le  Limousin?  Terrae  motus 
factus  est.  Pars  civitatis  Pictavis  cum  ecclesia  S.  Radegundis  combusta  est.  {Citron. 
S.  Maxentii,  D.  B. ,  t.  XII ,  p.  402.  ) 

Cette  chronique,  connue  aussi  sous  le  nom  de  Chronique  de  Maillézais  ou  Malle- 
zais,  étant  la  seule  où  j'aie  trouvé  le  fait  consigné,  je  le  regarde  comme  ayant  eu 
lieu  dans  la  France  centrale.  Il  en  sera  de  même  pour  les  années  1097  et  1098. 

1085.  —  Magnus  terrae  motus  et  in  occidentali  parte  Lotharingiae  pestilentia 
magna....  (Chron.  Turon.,D.  B.,  t.  XII,  p.  465.) 

Le  tremblement  de  terre  a-t-il  eu  lieu  en  Lorraine?  Doit-il  même  figurer  dans  ce 
Catalogue?  Cependant  comme  d'après  Lycosthènes,  cette  année  fut  signalée  en  An- 
gleterre par  des  secousses  violentes  et  un  froid  excessif;  comme  d'après  la  Chronique 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         17 

d'Hirsauge ,  il  y  eut  de  grands  tremblements  de  terre  dans  diverses  régions  de  l'Eu- 
rope, j'ai  cru  devoir  citer  ici  le  fait  de  la  chronique  de  Tours,  tout  en  faisant 
remarquer  néanmoins  que  Mathieu  Paris  ne  parle  pas  de  commotions  souterraines 
dans  l'année  1085,  mais  qu'il  rapporte  seulement  des  inondations  tout  à  fait  désas- 
treuses à  l'année  suivante.  l,V,-'  J 

1087.  —  H  juillet,  à  Soissons.  Terrae  motus  cum  aeris  concussions.  (B.  A.,, 
l.  XI,  p.  587.) 

1091.  —  2  novembre,  à  Angers.  Terrae  motus  factus  est  et  fulgura  exstiterunt 
nimia  ita  ut  gallum  deauratum  qui  major  ecclesiae  turri  eminebat,  miiiutatîm 
conscinderent....  de  arcubus  verb  fenestrarum  turris  majoris  lapides  magni  vi  tem- 
pestatis  eruti  super  aulam  (Consul.)  corrucrunt,  visa  inaestimabili  coruscatione  et 
inopabili  simul  audito  tonitruo,  stuporem  attulerunt.  (D.  B.,  t.  XII ,  p.  557;  t.  XIV, 
p.  79,  et  Christ.  Mathias  ,  Theat.  hisL,  p.  582.) 

I,  1095.  —  10  septembre,  la  nuit.  Cum  valido  ventorum  turbine  etiam  terrae 
motus  factus  est  média  nocte....  Terrae  motus  crebri  fuerunt....  Magni  erant  per 
loca.  (S.  S.;  C.  H.;  C.  M.  et  D.  B. ,  t.  XIII ,  p.  71i.)  Ces  secousses,  signalées  seule- 
ment par  des  chroniques  allemandes ,  se  sont-elles  étendues  chez  nous? 

1097.  —  13  octobre.  France  centrale?  Terrae  motus  factus  est.  {Chron.  S. 
Maxenlii;  D.  B.,  t.  XII,  p.  403;  Labbe,  t.  I,  p.  214.) 

1098.  — 26  septembre.  France  centrale?  Cœlum  apparuit  rubicundum  et  terrae 
motus. 

—  5  octobre.  Terrae  motus;  puis  le  6  encore,  première  veille  de  la  nuit.  (D.  B. , 
t.  XII,  p.  403  et  484;  Labbe,  t.  I,  p.  215  et  281.) 

Les  deux  chroniques  de  S' -Albin  d'Angers  décrivent  assez  longuement  une 
aurore  boréale  du  27  septembre,  mais  ne  citent  le  tremblement  de  terre  que 
comme  ayant  eu  lieu  9  jours  après,  c'est-à-dire  les  5  et  6  octobre.  La  chronique 
de  Maillézais  seule  parle  de  commotions  souterraines  sous  la  date  du  26  septem- 
bre. 

1098.  —  A  Bâie,  tremblement  ajouté  par  l'éditeur  Berghaus  à  la  Chronique 
de  Von  Hoff. 

1105.  —  13  avril.  France  centrale?  Tremblement  donné  sans  indication  de 
lieu  parla  Chronique  de  Maillézais.  (D.  B.,  t.  XII,  p.  404.)On  avait  eu,  en  février, 
une  gelée  désastreuse;  en  juin  on  éprouva  des  pluies  suivies  d'inondations  désas- 
treuses. 

1100.  —  4  mai ,  le  matin,  à  Angers?  Terrae  motus.  (D.  B.,  t.  XII,  p.  486.) 

1112.  —  3  janvier.  Rothemburgium  civitas  juxtà  Neccarum  terrae  motu  con- 
cidit.  (L.;  C.A.;  C.  M.;/.iVauc/m  Chron.,  t.  II,  p.  187.) 

Le  même  jour,  secousse  à  Liège.  (V.  H.) 

ToM.  XVI II.  3 


18  MÉMOIRE 

Le  lendemain ,  4  janvier.  Terrae  motus  horribilis  in  partibus  Britanniae.  (D.  B., 
t.  XII,  p.  557.) 

1117.  —  5  janvier.  Tremblement  considérable  en  Italie,  en  Allemagne,  en 
Suisse.  On  ressentit  des  secousses  à  Liège,  suivant  Von  Hoff.  Toutes  les  chroniques 
parlent  de  secousses  en  décembre  et  en  janvier  1116,  1117  ou  1118,  lesquelles 
durèrent  40  jours.  Ces  hivers  furent  aussi  marqués  par  des  vents  impétueux ,  des 
orages  et  des  ouragans.  Voici  un  extrait  de  la  Chronique  de  Sigebert,  sous  la 
date  de  1118: 

—  «  Mense  Januario,  m  nonas,  in  aliquibus  locis,  sed  non  usquequoque  terrae 
»  motus  accidit ,  aliàs  clementior,  alias  validior  adeb  ut  quarumdam  urbium  partes 
cum  ecclesiis  subruisse  dicantur. 

»  Mosa  etiam  fluvius,  juxtà  abbatiam  quae  dicitur  Fustula,  quasi  pendens  in 
»  aère  fundum  suum  visus  est  deseruisse.  »  Et  plus  bas  : 

—  3  mai,  à  Liège  :  «  Dum  in  majori  ecclessia  vesperas  célébrant,  subito  tonitru 
»  cum  terrae  motu  omnes  ad  terram  stravit  et  fulmen  ad  Iseva  templi  ingressum  non 
»  modicas  crustas  de  muro  hàc  illàc  dejecit,  deindè  turrim  ingrediens,  multas  tra- 
»  bium  partes  diffidit.  Subsecutus  foetor  intolerabilis ,  adeb  ut  multo  aromatum 
»  odore  vix  potuerit  expelli.  » 

Puis  suit  la  description  d'orages  épouvantables  en  juin,  juillet  et  août:  l'un  d'eux 
paraît  avoir  été  une  trombe;  et  enfin  en  décembre  «  ventusvehementissimus.  »  (S.  S., 
fol.  134  et  135;  C.  M.;  Diarium  fiist.,  p.  134;  A.  S.,  t.  XI,  p.  408.) 

D'après  la  Chronique  de  Tours  (D.  B.,  t.  XII,  p.  469j,  ce  ventus  veliementissimus 
eut  lieu  le  24  décembre,  et  le  9  janvier  on  ressentit  un  terrae  motus. 

1122.  —  10  décembre,  à  3  heures.  Terrae  motus  in  secunda  hebdomada  adventus 
domini  sabbato  hora  tertia,  aliàs  clementior,  aliàs  inclementior  accidit.  (S.  S., 
fol.  155;  D.  B.,  t.  XII,  p.  782;  M.  D.,  Thés.  Anecd.,  t.  III,  p.  1438;  C.  M.) 

Ce  tremblement,  mentionné  dans  la  Chronique  de  Mortemer  (Mortui  maris)  et 
dans  celle  de  Sigebert,  a-t-il  été  ressenti  en  France  ou  en  Belgique? 

1134.  —  1"  octobre.  Intempestae  noctis  silentio  motus  magnus  factus  est  in 
mari ,  ita  .ut  littora  sua  praeteriret  et  tamen  in  se  iterum  residiret.  Sequenti  vero 
nocte,  primo  crepusculo,  très  cometatus  Waluras,  Wales  et  Brabant  penitùs  exter- 
minavit.  (Anselmi  Gemblac,  Appendix  ad  Sigebertum;  D.  B.,  t.  XIII,  p.  270.) 

S'agit-il  d'une  marée  très-forte  ou  du  phénomène  que  les  Italiens  désignent  sous 
le  nom  de  terremoto  di  mare? 

1142.  —  A  Rouen.  Terrae  motus  circà  Rotomagum.  {Brève  cliron.  Uticensis 
coenobii;  D.  B.,  t.  XII,  p.  774.) 

La  Chronique  de  Rouen  n'en  parle  pas;  elle  ne  contient  rien  pour  cette  année. 

1146.  — Magnus  terrae  motus  factus  est  15  vicibus,  in  die  et  nocte.  —  Il  fut 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         19 

général  en  Europe  et  plus  ou  moins  fort  suivant  les  lieux.  On  le  ressentit  à 
Mayenee.  (C.  H.;  B.;  C.  M.;C.  A.) 

H54.  —  15  février.  Terrae  motus  maxime  in  Burgundia,  adeô  ut  ter  in  nocte 
festivitatis  S.  Priscae  virginis  seiitiretur  apud  Cluniacum ,  et  quoddam  castellum 
quod  erat  desertum,  haud  procul  a  Cluniaco  situm,  absorptum  iret  in  abyssum  et 
spatium  in  quo  castellum  fuerat  repleretur  aqua  inaestimabilis  profunditatis. 
(Ex  Roberti  de  Monte,  Append.  ad  Sigeb.;  D.  B.,  t.  XIII,  p.  297.) 

Sigebert  de  Gembloux  place  celui-ci  à  l'an  1156.  Ce  sont  identiquement  les 
mêmes  expressions,  ainsi  que  pour  les  deux  autres  citations  de  Robert  de  Monte, 
placées  à  l'année  1156  par  Sigebert,  Rerum  Germanie.  S.  Schard,  fol.  145,  recto. 
Je  les  place  à  l'an  1155.  Les  auteurs  des  Centuries  de  Magdebourg  rapportent  aussi 
celui-ci  à  l'an  1156,  et  le  font  durer  tout  le  carême. 

1155.  —  18  janvier,  en  Bourgogne  encore.  Ter  in  una  nocte  fuit  terrae  motus  quo 
etiam  diversa  adificia  dicuntur  esse  subversa.  (Ex  alterius  Roberti,  Append.  ad 
Sigeb.;  Chron.  Turon.;  Cliron.  Cluniacense;  D.  B.,  t.  XII,  pag.  315  et  475;  t.  XIII, 
p.  333.;  Chron.  Guill.  de Nangis;  A.  S.,  XI ,  p.  498;  C.  M.;  L.) 

—  En  caresme  :  fréquenter  per  totam  quadragesimam  terrae  motus  accidit  in 
Burgundia. 

—  14  avril,  au  Mont-Saint-Michel.  Etiam  apud  montem  S.  Micliaelis,  terrae 
motum  sensimus  ante  solis  orlum.  (Ex  Roberti  de  Monte,  Append.  ad  Sigeb.; 
D.B.,  XIII,p.  298.) 

Il  est  à  remarquer  que  c'est  le  même  Robert  qui  rapporte  déjà  celui  de  1154. 

Nous  devons  donc  en  compter  au  moins  deux  en  Bourgogne.  Passons  au  troisième. 

!  1157.  —  Terrae  motus  magnus  in  Burgundia,  sed  Domino  miserente,  raris- 

simis  in  locis  periculum  indè  provenit.  [Chron.  Willelmi  Godelli  Lemovic.;  D.  B., 

t.  XIII,  p.  676.) 

Ce  dernier  phénomène  doit-il  être  confondu  avec  les  précédents?  Pourtant  je  lis 
encore  à  cettedate  de  1157,  dans  les  Centuries  de  Magdebourg:  «  Crebriores  terrae 
»  motus  quibus  non  tantum  urbes  et  castella,  verum  etiam  nationes  quassatae,  con- 
»  cussae  et  omnino  eversae  sunt.  » 

Mais  il  est  vrai  que  les  secousses  de  1154  sont  ici  rapportées  à  1156. 

1161.  —  l"  janvier,  l"heure,  à  Coutances,  territoire  de  Saint-Lo.  Terrae  motus 
accidit  in  pago  Constantino,  Castro  S.  Laudi,  circa  horam  primam.(S.  S.,  fol.  147; 
L.;  C.  M.) 

Robert,  abbé  du  Mont,  dans  son  Appendice,  donne  la  date  du  1"  janvier  1160. 
(D.B.,l.  XIll.p.  504.) 

1163.  —  2  août,  veille  de  Saint-Étienne,  premier  martyr.  Tremblement  que  je 
regarde  comme  ayant  été  ressenti  en  Anjou ,  parce  que  les  seules  Chroniques  de 


20  MÉMOIRE 

Saumur  et  d'Angers  en  font  mention.  (D.  B.,  t.  XII,  p.  482;  M.  D.,  t.  V,  p.  H 45; 
Labbe,  t.  I,  p.  279.) 

!>  HG5.  —  20  juin,  en  Anjou  encore.  Terrae  motus.  {Citron.  S.  Florentii Salmur. ; 
D.  B.,  t.  XII,  p.  491;  M.  D.,  t.  V.  p.  H 45.) 

Je  retrouve  à  la  date  du  20  juin  H66,  ces  deux  mots:  terrae  ventus,  dans  le 
Cfiron.  S.  Albini  Andegav.  {Labbe,  t.  I,  p.  279,  et  D.  B.,  t.  XII,  p.  485.)  Y  a-t-il 
ici  erreur  de  copiste  et  nouveau  tremblement  de  terre?  Le  continuateur  de  Dom 
Bouquet,  que  je  continue  à  citer  comme  premier  auteur  de  la  collection ,  dit  en  note 
que  deux  chroniques  donnent  un  terrae  motus  à  cette  date  du  20  juin  1166.  Je 
ne  les  ai  pas  trouvées.  Certainement  les  tremblements  de  terre  ne  sont  pas  très- 
rares  en  Anjou  (voir  la  Notice  que  j'ai  publiée  dans  le  Bulletin  de  la  société  Indus- 
trielle d'Angers  et  du  Déparlement  de  Maine  et  Loire,  n°'  4  et  5,  15"  année);  mais 
deux  tremblements  de  terre  le  même  jour,  dans  deux  années  consécutives,  c'est 
peu  probable.  D'ailleurs,  chacun  des  auteurs  angevins  ne  signale  qu'un  seul 
fait. 

1175.  —  20  juin,  en  Anjou?  Terrae  motus  factus  est  {Brève  Citron.  Andegav.  ; 
M.  D.;  Novus  Thés.  Anecdot.,  t.  III,  p.  1381.) 

Faudrait-il  encore  ici  admettre  une  erreur  de  date? 

1170.  —  29  juin.  Affreux  tremblement  de  terre  en  Syrie;  il  dura  15jours  et  s'éten- 
dit très-loin.  11  fit  périr  beaucoup  de  monde  en  Sicile.  Plusieurs  villes  d'Allemagne 
furent  fort  ébranlées.  Il  causa  quelques  dommages  en  Suisse  et  sur  les  côtes 
d'Afrique. 

La  Frise  fut  inondée  par  les  eaux  de  la  mer;  il  y  eut  de  grands  vents. 

Ce  phénomène,  mentionné  par.un  grand  nombre  de  chroniques  et  cité  par  tous 
les  auteurs  de  catalogues,  a-t-il  bien  eu  lieu  en  1170?  car  il  est  dit:  Ipso  die  circa 
horam  terliam  sol  obscuratus  est,  et  1170  est  une  des  années  assez  rares  où  il  n'y 
a  eu  ni  éclipse  de  soleil,  ni  éclipse  de  lune  (on  n'en  compte  que  16  pour  les  20 
premiers  siècles  de  l'ère  chrétienne),  ou  bien  l'obscurcissement  n'aurait-il  été 
dû  qu'à  la  poussière  soulevée  par  les  secousses ,  s'élevant  des  ruines  et  des  décom- 
bres? 

1179.  —  1"  août.  Terrae  motus.  {Chron.  Saxonicum  ;  D.  B.,  t.  XIII , 
p.  725.) 

1180.  —  1"'  août.  Terrae  motus.  {Chron.  Lamberti  Parvi;  M.  D.,  t.  V, 
p.  12.) 

.'  —  Cal.  augusti,  terrae  motus  factus  est  magnus,  in  quarta  noctis  vigilia  (com- 
munication de  M.  Quetelet).  Y  a-t-il  là  plus  d'un  fait?  Et  d'ailleurs  où  le  phénomène 
a-t-il  eu  lieu? 

1 186.  —  mars.  En  cel  an  maismes  avint  croules  de  terre  en  une  contrée  qui 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         21 

est  apelée*....  Et  au  mois  d'avril  qui  après  vint,  éclipse  de  lune  particulière. 
(C/iron.  de  S'-Denis;  D.  B.,  t.  XVIII,  p.  302.) 

On  lit  en  eftet  dans  les  Centuries  de  Magdebourg:  In  civitate  qttae  Uceticum 
dicitur,  et  dans  Lycosthènes  :  in  Golhis;  enfin  dans  Guillaume  de  Nangis  (A.  S., 
t.  XI,  p.  453): 

Media  Quadragesima  factus  est  terrae  motus  in  Graecia.  Eodem  sequenti  mense 
aprilis,  nonis  ejusdem  mensis,  fuit  eclipsis  lunae  particularis  in  vigilia  Dominicae 
Passionis. 

Ces  trois  derniers  auteurs  donnent  la  date  de  1185,  et  c'est  celle  du  phénomène, 
car  l'éclipsé  de  lune  a  eu  lieu  le  IG  avril  de  cette  année. 

H8G.  —  Au  commencement  de  l'automne  (après  le  couronnement  de  Sybille 
et  de  Guy  de  Lusignan,  à  la  mi-septembre).  Terrae  motus  generalis  per  totum 
orbem;  in  Anglia  aedificia  corruere.  u..,.!,  . 

Il  fut  très-fort  en  Calabre  et  en  Sicile.  La  France,  la  Belgique  et  la  Hollande  en 
furent-elles  exemptes?  (M.  W.;  M.  P.  ;  C.  M.;  C.  A.) 

1207.  —  26  février,  au  milieu  de  la  nuit,  en  Anjou?  tremblement  de  terre 
accompagné  de  grands  coups  de  tonnerre.  {Addenda  Chron.  Andegav.  S.  Albini; 
D.  B.,  t.  XVIII,  p.  327.) 

1208.  —  13  juin.  En  Aquitaine,  tremblement  de  terre  pendant  la  campagne  du 
roi  Philippe.  (D.  B.,  t.  XVIII,  p.  275.) 

1214.  —  20  décembre,  en  Normandie?  trois  secousses  en  une  seule  nuit. 
{Chron.  Mortui-Maris.;  Chron.  Rotomay.;  D.  B.,  t.  XVIII,  p.  556  et  361.) 
'.  1215.  —  3  mars,  en  Bourgogne  ou  en  Limousin?  tremblement  de  terre  à  peu 
près  au  milieu  de  la  nuit.  {Chron.  Cluniac.  coenobii;  D.  B.,  t.  XVIII,  p.  743.)         i 

1216.  —  3°  nuit  de  mars.  Tremblement  de  terre  tel  que  les  moines  s'enfuirent 
du  choeur,  les  laïcs  de  leurs  lits.  On  fit  une  procession  le  lendemain  à  l'église 
de  S"-Marie  des  Sables  de  Limoges.  {Chron.  Dernardi  Iterii,  mon.  S.  Abbatialis 
Lemovic.;  D.  B.,  t.  XVIII,  p. 234.) 

Ce  tremblement  doit  être  le  même  que  le  précédent  et  le  même  encore  que  le 
suivant.  A  la  page  799,  ibidem,  on  lit  dans  une  note: 

«  Un  an  et  trois  mois  après  l'élection  de  Laguisca,  il  y  eut  un  grand  tremblement 
de  terre.  »  (Fragment  écrit  de  la  main  de  Bernard,  en  tête  du  n"  5064  de  la  Biblio- 
thèque Royale.) 

Ce  Laguisca  fut  élu  abbé,  le  14  novembre  1214. 

1222.  —  11  janvier,  à  Cologne.  In  Colonia  Agrippina  et  circa  regionem 
magnus  terrae  motus  fuit,  qui  domos  et  turres  plurimas  evertit (C.  H.) 

<  Il  y  a  dans  le  texte  latia  Ucerieum  in  Gothit;  serait-ce  Uzez  ?  (  Note  de  l'éditeur  Brial,  continuateur  de  Dom 
Bouquet. 


22  MÉMOIRE 

Beaucoup  d'auteurs  citent  ce  tremblement  de  terre,  mais  ils  insistent  principale- 
ment sur  les  secousses  ressenties  en  Italie,  à  peu  près  à  la  même  époque.  Je  trouve 
la  date  du  il  janvier  dans  la  chronique  d'IIirsange,  édition  en  un  volume. 

1233.  —  Tremuit  in  Burgundia.  (F.) 

D'autres  placent  la  chute  d'une  montagne  en  Franche  Comté  aux  années  1218 
(Naucler),  d'autres  en  1240  (Alstédius),  d'autres  en  1251,  1281  et  même  1312. 
Jacques  Gaultier,  dans  sa  Table  chronographiqiie,  donne  la  date  de  1241,  et  les 
Centuries  de  Magdebourg,  celle  de  1249. 

1278.  —  Tremblement  en  France  et  en  Angleterre.  (V.  H.) 

1282.  —  A  Gap,  affreux  tremblement.  (De  Zach,  Corresp.  Astron.,  t.  VI,  p.  32.) 

1286,  —  En  Bretagne,  surtout  à  Vannes,  tremblement  de  terre  pendant 
40  jours  :  on  y  éprouva  des  secousses  pendant  un  an ,  mais  non  d'une  manière 
continue.  (Morice,  Histoii'e  de  Bretagne,  t.  I,  col.  31.) 

Le  fait  a  eu  lieu  avant  la  mort  de  Jean  III ,  dit  le  Roux ,  arrivée  le  8  octobre. 

1289.  —  Tremblement  de  terre  en  France.  [Mémorial  de  chronolog.,  t.  II,  p.  912.) 
Ce  fait  est-il  le  même  que  le  suivant? 

1289.  —  15  juillet.  In  die  dispersionis  apostolorum  terrae  motus  factus  est  per 
universum  orbem  terrarum.  (CM.) 

1290.  —  Tremblements  à  peu  près  universels;  la  Suisse  n'en  fut  pas  exempte:  on 
les  éprouva  en  Islande  et  surtout  à  Lisbonne.  (B.;  C.  A.;  V.  H.;  Gaimard,  Voyage 
en  Islande,  partie  géol.,  p.  313.) 

La  France,  la  Belgique  et  la  Hollande  ressentirent-elles  des  secousses? 

1295.  —  4  septembre,  vers  midi,  à  Tours.  In  octava  S.  Augustini  (dont  la  fête 
tombe  le 28 août) ,  circa  meridiem,  terrae  motus  ingens  factus  est,  qui  in  Turonensi 
episcopatu  turres  et  castella  evertit.  [Epilome  mundi;  C.  M.) 

On  retrouve  encore  à  cette  date  du  4  septembre,  un  tremblement  de  terre  dans 
les  Alpes  Rhétiques. 

1298.  —  30  novembre,  jour  de  S'-André,  selon  d'autres  en  1300,  tremblement 
à  Rems  (Rheims?).  Les  secousses  durèrent  plusieurs  jours.  (V.  H.) 

Von  Hoff  n'aurait-il  pas  fait  confusion?  Ce  fait  n'est-il  pas  le  tremblement  de 
terre  ressenti  le  jour  de  la  fête  de  S'-André,  à  Reati,  dans  les  états  de  l'église,  et 
que  mentionnent  beaucoup  d'auteurs? 

1316.  —  Septembre.  A  S'-Denis.  Die  Veneris  post  nativitatem  B.  Virginis  factus 
est  terrae  motus  apud  Pontisanam  et  villam  S.  Dionysii,  in  Francia,  quamvis  rarus 
in  iis  terrae  partibus  evenire  insolitus  et  aliàs  inauditus.  (A.  S.,  t.  XI,  p.  667.) 

1318.  —  Septembre.  A  Cologne,  tremblement  qui  dura  longtemps.  [Acta  Trevir. 
arcliiepisc;  M.  D.,  t.  V,  p.  407.  ) 

1522.  —  Sur  la  fin  de  novembre,  Genève  essuya  un  tremblement.  (B.  et  C.  A.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         23 

1342,  —  Vers  la  fin  de  l'année,  tremblement  de  terre  dans  la  province  d'Utrecht. 
(Guill.  Heda,  Ilisl.  Uttrajectina,  p.  242.) 

134G. — 24-25  novembre.  Tremblement  considérable  en  Suisse,  particulière- 
ment à  Bàle,  où  plusieurs  bâtiments,  et  entre  autres  le  palais  épiscopal,  furent  dé- 
truits. (B.  et  C.  A.)  ' 

i548.  —  25  janvier  (in  festo  conversionis  Pauli).  En  Carinthie,  tremblement 
déterre  qui  dura  24  ou  môme  40  jours  (L.).  Les  secousses  Curent  violentes,  causèrent 
de  grands  dégâts  et  s'étendirent  en  Bavière,  en  Hongrie,  en  Italie  et  jusqu'à  Rome. 

Basilaea  et  octoginta  vicina  castella,  teste  Petrarcha ,  gravissimo  terrae  motu  sunt 
concussa  et  pars  chori  cathedralis  ecclesiae  collapsus  est  [sic].  (M.  D.,  t.V,  p.  254;  B.  A., 
t.  XIV,  p.  1048;  Conrad  de  Licklenau;  B.;  C.  A.;  L.;  F.;  C.  H.;  G.  F.;  14  avril  1786.) 

—  6  février.  Tremblement  à  Francfort-sur-Mein.  (V.  H.) 
'"1350.  18  octobre  (fèto  de  S'-Luc).  Mane  post  nonam  horam,  subito  Basilaee 
et  in  Germania  terrae  motus.  Die  prima  deciès  fuit  terra  mota  et  deinceps  per  totum 
annum  saepiùs  ut  nulla  fuerit  securitas. 

Souvent  on  entendait  du  murmure  ou  de  l'éclat,  tantôt  sous  terre,  quelquefois 
dans  l'air.  Bertrand  dit  qu'il  commença  à  10  heures  du  soir  à  Bâle,  et  que  bientôt 
après  les  secousses  ,  le  feu  prit  à  plusieurs  endroits  de  la  ville.  (C.  H.;  B.;  C.  A.; 
L.;  F.;  Dubravius.) 

Guillaume  de  Nangis  (A.  S.,  t.  XI,  p.  819),  qui  donne  la  date  de  1554,  dit  que 
les  secousses  s'étendirent  au  loin  et  mentionne  Rheims  et  Paris  comme  les  ayant 
ressenties. 

Suivant  Von  Iloff,  on  les  ressentit  aussi  à  Strasbourg  et  dans  le  Haut-Rhin. 

L'abbé  Trithème,  dans  l'édition  en  un  volume  de  la  chronique  d'Hirsauge,  donne 
la  date  de  septembre  1555. 

Enfin,  je  lis  encore  dans  la  chronique  de  Zantfliet  (M.  D.,  t.  V,  p.  271)  qu'il  y 
eut  un  tremblement  de  terre  à  Bàle,  le  jour  de  S"-Lucie,  c'est-à-dire ,  le  15  décem- 
bre. Il  y  a  évidemment  erreur  de  copiste. 

Je  passe  sous  silence  le  tremblement  qui,  suivant  l'auteur  du  Mémorial  de  Chro- 
nologie, t.  II,  p.  912,  détruisit  de  nouveau  la  cathédrale  de  Bàle  et  renversa  plu- 
sieurs maisons  dans  la  ville  et  dans  les  environs,  le  8  octobre  1550.  Il  faut  évidem- 
ment lire  le  18  octobre  1556.  ■•>  ■•  ■ 

1557.  —  14  mai ,  vers  7  ou  8  heures  du  matin.  Iterùm  terrae  motus  magnus  et 
horribilis  in  Europa ,  in  Germania,  Hispania,  Sybilae  et  Cordubae  in  Suevia.  —  On 
le  ressentit  à  Bàle,  à  Strasbourg  et  en  plusieurs  autres  lieux  de  l'Alsace.  (C.  H  ;B.; 
C.  A.;  L.;  F.;  M.  D.,  t.  V,  p.  275.  Philippi  Bergomat.,  Suppl.  Chron.,  fol.  526.) 

1368.  —  Dans  la  semaine  de  la  Pentecôte,  tremblement  à  Mulhausen,  Eisenach 
et  dans  d'autres  lieux;  en  Thuringe.  (V.  H.).  S'étendit-il  en  France? 


24  MÉMOIRE 

1372.  —  !«■  juin.  Tremblement  peu  considérable  à  Bàle  et  aux  environs. 

1373.  —  !«■•  juillet.  Tremblement  à  Bâle;  il  renversa  la  statue  de  saint  Georges 
dans  la  cathédrale.  (C.  A.  et  L.) 

Bertrand,  auquel  j'emprunte  cette  double  citation,  doute  de  l'existence  du  second 
fait. 

1374.  —  A  Montpellier,  quatre  tremblements  de  terre  dans  l'année.  {Petit 
Thalamus  de  Montpellier.  Mss.  Communication  de  M.  de  Christol.) 

1382.  —  20  avril.  Secousses  en  France  et  en  Suisse.  (V.  H.) 
21  et  24  mai.  Terrae  motus  in  Brabantia,  Flandria,  Francia,  locisque  vicinis... 
in  Anglia.  (M.  D.,  t.  V,  p.  321;  B.  A.,  t.  XV,  p.  88;  C.  A.,  et  L.) 

1394.  —  22  mars.  Tremblement  de  terre  horrible  en  Allemagne,  en  France  et 
en  Suisse;  il  fut  suivi  de  chaleurs  excessives  et  de  récoltes  abondantes.  (B.) 

1395.  —  Tremblement  de  terre  si  violent  qu'à  Anvers  les  plats  ne  pouvaient 
se  fixer  sur  la  table.  (Communication  de  M.  Quetelet.) 

1397.  —  Tremblement  de  terre  et  épidémie  à  Montpellier.  (Petit  Thalamus  de 
Montpellier ,  Mss.  Communication  de  M.  de  Christol.) 

1415,  —  21  juin.  Tremblement  violent  à  Bâle;  les  habitants  prirent  la  fuite. 
(B  et  C.  A.) 

1416.  —  22  juillet,  à  Bâle,  nouveau  tremblement  que  Lycosthènes  signale 
comme  très-violent  et  Von  Hoff  comme  léger.  (B.,  et  C.  A.) 

1426.  —  29  septembre.  On  commença  entre  1  et  2  heures  du  matin  à  sentir 
un  tremblement  de  terre  par  toute  la  Grande-Bretagne  :  il  dura  deux  heures,  et  les 
secousses  furent  presque  universelles  par  toute  la  terre. 

Il  avait  été  précédé  par  un  orage  terrible.  (C.  A  et  Mémorial  de  Chronol.,  t  II, 
p.  913.) 

1427.  —  En  Espagne,  20  villes  furent  endommagées;  les  secousses  se  firent 
sentir  à  Montpellier.  (Huot,  Cours  de  géol.,  1. 1,  p.  109.) 

1428.  —  13  décembre.  Basilaea  Baurocorum  terrae  motu  iterùm  adeb  fuit 
concussa  ut  non  tantum  domorum  tegulas  de  tectis  ,  sed  magnam  etiam  caminorum 
partem  in  terram  dejecerit,  aliquotque  aedificia  in  urbe  laceraverit.  (L.;  B.;  C.  A.) 

1431.  —  24  avril,  à  2  heures  après  midi,  à  Ciudad-Réal  (Espagne),  furieux 
tremblement  de  terre  ressenti  plus  fortement  encore  dans  l'Aragon,  la  Catalogne  et 
le  Roussillon.  Edifices  renversés. 

Quelque  temps  après,  nouveau  tremblement  à  Grenade.  (Charenton,  Hist.  d'Es- 
pagne, t.  IV,  p.  263.) 

1444.  —  30  novembre,  avant  le  lever  du  soleil,  léger  tremblement  à  Bâle  et 
aux  environs.  (B.  et  C.  A.) 

1449.  —  23  avril.  Tremblement  en  Flandre  et  dans  quelques  autres  localités.  (V.  H.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         25 

1456.  —  26  août,  à  2  heures  du  matin,  tremblement  à  Liège.  (M.  D.,  t.  V, 
p.  491.) 

1466.  —  En  été.  Le  Soissonnais  fut  au  même  temps  (de  la  peste)  ailllgé  de  si 
grands  tremblements  de  terre  et  de  si  horribles  tempêtes,  qui  naissaient  de  ces 
tremj^lements,  que  grandes  quantités  de  bâtiments,  spécialement  ceux  de  Soissons, 
même  les  églises,  furent  renversés  par  terre.  Ce  qui  fut  cause  qu'on  apporta  les 
corps  des  saints  martyrs  Crespin  et  Crespinian  à  N.-D.  de  Paris.  {Mézerai,  t.  II , 
p.  126,  édit.  en  5  vol.) 

1470.  —  6  février,  à  5  heures  du  soir,  à  Bâle,  une  secousse.  (B.  et  C.  A.) 
1475.  —  24  aoiit,  nuit  de  S'-Bartholomée,  tremblement  à  Francfort-sur-Mein. 
(V.  H.) 

1492.  —  7  novembre,  à  Bâle,  tremblement  très-violent.  (B.  et  C.  A.) 
1498.  —  10  novembre,  à  Bâle,  tremblement  ajouté  à  la  chronique  de  Von  Hoff, 
par  Berghaus,  p.  4  de  la  préface. 

1504.  —  27  mai,  à  Genève,  tremblement  de  terre  violent.  (B.  et  C.  A.) 

—  10  juin,  nouvelles  secousses  violentes  à  Genève.  (B.  et  C.  A.) 

—  23  août,  vers  la  11°  heure  de  la  nuit,  en  Belgique.  In  profesto  apostoli  Bar- 
tholomaei,  de  nocte  circiter  horam  undecimam ,  terrae  motus  factus  est  spatio  satis 
brevi.  {Johannis  de  Los  Chron.,  p.  119;  Dullelin  de  l'acad.  de  Bruxelles,  t.  IX, 
1"  part.,  p.  559.) 

1505.  —  50  juin,  à  4  heures  du  matin,  en  Belgique  encore.  Notandum  quod  ultima 
junii,  hora  quarta  demane,  brevissimus  factus  est  denuo  terrae  motus,  unius  mo- 
menti  videlicet.  {Johannis  de  Los  Chron.,  p.  120.  Communication  de  M.  Quetelet.) 

1509.  —  13  décembre,  à  Manosque  (Basses-Alpes),  tremblement  de  terre. 
(Statistique  des  Douches  du  Rhône.  Communie,  de  M.  Aug.  Bravais.) 

1510.  — En  hiver,  pendant  de  violents  tremblements  de  terre  en  Italie,  à  Ravenne, 
Florence,  Venise,  etc.,  on  ressentit  des  secousses  à  Forum  Julium  (Fréjus  ou 
Imola)?  (L.). 

1514.  —  20  janvier,  à  Bâle,  tremblement  de  terre.  [Berghaus,  préf.  de  Von  Hoff.) 

1522.  —  A  Bâle  encore,  tremblement  ajouté  par  Berghaus  à  la  chronique  de 
Von  Hoff. 

—  A  Angers.  Terrae  motus  apud  Andegavos  et  luna  dum  soli  opponitur  visa 
est  albo,  nigro  ac  fulvo  etiam  rubro  coloribus  tincta.  (Philippi  Bergomat.,  Supplem. 
chron.,  fol.  437.) 

Deux  éclipses  de  lune  ont  eu  lieu  cette  année ,  le  12  mars  et  le  5  septembre. 

1523.  —  27  décembre,  à  Bâle,  trois  secousses.  (B.  et  C.  A.) 

Le  22,  nouvelles  secousses,  d'après  Berghaus.  (Préface  de  Von  Hoff.) 

1524.  —  22  avril,  à  Bâle  encore.  (Ibidem.) 

Ton.  XVIII.  4 


26  MÉMOIRE 

1524.  —  En  septembre.  Avant  le  départ  de  François  I"  pour  l'Italie,  un  trem- 
blement de  terre  avait  pensé  renverser  la  ville  d'Angers,  ce  qui  est  très-rare  dans 
ces  quartiers-là.  [Mézerai,  t.  II,  p.  442;  Philippi  Bergomat.,  Suppl.  cliron.,  fol.  458.) 

La  date  mensuelle,  qui  ne  se  trouve  pas  dans  les  historiens  cités,  est  empruntée  à 
la  chronique  de  Von  HofF. 

1528.  —  A  Mayence,  plusieurs  secousses.  (V.  H.) 

1529.  —  H  septembre,  à  Bâle,  tremblement  ajouté  par  Berghaus.  (Préface  de 
Von  Hoff.) 

1550.  —  Dans  le  temps  de  la  mort  de  Zwingle,  arrivée  le  10  octobre,  à  la  suite 
de  grandes  pluies,  de  tonnerre,  d'éclairs  et  de  tremblements  de  terre,  la  Flandre, 
la  Hollande  et  la  Zélande  furent  inondées.  (G.  Tarcagnota,  Hist.  del  mondo,  t.  V, 
fol.  69.) 

1551.  —  26  janvier,  tremblement  épouvantable  en  Portugal,  où  les  secousses  se 
répétèrent  7  ou  8  fois  par  jour  pendant  une  semaine.  Turquet  [Hist.  d'Espagne, 
p.  1482)  dit  qu'il  s'étendit  jusqu'en  Flandre.  Suivant  Von  Hoff,  les  secousses  y  auraient 
même  été  nombreuses  et  violentes.  Elles  furent  presque  générales  à  cette  époque. 

—  Au  commencement  de  l'année,  à  Bâle,  tremblement  par  lequel  quelques  mai- 
sons furent  renversées.  (B.  et  G.  A.) 

1555.  —  7  mars,  à  Bâle,  tremblement  très-violent,  mais  sans  dommages.  (B. 
et  G.  A.) 

—  9  novembre.  Toute  la  Suisse  fut  en  alarme  pour  un  tremblement  qui  y  causa 
cependant  peu  de  mal.  Des  rivières  furent  détournées  de  leurs  cours.  (B.  et  G.  A.) 

Von  Hoff,  qui  cite  Neufchâtel,  mais  non  Bâle  ni  Genève,  donne  la  date  du  25 
ou  26. 

—  Décembre.  Basilaea  tribus  terrae  motibus  concussa  est.  (L.) 

Berghaus ,  dans  la  préface  de  la  chronique  de  Von  Hoff,  donne  la  date  du  27. 
1554.  —  Nuit  du  22  octobre,  à  Zurich  et  aux  environs  (B.) 
Von  Hoff,  qui  donne  la  date  du  11  au  12  octobre  (v.  s.?),  le  fait  s'étendre  dans 
duché  de  Bade. 

1557.  —  Tremblement  à  Bâle.  (G.  A.  et  Berghaus,  préf.  de  V.  H.) 

1558.  —  20  ou  28  janvier.  A  Bâle  et  dans  le  canton,  on  aperçut  des  météores 
ignés  après  les  secousses.  (B.;  G.  A.;  Berghaus) 

1540.  —  18  juillet,  à  Bâle,  tremblement  ajouté  par  Berghaus  à  la  chronique  de 
Von  Hoff 

1545.  —  6  septembre,  tremblement  de  terre  général  en  Europe.  [Mémorial  de 
Chronologie.,  t.  II,  p.  915.) 

Ce  phénomène,  dont  je  ne  trouve  d'ailleurs  aucune  trace  dans  d'autres  auteurs, 
doit-il  figurer  dans  ce  catalogue? 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         27 

itt48.  —  0  février.  Basilaea  Raurocorum  mane  post  quartam  levi  terrae  inotu 
contremuit,  quo  tamcn  ë  somno  excitatus,  in  lecto  me  ferri  aut  ab  alio  cum  stra- 
mine  in  altuin  aliqua  ralione  me  moveri  putabam.  Terrae  molu  hoc  fieri  ignoras- 
sem,  nisi  idem  aliis  conligisse  eodem  temporis  momento  intellcxissera.  (L.;  B.,  et 
C.A.) 

1549.  —  12  mars,  à  Bruxelles,  deux  secousses.  (Communication  de  M.  Que- 
telet.) 

1552.  — 16  septembre,  à  6  heures  après  midi.  Basilaea  Raurocorum  circa  horam 
sextam  pomeridianam  concussa  est  terrae  motu  haud  tamen  magno.  (L.;  B.;  C.  Â.) 

1554.  —  21 ,  22  mars  et  50  avril.  En  Belgique.  Rarura  est  imprimis  in  regio- 
nibus  nostris  (in  Belgio)  terrae  motum  persentire,  neque  ab  annis  pluribus  quic- 
quàm  de  his  majorum  industria  designavit.  Yehemens  tamen  concussio  fuit  primum 
21  martii ,  hora  xii  noctis  et  multis  locis  vasa  in  sublimi  constituta  deciderint.  Erat, 
ut  rectè  memini,  cum  tremore  mugitus  ingens,  ac  velut  ahaeneus  clangor  multo- 
rum  curruum  qui  concitato  agmine  praeterirent.  Âlter  successit  22  martii,  hora 
quarta  post  meridicm ,  bis  validé  subsiliente  solo.. 

Quanquàm  fortiùs  iterùm  aprilis  30,  hora  quinta  P.  M.  usque  ad  très  vices  con- 
tinuas. (Corn.  Gemma,  Denat.  div.  caracU,  lib.  n,  p.  23.) 

1556.  —  15  janvier,  tremblement  de  terrre  à  Strasbourg.  (V.  H.) 

1563. —  17  janvier,  en  Belgique secutus  est,  uti  praesagieram  terrae  motus 

cum  fulminibus  quae  post  ventos  atrocissimos ,  tandem  in  maximas  ac  diuturnas 
plavias  eruperunt.  (Corn.  Gemma,  De  nat.  div.  caract.,  lib.  n,  p.  41.) 

1564.  —  Juillet,  à  Nice  et  en  Provence,  tremblement  de  terre  accompagné  de 
grands  coups  de  tonnerre;  sept  villages  furent  détruits.  (G.  F.,  24  janvier  1772; 
Mémorial  de  Chronol.,  t.  II,  p.  915.) 

1565.  —  Nuit  du  7  au  8  février,  tremblement  sur  la  Moselle  et  sur  le  Rhin 
(V.  H.) 

A  Bâle,  violentes  secousses.  (V.  H.) 

1569.  —  14  mai,  à  Louvain.  Secutus  est  è  vesligio,  circà  iii,  noctis,  cum  rauco 
murmure.  Ferebant  tùm  temporis  et  spectra  rursùs  in  aère  pervagata.  Equideni 
hora  il,  m.  40,  transactis  concussionem  quoque  alteram  sensi,  bis  continué,  quarum 
ultima  ad  spatium  3  aut  4  minutorum  circiter  perdurabat  :  colores  tum  in  aère  vidi 
varios,  inusta  specie,  validé  terribiles. 

Hos terrae  motus  exciperunt  (13  juillet)  maximae  tempestates.  (Corn.  Gemma,  De 
nat.  div.  caract.,  lib.  n,  p.  64;  C.  A.) 

Von  HoO'cite  aussi  la  date  du  12  mars,  mais  je  préfère  celle  de  Corn.  Gemma. 
—  6  août,  à  Bâle,  une  légère  secousse.  (V.  H.) 

1570.  —  6  décembre.  Pendant  que  les  tremblements  de  terre  se  succédaient  en 


28  MÉMOIRE 

Italie,  on  ressentit  quelques    secousses  dans  les  Gaules,  à  Strasbourg,  à  Spire. 
Inondation  du  Rhône  et  du  Rhin.  (J.  Aug.  de  Thou,  Hist.,  t.  III,  p.  56.) 

1571.  —  17  février,  tremblement  horrible  en  Angleterre.  (Suivant  V.  Hofî,  on  le 
ressentit  en  Relgique.) 

—  19  février,  à  Strasbourg,  à  Râle  et  dans  toute  l'Alsace.  (V.  H.;  R.  et  C.  A.) 
Les  secousses  furent  violentes.  L'année  fut  printanière,  l'hiver  froid  et  l'été  chaud. 

—  1"  novembre.  Inondation  épouvantable  sur  les  côtes  de  Hollande  et  tremble- 
ment de  terre  à  Inspruck.  (V.  H.) 

1574.  —  3  mai,  à  Genève  et  aux  environs;  la  porte  de  Cornevin  fut  renversée 
dans  le  fossé.  (R.;  C.  A.;  Spon ,  Hist.  de  Genève,  1. 1,  p.  321.) 

—  50  juillet,  à  Râle,  une  secousse.  (V.  H.) 

1575.  —  24  avril.  Genève  fut  de  nouveau  exposée  au  même  effroi  que  l'année 
précédente.  (R.  ;  C.  A.  ;  Spon ,  Hist.  de  Genève  ,  1. 1 ,  p.  521.) 

1576. —  Octobre,  à  Râle,  quelques  secousses  dans  le  courant  de  l'automne. 

—  20,  21  et  22  novembre,  nouvelles  secousses. 

—  20  et  21  décembre ,  quelques  secousses  encore  :  le  froid  était  très-grand. 
(R.;C.A.;  V.H.) 

1577.  —  27  février,  à  Râle,  forte  secousse.  On  en  ressentit  à  Genève  et  dans  le 
pays  de  Vaud. 

—  22  septembre,  trois  secousses  à  Râle;  la  première  entre  2  et  5  heures  du 
matin;  la  deuxième,  moins  violente  ,  à  5  heures  du  soir,  et  la  troisième,  la  nuit , 
moins  forte  que  la  seconde. 

—  5  et  18  octobre,  à  Râle  encore  ,  nouvelles  secousses.  (R.;  C.  A.;  V.  H.) 

1579.  —  26  janvier,  à  Tours,  Orléans  ,  Chartres,  tremblement  de  terre. 

—  6  avril,  dans  les  Pays-Ras,  deux  secousses  légères  :  quelques  églises  et  quelques 
clochers  furent  ébranlés.  {Mémorial  de  Clironol,  t.  II,  p.  915.) 

1580.  —  6  avril.  Advint  épouvantable  tremblement  de  terre  à  Paris  ,  Château- 
Thierry,  Calais,  Roulogne  et  plusieurs  autres  villes  de  France;  mais  petit  à  Paris 
au  prix  des  autres  villes. 

On  ressentit  les  secousses  à  Rruxelles,  Malines,  Cologne  et  en  Hollande.  (De 
l'Estoile,  Journal  de  Henri  III,  t.  I ,  p.  198 ,  de  la  Coll.  Petitot  ;  J.  Aug.  de  Thou, 
Fis(.,  t.  III,  p.  766,  et  V.H.) 

Ce  tremblement  fut  considérable  en  Angleterre.  La  mer  fut  violemment  agitée  , 
le  ciel  était  serein  et  tranquille.  Deux  nouvelles  secousses  eurent  lieu  pendant  la 
nuit.  (Cambden,  Hist.  d'Elisabeth,  p.  514.) 

—  1"  mai.  Nouveau  tremblement  considérable  dans  le  comté  de  Kent.  Il  fut  res- 
senti dans  les  Pays-Ras ,  jusqu'à  Cologne.  (Cambden,  Hist.  d'Elisabeth,  p.  514; 
J.  Aug.  de  Thou,  Hist.,  t.  III,  p.  766  et  784;  C.  A.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         29 

1580.  —  Tremblement  de  terre  en  Espagne;  il  s'étendit  dans  les  Pyrénées 
jusqu'à  Bordeaux.  {Mémorial de  Chronol.,  t.  IF,  p.  915.) 

1383.  —  5  mai.  Par  un  orage  mêlé  de  foudre  et  de  tremblement  de  terre  épou- 
vantable, le  comble  de  la  grande  église  de  Saint-Julien  du  Mans  fut  consommé 
d'une  conflagration  merveilleuse.  (De  l'Estoile,  Journal  de  Henri  III,  1. 1,  p.  2o9, 
de  la  CoUect.  Petitot.) 

1584.  —  l"mars,  à  midi,  en  Piémont,  en  Suisse,  en  Dauphiné,  en  Bourgogne, 
tremblement  considérable  ;  le  lac  Léman  s'élança  à  20  pas  sur  ses  bords.  Les  se- 
cousses durèrent  plusieurs  jours.  Le  10,  il  y  eut  encore  une  forte  secousse  à  Bâle. 
(Spon,  Ilist.  de  Genève,  t.  I ,  p.  523  et  326;  B.  et  C.  A.) 

1588.  —  25  mars,  peu  avant  midi,  il  y  eut  un  tremblement  de  terre  depuis 
Nantes  jusqu'à  Saumur,  qui  fit  branler  les  maisons  et  bouillir  la  rivière  de  Loire. 
Pareille  chose  arriva  en  quelques  contrées  de  la  Normandie  avec  moins  de  violence, 
mais  aussi  avec  une  certaine  fumée,  qui,  une  heure  durant,  teignit  l'air  de  couleur 
jaunâtre.  (Mézerai ,  Hisl.  de  France ,  t.  III ,  p.  478;  de  Larrey,  Hist.  d'Angl. ,  t.  III, 
p.  529;  J.  Aug.  de  Thou,  IlisL,  t.  IV,  p.  558.) 

—  Secousses  dans  le  midi  de  la  France.  (  V.  H.) 
1591.  —  3  septembre,  tremblement  à  Bàle.  (V.  H.) 

•  4592.  —  Il  février,  à  Francfort-sur-Mein ,  tempête  violente ,  pendant  laquelle  on 
prétend  qu'il  y  eut  tremblement  de  terre.  (V.  H.) 

1595.  —  9  janvier,  quelques  secousses  à  Genève.  (B.  et  C.  A.) 

1600.  —  16  septembre,  à  Genève,  le  terrain  sous  le  Rhône  y  causa,  par  son 
agitation,  une  espèce  de  flux  et  reflux.  (Spon,  Hist.  de  Genève,  t.  I ,  p.  417;  B.  et 
C.  A.) 

1601.  —  8  février,  à  Francfort-sur-Mein ,  tremblement  fort,  mais  sans  dom- 
mages. (V.  H.) 

—  Nuit  du  7  au  8  septembre,  entre  1  et  2  heures  après  minuit,  fameux  trem- 
blement de  terre  dont  l'Europe  entière  et  l'Asie  même  éprouvèrent  non  moins  de 
dommages  que  d'eflroi.  A  Genève,  le  temps  était  calme  et  le  lac  en  mouvement.  On 
le  ressentit  à  Strasbourg,  Haguenau,  Spire,  Francfort-sur-Mein  et  jusqu'en  Hol- 
lande. (Spon ,  Hist.  de  Genève ,  t.  I ,  p.  417;  B. ;  C.  A.;  H. ;  G.,  p.  88.) 

1604.  —  14  avril,  entre  9  et  10  heures ,  tremblement  à  Bâle.  (B.  et  C.  A.) 
1610.  —  29  novembre,  à  Bâle,  tremblement  avec  murmures  souterrains.  Les 
murs  furent  renversés  en  partie.  (B.  et  C.  A.) 

1612.  —  29  février,  à  Bâle,  tremblement  sans  dommages.  (B.  et  C.  A.) 

—  Du  9  novembre  au  7  décembre,  secousses,  presque  chaque  jour,  sur  les 
bords  du  Rhin,  du  côté  de  la  Westphalie,  surtout  à  Bielfeld  et  au  château  de  Spa- 
remberg,  où  il  y  eut  des  ruines  notables.  L'air  étant  calme,  les  arbres  paraissaient 


30  MÉMOIRE 

agités  comme  par  un  grand  vent.  [Mercure  français,  adj.  à  l'an  1612,  p.  3; 
C.  A.  et  V.  H.) 

1614.  —  17  février,  pendant  la  nuit,  à  Bâle,  tremblement  avec  grand  bruit. 
(B.  et  C.  A.) 

—  24  septembre,  après  minuit,  à  Bâle,  nouveau  tremblement  encore  accom- 
pagné d'un  grand  bruit.  (B.  et  C.  A.) 

Dans  le  même  temps ,  l'ile  de  Tercère  éprouva  de  grandes  secousses. 

1617.  —  AAix  en  Provence,  Gassendi  éprouva  un  tremblement  déterre.  (B. 
et  C.  A.) 

1618.  —  3  juillet ,  entre  S  et  6  heures  ou  entre  6  et  7  heures  du  matin,  dans  le 
Béarn ,  au  pied  des  Pyrénées ,  deux  fortes  secousses.  (Palassou,  Mém.  sur  les  Pyré- 
nées, p.  261.) 

1619.  —  19  janvier,  de  6  à  7  heures  du  matin,  tremblement  à  Francfort  et  sur 
le  Rhin.  (C.  A.  et  V.  H.) 

1620.  —  janvier.  Dans  une  bonne  partie  de  la  Suisse,  tremblement  ressenti  à 
Genève.  (B.;C.  A.  et  V.  H.) 

—  décembre,  nouvelles  secousses  à  Genève.  (Ibidem.) 

1621 .  —  20  mai ,  pendant  le  sermon  du  soir  (jour  de  la  Pentecôte),  tremblement  à 
Genève  et  à  Bâle;  cheminées  renversées.  (Spon,  Hist.  de  Genève,  t.  I,  p.  486; 
B.  et  C.  A.) 

1625.  — Du  21  au  24  février,  secousses  en  Suisse,  dans  le  pays  de  Clèves  et 
ailleurs.  (B.  et  C.  A.) 

—  29  novembre,  tremblement  dans  le  Palatinat.  (V.  H.) 

1624.  —  29  novembre,  tremblement  dans  le  Palatinat.  (V.  H.)  Ce  fait  diffère-l-il 
du  précédent? 

1626.  —  Janvier,  tremblement  à  Worms.  (V.  H.) 

—  22  février,  à  Elbermanstadt,  dans  le  pays  de  Bamberg  et  dans  le  duché 
d'Oldenbourg.  (H.) 

1627.  Saint-Sévérin  est  ruiné  par  un  tremblement  de  terre.  (Labbe,  Abrégé 
cfironol.,t.  V,  p.  852.)  Il  y  a  un  Saint-Sévérin  dans  la  Charente,  un  autre  dans 
l'Isère  et  San-Severino  en  Italie.  Ne  s'agirait-il  pas  même  ici  de  San-Severo  (Italie), 
ruiné  par  un  tremblement  de  terre,  le  30  juillet  de  cette  année? 

1630.  —  5  juillet,  tremblement  à  Bâle,  le  temps  était  froid.  (B.  et  C.  A.) 

—  25  décembre,  à  Bâle,  tremblement  de  terre  violent.  (Ibidem.) 

1636.  —  A  Schélestadt  et  dans  la  Basse-Alsace,  secousses  violentes  pendant  huit 
jours.  Elles  avaient  lieu  à  7  heures  du  matin,  midi,  7  heures  du  soir  et  nnnuit. 
(V.  H.) 

1640.  —  4  avril,  à  3  heures  13  minutes  du  matin  (deux  jours  avant  la  pleine 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         31 

lune),  trois  secousses  considérables  accompagnées  d'un  bruit  pareil  à  celui  d'une 
voiture  très-chargée,  à  Malines,  Bruxelles,  Anvers,  Mens,  Namur , Cambrai ,  Metz, 
Francfort-sur-le-Mein....,  en  Hollande,  en  Zélande,  en  Westphalie...,  en  Lorraine, 
dans  un  espace  de  plus  de  5G0  lieues ,  qui  a  été  fortement  ébranlé  sur  tous  ses 
points.  Les  vaisseaux  qui  se  trouvaient  dans  les  ports  de  Hollande  et  de  Zélande 
furent  violemment  agités,  sans  qu'il  fit  aucun  vent.  (C.  A.  et  Mémorial  de  Chronol., 
t.  H,  p.  919.) 

1642.  —  La  semaine  avant  Pâques,  tremblement  en  Hollande.  (V.  H.)  N'est-ce 
pas  celui  du  4  avril  1640? 

—  18  novembre,  secousses  à  Spire,  Worms,  Francfort  et  Cologne.  (V.  H.) 
1644.  —  16  février,  tremblement  à  Genève  et  aux  environs.  (B.  et  C.  A.) 

—  21  avril,  secousse  à  Bâle.  (V.  H.) 

—  5  ou  15  juin,  à  Genève,  nouvelles  secousses.  (B.  ;  C.  A.  et  V.  H.) 

—  A  Gap,  en  Dauphiné,  affreux  tremblement.  (De  Zach,  Corresp.  Astron., 
t.  VI,  p.  46.) 

—  Secousses  à  Poitiers.  (V.  H.) 

1647.  —  4  mai ,  tremblement  à  Bâle.  (V.  H.) 

1650.  —  15  février,  tremblement  à  Bâle. 

—  15  mars,  nouveau  tremblement  à  Bâle. 

—  2, 6,  7  et  16  mai,  à  Bâle  encore. 

—  H  juillet,  à  midi,  et  le  26,  nouvelles  secousses. 

—  10,  11  et  16  septembre,  à  Bâle  et  à  Lausanne. 

—  9, 10,  15, 16, 18  et  20  octobre,  nouvelles  secousses. 

—  6,9,  10, 15,  16  et  20  novembre,  légères  secousses  à  différentes  heures. 
Le  tremblement  le  plus  violent  fut  celui  du  11  septembre,  à  4  heures  du 
matin. 

Le  canton  de  Zurich  en  éprouva  18;  année  pluvieuse.  (B.;  C.  A.;V.  H.) 

1651.  —  8  et  18  janvier,  secousses  à  Bâle.  (V.  H.) 

—  12  février,  à  Bâle  encore,  nouveau  tremblement.  (V.  H.) 

—  29  octobre,  secousses  à  Genève.  (V.  H.) 

—  7  décembre,  entre  4  et  5  heures  du  soir,  à  Genève,  nouvelles  secousses. 
(B.  ;  C.  A.  et  V.  H.  ;  Spon,  Hist.  de  Genève,  t.  I,  p.  512.) 

1652.  —  4  février.  A  Bâle  et  dans  les  cantons  voisins,  violent  tremblement  qui 
se  prolongea  toute  l'année  dans  le  canton  de  Berne.  (B.  et  C.  A.) 

—  l"août,  secousse  à  Bâle.  (V.  H.) 

1653.  —  9  janvier,  tremblement  à  Francfort-sur-Mein.  (V.  H.) 

—  14  janvier,  au  milieu  de  la  nuit,  violente  secousse  à  Bâle.  (B.;  C.  A.;  V.  H.) 

—  23  août,  à  Bâle ,  encore  une  secousse.  (V.  H.) 


32  MÉMOIRE 

1655.  —  Vers  la  fin  de  mars,  à  Strasbourg  et  dans  le  Wurtemberg,  une  se- 
cousse. (V.  H.) 

—  5  juillet,  tremblement  à  Francfort-sur-Mein.  (V.  H.) 

1656.  —  Nuit  du  23  février,  trois  secousses  à  Bâle  et  dans  d'autres  lieux  de 
la  Suisse.  (V.  H.;  B.  et  C.  A.) 

—  16  mai,  entre  3  et  4  heures  du  matin,  à  Bâle,  une  nouvelle  secousse.  (V.  H.; 
B.  et  C.  A.) 

—  En  août  le  phénomène  se  renouvela  par  un  temps  pluvieux  et  froid,  qui  devint 
chaud  bientôt  après ,  suivant  Buxtorf.  {Ibidem.) 

1657.  — 15  février,  à  3  heures  du  soir,  à  S"'-Maure,  non  loin  de  Tours  (Indre  et 
Loire)  et  à  6  milles  aux  environs,  tremblement  qui  ébranla  les  édifices;  bruit  sou- 
terrain semblable  au  tonnerre.  (V.  H.) 

1660.  —  9  juin ,  tremblement  en  Espagne  et  sur  les  côtes  atlantiques  de 
France,  (v.  H.) 

Ce  phénomène  est  sans  doute  le  même  que  le  suivant,  dont  Von  HofT  ne  parle 
pas. 

—  21  juin,  tremblement  de  terre  dans  les  Pyrénées.  Il  se  fit  sentir  de  Bor- 
deaux à  Narbonne.  Près  de  Bigorre,  une  haute  montagne  fut  engloutie  et  laissa  à 
sa  place  un  grand  lac;  une  fontaine  chaude  devint  froide.  [Annales  mundi,  t.  VII, 
p.  543 ;C.  A.;  Memoria/ de  ClironoL,  t.  II,  p.  919;  Labbe,  Abrégé  clironoL,  t.  V, 
p.  906.) 

L'auteur  des  Annales  dit  que  la  terre  prit  ainsi  part  au  mariage  du  roi,  célébré 
le  9,  à  S'-Jean  de  Luz. 

1664.  —  15  février,  secousse  à  Nice  et  à  Marseille.  [Statistique  des  Bouches  du 
Rhône,  communication  de  M.  Aug.  Bravais). 

1666.  —  H  décembre,  à  Bâle,une  secousse  médiocrement  forte.  (B.  ;  C.  A.  ;  V.  H.) 

1668.  —  14  décembre,  à  Francfort-sur-Mein,  léger  tremblement,  entre  midi  et 
une  heure.  (V.  H.) 

—  Tremblement  de  terre  à  Sarrebourg,  en  Lorraine.  Un  convalescent  d'une 
fièvre  maligne,  qui  avait  la  jambe  découverte  au  moment  du  tremblement,  fut  atta- 
qué de  la  gangrène  en  cette  partie,  qu'il  fallut  couper  cinq  semaines  après.  La 
même  chose  était  déjà  arrivée  dans  le  voisinage.  (C.  A.) 

L'auteur  fait-il  allusion  au  passage  suivant?  «  1085.  —  Magnus  terrae  motus  et 
in  occidentali  parte  Lotharingiae  pestilentia  magna,  ita  ut  multi  nervorum  contrac- 
tione  distorti  cruciabantur;  alii  sacro  igné,  membris  exesis  ad  instar  carbonum 
nigrescentibus ,  miserabiliter  moriebantur.  »  (D.  B.,  t.  XII,  p.  465.) 

1669.  —  14  septembre,  à  3  h.  30  m.  du  matin,  à  Strasbourg,  trois  secousses, 
dont  la  première  fut  la  principale.  Le  même  jour  tremblement  à  Bâle.  (V.  H.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  35 

1671.  —  En  septembre,  sur  les  côtes  sud  de  la  Maache  et  de  la  mer  du  Nord  , 
à  S'-Malo,  le  Havre,  Calais,  Dunkerque,  Anvers...  une  secousse.  (V.  H.) 

1672.  —  2  décembre,  une  secousse  à  Bâle  (V.  H).  Il  faisait  froid,  le  temps  de- 
vint doux  après.  (B.)  » 

1675.  —  Mars.  Une  secousse  à  Dusseldorf.  (V.  H.) 

1674.  —  6  décembre.  Dans  presque  toute  la  Suisse,  une  vive  secousse,  qui 
parait  avoir  été  plus  forte  à  Bâle,  à  Hobensaa,  Claris  et  Golmar  (Haut-Rbin).  Peu 
de  temps  après,  on  vit  tomber  deux  météores  ignés  (globes  de  feu)  comme  deux 
ans  auparavant.  (B.  ;  C.  A.  et  V.  H.) 

1678.  —  22  avril ,  à  Blois,  tremblement  qui  endommagea  un  clocher.  (V.  H.) 

—  Juillet,  dans  les  Pyrénées,  tremblement  par  lequel  les  eaux  furent  agitées 
jusqu'à  Toulouse.  {Mém.  de  Palassou,  p.  263.) 

2  septembre,  à  Avignon,  trois  secousses  sans  mauvais  effet.  On  les  ressentit  à 
Arles  et  à  Aix.  (C.  A.) 

—  (Sans  date  de  mois.)  Commotion  terrible  dans  le  midi  de  la  France;  l'une  des 
plus  hautes  montagnes  des  Pyrénées  fut  engloutie  et  remplacée  par  uplac  où  jaillirent 
des  torrents  dont  l'eau  avait  un  goût  minéral.  L'Âdour,  la  Garonne  débordèrent. 
{Mémorial  de  ChronoL,  t.  II,  p.  920,  d'après  Dumont,  Voyag.  en  France.) 

Ce  fait  est  sans  doute  le  même  que  celui  de  juillet ,  cité  par  Palassou. 

1679.  —  14  mars,  secousse  à  Bàle.  (V.  H.) 

1680.  —  24  juillet,  en  plusieurs  endroits  de  la  Suisse;  à  Orbe,  les  secousses 
furent  suivies  d'un  long  murmure  pendant  plusieurs  minutes;  elles  furent  violentes 
à  Bâle  ;  et  après,  orages,  grêles  et  pluies  extraordinaires.  (B.;  C.  A.;  V.  H.) 

.- —  11  décembre,  secousse  ^£àle.  (V.  H.) 

1681.  —  27  janvier,  entrlHO  et  il  heures  de  la  nuit,  secousses  dans  presque 
toute  la  Suisse,  particulièrement  dans  le  canton  de  Claris;  on  les  ressentit  à  Neuf- 
châtel  et  à  Bâle.  (B.;  C.  A.;  V.  H.) 

—  Janvier,  un  vendredi,  entre  4  et  5  heures,  à  Mayence,  Francfort-sur-Mein 
et  Hanau,  une  secousse  qui  brisa  la  glace,  mais  causa  peu  de  mal.  (V.  H.) 

1682. —  2  mai,  entre  2  et  3  heures  du  matin,  puis  le  7,  le  12  et  le  15,  dans  toute  la  " 
Suisse,  la  Savoie,  la  Bourgogne,  l'Alsace,  la  Champagne.  Le  tremblement,  léger  à  Paris, 
fut  très-fort  à  Remiremont ,  où  les  maisons  s'écroulèrent.  La  fontaine  de  Plombières 
jetait  plus  de  fumée  qu'à  fordinaire.  Des  flammes  sortirent  de  terre  en  plusieurs 
endroits.  Bruits  sous  terre  et  dans  l'air.  On  cite  encore  comme  ayant  ressenti  les 
secousses  :  Cenève,  Bâle,  Strasbourg, Bar-le-Duc,  Nancy,  Metz,  Auxerre,  Troyes, 
Rheims,  Laon,  Sens,  Orléans,  Joinville,  Vesoul,  Dôle,  Mâcon,  Dijon...  Elles  s'é- 
tendirent jusqu'en  Provence.  (C.A.;  V.  H.;  B.;  Spon,  Hist.  de  Genève,  1. 1,  p.  555; 
A.  P.,  1. 1,  p.  341  ;  Collect.  Acad.,  t.  I,  p.  95;  Richard,  Hist.  des  Met.,  t.  VIII, 
ToM.  XVIII.  5 


34  MÉMOIRE 

p.  495;  Vassal!  Eandi,  Rapport  sur  les  tremblements  de  terre  du  2  avril  1808, 
p.  28.) 

Les  secousses  du  2  et  celles  du  15,  à  la  même  heure,  paraissent  avoir  été  les 
seules  remarquables. 

1682.  —  4  mai,  à  7  heures  du  soir,  tremblement  à  Francfort-sur-Mein.  (V.  H.). 

—  1"'  juin,  à  Lyon,  une  secousse  dirigée,  selon  les  uns,  de  l'est  à  l'ouest,  et, 
selon  les  autres,  du  nord  au  sud.  (C.  A.) 

C'est  la  première  fois  que,  pour  ce  catalogue ,  la  direction  de  secousses  se  trouve 
mentionnée.  C'est  seulement  vers  le  milieu  de  ce  siècle  qu'on  a  commencé  à  noter 
cette  circonstance  essentielle  du  phénomène. 

1683.  —  27  novembre,  secousse  à  Bàle.  (V.  H.) 

1684.  —  26  février,  entre  8  et  9  heures  du  soir,  dans  toute  la  Suisse,  maisons 
renversées ,  particulièrement  dans  le  Haut- Valais  :  peut-être  à  Lausanne  et  à  Bâle. 
(V.  H.  ;  B.  et  C.  A.) 

—  Secousses  dans  le  Poitou,  le  Limousin  et  en  Lorraine.  (V.  H.) 

1685.  —  26  et  28  février,  secousses  à  Bâle  et  dans  presque  toute  la  Suisse. 
(B.;C.A.;  V.  H.) 

—  Juin.  Le  feu  prit  en  plusieurs  villages  autour  d'Évreux  par  des  feux  souter- 
rains qui  ouvraient  la  terre  :  un  semblable  feu  prit  tout  d'un  coup  dans  un  village 
du  Perche,  nommé  la  Berchère;  on  ne  put  l'éteindre.  (C.  A.) 

1687. —  19  mai,  tremblement  en  Zélande.  (V.  H.) 

•  1690.  — 5  décembre  (n.  s.),  en  Souabe,  tremblement  du  sud-ouestau  nord-est. 
Les  secousses  furent  violentes  et  s'étendirent  jusqu'à  Strasbourg ,  Heidelberg  et 

Francfort.  Elles  eurent  lieu  vers  5  heures  du  soir.  Une  autre  secousse ,  à  7  heures, 
fut  légère.  (  C.  A.;  V.  H.;  Langlois,  Dict.  de  Géog.,  1. 1,  p.  Ixvi.) 

—  18  décembre  ,  secousse  à  Cologne.  (V.  H.) 
1691.  —  4  janvier,  secousse  à  Bâle.  (V.  H.) 

•  —  26  janvier,  à  6  heures  du  matin,  à  Bâle  encore.  (B.  et  C.  A.) 

—  19,  20  et  21  février,  secousses  nombreuses  à  Laybach ,  Carlstadt,  le  long  du 
'  Necker.  La  première  fut  la  plus  forte;  on  les  ressentit  à  Venise,  à  Bâle,  à  Metz , 

(trois  localités  où  elles  furent  très-fortes),  à  Sare-Louis,  Mayence,  Francfort  et 
Hanau.  Direction  de  l'est  à  l'ouest;  arbres  déracniés,  terre  entrouverte.  (C. A;  V. H.) 
1692. —  15  septembre,  à  2  heures  V* après  midi,  tremblement  de  terre  qui  dura 
près  d'une  minute  et  ne  causa  pas  de  grands  dommages  à  Bruxelles;  probable- 
ment le  même  que  le  suivant.  (Communication  de  M.  Quetelet.) 
'•  ■ —  18  septembre  (n.  s.),  entre  2  et  3  heures  du  soir,  puis  le  20  ou  le  21 ,  entre  8 
et  9  heures  du  matin ,  violentes  secousses  dans  le  Brabant ,  à  Bruxelles  et  à  Anvers  ; 
elles  furent  moins  fortes  en  Normandie ,  en  Flandre ,  en  Hollande  et  en  Angleterre. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         SB" 

On  les  ressentit  à  Paris,  à  Spa,  où  les  eaux  minérales  furent  troublées,  à  Mayence, 
Francfort  et  même  en  Suisse,  dans  le  Valais  et  le  pays  de  Vaud.  (C.  A.;  B.;  V.  H.; 
P.  T.,t.XLVI,p.  G24.) 

Keferstein  cite  encore,  entre  autres  faits,  pour  cette  année,  les  deux  suivants  : 

1692.  —  28 octobre,  tremblement  à  Francfort-sur-Mein. 

—  50  octobre ,  tremblement  à  Liège. 

Mais  Y.  H.  ne  les  a  pas  compris  dans  sa  chronique;  il  les  rapporte  seulement 
dans  une  note. 

1095.  —  Du  9  au  11  janvier,  en  Sicile  et  en  Italie,  secousses  très-violentes  qu'on 
dit  avoir  ressenties  en  Allemagne,  en  Suisse,  en  France  et  en  Hollande.  En  Suisse, 
les  lacs  furent  troublés;  le  temps,  très-froid,  devint  chaud  presque  tout  à  coup. 
(B.;C.  A.;V.  H.) 

—  6  juillet,  secousses  à  Mantoue,  Padoue  et  Avignon.  (V.  H.,  d'après  Kefer- 
stein.) 

—  16  décembre  (v.  s.),  à  1  heure  du  soir,  secousse  à  Francfort-sur-Mein. 
(V.  H.) 

1699.  —  janvier,  secousses  sur  le  Rhin  et  le  Mein,  en  Suisse  et  à  Hambourg. 
(V.  H.,  d'après  Keferstein.) 

1705.  —  6  mai,  à  Francfort-sur-Mein  et  Hanau,  une  légère  secousse.  (V.  H.) 

—  Nuit  du  28  au  29  décembre,  à  Asti  (Piémont),  secousses  pendant  une  demi- 
heure;  on  les  ressentit  en  France.  (V.  H.) 

1704.  —  50  janvier ,  entre  6  et  7  heures  du  soir,  à  Francfort-sur-Mein ,  secousse 
sans  dommage.  (V.  H.) 

—  4  novembre,  entre  4  et  5  heures  du  matin,  tremblement  à  Zurich  et  aux  en- 
virons. En  même  temps,  violente  tempête  avec  éclairs  et  tonnerre  à  Bàle.  (B.  et 
C.  A.)  On  ne  dit  pas  que  Bâle  ait  éprouvé  de  commotion  souterraine. 

1707.  —  Nuit  du  16  au  17  février,  tremblement  à  Francfort-sur-Mein.  (V.  H.) 

1708.  —  Du  1"  au  50  septembre,  secousses  à  Manosque  (Basses-Alpes);  des 
flammes  sortirent  de  terre.  {Ann.  de  la  soc.  d'agric.  de  Lyon,  t.  Vni;  V.  H.) 

1710.  —  8  décembre,  secousses  à  Stein-sur-le-Rhin.  (V.  H.) 

1711.  —  9  février,  entre  4  et  5  heures  du  matin,  tremblement  à  Zurich  et  à 
Bâle,  les  eaux  du  Rhin  bouillonnaient.  {CoUecl.  acad.,  1. 111,  p.  181  et  185;  A.  P., 
anl711,p.  4;  V.  H.) 

—  17  mai,  à  Berg-op-Zoom,  tremblement  de  terre  pendant  un  orage.  (V.  H.) 

—  6  octobre,  tremblement  à  Paris  et  à  trente  lieues  aux  environs.  {Collée,  acad., 
t.  m,  p.  185;  A.  P.,  an  1712,  p.  7.) 

1714.  —  Du  15  au  14  janvier,  dans  le  Brabant,  le  Hainaut  et  à  Liège,  secous- 
ses légères.  (C.  A.  et  V.  H.) 


36  MÉMOIRE 

1715.  —  19  février,  à  Nantes,  une  secousse.  (V.  H.) 

—  H  avril ,  à  Genève ,  trois  secousses.  (B.  et  G.  A.) 

1716.  —  25  et  29  juin,  entre  10  et  H  heures  du  soir,  secousses  à  Genève,  Nion 
et  Morges.  (B.  et  G.  A.) 

—  20  novembre,  à  2  heures  après  midi,  au  Val-de-Roux  (canton  de  Neuchâtel) , 
on  entendit  un  grand  sifflement  dans  l'air  pendant  7  à  8  minutes ,  quelques-uns  le 
dirent  souterrain.  Le  20,  à  3  heures  du  soir,  tremblement  de  terre  à  Neuchâtel  et 
aux  environs.  (B.;  G.  A.;  V.  H.) 

.    Ce  tremblement  s'étendit-il  jusqu'en  France? 

1721,  —  3  juillet,  à  7  h.  45  m.  du  matin.  Dans  presque  toute  la  Suisse ,  tremble- 
ment précédé  de  murmures  souterrains  :  murs  fendus,  cheminées  renversées.  On 
distingua  deux  secousses,  deux  allées,  deux  venues,  d'un  mouvement  horizontal  de 
l'est  à  l'ouest  :  odeur  forte,  froid  très-piquant  immédiatement  après.  On  les  ressen- 
tit à  Mulhouse.  (B.;  G.  A.;  V.  H.) 

1 724.  — 15  janvier,  à  8  heures  du  soir,  léger  tremblement  en  Bretagne.  Le  bruit 
précéda  toujours  les  secousses  de  quelques  secondes,  et  le  tout  ne  dura  pas  plus 
d'une  minute.  {Coll.  acad.,  t.  V,  p.  64;  A.  P.,  an  1725,  p.  4.) 

1727.  —  12  mai ,  à  6  heures  du  matin,  à  Francfort-sur-Mein ,  tremblement  qui 
causa  quelques  dommages.  (V.  H.) 

1 728. — Février,  à  Epstein,  àtrois  milles  de  Wiesbaden,  plusieurs  secousses.  (V.  H.) 

—  3  août,  entre  4  et  5  heures  du  soir,  à  Strasbourg,  violent  tremblement  qui 
endommagea  la  cathédrale.  Le  Bhin  gonfla  jusqu'à  la  hauteur  d'une  pique.  Plus  vio- 
lent encore  à  Genève,  à  Bâle  et  à  Berne,  oii  il  fit  sonner  jusqu'à  cinq  fois  la  cloche  de 
la  grande  horloge.  Il  y  avait  eu  la  veille  tempête  et  tonnerre. 

!  Les  secousses  furent  ressenties  à  Mayence,  Francfort,  Worms  et  Manheim.  (B.  ; 
G,  A.;  V.  H.;  France  pittoresque,  art.  Strasbourg.) 

Le  lendemain,  à  3  heures  du  matin,  à  Strasbourg,  encore  une  secousse.  (V.  H.) 

1729.  —  Du  13  au  21  janvier,  tremblement  de  terre  dans  toute  la  Suisse ,  prin- 
cipalement à  Froutigue,  oîi  ils  revinrent  pendant  huit  nuits  de  suite  à  peu  près  pé- 
riodiquement,  commençant  à  10  heures  du  soir  et  finissant  à  7  heures  du  matin. 
La  nuit  du  13  était  belle,  mais  très-froide.  Il  soufflait  un  vent  faible  du  midi. 
D'intervalles  en  intervalles,  ce  vent  se  renforçait,  puis  il  cessait ,  et  au  moment  qu'il 
cessait,  les  secousses  revenaient. 

On  en  éprouva  à  Bàle  et  à  Genève,  spécialement  le  13,  entre  10  et  11  heures  du 
soir,  et  le  18,  à  9  h.  V*  du  soir  encore.  (B.  ;  G.  A.  ;  V.  H.) 

1731.  —  15  juin,  entre  10  et  H  heures  du  soir,  fort  tremblement  de  terre  à  Ca- 
vaillon  (Vaucluse).  Le  dôme  de  la  porte  de  la  Gouronne  tomba.  (A.  P.,  an  1751, 
p.  19;  Coll.  acad.,  t.  \ll,  p.  100.) 


SUR  LES  TREMBLEMENT^  DE  TERRE.         57 

1751  ou  1752.  —  A  6  heures  après-midi,  un  tremblement  de  terre  se  fit  sentir 
depuis  la  Pologne  jusqu'aux  Pyrénées.  (C.  A.) 

1755.  — 18  mai,  à  2  heures  après  midi,  à  Francfort,  Ofîenbach ,  Hanau,  Darm- 
stadt,  Mayence  et  divers  lieux  de  l'Allemagne,  trois  secousses  assez  fortes  pour  dé- 
tacher des  pierres  des  murs.  (V.  H.) 
•  —  25  juin,  secousses  à  Pardines  en  Auvergne.  (V.  H.) 

1754.  —  5  novembre  (n.  s.),  entre  5  h.  50  m.  du  matin,  dans  le  comté  de  Sus- 
sex  (Angleterre),  secousses  de  l'est  à  l'ouest  ;  chacune  dura  2  ou  5  secondes. 

On  les  ressentit  au  Havre  et  jusque  de  l'autre  côté  de  la  Seine.  Direction  pré- 
sumée du  nord  au  sud.  Plusieurs  personnes  eurent  des  maux  de  cœur.  (A.  P. , 
an  1754,  p.  4;  Goll.  Acad,  t.  VII,  p.  105.) 

1755.  —  7  août,  secousses  à  Francfort-sur-Mein,  Mayence  et  Cologne.  (V.  H.) 

1756.  —  12  juin,  un  peu  avant  8  heures  du  soir,  secousses  dans  toute  la  Suisse 
et  aux  environs  ;  on  en  ressentit  à  Bâle. 

Le  lendemain,  à  6  h.  12  m.  du  matin,  secousse  à  Genève.  (B.;  C.  A.;  V.  H.) 

1757.  —  11  et  12  mai,  secousses  à  Bâle.  Du  11  au  28,  il  y  en  eut  de  très-nom- 
breuses à  Carlswich  (Karisruhe?)  en  Souabe.  (V.  H.;C.  A.) 

•I  4758. —  18  octobre,  à  4  Vs  heures  du  soir,  à  Carpentras,  tremblement  avec 
bruit  semblable  à  celui  de  100  pièces  de  24  tirées  à  la  fois.  Les  glands  de  quel- 
ques chênes  tombèrent  aussi  dru  que  si  c'avait  été  de  la  grêle.  Pluie  de  terre 
deux  minutes  après ,  comme  quand  une  mine  a  joué.  La  secousse  dura  deux  mi- 
nutes. Des  cheminées  furent  renversées.  La  terre  s' entr' ouvrit.  (A.  P.,  an  1758, 
p.  57.) 

1740.  —  50  janvier,  entre  11  heures  et  midi,  à  Annonay,  tremblement  durant 
5  ou  4  secondes. 

—  15  février,  à  2  heures  du  matin,  puis  le  21,  à  5  */«  heures  du  matin,  nouvelles 
secousses. 

Le  troisième  tremblement  fut  moins  fort  que  le  premier  et  plus  fort  que  le  second, 
précédé  et  suivi  d'un  bruit  pareil  à  celui  du  tonnerre.  Le  bruit ,  qui  a  duré  une 
demi-minute,  allait  d'octave  en  octave.  Les  secousses  commençaient  du  côté  du  sud. 
(A.  P.,  an  1740,  p.  2;  Coll.  Acad.,  t.  VIII,  p.  64.) 

1745. —  7  mars,  à  9  V4  heures  du  soir,  à  Toulouse,  Bordeaux,  Moissac,  Castel- 
Sarrazin  et  tout  le  long  de  la  Garonne,  deux  secousses  à  six  minutes  d'intervalle. 
[Mém.  des  Savants  Ëtrang.,  t.  IV,  p.  118  et  suiv.) 

—  8  octobre,  secousse  à  Bâle.  {V.  H.) 

—  8  novembre,  nouvelle  secousse  très-sensible  avec  bruit  souterrain,  entre  7  et 
8  heures  du  matin.  (B.  ;  C.  A.  ;  V.  H.) 

Mérian  ne  parle  pas  de  cette  dernière ,  suivant  Von  Hoff. 


38  MÉMOIRE 

1745,  —  9  juillet,  à  3  ou  4  heures  du  matin ,  à  Béziers ,  tremblement  léger,  mais 
avec  grand  bruit.  (A.  P.,  an  1745,  p.  15;  CoU.Acad,  t.  IX,  p.  65.) 
1747.  —  Tremblement  de  terre  à  Venise,  Toulouse (V.  H.) 

1749.  —  11  octobre,  à  7  heures  du  soir,  à  Blois  et  dans  le  Poitou,  tremblement 
ressenti  par  Réaumur,  à  Réaumur,  près  de  Luçon.  (P.  T.,  t.  XLVl,  p.  689  et  691.) 
Ce  tremblement,  décrit  par  Réaumur  dans  une  lettre  à  la  Société  Royale  de  Lon- 
dres, n'est-il  pas  de  1750?  Cependant  la  lettre  est  datée  de  1749. 

1750.  —  19  février  (n.  s.),  entre  midi  et  demi  et  1  heure,  à  Londres,  forte  se- 
cousse de  l'est  à  l'ouest  avec  bruit.  Le  vent,  très-fort  auparavant,  s'était  apaisé;  le 
calme  a  régné  le  reste  de  la  journée.  Il  y  avait  eu  déjà  une  légère  secousse  la  nuit 
précédente. 

.   Ce  tremblement  fut  ressenti  à  Calais,  à  Boulogne  et  sur  la  côte.  (P.  T.,  t.  XLVI , 
p.  601  à  615  et  693;  Priestley,  Hist.  de  l'électricité,  trad.  fr.,  t.  II,  p.  255.) 

—  1"'  mars,  entre  midi  et  1  heure,  à  Londres  et  aux  environs,  secousses  qui 
s'étendirent  en  Normandie,  en  Picardie,  en  Bretagne  et  du  côté  des  Pyrénées. 
(C.  A.) 

Ce  fait  est  sans  doute  le  même  que  le  précédent,  auquel  Gueneau  de  Montbeillard 
aura  appliqué  la  correction  relative  au  calendrier;  or,  comme  les  Trans.  philos,  le 
rapportent  au  8  février,  il  est  bien  du  19,  n.  s. 

—  29  mars  (n.  s.),  a  6  heures  du  soir,  tremblement  très-fort  à  Portsmouth, 
Plymouth,  etc.  Il  s'étendit  jusqu'à  Jersey  et  Guernesey.  (P.  T.,  an  1750,  p.  650.) 

.  •  Je  regarde  les  deux  iles  de  Jersey  et  Guernesey  comme  appartenant  géographi- 
quement  à  la  France. 

—  24  mars ,  dans  le  midi  de  la  France,  quelques  secousses. 

- —  Nuit  du  24  au  25  mai,  dans  le  Bigorre,  bruit  épouvantable  suivi  de  plusieurs 
secousses,  qui  ne  cessèrent  que  le  25,  vers  10  heures  du  matin.  Les  chocs  les  plus 
forts  se  firent  sentir  entre  Savin  et  Agde. 

Ce  fut  surtout  du  côté  de  Lourdes  que  les  craintes  furent  les  plus  vives  ;  plu- 
sieurs maisons  furent  renversées.  A  Tarbes,  on  sentit  le  même  jour  quatre  secousses, 
de  10  heures  du  soir  à  5  heures  du  matin. 

Le  26,  on  en  ressentit  encore  trois,  dont  une  renversa  une  ancienne  tour  de  la 
ville  :  ces  secousses  furent  toujours  précédées  de  mugissements  souterrains. 

A  Pau ,  les  cloches  sonnèrent  d'elles-mêmes.  On  ressentit  ce  tremblement  à  Tou- 
louse, Narbonne,  Montpellier,  Rhodez,  S'-Pons,  en  Saintonge  et  dans  tout  le  Médoc. 

Ces  secousses  se  continuèrent,  mais  légèrement,  pendant  presque  tout  le  mois  de 
juin.  Il  y  en  eut  à  Tarbes,  du  21  au  28.  Les  plus  fortes  eurent  lieu  le  15.  Dans  ces 
derniers  tremblements,  les  premières  secousses  étaient  de  bas  en  haut  et  les  der- 
nières horizontales.  Les  eaux  des  fontaines  furent  troublées  et  rendues  semblables  à 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         39 

l'eau  de  savon ,  non-seulement  par  leur  couleur,  mais  encore  par  une  qualité  ab- 
stersive  qui  leur  était  restée.  (A.  P.,  an  1750,  p.  30;  Mém.  des  Sav.  étr.,  t.  II, 
p.  612;  Coll.  Acad,  t.  X,  p.  178;  Richard,  llisl.  des  Met.,  t.  IX,  p.  467.) 

1750.  — 11  octobre,  vers  midi,  en  Bretagne,  très-légère  secousse  avec  forte  déto- 
nation entendue  de  Cherbourg  à  Avranches  et  jusqu'à  Bayeux.  (A.  P.,  an  1750, 
p.  36;  Mém.  des  Sav.  élr.,  t.  IV,  p.  118;  Co//.  Acad. ,  t.  X,  p.  178.) 

1751.  —  15  février,  secousses  à  Nantes.  (V.  H.) 

—  30  mars ,  secousses  sur  les  bords  de  la  basse  Ix>ire.  (V.  H.) 

—  Avril,  secousses  à  Angers.  (V.  H.)    >'>'  •!>  -' 

—  Tremblement  à  Gap.  On  y  en  a  ressenti  un  troisième  le  2  avril  1808.  (M.  U., 
10  avril  1808. 

1752.  —  Nuit  du  11  au  12  janvier,  à  minuit  et  demi,  à  Toulouse  et  dans  les 
Pyrénées,  deux  secousses  en  deux  minutes.  On  entendit  un  bruit  semblable  à  celui 
d'un  feu  de  forge  animé  par  des  soufflets.  Il  tomba  beaucoup  de  neige  pendant  la 
nuit.  {Mém.  des  Sav.  étr.,  t.  IV,  p.  118.) 

—  6  septembre ,  à  Clermont,  à  Riom  et  aux  environs ,  secousse  d'abord  du 
nord  au  sud,  puis  du  sud  au  nord,  avec  bruit.  (A.  P.,  an  1752,  p.  16;  Coll.  Acad., 
t.  XI ,  p.  55;  G.  F.,  30  septembre  1752.) 

1753. — 9  mars,  à  2  Va  h.  du  soir,  à  Genève,  une  secousse  qui  a  duré  deux  minu- 
tes. Le  battant  d'une  cloche  l'a  frappée  presque  aussi  fort  que  lorsqu'il  sonne  l'heure. 
On  la  ressentit  à  Suse,  à  Turin  et  dans  le  mont  Cénis,  oii  elle  fit  une  large  ouver- 
ture par  laquelle  s'échappèrent  des  torrents  d'eau ,  ainsi  que  dans  les  vallées  de 
Lucerne  et  de  Lapérouse.  Dans  les  montagnes ,  on  entendit  un  bruit  semblable  à 
celui  du  canon.  (G.  F. ,  24  mars,  14  et  21  avril.)  >  .i»  ,  •; 

—  19  mars,  à  2  h.  23  m.,  à  Genève,  quelques  secousses.  (B.,  et  C.  A.) 
Ce  fait  est-il  différent  de  celui  qui  précède?  C'est  peu  probable. 

—  8  décembre,  à  Brest,  une  secousse.  (V.  H.) 

1754.  —  12  janvier,  sur  les  11  Vs  h.  du  soir.  A  Vorreppe  (Isère),  bruits  souter- 
rains semblables  à  ceux  que  fait  une  masse  de  pierre  en  tombant,  et  quelques 
secousses  du  nord  au  sud.  Dans  un  village  voisin ,  des  maisons  furent  renversées. 
(G.  F.,  9  février.) 

—  9  septembre,  à  7 */2 h.  et  à 8  Va  h.  du  soir,àThein  (Dauphiné),  deux  secousses. 
Le  lendemain  10,  nouvelle  secousse  avec  bruit  pareil  au  tonnerre.  (G. F.,  5  oct.) 
Gueneau  de  Montbeillard  (C.  A.  )  donne  les  dates  des  9  et  10  novembre. 
1735.  —  Durant  le  carême,  en  Bretagne,  secousses  très-sensibles.  (C.  A.) 

—  Avril ,  secousses  à  Stepney  (Angleterre) ,  dans  le  Brabant  et  sur  quelques 
points  de  la  Méditerranée.  (V.  H.)  ^i  -Xi  .i  ..tw      ^H  ,-.ù-  i 

—  15  octobre,  à  midi  (le  14?  N.  L.),  à  Chambéry,  une  secousse  assez  forte,  puis- 


40  MÉMOIRE 

que  les  sonnettes  des  appartements  du  5^  étage  sonnèrent,  et  que  quelques  cheminées 
furent  renversées.  Elle  dura  2  ou  5  secondes  et  fut  précédée  par  un  bruit  sourd , 
semblable  à  celui  que  feraient  des  voitures  qui  rouleraient  dans  le  lointain  sur  des 
voûtes  :  ce  bruit,  qui  dura  à  peu  près  autant  que  la  secousse ,  parut  venir  du  nord- 
est  et  la  secousse  s'être  faite  du  nord-est  au  midi. 

On  la  ressentit  aussi  à  Grenoble  et  à  Genève.  (  Toaldo ,  jEssai  Méléor.,  p.  280.) 

Le  même  jour,  il  y  eut  une  tempête  en  Espagne;  elle  fut  suivie  d'une  mauvaise 
odeur;  l'eau  des  puits,  des  fontaines  et  des  rivières  baissa  malgré  les  pluies;  elle 
manqua  même  en  certains  endroits  et  doubla  dans  d'autres.  Dans  le  même  temps , 
grande  abondance  d'exhalaisons,  qui  formaient  des  nuages  épais  et  des  cercles  colo- 
rés (orangés,  rouges  et  indigo),  autour  de  la  lune,  et  qui  obscurcissaient  l'éclat  du  soleil. 

Beaucoup  d'autres  exemples  d'exhalaisons  souterraines  eurent  lieu  à  cette  épo- 
que. (G.  A.) 

1755.  —  i"'  novembre,  à  9  h.  20  m.  du  matin,  fameux  tremblement  de  terre  de 
Lisbonne,  ressenti  dans  presque  toute  l'Europe,  en  Afrique  et  même  en  Amérique. 

On  le  ressentit  en  France,  principalement  dans  l'ouest  et  le  midi;  à  Toulouse, 
Anduse  en  Languedoc,  à  Angoulême,  Cognac  en  Saintonge,  à  Bordeaux.  Les  eaux 
parurent  bouillonner  et  changèrent  de  couleur.  Ce  phénomène  s'observa  aussi  en 
Provence,  à  Cuers,  Vaucluse,  Gémenox  et  S*-Auban, 

La  même  chose  se  fit  remarquer  sur  le  lac  de  Genève.  A  Bâle ,  les  secousses 
n'eurent  lieu  qu'entre  3  et  4  heures  du  soir. 

Le  Poitou,  la  Bretagne ,  la  Normandie,  ne  furent  pas  épargnés.  La  secousse  fut 
violente  à  Caen. 

En  Hollande,  en  Gueldre,  en  Frise  et  dans  la  province  d'Utrecht,  les  eaux  furent 
très-agitées.  Les  secousses  eurent  lieu  entre  10  et  11  heures,  à  Rotterdam,  Bois- 
le-Duc,  La  Haye,  Leyde,  Gouda,  Utrecht,  Harlem  et  Amsterdam. 

—  7  novembre,  à  10  heures  du  soir,  à  Clermont  en  Auvergne,  et  aux  environs, 
deux  secousses  assez  fortes.  (Je  ne  sache  pas  qu'on  y  ait  ressenti  le  premier.) 

—  9  novembre,  à  3  heures  du  soir,  à  Besançon,  Genève,  Bâle  et  autres  lieux  de 
la  Suisse ,  les  eaux  des  lacs  de  Genève  et  de  Zurich  furent  agitées  dès  les  2  heures 
et  un  quart. 

—  18  et  19  novembre,  sur  les  bords  du  Rhin,  légères  secousses. 

—  26  et  27  novembre,  secousses  à  Sedan,  Mézières,  Charleville,  Liège  et  dans 
plusieurs  autres  localités  de  la  Belgique. 

Il  y  en  eut  presque  chaque  jour  du  mois  en  Portugal ,  en  Espagne,  sur  les  côtes 
d'Afrique,  en  Suisse  et  dans  d'autres  contrées  de  l'Europe.  (C.  A.;  B.;  P.  T., 
t.  XLIX.;  Mém.  des  Sav.  étr.,  t.  IX,  p.  118;  G.  F.,  n"'  de  nov.,  déc.  et  janv.  sui- 
vants; J.  H.,  mars  1756;  V.  H.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  41 

1755.  —  9  décembre,  à  2  Vs  heures  du  soir.  Nouvelles  secousses  en  France,  à 
Mulhouse,  Besançon,  Bourg,  dans  la  Franche-Comté  et  le  Lyonnais.  Elles  furent 
nombreuses  et  excessivement  violentes  en  Suisse  :  Bàle  et  Genève  les  ressentirent. 
Elles  s'étendirent  en  Allemagne  et  en  Italie.  Il  y  en  eut  de  simultanées  à  Lisbonne. 
(B.;  C.  A.;  P.  T.,  t.  XLIX;  G.  F.,  10  janvier  175G.) 

—  11  décembre,  secousses  en  Espagne,  Von  Hoff  cite  Orléans. 

1753.  —  13  décembre,  entre  2  et  3  heures  après  midi,  à  Montbard,  Flavigny, 
Dijon ,  Strasbourg,  Huningue,  dans  la  Franche-Comté,  la  Bresse,  à  Bourg,  légères 
secousses.  (C.  A.;  i.  II.) 

—  23  décembre,  dans  les  montagnes  du  Roussillon,  une  secousse.  (V.  H.) 

—  Nuit  du  2i  au  25  décembre,  à  Besançon,  Lyon  et  Genève,  secousses  sensibles. 
(C.  A.  et  J.  H.) 

—  Le  26,  à  H  '/4  heures,  puis  à  minuit,  en  Belgique,  dans  le  Luxembourg,  à 
Liège,  Maestricht,  Nimègue,  Arnheim,  Bréda,  deux  secousses.  Il  y  avait  déjà  eu 
dans  la  soirée  deux  secousses  légères  à  Maestricht ,  l'une  à  4  heures ,  l'autre  à 
4  V*  heures.  Il  y  en  eut  une  autre  légère  le  27,  à  1  heure  du  matin. 

On  en  ressentit  aussi  à  Cologne,  dans  quelques  vallées  de  l'.Alsace,  de  la  Picardie, 
de  la  Lorraine  et  des  Alpes,  où  des  sources  devinrent  salées. 

Le  27,  à  2'/2  heures  du  matin,  à  Sedan,  Rocroy,  deux  légères  secousses  et  quatre  à 
Cologne  :  deux  maisons  furent  renversées  à  Chênée ,  village  à  une  lieue  de  Liège.  La 
commotion  fut  accompagnée  d'un  bruit  pareil  à  celui  d'une  mousqueterie  dans  le 
lointain.  (P.  T.,  t.  XLIX,  p.  512,  546,  604  et  664;  G.  F.,  3  et  17  janvier  1756; 
C.  A.) 

Le  même  jour  encore ,  mais  sans  indication  d'heure,  en  divers  endroits  du  Rous- 
sillon, aux  environs  du  Canigou,  au  pied  des  Pyrénées  ,  où  la  secousse  fut  annoncée 
sur  les  3  '/â  heures  du  matin ,  par  un  bruit  souterrain  qui  se  renouvela  six  fois  en 
deux  heures  et  chaque  fois  fut  suivi  de  balancement  de  la  terre. 

Il  y  eut  à  Cordoue  une  assez  forte  secousse  ;  on  en  ressentit  à  Aix  en  Savoie , 
en  Italie  et  le  long  du  Rhin  à  Manheim.  (C.  A.;  G.  F.,  6  mars  1756 ,  et  J.  H.  1756.) 

Il  serait  assez  difHcile  de  ne  voir  qu'un  fait  unique  dans  les'secousses  ressenties 
à  Cordoue,  dans  le  Roussillon  et  à  Manheim,  si  les  pays  intermédiaires  n'ont  rien 
éprouvé.  Quant  aux  commotions  de  la  Savoie  et  à  celles  de  l'Italie,  elles  semblent 
se  rattacher  à  celles  de  Suisse,  qui  paraissent  avoir  eu  leur  centre  à  Brigue ,  où  l'on 
en  éprouva  presque  chaque  jour  pendant  deux  mois.  Toutefois,  je  ne  veux  rien 
préjuger  sur  le  mode  de  communication  et  de  propagation  des  tremblements  de 
terre;  je  me  contente  de  signaler  le  phénomène  de  ce  jour.  Quanta  celui  du  1"  no- 
vembre, il  est  bien  constaté  qu'il  s'est  étendu  depuis  l'intérieur  de  l'Afrique  jusqu'au 
Groenland,  sur  le  méridien  de  Lisbonne. 

Ton.  XVIII.  6 


42  MÉMOIRE 

1756.  —  15  janvier,  à  Amersfort  (province  d'Utrecht)  et  à  Utrecht  même,  une 
forte  secousse.  (P.  T.,  t.  XLIX,  p.  515.) 

VonHoffen  a  déjà  cité  une  pour  le  même  lieu,  sous  la  date  du  15  décembre  1755. 
Doit-on  en  compter  deux? 

—  26  janvier ,  à  3  h.  50  m ,  à  Cologne ,  une  légère  secousse  de  Test  à  l'ouest  pen- 
dant 7  à  8  secondes,  et  à  Bonn  comme  aux  26  et  27  décembre  précédent  (C.  A.; 
J.H.;G.  F.;7fév.) 

—  15  février,  à  4  h.  Va  du  soir,  à  Maestricht,  un  choc  court  et  léger. 
Le  14,  à  3  h.  Va  du  matin,  nouveau  choc,  court  et  fort. 

Le  18,  entre  7  et  8  heures  du  matin,  à  Paris,  Versailles,  Beauvais,  Saint- 
Quentin,  Lafère,  Rouen,  Aire,  Dieppe,  Moyenvic,  Fismes,  Laon,  Sedan,  Metz, 
secousses  dirigées  du  sud-est  au  nord-ouest,  ou  de  l'ouest  au  sud-est;  dans  les  4  pre- 
mières villes  le  baromètre  était  fort  bas;  à  Rouen,  à  Lafère,  à  Dieppe,  le  baro- 
mètre était  au  dernier  degré  au-dessous  de  tempête;  à  Aire,  à  Sedan,  les  secousses 
ont  duré  plus  d'une  minute  avec  bruit  souterrain;  à  Metz,  des  cheminées  ont  été 
renversées. 

On  en  ressentit  dans  presque  toute  la  Belgique,  à  Bruxelles,  Mons,  Namur  et 
Liège,  à  peu  près  vers  8  heures,  ainsi  qu'à  Cologne,  Maestricht,  Amsterdam, 
Aremberg,  Worms,  Manheim,  Darmstadt  et  Cassel.  A  Leyde,  elles  eurent  lieu  à 
7  h.  56  m.  ;  à  La  Haye ,  à  8  h.  8  m.  ;  à  Bonn ,  à  8  h.  6  m .;  à  Gotha ,  à  8  h.  50  m.  En 
Hollande,  où  elles  furent  très-fortes,  elles  durèrent  une  minute  et  demie,  puis  re- 
commencèrent 10  ou  12  minutes  après. 

A  Londres  et  sur  les  côtes  d'Angleterre,  un  peu  avant  8  heures,  l'air  était  calme, 
le  ciel  brumeux  et  aussitôt  après  sévit  une  très-grande  tempête. 

A  9  heures ,  nouvelles  secousses  à  Liège.  Les  ouvriers  employés  aux  mines  les 
plus  profondes  (900  pieds),  aux  environs  de  la  ville,  entendirent  avant  l'ébranle- 
ment un  bruit  sourd  au-dessus  de  leurs  têtes,  tandis  que  ceux  qui  étaient  sur  le 
sol  entendirent  un  bruit  du  même  genre  {rumbling  noise)  au-dessous  de  leurs 
pieds,  etcoururent  à  la  cloche  d'alarme.  Ces  secousses  s'étendirent  jusqu'à  Manheim. 

Il  «'y  eut  à  cette  Heure  qu'une  courte  et  légère  commotion  à  Maestricht;  mais  on 
y  en  éprouva  encore  trois  autres  dans  le  jour,  à  9  h.  '2,  midi  et  demi  et  8  h.  ^k  du 
soir. 

De  ce  jour  jusqu'au  commencement  d'avril ,  on  ne  fut  pas  une  seule  fois  24 
heures  sans  éprouver  à  Maestricht  quelques  commotions.  On  compta  plus  de  quatre- 
vingts  tremblements  de  terre  distincts.  Il  en  arriva  par  tous  les  temps,  sec,  humide, 

clair,  brumeux Seulement  on  a  remarqué  le  calme  au  moment  des  secousses  et 

le  vent  aussitôt  après.  La  boussole  et  le  baromètre  furent  très-agités  pendant  ces 
tremblements,  que  précédèrent  des  aurores  boréales. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  43 

Le  '20  février,  à  G  heures  du  matin,  une  dernière  secousse  en  Belgique. 

Les  eaux  de  la  Meuse  et  du  Rhin  furent  très-agitées  pendant  toutes  les  corn  motions. 
(C.  A.;  V.  H.  ;  P.  T. ,  t.  XLIX,  p.  544  à  548,  5G3  et  suiv.  580;  G.  F.,  28  fév.,  0, 
13  et  27  mars;  J.  H.),    '"i-» 

1756. —  20  avril,  à  3  h.  Vî  du  soir,  à  Breteuil,  une  secousse  forte,  précédée  de 
deux  secousses  légères  et  suivie  d'une  quatrième.  On  ressentit  au  Plessis  et  à  Saint- 
Just,  deux  autres  secousses  plus  longues,  mais  moins  effrayantes. 

Le  30,  vers  9  h.  Vidu  soir,  à  Paris  et  à  Versailles,  une  secousse  très-marquée; 
au  château  du  Plessis,  à  4  lieues  de  Montdidier,  elle  dura  15  minutes,  y  fut  très-vio- 
lente et  accompagnée  d'un  bruit  comme  d'un  grand  vent  qui  souffle  dans  une  futaie. 
On  entendit  encore  des  bruissements  de  demi-heure  en  demi-heure,  toute  la  nuit,  à 
Breteuil.  (G.  F.,  8  mai  et  12  juin;  C.  A.  et  J.  H.) 

—  15  mai ,  à  1  h.  V4,  2  h.  V*  et  7  heures  du  matin,  à  Sains  près  de  Breteuil,  trois 
secousses  suivies  de  bruissements  qui  se  sont  renouvelés  d'heure  en  heure  jusque 
dans  la  nuit  suivante. 

On  en  a  ressenti  pareillement  à  Beauvais,  Montdidier,  Clermont(Oise),  avec  mou- 
vement sourd  suivi  de  bruissement.  A  Beauvais  et  Bonvillers,  on  a  vu  des  exhalai- 
sons enflammées  au  moment  du  tremblement.  (C.  A.) 

—  3  juin,  secousses  à  Aix-la-Chapefle ,  Liège,  Maestricht,  Cologne  et  dans  les 
mêmes  lieux  que  les  18  et  19  février.  (C.  A.;  P.  T.,  t.  XLIX,  p.  893;  G.  F., 
19  juin.) 

—  19  novembre,  à  Cologne,  Liège,  Bonn,  Limbourg  et  tout  le  pays  d'entre 
Meuse  et  Rhin,  une  secousse  de  trente  secondes.  (G.  F.,  4  déc.;  C.  A.;  P.  T., 
t.  XLIX,  p.  893.) 

1757.  —  18  janvier,  en  Alsace  et  dans  la  Franche-Comté,  quelques  secousses. 
(C.A.) 

—  6  août,  tremblement  à  Bâie;  le  même  jour  à  Milan  et  à  Syracuse.  (V.  H.) 

—  27  et  28  octobre,  au  Havre  et  à  Pont  l'Évèque,  deux  secousses;  la  première 
a  duré  trois  minutes  et  la  seconde  deux  minutes.  (G.  F.,  5  nov.  ;  C.  A.) 

—  8  novembre,  secousse  légère  à  Bàle.  (V.  H.;  Acta  Helvetica,  t.  III,  p.  385.) 
1759.  —  10  août,  à  10  h.  15  m.  du  soir,  à  Bordeaux,  tremblement  de  terre 

précédé  d'un  bruit  souterrain  qui  dura  deux  ou  trois  secondes ,  et  qui  durait  encore 
lorsqu'on  sentit  deux  violentes  secousses  de  même  durée;  la  direction  était  de  l'ouest 
au  nord-est;  la  basse  région  de  l'air  était  couverte  de  nuages  fort  agités,  quoique 
le  temps  fût  très-calme;  la  voûte  de  Notre-Dame  se  détacha  en  partie  et  une  maison 
s'écroula  sur  ses  fondements  à  Larmont,  à  une  lieue  de  Bordeaux. 

On  éprouva  à  Limoges  et  dans  le  Limousin  une  secousse  d'environ  une  minute, 
précédée  d'un  bruit  souterrain.  (C.  A.) 


44  MÉMOIRE 

1760.  —  19,  20  et  21  janvier,  à  Amsterdam,  Leyde  et  Utrecht,  quelques  se- 
cousses. 

Le  20 ,  légères  secousses  à  Paris  et  à  Versailles. 

Lemêmejour,  une  secousseàVézelay,  en  Bourgogne.  (G.F.,2févr.  et  8  mars;  G.  A.) 
.  —  20  juin,  vers  les  11  heures  du  matin,  à  Bruxelles  et  dans  quelques  autres 
lieux  du  Brabant,  à  Cologne,  secousses  plus  légères  que  celles  du  20  janvier  précé- 
dent. (G.  A.) 

—  16  juillet,  à  Bruxelles  et  dans  plusieurs  villes  du  Brabant,  trois  ou  quatre 
secousses  d'un  tremblement  par  ondulation.  (G.  A.). 

1761.  — 18  janvier,  à  10  heures  du  soir,  à  Tuyglins,  près  de  Grenoble,  ouragan 
terrible  pendant  lequel  on  sentit  trois  secousses  de  tremblement  de  terre.  La  terre 
s'entr'ouvrit  et  il  en  sortit  encore  des  flammes  quelques  jours  après.  (J.  E.  ; 
15  février.) 

—  16  octobre,  entre  8  et  9  heures  du  matin,  à  Verpillère  et  dans  les  villages 
voisins  sur  la  route  de  Lyon  à  Grenoble,  secousse  avec  bruit  qui  épouvanta  les  ani- 
maux. (G.  F.,  24  mai  1762.) 

—  15  novembre,  2  heures  et  demie  du  matin ,  à  Genève,  légère  secousse  accom- 
pagnée de  bruits  sourds  pendant  l'apparition  d'un  météore.  C'était  un  globe  im- 
mense qui  se  changea  en  traînée  et  se  dissipa  ensuite  avec  une  explosion  assez  forte. 
On  crut  être  dans  les  plus  profondes  ténèbres  après  l'explosion,  quoique  le  ciel  fût 
serein  et  qu'il  y  eût  de  la  lune.  Il  allait  du  sud  à  l'ouest. 

Deux  habitants  près  de  Moulins  en  virent  un  à  peu  près  à  la  même  heure ,  qui , 
lorsqu'il  s'approcha  de  terre ,  parut  du  volume  et  de  la  forme  d'une  gerbe  enflam- 
mée. (G.  F.;  28nov.) 

1762. —  11  janvier,  le  soir,  près  de  Montfort  l'Amaury  (Seine  et  Oise),  après  des 
orages  du  jour ,  plusieurs  secousses  de  l'est-sud-est  à  l'ouest-nord-ouest.  (A.  P. , 
an  1762,  p.  36;  Coll.  acad.,  t.  XII ,  p.  45.) 

—  5  mai,  à  9  h.  28  m.  du  soir,  à  Verpillère,  sur  la  route  de  Lyon  à  Grenoble, 
secousse  d'une  minute  avec  bruit  souterrain.  Les  animaux  parurent  très-épouvan- 
tes, les  chevaux  hennirent.  (G.  F.,  24  mai.) 

—  23  juillet,  à  7  h.  Va  du  soir,  à  Arles,  légère  secousse,  temps  très-serein  et 
très-chaud.  (G.  F.,  6  août.) 

—  31  juillet,  à  1  heure  après  midi,  à  Bonn,  secousse  précédée  d'un  bruit  sou- 
terrain. Vers  minuit ,  le  même  bruit  fut  suivi  de  nouvelles  secousses  plus  fortes 
que  la  première;  elles  durèrent  trente  secondes. 

—  Le  1"  août,  deux  nouvelles  secousses.  (G.  F.,  15  août.) 

—  Le  l"'  août,  à  11  heures  du  matin,  on  ressentit  à  Bruxelles  un  tremblement 
qui  dura  10  à  20  secondes.  (Communication  de  M.  Quetelet.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  43 

1763.  —  H  mars,  à  10  heures  du  soir,  à  Rayonne,  secousse  très-faible. 

Le  lendemain ,  à  4  heures  et  quelques  minutes  du  matin ,  une  deuxième  secousse 
réveilla  quelques  personnes. 

Le  15,  à  1  heure  et  Va  du  matin,  on  ressentit  à  Pau  une  secousse  assez  forte, 
avec  bruit  souterrain  semblant  venir  des  Pyrénées.  (G.  F.,  8  avril.) 

—  11  juillet,  à  7  h.  32  m.  du  malin ,  à  Nîmes,  légère  secousse  de  l'ouest  à  l'est, 
durant  quelques  secondes. 

Le  lendemain ,  à  7  heures  du  matin ,  à  Avignon ,  Aix  et  Tarascon ,  secousse  très- 
sensible  pendant  5  à  G  secondes,  avec  bruit  souterrain.  (G.  F.,  25  et  29  juillet; 
A.  P.,  an  1763,  p.  19;  Coll.  acad.,  t.  XIII,  p.  85.) 

—  18  octobre,  dans  le  Roussillon,  crue  d'eau  épouvantable  attribuée  à  un 
tremblement  de  terre.  (A.  P.,  an  1704,  p.  35.) 

1764.  —   6  janvier,  tremblement  à  Bâle.  (V.  H.) 

1765.  — 14  février,  à  Abbeville  et  surtout  du  côté  de  Saint-Valery ,  une  lé- 
gère secousse.  Au  nord ,  on  n'a  entendu  qu'un  bruit  sourd  et  extraordinaire  ve- 
nant de  la  mer.  (G.  F.,  8  mars.) 

—  8  avril,  10  heures  du  soir,  à  Limoges  et  dans  toute  la  basse  Marche,  trois 
violentes  secousses ,  les  deux  dernières  avec  bruit  pareil  au  tonnerre  dans  l'éloi- 
gnement.  (G.  F.,  19  et  21  avril.) 

—  19  mai ,  à  10  h.  45  m.  du  matin,  dans  le  pays  de  Foix ,  une  secousse  de  près 
de  2  minutes,  puis  10  à  12  minutes  après,  deux  autres  secousses  légères. 
A  H  h.  15  m. ,  on  en  ressentit  une  à  Toulouse,  durant  3  secondes.  Direction  du 
nord  au  sud.  (G.  F.,  31  mai;  J.  E.,  1"  juin;  A.  P.,  an  1765,  p.  23;  G.  A., 
t.  XIII,  p.  157.) 

—  19  juin,  à  11  heures  du  matin,  dans  les  Pyrénées,  tremblement  de  terre 
de  1  minute  sur  une  étendue  de  17  lieues.  (J.  E.,  15  juillet.) 

1766.  —  8  juillet ,  vers  les  3  heures  après  midi ,  à  Briançon  et  Mont-Dauphin, 
deux  fortes  secousses  avec  bruit ,  dirigées  du  nord  au  sud.  (G.  F.,  25  juillet;  J.  E  , 
1"  août.) 

—  23  septembre ,  à  6  heures  du  matin ,  à  Lyon ,  faible  tremblement.  (  Ex- 
trait des  registres  de  l'observatoire  de  Lyon,  communiqué  par  M.  Aug.  Bravais.) 

1767.  —  20  janvier,  à  Lippstadt,  Rithberg,  Gutersiohe  et  Herford,  une  se- 
cousse. On  en  a  ressenti  à  Munster,  Osnabruck  et  Paderborn.  (G.  F.,  6,  16  et 
20  février;  J.  E.,  15  février.) 

On  en  avait  éprouvé  dès  l'avant-veille  et  la  veiHe  en  Allemagne. 

—  9  février,  à 4  heures  du  matin,  à  Grasse,  trois  fortes  secousses,  ressenties 
plus  vivement  encore  à  Nice,  à  Gènes  et  surtout  à  Venise.  (G.  F.,  9  mars.) 

—  7  avril ,  à  1  h.  30  m.  du  malin ,  à  Bourgneuf  (Loire-Inférieure),  violente  se- 


46  MÉMOIRE 

cousse  avec  bruit  de  l'est-sud-est  à  l'ouest-nord-ouest.  Une  demi-heure  après ,  un 
grand  coup  de  tonnerre  où  le  bruit  du  tremblement  a  paru  finir. 

Le  même  jour ,  à  2  heures  du  matin ,  à  Nantes  ,  une  légère  secousse  avec  bruit 
pareil  à  celui  d'un  chariot.  La  veille,  il  avait  fait  un  grand  vent.  (G.  F.,  17  avril 
et  15  mai.) 

1767.  —  15  avril ,  à  1  heure  du  matin ,  à  Mulhouse;  une  secousse  plus  forte  en 
Allemagne.  Au  moment  de  cette  secousse ,  on  aperçut  de  Vagelsbourg  un  nuage 
sulfureux  et  oblong  du  côté  de  Cassel,  où  la  commotion  fut  ressentie.  (G.  F.,  1,  8, 
25  et  29  mai.) 

—  29  juin ,  à  3  h.  9  m.  du  matin ,  à  Cologne  et  dans  toute  la  province  de  Clèves , 
une  violente  secousse  qu'on  a  aussi  ressentie  à  Sedan  et  à  Bouillon.  (G.  F.,  3  et 
17  juillet;  J.  E.,  15  juin,  le  numéro  n'a  paru  qu'en  juillet.) 

1768.  —  3  avril  (jour  de  Pâques),  à  Pau,  violente  secousse  d'une  minute. 
(G.  F.,  18  avril;  Cotte,  Mém.  des  savants  étrangers,  t.  VII,  p.  479.) 

—  25  avril,  à  l'Orient,  secousse  ondulatoire.  (Cotte,  ibid.,  p.  479.) 

1769.  — 18  novembre,  à  4  heures  du  matin,  à  Avignon,  violentes  secousses  avec 
bruit  semblable  à  un  coup  de  vent ,  pendant  une  minute  et  demie.  Direction  du 
sud  au  nord  et  du  nord  au  sud.  Un  quart  d'heure  après,  pluie  extraordinaire. 
Elles  furent  plus  sensibles  à  deux  lieues  à  Roquemaure  et  à  Bédarrides,  où  elles 
renversèrent  des  maisons.  (G.  F.,  15  déc.) 

Richard ,  Hist.  des  Met. ,  t.  VIII,  p.  505,  donne  la  date  du  18  novembre. 

—  1"  décembre,  un  peu  après  6  heures  et  demie  du  soir,  à  Paris,  Saint- 
Cloud,  Montmorency,  à  Dieppe,  une  violente  secousse  qui  fit  craindre,  à  Rouen, 
l'écroulement  des  maisons,  et  fut  peu  sensible  aux  environs. 

Le  même  jour,  à  10  h.  Va  du  soir ,  à  Houlme ,  village  à  une  lieue  de  Rouen ,  deux 
secousses  plus  vives.  On  aperçut  au  ciel  une  lumière  brillante. 

A  Versailles,  la  première  secousse  avait  eu  lieu  à  6  h.  36  m. 

A  Elbeuf ,  les  secousses  furent  violentes;  la  Seine  mugissait  et  bouillonnait,  et  on 
vit  une  multitude  d'étoiles  filantes  qui  laissaient  des  traînées  beaucoup  plus  enflam- 
mées que  les  corps  eux-mêmes.  (G.  F.,  8  et  15  décembre;  J.  E.,  15  déc;  A.  P.,  an 
1769,  p.  23;  Coll.  acad.,  t.  XIV,  p.  124;  Richard,  Hist.  des  Met.,  t.  VIII,  p.  506.) 

1770.  —  20  mars,  secousses  à  Râle.  (V.  H.) 

—  9  juin,  à  10  h.  58  m.  45  s.,  à  Cologne,  secousses  réitérées  de  14  à  16  secondes. 
On  en  a  ressenti  à  Maestricht  à  H  heures.  (G.  F.,  25  juin.) 

—  29  juillet ,  à  5  heures  et  qaelques  minutes  du  soir ,  à  Belley ,  Rourg  et  Lyon , 
deux  ou  trois  secousses  de  trente  secondes.  Elles  avaient  deux  directions  parallèles 
de  l'est  à  fouest.  (G.  F.,  17août;Reg.  de  l'Observatoire  de  Lyon.  Comm.par  M.  Aug. 
Bravais.)  ,         .^ 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  47 

1769.  —  9  octobre,  à  7  h.  V4  du  matin ,  à  Lyon ,  la  Claire,  Balmont  et  Ambérieux 
(Bugey),  légères  secousses.  (Extrait  des  Reg.  de  l'Observ.  de  Lyon,  communiqué  par 
M.  Aug.  Bravais.) 

—  9  octobre,  secousse  à  Bâie.  (V.  H.) 

4771.  —  H  août,  9  beures  du  matin.  A  Memmingen,  Dourlach,  Stuttgardt, 
Scbaffbouse,  dans  les  environs  d'Augsbourg,  sur  une  étendue  de  pays  de  60  lieues  de 
longueur  et  40  de  largeur,  jusques  aux  bords  du  Rliin,  des  secousses  si  violentes 
que  le  service  divin  fut  interrompu;  les  prêtres  quittèrent  l'autel.  (G.  F.,  9  et  11 
octobre.  ) 

Je  doute  que  ce  fait  doive  figurer  dans  ce  catalogue? 

1772.  —  2  janvier,  entre  6  et  7  heures  du  matin,  à  Partbenay  (Deux-Sèvres), 
une  forte  secousse  qui  a  renversé  des  meubles. 

Le  9 ,  à  7  heures  du  matin ,  une  nouvelle  secousse  avec  bruit  pareil  à  celui  des 
voitures,  renversa  des  édifices.  Le  Thoué  sortit  de  son  lit  deux  minutes  auparavant. 
A  9  heures  du  matin,  une  secousse  très-légère. 

Le  10,  à  7  et  9  heures  du  matin,  à  Poitiers,  deux  secousses  assez  fortes.  (G.  F., 
24  janv.) 

—  8  mars,  vers  midi,  à  Brétignolles,  près  Chinon  (Indre  et  Loire),  deux  se- 
cousses d'un  mouvement  vertical ,  avec  bruit  sourd  comme  d'une  explosion  éloignée 
(A.  P.,  an  1772,  p.  15;  Coll.  acad.,  t.  XV,  p.  23.) 

—  19  avril,  à  9  h.  Va  du  matin ,  à  Josselin  (Bretagne),  secousse  de  trois  secondes, 
plus  vive  dans  les  montagnes  à  angles  saillants.  Direction  du  nord-est  au  sud-ouest. 
(G.  E.,  25  mai.) 

—  8  juin ,  entre  midi  et  1  heure,  à  Clanssayes  (Dauphiné) ,  léger  tremblement;  à 
5  heures ,  trois  secousses  bien  marquées. 

Le  9 ,  quelques  secousses  ressenties  aussi  dans  le  voisinage. 

Le  1 1 ,  à  5  heures  du  matin ,  nouvelles  et  violentes  secousses.  Depuis ,  bruit  sembla- 
ble à  celui  de  plusieurs  coups  de  canon  dans  le  lointain,  pendant  tout  le  mois  de  juin, 
par  intervalles ,  avec  légères  secousses  dont  la  direction  était  alors  de  l'ouest  à  l'est. 

En  juillet,  août,  septembre  et  octobre,  rien.  (Faujas  de  Saint-Fond,  Hist.  nat. 
du  Dauphiné,  1. 1,  p.  320.) 

—  24  juin,  à  9  h.  39  m.  du  matin,  au  Puy,-  secousse  assez  forte,  de  deux 
secondes  de  durée  et  avec  bruit  pareil  à  celui  d'une  voiture.  Sur  les  1 1  heures 
du  matin ,  secousses  violentes  pendant  une  seconde ,  dans  l'étendue  de  la  subdélé- 
gation de  Saint-Bonnet-le-Château ,  généralité  de  Lyon.  (G.  F.  ,  6  et  24  juillet; 
J.  E.,  1"  juillet.) 

—  31  juillet,  à  2  h.  41  m.  du  soir,  à  la  Rochelle,  une  légère  secousse  du 
sud  au  nord ,  avec  un  bruit  semblable  à  celui  d'une  voiture  roulant  avec  vitesse. 


48  MÉMOIRE 

On  croit  qu'il  y  avait  eu  une  première  secousse  à  11  heures  et  demie.  'G.  F.,  24 
août;  M.  F.,  septembre.) 

1772.  —  Octobre,  dans  les  montagnes  du  Béarn  (Pyrénées),  tremblement  qui 
renversa  le  village  d'Arudi.  (Palassou,  Mém.,  p.  266.) 

—  Du  1"  au  29  novembre,  à  Clanssayes,  de  temps  en  temps,  du  bruit  et  de 
légers  ébranlements. 

Le  29,  une  secousse  courte,  mais  vive. 

Du  29  novembre  au  6  janvier  suivant ,  quelques  légères  secousses  ,  mais  bruit 
presque  journalier.  (Faujas  de  Saint-Fond,  ibid.,  p.  321.) 

—  23  décembre ,  à  6  h.  37  m.  du  soir ,  au  Havre  et  dans  les  environs ,  une  se- 
cousse assez  considérable  avec  bruit  souterrain.  (G.  F.,  1"  janvier  1773.) 

—  23  décembre ,  à  11  heures  et  demie  du  soir ,  à  Prades  (Roussillon) ,  une  se- 
cousse de  deux  secondes  ,  précédée  d'un  bruit  sourd ,  paraissant  venir  du  côté  de 
l'occident.  (G.  F.,  18  janvier  et  M.  F.,  février  1773.) 

1773. — 16  janvier,  à  4  heures  */i  du  soir,  à  Clanssayes ,  deux  ébranlements  vio- 
lents; la  terre  fut  souvent  agitée  toute  la  nuit  suivante. 

Le  18,  vers  sept  heures  du  matin,  une  forte  secousse;  une  heure  et  demie 
après ,  quatre  secousses  si  violentes  que  beaucoup  de  pierres  se  détachèrent  des 
murailles.  Les  fortes  secousses  étaient  accompagnées  d'un  vent  frais  et  vif,  qui  ne 
durait  qu'autant  que  le  bruit  et  les  tremblements.  Dans  tout  le  reste  de  la  journée, 
de  très-légères  secousses  avec  beaucoup  de  bruit.  A  8  h.  */*  du  soir,  nouvelle  se- 
cousse effrayante  et  terrible;  plusieurs  maisons  reçurent  des  dommages. 

Les  19 ,  20,  21  et  22,  beaucoup  de  bruit  et  de  faibles  secousses. 

Le  23 ,  à  4  heures  du  soir ,  on  ressentit  les  trois  plus  fortes  secousses  qu'on  eût 
alors  éprouvées.  Il  y  eut  de  grands  dommages.  Ce  tremblement  se  prolongea  jus- 
qu'à Suze,  Valréas,  La  Garde,  Pierrelatte,  Montélimar,  etc.,  et  même  au  delà  du 
Rhône ,  dans  la  direction  de  Saint-Andéol  et  de  Viviers. 

A  Tulette,  à  3  lieues  de  Clanssayes,  l'auteur  auquel  j'emprunte  cette  citation 
observa  le  phénomène  suivant  :  des  saucissons  étaient  suspendus  à  une  perche  par 
des  fds  très-longs ,  qui  semblaient  faire  effort  pour  garder  leur  aplomb  dans  la 
partie  la  plus  rapprochée  de  la  perche ,  tandis  qu'un  mouvement  d'attraction  et  de 
répulsion  agitait  respectivement  chaque  saucisson ,  d'une  manière  semblable  à  celle 
des  battants  suspendus  dans  le  carillon  électrique.  Ce  mouvement  se  manifesta  en 
même  temps  que  le  bruit  et  précéda  le  tremblement  de  terre;  il  ne  fut  point 
interrompu  par  la  cessation  des  commotions,  et  ne  se  ralentit  pas  par  degrés 
comme  dans  l'agitation  ordinaire  d'un  corps  mis  en  mouvement,  mais  il  cessa 
subitement  d'une  manière  prompte  et  sèche,  si  je  puis  m'exprimer  ainsi,  ce  qui, 
ajoute  l'auteur,  me  parut  tenir  de  très-près  à  l'électricité. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         49 

'  Le  24,  quelques  secousses  mêlées  de  bruit. 

Le  25,  une  simple  commotion. 

Les  2G,  27,  28  et  29,  du  bruit  et  quelques  ébranlements  légers  pendant  la 
nuit. 

Le  30,  à  6  heures  du  matin ,  deux  secousses;  la  dernière  forte;  un  bruit  souter- 
rain par  intervalle. 

La  nuit  du  30  au  31 ,  quelques  secousses ,  une  entre  autres  terrible  ;  le  bruit , 
celle  fois,  s'annonça  en  même  temps  que  la  commotion. 

Le  31 ,  à  il  heures  du  matin ,  une  secousse,  mais  moins  considérable.  (Faujas 
de  Saint-Fond,  Mém.,  p.  321;  G.  F.,  12  et  22  fév.;  J.  E.,  1"  avril;  M.  F., 
mars.) 

1773. — 28  janvier,  à  Saint-Savin  (Poitou),  quelques  secousses  suivies  d'un  orage 
si  violent  qu'il  renversa  des  maisons  et  déracina  des  arbres  dans  une  étendue  de 
plus  de  trois  lieues.  (G.  F-,  19  février.) 

Les  1,  2  et  3  février,  au  village  de  Clanssayes,  plusieurs  secousses  médiocres;  trois 
beaucoup  plus  sensibles  dans  les  fermes  situées  du  nord  au  couchant. 

Le  4,  à  2  heures  après  midi ,  les  fermes  de  cette  position  éprouvèrent  un  ébran- 
lement très-fort,  à  peine  sensible  au  village. 

Les  5  et  6,  rien.  •  i' 

Le  7,  à  1  h.  V*  du  matin,  nouvelle  secousse  presqu'aussi  forte  que  celle  du  23 
janvier,  mais  qui  dura  quatre  secondes  de  plus;  nouveaux  désastres  qui  augmen- 
tent de  jour  en  jour. 

La  direction  des  secousses  avait  presque  toujours  été  depuis  le  commencement 
jusqu'à  ce  jour ,  du  levant  au  couchant ,  et  le  point  tixe  d'oii  partaient  toutes  les 
commotions  paraissait  n'être  qu'à  environ  mille  pas  du  village,  situé  sur  un  ma- 
melon appelé  le  Saull  de  la  pierre,  élevé  de  70  toises  et  taillé  à  pic  au  midi. 

Lorsque  les  secousses  étaient  violentes ,  les  paysans  assuraient  unanimement 
qu'ils  sentaient  un  frémissement  pareil  à  celui  qu'occasionneraient  un  grand  nom- 
bre de  carrosses  qui  rouleraient  rapidement  tous  ensemble  sur  le  pavé. 

Les  grandes  secousses  étaient  ordinairement  précédées  et  suivies  par  un  tour- 
billon d'un  vent  frais  si  fort  qu'il  arrêtait  les  hommes  et  les  animaux  lorsqu'ils 
marchaient;  ceux-ci  en  étaient  effrayés. 

Les  secousses  avaient  un  mouvement  d'oscillation  horizontal ,  brusque ,  préci- 
pité et  inégal,  plus  ou  moins  violent  en  raison  de  la  force  et  de  l'étendue  des  com- 
motions. Il  ne  s'élevait  aucune  exhalaison  sensible  qui  manifestât  la  moindre 
odeur,  soit  dans  le  jour,  soit  pendant  la  nuit.  Les  puits  et  les  fontaines  donnaient 
de  l'eau  comme  à  l'ordinaire  sans  être  altérée  en  aucune  manière ,  et  leur  tempéra- 
ture restait  toujours  au  même  degré. 

Toa.  XVIII.  7 


30  MÉMOIRE 

Depuis  le  7  février  jusqu'au  15  l'on  éprouva  diverses  secousses;  elles  partaient 
alors  de  dessous  Clanssayes  et  se  prolongeaient  du  côté  de  Saint-Raphaël  (village 
éloigné  d'une  lieue),  où  elles  renversèrent  plusieurs  cheminées. 

Le  15,  à  11  h.  Va  du  matin,  une  secousse  très-courte,  mais  des  plus  violentes.  :. 

Du  15  au  22,  quelques  légères  commotions;  le  bruit  et  les  tremblements  s'affai- 
bhssaient  à  Clanssayes,  mais  augmentaient  dans  la  partie  sud-ouest.  Il  arrivait 
même  quelquefois  qu'on  n'entendait  que  le  bruit  à  Clanssayes  et  que  les  ébranle- 
ments se  manifestaient  du  côté  de  Saint-Raphaël. 

Le  22,  entre  8  et  9  heures  du  matin,  trois  secousses  assez  fortes  avec  un  bruit 
éclatant. 

Le  23,  rien. 

Le 24,  entre  8  et  9  heures  du  malin,  trois  nouvelles  secousses  violentes;  mu- 
railles renversées. 

Le  25,  ébranlements  légers  à  Clanssayes,  tandis  qu'à  Saint-Raphaël  les  secousses 
devinrent  violentes. 

De  ce  jour  au  1"  juin  ,  le  village  de  Clanssayes  fut  assez  tranquille  et  n'éprouva 
que  quelques  légères  secousses  par  intervalle  :  mais  ce  qu'il  y  eut  d'extraordi- 
naire, c'est  qu'elles  furent  très-violentes  à  Saint-Raphaël  et  qu'elles  remontaient 
vers  une  partie  du  territoire  de  Clanssayes  qui  avait  été  épargnée  jusqu'alors. 
(Faujas  de  Saint-Fond,  ibid.,  pp.  524  et  suiv.) 

1775. — 2  février,  à  4  h.  Va  du  matin,  à  Saint-Jean-Pied-de-Port  (Navarre),  deux 
secousses  qui  ont  duré  plus  de  2  minutes.  (G.  F.,  19  fév.) 

—  15  avril,  entre  midi  et  1  heure,  à  Saint-Malo,  une  secousse  plus  violente  à  pro- 
portion de  la  proximité  de  la  mer,  avec  bruit  pareil  à  un  tonnerre  éloigné.  Direction 
du  nord-ouest  au  sud-est;  durée,  une  minute  Elle  a  été  plus  sensible  sur  les  hau- 
teurs et  les  falaises;  des  pendules  se  sont  arrêtées.  On  en  ressentit  une,  à  1  h.  */*» 
à  l'île  de  Guernesey,  avec  bruit  souterrain.  Il  y  en  eut  une  seconde  le  lendemain. 

Ce  même  jour  15  avril,  à  2  heures  du  soir,  et  le  25,  à  11  h.  V*  du  soir,  à 
Pléneuf  (diocèse  de  S'-Brieuc),  deux  secousses  plus  fortes  dans  les  lieux  bas, 
avec  un  bruit  souterrain  comme  un  tonnerre  éloigné.  Direction  du  nord -ouest  au 
sud-est.  La  secousse  du  25  fut  ressentie  sur  toute  la  côte  du  Cotentin.  Toutes  fu- 
rent ressenties  à  Dol  et  dans  l'île  de  Jersey.  (G.  F.,  50  avril,  7,  10,  21  et  51  mai.) 

—  1"  juin,  à  4  heures  du  matin,  à  Clanssayes,  bruit  fréquent  et  très-marqué  qui 
se  manifesta  jusqu'à  midi  sans  commotion  :  ce  ne  fut  qu'à  2  h.  '/a  du  soir  qu'on 
ressentit  une  terrible  secousse  sans  bruit. 

Le  2,  bruit  sans  commotion.  On  n'éprouva  rien  dans  le  reste  du  mois. 

—  7  juillet,  dans  la  matinée, 'dans  la  partie  occidentale  du  territoire  de  Clans- 
sayes, trois  secousses  très-fortes  à  peine  sensibles  au  village.  ...  u»jJ 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         51 

De  ce  jour  jusqu'au  15  octobre  suivant,  très-peu  de  chose  à  Glanssayes,  mais  de 
temps  en  temps,  des  secousses  très-fortes  à  S'-Raphaël.  (Faujas  de  S'-Fond,  Und., 
p.  327.) 

1775.  —  8  août ,  à  4  h.  Vs  du  soir,  à  Luxembourg,  forte  secousse  qui  s'étendit 
jusqu'à  Vienne.  (G.  F. ,  27  août.) 

—  Commencement  de  septembre,  vers  10  heures  du  soir,  dans  la  vallée  d'Os- 
sau  (  Pyrénées  ) ,  une  secousse  légère  dans  les  terrains  calcaires ,  très-forte  dans  les 
roches  granitiques.  (Palassou,  Mém.) 

—  13  octobre,  à  -4  heures  du  soir,  à  Glanssayes  ,  trois  fortes  secousses,  dont  une 
fut  suivie  d'un  bruit  considérable;  la  secousse  fut  une  commotion  verticale  qui 
suivit  la  direction  du  sud  au  nord. 

Le  15,  à  4  heures  du  soir,  trois  légères  secousses.  (Faujas  de  S'-Fond ,  ib.,  p.  328.) 

—  17  octobre,  à  10  h.  '/*  du  matin,  à  Pau,  Gant,  Arudi,  deux  secousses  du  sud 
au  nord-est.  :  >  .  •  .î  •  ^f 

Le  18,  à  5  h.  V*  du  malin;  le  19,  à  5  heures,  et  le  22,  à  6  heures  du  matin,  en- 
core trois  nouvelles  secousses.  (G.  F.,  5  nov.;  J.  E.,  janv.  1774.) 

—  25  novembre,  à  Glanssayes,  quelques  secousses  médiocres  avec  bruit. 

Les  commotions  et  le  bruit  s'aifaiblirent  dans  le  mois  de  décembre,  de  façon 
qu'à  la  fin  de  ce  mois  l'on  n'entendit  ni  l'on  ne  ressentit  plus  rien. 

Il  n'en  fut  pas  de  même  du  côté  de  S'-Raphaël,  où  les  tremblements  de  terre  re- 
doublèrent et  durèrent  tout  ce  mois.  Après,  le  calme  régna  totalement  comme  aux 
lieux  voisins.  Mais  ces  villages  avaient  été  presque  entièrement  ruinés,  surtout 
Glanssayes,  perché  sur  la  sommité  d'une  montagne  parmi  de  grands  blocs  de  grès 
rompus,  n'ayant  pour  base  qu'un  sable  mêlé  d'argile  et  situé,  d'un  côté,  sur  le  bord 
d'un  principe  effrayant.  (Faujas  de  S'-Fond,  ihid.,  p.  528.) 

—  31  décembre,  à  I  h.  ^k  du  matin,  à  Mont-Dauphin  et  dans  les  villages  voisins , 
une  secousse  assez  violente  du  nord  au  sud;  des  murailles  et  des  voûtes  ont  été 
endommagées  (G.  F.,  24  janv.  1774.) 

1774.  —  10  septembre,  à  4  h.  Vs  du  soir,  à  Strasbourg,  Belfort,  Besançon, 
Beaume ,  Bâle ,  plusieurs  secousses  de  l'ouest  à  l'est. 

On  les  ressentit  à  Ratisbonne  et  à  Anspach. 

Dans  le  canton  d'Uri ,  on  en  éprouva  presque  toute  la  journée.  Des  édifices  fu- 
rent renversés.  (G.  F.,  27  sept.,  7  octob.  et  18  nov.) 

1775.  —  4  février,  à  Réthel  en  Champagne,  secousse  ondulatoire  pendant  un 
ouragan.  (V.  H.) 

—  Nuit  du  6  au  7  février ,  à  S'-Savin  et  dans  plusieurs  villages  près  de  Bour- 
going ,  une  violente  secousse  qui  fut  précédée  d'un  bruit  souterrain  semblable  à  celui 
du  tonnerre.  (G.  F. ,  10  mars.) 


52  H  MÉMOIRE 

1775.  —  30  avril,  à  9  h.  */2  du  soir,  au  Villar,  généralité  d'Auch,  deux  secousses 
ressenties  aussi  à  la  barre  de  Nortes,  dans  les  Pyrénées ,  où  il  y  en  eut  une  troisième 
à  10  h.  Vi ,  mais  non  accompagnée  de  bruits  souterrains  comme  les  deux  premières. 
Toutes  furent  dirigées  de  l'est  à  l'ouest.  (G.  F. ,  22  mai.) 

—  6  octobre,  à  7  h.  53  m.  du  soir,  à  Vico  (Corse),  une  secousse  assez  vio- 
lente. 

Le  22,  à  2  h.  12  m.  du  matin,  quatre  nouvelles  secousses  du  sud-est  au  sud-ouest. 
Une  maison  fut  renversée.  On  ne  sait  pas  si  la  mer  fut  aussi  agitée  que  la  pre- 
mière fois.  On  remarqua  un  bruit  pareil  à  l'explosion  d'une  mine.  (G.  F.,  20  nov.) 

—  30  octobre,  à  Tournon,  une  secousse  accompagnée  d'un  coup  de  vent.  (Cotte, 
Mém.  des  savants  étrang.,  ib.) 

—  30  décembre,  vers  10  h.  ^ji  du  matin,  à  Toulouse,  une  légère  secousse  de 
l'est  à  l'ouest. 

A  Corbeil ,  Messier  la  remarqua  en  forme  de  soulèvement  incliné  du  nord-ouest 
au  sud-est,  à  10  h.  42  m. 

A  Alençon,  à  10  h.  34  m.,  deux  secousses;  la  première  plus  forte  et  d'une  demi- 
minute,  avec  un  bruit  pareil  à  celui  d'un  carrosse  roulant.  Un  puits  profond  de  45 
pieds  a  eu  ses  eaux  troublées  et  rendues  noirâtres  ;  les  seaux  devinrent  noirs  après 
deux  ou  trois  immersions. 

A  Mortagne,  trois  secousses  de  plus  en  plus  fortes  et  à  direction  verticale. 

A  Segré  (Maine-et-Loire),  le  tremblement  de  terre  fit  bouillonner  les  ruisseaux 
qui  coulaient  du  sud-ouest  au  nord-est,  et  ne  fit  rien  sur  ceux  qui  coulaient  du 
nord-est  au  sud-ouest.  Les  villages  des  vallées  qui  n'étaient  pas  dominées  par  des 
montagnes  au  sud-est,  n'ont  presque  rien  ressenti. 

Au  Havre,  à  10  h.  43  m.,  une  légère  secousse  de  l'ouest  à  l'est  pendant  5  se- 
condes. 

A  Caen,  à  10  h.  32  m.,  le  bruit  paraissait  venir  du  sud-ouest;  il  a  duré  deux  ou 
trois  secondes  et  a  été  suivi  de  trois  fortes  secousses  qui  ont  duré  5  ou  6  se- 
condes. Ces  secousses,  accompagnées  d'un  soulèvement  sensible ,  venaient  du  sud- 
ouest  au  nord-est.  Elles  ont  été  suivies  d'un  nouveau  bruit  pendant  lequel  on  a 
remarqué  une  espèce  dé  frémissement.  Des  ouvriers ,  dans  une  carrière  profonde 
près  de  l'abbaye  de  S^-Trinité  ,  ont  entendu  un  bruit  effroyable ,  et  pendant  les  se- 
cousses leurs  chandelles  s'éteignirent  tout  à  coup.  Des  voûtes  se  fendirent,  des  che- 
minées furent  renversées,  ainsi  que  quelques  maisons. 

A  Saint-Lo  et  à  Falaise ,  les  secousses  furent  encore  plus  fortes  ;  elles  furent  sen- 
ties en  mer  par  des  barques;  mais  les  eaux  de  l'Orne  ne  furent  pas  agitées. 

On  remarqua  une  quatrième  secousse  à  11  heures,  et  une  cinquième  le  1"  jan- 
vier, laquelle  renversa  une  maison  à  Hérouville. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         55 

Le  lendemain  du  tremblement ,  c'est-à-dire  le  51 ,  il  échoua  un  énorme  cétacé  à 
la  pointe  de  S"-Marie-du-Mont.  (G.  F.,  5,  8,  12,  19,  29  janv.,  9  fév.  et  27 
mars  1776.) 

1776.  —  30  janvier,  à  Brest  et  à  Landernau  (Bretagne),  secousse  ondulatoire. 
(Cotte,  youm.  depfiys.,  t.  LXV,  p.  251.) 

—  14 avril,  secousses  dans  le  Poitou,  à  la  Rochelle  et  à  File  d'Oléron.  (Cotte, 
Jour,  dephys.^  ib.) 

—  24  avril,  à  1  heure  du  matin,  à  Perpignan,  deux  secousses.  (G.  F.,  10  mai; 
Cotte,  ibid.;  Palassou,  Mém.) 

—  30  avril,  nouvelles  secousses  en  Poitou,  à  la  Rochelle  et  à  l'île  d'Oléron. 
(Cotte,  ib.) 

Le  même  jour,  tremblement  à  la  Barthe  de  Neste,  dans  les  Pyrénées.  (Palassou , 
Mém.) 

—  4  août,  à  Carcassonne,  une  forte  secousse.  (Cotte,  ibid.) 

—  28  novembre  ,  à  3  h.  15  m .  du  matin ,  à  Manheim ,  deux  fortes  secousses  qui 
ont  duré,  l'une  une  minute  et  quelques  secondes,  et  l'autre  une  minute,  dans  la 
direction  du  nord-ouest  au  sud-est.  Les  maisons  s'écroulèrent,  les  cloches  sonnèrent 
d'elles-mêmes. 

A  l'observatoire ,  on  s'assura  que  les  secousses  avaient  été  verticales.  Un  fd  à 
plomb  de  10  pieds  ne  fut  pas  altéré;  la  boussole  dont  l'aiguille  avait  un  pied  de 
longueur,  dévia  de  trois  minutes.  L'air  était  calme. 

Le  même  jour,  à  8  h.  10  m.  du  matin,  à  Calais  et  à  Dunkerque ,  une  forte  secousse 
en  deux  reprises  consécutives ,  dans  un  espace  de  3  secondes.  Direction  du  nord 
au  sud.  On  l'a  ressentie  à  Douvres.  (G.  F.,  9  déc.  et  27  janv.  1777.) 

—  19  décembre,  à  Spire,  une  secousse.  (Cotte,  ibid.) 

—  6  juin,  secousses  à  Naples ,  le  même  jour,  à  Rouen.  (V.  H.,  d'après  Cotte.)  C'est 
Rome  qu'il  faut  lire.  Ce  jour-là ,  les  secousses  s'étendirent  de  Rome  à  la  Sicile,  en 
ébranlant  fortement  Naples,  la  Pouilleetles  Calabres.  (G.  F.,  14,  25  juill.et  11  août.) 

—  13  août,  à  Béon  (vallée  d'Ossau,  dans  les  Pyrénées),  une  très- forte  secousse 
dans  la  direction  de  l'est-sud-est  à  l'ouest-nord-ouest.  Temps  calme  et  couvert. 
(Palassou,  Mém.,  p.  266.) 

1778.  —  2  avril,  à  Manheim,  une  secousse.  (V.  H.) 

—  7  juin,  à  7  h.  53  m.,  à  Pau,  une  forte  secousse  de  quelques  secondes;  elle 
s'étendit  dans  le  pays  de  Foix  et  même  jusqu'à  Bordeaux. 

Le  lendemain,  à  3  heures  du  matin,  deux  secousses  à  Nay.  (G.  F.,  22  juin; 
Palassou,  Mém.,  p.  266.) 

•<   —  18  juin,  à  11  heures  du  matin,  à  Béon   et  sur  plusieurs  autres  points  de  la 
vallée  d'Ossau,  dans  les  Pyrénées,  une  secousse.  (Palassou,  Mém.) 


54  MÉMOIRE 

1778.  —  21  septembre,  à  1  heure  du  matin,  à  Peyrenère  (vallée  d'Aspe,  dans  les 
Pyrénées),  choc  très-fort  qui  paraît  avoir  été  précédé  de  deux  secousses  violentes  la 
veille,  à  9  heures  du  soir,  et  de  quelques  faibles  commotions,  le  18.  (Palassou,  Mém.) 

—  31  décembre,  à  la  Conception,  près  de  Domfront  (Orne),  tremblement  de 
terre.  (Cotte,  ibid.;  Mém.  de  l'institut,  t.  IV,  p.  533.) 

1779.  —  14  juillet,  tremblements  de  terre  à  Rouen  et  en  Suède.  (V.  H.) 

—  20  octobre,  9  heures  du  matin,  à  S'-Girons  (Pyrénées),  bruit  souterrain 
suivi  d'une  légère  secousse.  Trois  quarts  d'heure  après  ,  bruit  plus  intense,  mugis- 
sement et  choc  plus  violent  du  nord-ouest  au  sud-est.  Ce  choc  ne  dura  qu'une 
seconde;  des  pierres  se  détachèrent  des  murailles.  (Palassou,  Mém.) 

—  2  novembre,  une  secousse,  à  Vivonne  en  Poitou.  (Cotte,  ibid.) 

—  5  décembre,  tremblement  à  Rergen ,  entre  Hanau  et  Francfort.  (Cotte ,  iJ)id.) 

—  22  décembre,  vers  6  heures  du  soir,  dans  la  vallée  d'Ossau  (Pyrénées),  une 
secousse. 

Le  28 ,  aux  mêmes  lieux  et  principalement  à  Nay,  une  nouvelle  secousse  plus 
forte  ,  du  sud-ouest  au  nord-est.  (Palassou,  Mém.) 

1780.  —  20  janvier,  minuit  et  demi,  à  Mont-Dauphin  et  Embrun,  une  secousse 
de  deux  secondes  dirigée  du  midi  au  nord,  avec  bruit  souterrain  à  Mont-Dauphin. 
(G.  F.,  18  fév.) 

—  2  février,  secousse  à  Averne  en  Nibousan?  (V.  H.) 

—  26  et  27  février,  deux  tremblements  déterre  à  Coblentz.  (Cotte,  ibid.) 

1780.  —  29  avril ,  secousses  à  la  Rochelle  et  à  Rochefort. 

—  2  mai,  secousses  dans  le  Limousin,  le  Poitou,  l'Aunis  et  la  Dretagne. 
(Cotte,  ibid.) 

—  31  octobre,  à  3  h.  '/a  du  matin,  à  Dijon  ,  plusieurs  secousses  assez  fortes  ac- 
compagnées d'un  bruit  pareil  à  celui  d'un  carrosse  qui  roule  rapidement  sur  le 
pavé. 

Elles  furent  violentes  à  Dourbonne-les-Bains  (Haute-Marne),  où  la  direction  était 
du  sud  au  nord, 

A  Vaivre  et  à  Vesoul ,  une  secousse  de  quatre  secondes  par  oscillation.  Elle  était 
accompagnée  d'un  bruit  ondulant,  au  milieu  duquel  se  fit  entendre  une  explosion 
sourde  et  brusque.  Direction  de  l'ouest  à  l'est.  Une  demi-heure  après,  une  deuxième 
secousse  a  renversé  des  meubles.  (G.  F.,  10  et  14  nov.  et  1"  déc.) 

—  11  décembre,  tremblement  de  terre  à  Haguenau,  en  Alsace.  (Cotte,  ibid.) 

1781.  —  16  avril,  à  S*-Maurice-le-Girard  (Poitou),  une  secousse.  (Cotte,  ibid.) 

—  26  avril ,  plusieurs  secousses  à  Arles  en  Provence.  (Cotte ,  ibid.) 

—  20  juin,  au  bailliage  d'Orgelet  (Franche-Comté),  tremblement  et  inondation. 
(Cotte,  ibid.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         55 

1781.  — 17  juillet,  pendant  les  secousses  qui  ébranlèrent  l'Italie ,  on  en  ressentit 
quelques-unes  à  Marseille.  (V.  H.) 

—  25  septembre ,  secousse  à  Harderwyk  dans  le  Zuiderzée.  (Cotte ,  ibid.) 

1782.  —  5  avril,  tremblement  à  la  Rochelle.  (Cotte,  ibid.) 

—  15  août,  à  4  h.  ^1*  du  soir,  à  Grenoble,  une  violente  secousse  à  oscillations  de 
l'est  à  l'ouest.  Les  lustres  étaient  agités  et  les  sonnettes  en  mouvement  dans  les 
étages  supérieurs  :  le  baromètre  oscillait;  des  murs  furent  lézardés.  (G.  F.,  50  août.) 

—  15  septembre,  à  Oléron,  une  forte  secousse  dans  le  sens  de  la  chaîne  des 
Pyrénées,  de  l'Océan  à  la  Méditerranée.  (Palassou ,  Métn.) 

—  9  décembre,  à  Vienne  (Isère),  une  secousse. 

Le  même  jour,  la  même  chose  eut  lieu  dans  le  Béarn.  (Cotte ,  U)id.) 

—  26  et  27  décembre ,  secousses  à  Oléron  dans  les  Pyrénées.  (Palassou ,  Mém.; 
Cotte,  ibid.) 

1783. — 10  janvier,  à  4  h.  50  m.  du  matin,  à  Marseille,  une  secousse.  (Cotte ,  ibid.) 

—  6  mars,  11  heures  du  soir,  dans  l'Angoumois,  une  secousse  de  2  secon- 
des. (G.  F.,  1"  avril.) 

—  9  mars ,  chute  d'une  montagne  à  Ardes  en  Auvergne.  (V.  H.) 

—  25  mars,  à  5  heures  du  matin,  à  Malemort  (Provence),  deux  secousses,  à  Sal- 
lon-de-Crau,  à  5  lieues  delà,  le  temps  était  pur,  et  cependant  la  machine  élec- 
trique ne  donnait  que  de  faibles  étincelles.  Ces  secousses  ont  été  précédées  d'un 
bruit  éclatant  et  suivi  d'un  vent  assez  fort  sans  direction  fixe  pendant  une  heure. 
^G.  F.,  18  avril.) 

—  5  avril,  à  Manheim  ,  plusieurs  secousses.  (V.  H.) 

—  5  mai,  à  Grenoble,  diverses  secousses.  (Cotte,  ibid.) 

—  6  juillet,  à  9  h.  56  ou  57  m.,  à  Dijon,  balancement  sensible  en  deux  secousses 
suivies  d'une  légère  trépidation.  A  Verdun,  Seurre,  S'-Jean-de-Losne ,  l'horloge  a 
sonné.  La  direction  parait  avoir  été  du  nord-nord-est  au  sud-sud-ouest.  Quel- 
ques personnes  ont  cru  le  mouvement  vertical  et  semblable  à  la  compression  de 
l'air  réagissant  d'un  plancher  sur  l'autre,  contre  les  fenêtres  et  les  portes.  Le  bruit 
n'était  ni  souterrain,  ni  aérien,  mais  ambiant  comme  celui  qu'aurait  fait  une  charge 
de  blé  jetée  brusquement  sur  le  plancher. 

La  sérénité  du  ciel  n'a  pas  été  altérée;  l'atmosphère  a  continué  à  être  chaude, 
sèche  et  tranquille.  Le  baromètre  à  27''  7'  est  descendu  dans  la  soirée  d'une  demi- 
ligne.  Le  thermomètre  à  14°,8,  à  7  heures  du  malin,  est  monté  à  20°, 8  dans 
l'après-midi;  il  était  monté  les  jours  précédents  à  22°,5.  L'hygromètre  marquait 
une  grande  sécheresse  depuis  quelques  jours. 

Il  régnait  depuis  le  14  juin ,  un  brouillard  extraordinaire  et  singulier  qui  avait 
diminué  dans  les  premiers  jours  du  mois.  Il  n'a  reparu  que  le  10.  et  seulement 


56  MÉMOIRE 

pendant  quelques  instants  au  lever  et  au  coucher  du  soleil.  (Il  s'agit  ici  du  fameux 
brouillard  qui  a  couvert  toute  l'Europe  et  une  partie  de  l'Asie.) 

L'ébranlement  s'est  étendu  dans  un  espace  circonscrit  par  une  ligne  qui  irait  de 
Langres  à  Châtillon,  Âignay-le-Duc ,  Montbard,  en  enveloppant  Semur,  Vitteaux^ 
Seaulieu ,  Arnay-le-Duc ,  Autun,  Couches,  Villefranche,  traversant  la  Dombes  et 
la  Bresse  en  se  portant  au  Rhône  et  remontant  vers  Besançon. 

A  10  h.  V*  du  matin ,  on  ressentit  deux  secousses  à  Lausanne,  et  trois  à  Salins 
ainsi  qu'à  Bourg.  {Mém.  de  l'acad.  de  Dijon,  an  1783,  p.  26;  Mém.  de  la  société 
de  Lausanne,  an  1783,  p.  120;  G.  F.,  22  juill.;  Jowraa/rfe  Paris,  22  oct.  1784.) 

1783.  —  7  septembre,  à  la  Rochelle  et  dans  les  environs,  une  légère  secousse 
avec  bruit  souterrain.  (G.  F.,  30  septembre.) 

—  9  décembre,  à  4  heures  du  matin,  à  Cambray  (Nord),  grand  bruit  pareil  à  celui 
de  plusieurs  coups  de  canon  tirés  promptement,  mais  successivement;  un  quart 
d'heure  après,  pareil  bruit,  mais  moins  fort;  on  a  cru  à  un  tremblement  de  terre 
puisqu'il  y  a  eu  secousse.  (G.  F.,  19  déc.) 

1784.  —  17  janvier,  sur  les  9  heures  du  soir,  à  la  Rochelle,  vent  impétueux; 
sur  les  6  heures  du  soir  et  sur  les  9  heures,  une  secousse  de  tremblement  de  terre 
accompagnée  d'éclairs,  de  tonnerre  et  de  grêle;  suivirent  les  désastres  d'un  oura- 
gan. Quelques  personnes  ont  nié  la  secousse.  (M.  F.,  14  fév.,  20  mars;  Jowr- 
nal  de  Paris,  4  fév) 

—  20  avril,  à  Briançon ,  une  secousse.  (V.  H.) 

—  5 juin,  entre  midi  et  1  heure,  à  Caub-sur-le-Rhin ,  une  secousse  qui  se  ré- 
péta à  6  heures  du  soir.  On  les  ressentit  à  Guttenfels  et  dans  le  Palatinat.  Elles 
furent  suivies  d'un  ouragan  sur  le  Rhin.  (V.  H.) 

—  10  juillet,  à  Bagnères  de  Luchon,  plusieurs  secousses.  (Palassou,  Mém.) 

—  10  août,  à  11  h.  10  m.  du  matin,  dans  les  Pyrénées,  à  S"'-Marie,  dans  le 
pays  de  Soûle,  à  Camon  et  Ogen,  une  secousse  qui  fit  peu  de  mai.  Elle  eut  lieu 
dans  le  sens  de  la  chaîne.  On  ne  ressentit  rien  du  côté  de  Bétharram  et  de  Lourde. 

Le  23,  à  Betponey,  près  Baréges ,  une  légère  secousse. 
'    Le  26,  à  S'^-Marie  et  Oléron  (Pyrénées),  secousse  légère. 

Le  27  ,  à  Viel  (à  un  quart  de  lieue  de  Baréges),  des  ouvriers  travaillant  aux  prés 
éprouvèrent  une  légère  secousse  entre  9  et  10  heures  du  matin,  v  Palassou  ,  Mém.) 

—  5  septembre,  à  Grenoble,  une  secousse.  Le  même  jour,  à  Rheinfels,  deux 
secousses  avec  une  forte  explosion  comme  d'un  coup  de  canon.  (V  H.;  M.  F., 
20  octob.) 

—  15  octobre,  à  midi  5  ou  4  m.,  à  Dijon ,  secousse  assez  faible.  Le  baromètre 
était  à  28'',2'  et  le  thermomètre  à  7°  R.  Le  ciel  conserva  sa  sérénité,  mais,  le  len- 
demain, le  vent  tourna  au  sud ,  des  pluies  considérables  suivirent  pendant  plusieurs 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         57 

jours  et  la  température  fut  variable  et  humide  pendant  un  mois,  jusqu'au  10  no- 
vembre. Il  neiga  les  2G,  27  et  28  octobre. 

La  secousse  fut  sensible  à  Tournus,  Châlon,  Aulun,  Charolles,  Besançon, 
Lons-le-Saulnier,  Genève  et  Valence. 

L'oscillation  parait  avoir  été  du  sud-est  au  nord-ouest. 

Deux  paysans  occupés  à  abattre  les  fruits  d'un  châtaignier,  au  pont  de  Beau- 
voisin  ,  furent  précipités  à  terre. 

A  Grenoble,  la  secousse  fut  violente  et  de  l'est  à  l'ouest.  Elle  a  été  plus  forte 
encore  dans  la  vallée  de  Graisivaudan,  jusqu'à  Chanibéry  et  à  Aix,  en  Savoie. 

A  Bourg,  la  secousse  violente  fut  accompagnée  d'un  bruit  sourd  semblable  à  celui 
d'un  coup  de  vent,  quoique  l'atmosphère  fût  tranquille.  (Mém.  de  l'acad.  de  Dijon, 
an  1784,  p.  Go;  G.  F.,  2  nov.;  M.  F.,  6  nov.;  Journal  de  Paris,  28  oct.) 

1784.  —  9  novembre,  à  Briançon,  une  secousse.  (Cotte,  ibid.)        •  -"'] 

—  12  novembre,  dans  l'évèché  de  Spire,  secousses  violentes;  une  haute  mu- 
raille, de  7  pieds  d'épaisseur,  s'écroula  au  château  de  Kropsberg.  (M.  F.,  18  déc.) 

—  29  novembre,  à  10  heures  du  soir,  à  Bourlemont,  à  une  demi-lieue  de  Neuf- 
château  (Vosges),  une  secousse  violente  de  1  minute;  on  l'a  sentie  à  Clefmont 
(Haute-Marne.)  ::î  / 

A  10  h.  10  m.,  à  Strasbourg  et  surtout  dans  la  partie  méridionale  de  l'Alsace, 
plusieurs  secousses.  On  en  ressentit  en  Dauphiné,  en  Savoie,  en  Allemagne,  sur 
un  espace  de  150  lieues.  A  Genève,  à  Bàle  et  dans  le  canton  de  Vaud. 

L'abaissement  du  baromètre,  au-dessous  de  l'orage,  a  été  remarqué  dans  plu- 
sieurs localités,  même  là,  comme  à  Paris,  où  les  secousses  n'ont  pas  été  éprou- 
vées. {Mém.  de  l'acad.  de  Dijon,  an  1789,  p.  79;  M.  F.,  18  décembre  et  l" 
janvier  1785.) 

—  3  décembre,  sur  les  4  heures  du  soir,  dans  la  vallée  de  Graisivaudan ,  sur  la 
route  de  Grenoble  à  Chainbéry,  et  dans  les  montagnes  qui  séparent  cette  vallée  de 
la  Maurienne,  plusieurs  secousses  précédées  d'un  bruit  souterrain.  Direction  du 
nord-est  au  sud-est. 

Même  phénomène  à  Barreaux  et  Allevard.  (M.  F.,  25  déc;  Mém.  de  l'acad.  de 
Dijon,  an  1784,  p.  79.) 

—  5  décembre,  à  1 1  h.  V4  du  soir ,  à  Neufchâteau ,  Rouceux ,  Noncourt ,  Bourle- 
mont (Vosges) ,  une  violente  secousse.  Il  faisait  un  vent  terrible  depuis  36  heures. 
Une  maison  a  été  renversée.  {Journal  de  Paris,  24  déc.) 

—  9  décembre,  à  Briançon  (Hautes- Alpes),  une  assez  forte  secousse  avec  bruit 
sourd.  Depuis  quelques  jours ,  on  avait  aperçu  des  vapeurs  enflammées  s'élever  des 
terrains  qui  recèlent  des  mines  de  charbon.  (M.  F.,  8  janvier  1785;  Mém.  de 
l'acad.  de  Dijon,  an  1784,  p.  79.) 

ToM.  XVIII.  8 


58  MÉMOIRE 

C'est  le  même  probablement  que  celui  cité  à  la  date  du  9  novembre. 

1785.  —  2  avril,  à  4  h.  20  m.  du  matin,  à  Nordenstadt,  près  de  Darmstadt, 
une  forte  secousse.  On  l'a  ressentie  à  Mayence  et  surtout  à  Schelestadt.  (M.  F. , 
50  avril  et  7  mai.) 

—  29  avril,  à  11  heures  du  matin,  à  Mont-Dauphin,  deux  secousses  consécutives 
de  cinq  à  six  secondes.  Il  paraît  qu'on  en  avait  ressenti  une  première  le  21. 
(M.  F.,  4  juin;  V.  H.) 

—  6  septembre,  à  4  h.  '/4,  à  la  Rochelle,  fort  ras  de  marée.  La  mer  monta  subi- 
tement de  18  pouces,  puis  inonda  le  môle.  A  5  h.  V*i  les  eaux  décroissaient  avec 
une  vitesse  prodigieuse ,  bien  que  ce  jour-là  une  marée  extraordinairement  forte 
n'eût  dû  avoir  lieu  qu'à  6  h.  6  m. 

A  3  heures,  le  baromètre  était  parvenu  à  28' 5', 0;  quelques  instants  après,  il 
n'était  plus  qu'à  27''  9', 5.  Bientôt  il  remonta  à  28''  l',0  et  un  moment  après ,  on  le 
retrouva  à  27''  9',5. 

La  nuit  suivante,  tempête  terrible  à  Plymouth.  {Êphémér.  de  Manheim,  an 
1785,  p.  723  et  724.) 

—  Nuit  du  11  au  12  septembre,  à  Grenoble,  plusieurs  secousses  du  nord  au  sud. 
A  Briançon ,  deux  secousses  en  deux  minutes ,  avec  bruit  souterrain ,  mais  sans 
dommage.  Elles  furent  plus  fortes  à  Suze  en  Piémont ,  où  deux  maisons  furent 
renversées. 

L'atmosphère  était  extraordinairement  chaude  et  remplie  de  vapeurs.  C'était  le 
troisième  tremblement  de  terre  de  cette  année  à  Briançon.  (M.  F. ,  1"  et  8  oct.  ; 
V.  H.) 

—  3  octobre ,  dans  une  prairie  de  Grange-Sèche  et  Vandeurs  (Seine  et  Oise) , 
affaissement  de  terre  de  24  pieds  de  diamètre  et  d'autant  de  profondeur.  Les  puits 
de  Grange-Sèche  éprouvèrent  un  excédant  d'eau  de  15  pieds,  ceux  de  Vandeurs, 
un  effet  contraire.  (M.  F. ,  10  déc;  G.  F. ,  11  mars  1786.) 

—  10  ou  18  décembre,  à  Clermont  et  Riom  (Auvergne),  une  forte  secousse. 
(V.  H.) 

-  1786.  —  10  mars,  secousses  dans  le  Palatinat.  Elles  s'étendirent  depuis  Noïlas 
jusqu'à  Lobienstein.  (G.  F.,  7  avril;  Ëphém.  de  Manheim,  an  1786,  p.  570; 
V.  H.) 

—  28  mars,  à  Bonn  et  aux  environs  ,  plusieurs  secousses.   G.  F. ,  21  avril.) 
Von  Hoff,  d'après  Cotte,  cite  deux  secousses  sous  la  date  du  24 ,  à  10  et  H 

heures  du  soir ,  mais  ne  parle  pas  de  celles  du  28. 

—  22  avril ,  à  8  h.  */2,  10  et  11  heures  quelques  minutes  du  soir,  à  Bonn  et  sur 
les  bords  du  Rhin,  plusieurs  secousses.  (G.  F. ,  16  mai.) 

—  10  juillet ,  à  S'-Goar  sur  le  Rhin  ,  une  secousse   (  Cotte ,  ibid.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         59 

1786.  —  24  juillet.,  à  midi  8  minutes,  à  Bonn,  secousse  de  deux  secondes.  Air 
calme  et  pur.  (Cotte,  ibid.) 

—  18  novembre,  à  10  h.  20  m.  du  matin,  à  la  Rochelle,  légère  secousse. 
{Èpliém.  de  Manheim ,  an  1782,  p.  362.) 

20  novembre,  entre  3  et  4  heures  du  matin,  à  Bâie,  deux  légères  secousses. 
(V.  H.) 

—  2  décembre,  à  Aix  en  Provence,  une  secousse.  (Cotte,  ibid.) 

1787.  —  24  mars,  à  Radstadt,  Forstau ,  Flachau  et  S'-Mart^n,  dans  les  Alpes 
de  Saisbourg,  tremblement  entre  7  et  8  heures  du  soir.  (V.  H.) 

S'agit-il  de  Radstadt ,  près  de  Bade? 

—  27  août,  0  h.  45  m.  après  minuit,  à  Stuttgardt,  deux  secousses  chacune 
de  7  à  8  secondes.  On  les  a  senties  à  Augsbourg  plus  fortement.  A  Inspruck,  on  a 
remarqué  que  leur  direction  était  du  sud-ouest  au  nord-est.  A  Munich,  il  y  a  eu 
aussi  deux  secousses  distinctes.  L'aiguille  magnétique  a  rétrogradé  de  12  minutes 
à  Test.  Pluie  continuelle  tout  le  jour. 

On  ressentit  une  seule  secousse  à  Bàle;  on  en  avait  éprouvé  une  à  Peissenberg, 
le  20,  à  1  heure  du  matin.  (G.  F.,  18  et  23  septembre,  Éphémér.  de  Manheim, 
an  1787,  p.  202,  237  et  266;  V.  H.) 

—  3  et  4  novembre,  tremblement  de  terre  sur  le  Mein  et  le  Necker.  A  Grafen- 
hausen  (Forêt  Noire),  on  compta  sept  secousses  de  8  heures  du  soir  au  lendemain  4, 
à  8  heures  du  matin.  A  Heidelberg,  Manheim,  Darmstadt,  Francfort  et  Hanau,  deux 
secousses  à  3  et  6  heures  du  matin.  A  Manheim,  la  direction  des  secousses  fut  celle 
du  vent,  c'est-à-dire,  du  nord-nord-ouest  au  sud-sud-est.  (G.  F.,  20  novembre, 
Êphémér.  de  Manheim,  an  1787,  p.  12;  V.  H.) 

1788.  — 2  mars,  à  Genève ,  deux  légères  secousses.  (Journal  Mss.  de  G.  Ant. 
Deluc;  l'Institut,  29  septembre  1842.) 

—  30  mars,  secousse  à  BâIe;  le  31 ,  à  Genève.  (V.  H.;  Éphémér.  de  Manheim, 
an  1788,  p.  326.) 

—  Mi-juin,  à  Pionsat  (Auvergne),  plusieurs  secousses.  (M.  F.,  2  août.) 

—  17  juillet,  à  Munzingen  dans  le  duché  de  Bade,  les  eaux  s'élevèrent  à  une 
hauteur  extraordinaire,  ainsi  qu'on  l'avait  déjà  rémarqué  lors  du  fameux  tremble- 
ment de  terre  de  Lisbonne.  (V.  H)  — . 

—  12  août,  dans  la  forêt  de  Hundsrùck  (entre  Rhin  et  Moselle),  une  forte  se- 
cousse. (V.  H.) 

—  29  octobre ,  vers  les  1 1  heures  du  soir ,  à  Darmstadt ,  une  forte  commotion 
souterraine  du  sud  au  nord.  (G.  F.,  18  novembre  ) 

—  9  novembre,  dans  le  pays  de  Darmstadt,  une  secousse.  (V.  H.) 

—  23  décembre,  à  2  heures  du  matin,  à  Mayence  et  Francfort,  une  secousse. 


60  MÉMOIRE 

Un  peu  avant  7  heures  du  soir  une  secousse  nouvelle.  (V.  H.;  G.  F.,  20  janvier 
1789.) 

1789.  —  18janvier,  à  5  heures  de  soir,  à  Mayence.  Epstein,  Solms-Laubach , 
plusieurs  secousses,  ressenties  aussi  à  Francfort,  Cologne,  Erfurt  et  Giessen.  Elles 
se  renouvelèrent  le  20,  avant  midi.  (V.  H.  ;  G.  F.,  10  février.) 

—  10  juin,  à  9  heures  du  matin ,  à  Baréges  (Pyrénées),  une  secousse  avec  bruit 
sourd. 

Le  17,  à  9  heures  V2  du  matin,  nouvelle  secousse  avec  bruit  souterrain.  (Palas- 
sou,  Mém.) 

—  13  juin ,  à  8  h.  58  m.  du  soir,  à  Manheim ,  deux  secousses  qui  se  sont  suivies 
rapidement  dans  la  direction  du  nord-est  au  sud-ouest. 

Le  16,  entre  H  et  12  heures  (du  soir  ou  du  matin?),  à  Manheim  et  àOggersheim, 
une  nouvelle  secousse.  (V.  H.  et  G.  F.,  5  juillet.) 

—  28  octobre,  vers  6  heures  du  matin,  dans  la  Forêt  Noire,  à  Bernek,  quelques 
secousses  précédées  d'un  éclair.  (V.  H.) 

1790.  —  2  janvier,  à  midi,  à  Théis,  dans  les  montagnes  à  4  lieues  de  Greno- 
ble, une  violente  secousse.  (G.  F.,  26  janv.) 

—  Nuit  du  5  au  6  mars,  à  Griesheim,  principauté  de  Darmstadt,  trois  fortes 
secousses  à  8, 11  heures  du  soir  et  4  heures  du  matin.  La  dernière  fut  la  plus  vio- 
lente. (G.  F.,  2  avril.) 

—  4  juillet,  secousse  à  Bàle.  (V.  H.) 

1791.  —  24  janvier,  à  8  heures  Va  du  soir,  à  Darmstadt,  une  légère  secousse 
suivie  d'une  autre,  le  lendemain  ,  à  4  heures  du  matin.  (V.  H.) 

—  17  mai,  à  11  h.  54  m.  du  matin,  à  Dijon,  dans  l'espace  d'environ  trois  se- 
condes, deux  secousses  bien  distinctes,  qui  ressemblaient  à  l'effet  d'une  explosion;  la 
lampe  d'un  escalier  a  paru  osciller  de  l'est  à  l'ouest.  (Lettre  de  Guyton  Morveau  à 
Lalande;  M.  U.,  25  mai;  G.  F.,  51  mai.) 

—  8  juillet,  à  5  heures  du  matin,  secousses  dans  les  Pyrénées,  principalement  du 
côté  de  Sainte-Marie.  Dans  le  village  d'Escot ,  il  y  eut  quatre  secousses  dirigées  de 
l'ouest  à  l'est.  (Palassou,  Mém.,  p.  269.) 

—  29  août,  à  Lyon,  une  secousse.  (Cotte  ,  Ibid.) 

—  27  septembre,  à  9  heures  du  soir,  dans  l'île  de  Jersey,  une  double  secousse 
avec  bruit  souterrain  semblable  à  celui  des  voitures.  Depuis  quelques  semaines  on 
remarquait  une  chaleur  et  une  sécheresse  extraordinaires.  (V.  H.) 

1792.  —  9  mars,  secousse  à  Bâle.  (V.  H.) 

21  mai ,  à  Sandvort  en  Hollande ,  la  mer  s'éleva  si  haut  que  les  personnes  les 
plus  âgées  n'avaient  aucun  souvenir  de  pareil  phénomène;  dans  l'espace  de  quel- 
ques secondes,  elle  retomba.  (V.  H.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  6^1 

1793.  —  12  décembre,  dans  la  Hesse-Darmstadt ,  une  secousse  accompagnée 
d'un  grand  bruit.  (V.  II.) 

1795.  —  25  septembre,  à  Ober-Cassel,  non  loin  de  Bonn,  une  secousse. 
(V.  H.) 

1796.  —  20  avril,  une  secousse  à  Bâle,  (V.  H.) 

1797.  —  8  septembre,  à  lUe  (Pyrénées  orientales),  une  forte  secousse.  (Palas- 
sou ,  Mém.,  p.  270.) 

—  12  novembre,  à  Rouen,  une  secousse.  (Cotte,  ib.) 

1798.  —  31  janvier  (11  pluviôse),  à  Parthenay-le-Peuple ,  une  très-faible  se- 
cousse. (M.  U.,  27  pluviôse  an  VI.) 

—  14  mars,  vers  10  heures  du  matin ,  à  Sarreguemines ,  Bliastel  et  autres  com- 
munes du  département  de  la  Mcurthe,  une  secousse  très-violente;  elle  a  été  si  forte 
à  Bitche,  qu'elle  a  soulevé  une  partie  de  la  voûte  du  pont.  La  circonférence  dans 
laquelle  elle  a  eu  lieu  renferme  plusieurs  mines  de  houille,  dont  une ,  pareille  à  la 
Solfatare  de  Naples,  brûle  continuellement. 

Quelques  jours  auparavant,  un  météore  enflammé  s'est  élevé  de  terre  entre  Sey 
et  Véron ,  à  trois  lieues  de  Metz,  et  a  disparu  avec  une  forte  détonation.  (M.  U.,  8 
germinal  an  VI.) 

.  —  11  août  (24  thermidor)  sur  les  3  heures  du  soir,  à  Rivesaltes  et  Collioure, 
secousse  si  violente  qu'elle  fit  rouler  d'un  quart  de  mètre  les  pièces  de  leurs 
afl'ùts. 

Le  13,  sur  les  10  h.  ^1*  du  soir,  nouvelle  secousse  qui  a  renversé  des  personnes 
assises.  Plus  forte  encore  à  Larroque,  à  deux  myriamètres  de  Perpignan.  Elle  a 
duré  une  minute.  Ces  secousses  ont  été  surtout  violentes  sur  les  bords  de  la 
Méditerranée,  de  Collioure  à  S'- Laurent  de  Sallongue,  où  quelques  personnes  assu- 
rent en  avoir  ressenti  une  troisième,  le  13,  vers  les  9  heures  du  malin.  (M.  U. , 
10  fructidor  an  VI.) 

Palassou  les  rapporte  à  Tannée  1797. 

—  7  novembre ,  entre  1  et  1  Vî  h.  du  matin ,  à  Bordeaux ,  violent  coup  de  vent 
et  commotions  assez  semblables  à  un  tremblement  de  terre.  Dans  les  campagnes 
voisines,  des  murs  neufs  se  sont  écroulés.  (M.  U. ,  27  brumaire  an  VII.) 

—  17  décembre,  la  mer  a  franchi  rapidement  ses  bornes  et  est  venue  jusqu'à 
Aigues-Mortes ,  à  5  kilomètres.  (M.  U.,  10  et  12  nivôse  an  VII.) 

On  ne  parle  pas  de  tremblement  de  terre ,  mais  il  y  a  eu  sans  doute  un  ras  de 
marée  que  je  crois  devoir  enregistrer.  N'est-ce  pas,  comme  l'appellent  les  Italiens, 
un  terre  moto  di  mare  ? 

1799.  —  23  janvier,  avant  4  heures  du  matin  ,  à  Caen,  quelques  secousses  qui 
ont  paru  du  nord  au  sud.  A  3  h.  '/4,  tremblement  assez  vif  à  Laval. 


62  MÉMOIRE 

Vers  4  heures  du  matin,  à  Nantes,  une  forte  secousse  déplus  d'une  minute, 
accompagnée  d'un  bruit  lointain. 

A  4  h.  Vi.  secousse  de  23  secondes,  à  la  Flèche. 

A  Bordeaux,  secousse  de  plus  d'une  minute  de  l'ouest  à  l'est. 

A  Machecoul,  il  plut  aussitôt  après  les  secousses,  et  il  tonna  tout  le  jour.  Beau- 
coup de  maisons  furent  renversées.  La  rivière  se  gonfla  prodigieusement.  Il  y  eut 
encore  quelques  secousses  dans  le  reste  de  la  journée,  dont  la  plus  forte,  après 
celle  de  4  heures  ,  eut  lieu  à  9  heures  du  matin. 

A  l'Ile  Bouin  (Vendée),  oii  beaucoup  de  maisons  furent  renversées,  la  direction 
du  mouvement  paraissait  parcourir  une  zone  du  sud-ouest  au  nord-est  avec  bruit 
épouvantable. 

A  l'île  d'Oléron ,  à  4  heures  précises ,  deux  secousses  du  sud-ouest  au  nord- 
est. 

On  a  ressenti  ce  tremblement  à  Jersey ,  à  Rouen  et  sur  toute  la  côte  ouest  de 
France.  On  a  même  prétendu  favoir  ressenti  à  Paris.  (Journal  depliysique,t.  XLVIII, 
p.  181;  M.  U.,  H,  14,  17,  19  pluviôse,  4  et  13  ventôse  an  VII). 

Von  Hoffcite  encore  la  Rochelle,  Rochefort ,  Rennes,  Angers  et  même  Auxerre. 

1799.  —  5  février,  à  midi,  à  Nantes,  nouvelle  secousse  très-faible  avec  bruit 
sans  ondulation ,  qu'on  ne  peut  guère  comparer  qu'à  un  long  mugissement  ou  au 
roulement  d'une  voiture. 

Le  6,  à  2  h.  10  m.  du  soir,  même  bruit,  mais  un  peu  plus  fort,  avec  une  se- 
cousse plus  sensible.  (M.  U.,  27  pluviôse  an  VII.) 

—  19  février,  sur  les  4  heures  du  soir,  à  Avignon,  deux  secousses  violentes; 
maisons  renversées.  (M.  U.,  15  ventôse  an  VII.  ) 

—  Nuit  du  21  au  22  février,  à  Dusseldorf ,  pendant  un  ouragan  épouvanta- 
ble, quelques  personnes  bien  éveillées  ont  cru  avoir  ressenti  des  secousses  de  trem- 
blement de  terre;  on  en  a  ressenti  à  Francfort-sur-Mein  et  à  Giessen.  (V.  H.;  M.  U., 
27  ventôse  an  VII .) 

1800.  —  1"  avril,  tremblement  à  Port-Rieuc,  département  des  Côtes  du  Nord. 
(V.H.) 

—  Commencement  d'août,  une  petite  montagne,  à  2  lieues  de  Vitré  (Ille  et 
Vilaine),  jette  beaucoup  de  fumée.  (M.  U.,  22  thermidor  an  VIII.) 

—  17  octobre,  à  3  h.  Va  du  matin,  aux  Eaux-Chaudes  et  dans  quelques  autres 
lieux  de  la  vallée  d'Ossau  (Pyrénées),  deux  secousses  dans  fintervalle  de  quel- 
ques minutes. 

Nouvelles  secousses  le  lendemain  avec  bruit  souterrain.  (Palassou ,  Mém.) 

—  9  novembre  (18  brumaire),  à  Bruxelles,  deux  secousses  de  tremblement  de 
terre  ressenties  pendant  un  ouragan  qui,  de  3  heures  du  matin  à  6  heures  du 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  03 

soir,  a  ravagé  la  côte  de  France^  depuis  le  Havre  jusqu'au  nord  de  la  Hollande. 
(M.  U.,  25  brumaire  an  IX.) 

1800  et  1801.  —  Dans  le  cours  de  ces  deux  années  on  a  ressenti  plusieurs  se- 
cousses à  Chàteauroux ,  dans  le  département  de  l'Indre.  (France  pittoresque,  t.  H, 
p.  92.) 

1801.  —  Nuit  du  10  au  11  septembre,  à  Neuf-Brisach  et  Colmar,  une  secousse 
du  nord  au  sud.  (V.  H.;  M.  U.,  3°  complément,  an  IX.) 

1802.  — 2  janvier,  à  6  h.  45  m.  du  matin,  à  Strasbourg,  tremblement  du  nord 
au  sud.  Inondations  presque  universelles  depuis  un  mois.  (M.  U.,  20  nivôse  an  X.) 

—  17  janvier,  à  9  h.  15  m.  du  matin,  à  Caumont  (Calvados),  une  secousse  de 
4  à  5  secondes.  (V.  H.) 

—  23  janvier,  le  soir,  à  Strasbourg,  une  secousse.  (V.  H.) 

—  12  mai,  à  11  heures  du  matin,  à  Genève  et  à  Berne ,  secousse  assez  forte  pour 
ébranler  les  meubles  dans  les  chambres,  particulièrement  au  troisième  étage.  Un 
vieillard  et  une  jeune  femme  tombèrent  au  même  instant  sur  une  terrasse,  et  la 
cloche  de  la  maison  de  ville  donna  des  sons.  On  la  ressentit  dans  la  haute  Italie. 
(V.  H.;  J.  D.,  4  prairial  an  X.) 

—  15  mai ,  à  7  heures  du  matin,  dans  le  pays  de  Darmstadt,  violente  secousse  de 
15  à  20  secondes.  (J.  D.,  17  prairial  an  X.) 

—  8  ou  11  juillet,  à  9  h.  55  m.  du  soir,  à  Strasbourg,  une  secousse  assez  vio- 
lente. (J.  D.,  25  messidor,  et  M.  U.,  28  messidor  an  X.) 

—  7  août ,  à  2  heures  après  midi ,  à  Caylus  (Lot),  violente  secousse  d'environ  2 
minutes.  Le  même  jour  on  avait  entendu  une  forte  détonation  à  Cahors  et  dans 
un  circuit  de  40  lieues.  Le  coup  avait  été  précédé  d'une  flamme  dirigée  de  l'ouest 
à  l'est ,  par  un  vent  du  sud,  pendant  4  ou  5  minutes.  Le  moulin  d'Arcombal  avait 
été  détruit.  (J.  D.,  30  messidor  et  2  fructidor;  M.  U.,  30  messidor  an  X.) 

—  17  août,  vers  8  heures  du  matin,  à  Ogenne  (canton  de  Navarreux),  à  Sau- 
veterre  et  dans  quelques  localités  situées  au  pied  nord  des  Pyrénées  occidentales , 
une  légère  secousse.  (Palassou,  Mém.) 

Le  même  jour,  à  8  heures  du  soir,  à  la  Rochelle ,  légère  secousse  avec  bruit  sou- 
terrain. (J.  D.,  10  fruct.,  et  M.  U.,  12  fruct.  an  X.) 

—  11  septembre,  à  7  h.  30  et  quelques  minutes  du  matin ,  à  Strasbourg,  se- 
cous.se  assez  forte,  dirigée  du  sud-ouest  au  nord-est. 

Le  12 ,  à  6  h.  36  m.  du  matin,  une  nouvelle  secousse ,  et  une  heure  après ,  une 
autre  plus  forte    Un  violent  vent  du  sud  accompagnait  le  phénomène. 

Le  13,  quatre  nouvelles  secousses,  dont  la  première  a  duré  plus  d'une  minute. 

Le  14,  à  2  heures  de  la  nuit,  nouvelle  secousse  assez  faible,  et  à  7  h.  4  m., 
commotion  violente  avec  bruit  souterrain. 


64  MÉMOIRE 

Le  15,  un  peu  avant  minuit,  quelques  secousses  encore.  Direction  constante  du 
nord  au  sud.  Dans  les  maisons  on  a  ressenti  celle  du  12,  du  haut  en  bas,  comme  la 
chute  d'un  poids  qui  tombe  avec  violence  et  remue  la  maison.  (J.  D.,  30  fruct.,  2*  et 
3'  compl,  an  X;  1"  et  2  vend,  an  XI;  M.  U.,  2'  compl.,  an  X  et  3  vend,  an  XI.) 

1802.  —  1er  octobre,  entre  9  et  10  heures  du  soir,  à  Beauvais,  légère  secousse  : 
en  même  temps ,  on  vit  un  globe  de  feu  qui  suivait  la  direction  de  l'est  à  l'ouest,  et 
disparut  après  une  détonation  assez  forte  et  en  répandant  une  odeur  de  soufre  qui 
dura  longtemps.  (J.  D.,  15  vendém.  an  XI.) 

—  23  octobre ,  à  7  h.  50  m.  du  matin ,  à  Strasbourg,  nouvelle  secousse. 

Le  24,  nouvelle  secousse  encore,  assez  forte.  (J.  D,,  7  et  13  brum.;  M.  U., 
11  brum.  et  3  frim.  an  XI.) 

—  8  novembre,  à  11  h.  30  m.  du  soir,  à  Strasbourg,  nouvelle  secousse.  C'est  la 
plus  forte  de  toutes.  On  la  ressentit  à  Weissembourg.  (J.  D.,  25,  24  brum.,  1" 
frim.  ;  M.  U.,  24  brum.,  3  frim.,  an  XI.) 

—  27  novembre,  à  1  heure  du  matin,  à  Autun  (Saône  et  Loire),  plusieurs  secous- 
ses précédées  d'un  bruit  sourd  qui  suivait  la  direction  de  l'est  à  l'ouest,  et  semblait 
annoncer  un  ouragan  des  plus  violents ,  quoique  le  temps  n'y  fût  pas  disposé. 

Ce  tremblement  a  été  ressenti  dans  le  département  de  la  Côte-d'Or,  à  Arnay. 
(J.  D.,  10  et  19  frim.  an  XI.) 

—  18  décembre,  à  Rotterdam  et  autres  lieux  des  Pays-Bas ,  plusieurs  secousses. 
(V.  H.) 

—  20  décembre,  à  Elbeuf  (Seine-Inférieure),  secousse  de  huit  secondes.  Le 
même  jour,  fort  ouragan.  (J.  D.,  6  niv.  an  XL) 

—  Nuit  du  23  au  24  décembre,  à  Mayence,  une  légère  secousse.  (V.  H.) 

—  51  décembre,  à  11  heures  du  matin,  à  Sisteron  (Basses- Alpes),  secousse  assez 
forte  qui  s'est  renouvelée  à  2  heures  du  soir.  L'air  était  calme,  le  ciel  couvert,  le 
vent  au  midi;  le  baromètre  avait  été  très-agité  dans  la  matinée.  Le  soleil  à  son 
lever  était  d'un  rouge  ardent.  (J.  D.,  19  niv.  an  XL) 

1803.  —  2  février,  entre  11  heures  et  minuit,  à  Marseille,  secousse  assez  forte; 
des  cheminées  sont  tombées.  (J.  D.,  24  pluv.  an  XL) 

—  25  avril,  à  Niort  et  dans  le  département  des  Deux-Sèvres,  léger  tremblement. 
(J.  D.,  15prair.  an  XL) 

—  16  août,  à  Riom  en  Auvergne,  plusieurs  secousses.  (V.  H.) 

—  8  octobre ,  entre  6  et  7  heures  du  soir,  à  Gordes  (Vaucluse),  quelques  per- 
sonnes ont  cru  avoir  éprouvé  un  tremblement  de  terre. 

Chute  d'un  aérolithe  à  Apt,  le  même  jour  entre  10  et  11  heures  du  matin.  (M.  U., 
2  frim   an  XII.) 

—  13  décembre,  le  long  des  bords  de  la  Meuse,  principalement  à  Vlardingen, 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         65 

Rotterdam  et  Schiedam,  légère  oscillation  de  secousses  souterraines.  En  mer,  on 
remarqua  le  mouvement  des  eaux.  (V.  H.) 

1805.  —  28  décembre,  ouragan  épouvantable  à  Paris ,  Rouen  et  jusqu'à  Nantes , 
où  l'on  a  cru  avoir  ressenti  quelques  secousses  de  tremblement  de  terre.  On  a  cru  la 
même  chose  à  Angers,  à  7  heures  du  matin.  (J.  D.,  10  et  12  niv.;  M.  U.,  11  et  15 
niv.  an  XU.) 

1804.  —  15  janvier,  pendant  l'office  du  soir.  A  Rotterdam  et  aux  environs  une 
secousse;  plus  forte  à  La  Haye  et  à  Bois-le-Duc.  Des  vaisseaux  l'ont  ressentie  en 
mer.  (J.  D.,  l"'  pluv  ;  M.  U.,  5  et  5  pluv.  an  XII.) 

Le  même  jour,  entre  5  et  6  heures  du  soir,  tremblement  à  Malaga  et  Aranjuez. 
Ce  n'est  pas  la  seule  coïncidence  de  ce  genre. 

—  Février,  à  Saint-Servan  (Morbihan?),  plusieurs  secousses.  (V.  H.) 

—  Nuit  du  5  au  4  mars,  à  la  Flotte  (Charente-Inférieure),  légère  secousse  avec 
bruit  souterrain  assez  fort.  Direction  du  sud-est  au  nord-ouest. 

On  en  a  ressenti  dans  les  Alpes  et  dans  divers  lieux  de  l'Europe  et  de  l'Afrique. 
(J.  D.,  28  vent,  an  XII.) 

—  10  août,  secousses  en  Auvergne;  puis  le  23,  à  Clermont-Ferrand.  (V.  H.) 

—  25  août,  pendant  les  secousses  qui  ébranlaient  le  royaume  de  Grenade,  on 
en  ressentit  dans  les  Pays-Bas,  nommément  à  Schiedam,  le  25  août,  à  10  heures 
du  matin  et  à  midi.  Le  même  jour,  à  Clermont-Ferrand.  (V.  H.) 

—  25  septembre,  à  4  heures  du  matin,  à  Saint-Malo  (Ille  et  Vilaine),  forte  , 
secousse  avec  bruit  pareil  à  celui  d'une  voiture  qui  roule  sur  un  pont  de  bois; 
à  5  h.  15  m.,  seconde  secousse  moins  forte.  Mouvement  du  nord-est  au  sud-ouest 
pendant  dix  à  douze  secondes.  Des  personnes  se  sont  trouvées  mal  ;  des  chiens  ont 
aboyé. 

Au  rocher  de  Cancale,  à  Grandville,  Dinan,  Saint-Servan  et  autres  lieux  de  la 
côte,  la  durée  a  été  de  45  secondes  à  peu  près ,  et  la  direction  de  l'est  à  l'ouest.  Des 
marins  ont  assuré  que  les  détonations  de  chaque  secousse  avaient  surpassé  celles 
qu'on  entend  aux  Indes. 

Le  même  jour ,  tempête  terrible  dans  la  mer  du  Nord.  (J.  D.,  8  et  9  vendémiaire; 
M.  U.,  9  et  10  vendémiaire,  5  brumaire  an  XIII.) 

—  25  octobre,  à  Saint-Malo  et  dans  plusieurs  points  des  côtes  ainsi  qu'à  l'ile  de 
Jersey,  nouvelles  secousses.  (V.  H.)? 

1805. — 11  février,  à  10  h.  45  m.  du  matin,  à  Vitré  (Ille  et  Vilaine),  bruit  extraor- 
dinaire pendant  cinq  à  six  secondes ,  terminé  par  une  forte  explosion  qui  causa  un 
ébranlement  général.  On  sentit  des  secousses  dans  les  endroits  où  il  régnait  un 
grand  silence.  (J.  D.,  4  ventôse;  M.  U.,  5  ventôse  an  XIII. )  .(  « 

—  9  mai ,  à  Strasbourg,  Bischweiler  et  Ilaguenau,  une  légère  secousse.  (V.  H.) 
ToM.  XVIIL  9 


66  MÉMOIRE 

Le  16,  à  9  heures  du  soir,  à  Bischweiler ,  Haguenau  et  lieux  voisins,  nouvelle 
secousse  dans  la  direction  de  la  Moselle.  (V.  H.) 

1805.  —  18  août,  à  6  et  7  heures  15  minutes  du  matin,  à  l'île  d'Oléron,  deux 
secousses   (J.  D.,  4°  et  5"  compl. ,  an  XIII.) 

1806.  —  20  janvier,  à  minuit  15  minutes,  à  Orgon  (Bouches-du-Rhône),  deux 
secousses  pendant  vingt  secondes ,  avec  bruit  sourd  semblable  à  un  coup  de  canon 
à  chaque  commotion,  dont  la  première  a  été  beaucoup  plus  violente  que  la  deuxième. 
(J.  D.,  20  fév.) 

—  Nuit  du  25  au  24  janvier,  à  Poitiers,  deux  secousses  très-fortes,  la  deuxième 
un  peu  moins;  toutes  deux  avec  bruit  sourd  et  prolongé  :  direction  commune  du 
sud  au  nord.  (J.  D.  et  M.  U.,  15  fév.). 

—  A  la  fin  de  Tannée  1806,  à  Blesle  et  Ardes  (Haute-Loire),  légère  secousse. 
(M.  U.,  19  fév.  1808.) 

1807.  —  Nuit  du  14  au  15  janvier,  à  Pau  (Basses-Pyrénées),  trois  secousses 
assez  fortes. 

Le  15,  à  Bayonne  et  dans  les  environs,  secousse  du  sud-ouest  au  nord-est.  A 
Sarrauce,  cinq  secousses.  (J.  D.,  25  et  51  janv.;  M.  U.,  51  janv.,  5  et  19  fév.) 

—  Février.  A  Cahors  (Lot),  secousse  peu  sensible  du  sud-est.  (Delpon,  Statis- 
tique du  Loi,  tom.  I,  p.  108.) 

N'est-ce  pas  celle  de  1808? 

—  50  mars,  à  11  h.  15  m.  du  matin.  Dans  la  partie  septentrionale  du  Puy-de- 
Dôme  ,  forte  secousse  précédée  d'un  bruit  sur  une  surface  d'environ  quatre  myria- 
mètres  de  longueur.  Quelques  vieilles  masures  sont  tombées,  des  pendules  se  sont 
arrêtées.  (J.  D. ,  50  avril;  M.  U,  1"  mai.) 

—  11  septembre,  à  8  h.  50  m.  du  soir,  à  Neuwied  (sur  le  Rhin) ,  violente  se- 
cousse horizontale  et  dans  la  direction  du  sud-ouest  au  nord-ouest?  Les  maisons 
situées  au  nord  d'une  rue  ne  la  sentirent  presque  pas ,  les  maisons  de  l'autre  côté 
furent  fortement  ébranlées.  Bruit  semblable  à  celui  d'une  voiture  qui  roule  avec 
vitesse  sur  le  pavé.  Agitation  sur  le  Rhin;  les  poissons  sautaient  hors  de  feau 

A  minuit,  deuxième  secousse,  et  à  5  heures,  troisième  secousse  moins  violente 
que  la  première.  Le  temps  était  calme  (J.  D. ,  27  sept.;  M.  U. ,  28  sept,  et 
9  oct.) 

—  22  décembre ,  à  5  heures  du  matin,  à  Dusseldorf  et  dans  les  environs  ,  deux 
secousses  précédées  d'un  bruit  semblable  à  celui  qu'occasionneraient  un  grand 
nombre  de  voitures  roulant  sur  le  pavé.  Temps  calme  et  nébuleux.  (  J.  D.  et  M.  U. , 
1"' janv.  1808.) 

1808.  — 8  février,  à  4  heures  Va  du  matin,  à  Brioude  (Haute-Loire),  une  pre- 
mière secousse  du  nord  au  sud,  avec  une  commotion  dans  l'air  comme  celle  que 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  07 

cause  un  coup  de  canon.  Plusieurs  personnes  en  ont  éprouvé  un  violent  mal  de  tête. 
Quelques  minutes  après ,  une  deuxième  secousse  moins  forte. 

A  Caliors,  elle  a  eu  lieu  à  4  h.  45  m.;  elle  a  été  assez  forte  et  a  duré  deux  ou 
trois  secondes.  On  l'a  ressentie  à  Nîmes,  à  Montpellier  et  à  Saumur.  Elle  a  été  lé- 
gère à  Blesie  et  Ardes,  localités  où  il  y  en  avait  déjà  eu  une  15  mois  auparavant. 
(J.  D.,  16, 19.  20  et  21  fév.  ;  M.  U.,  19  fév.;  Travaux  de  l'acad.  du  Gard,  au  1808, 
p.  180.) 

1808.  — 4 mars,  à 5 h.  20  m.  du  soir,  à  l'Ile  Dieu,  violente  secousse  pendant 
14  secondes.  Deux  énormes  rochers  sont  tombés  à  la  mer.  (J.  D.  et  M.  U.,  28  et 
29  mars.  ) 

—  27  mars ,  à  5  h.  15  m.  du  matin,  à  Strasbourg ,  violente  secousse.  Il  faisait 
un  grand  vent.  (M.  U. ,  1"  avril;  J.  D.  ,  2  avril.  ) 

—  2  avril,  à  5  h.  50  m.  du  soir,  à  Grenoble,  secousse  de  quarante  secondes. 
Elle  a  fait  sonner  une  sonnette  attachée  au  mur  de  la  bibliothèque  publique  :  les 
sons  en  ont  été  deux  fois  très-distincts  et  très-forts.  Direction  du  nord  au  sud. 

A  Marseille  la  direction  a  été  de  l'est  à  l'ouest. 

A  Gap ,  la  durée  a  été  de  90  secondes  et  la  direction  du  sud-sud-ouest  au 
nord-nord-est. 

A  Lyon,  on  a  compté  plusieurs  secousses  :  une  seule  à  Mâcon  et  à  Montbrison. 

Mais  c'est  surtout  dans  les  vallées  du  Pélis ,  du  Cluson  et  du  Pô  qu'elles  ont  été 
remarquables.  Elles  y  ont  eu  lieu  chaque  jour  jusqu'au  18  mai  inclusivement. 

En  France ,  on  ne  cite  guère  que  les  secousses  du  16  avril,  lesquelles  se  sont  re- 
nouvelées aux  mêmes  lieux  que  celles  du  2,  et  encore  avec  moins  de  violence.  Elles 
se  sont  étendues  jusqu'à  Antibes.  (J.  D.  et  M.  U.,  n"  du  9  au  30,  et  premiers  jours 
de  mai;  H.;  Vassali  Eundi,  Rapport  sur  les  tremb.  de  terre  de  ce  jour;  Correspon- 
dance vaudoise,  ou  recueil  de  lettres  sur  le  même  sujet,  etc.;  Journal  des  Mines.) 

—  Nuit  du  20  au  21  décembre.  A  Marche  (Sambre  et  Meuse),  une  secousse  de 
2 ou 5 secondes.  (J.  D.,  4janv.  1809.) 

1809.  —  30  janvier ,  la  nuit,  à  Courtray,  une  légère  secousse  pendant  un  oura- 
gan terrible.  (M.  U.,  5  fév.) 

—  15  février,  à  Grenoble,  une  secousse.  (J.  D. ,  20  fév.) 

—  2  juillet,  à2h.  30m.  etSh.  30m.  du  matin,  à  Dusseldorf  et  dans  les  en- 
virons .  deux  secousses  avec  bruit  pareil  à  celui  des  voitures. 

Le  même  jour ,  légère  secousse  à  Suze.  (J.  D.,  9  et  11  juillet.) 

4810.  —  16  mars,  à  Langres   Haute-Marne},  secousse  dirigée  du  nord  au  sud. 

On  l'a  ressentie  à  Is-sur-Thil,  dans  le  département  de  la  Côte  d'Or.  (J.  D.,  23  mars 

et  17  avril;  H) 
Le  même  jour,  secousses  à  Malte. 


68  MÉMOIRE 

1810.  —  31  août,  à  7  h.  58  m.  du  matin,  à  Saumur ,  forte  secousse  accompa- 
gnée d'un  bruit  souterrain  pareil  à  celui  d'une  grosse  voiture  chargée  se  mouvant 
rapidement.  En  Vendée,  elle  a  duré  3  ou  4  secondes. 

Le  même  jour ,  météores  remarquables.  (J.  D.,  8  ,  14  et  15  septembre.) 

—  7  septembre,  à  7  b.  45  m.  du  matin,  à  la  Rochelle,  secousse  du  sud  au  nord. 
Le  10,  à  7  heures  du  matin,  à  Brest,  forte  secousse  avec  bruit  pareil  à  celui 

d'une  grosse  voiture;  seconde  secousse  dans  la  nuit.  (J.  D.,  16  et  18  sept.) 

1812.  —  14  février,  à  10  h.  45  m,  du  matin;  puis  le  15,  à  2  h.  30  m.  et  8  h. 
30  m.  du  matin,  à  Mirabel  (Drôme),  trois  secousses.  La  dernière,  la  plus  forte,  a 
détaché  quelques  pierres  d'un  rocher.  (J.  D.,  25  mars.) 

—  20  mars,  à  minuit,  à  Beaumont  (Vaucluse),  plusieurs  secousses  ont  causé 
des  dommages  pour  lesquels  Napoléon  accorda  douze  mille  francs  par  un  décret 
daté  de  Wilna,  le  2  juillet.  (J.  D.,  4  août.) 

Le  19,  à  minuit  et  demi,  on  en  avait  ressenti  à  Marseille.  (Statistique  des 
Bouches-du-Rhône.  Communication  de  M.  Aug.  Bravais.) 

—  2  mai ,  à  1 1  heures  du  matin ,  à  Nantes  et  dans  une  grande  partie  du  dépar- 
tement de  la  Loire-Inférieure,  secousse  de  2  secondes,  qui  a  renversé  des  chemi- 
nées et  quelques  pans  de  mur.  (M.  U.,  14  mai;  J.  D.,  15  mai.) 

— 13  mai,  entre  1  et  2  heures  du  matin,  à  Zulpich,  près  de  Cologne,  deux 
secousses  qui  ont  renversé  quelques  vieux  murs  et  des  meubles.  Elles  se  sont  sui- 
vies à  une  minute  d'intervalle;  la  première,  la  plus  forte,  a  duré  2  secondes. 
Ce  tremblement  ne  s'est  étendu  que  dans  un  rayon  de  2  lieues.  (J.  D.  et  M.  U., 
28  mai.) 

—  23  juin,  à  Marseille,  la  mer  se  retira,  laissa  le  port  à  sec,  revint  ensuite 
avec  une  extrême  violence  et  inonda  les  quais.  Le  phénomène  se  répéta  plusieurs 
fois.  On  a  cru  à  un  tremblement  de  terre.  (M.  V.,  13  juill.) 

—  18  novembre,  à  7  h.  15  m.  du  matin ,  à  Bonu  (Rhin  et  Moselle),  une  secousse 
de  2  ou  3  secondes;  à  7  h.  30  m.,  deux  secousses  dans  le  voisinage  des  Sept- 
Montagnes  (près  de  Dusseldorf).  Quelques  personnes  à  cheval  ont  été  renversées. 
(J.  D.,  25  nov.  et  l"'  déc.  ;  M.  U.,  28  nov.) 

1815.  —  16  septembre,  à  10  h.  et  demie  du  matin,  tremblement  à  Marseille. 
{Statist.  des  Bouches-du-Rhône.  Communiqué  par  M.  Aug.  Bravais.) 

1814.  —  21  janvier,  7  h.  35  m.  du  matin,  à  Alençon,  une  assez  forte  secousse 
d'un  tremblement  de  terre,  formé  d'un  triple  mouvement  d'ondulation  des  angles 
extérieurs  au  centre ,  qui  a  duré  presque  1  seconde  dans  la  direction  de  l'est  à 
l'ouest.  Cette  secousse  a  été  accompagnée  d'un  bruit  sourd,  semblable  à  celui  de 
l'air  qui  brise  les  cellules  dans  lesquelles  il  était  comprimé,  pour  se  restituer  à  toute 
sa  force  élastique.  L'aiguille  de  la  boussole  s'est  inclinée  vers  le  centre  de  la  terre, 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         69 

et  le  baromètre,  qui  était  à  grande  pluie,  a  parcouru  à  l'instant  7  degrés  vers  le 
variable.  Il  avait  neigé  toute  la  nuit.  Depuis  cette  époque,  le  temps  est  beau  et 
très-calme.  (M.  U.,  28  janv.) 

1814.  —  25  janvier,  à  7  h.  15  m.  du  matin  ,  au  Mans  ,  deux  secousses.  La 
deuxième,  très-violente,  a  été  accompagnée  d'une  détonation  très-forte.  (J.  D., 
28  janvier.) 

—  8  mars,  à  11  h.  13  m.  du  soir,  à  Nantes,  une  assez  forte  secousse  de  13  à  20 
secondes,  avec  bruit  comme  celui  d'une  charrette  chargée  de  planches;  elle  a  été 
suivie  de  tonnerre  et  d'éclairs.  Direction  du  nord  au  sud. 

L'air  était  chargé  d'électricité;  plusieurs  objets  légèrement  frottés  par  hasard 
laissaient  échapper  quelques  étincelles  électriques.  Tout  à  coup  le  baromètre  est 
descendu  à  tempête  et  le  thermomètre  est  monté  en  quelques  minutes  de  — 2"  à  -i-S". 
C'est  alors  qu'a  eu  lieu  la  secousse.  La  sérénité  de  l'air  a  été  promptement  réta- 
bUe.  (M.  U.,  16  mars.) 

—  19  mars ,  à  8  heures  du  soir ,  à  la  Châtre,  violente  secousse  de  12  à  15  se- 
condes ,  précédée  de  deux  météores  lumineux  et  accompagnée  d'un  bruit  analogue 
à  celui  d'un  carrosse  qui  roule  sur  le  pavé.  Direction  du  sud-sud-est  à  l'ouest-nord- 
ouest.  (J.  D.,  29  mars.) 

—  22  mai,  à  11  h.  5  m.  du  matin,  à  Marmande,  Aiguillon  et  Clairac,  une 
secousse  de  deux  secondes  de  l'est  à  l'ouest. 

Le  même  jour,  à  11  h.  30  m.  du  matin,  à  Oléron,  une  secousse  longue  et 
violente;  rochers  détachés  d'une  montagne  voisine.  (M.  U.,  7  juin.) 

—  Commencement  de  septembre.  Près  d'Alais  (Gard),  on  entendit  comme  des 
décharges  d'artillerie,  par  intervalles,  pendant  24  heures,  puis  une  forte  détona- 
tion suivie  d'un  affaissement  de  terrain  dans  un  champ  de  blé.  Un  paysan  sentant 
le  sol  remuer  sous  ses  pas  se  sauva.  A  peine  était-il  éloigné  qu'il  se  forma  un  gouffre 
dans  lequel  l'eau  parut  sur  un  fond  argileux  semé  de  cailloux.  Le  gouffre  avait  35  m. 
de  diamètre  sur  13  de  profondeur.  (J.  D.,  24  sept.) 

—  6  novembre,  à  5  h.  45  m.  du  matin ,  à  Lyon  et  sur  toute  la  ligne  de  Mâcon  à 
Vienne,  deux  fortes  secousses  dans  la  direction  de  l'ouest  à  l'est,  précédées  d'une  forte 
détonation  sans  éclairs.  Avant  et  après,  il  est  tombé  beaucoup  de  pluie.  Il  y  eut 
quelques  maisons  renversées;  des  bateaux  s'entrechoquèrent.  (J.  D.,  14  nov.) 

1815.  —  9  avril,  àl  h.  30  m.  après  midi,  à  Agen  et  dans  le  département  de 
Lot  et  Garonne,  plusieurs  secousses.  (J.  D.,  23  avril.) 

C'est  sans  doute  à  la  même  époque  que  d'Aubuisson  {Geobg.,  1. 1,  p.  200)  en  a 
ressenti  une  à  Toulouse.  '^  »   * 

1817.  —  23  janvier,  à  9  h.  53  m.  du  soir,  à  Limoges  et  à  Gueret,  une  légère 
secousse.  (J.  D.,  6  fév.) 


70  MÉMOIRE 

1817.  —  Mars,  secousses  fréquentes  dans  le  midi  de  la  France.  {Statistique  des 
Bouches-du-Bhône.  Communication  de  M.  Aug.  Bravais.) 

—  7  juillet,  à  5  heures  du  matin,  à  Schaffouse,  une  assez  forte  secousse,  plus  vio- 
lente à  1  lieue  de  la  ville.  On  l'a  ressentie  à  Porentrui.  (J  D.,  28  juillet;  M.  U., 
50  juillet.) 

—  22  septembre ,  à  2  h.  50  m  du  matin,  à  Angoulême,  secousses  assez  violen- 
tes du  nord  au  sud,  pendant  2  ou  5  secondes.  A  la  fin,  forte  détonation  (J.  D., 
7  et  22  oct.;  M.  U.,  10  oct.) 

—  12  novembre,  vers  5  heures  du  matin  ,  à  Genève,  une  forte  secousse  avec 
une  violente  détonation.  La  direction  a  été  de  haut  en  bas.  Le  bruit  ressemblait 
à  la  chute  d'une  très-grande  masse.  La  secousse  a  été  ressentie  dans  les  environs; 
les  eaux  ont  éprouvé  une  hausse  momentanée. 

On  a  ressenti ,  vers  cette  époque ,  plusieurs  secousses  dans  diverses  contrées  de 
l'Oberland  Bernois.  (J.  D.,  21  et  24  nov.;  M.  U.,  1"  et  8  déc.) 

—  19  novembre ,  à  2  heures  du  matin ,  à  Longue ,  près  de  Saumur  (Maine  et 
Loire),  une  secousse  assez  forte  (J.  D..  10  déc) 

1818.  —  19  février,  à  10  h.  50  m.  du  soir,  à  Rouffach,  Soultz  et  Belfort 
(Haut-Rhin),  forte  secousse;  la  ville  voisine  de  Colmar  ne  s'en  est  pas  ressentie. 
(C.  P.,  t,  IX,  p.  455;  G.;  J.  D.,  6  mars;  Journal  de  Pliys.,  t.  LXXXVIII , 
p.  55.) 

—  25  février,  à  7  heures  du  soir,  à  Marseille  ,  Draguignan ,  Oneille  (Savoie), 
secousses  très-fortes  dirigées  du  nord-ouest  au  sud-est.  Bruit  sourd. 

Le  24,  à  7  heures  du  soir,  à  Antibes  et  Vence  (Var).  A  Vence  plusieurs  maisons 
s'écroulèrent;  à  Antibes  ,  au  moment  delà  secousse,  la  mer  vint  se  briser  avec  force 
sur  le  rivage. 

On  parle  d'une  secousse  qui  aurait  eu  lieu  à  1 1  heures  du  matin ,  à  Marseille , 
à  S'-Remi  (Bouches-du-Rhône)  et  dans  une  partie  du  département  du  Var. 

Le  25,  à  10  heures  du  matin  et  à  11  h.  15  m.  du  soir,  à  Vence,  Marseille  et  Aix, 
deux  secousses  légères.  (C.  P.,  t.  IX,  p.  455,  et  t.  XXXIII,  p.  402;  G.;  J.  D.,  6 
et  12  mars;  M.  U.,  12  mars;  Journal  de  Phys.,  t.  LXXXVIII,  p.  55.) 

—  1"  mars,  à  S'-Remy  (Puy-de-Dôme) ,  secousse  légère.  (G.  ;  C.  P.,  t.  XXXIII, 
p.  402.) 

—  2  mars,  à  4  heures  du  matin,  dans  le  département  du  Var  et  à  Nice,  légère 
secousse  qui  dura  4  secondes  ;  trois  oscillations  lui  succédèrent  à  8  secondes  d'inter- 
valle. (C.  P.,  t.  XXXIII,  p.  402;  G.) 

—  9  mars,  à  S'-Remy ,  une  nouvelle  et  légère  secousse. 

Le  15,  encore  une  secousse  légère.  (C.  P.,  t.  XXXIII,  p.  405;  G.) 

—  19  juillet,  à  7  heures  du  matin ,  à  Perpignan  et  dans  toute  la  vallée  d'Orthez, 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  7! 

quelques  secousses  dans  le  sens  de  la  ligne  des  Pyrénées.  (J.  D.  l"et  8  août; 
M.  U..  2  août;  C.  P.,  t.  IX,  p.  453;  G.) 

1818.  —  29  juillet,  à  7  heures  du  matin,  à  Pau,  Orthez,  quelques  secousses 
dirigées  dans  le  sens  des  Pyrénées.  (C.  P.,  t.  XXXIII,  p.  405;  G.) 

Je  n'ai  trouvé  aucune  trace  de  ce  dernier  fait  dans  les  feuilles  périodiques. 

—  4  et 5  novembre,  dans  la  nuit,  à  Âquisgrana  (Aix-la-Chapelle},  secousse  peu 
violente;  après  le  lever  du  soleil,  nouvelle  secousse  ;  quelques  minutes  après  elle  se 
renouvela  avec  un  bruit  semblable  à  celui  d'une  canonade  éloignée;  les  mêmes  se- 
cousses se  firent  sentir  dans  toute  la  ville  de  Witchbach.  (M.  U.,  14dov.;  C.  P., 
t.  XXXIII,  p.  403;  G.) 

1819.  —  10  juillet,  à  6  h.  45  m.  du  soir,  à  Guérande  (Loire-Inférieure),  légère 
secousse  dirigée  du  nord  au  sud;  bruit  pareil  à  un  tonnerre  éloigné.  (J.  D.,  2^i  juill.; 
C.  P.,  t.  XII,  p.  426;  G.j 

.  — Fin  de  juillet,  à  Olette  (Pyrénées  orientales),  légère  secousse.  (C.  P.,  t.  XII, 
p.  420;  G.) 

1820.  —  21  avril,  à  9  h.  50  m.  du  soir,  à  Brest,  commotion  assez  sensible, 
accompagnée  d'une  détonation  sourde  et  peu  prolongée  ;  le  mouvement  parait  s'être 
fait  de  l'est  à  l'ouest.  (C.  P.,  t.  XV,  p.  422;  G.) 

—  15  novembre ,  la  nuit ,  quelques  personnes  croient  avoir  ressenti  une  faible 
secousse  de  tremblement  de  terre  à  Marseille.  (C.  P.,  t.  XV,  p.  422;  G.) 

1821.  —  5  août,  à  Argelès  et  Lourdes  (Hautes-Pyrénées),  légère  secousse.  (C 
P.,  t.  XVIII,  p.  414;  G.) 

.  Ji-rf  7  octobre,  à  Ëpinal,  Remiremont  et  Plombières  (Vosges) ,  plusieurs  secousses; 
direction,  sud-nord;  durée,  trente  secondes;  bruit  semblable  à  celui  que  font  en- 
tendre, quand  elles  tournent  avec  rapidité,  ces  sphères  creuses  et  percées  d'un  trou 
que  les  enfants  appellent  le  diable.  (C.  P.,  t.  XXI,  p.  595;  G.) 

—  25  décembre,  à  8  h.  50  m.  du  soir,  à  Mayence,  légère  secousse.  Ce  phéno- 
mène est  remarquable  en  cela  surtout  qu'il  a  coïncidé  avec  la  baisse  extraordinaire 
du  baromètre,  observée  ce  même  jour  dans  toute  l'Europe  :  tempête  violente  à  Gênes, 
dans  la  Haute-Italie  et  en  Suisse. 

La  veille ,  il  y  avait  eu  à  Rhintal  (Suisse),  une  secousse  après  l'apparition  de  plu- 
sieurs météores  ignés.  (C.  P.,  t.  XXI,  p.  595,  et  t.  XXXIII,  p.  405;  V.  H.  et  G.) 

1822.  —  19  février,  à  8  h.  15  m.  du  malin,  à  Belley,  tremblement  de  terre  vio- 
lent, des  rochers  se  fendirent.  Il  se  fit  sentir  depuis  Dijon,  Clermont,  Lyon,  Bourg, 
et  jusqu'en  Suisse,  à  Genève,  Lausanne,  Zurich;  en  Savoie,  à  Chambéry,  Ajinecy, 
Âlbi ,  ainsi  qu'à  Âix ,  où  les  sources  thermales  se  troublèrent  et  perdirent  leur 
odeur  et  leur  saveur. 

On  le  ressentit  à  Paris,  dans  le  sens  du  méridien  magnétique.  M.  Biot  avait  cru 


72  MÉMOIRE 

que  la  direction  était  à  peu  près  du  sud  au  nord  ou  du  sud-sud-est  au  nord-nord- 
ouest.  (J.  D.,  25  fév.  et  7  mars;  C.  P.,  t.  XIX,  p.  106  et  185;  t.  XXI,  p.  393;  G.; 
H.;  V.  H.) 

1822.  —  25  février,  à  3  h.  35  m.  du  soir,  à  Belley  (Ain),  une  seule  secousse. 
(J.  D.,  5  mars;  C.  P.,  t.  XXI,  p.  593;  G.) 

Monseigneur  Alexis  Billiet,  archevêque  de  Chambéry,  qui  a  eu  l'obligeance  de  me 
communiquer  de  nombreux  renseignements  sur  les  tremblements  de  terre  ressentis 
en  Maurienne ,  et  à  qui  je  suis  heureux  de  pouvoir  exprimer  ma  reconnaissance , 
m'écrivait  naguère  que  cette  secousse  avait  été  ressentie  à  Chambéry,  à  3  h.  43  m. 
du  soir. 

—  31  mai,  à  8  heures  du  matin,  à  Cognac,  Angers,  Tours,  Bourbon-Vendée, 
Laval ,  Nantes ,  Rennes  et  Paris  ;  la  secousse  a  été  assez  forte  dans  les  premières 
villes.  A  Paris ,  il  n'a  été  remarqué  que  par  les  oscillations  d'une  aiguille  aimantée, 
ce  qui  le  fit  soupçonner  à  M.  Arago.  Direction  perpendiculaire  au  méridien  ma- 
gnétique. 

A  Cognac,  entre  7  et  8  heures  du  matin;  à  Nantes,  à  7  h.  53  m.;  direction  du 
nord-nord-est  au  sud-sud-ouest  ;  bruit  semblable  à  celui  que  ferait  une  voiture  pe- 
samment chargée,  roulant  sur  une  route.  A  Rennes ,  à  7  h.  55  m.;  à  Tours,  à  7  h. 
55  m.;  direction  est-ouest.  A  Bourbon- Vendée ,  à  7  h.  35  m.;  direction  du  nord- 
ouest  au  sud-est;  bruit  sourd  semblable  à  celui  que  produirait  une  charrette  lourde- 
ment chargée  en  passant  avec  vitesse  sur  un  pavé  inégal  ou  sur  un  pont-levis. 

A  Laval,  à  8  h.  2  m.,  trois  secousses  successives  assez  fortes;  direction  du  sud- 
est  au  nord-ouest.  (J.  D.,  6  juin;  C  P.,  t.  XXI ,  p.  395;  France  pittoresque,  t.  II , 
p.  100;  G.) 

—  16  juin,  à  4  h.  15  m.  et  4  h.  50  m.  du  soir,  à  Cherbourg  et  dans  l'arron- 
dissement ,  deux  secousses  très-fortes.  On  n'a  rien  ressenti  à  Saint-Lô ,  ni  dans 
l'arrondissement  de  Coutances ,  ni  dans  ceux  de  Mortain  et  d'Avranches.  Peu  d'in- 
stants après  la  secousse,  on  aperçut  au  sud,  dans  la  baie  du  Mont-Saint-Michel, 
un  météore  lumineux  qui  semblait  s'élever  et  fut  suivi  d'une  forte  détonation.  Dans 
tout  le  département  de  la  Manche,  il  tomba  le  même  jour  des  torrents  de  pluie; 
il  y  eut  une  trombe.  (C.  P.,  t.  XXI,  p.  595  et  405;  G.) 

—  28  novembre,  à  10  h.  50  m.  du  matin,  à  Spire,  Kelh,  Strasbourg,  Stutt- 
gart, assez  forte  secousse  du  sud-est  au  nord-est,  pendant  laquelle  le  docteur  Von 
Yelin  remarqua  des  perturbations  magnétiques  (à  Munich?).  A  Mayence,  on  en  res- 
sentit une  vers  minuit  et  demi. 

On  en  avait  déjà  éprouvé  deux  dans  le  Wurtemberg;  la  première  à  Horb ,  le  21, 
et  la  deuxième  le  25  ou  le  25  à  Sulz.  (J.  D.,  6  déc;  M.  U.,  8,  12  et  15  déc.; 
C.  P.,  t.  XXI,  p.  595,  et  t.  XXXIII,  p.  406;  G.;  V.  H.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  73 

-  1825.  —  19  février,  à  6  heures  du  soir,  à  Belley(Ain),  secousses  assez  sensi- 
bles. (C.  P.,  t.  XXXIII,  p.  40G;  G.) 

—  21  novembre,  à  9  h.  30  m.  du  soir,  à  Strasbourg.  Schelestadt,  Fribourg, 
Brisach,  assez  fortes  secousses  dirigées  de  l'ouest  à  l'est,  et  accompagnées  d'un  bruit 
sourd  à  peu  près  semblable  à  celui  d'un  fort  coup  de  vent.  (C.  P.,  t.  XXIV, 
p.  439;  G.) 

—  7  décembre,  à  Bâle,  une  secousse.  (V.  H.) 

—  13  ou  10  décembre,  à  3  beures  du  matin,  à  Belley  (Ain),  secousses  assez  fortes 
qui  ont  duré  quelques  secondes  et  ont  paru  dirigées  de  l'est  à  l'ouest  :  elles  furent 
précédées  par  une  détonation  semblable  à  celle  de  plusieurs  pièces  de  gros  calibre. 
Un  habitant  de  Béxonces,  qui  était  parti  de  ce  village  de  très-grand  matin,  rapporta 
qu'étant  sur  le  sommet  de  la  montagne,  à  3  heures  de  la  nuit,  le  ciel  lui  parut  tout 
en  feu  un  instant  après  la  détonation ,  quoiqu'aucun  météore  lumineux  ne  parût 
alors  sur  l'horizon.  Quelques  personnes  de  Belley  prétendent  avoir  ressenti  une 
première  secousse  à  1  heure  du  matin,  dans  la  nuit  du  12  au  13.  {Le  Cotistilu- 
tionnel,  21  déc  ;  C.  P..  t.  XXIV,  p.  429;  G) 

—  Décembre,  à  Miilheim  (province  de  Clève-Berg),  une  secousse.  (V.  H.) 
1824.  —  18  juillet,  à  10  h.  20  ou  25  m.  du  soir,  dans  les  départements  des 

Pyrénées  orientales,  de  l'Aude,  du  Tarn,  etc. 

En  Roussillon,  la  secousse  parut  dirigée  du  nord-est  au  sud-ouest;  elle  dura 
4  ou  5  secondes.  A  Collioure,  un  bruit  souterrain  précéda  le  phénomène  et  se 
prolongea  4  ou  5  secondes  après.  A  Mont-Louis  le  ciel  avait  été  constamment 
pur  et  l'air  calme  toute  la  journée;  mais,  immédiatement  après  la  secousse,  il 
s'éleva  un  violent  ouragan.  A  Perpignan,  le  thermomètre  était  monté  dans  la 
soirée  jusqu'à  35°  c,  l'atmosphère  semblait  remplie  de  vapeurs  brûlantes  :  on  ne 
pouvait  s'exposer  à  l'air  sans  être  gravement  afîeclé.  A  Carcassonne,  la  secousse 
fut  accompagnée  d'un  sifllement  de  vent  impétueux,  que  les  habitants  ont  com- 
paré au  bruit  d'une  fusée.  Tous  les  points  de  l'horizon  avaient  été  sillonnés 
dans  la  journée  par  des  éclairs ,  qui  n'étaient  pas  suivis  de  détonations.  (Le  Consti- 
tutionnet,  28  juillet;  C.  P.,  t.  XXVII ,  pp  210  et  377;  G.) 

—  18  août,  à  Harderwyk  (Gueldre),  une  secousse  dirigée  vers  le  sud-ouest; 
grand  bruit  semblable  à  celui  d'une  voiture  roulant  rapidement  sur  un  pavé  inégal. 
(Le  Constiltitionnel ,  7  sept.;  C.  P..  t.  XXVII,  p.i377;  G.) 

—  Nuit  du  29  octobre ,  à  Mulheim  ,  Storenberg  et  Schramberg  en  Brisgau  .  se- 
cousses dirigées  du  sud  au  nord. 

Il  y  en  avait  eu  une  légère  vers  8  heures  du  soir,  à  Chambéry.  (Le  Constit., 
20  nov.  ;  C.  P.,  t.  XXVII,  p.  377,  et  t.  XXXIII,  p.  408;  G.) 

— Nuitdu  13  au  14  novembre,  à  Mayence,  une  secousse  et  un  globe  de  feu.  (V.H.) 
Ton.  XVIII.  10 


74  MÉMOIRE 

1824.  — En  décembre,  la  nuit,  à  Alfter  (village  entre  Cologne  et  Bonn),  deux 
fortes  secousses:  les  lits  furent  ébranlés.  (V.  H.) 

1825.  —  5  janvier,  à  9  heures  du  soir,  à  Preuschdorf  (canton  de  Worth ,  arron- 
dissement de  \Veissenbourg\  légères  secousses  de  40  ou  45  secondes.  On  les  a 
ressenties  à  Lampertsloch.  (Le  Consul.,  20  janv. ;  C.  P.,  t.  XXX,  p.  412;  G.) 

—  21  janvier,  à  2  h.  45  m.  du  soir,  à  Marseille ,  deux  légères  secousses  à  5  ou 
6  secondes  d'intervalle. 

Le  22,  à  1  heure  après  midi,  à  Marseille.  Aix...  légère  secousse.  (Le  Constit  , 
30  janv.;  C.  p.,  t.  XXX,  p.  415;  G.) 

— 17  août,  entre  10  et  11  heures  dti  matin,àNieder-Beerbach  (Hesse-Darmsf adt) , 
plusieurs  secousses  par  lesquelles  les  fenêtres  et  les  portes  furent  ébranlées  et  même 
ouvertes.  (V.  H.) 

—  8  décembre,  entre  10  et  11  heures  du  soir,  à  Genève,  une  forte  secousse. 
(J.  D.,  et  le  Constitut.,  19  déc.  ;  C.  P.,  t.  XXX,  p.  414;  G.) 

—  23  décembre,  à  5  heures  du  matin,  à  Strasbourg,  secousses  sensibles  du 
nord-est  au  sud-ouest  ou  du  nord  au  sud  On  les  ressentit  en  même  temps  à  Kelh . 
Sundheim,  Neumùlh,  Kork,  Offenburg,  mais  moins  fortement  qu'à  Strasbourg  où 
le  temps  était  calme  et  le  ciel  couvert;  il  soufflait  un  léger  vent  du  sud.  Le  baro- 
mètre à  27  pouces  11  lignes,  à  peu  près  2  lignes  au-dessous  de  la  moyenne,  et  le 
thermomètre  à  -j-  1°  25  R.  Le  guetteur  de  la  cathédrale  sentit  son  banc  s'ébran- 
ler vers  4  h.  45  m.,  puis  suivirent  trois  ou  quatre  secousses;  il  avait  entre  3  ou  4 
heures  entendu  un  mugissement  extraordinaire  dans  l'air. 

On  en  ressentit  à  Manheim,  où  le  phénomène  paraissait  inconnu  depuis  une  ving- 
taine d'années.  (Le  Constit., 'iS  déc.  ;  C.  P.,  t.  XXX,  p.  414;  G.  et  V.  H.) 

1826.  —  14  avril,  à  5  heures  du  soir,  à  S'-Brieuc  (Côtes  du  Nord)  et  dans  les 
environs,  secousse  qui  dura  12  à  15  secondes,  dirigée  de  l'est  à  l'ouest;  elle  fut 
précédée  d'un  bruit  semblable  à  celui  que  ferait  une  voiture  roulant  sur  des  cail- 
loux. (C.  P.,  t.  XXXIII.p.  410;  G.;  Férussac,  Bull.,  t.  VIIL  p.  329.) 

—  24  juin.  A  S'-Brieuc  (Côtes  du  Nord),  une  secousse.  (Férussac,  Bulletin  des 
se.  nat.,  t.  XV,  p.  247.) 

—  16  septembre,  à  environ  10  h.  50  m.  du  matin,  à  S'-Jean  de  Boiseau 
(Loire-Inférieure),  deux  légères  secousses  du  sud-ouest  au  nord-ouest.  (J.  D., 
28  sept.) 

1827.  —  2  janvier  (à  l'heure  du  dîner),  à  Mortagne,  Alençon  et  dans  les  envi- 
rons, secousse  violente,  mais  de  courte  durée,  accompagnée  d'un  bruit  très-intense  : 
cheminées  renversées,  vitres  cassées.  Ce  jour-là,  le  ciel  était  sombre,  le  temps 
lourd  et  orageux. 

A  3  h.  45  m.  on  ressentit  une  violente  secousse  à  Essonne  et  à  Corbeil,  dans  le 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         75 

département  de  Seine-et-Oise.  (J.  D.,  12janv.;  Le  Consiit.,  10janv.;C.P.,  t.  XXXVI, 
p.  398;  G.) 

4827.  —  50  octobre,  à  5  h.  50  m.  du  matin ,  dans  les  cantons  de  Tavaro,  Tallano 
et  Sartène  (Corse),  deux  secousses.  (Le  Consul.,  27  nov.;  C.  P.,  t.  XXXVI, 
p.  598;  G.) 

1828.  —  Nuit  du  25  au  26  janvier.  Une  montagne  qui  dominait  la  ville  de  Spa , 
s'est  écroulée.  On  ne  parle  pas  de  tremblement  de  terre,  (J.  D.  et  M.  U.,  2  fév.) 

—  25  février,  vers  8  b.  '/s  du  matin ,  fort  tremblement  en  Belgique  et  dans  le 
nord  de  la  France,  dans  les  départements  de  la  Meuse,  de  la  Moselle  et  du  Nord. 

A  Commercy  (Meuse),  il  y  eut  deux  secousses  dans  la  direction  du  sud  au  nord. 
A  Longuyon  (Moselle),  une  seule,  mais  assez  intense,  et  qui  a  duré  plus  d'une  mi- 
nute. A  Avesnes  (Nord),  sa  durée  a  été  moindre  quoique  également  forte;  la  direc- 
tion en  était  de  l'est  à  l'ouest.  A  Dunkerque,  la  commotion  a  été  ressentie  par 
plusieurs  habitants;  la  direction  du  mouvement  souterrain  y  a  été  diversement 
observée,  on  lui  donne  généralement  celle  du  sud  au  nord  ;  la  secousse  a  ébranlé  de 
gros  meubles,  entre  autres  des  bois  de  lit  qu'on  a  vus  se  mouvoir  en  divers  sens 
sur  leurs  roulettes. 

Le  vent ,  qui  était  au  sud-est  à  5  et  6  heures  du  matin ,  tourna  subitement  après 
la  secousse  et  devint  nord-ouest ,  sans  aucun  changement  dans  la  température. 

La  secousse  que  l'on  a  ressentie  à  Bruxelles  a  été  éprouvée  à  la  même  heure  à 
Liège;  vers  8  h.  20  m.  du  matin  ,  par  un  temps  très-calme,  on  éprouva  dans  cette 
dernière  ville  plusieurs  secousses ,  d'abord  très-légères,  et  ensuite  assez  fortes;  elles 
se  sont  prolongées  de  sept  à  huit  secondes;  elles  étaient  accompagnées  d'un  bruit 
sourd  et  paraissaient  se  diriger  du  sud-est  au  nord-ouest.  Les  maisons  tremblaient 
et  les  meubles  éprouvaient  un  mouvement  oscillatoire  très-prononcé;  quelques  che- 
minées ont  été  renversées.  Le  mouvement  s'est  fait  sentir  très-fortement,  surtout 
dans  les  parties  élevées  des  habitations;  il  a  été  sensible  aussi  dans  l'intérieur  de  la 
terre;  à  la  houillère  de  Bellevue,  près  Saint-Laurent ,  les  ouvriers  l'ont  ressenti 
distinctement,  et  à  la  houillère  de  Banoux,  faubourg  Vevignis,  ils  l'ont  éprouvé  à 
52  toises  de  profondeur;  quelques-uns  d'entre  eux  disent  avoir  entendu  une  espèce 
de  roulement.  Après  les  secousses,  le  baromètre  s'est  maintenu  au  même  état  d'a- 
baissement de  27p  1'. 

Au  collège  royal  de  Liège,  le  mouvement  ondulatoire  a  été  très-sensible;  des 
personnes  ont  été  secouées  fortement  dans  leurs  lits ,  d'autres  ont  fui  des  églises. 
A  Saint-Denis ,  le  mouvement  a  été  si  prononcé  qu'on  eût  dit  qu'on  secouait  vio- 
lemment les  colonnes  ;  des  parties  de  ciment  ont  été  détachées  de  la  voûte  du  chœur. 

A  Maestricht,  à  la  même  heure,  la  secousse  a  été  assez  forte  pour  avoir  déplacé 
des  meubles  dans  plusieurs  maisons,  et  occasionné  la  chute  de  plusieurs  cheminées. 


76  MÉMOIRE 

A  Tirlemont,  on  a  ressenti  pareillement,  dans  la  matinée,  des  secousses  qui  ont 
duré  à  peu  près  sept  minutes;  grand  nombre  de  cheminées  ont  été  renversées,  les 
murs  de  plusieurs  maisons  crevassés,  et  dans  une  maison,  les  miroirs,  verres  et  ob- 
jets de  porcelaine  ont  été  brisés. 

En  résumé,  ce  tremblement  de  terre  a  ébranlé  toute  la  Belgique,  les  régions  de 
la  Meuse,  du  Rhin  et  de  la  Moselle.  Von  Hoff  qui,  dans  sa  chronique,  donne  de 
longs  détails  sur  ce  phénomène,  le  circonscrit  ainsi  :  au  sud,  Longuyon  et  Com- 
mercy;  au  sud-ouest  et  à  l'ouest,  Avesnes,  le  Quesnoy,  Dunkerque,  Bruges;  au 
nord-ouest ,  Middelbourg  et  Flessingue  ;  au  nord ,  Dortrecht  et  Upbergen ,  près 
Nimègue;  à  l'est,  il  s'est  étendu  au  Rhin  et  même  au  delà.  Tous  les  lieux  situés  en- 
tre ces  limites,  comme  Mons,  Namur,  Louvain,  Aix-la-Chapelle,  Hainaut,  etc., 
ont  été  plus  ou  moins  ébranlés;  Tongres  et  Huy,  où  le  bruit  fut  une  espèce  de  cra- 
quement, méritent  d'être  signalés  pour  la  violence  des  secousses. 

On  cite  quelques  perturbations  magnétiques  comme  ayant  précédé  ou  accompa- 
gné le  phénomène  Ainsi ,  à  Cologne,  on  aurait  remarqué ,  le  25,  une  variation  de 
•4°  à  l'ouest  dans  l'aiguille  aimantée.  Le  21,  à  3  heures  après  midi,  le  baromètre, 
à  Genève,  était  tombé  à  26''  f|  de  ligne.  A  Cobourg,  où  la  hauteur  moyenne  ba- 
rométrique est  de  733"""  (réduit  à  0°  c).  Von  Hoff  observa  seulement  716""',9  par 
6°,5  c,  le  22,  à  8  heures  du  soir.  Le  23,  à  6  heures  du  matin,  il  était  remonté 
à  718"'"', 45,  et  à  8  heures  il  marquait  719""', 2,  le  thermomètre  centigrade  étant 
à  7°.  La  hausse  a  continué.  Les  19,  20,  21  et  23,  des  tempêtes  terribles  ont 
régné  dans  le  midi  de  l'Europe.  Le  jour  même  du  tremblement ,  les  îles  d'Hyères 
étaient  ravagées  par  un  orage  mêlé  de  grêle  et  par  une  espèce  de  trombe.  (  J.  D., 
28  fév.  et  1"  mars;  le  Constitutionnel,  n°'  des  mêmes  jours;  M.  U.,  27,  28  fév.; 
1^'  et  28  mars;  C.  P.,  t.  XXXIX,  p.  408;  Bull,  de  Férussac,  mars  1829  et  mai 
1850;  G.;  V.  H.) 

1828.  —  26  février ,  8  heures  du  matin,  à  Upbergen  et  Beek,  près  de  Nimègue  , 
légère  secousse  de  deux  secondes.  Direction  du  sud  au  nord.  (V.  H.) 

—  22  mars,  à  2  h.  20  ou  30  m.  du  matin ,  à  Jauche  ,  Jandrin  et  Jandrenouville; 
une  secousse  plus  faible  à  Louvain.  Durée,  deux  ou  trois  secondes.  A  Cobourg, 
le  baromètre  tomba  encore  ce  jour  à  714""",  la  température  étant  à  11°  cent.  (V.  H.) 

—  25  mars,  à  9  h.  Va  du  matin,  au  Quesnoy  (Nord)  et  dans  une  des  villes 
des  Pays-Bas  (Jauche?),  forte  secousse  consistant  en  un  mouvement  oscillatoire 
dirigé  de  bas  en  haut.  On  avait  remarqué  la  veille ,  vers  le  nord ,  trois  grands 
éclairs  dans  un  ciel  sans  nuages.  (M.  U.  et  le  Constitua,  27  et  28  mars;  C.  P., 
t.  XXXIX,  p.  410;  G.  etV.  H.) 

—  Nuit  du  17  au  18  juin,  à  Poitiers  (Vienne),  une  légère  secousse.  (J.  D.,  27 
juin;Ç.P.,t.  :îCpCIX,p.4U;G.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         77 

1828. —  13  août,  entre  1  h.  50  m.  et  2  heures  du  matin,  en  Belgique,  deux  se- 
cousses légères  avec  bruit  souterrain.  (V.  H.) 

—  9  octobre,  à  3  h.  15  m.  du  matin,  à  Turin  et  Gênes,  grandes  secousses  res- 
senties assez  faiblement  à  Marseille.  Les  observateurs  de  Turin  disent  que  le  trem- 
blement a  duré  30  secondes,  ceux  de  Gênes,  20  secondes  seulement.  On  assure, 
du  reste,  que  des  sonnettes  ont  été  mises  en  mouvement  par  l'effet  des  secousses, 
que  des  pendules  se  sont  arrêtées,  que  beaucoup  de  bâtiments  ont  été  lézardés; 
il  ne  parait  pas  toutefois  qu'il  en  soit  résulté  des  dégâts  bien  notables.  Dans  le 
port  de  Gènes,  le  tremblement  a  donné  lieu  à  un  mouvement  de  la  mer  très- 
considérable,  pendant  lequel  beaucoup  de  navires  se  sont  entre-choqués. 

Le  10,  à  1  h.  30  m.  environ  de  la  nuit,  nouveau  tremblement  beaucoup  plus 
faible.  On  a  ressenti  les  mêmes  secousses  à  Asti,  à  22  milles  de  Turin.  {Le  Constii.; 
J.D.  etM.U.,  16,18,  19et20oct.;C.  P.,  t.  XXXIX,  p.  412;  G.) 

—  21  novembre,  à  3  h.  50  m.  du  matin  ,  dans  les  environs  de  Reiffenberg, 
non  loin  de  Francfort-sur-le-Mein ,  une  secousse  avec  bruit  souterrain  ,  semblable  à 
celui  d'une  voiture.  (V.  H.) 

—  25  novembre ,  à  Mayence  et  dans  les  contrées  voisines  ,  un  tremblement  de 
terre  qui,  pas  plus  que  celui  du  5  décembre  suivant,  n'a  eu  d'influence  sur  les  eaux 
minérales  de  Wiesbaden.  (J.  D.,  8  janv.  1829.)  »»4  ti**' 

—  20  novembre,  à  8  h.  50  m.  du  soir,  à  Sindlingen  (Grand-Duché  de  Nassau), 
à  6  ou  7  milles  au  nord-ouest  de  Francfort ,  une  forte  secousse  de  l'est  à  l'ouest. 
(V.H.) 

Le  lendemain  27 ,  à  7  heures  du  matin ,  à  Bonn ,  une  secousse  pareillement  diri- 
gée de  l'est  à  l'ouest.  (V.  H.) 

—  3  décembre,  vers  6  h.  30  m.  du  soir.  De  Metz  à  Aix-la-Chapelle,  Spa, 
Liège,  Maestricht,  Cologne,  Bonn,  etc.,  et  sur  toute  la  vallée  du  Rhin,  deux  se- 
cousses assez  fortes.  A  Spa,  des  meubles  ont  été  renversés,  des  personnes  sont 
tombées  de  leurs  chaises.  A  Stavelot  et  Malmèdy,  la  dernière  secousse  a  été  accompa- 
gnée d'une  détonation  très-prononcée.  A  Remagen,  la  direction  a  été  du  nord-ouest 
au  sud-est,  et  à  Aix-la-Chapelle,  du  sud-est  au  nord-ouest.  On  a  aussi  remarqué 
une  perturbation  dans  l'aiguille  magnétique. 

Les  eaux  de  la  Baltique  se  retirèrent  de  Lubeck,  et  vers  midi,  il  y  eut  à  Saint- 
Pétersbourg  une  tempête  épouvantable  venant  de  la  mer.  (J.  D.,  le  Constit.,  et 
M.  U.,  8,  9,  25  déc.  et  5  janv.  1829;  C.  P.,  t.  XXXIX,  p.  412;  G.) 

Contrairement  au  Journal  des  Débats ,  le  Consdtutionnel  dit  que  les  eaux  de 
Selters  ont  diminué  et  que  celles  de  Wiesbaden  ont  augmenté.  Von  Hoff  regarde 
aussi  comme  fausse  la  nouvelle  de  ces  changements. 

1829.  —  2  avril,  à  7  h.  50  m.  du  matin,  aux  environs  de  Dieppe  (Seine-Infé- 


78  MÉMOIRE 

rieure),  plusieurs  fortes  secousses;  la  première  dura  quelques  secondes  et  fut  accom- 
pagnée d'un  bruit  semblable  à  celui  du  tonnerre.  (G.  P.,  t.  XLII,  p.  548;  G.) 

1829.  —  25  avril,  à  9  h.  50  m.  du  soir,  à  Freyburg  (Bade)  et  Mûnsterthal,  forte 
secousse  avec  bruit  pareil  au  tonnerre;  durée,  quelques  secondes;  direction,  du 
sud-ouest  au  nord-est.  A  Freyburg ,  elle  fut  suivie  d'un  fort  coup  de  vent  du  nord- 
ouest,  et  d'une  chute  de  neige.  (V.  H.) 

—  l"juin,  à  10  heures  du  matin,  une  secousse  à  Bonn,  ou  plutôt  à  Rome. 

Le  même  jour,  les  secousses  se  sont  renouvelées  à  Âlbano,  où  elles  étaient  très- 
fréquentes  depuis  une  huitaine  de  jours.  (V.  H.) 

—  24  juin,  à  7  h.  10  m.  du  soir,  à  Paris,  plusieurs  secousses,  sur  l'autorité  de 
plusieurs  personnes  demeurant  rue  du  Mont-Parnasse. 

Le  26,  à  Caen  (Calvados)  et  dans  les  environs,  une  légère  secousse  de  deux  se- 
condes de  durée.  (J.  D.  5  juillet;  le  Cotislit.,  4  juillet;  G.  P.,  t.  XLII,  p.  549;  G.) 

—  Premiers  jours  de  juillet,  secousses  en  Normandie.  (V.  H.) 

—  Nuit  du  5  au  4  juillet,  à  Zwolle  (Yssel-Supérieur) ,  une  légère  secousse;  le 
vent  très-fort  se  calma  aussitôt  après.  (V.  H.) 

—  8  juillet,  à  10  heures  du  soir,  à  Marseille,  fort  ras  de  marée.  {Le  Constit., 
17  juillet.) 

—  15  juillet,  à  Vitry  et  dans  le  département  de  l'Aube,  tremblement  de  terre 
qui  m'a  été  communiqué  par  M.  Aug.  Bravais. 

Von  Hoff  signale  seulement,  sous  cette  date,  une  grêle  désastreuse  à  Arcis-sur- 
Aube,  Ormes,  AUibaudières ,  du  Chine,  Champigny,  Villette,  Torcy,  Pouan  et 
Vitry. 

—  7  août,  à  5  heures  du  matin,  à  Colmar ,  Béfort,  Saint-Diez,  Strasbourg,  plu- 
sieurs secousses  accompagnées  d'un  bruit  semblable  à  celui  d'un  tonnerre  lointain. 
Direction  du  nord  au  sud.  Elles  furent  plus  fortes  dans  les  montagnes  que  dans  les 
pays  bas.  (Le  Globe,  9  septembre;  Bull,  de  Férussac,  octobre;  C.  P.,  t.  XLII, 
p.  549;  G.) 

—  9  septembre,  à  10  h.  50  m.  du  matin,  à  Francfort-sur-Mein ,  une  secousse 
du  sud-ouest  au  nord-est.  {Le  Constit.,  17  sept.) 

Von  Hoff  paraît  douter  de  son  existence. 

—  1"  novembre.  Chute  dune  montagne  à  Lamothe-Chalançon ,  non  loin 
d'Orange  (Drôme).  Il  se  forma  un  petit  lac.  (Ann.  des  se.  nat.,  t.  XIX,  p.  424.) 

—  27  novembre,  à  4  h.  3  m.  du  soir,  à  la  Rochelle  et  Rochefort  (Charente- 
Inférieure)  ,  secousses  accompagnées  de  fortes  détonations.  Voici  les  détails 
donnés  par  M.  Fleuriau  de  Bellevue,  correspondant  de  l'institut  et  membre  de  la 
chambre  des  députés. 

Le  27  novembre,  à  4  h.  5  m.  du  soir,  on  entendit  tout  à  coup  à  la  Rochelle 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         79 

deux  fortes  détonations;  la  première  était  d'une  médiocre  intensité,  mais  la 
deuxième,  qui  la  suivit  de  1  ou  2  secondes,  fut  d'une  violence  extrême;  puis 
on  entendit  un  bourdonnement  prolongé  qui  n'était  peut-être  dû  qu'à  l'effet  des 
échos  :  ces  deux  détonations  et  ce  bourdonnement  durèrent  4  ou  5  secondes 
au  plus.  Ce  bruit  parut  venir  de  très-haut,  comme  d'une  bombe,  dans  la  direc- 
tion du  midi;  il  différait  tellement  d'un  coup  de  tonnerre  que  chacun  crut 
d'abord  à  fexplosion  d'un  magasin  à  poudre.  En  effet,  on  n'avait  éprouvé  qu'une 
très-violente  commotion  qui  fit  fortement  vibrer  les  carreaux  des  vitres,  qui 
n'ébranla  qu'un  très-petit  nombre  d'objets  portant  à  faux .  mais  qui  ne  fut  accom- 
pagnée par  aucune  secousse  sensible,  soit  de  bas  en  haut,  soit  dans  le  sens  hori- 
zontal; aussi  les  personnes  qui  avaient  éprouvé  des  tremblements  de  terre  dans 
d'autres  pays,  ne  pouvaient  reconnaître  ici  ce  phénomène;  plusieurs  l'attribuaient 
à  l'explosion  d'un  bolide,  et  s'attachèrent  d'autant  plus  à  cette  opinion,  qu'ils  ap- 
prirent ensuite  que  ce  bruit  ne  s'était  pas  fait  entendre  au  delà  des  limites  des 
arrondissements  de  la  Rochelle  et  de  Rochefort. 

Cependant ,  comme  depuis  vingt-cinq  jours  on  n'a  pas  ouï  dire  que  personne  ait 
aperçu  de  globe  de  feu ,  ni  de  pierres  tombées ,  comme  on  assure  que  plusieurs  ani- 
maux manifestaient  une  agitation  extraordinaire ,  un  moment  avant  les  détona- 
tions, comme  les  marins  de  trois  navires  ont  déclaré  que,  dans  ce  même  moment, 
ils  ont  cru  que  leurs  navires  avaient  donné  sur  quelques  rochers ,  comme  neuf  jours 
après  cette  époque,  une  seconde  secousse  s'est  fait  réellement  ressentir,  il  y  a  lieu 
de  croire  que  ces  détonations  doivent  se  rapporter  à  la  même  cause. 

Le  baromètre  avait  été  très-bas  les  jours  précédents ,  et  alors  il  était  encore  sta- 
tionnaire,  à  4  h.  8  m.,  au-dessous  de  sa  hauteur  moyenne,  c'est-à-dire  à  27M0'.; 
il  monta  aussitôt  après,  mais,  à  la  vérité  .  le  ciel  qui  avait  été  très-couvert  toute  la 
journée  et  même  un  peu  pluvieux,  s'était  éclairé  vers  l'ouest,  une  demi-heure  aupa- 
ravant 

1829.  —  6  décembre,  à  5  heures  du  matin,  à  la  Rochelle  encore .  secousse  assez 
forte  qui  parait  n'avoir  été  observée  que  dans  un  rayon  de  5  ou  4  lieues  autour  de 
cette  ville.  (C.  P.,  t.  XLIl ,  p  530;  Férussac,  Bull,  des  se,  avril  1850;  G.) 

Suivant  Von  Hoff,  cette  dernière  secousse  a  été  ressentie  dans  le  Médoc  et  dans 
d'autres  parties  du  département  de  la  Gironde. 

—  22 décembre .  la  nuit,  à  Belley  (Ain),  secousse  assez  forte  et  de  longue  durée. 
(C.P.,t.  XLII,  p.  351;  G.) 

Le  29,  nouveau  tremblement  à  Belley.  (Communiqué  par  M.  Aug.  Bravais.) 

1830.  —  25  novembre,  à  6  heures  du  matin,  à  Mulhouse,  Saint-Louis,  Bâle, 
Strasbourg,  à  Freyburg,  Mûlheifn,  Lorrach  (grand  duché  de  Bade),  plusieurs  se- 
cousses précédées  d'une  détonation  semblable  à  celle  d'une  pièce  de  gros  calibre. 


80  MÉMOIRE 

Direction  du  sud-ouest  au  nord-est.  Quelques  secousses  à  Saint-Biaise  (Bade),  vers 
5  h.  43  m.  (C.  P.,  t.  XLV,  p.  402;  Colla ,  Ann.  aslr.,  1833;  H.  ;  V.  H.) 

1830.  —  2  décembre,  à  0  h.  15  minutes  du  matin,  à  Saint-Biaise,  une  forte 
secousse  encore.  (V.  H.) 

—  28  décembre ,  vers  2  heures  du  soir ,  à  Coblentz  ,  Neuwied  et  Rubenach  , 
dans  la  province  prussienne  du  Bas-Rhin ,  secousses  dirigées  du  nord-ouest  au 
sud-est;  elles  furent  précédées  d'un  bruit  semblable  à  celui  d'un  canon  de  gros  ca- 
libre. Les  sources  des  environs  de  Coblentz,  à  Rubenheim,  avaient  tari  deux  jours 
auparavant.  (H.  et  V.  H.)  Le  Conslitutionnel  du  10  février  1832  donne  la  date  du 
28  janvier  1832. 

1831.  —  29  janvier,  entre  10  et  11  heures  du  soir,  dans  les  arrondissements 
deRemiremontet  Saint-Diez ,  forte  secousse  du  sud-ouest  au  nord-est.  AGéraromer, 
la  secousse  a  été  accompagnée  d'un  bruit  sourd,  mais  bien  prononcé.  (M.  U.,  15 
fév.) 

—  29  avril,  vers  les  5  heures  du  soir,  à  Orléans  et  dans  les  environs,  plusieurs 
secousses  assez  fortes.  (J.  D. ,  3  mai.) 

—  26  mai,  à  11  h.  Vi,  à  Marseille,  forte  secousse  qui  paraît  avoir  été  plus  vio- 
lente à  Gênes,  où  des  maisons  ont  été  ébranlées. 

—  Le  28,  à  midi  "^k,  nouvelle  secousse  à  Gènes.  (J.  D. ,  8  juin.) 

—  Nuit  du  26  au  27  août,  à  minuit,  à  Besançon  (Doubs),  deux  secousses  assez 
violentes ,  précédées  d'un  bruit  sourd  de  deux  secondes  à  chaque  fois  :  l'intervalle  a 
été  de  10  secondes.  Les  portes,  les  fenêtres,  les  meubles  ont  été  ébranlés.  (G.) 

1832.  —  Nuit  du  3  au  4  septembre,  à  Poitiers ,  une  assez  forte  secousse  de  quel- 
ques secondes.  (M.  U. ,  9  septembre.) 

1835.  —  5  février,  à  5  heures  et  quelques  minutes  du  matin,  à  Noirmoutiers 
(Charente) ,  deux  secousses;  la  première,  qui  était  la  plus  forte,  a  duré  six  à  sept 
secondes;  elle  eût  été  prise  pour  le  passage  d'une  voiture  sur  le  pavé  :  au  bout  de 
7  à  8  secondes,  il  en  est  survenu  une  autre;  cette  commotion,  réagissant  sur  la 
mer,  a  imprimé  aux  navires  un  mouvement  sensible.  Le  bruit  souterrain  a  passé 
du  midi  au  nord.  (  J.  D. ,  13  fév.  ;  G.) 

—  22 juin,  à  7  heures  du  matin,  à  Confreville,  Caillot,  Angerville-Bayeul , 
Saint-Maclou  ,  Limpiville  et  autres  communes  du  canton  de  Goderville ,  arrondisse- 
ment du  Havre  (Seine-Inférieure) ,  secousses  violentes  qui  n'ont  duré  que  quelques 
secondes,  et  ont  effrayé  les  habitants  de  ces  contrées.  (J.  D. ,  2  juillet;  G.  ) 

—  25  août,  vers  midi,  à  Utrecht,  une  légère  secousse.  (G.) 

—  9  octobre,  à  1  h.  15  m.  après  midi,  à  Issoire  (Puy-de-Dôme) ,  assez  forte  se- 
cousse avec  bruit  ;  le  temps  qui  paraissait  à  l'orage  s'est  éclairci. 

— -  Le  15 ,  plusieurs  nouvelles  secousses  successives  avec  un  mugissement  indéfinis- 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         81 

sable  à  Clermont ,  Issoire  et  aux  environs.  { J.  D. ,  15  et  26  oct.  ;  France  pittor. , 
t.  111,1).  5.) 

1835.  —  2  décembre,  dans  la  matinée.  Dans  les  environs  de  Harlem,  une  se- 
cousse qui  a  duré  20  ou  25  secondes.  (G.)  n  '  ^■■ihl  t  ^' 

1834.  —  4  juillet,  à  Brest,  une  secousse  très-sensible.  (A.  Colla,  Bibl.  liai.) 

—  13  septembre,  à  Niort  (Deux-Sèvres)  et  dans  les  environs,  léger  tremble- 
ment. (C.  R.,t.  I,p.  129. j 

1835.  —  7  mars,  à  G  heures  du  matin ,  à  Beaumont  (Vaucluse)  et  à  Manosque 
(Basses-Alpes) ,  deux  secousses  à  6  minutes  d'intervalle.  (J   D. ,  24  mars.) 

—  Nuit  du  28  au  29  avril.  Près  de  S'-Jean-Pied-de-Port  s'est  ouvert  un  gouffre 
de  200  pieds  de  circonférence  sur  25  à  30  de  profondeur.  Il  y  a  de  l'eau  et  de  la 
vase  au  fond.  Il  y  a  eu  un  bruit  comme  une  détonation  au  moment  de  l'affaisse- 
ment. (J.  D.,  12 mai.) 

—  14  septembre  ,  à  Niort  et  à  S'-Jean-d'Angely,  une  secousse. 

Le  même  jour,  à  Die,  Saillans,  Vairéas  (Drôme)  et  sur  le  revers  ouest  de  la 
Lance  ,  commotion  et  bruit  souterrains. 

La  ligne  de  Niort  à  S'-Jean-d'Angely  est  parallèle  à  celle  de  la  Lance  à  Saillans  : 
elles  n'ont  été  affectées  que  dans  l'espace  de  quelques  myriamètres;  mais  il  est  à 
remarquer  qu'elles  font  partie  de  deux  parallèles  terrestres  compris  entre  44"30'  et 
46''50'lat.  nord.  (M.  U. ,  7  oct.) 

—  Septembre,  entre  6  et  7  heures  du  matin.  Dans  l'arrondissement  d'Yvetot  et 
à  Bourg-Dun ,  dans  l'arrondissement  de  Dieppe  (Seine-Inférieure) ,  une  légère  secousse 
dans  une  étendue  de  deux  myriamètres  ;  elle  n'a  pas  duré  plus  de  5  à  6  secon- 
des; on  a  entendu  un  bruit  sourd,  et  quelques  meubles  ont  été  ébranlés.  Des  marins 
à  la  pèche  ont  également  ressenti  la  secousse.  (G  ) 

—  27  octobre,  vers  les  4  heures  du  matin.  Un  très-fort  tremblement  de  terre 
s'est  fait  sentir  à  S'-Bertrand  de  Comminges;  le  sol  a  été  vivement  ébranlé,  et  à  tel 
point ,  que  dans  les  maisons  tous  les  meubles  étaient  rudement  secoués  et  soulevés 
jusqu'à  plusieurs  pouces  au-dessus  du  plancher.  La  secousse  a  été  sentie  également 
à  Louzer ,  à  Valcabrère ,  Izaout ,  Ania  et  dans  tous  les  environs  :  elle  s'est  prolongée 
pendant  une  minute  à  peu  près;  elle  consistait  en  un  mouvement  ondulatoire  ra- 
pide, accompagné  d'un  bruit  souterrain  comparable  au  roulement  d'une  lourde  voi- 
ture. La  direction  de  ce  mouvement ,  qu'il  était  facile  de  connaître  à  S'-Bertrand , 
était,  dit  M.  Boubée,  de  l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest ,  direction  qu'affectent  pré- 
cisément les  couches  de  calcaire  compacte  du  terrain  de  craie  inférieure,  sur  lequel 
S'-Bertrand  est  bâti ,  et  qu'affecte  également  la  chaîne  entière  des  Pyrénées.  J'ignore, 
ajoute  l'auteur,  si  le  tremblement  s'est  fait  sentir  avec  les  mêmes  circonstances 
dans  les  lieux  les  plus  rapprochés  de  la  chaîne,  et  où  sont  les  terrains  plus  anciens. 

ToM.  XVIII.  11 


82  MÉMOIRE 

Une  heure  après  la  première  secousse,  on  en  sentit  une  seconde  à  S'- Bertrand. 

Le  lendemain  28,  vers  5  h.  45  m.  du  matin,  on  a  ressenti  à  Lux,  près  de 
Baréges,  une  forte  secousse,  telle  que  de  mémoire  d'homme  il  n'y  en  a  eu  d'aussi 
intense;  tous  les  meubles  ont  été  déplacés.  La  direction  de  cette  secousse  était 
de  l'ouest  à  l'est,  et  la  durée  de  quatre  à  cinq  secondes.  Deux  autres  secousses,  mais 
bien  moins  fortes  que  la  première,  se  sont  fait  sentir  à  un  quart  d'heure  d'in- 
tervalle. 

Le  même  jour  28 ,  vers  les  4  heures  et  demie  du  matin ,  à  Tarbes  (Hautes-Pyré- 
nées), la  terre  s'est  émue,  les  secousses  se  sont  fait  sentir  à  plusieurs  lieues  à  la 
ronde,  mais  elles  ont  considérablement  augmenté  de  violence  et  de  durée  dans  les 
localités  les  plus  rapprochées  des  Pyrénées.  On  raconte  qu'à  Bagnères  elles  se  sont 
prolongées  pendant  plusieurs  minutes ,  et  que  les  habitants  effrayés  se  sont  jetés 
presque  nus  hors  de  leurs  maisons.  Quelques  murs,  quelques  plafonds  lézardés  sont 
les  seules  sinistres  qu'on  signale.  Ce  phénomène  a  été  suivi  d'un  grand  bruit,  assez 
semblable  au  roulement  du  tonnerre  dans  les  gorges  des  Pyrénées.  Direction  de 
l'ouest  à  l'est.  (J.  D.,  5  nov.;  M.  U.,  6  nov.;  C.  R.,  t.  I,  p.  322  et  469;  G.) 

1855.  —  Fin  de  novembre.  A  Pau  (Basses-Pyrénées),  à  la  suite  de  froids  assez 
vifs,  le  temps  a  tout  à  coup  changé,  un  vent  du  sud  très-chaud,  étouffant,  s'est 
élevé.  On  eût  cru  dans  la  journée  ressentir  les  exhalaisons  qu'on  éprouve  devant 
une  fournaise  ardente. 

Quelques  personnes  prétendent  avoir  remarqué  pendant  la  nuit  des  secousses  de 
tremblement  de  terre;  d'autres  assurent  avoir  entendu  des  bruits  souterrains  et 
comme  de  fortes  détonations.  (M.  U.,  3  déc) 

1836.  —  15  mai ,  vers  5  heures  du  matin,  à  Angers,  plusieurs  secousses  précé- 
dées d'un  bruit  sourd  ;  dans  beaucoup  de  maisons ,  les  fenêtres  et  les  meubles  ont 
été  violemment  agités. 

A  la  même  heure,  léger  tremblement  à  Nantes. 

A  5  h.  5  m.  du  matin,  par  un  temps  calme,  le  vent  nord-est  et  l'espoir  d'une 
journée  de  printemps,  à  Parthenay,  deux  secousses  accompagnées  d'un  bruit  sou- 
terrain pareil  à  celui  d'un  tonnerre  lointain.  Elles  ont  été  plus  violentes  que  la 
première  et  dirigées  du  nord-ouest  au  sud-est,  et  se  sont  succédé  à  peu  d'inter- 
valle; la  seconde  a  causé  un  ébranlement  général;  des  personnes  debout  se  sont 
senties  comme  soulevées;  d'autres  couchées  et  endormies  ont  été  réveillées  par  une 
commotion  pareille  à  celle  que  produit  une  machine  électrique,  et  se  sont  assez 
longtemps  ressenties  d'un  malaise. 

A  10  h.  50  m.  du  soir,  nouvelle  secousse  de  même  direction,  mais  moins  forte. 

Le  14 ,  on  a  aussi  éprouvé  à  la  Rochelle  quelque  mouvement  d'oscillation.  (J.  D., 
17  et  19  mai;  Bull,  de  la  société  géoL,  t.  VII,  p.  260;  Bibl,  ilal.j  G.) 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         83 

1856.  —  16  septembre,  à  1  heure  après-midi,  à  Nismes,  on  entendit  comme  une 
violente  détonation  accompagnée  d'un  tremblement  général,  qui  se  faisait  sentir  non- 
seulement  par  un  léger  tressaillement  du  sol,  mais  par  une  sorte  d'oscillation  des 
murs  et  des  objets  mobiles;  cette  secousse  a  duré  2  ou  5  secondes.  A  Vauvert,  et 
dans  quelques  villages  voisins ,  le  tremblement  fut  plus  prononcé.  On  l'a  ressenti 
à  Beaucaire,  mais  on  n'a  rien  éprouvé  à  Montpellier.  (M.  U.,  24  et  25  septembre; 
Bihl.  itaL;  G.) 

—  5  novembre?  Le  Journal  des  Débats,  n"  du  30  janvier  1837,  que  nous  cite- 
rons plus  bas,  à  la  date  du  24  janvier,  parle  d'un  tremblement  de  terre,  ressenti 
depuis  peu  à  Altkirch.  Ce  fait  serait-il  concomitant  des  violentes  secousses  ressenties 
le  5  novembre,  à  7  heures  du  matin ,  dans  la  partie  nord-ouest  de  la  Suisse  où  leur 
direction  a  été  du  sud  au  nord?  M.  Ant.  Colla,  qui  les  a  consignées  dans  la  Biblio- 
teca  italiana ,  ne  cite  aucune  localité. 

1837.  —  Nuit  du  10  au  11  janvier,  vers  minuit,  à  Poitiers,  deux  secousses  dont 
une  très-forte.  (A.  Colla,  i4nn.  astr,  an  1839,  p.  109.) 

—  21  janvier ,  vers  2  heures  et  4  ou  5  heures  du  matin ,  deux  fortes  secousses 
à  Genève. 

'  Le 24,  à  1  h.  58  m.  du  matin,  à  Altkirch,  Besançon,  Bâle,  Berne,  Soleure  et 
Constance,  trois  secousses  avec  bruit  assez  fort.  Direction  du  nord  au  sud.  Temps 
calme. 

A  Sion,  deux  secousses  très-sensibles.  Le  bruit  a  paru  se  diriger  du  sud  au  nord. 
Le  ciel  était  calme,  très -peu  nuageux.  L'hygromètre,  qui  depuis  deux  mois  se 
trouvait  tellement  fixé  entre  90  et  100°  qu'on  le  croyait  dérangé,  était  monté 
de  15». 

A  Burdorf ,  la  direction  fut  du  sud-sud-ouest  au  nord-nord-est  ;  à  Stutfgardt  et 
Oberndorf,  de  l'est  à  l'ouest;  dans  la  Lombardie  et  le  Piémont,  du  nord  au  sud. 
(J.  D.,  50  janvier  et  1"  fév.;  M.  U.,  2fév.;  YInslUut,  n°218,an  1837;  A.  Colla, 
Ann.  astr.,  an  1839;  G.)  uj  1  a-vir  , 

—  29  janvier.  A  Vizille  (Isère),  forte  commotion  précédée  d'une  violente  détona- 
tion ,  comparable  à  la  décharge  simultanée  de  plusieurs  pièces  de  canon.  (A.  Colla, 
Ann.  astr.,  an  1859.) 

—  19  février,  à  7  h.  30  m.  du  matin,  à  Bâle,  une  secousse  très-faible.  (A.  Colla, 
ibid.) 

—  25  février,  à  5  h.  15  m.  du  matin,  à  Gand,  par  un  temps  orageux,  une 
secousse  a.ssez  forte,  qui  a  duré  2  ou  3  secondes,  et  dont  l'oscillation  était  du 
sud-est  au  nord-ouest.  Elle  a  été  plus  forte  que  celle  qui  avait  eu  lieu  huit  ans  au- 
paravant. Le  vent  venait  du  sud-sud-ouest  et  le  thermomètre  était  à  —  4°,5  R. 

G.;  A.  Colla,  Und.)  dmvj'j: 


84  MÉMOIRE 

L'auteur  fait  sans  doute  ici  allusion  au  phénomène  du  3  décembre  1828? 

1837.  —  27  mai ,  vers  les  6  heures  du  soir,  une  légère  secousse  à  Coblentz.  (G.) 

—  Mai  {nella  meta),  fortes  secousses  sur  quelques  points  du  département  du 
Cher.  (A.  Colla,  ibid.)  n 

—  11  octobre,  à  7  h.  50  m.  du  soir,  à  Tilly-la-Campagne ,  Bourguibus  et  Sol- 
lins  (Calvados),  violentes  secousses  avec  fortes  détonations.  (J.  D. ,  18  oct.;  A.  Colla, 
ibid.)  V 

—  30  octobre,  quelques  minutes  avant  11  heures  du  soir,  à  Mulhouse,  une 
assez  forte  secousse  dans  la  direction  de  l'est  à  l'ouest.  (J.  D.,  11  novembre; 
A.  Colla ,  ibid.) 

—  H  décembre, à 3  h.  7  m.  du  matin,  à  Chalabre  et  S'^'-Colombe  (Aude),  secousse 
de  30  secondes ,  avec  bruit  semblable  à  celui  de  voitures  roulant  sur  le  pavé. 
On  a  ressenti  une  secousse  légère  sur  divers  points  de  l'Arriége  et  des  Pyrénées 
orientales.  (J.  D.,  18  déc. ;  Colla,  ibid.) 

1838.  —  5  janvier,  à  7  h.  15  m.  et  7  h.  30  m.  du  matin,  à  Belley  (Ain) ,  deux  se- 
cousses assez  sensibles  avec  grand  bruit.  Chacune  a  duré  1  seconde.  (A.  Colla , 
Ann.  astr.,  an  1840.) 

—  24  janvier,  à  Pouilly,  Toisy  et  Mont-S'-Jean  (Côte-d'Or),  légère  secousse. 
(J.  D.,  16fév.;A.  Colla,  ibid.) 

—  14  février,  à  4  h.  30  m.  et  6  h.  50  m,  du  soir,  à  Dijon,  deux  légères  secousses. 
Détonation  violente ,  dit-on.  Je  n'ai  point  entendu  de  détonations ,  je  ne  me  suis 
non  plus  nullement  aperçu  des  secousses. 

—  25  février,  entre  4  et  5  heures  du  matin,  dans  le  département  delà  Creuse, 
deux  secousses.  (A.  Colla,  i^id.) 

—  1"  mars ,  vers  1  heure  de  l'après-midi ,  chute  du  roc  de  Jalève ,  territoire 
de  Caisnes  (Pyrénées  orientales).  Bruit  pareil  à  un  tonnerre  lointain,  secousse  sem- 
blable à  un  tremblement  de  terre.  (J.  D. ,  9  avril.) 

—  16  mars,  vers  1  heure  du  matin,  à  Coblentz,  une  secousse  durant  une  tem- 
pête très-violente.  (A.  Colla,  ibid.  ) 

—  22  mai,  à  7  heures  du  matin,  à  Méandre  (Isère),  fortes  secousses.  Elles  ont 
duré  à  peu  près  13  minutes,  mais  à  trois  reprises  différentes.  Des  murs  ont  été 
lézardés.  (J.  D. ,  5  juin;  A.  Colla,  ibid.  ) 

—  14  octobre,  à  7  heures  du  matin,  à  Coblentz,  violente  secousse  presque 
instantanée.  Du  11  au  14,  le  baromètre  était  descendu  de  28"  4',2  à  27"  6',6. 
(J.  D.  ,20oct.) 

—  26  octobre,  à  4  h.  49  m.  du  soir,  à  Avesnes  (Nord),  secousse  très-forte. 
(A.  Colla,  ibid.) 

—  16  décembre,  dans  le  département  de  l'Isère  (voir  au  26  mars  suivant). 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         SU 

1838/  —  25  décembre,  au  milieu  de  la  nuit,  à  la  Rochelle,  secousse  assez  forte 
d'une  demi-seconde,  avec  bruit  semblable  à  un  coup  de  canon  dans  l'éloignement. 
Les  portes  ont  été  ébranlées  dans  les  maisons  sur  plusieurs  points  du  départe- 
ment. (J.  D.,31  décembre.) 

1859.  —  10  février,  à  8  h.  30  m.  du  matin,  à  Aigueperse,  Riom  et  Gannat, 
secousse  violente.  (J.  D. ,  24  fév.;  M.  U. ,  25  fév.;  A.  Colla,  ibid.) 

—  26  mars.  Dans  le  département  de  l'Isère:  «  11  est  reconnu,  dit  M.  Barruel, 
»  recteur  de  Vausany,  que  les  secousses  des  tremblements  de  terre  ont  été  sensi- 

>  bles  dans  toutes  les  paroisses  qui  composent  le  canton  d'Oisans  (Isère).  Elles 
»  ont  eu  lieu  à  AUemont.  Auris  (suit  la  liste  de  seize  paroisses).  Un  bruit  souter- 

>  rain  semblable  à  celui  d'un  tonnerre  qui  se  fait  entendre  dans  le  lointain,  ou  à  ce- 

>  lui  de  la  chute  d'une  avalanche,  les  précédait  toujours;  l'agitation  le  suivait  de 

>  près;  l'ébranlement  était  plus  ou  moins  violent;  l'oscillation  se  dirigeait  du  nord- 

k  est  au  sud-ouest U  n'y  a  eu  de  dommages  qu'à  Vausany.  Les  plus  forts 

»  tremblements  ont  eu  lieu  le  16  décembre  et  le  26  mars.  »  (Mgr.  Alexis  Billiet, 
Mém.  sur  les  trembl.  de  terre  de  Maurienne,  inséré  aux  Mém.  de  Turin,  2'  série, 
t.  II,  p.  li.) 

—  5  avril,  à  6  heures  et  demie  du  matin,  à  Grenoble,  faible  secousse  de  deux 
secondes.  Direction  de  l'est  à  l'ouest.  (A.  Colla,  Ann.  astr.,  an  1841;  A.  Billiet, 
ibid.) 

^,. —  16  août,  le  soir,  à  Genève,  faible  secousse.  (A.  Colla,  ibid.) 

—  2  novembre,  vers  4  heures  du  soir,  à  Genève,  faible  secousse;  quelques 
instants  après ,  une  forte  secousse  à  Sion ,  et  une  autre  assez  forte  à  2  heures  du 
matin.  (A.  Colla,  ibid.) 

1840.  —  5  janvier,  un  peu  avant  minuit,  tremblement  dans  les  Pyrénées.  Des 
cheminées  furent  renversées.  Quatre  jours  auparavant,  forte  odeur  de  soufre  avec 
bruit  souterrain  à  Bagnères  de  Bigorre.  (M.  U.,  12  janv.;  A.  Colla,  ibid.;  Écho  du 
monrfe  sav.,  n"  509.)  ,,un>m>«4  I  H  i.\i 

—  8  janvier,  à  Lucey,  sur  les  bords  du  Rhône ,  légère  secousse.  (J.  D. ,  22  janv.) 
, —  19  janvier,  nouvelles  secousses  dans  les  Pyrénées.  (A.  Colla,  Ann.,  1842.) 

—  Nuit  du  29  au  50  janvier.  Éboulement  de  la  montagne  de  Cernans ,  près  de. 
Salins  (Jura).  Il  ne  parait  pas  y  avoir  eu  de  tremblement  de  terre.  (  J.  D.,  5  fév.)iK.l 

(i^ —  22  mars,  à  4  h.  17  m.  du  soir,  à  Nantes ,  à  Guérande  et  dans  une  partie 
de  l'ouest ,  deux  secousses  séparées  par  un  intervalle  inappréciable. 

A  Guérande,  bâtie  sur  un  terrain  primitif,  la  secousse  de  l'est  à  l'ouest  a  été 
ressentie  à  5  h.  et  demie.  (M.  U.,  28  mars.) 

—  8  juin,  tremblement  à  Tours  et  à  Candes.  (Lamont,  Annal,  fur  Meteor.  und 
Erdmag.,i.  I,  p.  161.)  »m«i«u«aB  ; 


80  MÉMOIRE 

1840. —  2  septembre,  à  8  h.  13  m.  du  soir,  à  Roquemaure  (Languedoc),  deux 
secousses  de  l'est  à  l'ouest,  à  5  minutes  d'intervalle ,  avec  fortes  détonations  sou- 
terraines. On  les  a  ressenties  à  Châteauneuf,  Cadérousse,  Montfaucon,  Saint- 
Génies,  Tavel,  Sauveterre.  Des  marais  sur  les  bords  du  Rhône  ont  dégagé  beaucoup 
de  gaz  enflammés.  La  commotion  a  embrassé  une  largeur  de  2  lieues.  (M.  U., 
12  sept.;  le  Voleur,  18  sept.;  A.  Colla,  ibid.) 

—  8  novembre ,  à  6  h.  53  m.  du  matin,  à  Ressas  et  Barjac  (Gard),  une  secousse 
du  nord-ouest  au  sud-est;  elle  fut  assez  violente  et  suivie  de  deux  oscillations.  (Q., 
18nov.;  Ph.,  22  nov.;  A.  Colla,  ibid.) 

—  Nuit  du  9  au  10  décembre,  à  Relley  (Ain),  secousse  assez  violente,  mais  sans 
dégâts.  On  l'a  ressentie  en  plusieurs  communes  sur  les  bords  du  Rhône. 

Le  10,  à  4  h.  18  m.  du  matin ,  il  y  a  eu  à  Chambéry  une  forte  secousse  de  l'est 
à  l'ouest. 

Depuis  quinze  ans  environ ,  elles  sont  assez  fréquentes ,  remarque-t-on ,  dans 
les  régions  sub-Alpines.  (M.  U.  et  G.  F.,  19  déc.  ;  Ph.,  23  déc. ;  Goz.  Piém.,  14 
déc.  ;  A.  Colla ,  ibid.) 

1841.  —  Premiers  jours  de  janvier,  à  Goux  (Doubs),  effondrement  spontané 
et  très-considérable.  C'est  une  sorte  de  puits  ayant  une  ouverture  d'environ 
quinze  mètres  de  circonférence.  La  profondeur  n'a  pu  être  appréciée.  (Ph.,  17  fé- 
vrier.) 

—  22  mars,  à  6  h.  34  m.  du  matin,  à  Coblentz,  une  secousse:  durée,  1  se- 
conde; direction  du  nord-est  au  sud-ouest;  bruit  très-fort. 

On  l'a  ressentie  sur  la  Moselle  et  sur  la  Lahn.  (M.  U.,  28  mars;  Gaz.  Piém., 
31  mars  ;  A.  Colla ,  ibid.) 

—  3  avril,  vers  1  heure  du  soir,  à  Seiches  (Maine  et  Loire),  secousse  assez 
forte  avec  bruit  souterrain.  Direction  de  l'est  à  l'ouest. 

Le  même  jour ,  à  5  heures  et  demie  du  soir,  violentes  secousses  dans  tout  le  Jut- 
land.  (M.  U.,  13  et  16  avril;  Gaz.  Piémont  ,  21  avril;  A.  Colla,  ibid.) 

—  29  juin ,  vers  10  heures  du  matin  ,  dans  le  département  de  l'Indre ,  première 
secousse,  suivie  d'une  seconde  à  quelques  minutes  de  distance;  l'une  et  l'autre  fort 
légères  seraient  peut-être  restées  douteuses  sans  le  bruit  souterrain,  saccadé  et  pro- 
longé qui  les  accompagnait. 

Le  30,  à  11  h.  15  et  25  m.,  secousses  et  bruits  plus  forts  à  Châtillon-sur-Indre 
et  à  Duzançais. 

Le  1"  juillet,  nouvelle  secousse.  iJ  ni»  -i: 

,   Les  quatre  jours  suivants,  grand  vent  du  sud-ouest. 

—  Nuit  du  4  au  5,  vers  minuit,  à  Leblanc-sur-Indre,  secousses  assez  fortes 
pour  ébranler  les  meubles;  à  minuit  25  m,,  ciel  un  peu  orageux,  mais  calme. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.        87 

A  Bligny-sur-Ouche,  près  d'Arnay-le-Duc  (Côte-d'Or) ,  entre  minuit  et  minuit  et 
demi,  secousses  assez  fortes  pour  avoir  remué  les  meubles. 

A  Bourges,  à  minuit  et  demi,  mouvement  de  soulèvement;  deux  secousses;  grand 
bruit  comme  si  on  eût  jeté  un  lourd  fardeau  dans  les  étages  supérieurs.  Ciel  clair, 
vent  frais.  Vers  3  heures,  une  secousse  très-faible. 

A  Caumacre,  près  de  Rochemore,  au  sud  de  Tours  (Indre  et  Loire),  vers  mi- 
nuit, forte  secousse  dirigée  du  nord  au  sud  :  durée,  2  ou  5  secondes;  bruit 
semblable  à  celui  qu'une  douzaine  de  diligences  auraient  pu  produire  en  roulant 
simultanément  sur  le  pavé.  Dans  la  soirée,  on  avait  remarqué  que  les  nuages 
les  plus  élevés  étaient  poussés  par  le  vent  de  sud ,  et  les  plus  bas  par  le  vent  du 
nord. 

A  Langé,  canton  de  Valençay  (Indre),  à  minuit  28  m.,  la  plus  forte  secousse;  la 
seconde,  4  ou  5  minutes  après  la  première;  la  troisième  à  5  h.  44  m.;  la  der- 
nière, très-faible,  à  5  h.  45  m.  Leur  direction  a  paru  du  midi  au  nord.  Ciel  chargé 
au  couchant.  Le  vent  d'ouest  s'est  élevé  après  les  secousses. 
'  A  Pont-Levoy,  à  minuit  et  demi ,  première  secousse  dirigée  du  nord  au  midi,  bruit 
sourd  et  profond  ;  les  meubles  tremblèrent.  A  3  heures  et  demie ,  nouvelle  secousse; 
vent  très-fort;  il  pleuvait  abondamment. 

A  Quinçay ,  40  kilomètres  au  sud  de  Blois ,  à  minuit  et  demi ,  une  forte  secousse 
paraissant  aller  de  l'ouest  à  l'est.  Bruit  semblable  à  celui  que  produit  une  voiture 
roulant  sur  des  pierres.  Vers  3  h.  30  m.,  secousse  moins  forte  que  la  première. 
Le  tonnerre  grondait  alors  dans  le  lointain. 

Près  de  Nogent-sur-Vernisson  (Loiret),  minuit  '/4,  violente  secousse  dirigée  du 
nord  au  sud;  les  objets  se  mouvaient  à  la  vue;  le  ciel  était  chargé,  mais  calme  : 
on  éprouvait  une  chaleur  étouffante. 

A  Chartres,  vers  minuit  et  demi,  forte  secousse.  Il  y  avait  un  violent  orage. 

A  Donnemarie  (Seine  et  Marne),  à  minuit  40  m. ,  trois  fortes  secousses  dirigées 
en  apparence  du  sud  au  nord. 

A  Rambouillet,  vers  minuit  57  minutes,  violente  oscillation  de  l'ouest  à  l'est, 
bruit  très-fort.  Le  ciel  était  calme ,  mais  l'orage  approchait. 

Près  de  Longjumeau,  vers  minuit  et  demi,  forte  secousse. 

A  Grignon  (Seine  et  Oise),  vers  minuit  et  demi,  assez  forte  secousse  dirigée  du 
nord-est  au  sud-ouest.  Elle  s'est  renouvelée  presque  immédiatement  après. 

A  Orsay,  M.  Jomard,  membre  de  l'institut  de  France,  a  compté  sept  secousses. 
La  première ,  la  plus  forte,  était  dirigée  du  sud  au  nord,  vers  minuit  et  demi. 

A  Sèvres ,  à  la  même  heure ,  trois  secousses  successives ,  dirigées  de  l'ouest  à  l'est . 
A  Chevreuse,  forte  secousse  du  nord-est  au  sud-ouest.  A  Meulan,  vers  minuit  et 
demi  encore,  trois  secousses  successives  dirigées  du  nord  au  sud. 


88  MÉMOIRE 

A  Paris,  encore  vers  minuit  et  demi,  trois  secousses,  dont  la  direction  générale 
a  été  du  nord-est  au  sud-ouest. 

M.  Ârago  a  reconnu,  d'après  les  registres  de  l'observatoire,  que  le  tremblement 
de  terre  n'a  altéré  ni  l'horloge  du  temps  sidéral ,  ni  la  marche  de  l'horloge  du  temps 
moyen.  Les  balanciers  de  ces  deux  horloges  oscillent  dans  le  plan  du  méridien. 
Une  perturbation  de  deux  dixièmes  de  seconde  aurait  été  manifeste. 

On  s'est  également  assuré,  par  la  comparaison  des  observations  antérieures  au 
tremblement  de  terre  avec  les  observations  postérieures ,  que  l'horizontalité  de  l'axe 
de  la  lunette  méridienne  n'a  pas  seulement  changé  de  trois  dixièmes  de  seconde  de 
degré.  La  collimation  du  cercle  mural  est  également  restée  constante. 

Dans  le  département  de  l'Indre ,  une  pendule ,  qui  avait  été  arrêtée  en  février 
1840,  et  religieusement  laissée  à  l'heure  oîi  l'avait  arrêtée  une  personne  qui  n'est 
plus ,  s'est  remise  en  marche  à  la  commotion  la  plus  forte ,  celle  de  minuit  et  demi , 
et  a  sonné  les  heures. 

On  a  aussi  ressenti  des  secousses  à  Gonesse  (Seine  et  Oise)  et  à  Orléans,  où  le 
temps , très-lourd ,  paraissait  chargé  d'électricité.  (C.  R.,  t.  XIII,  p.  28,  80,  149  et 
232;  l'Institut,  n"»  594  et  396;  M.  U.  et  J.  D. ,  8,  9, 10, 11  juillet.) 

1841.  —  17  juillet,  à  Cette,  fort  ras  de  marée.  (C.  R.,  t.  XIII,  p.  726.) 

—  18  juillet,  dans  l'après-midi ,  à  Gundeffmgen  (grand-duché  de  Bade)  et  à 
Freyburg  (Forêt-Noire) ,  trois  secousses.  (Lamont ,  Annal  fur  Meteor.  und  Erdmag. , 
t.  I,p.  162.) 

—  24  octobre,  à  2  h.  8  m.  du  soir,  à  Cologne,  violent  tremblement  de  terre,  pa- 
reil à  celui  d'il  y  a  trente  ans;  maisons  ébranlées ,  murs  fendus ,  cheminées  renver- 
sées; durée,  deux  secondes  avec  bruit  souterrain.  Un  vent  chaud  et  désagréable 
avait  régné  tout  le  matin.  (J.  D.;  Q.  et  M.  U.,19nov.;  Ph. ,  26  nov.  ;A.Colla,i6i(/.) 

—  Nuit  du  18  au  19  novembre,  à  Biarritz  et  sur  toute  la  côte,  depuis  Boucau 
jusqu'à  Hindaye  (Pyrénées) ,  tremblement  de  terre  au  plus  fort  d'une  tempête  épou- 
vantable. (M.  U. ,  30  nov.  ;  Q.  et  Ph. ,  1°'  déc.  ;  Bulletins  de  l'acad.  de  Bruxelles, 
t.  IX,  1'"  part.  ,  p.  188;  A.  Colla,  ibid.) 

—  20  novembre.  A  Dole  (Jura) ,  forte  secousse,  que  je  ne  cite  que  sur  l'autorité 
d'une  lettre  particulière. 

—  2  décembre,  à8h.  15m.et8h.50m.  du  soir,  à  Lons-le-Saulnier  (Jura  ) , 
secousses  assez  fortes.  A  8  heures  moins  quelques  minutes  du  soir,  on  avait  ressenti 
une  violente  secousse  à  Genève,  où  le  temps  avait  été  remarquablement  chaud  pour 
la  saison. 

Le  5,  à  8  heures  du  matin ,  à  Lyon ,  légère  secousse,  qui  s'est  manifestée  par  une 
oscillation  de  quelques  secondes ,  et  dont  l'effet  s'est  parfaitement  fait  sentir. 
A  Vienne  (Isère),  la  secousse  a  été  plus  forte;  des  meubles  ont  été  renversés. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         89 

(M.  U. ,  H  déc.  ;  J.  D.  et  Ph. ,  7  et  8  déc.  ;  Q. ,  10  déc.  ;  Bulletins  de  l'acad.  de 
Bruxelles,  t.  IX,  1"  partie,  p.  191;  A.  Colla,  ibid.;  Lamont,  Annal.,  p.  165.) 

1841.  ■ —  10  décembre,  à  Burgschloss,  sur  le  Neckre  (grand  duché  de  Bade), 
double  secousse  très-forte.  (Lamont,  Annal ,  ibid.) 

—  19  décembre,  sur  divers  points  du  grand  duché  de  Bade,  plusieurs  secousses. 
{Gaz.  de  Milan,  29  décembre;  A,  Colla ,  ibid.) 

Bien  que  ressenties  dans  le  duché,  ces  secousses  doivent-elles  figurer  dans  ce 
catalogue? 

1842.  —  5  janvier,  à  5  h.  15  m.  du  matin ,  à  Castellane  (Var),  une  assez  forte 
secousse;  environ  10  minutes  après,  une  secousse  assez  grande.  (M.  U.,  19  janv.) 

—  Nuit  du  C  au  7  octobre,  à  Dinan  (Calvados),  une  secousse  de  2  secondes, 
accompagnée  d'un  bruit  sourd  que  quelques  personnes  ont  pris  pour  un  coup  de 
tonnerre.  Le  ciel  était  dégagé  de  tout  nuage,  et  la  détonation  se  fit  très-distincte- 
ment de  bas  en  haut.  L'oscillation  semblait  se  diriger  de  l'est  à  l'ouest.  (National, 
10  octobre.) 

—  13  octobre,  le  soir,  à  Coblentz,  secousse  avec  grand  fracas.  A  Neuwied, 
t ancienne  maison  du  diable  et  la  cuisine  du  diable  ont  ressenti  la  secousse.  (M.  U., 
20  oct.) 

—  15  novembre,  à  Nantes,  une  secousse  accompagnée  de  deux  détonations. 
(M.  U.,  17  nov.;  Bull,  de  l'Acad.  de  Bruxelles,  t.  X.,  n"  2.,  p.  16.) 

1845.  —  15  janvier,  vers  4  heures  du  matin,  à  Strasbourg ,  deux  légères 
secousses  plus  sensibles  en  rase  campagne.  [Courrier  Français,  20  janv.) 

—  17  mars,  vers  1  h.  et  demie  du  matin  ,  aux  îles  de  Guernesey  et  de  Jersey, 
plusieurs  secousses  avec  bruit  comme  un  roulement  de  voiture. 

On  les  a  ressenties  sur  plusieurs  points  du  département  de  la  Manche,  où  un 
phare  a  été  éteint  par  la  commotion.  [Ph.,  19  mars;  la  Presse;  le  Siècle;  le  Cour- 
rier Français,  20  mars.) 

—  25  mars,  7  h.  50  m.  du  matin,  à  Huningue  (Bas-Rhin),  une  secousse;  plus 
violente  à  Bâle.  Dans  cette  dernière  ville,  l'horizon  était  couvert ,  le  temps  nébu- 
leux et  le  vent  frais.  Le  baromètre  a  baissé  d'une  ligne  et  la  température  est  deve- 
nue plus  basse.  Quelques  personnes  assurent  y  avoir  ressenti  dès  la  veille  quelques 
légères  secousses.  La  secousse  du  25  a  aussi  été  très-forte  dans  le  grand  duché  de 
Bade,  où  sa  direction  fut  du  sud-est  au  nord-ouest.  (G.  F.,  50  mars;  le  Courriel- 
Français  du  51;  le  National  des  50  mars  et  1"  avril.) 

—  28  mars,  à  10  h.  6  m.  du  matin,  à  Lunéville  (Meurlhe),  une  secousse  dans 
la  partie  la  plus  élevée  de  la  ville.  Une  maison  de  la  rue  Notre-Dame  s'est  écroulée. 
{National,  8  avril.) 

—  51  mars,  vers  les  8  h.  et  demie  du  soir,  à  Bagnères,  un  bruit  sourd  a  été, 
ToM.  XVIII.  12 


90  MÉMOIRE 

dit-on ,  suivi  d'une  secousse  qui  a  jeté  partout  l'épouvante.  Le  même  jour,  toute  la 
ligne  des  Pyrénées  était  ravagée  par  un  orage  des  plus  violents.  {Courrier  Français, 
7  avril;  National,  10  avril.) 

1843.  —  6  avril ,  vers  les  6  heures  du  matin,  à  Bois-le-Duc ,  secousses  de  l'est  à 
l'ouest  durant  quelques  secondes.  On  les  a  ressenties  à  La  Haye,  Grave,  Bréda, 
Weghel,  dans  le  Limbourg  et  à  Maestricht.  Des  sonnettes  ont  sonné,  des  portes  se 
sont  ouvertes.  Mêmes  phénomènes  quarante  ans  auparavant,  un  dimanche  au  soir 
(i804).  Les  secousses  se  sont  étendues  jusqu'à  Bruxelles. 

Perturbations  magnétiques  du  5  au  7,  dans  cette  dernière  ville.  {National  et  Ph., 
11  et  12  avril;  Bull,  de  l'acad.  de  Bruxelles,  an  1843,  n"  5.) 

—  Nuit  du  8  au  9  avril,  en  Suisse,  quelques  secousses  dans  les  environs  de 
Genève,  avec  perturbations  magnétiques  très-fortes.  {Bull,  de  l'acad.  de  Bruxelles, 
an  1843,  n°  5.) 

—  21  avril,  dans  l'après-midi.  Espèce  de  tremblement  sous-marin  dans  la  partie 
de  la  digue  de  mer  près  de  Blockzyl.  L'eau  fut  violemment  agitée,  et  il  s'éleva  des 
jets  d'eau  lancés  à  2  mètres  de  hauteur  avec  fracas ,  pendant  7  à  8  minutes.  La 
surface  est  restée  trouble  et  boueuse  après  le  calme.  Dans  les  deux  jours  précédents, 
on  avait  pris  mille  livres  d'anguilles.  (G.  F.,  1"  mai;  National  du  3  et  Courrier 
français  du  9  mai.) 

—  9  mai,  à  Louvic-Jouzon  (Pyrénées),  secousses  horizontales  dirigées  de  l'ouest 
à  l'est.  {National.,  et  G.  F.,  18  mai.) 

—  28  juin,  à  9  b.  27  m.  du  soir,  à  Domezain,  canton  de  S'-Palais,  dans  le 
Pays-Basque,  secousse  assez  forte  pour  qu'on  fût  balancé  sur  les  chaises,  même 
au  rez-de-chaussée.  Elle  a  duré  5  à  6  secondes.  On  l'a  aussi  ressentie  à  Bazas  et  à 
Bédous,  dans  la  vallée  d'Aspe,  pendant  2  secondes.  (G.  F.,  du  6,  Courrier  Français 
du  7,  National  du  8  et  Ph.  du  9  juillet.) 

—  16  juillet ,  dans  les  Pyrénées,  une  légère  secousse  suivie  d'une  chute  de  neige , 
à  Perpignan,  Eaux-Bonnes ,  Bayonne  et  au  Canigou.  Il  est  tombé  de  la  neige  aussi 
dans  les  environs  d'Apt,  près  du  Mont  Ventoux  et  dans  quelques  localités  des 
Basses-Alpes.  (Ph.,  30  juillet  ) 

—  28  juillet,  à  4  h.  13  m. ,  à  Nantes,  léger  tremblement  pendant  quelques  se- 
condes. La  trémulation  très-sensible  a  été  accompagnée  d'un  bruit  semblable  au 
roulement  d'une  lourde  charrette.  (Q.,  31  juillet.) 

—  6  septembre,  à  9  h.  20  m.  du  matin,  à  Soulce,  près  de  S'-Hippolyte 
(Doubs),  une  forte  secousse  dans  la  direction  du  sud-est  au  nord-ouest.  Au  village, 
des  meubles  ont  été  dérangés  et  des  habitants  se  sont  sauvés  dans  la  rue.  (Ph.,  13 
sept.) 

—  3  octobre,  vers  9  heures  du  matin,  à  Château-Giron,  une  secousse  de  2 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  91 

secondes.  Elle  a  été  prise  par  les  personnes  qui  étaient  dans  les  maisons  pour  un 
fort  coup  de  tonnerre,  mais  plusieurs  laboureurs,  qui  en  ce  moment  étaient  aux 
champs,  ont  senti  la  terre  trembler  sous  eux.  De  deux  couvreurs  qui  travaillaient 
sur  l'une  des  petites  tours  du  château,  l'un  a  trébuché  et  s'est  rattrapé  à  son  échelle, 
croyant  avoir  été  poussé  par  son  camarade,  tandis  que  celui-ci  avait  lui-même 
failli  tomber. 

Le  lendemain  6,  vers  9  h.  30  m.,  une  deuxième  secousse  plus  forte  a  duré  40 
secondes.  Le  bruit  pouvait  être  comparé  à  celui  d'une  voiture  lourdement  chargée, 
qui  eût  marché  du  sud  au  nord. 

On  en  a  ressenti  une  seule  sur  les  routes  de  Rennes,  de  Nantes,  de  Jeaugé  et 
sur  plusieurs  points  du  département  d'Ille  et  Vilaine,  le  jeudi  5,  à  10  heures  du 
soir,  pendant  2  secondes,  et  une  autre  le  lendemain.  (La  Presse,  H  oct.;  Q., 
12  oct.) 

—  Nuit  du  9  au  10  octobre,  à  Vence  (Var),  tempête  et  ouragan  épouvantables. 
Les  dommages  se  sont  étendus  jusqu'à  Nice. 

Le  10 ,  vers  5  heures  du  matin ,  une  secousse  de  tremblement  de  terre  se  fit  sen- 
tir, et  c'est  depuis  ce  moment  que  l'ouragan  sembla  avoir  diminué  pour  ne  cesser 
cependant  que  sur  les  7  heures.  (  Q. ,  17  oct.;  Ph.,  20  oct.) 

—  21  décembre,  à  10  heures  du  soir,  à  Giromagny,  Rougegoutte  (Haut-Rhin) 
et  une  grande  partie  de  l'Alsace,  une  assez  forte  secousse  de  2  secondes.  Elle 
a  été  précédée  d'une  clarté  si  vive  qu'elle  a  effacé  la  lumière  des  chandelles.  Dans  la 
vallée  de  Munster,  la  lumière  a  embrassé  tout  l'horizon  et  égalé,  dit-on,  celle  du 
jour;  la  secousse  a  été  ressentie  fortement.  Dans  certaines  localités  on  n'a  pas 
éprouvé  de  secousse,  on  n'a  pas  entendu  de  détonation,  mais  on  a  aperçu  la  clarté. 
{National,  29  déc;  Q.,  30  déc;  Ph.,  janv.  1844.) 

—  22  décembre,  à  4  heures  moins  quelques  minutes  de  l'après-midi,  à  Cher- 
bourg, une  secousse.  On  s'en  est  à  peine  aperçu  en  ville,  mais  elle  a  été  très-forte 
dans  tout  le  quartier  des  Miellés  et  de  Tourlaville.  On  l'a  ressentie  aux  environs  de 
Saint-Malo ,  à  peu  près  à  la  même  heure.  Plusieurs  habitants  de  la  commune  de 
Taramé  ont  afBrmé  que  leurs  maisons  avaient  été  fortement  ébranlées.  A  Guernesey 
on  a  éprouvé  une  secousse  très-forte  (Ph.,  16  janvier  1844.) 


92  MÉMOIRE 


RÉSUMÉ  ET  CONCLUSIONS. 


Sans  approcher  de  l'étendue  de  celui  de  la  Péninsule  Italique,  ce 
catalogue  est  plus  vaste  encore  qu'on  aurait  pu  l'espérer;  les  commo- 
tions souterraines  n'ayant  pas,  en  France  et  en  Belgique,  les  résultats 
désastreux  qui  désolent  et  ravagent  d'autres  contrées,  n'ont  pas  dû 
être  notées  avec  soin  dans  les  siècles  antérieurs  ;  aussi  n^ai-je  pu  faire 
de  recherches  avec  assez  de  succès  que  dans  les  feuilles  périodiques. 
Là,  sans  doute,  je  n'ai  pas  trouvé  de  descriptions  aussi  complètes 
sous  le  point  de  vue  scientifique  que  je  l'aurais  désiré  j  cependant  les 
circonstances  essentielles  de  durée ,  de  direction ,  etc.,  y  sont  souvent 
relatées  d'une  manière  satisfaisante ,  et  je  ne  doute  pas  qu'entre  des 
mains  habiles  ce  catalogue,  malgré  son  imperfection,  ne  puisse 
conduire  à  d'heureuses  inductions  sur  la  nature  et  la  cause  du  phé- 
nomène. 

Quoique  je  ne  veuille  pas  attaquer  aujourd'hui  la  discussion  sous 
ce  point  de  vue,  je  ne  puis  m'empêcher  de  résumer  les  faits  et  d'en 
tirer  quelques  conséquences  évidentes.  Ainsi ,  en  groupant  les  secous- 
ses par  siècles  et  par  mois ,  et  ne  regardant  comme  tremblement  de 
terre  distinct,  comme  phénomène  unique,  que  les  commotions  qui , 
dans  un  même  lieu ,  se  sont  succédé  à  un  certain  intervalle  de  temps  , 
plus  de  huit  jours ,  par  exemple ,  sans  qu'on  ait  rien  ressenti  dans 
l'intervalle,  j'ai  dressé  le  tableau  suivant  : 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


95 


Tremblements  de  terre  ressentit  en  France  et  en  Belgique,  depuis  le  commen- 
cement du  I V'  siècle  de  notre  ère  jusqu'à  nos  jours. 


ITEC   DATES 

DE  JOOaS   ou   DE 

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11 

TOTAL. 

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XI  .   . 

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XIII    . 

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XIV     . 

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XV.    . 

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XVI    . 

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6 

9 

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9 

5 

3 

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61 

XVII   . 

13 

15 

7 

3 

3 

8 

6 

11 

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91 

XTIII. 

âO 

20 

17 

20 

11 

18 

15 

13 

23 

28 

1 

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237 

XIX     . 

27 

17 

91 

13 

13 

8 

17 

15 

91 

25 

1 

» 

211 

88 

64 

53 

55 

42 

36 

40 

50 

60 

78 

9 

9 

35 

702 

Hiv( 

;r  .  . 

200 

Printemps 

.133 

Été 

137 

Auto 

mne. 

186 

Ne  sont  pas  compris  dans  ce  tableau  :  1°  les  tremblements  de  terre 
ressentis  à  Vienne  (Isère),  vers  468;  ils  paraissent  s'être  renouvelés 
pendant  toute  le  carême ,  d'une  manière  violente ,  car  on  institua  , 
dit-on,  les  Rogations  dans  l'espoir  de  faire  cesser  le  fléau;  2"  les 
secousses  qui  semblent  avoir  été  générales  en  Europe ,  vers  750  ou  752; 
3°  les  commotions  qui ,  vers  1155 ,  désolèrent  la  Bourgogne  pendant 
trois  hivers  presque  consécutifs;  4°  les  secousses  qui,  après  avoir  été 
continuelles  à  Vannes  pendant  quarante  jours,  se  renouvelèrent  en 
Bretagne  pendant  toute  l'année  1286;  5*"  celles  qui  désolèrent  Clans- 


94  MÉMOIRE 

sayes  et  les  villages  voisins  (Drôme)  en  1772  et  1773;  6°  enfin ,  celles 
qui  furent  ressenties  dans  toutes  les  communes  du  canton  d'Oisans 
(Isère),  durant  l'hiver  de  1838  à  1839,  et  qui  paraissent  avoir  eu  leur 
foyer  en  Maurienne.  J'ai  aussi  rejeté  trois  tremblements  de  terre  ressen- 
tis en  Corse,  comme  se  rattachant  plutôt  à  l'Italie  qu'à  la  France. 
Tous  trois  ont  eu  lieu  en  octobre  et  ne  sont  pas  relevés  non  plus  dans 
le  tableau  relatif  à  la  Péninsule  Italique.  Mais  j'en  ai  pris  quelques- 
uns  ressentis  à  Jersey  etGuernesey,  deux  îles  géographiquement 
françaises. 

Durant  la  même  période  de  temps,  l'Italie,  comme  je  l'ai  dit,  en 
présente  1 134,  non  compris  une  dizaine  de  phénomènes  complexes  de 
plus  d'un  mois  de  durée ,  et  l'Europe  entière  ,  augmentée  des  parties 
adjacentes  de  l'Afrique  et  de  l'Asie,  3249  dont  voici  le  résumé  mensuel  : 

Janvier 3i4    Avril 222    Juillet 20S    Octobre 238 

Février 257     Mai 199    Août 223     Novembre.  ...     219 

Mars 236    Juin 195    Septembre  ...    205    Décembre.  ...     287 

Hiver 807         Printemps.  .  .     616         Été 633        Automne.  .  .  .     744 

Dans  ce  résumé  ne  sont  pas  compris  : 

1"  68  tremblements  de  terre  cités  avec  dates  de  saisons  seulement, 
dont  52  en  automne  et  en  hiver  et  16  dans  le  printemps  et  l'été. 

2°  381  tremblements  donnés  sans  autre  date  que  celle  de  l'année. 

3°  Enfin,  environ  100 tremblements  déterre,  que  leur  durée  plus 
ou  moins  longue  excluait  d'un  résumé  mensuel. 

Nos  contrées  concourent  donc  pour  une  partie  assez  notable  dans  le 
nombre  des  secousses  qui  ébranlent  si  souvent  encore  le  sol  de  notre 
vieille  Europe.  L'Italie,  d'une  étendue  beaucoup  moindre,  nous  en  offre 
un  nombre  beaucoup  plus  grand;  mais  je  dois  remarquer  que  la  pres- 
qu'île Scandinave,  bien  que  souvent  agitée  par  des  commotions  sou- 
terraines, puisque  dans  la  seule  année  1827,  on  a  compté,  à  Leuroë 
seulement,  26  jours  marqués  par  des  tremblements  de  terre ,  '  ne  m'en 

'  En  voici  les  dates:  7  et  18  mars;  25  avril,  Id,  13, 17,  18,  27,  28,  29,  mai;  2,  5,  4,  5,  6  juin; 
25,  26  septembre;  21,  23,  25  octobre;  22,  24,  29  novembre.  En  somme  37  secousses. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         95 

a  présenté  qu'un  très-petit  nombre,  et  le  vaste  empire  de  Russie  un 
nombre  beaucoup  moindre  encore,  sans  doute  parce  que  je  n'ai  pas 
eu  à  ma  disposition  des  sources  où  je  pusse  puiser. 

Relativement  au  temps,  les  tremblements  de  terre  ne  paraissent  pas 
se  manifester  toujours  avec  le  môme  degré  de  fréquence.  Sans  parler 
des  siècles  passés  dont  nous  ne  pouvons  rien  savoir  sous  ce  rapport, 
nous  remarquons,  depuis  le  commencement  de  celui-ci ,  deux  années, 
1811  et  1816,  où  il  n'est  fait  mention  d'aucune  secousse  comme  ayant 
été  ressentie  dans  nos  contrées.  La  dernière,  si  malheureuse  pour  la 
France,  où  sévit  la  famine,  n'en  présente  non  plus  qu'un  bien  petit 
nombre  pour  l'Europe  entière  (  1815  en  offre  II  et  1816,  9  seule- 
ment). Le  manque  de  faits  est-il  réel  où  doit-il  être  attribué  aux  pré- 
occupations des  feuilles  politiques,  qui,  commençant  alors  à  se  livrer 
à  la  discussion  des  affaires  du  temps ,  auraient  négligé  de  mentionner 
le  phénomène?  Cependant  elles  sont  pleines  des  récits  des  pluies  con- 
tinuelles qui  régnèrent  à  cette  époque.  Quoi  qu'il  en  soit,  je  ne  pense 
pas  qu'on  puisse  tirer  aucune  conséquence  de  ce  rapprochement 
d'une  année  pluvieuse  et  marquée  par  une  absence  presque  complète 
de  commotions  souterraines;  on  pourrait  citer  bien  des  exemples  con- 
traireSj  parmi  lesquels  il  me  suffira  de  rappeler  l'année  qui  vient  de 
s'écouler  :  elle  a  été  l'une  des  plus  fécondes  en  tremblements  de  terre 
dans  nos  contrées  comme  dans  l'ensemble  de  l'Europe. 

Dans  ce  mémoire ,  les  années  1802,  1806, 1814  et  1818  présentent 
des  faits  nombreux,  avec  un  indice  de  périodicité.  Mais  les  années 
1828 et  1829,  puis  1837 et  1838,  et  enfin  1840,  1841  et  1843,  plus 
fécondes  encore  en  tremblements  de  terre,  ne  me  paraissent  montrer 
aucun  signe  de  périodicité  dans  les  recrudescences  du  phénomène. 
J'avouerai  toutefois  bien  volontiers  qu'un  espace  de  43  ans,  sans  obser- 
vations suivies,  est  insuffisant  pour  se  prononcer  à  cet  égard. 

Si  l'on  veut  comparer  entre  elles,  non  plus  les  années  entières, 
mais  les  diverses  saisons,  on  arrive  à  des  contrastes  tranchés,  et  qui 
permettent  d'en  tirer  des  conséquences  aussi  curieuses  qu'intéres- 
santes pour  la  science. 


96  MÉMOIRE 

En  général ,  les  tremblements  de  terre  sont  plus  fréquents  dans 
certaines  saisons  et  même  dans  certains  mois  que  dans  d'autres. 

Tel  est  le  principe  fondamental  qui  résulte  avec  évidence  de  mes 
recherches,  et  que  le  grand  nombre  de  faits  sur  lesquels  il  se  fonde 
rend  incontestable.  Je  ne  prétends  pas  toutefois  le  donner  comme 
nouveau  ;  il  est  presque  de  croyance  populaire  en  Amérique,  et  c'est 
même  dans  le  but  de  vérifier  cette  opinion,  énoncée  par  M.  Arago  dans 
les  Instructions  de  Vacadémie  des  sciences  au  commandant  de  la 
Bonite,  que  j'ai  entrepris  ce  travail  il  y  a  plus  de  trois  ans.  M.  de 
Christol ,  mon  collègue  à  notre  faculté  ,  me  communiqua  alors  quel- 
ques notes  manuscrites  qu'il  avait  rédigées  pour  son  cours  de  géologie, 
et  me  fit  connaître  les  résultats  du  travail  de  M.  le  professeur  Mérian 
sur  les  tremblements  de  terre  ressentis  à  Bâle  :  ce  fut  pour  moi  un 
encouragement,  et  je  me  mis  à  l'œuvre,  mais  (je  me  hâte  de  le  dire)  sans 
système  arrêté  à  l'avance.  Depuis,  j'ai  retrouvé  la  même  opinion  dans 
Sonnerat  et  Legentil ,  relativement  aux  îles  de  la  Sonde  ;  je  l'ai  revue 
ailleurs  encore;  mais  comme  nulle  part  je  n'ai  trouvé  de  preuves  à 
l'appui ,  qu'il  me  soit  permis  au  moins  de  revendiquer  le  faible  mé- 
rite d'avoir  confirmé  par  une  masse  imposante  de  faits ,  un  principe 
général  qui  doit  servir  de  base  aux  théories  futures,,  par  lesquelles  on 
cherchera  désormais  à  expliquer  le  phénomène. 

En  représentant  par  1  le  degré  moyen  de  fréquence  mensuelle  des 
tremblements  de  terre ,  celui  de  chaque  mois  s'obtiendra  en  divisant 
le  nombre  relatif  à  ce  mois  par  la  moyenne  mensuelle;  en  d'autres 
termes,  je  multiplie  le  nombre  des  tremblements  ressentis  dans  un 
mois  par  12,  et  je  le  divise  par  le  nombre  total  des  faits  mentionnés 
avec  dates  de  mois;  c'est  ainsi  qu'ont  été  obtenus  les  nombres  consi- 
gnés au  tableau  suivant  : 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


9T 


Degrés  de  fréquence  mensuelle  des  tremblements  de  terre  en  France  et  en  Bel- 
{     1  y^l^^t  *"  Italie  et  en  Savoie,  en  Europe  et  aux  Antilles. 


MOIS. 

raiNCE 

et  Belgique. 

ITALIE 

et  Savoie. 

EUROPE 

enliire. 

ABCmPEL 
dei    Antilles. 

Janvier 

1.52 

1.31 

1.35 

1.02 

Février 

1.17 

1.99 

1.10 

0.73 

Mars 

0.07 

1.18 

1.61 

0.80 

Avril 

1.01 

0.07 

0.05 

0.89 

Mal 

0.77 
0.60 

0.97 
1.10 

0.85 
0.83 

0.75 
0.82 

Juin 

Juillet 

0.80 

0.79 

0.88 

0.89 

Août 

0.73 

0.01 

0.96 

1.23 

Septembre 

0.91 

0.73 

0.88 

1.43 

Octobre 

0.88 

1.14 

1.09 

1.43 

Novembre 

i.og 

0.70 

0.94 

1.09 

Décembre 

1.43 

1.01 

1.23 

0.83 

Ce  tableau  peut  se  représenter  par  quatre  courbes  que  je  désigne 
sous  le  nom  de  courbes  seismiques,  ou  courbes  de  fréquence  men- 
suelle des  tremblements  de  terre.  Comme  dans  toutes  les  applications 
de  ce  genre,  le  tracé  graphique  m'a  paru  plus  propre  que  les  nombres 
mémc*^  du  tableau  à  présenter  d'un  coup  d'oeil  la  marche  du  phéno- 
mène dans  l'ensemble  des  lieux  dont  je  m'occupe. 

La  /f^.  1  se  rapporte  à  la  France. 

La  flg.  3  id.  à  l'Italie. 

La  fig.  3  itl.  à  l'Europe. 

IjA  fig.  i  id.  aux  Antilles. 

Dans  toutes  ces  courbes  la  ligne  horizontale  ab  correspond  au  de- 
gré moyen  de  fréquence  mensuelle. 

En  désignant  par  l'expression  variation  ou  oscillation  seismique  la 
différence  entre  les  ordonnées  extrêmes  de  ces  courbes  ou  la  diffé- 
rence entre  les  degrés  maximum  et  minimum  de  fréquence  mensuelle, 
Ton.  XVin.  13 


98  MÉMOIRE 

on  trouve  que  cette  oscillation  est  respectivement  représentée  pour 
chaque  courbe  par  les  nombres  0,86;  0,49;  0,52  et  0,68.  Malgré  ses 
irrégularités,  la  courbe  d'Italie  est  celle  qui  s'écarte  le  moins  de  la 
moyenne. 

On  remarque  encore,  dans  le  tableau  et  les  courbes,  des  anomalies  et 
des  différences  dont  on  ne  peut  guère  espérer  de  trouver  les  causes 
que  dans  des  influences  locales. 

Ferai-je  un  rapprochement  qui  ne  parait  que  curieux?  C'est  que  la 
courbe  seismique  de  l'Italie  et  celle  de  l'Europe  présentent  un  mi- 
nimum correspondant  au  mois  de  novembre,  et  qu'un  certain  nombre 
des  courbes  barométriques  données  par  M.  Dove,  dans  les  Annales 
de  Poggendorff;  an  1843,  n"  2,  p.  177-201 ,  offrent  quelque  chose 
d'analogue.  Bien  que  ces  courbes  ne  se  rapportent  pas  exclusivement 
à  l'Europe,  ne  pourrait-on  pas  soupçonner  une  relation  cosmique 
entre  les  deux  phénomènes?  N'existe-t-il  pas  une  relation  entre  les 
pressions  atmosphériques  et  les  marées? 

Si  l'on  veut  grouper  les  saisons  par  couples,  on  trouvera  une  ex- 
pression générale  et  plus  constante.  Ainsi ,  on  a  en  France ,  pour  six 
mois  : 

Du  d"  octobre  au  31  mars  (automne  et  hiver) 595  tremblements. 

Du  1"  avril  au  30  septembre  (printemps  et  été)  ....    272  id. 

or, 

-.  393  =  263,33; 
3 

et  je  trouve  272 ,  ou  un  peu  plus  des  deux  tiers. 
La  même  combinaison  donne  pour  l'Italie  : 

Du  1"  octobre  au  31  mars 568  tremblements. 

Du  1"  avril  au  30  septembre 470  id. 


-'>b  «J 


or, 


-.  568  =  454,4; 
5 


et.  je  trouve  470 ,  ou  un  peu  plus  des  quatre  cinquièmes. 


«.f 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


99 


Enfin ,  pour  l'Europe,  on  aurait  dans  les  mêmes  périodes  : 

Du  1"  octobre  au  31  mars 1603  tremblemeoU. 

Du  1"  avril  au  30  septembre 1265  id. 


or, 


-■  1603  =  1282,4  et  -•  1603  =  1202,25; 

et  je  trouve  1265,  nombre  compris  entre  les  deux  précédents. 

En  d'autres  termes,  en  représentant  par  1  le  degré  de  fréquence 
du  phénomène  durant  les  six  premiers  mois,  il  sera  représenté  par 
0,688607  pour  les  six  derniers  en  France  et  en  Belgique ,  par  0,827466 
en  Italie  et  en  Savoie,  et  enfin  par  0,789145  en  Europe.  Dans  le  pre- 
mier mémoire  présenté  à  l'académie,  j'avais  trouvé  des  rapports  un 
peu  moins  forts. 

Dans  le  cours  de  mes  recherches ,  j'ai  antérieurement  trouvé  rela- 
tivement à  l'Europe,  la  valeur  0,73237  dans  les  quinze  premiers  siè- 
cles ,  le  nombre  0,73563  pour  l'ensemble  des  quinze  premiers  siècles 
et  de  la  première  moitié  de  celui-ci  ;  enfin  le  nombre  un  peu  plus  fort 
0,74187  pour  le  dix-neuvième  siècle  pris  séparément. 

Ainsi ,  le  nombre  des  faits  ayant  augmenté  d'un  tiers  à  peu  près  ,  ce 
rapport  a  augmenté  de  0,05  environ ,  ou  de  un  quinzième  de  sa  va- 
leur primitive. 

Considérons  enfin  les  quatre  points  critiques  de  l'année,  les  solstices 
et  les  équinoxes;  nous  aurons  pour  deux  mois  les  nombres  inscrits  au 
tableau  qui  suit  : 


MOIS. 

FRANCE 

et  Belgique. 

ITALIE 

et   Savoie. 

E  cao  PE 
eatiére. 

Décembre  el  janvier  (  soUtice  d'hiver)  .  . 

Juin  et  juillet  (solstice  d'été) 

Mars  el  avril  (équinoxe  de  printemps).  . 
Septemb.  et  octob.  (équinoxe  d'automne). 

161 
83 

108 
98 

189 
163 
189 
159 

COI 
400 
458 
443 

100  MÉMOIRE 

Le  solstice  d'hiver  présente  ici  une  prépondérance  marquée.  Pour 
les  Antilles ,  c'est  l'équinoxe  d'automne  qui  parait  l'emporter. 

Quant  aux  régions  où,  dans  nos  contrées,  les  tremblements  de  terre 
semblent  être  les  plus  fréquents,  je  placerai  en  première  ligne,  le 
bassin  du  Rhin  et  le  bassin  du  Rhône,  peu  inférieur  au  premier.  Vien- 
draient ensuite  les  bassins  de  la  Loire,  de  la  Seine  ,  de  la  Garonne  et 
enfin  de  la  Meuse.  Je  ferai  néanmoins  observer  que  je  ne  rapporte  pas 
au  bassin  de  la  Garonne  toutes  les  secousses  qui  ont  ébranlé  les  Pyré- 
nées ,  dont  la  chaîne,  vu  son  peu  d'étendue  relative,  me  paraît  être 
plus  sujette  aux  commotions  souterraines  que  toute  autre  région  de 
la  France  et  de  la  Belgique.  Ramond  y  a  compté  soixante-trois  trem- 
blements de  terre  dans  une  seule  année.  {Comptes-rendus  de  Vacad. 
des  sciences,  1. 1,  p.  322 et  469.) 

Parmi  les  localités  peu  étendues,  on  peut  citer  en  première  ligne  les 
départements  du  Bas-Rhin  et  de  Tlsère;  puis  ceux  de  Maine-et-Loire 
et  de  la  Seine-Inférieure  ;  viennent  ensuite  ceux  de  la  Charente-Infé- 
rieure, des  Bouches-du-Rhône,  de  Vaucluse  et  de  la  Loire-Inférieure. 
A  l'exception  des  deux  premiers  qui  se  rapprochent  de  la  Suisse  où 
les  tremblements  de  terre  sont  fréquents  (comme  le  montre  ce  Cata- 
logue, où  la  ville  de  Bâle  est  plus  souvent  citée  que  toute  autre),  il  est 
à  remarquer  que  les  autres  se  trouvent  sur  les  côtes  ou  peu  éloignés 
des  bords  de  la  mer.  Si  souvent  ébranlé  dans  les  siècles  antérieurs  ,  le 
sol  de  Mayence  paraît  s'être  raffermi  dans  celui-ci ,  durant  lequel  les 
secousses  sont  devenues  plus  fréquentes  à  Coblentz  et  à  Cologne. 

Il  est  certains  lieux  où  les  secousses,  très-fréquentes  à  une  certaine 
époque,  paraissent  ne  s'être  renouvelées  que  rarement.  Sans  parler 
de  Vienne,  dans  le  département  de  l'Isère ,  où  les  commotions  nom- 
breuses vers  le  milieu  du  cinquième  siècle  se  sont  assez  souvent  répé- 
tées dans  la  suite ,  on  peut  citer  Mayence,  comme  je  viens  de  le  dire  ; 
la  Bourgogne ,  qui  paraît  avoir  été  agitée  pendant  trois  hivers  con- 
sécutifs, vers  le  milieu  du  douzième  siècle;  la  Bretagne  dont  j'ai 
déjà  rappelé  les  nombreuses  secousses  en  1286;  enfin  le  village  de 
Clanssayes,  dans  le  département  de  la  Drôme,  où  les  secousses,  si 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.  101 

fréquentes  en  1772  et  1773,  paraissent  constituer  un  phénomène 
unique  et  isolé  qui  ne  s'est  plus  renouvelé. 

i .  Du  reste,  c'est  ainsi  qu'en  Maurienne,  où  les  tremblements  de  terre 
sont  assez  rares,  surtout  relativement  à  ceux  qu'éprouvent  la  Suisse  et 
la  Haute-Italie,  le  sol  a  été  dans  une  oscillation  presque  continuelle 
durant  quinze  mois  de  ces  dernières  années,  comme  le  montre  l'extrait 
suivant  d'un  mémoire  que  je  dois  à  l'obligeance  de  monseigneur  Alexis 
Billiet ,  archevêque  de  Chambéry. 

•n  Du  19  décembre  1838  au  18  mars  1840,  il  y  a  eu  52  jours  dans 
lesquels  la  terre  a  tremblé  en  Maurienne.  Monseigneur  Billiet  n'a  pas 
compté  moins  de  109  secousses.  Les  divers  jours  de  tremblement  se 
répartissent  ainsi  : 

Janvier 3        Avril 3        Juillet 0        Octobre S 

Février 3        Mai 4        Août 0        Novembre.  ...       1 

Mars 18        Juin 3        Septembre.  ...     0        Décembre   ...     13 

HivEK  ....     23  Printemps  .  .     10  Été 0  Actoune  ...     19 

Le  savant  prélat  fait  observer  que  les  tremblements  de  terre,  après 
avoir  été  fréquents  durant  les  mois  de  février,  mars,  avril  et  mai, 
cessèrent  totalement  aux  mois  de  juillet,  août  et  septembre,  pour 
recommencer  à  ceux  d'octobre,  novembre  et  décembre.  L'année  1839, 
dit-il  encore,  a  été  remarquable  par  une  grande  sécheresse.  On  a  été 
sans  pluie  en  Savoie  pendant  80  jours.  Durant  ce  temps  on  n'a  presque 
pas  observé  d'électricité  atmosphérique;  au  mois  de  septembre,  au  con- 
traire, les  pluies  ont  été  abondantes  et  accompagnées  de  beaucoup 
d'électricité. 

Eh  bien!  à  Clanssayes,  après  quelques  secousses  le  8  juin  1772  et 
dans  le  reste  du  mois,  on  n'éprouva  plus  rien  en  juillet,  août,  sep- 
tembre et  octobre.  Elles  recommencèrent  le  l^r  novembre,  et  furent 
plus  fortes  dans  les  deux  premiers  mois  de  1773  ;  puis  du  25  février  au 
1er  juin  suivant,  on  ressentit  quelques  ébranlements  légers  qui  se  re- 
nouvelèrent le  7  juillet.  De  ce  jour  au  13  octobre,  on  n'éprouva  plus 


102  MÉMOIRE 

rien.  Le  13,  les  secousses  recommencèrent  et  finirent  en  décembre. 
L'analogie  dans  l'interruption  du  phénomène  durant  les  mois  d'été 
est  donc  frappante.  Il  est  vrai  que  M.  Faujas  de  S'-Fond  fait  observer 
qu'à  partir  du  25  février  1 773,  époque  à  laquelle  les  secousses  devinrent 
plus  rares  à  Clanssayes ,  elles  augmentèrent  de  violence  dans  les  envi- 
rons; mais  les  mois  d'été  n'ont  pas  moins  présenté  une  première  inter- 
ruption comme  dans  le  phénomène  de  1839,  et  d'ailleurs  il  y  a  eu 
déplacement  du  foyer  d'activité  principale,  comme  on  en  remarque 
un  indice  dans  les  tremblements  de  Maurienne;  car,  tandis  qu'on  ne 
ressentait  plus  rien  dans  ce  pays ,  la  terre  a  tremblé  plusieurs  fois  à 
Annecy,  dans  le  courant  du  mois  d'août,  principalement  les  7,  8,  9, 
11,  16et27. 

Quant  aux  apparitions  concomitantes  de  phénomènes  électriques , 
on  peut  se  rappeler  ce  qu'observa  Faujas  de  S^-Fond  à  Tulette. 
Mgr.  Billiet  pense  aussi  qu'il  y  a  eu  de  l'électricité  mise  enjeu  dans  les 
tremblements  de  terre  de  Maurienne.  Enfin,  dans  les  deux  localités, 
le  bruit  a  constamment  ou  à  peu  près  constamment  précédé  les  secous- 
ses, dont  la  direction  a  toujours  aussi  été  la  même  :  à  Clanssayes  de 
l'ouest  à  l'est,  en  Maurienne  du  nord-ouest  au  sud-est. 

Si  je  me  suis  étendu  aussi  longuement  sur  des  secousses  qui  parais- 
sent étrangères  à  ce  mémoire,  c'est  non-seulement  parce  que  j'ai 
trouvé  des  rapports  frappants  entre  les  deux  phénomènes,  mais  en- 
core parce  que  les  tremblements  de  terre  de  Maurienne  se  sont  éten- 
dus en  France,  au  moins  en  partie,  comme  le  prouve  la  lettre  adressée 
le  15  avril  1839,  à  monseigneur  Alexis  Billiet,  alors  évéque  de  Mau- 
rienne, par  M.  l'abbé  Barruel,  recteur  de  Vausany,  dans  le  diocèse 
de  Grenoble.  (En  voir  un  extrait  sous  la  date  du  26  mars  1839.) 

Nous  remarquerons  encore  que  le  bruit  a  toujours  précédé  les  se- 
cousses, et  que  leur  direction ,  coupant  d'ailleurs  à  angle  droit  celle 
qu'on  a  observée  en  Maurienne,  a  été  constamment  la  même. 

Nous  venons  de  voir  dans  trois  localités  différentes  les  secousses 
suivre  une  direction  variable  de  l'une  à  l'autre ,  mais  constante  pour 
chacune  d'elles,  pendant  toute  la  période  de  temps  durant  laquelle 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         105 

elles  se  sont  renouvelées.  En  sera-t-il  de  môme  pour  celles  qui  les  ont 
précédées  ou  qui  les  suivront  à  de  longs  intervalles  ?  En  d'autres 
termes,  les  secousses  ont-elles  toujours,  dans  une  même  localité,  la 
même  direction?  Dans  un  même  bassin  ou  une  même  chaîne  de 
montagnes,  ont-elles  toujours  la  même  orientation  soit  absolue,  soit 
relative  à  celle  de  la  chaîne  ou  du  bassin? 

On  serait  porté  à  répondre  affirmativement;  les  circonstances  qui 
accompagnent  les  tremblements  de  terre  étant  en  général  les  mêmes, 
on  est  tenté  d'en  rapporter  toutes  les  secousses  à  une  cause  unique,  et 
dès  lors  l'identité  des  effets  qui  ne  varient  guère  que  par  l'intensité, 
parait  évidente.  D'ailleurs,  Ramond,  qui  a  tant  et  si  bien  exploré  les 
montagnes  des  Pyrénées,  dit  que  la  direction  des  secousses  y  est  tou- 
jours celle  de  la  chaîne.  Qu'on  me  pardonne  de  transcrire  ici  textuel- 
lement ce  qu'il  a  imprimé  sur  ce  sujet  dans  le  tome  XII  du  Journal 
des  mines,  pages  95  et  96. 

«  J'ai  éprouvé  moi-même,  dit  ce  savant,  un  grand  nombre  de 
»  commotions,  dont  plusieurs  assez  fortes  pour  mettre  en  péril  de 
»  vieux  édifices  et  renverser  des  cabanes  peu  solides.  Elles  sont  plus 
))  communes  en  certaines  années  que  dans  d'autres,  plus  au  printemps 
))  et  en  automne  qu'en  été  et  en  hiver ,  plus  surtout  après  les  grandes 
»  pluies  de  l'arrière-saison ,  qui  pénètrent  plus  profondément  la  terre, 
»  parce  que  la  végétation  est  sur  son  déclin  et  n'a  plus  la  force  d'as- 
»  pirer  l'humidité.  Alors  j'ai  ressenti  jusqu'à  dix  ou  douze  secousses 
»  dans  l'espace  d'une  nuit,  et  je  me  suis  parfaitement  assuré  que, 
))  quoique  les  oscillations  eussent  communément  lieu  dans  le  sens  du 
»  nord  au  midi ,  cependant  la  propagation  se  faisait  dans  le  sens  de 
»  la  chaîne,  en  sorte  que  tous  les  terrains,  successivement  ébranlés, 
»  se  trouvaient  réellement  sur  le  même  parallèle.  Cette  apparente 
»  contradiction  est  facile  à  expliquer;  une  explosion  qui  parcourt 
))  une  file  de  cavités  éloignées ,  doit  exercer  toute  son  énergie  sur  leurs 
»  parois  latérales ,  et  leur  imprimer  des  mouvements  de  vibration 
»  qui  les  écartent  et  les  rapprochent  dans  une  direction  qui  croise  à 
»  angles  droits  la  ligne  de  propagation.  J'ai  encore  reconnu  que  Ba- 


104  MÉMOIRE 

))  gnères  n'était  pas  ordinairement  le  lieu  le  plus  fortement  ébranlé, 
»  et  que  le  maximum  de  l'ébranlement  correspondait  toujours  à 
»  quelque  point  plus  occidental.  Je  me  suis  assuré  en  outre  que  la 
»  plaine  adjacente  était  rarement  affectée  de  ces  commotions  ,  et  ne 
M  recevait  que  des  arrière-secousses  dans  les  tremblements  de  terre 
»  les  plus  considérables.  Ces  agitations  reconnaissaient  de  semblables 
))  limites  du  côté  des  montagnes  primitives,  où  elles  sont  aussi  rares 
»  qu'elles  sont  fréquentes  dans  les  montagnes  secondaires.  Là  s'élève 
»  \epic  du  Midi,  qui  a  près  de  trois  mille  mètres  de  hauteur  absolue 
))  et  plus  de  mille  de  hauteur  relative.  J'y  suis  monté  dix-huit  fois,  et 
»  souvent  à  l'époque  des  tremblements  de  terre ,  avec  le  désir  de  re- 
))  connaître  si  cette  cime  aiguë  et  isolée  participait  aux  ébranlements 
»  excités  dans  les  montagnes  qui  couvrent  ses  bases.  Deux  fois  je  me 
»  suis  trouvé  au  sommet  précisément  à  l'instant  où  l'on  éprouvait  au 
»  nord  diverses  commotions  j  ce  sommet  est  demeuré  immobile,  et  je 
M   n'ai  rien  ressenti. 

»  Au  reste,  le  sol  primitif  a  aussi  ses  tremblements  de  terre,  et  or- 
»  dinairement  ils  se  renferment  de  même  dans  les  limites  du  chaînon 
»  auquel  ils  appartiennent.  Ceux  que  j'ai  été  à  portée  d'observer , 
»  parcouraient  \a parallèle  sur  laquelle  se  trouvent  Barèges,  S^-Sau- 
»  veur,  Cautères,  les  Eaux-Bonnes  et  les  Eaux-Chaudes.  Ils  procé- 
»  daient  évidemment  des  mêmes  foyers  où  se  minéralisent  et  s'échauf- 
»  fent  ces  diverses  sources.  Dans  les  montagnes  de  cet  ordre ,  il  y  a 
»  peu  de  cavernes.  » 

J'ai  cité  textuellement;  suivant  cet  auteur,  les  secousses  se  propa- 
gent toujours  dans  le  sens  de  la  chaîne,  mais  les  oscillations  ont  lieu 
communément  dans  le  sens  nord-sud,  c'est-à-dire,  suivant  une  di- 
rection perpendiculaire  à  celle  du  mouvement  de  propagation.  Nous 
devons  donc  ici  nous  en  rapporter  à  l'habile  observateur ,  qui  parle 
d'après  des  faits  dont  il  a  lui-même  été  témoin.  Il  est  regrettable ,  ce- 
pendant, qu'il  ne  les  décrive  pas  et  ne  nous  initie  point  à  la  discus- 
sion à  laquelle  il  les  a  soumis  ;  car  bien  que  du  petit  nombre  de 
tremblements  de  terre  inscrits  dans  ce  mémoire  avec  la  circonstance 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         105 

explicite  de  la  direction  des  secousses ,  on  puisse  tirer  la  même  con- 
clusion, le  sens  de  Ja  chaîne  et  la  direction  de  l'ouest  à  l'est  étant  le 
plus  souvent  mentionnés,  rien  là  ne  justifie  l'hypothèse  de  ces  ca- 
vernes dont  les  parois  latérales  sont  ébranlées  d'un  mouvement  vi- 
bratoire. Dans  les  idées  de  Ramond ,  la  direction  des  secousses  devait 
être  toujours  la  même;  pour  lui,  le  foyer  d'impulsion  étant  invaria- 
blement fixé  à  l'extrémité  occidentale  de  la  chaîne^  dans  le  départe- 
ment des  Basses-Pyrénées,  l'effet  devait  être  constant;  mais  le  principe 
est-il  fondé?  est-il  certain?  et  s'il  ne  l'est  pas?  si  la  cause  n'agit  plus 
dans  un  point  unique  et  invariable ,  que  deviennent  les  conséquences? 
N'étant  pas  en  général  initiées  à  cette  distinction  aussi  délicate  qu'im- 
portante, les  personnes  qui  ont  rapporté  les  secousses  et  leur  direc- 
tion n'ont  fait  qu'énoncer  une  impression  rapide  et  presque  instan- 
tanée; elles  ont  parlé  du  mouvement  qu'elles  ont  reconnu  au  sol, 
mais  sans  vouloir  indiquer  la  direction  où  se  trouvait  le  centre  d'é- 
branlement. Nous  ne  ferons  nous-même  que  constater  le  fait,  en 
attendant  de  nouvelles  et  de  plus  exactes  observations.  D'ailleurs, 
n'oublions  pas  qu'on  trouve  aussi  dans  ce  catalogue  toutes  les  autres 
directions  intermédiaires,  par  exemple,  celles  du  nord-ouest  au  sud- 
est,  et  celles  du  sud-ouest  au  nord-est. 

Hàtons-nous  toutefois  de  proclamer  l'exactitude  de  sa  proposition 
sur  les  divers  degrés  de  fréquence  du  phénomène  dans  les  différentes 
saisons.  Contrairement  à  ce  qui  a  lieu  dans  l'ensemble  de  la  France  et 
de  la  Belgique,  dans  les  Pyrénées  les  tremblements  de  terre  sont  aussi 
ou  même  plus  fréquents  en  été  qu'en  hiver  ,  aussi  communs  au  prin- 
temps qu'en  automne,  et  le  nombre  des  faits  qui  ont  lieu  dans  les 
deux  premières  saisons  est  à  peu  près  au  nombre  relatif  aux  deux  au- 
tres comme  2 :  3. 

Dans  les  quatre  grands  bassins  du  Rhône ,  de  la  Seine ,  de  la  Loire  et 
de  la  Garonne,  on  trouve  les  directions  orthogonales  des  méridiens  et 
des  parallèles  mentionnées  à  peu  près  le  même  nombre  de  fois;  il  n'y  , 
a  que  celui  du  Rhin  qui  présente  plus  souvent  la  direction  nord-sud 
ou  celle  de  la  vallée.  D'ailleurs ,  des  commotions  simultanées  dans  des 
Ton.  XVIII.  U 


106 


MÉMOIRE 


lieux  assez  peu  éloignés  les  uns  des  autres  ont  été  remarquées  plus 
d'une  fois  comme  affectant  des  directions  rectangulaires  entre  elles. 
Néanmoins,  il  parait  qu'on  peut  dire  en  général  que  les  ébranlements 
suivent  le  sens  des  vallées  et  des  chaînes  de  montagnes,  ou  les  coupent 
orthogonalement.  Mais  le  mouvement  de  propagation  affecte-t-il  la 
première  ligne?  La  seconde  n'appartient-elle  qu'au  mouvement  oscil- 
latoire? Double  question  qu'il  ne  m'est  pas  permis  de  résoudre  encore. 
Quelque  peu  exactes,  quelque  peu  sûres  que  soient  les  directions 
indiquées  comme  étant  celles  des  secousses ,  j'ai  cru  cependant  devoir 
les  comparer  entre  elles.  Pour  effectuer  cette  comparaison,  j'ai  pris 
seulement  les  huit  rhumbs  principaux  de  la  rose  des  vents  dans  le 
relevé  des  citations  qui  se  trouvent  consignées  dans  ce  mémoire,  puis 
divisant  leur  nombre  149  par  8,  j'ai  eu  la  moyenne^  par  laquelle  j'ai 
divisé  le  nombre  absolu  mentionné  pour  chaque  rhumb.  C'est  ainsi 
que  j'ai  obtenu  les  nombres  inscrits  au  tableau  suivant  : 


DIRECTIONS    DES    SECOUSSES. 

RAPPORTS. 

Du  nord  au  sud 

1.50 

0.45 

1.88 
0.59 
1.02 
0.96 
0.91 
0.09 

De  Test  à  Fouest 

Du  sud  au  nord 

Du  sud-ouest  au  nord-est 

Du  Dord-ouest  au  sud-est        

En  ne  tenant  pas  compte  du  sens  du  mouvement ,  mais  en  groupant 
ensemble  les  directions  opposées,  de  manière  à  les  rapporter  à  quatre 
lignes  rectangulaires  deux  à  deux  et  faisant  entre  elles  des  angles  de 
45'*,  on  obtient  les  résultats  suivants,  la  moyenne  étant  1,  comme 
dans  le  tableau  précédent. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 


107 


DIRECTIORi  DES  lECOPUES, 

abftractioo  faita  du  leos  dn  nuuTvmeal. 

KArrOETS. 

Du  nord  au  iud  et  du  sud  au  nord 

1.30 

Du  nord-est  au  sud-ouest  et  inversement .   . 

0.70 

De  l'est  à  l'ouest  et  de  l'ouest  à  l'est  .... 

1.40 

Du  sud-est  au  nord-ouest  et  vice  versa  .  .  . 

0.04 

Ces  tableaux  peuvent  se  représenter  graphiquement  par  des  courbes 
que  je  désignerai  sous  le  nom  de  roses  seismiques,  fig.  5  et  fig.  6,  où 
les  lignes  ab,  parallèles  aux  abscisses,  correspondent  à  l'ordonnée 
moyenne. 

Dans  la  fig.  5,  le  rhumb  inscrit  au  pied  des  ordonnées  est  celui 
d'où  venait,  ou  mieux,  d'où  semblait  venir  le  mouvement. 

Dans  la  fig.  6 ,  les  ordonnées  correspondant  à  deux  directions  op- 
posées, seraient  les  demi-sommes  des  ordonnées  de  la  fig.  5,  si  je 
n'avais  pas  eu  quelques  directions  données  sans  origine  à  y  ajouter. 

J'ai  aussi  tracé  ces  courbes  en  coordonnées  polaires;  ce  système 
parait  plus  naturel  que  le  premier.  Mais  les  lignes  ainsi  obtenues 
étant  peu  gracieuses ,  je  me  dispenserai  de  les  construire  ici. 

J'ai  appliqué  les  mêmes  calculs  à  l'Italie  et  à  l'Europe  ;  l'Italie  pré- 
sentant 110  citations  et  l'Europe  424.  C'est  ainsi  que  j'ai  dressé  le 
tableau  qui  suit  : 


DIBECTI0.1S  DES  SECOCSSES, 

ea  tenant  compte  du  sens  du  mouvement. 

ITALIE. 

EUBOPE. 

Du  nord  au  sud 

Du  nord-est  au  sud-ouest 

1.09 
0.04 
3.35 
0.04 
1.09 
0  51 
0.87 
0.29 

1.28 

0.60 
1.74 
0.09 
1.15 
0.93 
0.85 
O.GO 

De  l'est  à  l'ouest 

Du  sud-est  au  nord-ouest 

Du  sud  au  nord 

Du  sud-ouest  au  nord-est 

De  l'ouest  à  l'est 

Du  nord-ouest  au  sud-est 

108 


MÉMOIRE 


DIRECTIONS  DES  SECOUSSES , 
abslraction  faite  du  sens  du  mouvement. 

ITALIE. 

EUROPE. 

Du  nord  au  sud  et  du  sud  au  nord 

Du  nord-est  au  sud-ouest  et  inversement  .   . 
De  l'est  à  l'ouest  et  de  l'ouest  à  l'est  .... 
Du  sud-est  au  nord-ouest  et  vice  versa  .  .  . 

1.09 
0.73 
1.56 
0.C2 

1.22 
0.76 
I.ÔO 
0.88 

Ces  tableaux  sont  représentés  fig.  7  et  fig.  8  pour  l'Italie,  fig.  9  et 
fig.  10  pour  l'Europe. 

Enfin  les  fig.  11  et  12  forment  des  tableaux  d'assemblage  des  cour- 
bes déjà  tracées,  et  permettent  de  suivre  plus  facilement  leur  marche 
relative. 

Maintenant,  si  nous  regardons  la  cause  du  mouvement  dans  un  sens 
déterminé  comme  proportionnelle  en  intensité  au  nombre  de  fois  que 
les  secousses  ont  eu  lieu  dans  ce  sens,  ou  comme  représentée  par  les 
nombres  inscrits  aux  tableaux  précédents,  et  que  nous  composions  ces 
nombres  comme  des  forces,  nous  trouverons  une  résultante  dont  la 
situation  pourra  être  regardée  comme  la  direction  moyenne  des  trem- 
blements de  terre  dans  chaque  région.  C'est  ainsi  qu'a  été  dressé  ce 
dernier  tableau  : 


RÉGIONS. 

DIRECTION 
de  la  résultante. 

INTENSITÉ 
de  la  résultante. 

France  et  Belgique '. 

Italie  et  Savoie 

N.  71'27'  E. 

0.3S 

N.  94°  9'  E. 
N.  94-42'  E. 

2.15 
0.74 

Europe 

Pour  interpréter  les  nombres  inscrits  dans  la  troisième  colonne  ,  il 
suffit  de  se  rappeler  ce  que  représentent  ceux  des  tableaux  précédents. 
On  verra  ainsi  que  sur  huit  cents  tremblements  de  terre ,  il  y  en  a  : 

En  France 55  dirigés  du  N.  71°27'  E,  au  S.  71"27'  0. 

En  Italie 213  dirigés  du  IN.  94°  9'  E,  au  S.  9/*°  9'  0. 

En  Europe 74  dirigés  du  N.  94'>42'  E,  au  S.  94''42'  0. 


SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE.         109 

Celte  direction  moyenne  parait  varier  avec  le  temps  ;  elle  n'est  plus 
dans  ce  siècle  ce  qu'elle  était  dans  le  précédent.  Son  mouvement  angu- 
laire m'a  même  paru  être  en  relation  avec  le  mouvement  angulaire 
de  la  direction  moyenne  des  vents;  mais  je  ne  puis  aujourd'hui  éta- 
blir aucun  rapport  simple  sur  ce  sujet,  aussi  curieux  qu'important, 
et  que  je  me  propose  d'étudier  encore. 

Quant  aux  circonstances  qui  accompagnent  le  phénomène,  aux 
apparitions  météorologiques  qu'on  a  remarquées  simultanément,  je 
n'y  vois  rien  de  particulier.  Moins  désastreux  que  dans  d'autres  ré- 
gions, en  Italie,  par  exemple,  les  effets  des  secousses  se  sont  cependant 
étendus  sur  de  vastes  contrées ,  et  souvent  on  les  a  observés  à  de 
grandes  profondeurs,  v.  g.,  au  fond  des  mines.  Ainsi,  M.  l'ingénieur 
Lefort  a  fait  une  observation  curieuse  sous  ce  point  de  vue. 

Extrait  du  bulletin  de  service  du  puits  foré  de  Grenelle.  —  (c  L'eau 
)>  ayant  monté  une  grande  quantité  de  vase  et  de  sable  pendant  la 
M  nuit  du  23  au  24,  la  cuvette  s'était  abaissée  et  avait  fait  fermer  la 
))  soupape  de  distribution.  Le  24,  au  soir,  l'eau  était  revenue  claire 
))  et  ne  montait  presque  plus  de  sable.  »  (C.  R.,  t.  XVIII,  p.  49.) 

Le  22  décembre  1843,  vers  4  heures  du  soir,  c'est-à-dire  moins 
de  deux  jours  avant  l'observation  de  M.  Lefort,  il  y  avait  eu  un  trem- 
blement de  terre  à  Cherbourg  et  aux  environs.  Cependant,  il  est  re- 
marquable que  des  hommes  qui  travaillaient  dans  les  mines  de  l'ile 
de  Sark ,  à  plus  de  400  pieds  de  profondeur ,  n'ont  rien  entendu  ,  rien 
ressenti  du  choc  ,  quoique  au-dessus  de  leurs  têtes  la  commotion  eût 
causé  de  grandes  alarmes.  Le  chauffeur  de  la  machine  à  vapeur  de 
ces  mines  a  remarqué  que  le  piston  frappait  avec  une  grande  violence, 
et  il  pensait  que  le  générateur  était  brisé. 

Je  m'arrête  ;  je  ne  crois  pas  devoir  discuter  complètement  la  ques- 
tion. Ce  mémoire  est  déjà  bien  long  pour  être  présenté  à  une  société 
savante,  et  la  discussion  générale  du  phénomène  doit  se  fonder  sur 
un  certain  nombre  de  mémoires  particuliers  non  encore  rédigés. 

Cependant  je  ne  puis  pas  m'empécher  de  citer  un  dernier  fait , 
contraire  à  une  opinion  bien  répandue.  On  croit  généralement  que  les 


i 


110  MÉMOIRE  SUR  LES  TREMBLEMENTS  DE  TERRE. 

tremblements  de  terre  sont  excessivement  rares  dans  nos  contrées. 
Eh  bien!  depuis  1834  inclusivement,  nous  avons  éprouvé,  terme 
moyen,  sept  ou  huit  tremblements  de  terre  chaque  année.  Durant 
la  même  période ,  l'Italie  en  a  ressenti  annuellement  quinze  ou  seize , 
c'est-à-dire  un  nombre  double,  et  l'Europe  au  moins  quarante. 

Qu'il  me  soit  permis,  en  finissant,  d'adresser  mes  remerciments 
aux  personnes  qui  ont  bien  voulu  s'intéresser  à  mon  travail ,  et  prin- 
cipalement au  savant  et  bienveillant  secrétaire  perpétuel  de  l'acadé- 
mie de  Bruxelles,  à  M.  Quetelet,  dont  les  conseils  affectueux  et  les 
communications  nombreuses  doivent  lui  rapporter  une  bonne  part 
de  l'intérêt  que  peut  offrir  ce  mémoire,  ainsi  qu'à  un  jeune  savant, 
bien  connu  de  l'académie ,  à  M.  Aug.  Bravais ,  qui  a  eu  l'obligeance 
de  me  communiquer  plusieurs  renseignements. 

Puisse  ce  travail,  que  je  crois  intéressant  encore  pour  la  statistique 
de  la  France  et  de  la  Belgique,  mériter  les  suffrages  du  corps  savant 
auquel  j'ai  l'honneur  de  l'adresser. 


FIN. 


Mém.eaur.  Â^  Jfmt.dv  aM'.tifr.  Tome  'Wlll. 


Mérw.sur  /m  tremi.  cfe  terre. PI,  1. 


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Méiii  (Vil/:  /i' Mf'm .  iMimii'.  e/r.  7h//m  XVIII. 


Mf/ii .  .tiir  les  trriiili.  i/r  trrrr .  /Y.  //, 


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Fùj.e. 


K*S  »E-80        K-0         SE*NO         N'S 


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H-S  NE-SO         E-0  SE-KO        W-S 

Jïg.io. 


M-S         NE-SO  E-0         SE-SO        N'S 


N-S  NE-SO  E-0  SE-NO  N-S 


irif  r,r'ry   .M,. 


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NOTE 


SUR 


LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

DANS  LES  EAUX  œURANTES; 


PAS 


M.  Désiré  LECLERCQ. 


(Préienté  1  U  <<«ncs  da  14  décembre  1844.) 


Ton.  XVIII. 


NOTE 


SDR 


LA  FORMATIOIN  DE  LA   GLACE 

DANS  LES  EAUX  COURANTES. 


L'hiver  de  1840-41  acompte  à  Liège  trois  époques  différentes  de 
gelées.  La  première,  qui  a  été  la  plus  rigoureuse,  fut  remarquable  par 
des  jours  très-clairs ,  des  rayons  solaires  fort  éclatants,  des  nuits  trans- 
parentes et  des  étoiles  des  plus  brillantes  ;  elle  commença  le  "i  décem- 
bre et  finit  le  28  du  même  mois.  Pendant  toute  cette  durée  ,  la  tem- 
pérature de  l'atmosphère  s'est  maintenue  toujours  en  dessous  de  0,  son 
intensité  moyenne  a  été  de  —  8°,7  R.,  son  intensité  maûcimum ,  pour 
l'intérieur  de  la  ville,  de —  15"  R.,  et  pour  l'extérieur  de —  17°.  Un 
froid  aussi  fort  détermina  la  congélation  de  TOurte  et  de  la  Vesdre 
dans  toutes  leurs  ramifications;  la  Meuse  était  fermée  dans  les  parties 
supérieures  depuis  Huy  jusqu'à  Ougrée,  et  depuis  cet  endroit  jusqu'à 
Hermalle  sous-Argenteau,  elle  coulait  librement  en  traversant  la  ville 
de  Liège.  Ses  eaux  présentaient  une  couleur  vert-bouteille,  et  dans  les 
endroits  où  elles  n'avaient  que  quelques  décimètres  de  hauteur,  elles 


4  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

étaient  très-transparentes;  leur  température  '  observée  à  plusieurs  re- 
prises dans  des  endroits  différents ,  à  des  profondeurs  plus  ou  moins 
grandes  et  au  fond  même ,  indiquait  toujours  0°  au  thermomètre. 

Pendant  cette  première  époque,  mon  attention  sur  la  formation  de 
la  glace  sous  l'eau  fut  excitée  par  un  phénomène  trop  remarquable 
pour  ne  pas  le  décrire  dans  tous  ses  détails.  Ce  phénomène  eut  lieu  au 
Pont-des-Arches,  dont  les  voûtes,  d'une  largeur  de  14  mètres,  vont  en 
s'agrandissant  et  en  s'élevant  des  culées  vers  le  milieu,  car  elles  ont 
respectivement  15,  18  et  20  mètres  de  corde.  L'axe  du  pont,  dans  le 
sens  de  sa  longueur,  est  tellement  placé  par  rapport  au  méridien,  qu'il 
n'est  éclairé  à  plein  que  dans  l'après-dînée  et  que  les  ombres,  portées 
par  les  intrados  de  la  face  constamment  éclairée,  s'arrêtent  sous  les 
voûtes  depuis  le  matin  jusqu'à  une  heure  environ  pour  les  plus  petites 
voûtes,  puis  en  dehors  pendant  un  certain  temps;  après  elles  reparais- 
saient en  dessous  dans  des  directions  contraires.  Ce  retour  est  assez 
long  pour  les  grandes  voûtes,  moindre  pour  les  moyennes,  de  peu  de 
durée  pour  les  plus  petites.  Ces  ombres,  portées  en  partie  par  les 
arêtes  verticales  des  éperons  des  piles ,  formaient  à  leur  ligne  de  sépa- 
ration avec  la  lumière  un  jeu  d'ombre  et  de  lumière  qui  s'étendait 
jusqu'au  lit  du  fleuve.  Dans  l'espace  que  ce  jeu  avait  parcouru  depuis 
11  heures  jusqu'à  1,  il  s'était  formé,  pour  chaque  voûte,  un  banc  de 
glace  qui  traversait  le  fleuve  d'une  pile  à  l'autre ,  partait  du  fond  pour 
s'élever  (au  28  décembre)  à  40  centimètres  environ  au-dessus  de  la 
surface  des  eaux  en  aval,  et  servait  de  déversoir  aux  eaux  affluentes. 
Chaque  banc  avait  à  peu  près  la  forme  d'un  prisme  triangulaire  ren- 

*  L'appareil  dont  je  me  suis  servi  consistait  en  une  petite  caisse  en  fer-blanc ,  ayant  la  forme 
d'un  parallélipipède  rectangle  tronqué;  comme  une  des  faces  était  en  verre,  ou  pouvait  observer 
sous  l'eau  un  thermomètre  fixé  dans  l'intérieur.  Un  petit  tuyau ,  établissant  une  communication 
de  l'intérieur  à  l'air  libre,  était  fixé  à  une  tige  de  bois,  à  laquelle  on  avait  assujetti  la  caisse.  Un 
robinet  placé  à  la  partie  inférieure ,  qu'on  manœuvrait  à  l'aide  d'une  tige ,  servait  à  remplir  et  à 
vider  le  vase;  un  flotteur  indiquait  l'arrivée  de  l'eau  à  la  paroi  supérieure.  Alors  on  fermait  et  on 
laissait  ensuite  séjourner  l'appareil  pendant  un  temps  assez  long;  au  moment  de  l'observation,  on 
amenait  rapidement  le  vase  près  de  la  surface  des  eaux  ;  avant  de  le  plonger  et  de  le  remplir,  on  le 
laissait  prendre  près  de  la  surface  la  température  du  liquide  ambiant. 


DANS  LES  EAUX  COURANTES.  5 

versé  sur  une  de  ses  faces  latérales.  6ette  face,  en  comptant  depuis  les 
intrados  éclairés  et  dans  le  sens  de  la  largeur  du  pont,  s'étendait  sous 
les  plus  petites  voûtes  depuis  le  milieu  du  troisième  quart  jusqu'au 
milieu  du  quatrième,  pour  les  moyennes  du  commencement  du  qua- 
trième quart  jusqu'à  0'",5()  en  dehors  de  l'intrados  non  éclairé,  pour  les 
plus  grandes  du  milieu  du  quatrième  quart  jusqu'à  2'",25  de  la  même 
courbe.  Quant  aux  deux  autres  faces  de  chaque  prisme,  celle  à  l'oppo- 
site  du  courant  était  à  peu  près  perpendiculaire  au  fond  de  l'eau ,  tandis 
que  la  troisième  faisait  avec  ce  dernier  un  angle  de  25  à  30  degrés. 

En  dehors  du  pont ,  on  observait  çà  et  là  des  formations  semblables, 
tout  à  fait  isolées,  dont  les  dimensions  étaient  à  peu  près  les  mêmes 
que  celles  des  plus  petits  bancs  ;  elles  s'étaient  développées  comme  les 
précédentes,  dans  l'espace  qui  avait  été  occupé  entre  11  h.  et  1  h. 
par  le  jeu  d'ombre  et  de  lumière  porté  au  fond  du  lit  par  l'arête  supé- 
rieure du  parapet  du  pont;  enfin  elles  présentaient  même  forme  et 
même  disposition  par  rapport  au  courant.  Ce  caractère  particulier  au 
gisement  contrastait  avec  l'absence  complète  de  ces  glaces  soit  dans 
la  partie  du  lit  constamment  ombragée  par  le  pont,  soit  dans  la  partie 
constamment  éclairée  par  le  soleil  sans  alternative  d'ombre,  quoiqu'elles 
renfermassent  des  endroits  réunissant  les  conditions  de  hauteurs  d'eau 
et  de  nature  de  lit  propres  à  ces  sortes  de  formations. 

D'après  ce  qu'on  vient  de  lire,  on  demandera  peut-être  pourquoi  il 
n'y  avait  pas  de  bancs  de  glace  tout  le  long  de  l'ombre  portée  par  le 
parapet?  C'est  aussi  la  question  que  je  me  suis  adressée,  et  comme  il 
était  à  présumer  que  la  hauteur  de  l'eau  n'était  pas  sans  influence  sur 
le  phénomène ,  la  mesure  en  fut  prise  tout  le  long  de  l'ombre  portée 
par  le  parapet  et  dans  tous  les  endroits  où  il  s'était  formé  de  la  glace 
sous  l'eau  :  on  a  trouvé  que  là  où  le  phénomène  ne  s'était  pas  manifesté 
l'épaisseur  de  la  lame  d'eau  variait  de  4'",20  à  1,10,  et  que  dans  les 
localités  où  il  avait  lieu  la  hauteur  du  liquide  variait  de  0'",30  à  0,75. 

Tous  les  bancs  étaient  d'un  beau  blanc;  les  parties  en  dehors  de  l'eau 
étaient  recouvertes  d'une  couche  compacte;  le  reste  présentait  une 
surface  mamelonnée ,  dont  la  texture  avait  beaucoup  d'analogie  avec 


6  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

le  chou-fleur  ;  sous  l'eau  ils  avaient  un  aspect  blanc  verdâtre  ;  Tinté- 
rieur  était  d'une  cristallisation  confuse,  d'un  aspect  neigeux;  ils  repo- 
saient tous  sur  un  fond  très-résistant,  dont  les  cailloux  présentaient  un 
volume  assez  considérable  ;  la  vitesse  de  l'eau  mesurée  à  l'aide  des  pro- 
cédés connus  était  de  1  mètre  10  centimètres  par  seconde. 

Le  28  décembre ,  vers  trois  heures  de  l'après-dînée ,  la  température 
changea  instantanément  ',  le  thermomètre  à  l'air  libre  marquait  +  2°  R., 
le  baromètre  qui  le  matin  indiquait  0™,759  était  descendu  à  0,75;  le 
temps  était  toujours  au  beau  et  resta  le  même  pendant  huit  jours  con- 
sécutifs, et  à  peu  près  dans  les  circonstances  de  température  et  de  pres- 
sion que  nous  venons  de  mentionner.  Le  28  même,  de  3  à  4  |  heures, 
la  Meuse  charriait  des  amas  plus  ou  moins  nombreux  de  boules  qui 
avaient  beaucoup  d'analogie  avec  des  boules  de  neige  ;  leur  diamètre 
variait  de  O^^jO?  à  0™,l0;  en  descendant  elles  se  maintenaient  à  dis- 
tance et  formaient  entre  elles  une  courbe  fermée.  En  remontant  le 
fleuve,  j'ai  remarqué  que  ces  boules  provenaient  de  la  partie  du  lit 
située  derrière  Saint-Jacques  ;  leur  apparition  au-dessus  de  la  surface 
de  l'eau  était  précédée  par  un  bouillonnement;  des  couches  d'une  glace 
très-poreuse  et  recouvrant  les  cailloux  leur  donnaient  naissance;  le 
fond  d'où  elles  se  détachaient  était  à  une  profondeur  variable,  et  ren- 
fermé entre  0,65  et  0,90,  et  se  trouvait  entre  les  limites  extrêmes 
occupées  par  l'origine  de  l'ombre  projetée  par  une  rangée  d'arbres  qui 
se  trouve  sur  l'ile  Renoz  ;  en  cet  endroit  l'eau  possédait  une  vitesse  de 
2  mètres  ;  à  des  profondeurs  supérieures  aux  précédentes,  les  cailloux  ne 
présentaient  aucune  trace  de  congélation.  Dans  la  nuit  du  28  au  29, 
les  bancs  formés  aux  abords  du  Pont-des-Arches  s'étaient  complète- 
ment détachés  du  fond  et  avaient  été  entraînés  par  le  fleuve.  Comment 
se  fait-il  que  quelques  quarts  d'heure  de  changement  de  temps  suffisent 
pour  enlever  les  couches  de  glaces  des  surfaces  des  cailloux  auxquelles 
elles  adhèrent,  et  quelques  heures  seulement  pour  faire  disparaître  des 
bancs  qui  ont  résisté  à  des  pressions  d'eau  dont  la  hauteur  totale  s'éle- 
vait à  l'",20?  Boit-on  attribuer  ce  phénomène  aux  changements  sur- 
venus dans  la  température  et  la  pression  atmosphérique ,  ou  bien  à  des 


DANS  LES  EAUX  COURANTES.  7 

changements  survenus  dans  les  arrangements  moléculaires,  qui,  comme 
on  le  sait ,  sont  des  conséquences  des  premiers  ?  Ce  sont  des  questions 
que  je  n'ai  pu  résoudre. 

La  seconde  époque  de  gelées  commença  au  soir,  le  5  janvier  1841 , 
elle  dura  neuf  jours;  pendant  toute  sa  durée  le  temps  fut  des  plus  beaux; 
le  baromètre  s'est  maintenu  à  des  hauteurs  qui  dilféraient  fort  peu  en 
plus  ou  en  moins  de  0'",758;  la  température  a  donné  pour  intensité 
moyenne  —  5ï"R.,  pour  maximum  —  9"  pendant  le  jour  et  —  11" 
pendant  la  nuit.  Décidé  à  continuer  mes  observations,  je  dirigeai  mon 
attention  sur  les  divers  bras  de  l'Ourte,  qui  se  trouvait  totalement  dé- 
barrassée de  ses  glaces  ;  d'abord  parce  qu'ils  différaient  entre  eux  dans 
leurs  circonstances,  ensuite  parce  que  les  eaux  y  coulaient  sous  des 
vitesses  très-variables. 

Comme  on  pourrait  penser  que  la  formation  de  la  glace  sous  l'eau 
était  le  résultat  du  contact  des  cailloux  avec  des  aiguilles  de  glace 
amenées  au  fond  par  le  mouvement  des  eaux  (aiguilles  flottantes  qui  se 
forment  en  quantité  innombrable  soit  à  la  surface  des  eaux  tranquilles, 
soit  à  la  surface  des  eaux  des  réservoirs  qui  alimentent  beaucoup  de 
roues  hydrauliques  placées  sur  TOurte,  et  dont  l'excédant  s'écoule  en 
entraînant  les  aiguilles  par  des  déversoirs),  j'ai  fait  placer,  pour  vérifier 
cette  conjecture,  sur  un  bras  de  l'Ourte  d'une  largeur  de  12  mètres,  un 
bateau  en  travers  du  courant  et  à  une  distance  de  400  mètres  du  con- 
fluent avec  la  Meuse; j'ai  fait  soulever  à  l'aide  de  crics  la  face  du  bateau 
opposée  au  courant,  de  manière  que  le  fond,  en  plongeant  par  un  de  ses 
côtés  dans  l'eau,  formait  une  vanne  inclinée;  dans  cet  endroit  l'épais- 
seur du  courant  variait  de  0'",30  à  0'",55.  L'eau  étant  ainsi  forcée  de 
passer  sous  cette  vanne,  entraînait  la  glace  qui  flottait;  ainsi  bien  des 
aiguilles  devaient  venir  en  contact  avec  le  lit  de  la  rivière.  Ensuite,  par 
un  système  de  barrage,  j'ai  amené  la  glace  qui  arrivait  des  parties  su- 
périeures à  flotter  seulement  sur  le  bras  où  j'avais  établi  le  bateau- 
vanne;  comme  les  autres  ramifications  en  étaient  totalement  privées,  je 
pouvais  m'assurer  si  le  phénomène  était  indépendant  de  toute  forma- 
tion antérieure.  Le  système  de  barrage  consistait  en  plusieurs  bateaux, 


8  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

retenus  à  la  même  rive,  placés  parallèlement  de  dislance  en  distance, 
pesamment  chargés  pour  qu'ils  descendissent  jusqu'au  fond,  et  mainte- 
nus obliquement  par  rapport  au  courant,  sans  barrer  complètement  la 
rivière ,  afin  de  laisser  une  issue  par  où  les  eaux  et  ce  qui  flottait  pou- 
vaient s'échapper. 

Dès  le  second  jour,  c'est-à-dire  le  lendemain  dans  l'après-dinée ,  la 
rivière  charriait  de  la  glace  tout  à  fait  identique  avec  celle  qui  se  forme 
au  fond  de  l'eau  courante;  elle  se  trouvait  composée  ou  d'aiguilles  d'un 
gris  blanchâtre  qui  se  croisaient  en  tout  sens,  ou  bien  de  filaments  d'un 
gris  bleuâtre,  ou  enfin  de  petits  cristaux  diaphanes  et  à  demi-fondus; 
cette  glace,  entraînée  sous  le  bateau-vanne ,  ne  donna  lieu  à  aucune  for- 
mation sous  l'eau  sur  toute  la  longueur  de  400  mètres.  Le  quatrième 
jour  et  les  suivants,  il  arriva  des  glaçons  qui  ne  produisirent  pas  plus 
d'effet.  Comme  cet  essai  a  été  répété  pendant  la  troisième  époque  de 
gelée,  nous  sommes  en  droit  de  conclure  que  les  formations  sous  l'eau 
ne  proviennent  pas  de  glace  primitivement  formée ,  et  qui  par  le  mou- 
vement des  eaux  viendrait  de  la  surface  se  fixer  à  la  surface  des  cailloux. 

Les  choses  se  passèrent  autrement  dans  les  autres  ramifications  de 
l'Ourte;  leurs  eaux,  comme  on  le  sait,  ne  pouvaient  charrier  la  glace 
qui  arrivait  des  parties  supérieures  ;  recueillies  à  différentes  profondeurs 
et  à  diverses  reprises  dans  un  vase  '  que  l'on  remplissait  et  que  l'on  fer- 
mait sous  l'eau,  retirées  après  un  certain  temps  de  repos,  puis  exami- 
nées en  maintenant  les  bords  du  vase  dépouillé  de  son  couvercle  un 
peu  au-dessus  de  la  surface  de  la  rivière ,  on  n'y  trouvait  aucune  trace 
de  glace.  Cependant  pour  rendre  cette  observation  plus  certaine ,  il  fal- 
lait prendre  quelques  précautions,  car  le  vase  était  toujours  à  une  tem- 
pérature inférieure  à  celle  du  liquide;  plongé  immédiatement,  il  se 
recouvrait  en  quelques  instants  d'une  couche  de  glace  compacte,  dont 

*  Ce  vase  était  un  parallèlipipède  rectangle  en  fer-blanc ,  jaugeant  18  litres  d'eau;  le  couvercle 
était  parfaitement  calfeutré;  une  de  ses  parois  latérales  était  munie  d'une  soupape  mobile  autour 
d'une  charnière  placée  en  bas;  cette  soupape  était  doublée  et  pressée  par  un  ressort  tournant  à 
l'aide  d'une  tige;  le  mouvement  du  ressort  ouvrait  et  fermait  la  soupape.  L'appareil  était  fixé  à  une 
tige  de  bois.  iinTJ>-J"  -'=)'.' m- 


DANS  LES  EAUX  COURANTES.  9 

on  le  débarrassait  quand  il  avait  atteint  la  température  du  milieu  am- 
biant. Des  corps  pris  à  l'air  libre  donnaient  lieu  au  même  phénomène; 
ils  se  recouvraient  en  quelques  minutes  d'une  couche  de  glace  compacte, 
d'autant  plus  épaisse  que  leur  température  était  plus  basse.  Enfin ,  la 
température  des  eaux  et  des  différents  fonds,  observée  avec  tout  le  soin 
possible  pendant  toute  la  durée  de  la  deuxième  et  de  la  troisième 
époque  de  gelée ,  a  toujours  indiqué  0  au  thermomètre. 

Les  conditions  nécessaires  pour  donner  naissance  au  phénomène  de 
la  glace  sous  l'eau  sont  assez  nombreuses.  La  nature  du  lit  en  est  une 
des  principales;  s'il  est  formé  d'un  gravier  très-fin  ou  de  terre  argi- 
leuse, toutes  circonstances  égales  d'ailleurs,  il  ne  donnera  lieu  à  aucune 
formation;  s'il  est  composé  de  menus  cailloux,  la  congélation  de  l'eau 
ne  s'y  opère  que  difficilement  et  à  la  longue;  on  ne  doit  pas  lui  attribuer 
ce  qui  se  forme  sur  les  plantes  aquatiques  que  l'on  rencontre  quelque- 
fois, ou  sur  des  branches  d'arbres  qu'une  cause  quelconque  retient  for- 
cément au  fond.  Le  lit  le  plus  convenable  est  un  cailloutage  d'un 
volume  assez  considérable;  comme  il  oppose  plus  de  résistance  au 
mouvement  des  eaux,  il  produit  une  fluctuation  plus  ou  moins  forte 
dans  le  fluide;  c'est  ce  qui  a  été  observé  dans  tous  les  endroits  où  le 
phénomène  s'est  produit.  Si  toutes  nos  observations  ont  indiqué  la 
vérité,  la  température  du  fond  doit  être  0**;  elle  ne  peut  différer  en 
moins  que  de  bien  peu,  puisque  des  corps  d'un  à  deux  degrés  en  des- 
sous s'entourent  d'une  couche  de  glace  compacte  qui  ne  ressemble  en 
rien  à  ce  qui  se  forme  ordinairement  sous  l'eau  courante. 

La  vitesse  de  l'eau  hâte  plus  ou  moins  la  congélation  sur  le  lit;  dans 
les  endroits  où  elle  est  la  plus  grande ,  elle  se  manifeste  de  suite.  Dès  le 
premier  jour  de  la  seconde  et  de  la  troisième  époque,  on  remarquait 
de  la  glace  au  fond ,  là  où  la  vitesse  de  l'eau  variait  de  3'n,60  à  2»",50  : 
comme  aux  abords  d'un  petit  pont  de  pierre,  qui  vient  d'être  démoli 
et  remplacé  par  un  pont  de  bois;  à  la  naissance  d'un  plan  incliné  qui 
se  trouve  en  amont  et  à  60°»  de  distance;  à  un  coude  qui  se  trouve  à 
gauche  et  A  80'"  du  pont;  enfin  dans  plusieurs  autres  endroits.  Cepen- 
dant si  une  grande  vitesse  accélère  la  formation ,  elle  ne  concourt  pas 
ToM.  XVUI.  2 


10  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

à  donner  une  grande  épaisseur  aux  couches  qu'elle  produit,  comme 
nous  le  verrons  un  peu  plus  loin. 

La  hauteur  de  l'eau  joue  un  rôle  important;  le  phénomène  a  lieu 
d'autant  plus  vite  que  la  lame  d'eau  a  moins  d'épaisseur;  pour  les  en- 
droits que  nous  venons  de  citer,  elle  variait  de  20  à  35^.  Pour  des 
hauteurs  qui  variaient  de  40^  à  60*',  la  glace  apparaissait  au  deuxième 
jour;  pour  des  hauteurs  de  60<=  à  80^=  c'était  au  troisième  jour.  Si  la 
hauteur  de  l'eau  avait  plus  Oï»,75  à  toute  distance  des  rives,  pas  la 
moindre  formation  ne  se  faisait  remarquer  pendant  toute  la  durée  de 
la  deuxième  et  de  la  troisième  époque. 

C'est  sous  l'influence  d'un  jeu  d'ombre  et  de  lumière  que  la  glace 
prend  naissance  ;  ainsi  que  je  l'ai  observé  dans  toutes  les  localités  que 
j'ai  pu  visiter,  c'est  entre  les  limites  extrêmes  occupées  par  la  ligne  de 
séparation  d'ombre  et  de  lumière  qu'elle  commence  à  se  montrer,  c'est 
de  là  qu'elle  se  répand  en  tous  sens,  c'est  là  qu'elle  acquiert  le  plus  de 
développement  ;  de  plus,  quand  cette  dernière  condition  manque  à  un 
endroit  qui  réunit  toutes  les  autres,  vous  ne  rencontrerez  pas  la  moindre 
trace  de  congélation:  si  de  grandes  étendues  de  lit  sont  totalement  pri- 
vées de  glace ,  c'est  qu'elles  sont  ou  totalement  ombragées  ou  totalement 
éclairées  par  le  soleil.  Un  seul  fait,  que  j'ai  remarqué  pendant  tout  le 
cours  de  mes  observations,  semble  contredire  ce  que  je  viens  d'avan- 
cer; il  s'est  passé  au  petit  pont  de  pierre  mentionné  plus  haut.  Là  on  a 
remarqué,  dans  les  derniers  jours  de  la  troisième  période ,  la  réunion 
de  la  couche  de  glace  formée  sous  l'influence  du  jeu  d'ombre  porté  par 
chaque  intrados  avec  la  nappe  développée  sous  le  jeu  d'ombre  et  de  lu- 
mière de  l'arête  supérieure  du  parapet  ;  quoique  les  limites  extrêmes  oc- 
cupées par  toutes  les  lignes  de  séparation  ne  conservassent  pas  toujours 
les  mêmes  positions ,  toutes  les  nappes  se  sont  propagées  d'abord  dans 
les  espaces  parcourus  par  les  divers  jeux  d'ombre  et  de  lumière ,  puis 
dans  les  parties  constamment  éclairées  ou  continuellement  ombragées 
par  le  pont.  Comme  les  piles  n'avaient  que  0™,65  d'épaisseur,  que  le  jeu 
d'ombre  porté  par  les  intrados  pénétrait  de  1  h.  à  3  h.  dans  l'espace 
parcouru  par  la  ligne  de  séparation  projetée  par  le  parapet ,  et  se  diri- 


.ItDANS  LES  EAUX  COURANTES.  H 

geait  vers  l'Orient,  on  conçoit  que  la  condition  de  jeu  d'ombre  et  de 
lumière  ne  peut  recevoir  aucune  atteinte  par  le  fait  de  la  réunion  de 
toutes  ces  nappes ,  car  il  restait  bien  peu  d'étendue  aux  parties  con- 
stamment ombragées.  Un  second  fait  d'abord  observé  dans  cette  loca- 
lité s'ajoute  encore  pour  mieux  établir  la  nécessité  de  cette  condition; 
le  parapet,  par  suite  d'une  plantation  d'arbres,  ne  recevait  du  soleil 
pendant  toute  la  matinée,  qu'une  lumière  aifaiblie,  et  la  ligne  de  sé- 
paration d'ombre  et  de  lumière  qu'il  projetait,  n'était  pas  aussi  pro- 
noncée que  les  mêmes  ligues  projetées  par  les  intrados;  de  plus,  à  cause 
de  certaines  dispositions  locales,  il  n'était  pas  éclairé  pendant  le  reste 
du  jour  aussi  longtemps  que  les  courbes  intrados;  cette  diminution 
dans  la  durée  et  l'intensité  de  son  jeu  d'ombre  et  de  lumière  ont  re- 
tardé la  naissance  et  le  développement  de  la  glace  produite  sous  l'in- 
fluence de  ce  jeu;  car  dans  les  deux  dernières  époques,  elle  ne  s'était 
montrée  qu'au  quatrième  et  au  cinquième  jour,  quoique  la  lame  d'eau 
dans  cet  endroit  eût  une  épaisseur  de  0™,25  à  0'",35,  et  une  vi- 
tesse de  3%20.  Comme  au  pont  des  arches,  les  bancs  ont  acquis  à 
chaque  époque  plus  de  développement  sous  les  voûtes,  où  le  jeu  d'om- 
bre et  de  lumière  avait  plus  de  durée  ;  son  intensité  et  sa  durée  ne 
sont  donc  pas  sans  influence  sur  le  phénomène  de  la  congélation  sous 
l'eau. 

Quant  à  l'état  de  ce  fluide,  doit-il  être  aussi  limpide  qu'il  se  trou- 
vait dans  rOurte  et  la  Meuse  pendant  les  époques  de  gelée  ?  Je  n'ai  pu 
rien  étabUrà  ce  sujet,  l'état  contraire  n'étant  pas  arrivé  pendant  le 
cours  de  mes  observations;  tout  ce  qu'on  vient  de  lire  autorise  néan- 
moins à  penser  que  cet  état  arrêterait  le  phénomène  plutôt  que  de  le 
hâter. 

On  s'est  demandé  souvent  d'où  provenait  cette  quantité  immense  de 
glaçons  charriés  par  les  rivières  et  les  fleuves  vers  la  mer  ;  se  forment- 
ils  à  la  surface,  proviennent-ils  du  fond?  Beaucoup  de  conjectures  et 
d'hypothèses  ont  été  avancées  pour  et  contre,  et  la  question  n'a  pas 
fait  le  moindre  pas;  comme  la  solution  de  ce  problème  doit  trouver 
beaucoup  d'éléments  dans  le  mode  de  formation  et  de  développement 


14  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

de  la  glace  sous  l'eau  j  on  lira  avec  intérêt  ce  qu'on  a  pu  recueillir  par 
un  examen  attentif. 

La  glace  qui  prend  naissance  au  fond  des  eaux  courantes,  et  la 
glace  qui  se  forme  à  la  surface  des  eaux  tranquilles  et  des  eaux  sta- 
gnantes des  bords  des  fleuves,  présentent  chacune  des  caractères  bien 
distinctifs.  La  seconde  est  ordinairement  diaphane,  compacte,  unie, 
composée  de  lamelles  superposées  les  unes  aux  autres  ;  elle  commence 
par  une  série  d'aiguilles  très-déliées  et  très-allongées ,  qui  partent  des 
bords  vers  le  milieu  sans  se  rencontrer;  de  nouvelles  aiguilles  se  for- 
ment sur  les  premières  en  faisant  des  angles  de  60  degrés  environ; 
d'autres  naissent  sur  les  secondes  et  ainsi  de  suite.  Cette  série  d'ai- 
guilles donne  naissance  à  une  pellicule  très-lisse  et  d'une  transparence 
extrême,  qui  recouvre  la  surface  de  l'eau.  Les  mêmes  phénomènes  se 
renouvellent  en  dessous  ;  la  glace  s'épaissit  et  devient  plus  solide  par  la 
juxta-position  successive  de  ces  feuillets  cristallisés;  mais  si  de  l'air 
vient  à  s'introduire  entre  cette  glace  et  l'eau,  alors  la  cristallisation 
s'opère  d'une  autre  manière,  et  quoiqu'elle  ne  soit  pas  confuse ,  comme 
cela  arrive  ordinairement ,  la  glace  perd  sa  transparence  tout  en  res- 
tant unie.  Elle  se  rencontre  très-souvent  au  bord  des  fleuves,  on  en 
trouve  fréquemment  dans  les  fossés  qui  bordent  les  routes,  car  après 
que  la  glace  s'est  formée  à  la  surface  de  leurs  eaux ,  celles-ci  se  retirent 
petit  à  petit  en  s'infiltrant  dans  le  terrain. 

La  première  est  opaque ,  d'un  beau  blanc ,  d'une  teinte  neigeuse  ; 
sa  surface,  au  lieu  d'être  lisse,  présente  ou  une  apparence  raboteuse  ou 
des  mamelons  dont  l'aspect  a  beaucoup  d'analogie  avec  le  chou-fleur, 
ou  bien  encore  des  masses  hérissées  de  cristaux ,  très-irrégulières  et 
semblables  à  de  petits  pelotons  de  neige ,  qui  se  seraient  précipités  à 
demi-fondus  et  se  seraient  groupés  de  différentes  manières.  Elle  prend 
naissance  à  la  surface  des  corps  saillants  qui  se  trouvent  répandus 
dans  le  lit  des  rivières  ;  elle  apparaît  dabord  sous  la  forme  d'une  couche 
de  trois  millimètres  environ  d'épaisseur,  composée  de  filaments  fixés 
par  une  de  leurs  extrémités  aux  corps  solides.  Ces  filaments  croissent 
beaucoup  plus  en  longueur  qu'en  largeur;  comme  ils  offrent  peu  de 


DANS  LES  EAUX  COURANTES.  ..H,  13 

ténacité,  ils  cèdent  en  partie  plus  ou  moins  grande  suivant  la  rapidité 
des  eaux.  Pendant  qu'ils  continuent  à  s'allonger  de  nouveau  et  qu'ils 
se  laissent  ensuite  encore  rompre  par  le  courant,  leurs  parties  infé- 
rieures finissent  par  se  joindre  et  pardonner  lieu  à  une  couche  continue, 
composée  ou  d'aiguilles  se  croisant  en  tous  sens,  ou  de  très-petits 
cristaux  diversement  entremêlés.  Comme  le  même  phénomène  se  ré- 
pète successivement,  la  couche,  d'abord  très-mince,  acquiert  avec  le 
temps  et  toujours  de  la  même  manière  d'autant  plus  d'épaisseur,  que  la 
vitesse  du  fluide  est  moins  grande.  Pour  m'assurer  que  c'était  par  des 
accroissements  successifs  que  ces  couches  grossissaient ,  des  baguettes 
très-fines  furent  retenues  à  leurs  surfaces  et  se  trouvèrent  après  un  cer- 
tain temps  engagées  entièrement  dans  leur  masse;  il  en  fut  de  même 
d'un  filet ,  dont  on  avait  recouvert  les  couches  qui  se  trouvaient  sur 
beaucoup  de  cailloux. 

Quand  l'eau  commence  à  se  congeler  au  fond ,  la  couche  composée 
de  filaments  à  laquelle  elle  donne  d'abord  lieu ,  présente  différents  as- 
pects :  si  elle  est  d'un  gris  bleuâtre,  les  filaments  dans  leur  texture 
présentent  beaucoup  d'analogie  avec  les  flocons  de  neige;  quand  elle  se 
montre  comme  une  masse  d'un  gris  blanchâtre,  d'un  aspect  gélati- 
neux ,  dont  les  parties  ont  peu  d'adhérence ,  dans  ce  cas  les  filaments 
sont  composés  de  cristaux  demi-fondus ,  entrelacés  irrégulièrement  les 
uns  dans  les  autres  et  ressemblant  à  de  la  neige  demi-fondue.  Quelque- 
fois la  couche  a  un  aspect  cotonneux  et  blanchâtre ,  les  filaments  qui  la 
composent  sont  alors  très-déliés  et  se  trouvent  munis  à  leur  base  d'une 
foule  de  petites  aiguilles  qui  s'entre-croisent  dans  tous  les  sens. 

Très-souvent  autour  des  pointes  que  présentent  les  plantes  aquati- 
ques, et  autour  des  aspérités  qui  se  trouvent  à  la  surface  des  cailloux  et 
des  pilotis,  on  voit  des  sphères  de  glace  spongieuse  se  former  et  grandir, 
puis  se  détacher  pour  venir  flotter  à  la  surface  des  eaux.  v 

Les  portions  de  filaments  qui  se  détachent  par  parties ,  suivant  qu'ils 
se  trouvent  en  plus  ou  moins  grande  quantité,  viennent  former  à  la  sur- 
face des  houppes  neigeuses  tout  à  fait  blanches  ou  entièrement  grises, 
ou  bien  blanches  au  sommet  et  le  reste  gris;  ainsi  que  je  m'en  suis  as- 


H  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

sure,  elles  finissent  toutes  par  devenir  des  plus  blanches.  Quand  les  fila- 
ments n'apparaissent  pas  à  la  surface  sous  cette  forme ,  ils  flottent  en 
masses  fort  irrégulières,  neigeuses  et  blanches  par  parties.  Telle  est 
l'origine  de  cette  grande  quantité  de  glace  que  l'Ourte  '  a  entraînée  pen- 
dant les  trois  premiers  jours  de  la  seconde  et  de  la  troisième  époque,  et 
qu'elle  n'a  pas  cessé  de  produire,  quand  bien  même  elle  charriait  des 
glaçons.  Peut-être  des  personnes  attribueront  cette  espèce  de  glace  à 
de  la  neige  demi-fondue,  mais  quand  on  saura  que  pendant  toute  la 
durée  de  l'hiver  1840-41  il  n'est  pas  tombé  un  seul  jour  delà  neige, 
on  sera  forcé  d'admettre  l'origine  indiquée  plus  haut  ;  et  cette  origine 
est  d'autant  plus  certaine  que  cette  glace  se  forme  à  distance  des 
rives,  et  que  celles-ci  ne  présentaient  pas  la  moindre  trace  de  congé- 
lation. 

Nous  avons  indiqué  un  peu  plus  haut  comment  les  couches  de  glace 
qui  recouvrent  les  cailloux  gagnent  en  épaisseur;  nous  avons  mainte- 
nant à  faire  connaître  comment  les  bancs  et  les  grandes  couches  de 
glace  se  forment  sous  l'eau. 

Quel  que  soit  le  mode  de  cristallisation  qui  s'opère,  chaque  caillou 
commence  toujours  à  se  charger  par  la  face  opposée  au  courant;  de  là 
la  glace  sur  toute  la  surface  extérieure  en  diminuant  continuellement 
d'épaisseur;  quelle  que  soit  la  durée  des  gelées,  elle  se  dépose  toujours 
en  plus  grande  abondance  sur  toute  l'étendue  des  faces  placées  à  l'op- 
posite  du  courant,  par  suite  la  couche  paraît  plus  élevée  en  amont 
qu'en  aval.  Une  fois  ces  premières  formations  faites ,  si  les  cailloux  sont 
juxta-posés,  ainsi  qu'ils  se  trouvent  ordinairement  au  fond  des  eaux  cou- 
rantes, les  couches  finissent  par  se  souder  l'une  à  l'autre  et  par  former 
une  nappe  ayant  plus  ou  moins  d'extension.  Cette  nappe  à  son  tour  con- 
tinue à  se  charger  de  la  même  manière,  sans  cesser  d'être  raboteuse  ou 
mamelonnée,  passe,  à  mesure  qu'elle  s'épaissit,  du  gris  au  gris  blan- 
châtre, puis  au  blanc  ;  et  comme  elle  gagne  bien  plus  en  épaisseur  à  sa 
partie  en  amont  qu'à  son  inférieure ,  la  face  primitivement  parallèle  au 

*  L'Ourte,  la  Vesdre  et  les  autres  rivières  affluentes  ont  un  parcours  de  plus  de  80  lieues. 


DANS  LES  EAUX  COURANTES.  15 

courant  s'incline  de  pins  en  plus  sur  le  lit  :  c'est  par  une  telle  série  de 
changements  que  les  bancs  se  forment. 

L'apparition  des  nappes  n'a  lieu  qu'après  un  temps  plus  ou  moins 
long;  elle  semble  dépendre  do  la  vitesse  des  eaux.  Ainsi  au  Pont-des- 
Arches,  où  la  vitesse  de  la  Meuse  est  de  1 '",10,  les  nappes  apparurent  au 
bout  de  cinq  jours  dans  les  emplacements  que  les  premiers  bancs  avaient 
occupés  '.  Dans  les  ramifications  de  l'Ourte,  où  la  vitesse  variait  de 
l°\10  à  2'",60,  les  nappes  se  formèrent  au  septième  et  au  huitième  jour; 
enfin  là  où  le  liquide  s'écoulait  avec  une  vitesse  de  2™,90  à  3™,50,  elles 
ne  se  montrèrent  qu'après  neuf  à  onze  jours;  ces  dernières  formations 
n'eurent  lieu  que  pendant  la  troisième  période,  qui  a  duré  treixe  jours. 

Leurs  dimensions  en  longueur  et  largeur  n'ont  pas  toujours  atteint 
les  mêmes  limites;  quoique  plus  grandes  à  la  troisième  époque  qu'à  la 
seconde ,  elles  étaient  au  Pont-des-Arches  bien  inférieures  aux  dimen- 
sions des  premiers  bancs.  Ainsi ,  dans  le  sens  du  courant ,  les  secondes , 
c'est-à-dire  les  nappes  de  la  seconde  époque,  différaient  des  troisièmes 
de0'",40  (terme  moyen),  et  celles-ci  des  premières  de  1  mètre,  voilà 
quant  à  la  Meuse;  dans  l'Ourte,  les  différences  étaient  de  0'n,90  à  I ™40, 
là  où  la  vitesse  des  eaux  variait  de  2'",90  à  3'n,50 ,  et  de  0«,70  à  1  mètre 
pour  des  vitesses  comprises  entre  1  '",80  et  2'",50. 

Les  épaisseurs  ont  éprouvé  des  changements  remarquables.  Aux  en- 
virons du  Pont-des-Arches,  après  les  17  premiers  jours  de  la  première 
époque,  tous  les  bancs  sortaient  de  l'eau,  et  la  plus  forte  épaisseur  se 
trouvaient  alors  OWjSO;  le  dernier  jour  de  la  seconde  époque  elle  était 
de  0'n,2l ,  et  le  douzième  jour  de  la  troisième  époque  elle  mesurait 
0"',27  ;  par  jour  l'accroissement  était,  pour  la  première  époque,  de 
0"»,047;  pour  la  seconde,  de0'",026,  et  pour  la  troisième,  de  0,0225. 
Dans  l'Ourte,  pour  une  vitesse  de  l"',80,la  plus  forte  épaisseur,  à  la  fin 
de  la  seconde  et  de  la  troisième  époque,  avait  atteint  0'n,06  et  0'",08; 
pour  une  vitesse  de  3"',20,  elle  était  de  0"',03et  0'"041  ;  pour  une  vitesse 

*  A  la  dernière  époque  les  emplacements  n'étaient  pas  exactement  les  mêmes;  les  limites  ex- 
ti^mes  d'ombre  et  de  lumière  étaient  bien  éloignées  de  leurs  positions  primitives,  par  suite  les 
bancs  s'étaient  formés  entièrement  en  dessous  des  petites  voûtes  et  des  moyennes. 


M  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

de  3™,50,  elle  indiquait  0™,020  et  0™,028;  par  jour  l'accroissement  a 
été  de  0%0075  et  O'^jOOGe,  de  0«',00375  et  0«i,0034,  enfin  de  0™, 0025 
et  0,00215. 

La  troisième  époque,  queje  n'ai  pas  encore  fait  connaître,  comprend 
13  jours;  elle  a  commencé  le  1*=^  février  1841  et  fini  dans  la  nuit  du 
13  au  14;  sa  température  moyenne  a  été  de  —  4°  |  R.;  de  grand  matin 
elle  a  marqué,  le  5  et  le  10,  —  13»  |  et  —  9";  le  temps  fut  couvert  le 
2,  le  3  et  le  4  le  matin  seulement  par  intervalle,  le  6  pendant  la  nuit, 
le  7  le  jour  et  la  nuit,  et  le  8  par  intervalle.  La  plus  grande  hauteur  du 
baromètre  a  été  de  0"i,761 ,  la  moyenne  de  0'",757.  Nous  avons  cru 
nécessaire  de  donner  cet  aperçu  sur  la  dernière  époque,  afin  de  pouvoir 
conclure  : 

1  °  Que  la  glace  se  développe  sous  l'eau  d'autant  plus  que  le  froid 
extérieur  est  plus  intense  et  que  le  ciel  est  plus  serein  ; 

2°  Que  la  glace  sous  l'eau  gagne  en  épaisseur  d'autant  plus  que  les 
eaux  ont  moins  de  vitesse. 

Cette  dernière  conclusion  explique  cette  quantité  considérable  de 
glace  neigeuse  que  fournissent  les  rivières,  tant  qu'elles  ne  sont  pas 
congelées. 

On  est  divisé,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  sur  l'origine  de  cette 
immense  quantité  de  glaçons  que  charrient  les  fleuves  et  les  rivières 
même  avant  tout  débâcle  pendant  un  temps  de  gelée  assez  long  ;  des 
physiciens  prétendent  qu'ils  proviennent  du  fond,  d'autres  soutiennent 
que  c'est  à  la  surface  des  eaux  qu'ils  se  forment  :  ces  derniers  ne  sont 
pas  même  d'accord  entre  eux  :  les  uns  disent  que  les  glaçons  se  déta- 
chent des  bords,  les  autres  qu'ils  se  forment  loin  des  rives.  Comme  il 
leur  était  difficile  d'en  donner  une  preuve  directe,  ils  admettaient  que 
la  surface  libre  des  eaux  pouvait  être  indéfiniment  refroidie  au-dessous 
de  0,  qu'ainsi  elle  doit  enfin,  malgré  le  mouvement,  donner  naissance 
à  des  aiguilles  de  glace  qui  grossissent  ensuite  en  se  refroidissant  da- 
vantage par  le  contact  de  l'air  et  par  le  rayonnement.  Cette  explication 
repose  sur  un  fait  que  les  observations  faites  jusqu'à  ce  jour  contredi- 
sent. Cependant  quand  on  examine  les  caractères  extérieurs  des  glaçons 


a:  DANS  LES  EAUX  COURANTES.   ^,  17 

charriés  par  les  fleuves,  on  en  reconnaît  trois  espèces;  ceux  qui  se 
développent  au  fond  apparaissent  à  la  surface  avec  tous  les  caractères 
que  nous  avons  décrits  plus  haut;  les  glaçons  qui  se  forment  aux  bords 
sont,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  lisses,  transparents,  quelquefois 
opaques,  terminés  de  toute  sorte  de  manières;  ces  deux  espèces  de 
glaçons  sont  en  si  petit  nombre  qu'ils  passent  inaperçus  au  milieu  des 
troisièmes.  Ces  derniers  sont  diaphanes,  compactes,  d'une  texture  la- 
mellaire, d'un  aspect  verdàtre,  et  présentent  tous  une  surface  horizon- 
tale recouverte  de  houppes  blanches,  neigeuses  et  disposées  de  manière 
à  former  en  général  une  courbe  fermée  assez  éloignée  des  bords;  quand 
le  froid  est  continu,  plusieurs  de  ces  glaçons  se  soudent  l'un  à  l'autre 
et  donnent  lieu  à  une  glace  assez  étendue  pour  obstruer  bien  souvent 
les  arches  des  ponts  ;  ils  finissent,  comme  la  glace  des  bords  ou  de  la 
surface  des  eaux  tranquilles,  par  se  recouvrir  d'une  pellicule  d'aiguilles 
neigeuses,  qui  les  rend  de  plus  en  plus  blanchâtres  sans  que  la  masse 
perde  sa  transparence.  Tels  qu'ils  sont,  ils  ne  peuvent  pas  provenir  du 
fond  des  eaux  courantes  :  par  leurs  houppes  ils  tiennent  de  la  glace 
neigeuse  du  lit  des  rivières,  et  de  la  glace  des  bords  par  la  transpa- 
rence et  la  compacité.  Sont-ce  des  rives  qu'ils  se  détachent?  admet- 
tons pour  un  moment  ce  fait,  et  suivons  les  explications  que  bien  des 
personnes  donnent  sur  l'origine  des  houppes  neigeuses  et  leur  disposi- 
tion en  couronne.  Elles  admettent  que  tous  les  glaçons  se  heurtent  ou 
se  frottent  l'un  contre  l'autre ,  et  produisent  une  multitude  de  petites 
aiguilles  de  glace  qui  viennent,  par  suite  du  mouvement  qu'elles  pos- 
sèdent, se  déposer  en  masse  irrégulière  sur  la  surface  extérieure;  que 
ces  aiguilles  s'arrangent  en  houppes  et  se  disposent  en  couronne  par 
une  série  de  balancements  que  les  glaçons  éprouvent  en  changeant  de 
vitesse  et  de  direction ,  de  la  même  manière  que  de  la  poudre  très-fine 
s'arrange  sur  les  lignes  nodales  qui  naissent  à  la  surface  des  lames 
élastiques,  lors  de  leurs  vibrations.  A  cette  explication  nous  répondrons 
qu'il  est  difficile  d'admettre  qu'une  aussi  grande  quantité  de  glaçons 
puissent  tous  se  choquer  l'un  contre  l'autre;  au  contraire,  nous  avons 
remarqué  plus  d'une  fois  qu'ils  se  soudaient  l'un  à  l'autre  en  plus  ou 
ToM.  XYIII.  5 


U  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

moins  grand  nombre;  que  par  suite  du  choc  ou  du  frottement  ils  ne 
donneront  pas  toujours  naissance  à  des  aiguilles ,  qui  viendront  se  dé- 
poser à  leur  surface,  et  quand  bien  même  cela  aurait  lieu,  les  change- 
ments de  vitesse  et  de  direction  éprouvés  par  les  glaçons  varient  telle- 
ment d'un  lieu  à  un  autre,  qu'il  n'en  peut  naître  des  balancements  assez 
uniformes  pour  produire  constamment  les  mêmes  effets.  Au  reste ,  les 
rives  ne  peuvent  donner  lieu  à  une  grande  quantité  de  glaçons;  car  la 
glace  ne  se  forme  aux  bords  des  fleuves  et  des  rivières  que  là  où  l'eau 
est  stagnante;  dans  ces  endroits  elle  occupe  beaucoup  d'étendue,  le 
plus  souvent  elle  a  très-peu  d'épaisseur  ;  quand  elle  est  très-profonde, 
elle  se  trouve  enfermée  dans  des  espèces  d'anse.  S'il  y  a  continuité  de 
gelée,  la  glace  gagne  de  plus  en  pins  en  épaisseur  et  s'avance  vers  le 
milieu  des  eaux;  parvenue  à  une  certaine  distance,  elle  s'arrête  quand 
la  vitesse  du  fluide  se  trouve  trop  rapide,  et  à  l'exception  de  l'épaisseur, 
elle  conserve  ses  dimensions  acquises  jusqu'au  moment  du  dégel; 
quand  les  eaux  viennent  à  diminuer,  elle  ne  conserve  pas  moins  sa  po- 
sition primitive.  Ce  sont  ces  glaces  qui,  à  Liège  et  aux  environs,  servent 
aux  amusements  des  patineurs;  elles  ne  peuvent  donc  pas  suffire  à 
cette  immense  quantité  de  glaçons  qui  se  reproduisent  à  chaque  hiver 
rigoureux.  Où  naissent-ils?  où  se  développent-ils?  A  cette  question  je 
répondrai  :  que  les  houppes  et  les  masses  irrégulières  de  glace  nei- 
geuse, que  le  mouvement  des  eaux  détache  du  fond  des  rivières  ou 
des  fleuves ,  sont  les  premiers  éléments  de  tous  les  glaçons  ;  tout  en 
flottante  la  surface  des  eaux,  ces  houppes,  ces  masses  irrégulières 
grossissent,  blanchissent  et  s'entourent  à  leurs  parties,  qui  sont  en 
contact  avec  le  liquide,  d'une  couche  de  glace  compacte.  Cette  couche 
à  son  tour  s'épaissit  et  s'étend,  puis  finit  par  se  souder  avec  des  cou- 
ches semblables ,  et  par  donner  lieu  aux  glaçons  tels  que  nous  les 
voyons  ;  comme  la  glace  neigeuse  se  reproduit  continuellement  et 
d'autant  plus  abondamment  que  le  froid  est  plus  vif  et  le  ciel  plus  se- 
rein, on  conçoit  comment  les  glaçons  deviennent  de  plus  en  plus 
abondants.  Cette  origine  et  ce  développement  ont  été  observés  dans 
les  diverses  ramifications  de  l'Ourte  et  de  la  Vesdre. 


DANS  LES  EAUX  COURANTES.  19 

En  continuant  pendant  les  quinze  jours  de  gelées  que  nous  ayons 
éprouvées  jusqu'au  14  décembre  1844,  les  observations  sur  la  forma- 
tion de  la  glace  au  fond  des  eaux  courantes,  observations  que  j'avais 
commencées  pendant  l'hiver  de  1840-41,  je  me  proposais  de  m'assurer 
si  les  conditions  nécessaires  à  la  naissance  de  ce  phénomène ,  et  si  le 
mode  de  sa  formation  et  de  son  développement  restaient  exactement 
les  mêmes  que  j'avais  mentionnés  dans  la  première  note.  A  l'excep- 
tion du  mode  de  cristallisation  et  du  développement ,  je  n'ai  trouvé 
aucune  variation  dans  le  reste,  si  ce  n'est  que  j'ai  remarqué  de  la  glace 
spongieuse  à  une  profondeur  de  1™,10  sous  des  eaux  courantes  des 
plus  limpides.  Comme  plusieurs  physiciens  croyaient  que  cette  espèce 
de  glace  pouvait  se  former  quand  les  eaux  courantes  étaient  à  une 
température  de  +3oî  Réaumur  à  0°,  je  me  suis  décidé  à  observer  tous 
les  jours  depuis  la  fin  d'octobre  passé  ce  qu'elles  indiquaient  au  ther- 
momètre; j'ai  trouvé  qu'elles  ont  diminué  progressivement  de  chaleur 
comme  l'atmosphère,  et  qu'entre  -1-3°  ^  R.  et  0°  elles  n'ont  produit 
aucune  trace  de  congélation  dans  aucune  des  nombreuses  localités 
soumises  à  mes  observations. 

Le  29  novembre,  premier  jour  de  gelée,  la  température  extérieure 
indiquait  le  matin  et  l'après-dînée  — 2»  R.  et  les  eaux  courantes  -f-  S" 
i;  ce  froid  continua  à  se  faire  sentir  avec  la  même  intensité  jusqu'au 
3  décembre  ;  ce  jour,  à  l'air  libre,  le  thermomètre  indiquait  —  3"  ^  R., 
les  eaux  ont  atteint  0°  et  ont  conservé  cette  température  jusqu'au  qua- 
trième jour  de  dégel,  c'est-à-dire  jusqu'au  17  décembre.  Du  l^r  au 
3  de  ce  mois  l'air  était  couvert;  le  4  il  se  trouvait  sans  nuages  et  le 
soleil  fort  éclatant;  vers  3  heures  de  l'après-dînée,  sous  une  tempéra- 
ture moyenne  de —  3°  f ,  on  remarquait  au  fond  des  rivières  beaucoup  de 
traces  de  congélation ,  qu'on  avait  pas  rencontrées  le  matin.  Le  lende- 
main et  les  jours  suivants  l'Ourte  ne  cessa  de  charrier  de  la  glace  spon- 
gieuse. Quoique  le  premier  jour  de  son  apparition  à  la  surface  de  l'eau, 
elle  se  présentât  en  houppes  ou  en  masses  irrégulières  d'un  aspect 
gris  blanchâtre  et  neigeux ,  ou  bien  affectant  une  surface  plane  ayant 
la  couleur  verdâtre  de  l'eau,  cependant,  recueillie  et  observée  à  l'air 


20  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

libre ,  elle  était  blanche ,  composée  de  cristaux  de  toute  dimension,  mais 
dont  les  plus  gros  ne  dépassaient  pas  le  volume  d'un  demi-centimètre 
cube.  Ils  n'avaient  pas  tous  la  même  forme;  les  uns  étaient  prismati- 
ques de  0'",012  de  longueur  et  de  3  à  4  millimètres  de  largeur  et 
d'épaisseur;  les  autres,  et  c'était  le  plus  grand  nombre,  ne  présen- 
taient aucune  figure  bien  déterminée.  Ces  cristaux  formaient  sous  l'eau 
autour  des  corps  filamenteux  comme  le  chanvre ,  les  petites  branches 
d'arbres  et  autour  des  pierres  anguleuses ,  des  masses  informes  d'un 
gris  blanchâtre,  plus  ou  moins  translucides,  de  0™,4  à  0™,6  de  lon- 
gueur et  de  largeur,  d'une  épaisseur  variable  pouvant  atteindre  0™,1 
au  plus.  En  examinant  des  cristaux  recueillis  dans  ces  masses,  j'ai 
trouvé  des  prismes  triangulaires  réguliers,  des  prismes  droits  à  base 
rhomboïdale,  dont  le  plus  petit  angle  était  de  60°,  et  des  prismes  régu- 
liers hexagonaux;  tous  ces  corps  étaient  diaphanes  et  avaient  l'ap- 
parence du  quarz  hyalin.  Vers  la  soirée  (le  5  décembre)  la  rivière 
charriait  encore  de  cette  glace  ;  mais  les  houppes  et  les  masses  irrégu- 
lières présentaient  des  cristaux  soudés  les  uns  aux  autres,  plus  ou  moins 
transparents,  et  se  trouvaient  entourées  vers  le  milieu,  c'est-à-dire  vers 
les  parties  avoisinant  l'eau ,  d'un  cercle  de  glace  compacte  et  diaphane, 
de  7  millimètres  d'épaisseur  et  de  0™,10  à  0"',13  de  diamètre;  elles 
tendaient  à  se  réunir  en  courbe  fermée  et  à  donner  naissance  aux  gla- 
çons que  j'ai  décrits  dans  la  première  note;  cette  courbe  fermée  est  à 
peu  près  circulaire  quand  la  réunion  s'opère  à  la  surface  d'un  faible 
courant^  comme  je  m'en  suis  encore  assuré. 

Le  froid  continuait  à  devenir  plus  intense ,  le  6  le  temps  était  tou- 
jours au  beau ,  de  grand  matin  le  thermomètre  indiquait  —  8°  | ,  dans 
le  courant  du  jour  —  5"  |;  la  glace  qui  descendait  sur  l'eau  se  trouvait 
beaucoup  plus  neigeuse  et  d'une  texture  toute  différente.  Tous  les 
amas  de  cristaux  étaient  disparus  ;  on  trouvait ,  non  à  leur  place ,  mais 
sur  d'autres  corps,  toujours  au  fond  et  loin  des  bords,  des  couches  nom- 
breuses d'un  aspect  gris  noirâtre,  mais  d'un  beau  blanc  à  l'air  libre; 
au  lieu  d'être  composées  de  petits  cristaux ,  d'aiguilles  ou  de  filaments 
comme  en  1840-41 ,  elles  étaient  formées  de  lamelles  diaphanes,  par- 


.   BANS  LES  EAUX  COURANTES,   r.  21 

faitement  lisses,  fort  minces,  très-souvent  planes  et  quelquefois  con- 
tournées en  plan  gauche.  A  quelques  exceptions  près ,  ces  petites  lames 
présentaient  une  forme  hexagonale ,  dont  les  côtés  étaient  ou  rectili- 
gnes  ou  bien  garnis  d'arcs  de  cercle  ;  elles  n'étaient  pas  superposées 
les  unes  sur  les  autres,  mais  assemblées  sous  des  angles  différents,  ei) 
laissant  entre  elles  des  vides  plus  ou  moins  considérables  ;  c'est  ce  qui 
rendait  cette  glace  si  spongieuse  ;  quand  elles  étaient  soudées  bout  à 
bout,  elles  donnaient  lieu  à  une  petite  lame  assez  allongée,  à  bords  rec- 
tilignes  ou  festonnés  en  arcs  de  cercle.  Les  lamelles ,  qui  ne  présen- 
taient pas  la  figure  d'un  hexagone,  avaient  leurs  bords  contournés 
d'une  infinité  de  manières  différentes ,  et  ressemblaient  assez  bien  à  des 
feuilles  lobées.  Elles  n'avaient  pas  toutes  les  mêmes  dimensions;  les 
plus  grandes  ne  dépassaient  pas  cinq  à  six  millimètres  en  longueur  et 
en  largeur;  elles  étaient  parfois  si  petites,  qu'on  n'en  pouvait  recon- 
naître la  forme  qu'avec  le  secours  d'une  bonne  loupe ,  et  les  couches  qui 
en  étaient  formées  étaient,  à  l'air,  si  blanches  et  si  neigeuses  qu'elles 
avaient  toute  l'apparence  de  l'écume  de  savon.  Sous  ce  mode  de  cris- 
tallisation, la  glace  spongieuse  s'est  montrée  plus  étendue  et  en  beau- 
coup plus  d'endroits  qu'en  1840-41 ,  et  tout  en  produisant  des  houppes 
et  des  masses  irrégulières,  elle  a  acquis  en  peu  de  temps  beaucoup  d'é- 
paisseur ;  car  du  6  au  7 ,  à  l'opposite  du  courant ,  elle  mesurait  0'»,03 
à  0'",04,  et  du  7  au  9,  elle  indiquait  0'n,15  à  0'",20;  de  plus  elle  re- 
couvrait tout  le  lit  sur  une  longueur  d'un  mille  environ;  elle  paraissait 
blanche,  mamelonnée,  parsemée  irrégulièrement  de  sphéroïdes  nei- 
geux de  0"',09  à  0'",25  d'axe,  se  laissant  facilement  pénétrer  par  des 
perches;  sa  texture  neigeuse  et  lamellaire  ne  l'empêchait  pas  d'être 
assez  tenace.  Des  glaçons  anguleux  d'un  mètre  carré  au  plus  se  déta- 
chaient de  temps  à  autre ,  en  emportant  des  cailloux  et  des  pierres,  qui 
finissaient  par  se  détacher  et  par  tomber  sur  les  couches  au-dessus  des- 
quelles ils  étaient  entraînés.  Un  certain  mouvement  à  la  surface  des 
eaux  précédait  le  détachement;  il  avait  lieu  au-dessus  de  l'endroit  d'où 
les  glaçons  provenaient.  Ils  arrivaient  à  la  surface  de  deux  manières, 
quelquefois  horizontalement  comme  s'ils  s'élevaient  naturellement  du 


28  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE 

fond;  le  plus  souvent  les  parties  en  amont  se  dressaient  en  tournant 
autour  de  l'extrémité  inférieure,  sortaient  en  partie  du  liquide,  res- 
taient quelque  temps  dans  une  position  verticale;  quand  la  partie  in- 
férieure était  totalement  dégagée,  ou  le  courant  les  retournait,  alors 
ils  apparaissaient  à  la  surface  avec  des  cailloux  enclavés  dans  leur 
masse,  ou  bien  ils  reprenaient  une  position  semblable  à  la  première. 
Ces  glaçons  flottaient,  comme  on  le  dit  vulgairement,  entre  deux 
eaux,  c'est-à-dire  qu'ils  étaient  recouverts  d'une  couche  d'eau  qui 
leur  donnait  une  apparence  lisse  et  de  glace  blanche  à  demi-fondue , 
et  leurs  houppes  disposées  fort  irrégulièrement  se  montraient  seules  à 
la  surface  de  l'eau.  Ils  possèdent  des  caractères  physiques  si  distincts, 
qu'on  ne  saurait  les  confondre  avec  l'immense  quantité  de  glaçons  qui 
se  forment  à  la  surface  des  rivières  à  l'aide  des  houppes  et  des  amas 
irréguliers,  qui  se  détachent  continuellement  du  fond. 

Nous  avons  maintenant  à  indiquer  les  circonstances  atmosphériques 
sous  l'influence  desquelles  la  glace  spongieuse  avait  acquis  tant  de 
développement  et  une  si  forte  épaisseur.  Le  7  au  matin  le  ciel  était  cou- 
vert, la  température  de  —  4°,  à  midi  un  coup  de  soleil  se  fit  sentir  et 
dura  une  heure  environ,  une  forte  bise  commença  en  même  temps  à 
souffler  pour  ne  cesser  que  le  9  au  matin.  Pendant  le  jour  on  lisait  con- 
stamment sur  le  thermomètre  —  5°  R.,  le  soir  vers  7  h.  —  7°  i  et  à 
9  h.  —  8°!,  le  matin  à  6  h.  —  9°;  le  baromètre  a  constamment  indi- 
qué 0'n,756,  l'atmosphère  fut  fort  sombre  et  ne  s'est  éclaircie  que  le  9  au 
matin,  ce  jour  le  temps  était  au  beau  et  la  température  moyenne 
de  — 74. 

La  Meuse  charriait  depuis  le  7  des  glaçons  qui  provenaient  en  grande 
partie  des  divers  bras  de  l'Ourte  et  de  la  Vesdre;  la  ramification  dont 
le  fond  était  recouvert  de  glace  spongieuse  n'en  recevait  pas,  ce  qui  ren- 
dait les  observations  beaucoup  plus  certaines.  Ce  fut  pendant  la  journée 
du  9  seulement  que  des  glaçons  se  détachèrent  du  fond  ;  à  mesure  qu'ils 
se  produi.saient,  ils  laissaient  dans  la  couche  des  cavités  plus  ou  moins 
étendues.  Quand  les  dimensions  de  ces  vides  n'atteignaient  pas  dans  le 
sens  du  courant  deux  mètres  au  moins,  les  cailloux  qui  formaient  le 


DANS  LES  EAUX  COURANTES.  23 

fond,  ne  se  recouvraient  que  difficilement  de  glace,  car  du  lundi  9  au 
jeudi  suivant,  par  un  temps  des  plus  beaux  tant  de  la  nuit  que  du  jour,  et 
par  un  froid  indiquant  de  grand  matin  —  9"  R.  —  10",  —  1 1°  i,  —  9o, 
les  couches  qui  les  recouvraient  avaient  tout  au  plus0"',0355  d'épais- 
seur. Si  les  cavités  avaient  dans  le  sens  du  courant  une  dimension 
de  0'",45  à  0"i,75,  les  pierres  du  fond  ne  présentaient  même  à  la  fin  des 
gelées  aucune  trace  de  congélation;  au  contraire,  si  les  dimensions  en 
longueur  et  largeur  dépassaient  de  beaucoup  2  mètres,  les  couches  se 
trouvaient  reformées  au  bout  de  cinq  jours,  mais  ne  présentaient  qu'une 
épaisseur  de  0'",12  au  plus.  Ces  derniers  faits  confirment  l'influence  du 
mouvement  des  eaux  dans  la  formation  de  la  glace  spongieuse. 

Le  dégel  commença  le  13  vers  10  h.  45  minutes  du  matin,  la  tempé- 
rature passa  en  2  h.  de  —  4°  R.  à  0;  en  moins  d'un  quart  d'heure  et 
vers  11  i  h.,  toute  la  glace  qui  tapissait  le  fond  de  la  ramification  se  dé- 
tacha en  portions  plus  ou  moins  grandes  j  doit-on  attribuer  ce  phéno- 
mène à  l'influence  de  la  température?  J'ai  tout  lieu  de  le  croire,  puisque 
le  baromètre  avait  conservé  la  même  hauteur  que  la  veille  et  se  trouvait 
à  0»>,748. 

En  cherchant  à  mesurer  depuis  la  fin  d'octobre  le  degré  de  chaleur 
de  différents  fonds  de  rivière,  on  a  observé  en  écartant  des  cailloux  qu'il 
se  dégageait  beaucoup  de  bulles  de  gaz,  quelquefois  le  même  effet  se 
faisait  remarquer  quand  on  détachait  au  fond  des  eaux  de  la  glace  spon- 
gieuse. La  présence  d'un  gaz  ne  serait-elle  pas  une  des  conditions  essen- 
tielles à  la  naissance  de  cette  glace  ?  Je  n'ai  fait  aucune  recherche  à  ce 
sujet;  non-seulement  il  s'agirait  de  recueillir  de  ce  gaz  et  de  le  soumettre 
à  l'analyse,  mais  aussi  de  s'assurer  si  le  menu  cailloutage  en  dégage 
autant  que  le  gros  ;  puis  si  on  ne  retarderait  pas  en  le  faisant  dégager  le 
phénomène  de  la  congélation  ;  de  nouvelles  questions  peuvent  encore 
surgir.  Quelles  qu'elles  soient,  il  me  reste  à  faire  connaître  que  pendant 
les  15  jours  de  gelée,  les  fonds  des  rivières  ont  toujours  marqué  0^  même 
près  des  bords  et  sous  des  lames  d'eau  d'un  décimètre  au  plus;  aussi  la 
vase  argileuse  et  le  fin  gravier  que  l'on  rencontre  quelquefois,  ont  con- 
servé le  premier  son  état  mou  ordinaire,  et  le  second  sa  grande  facilité 


m  SUR  LA  FORMATION  DE  LA  GLACE,  ETC. 

à  être  déplacé  ;  en  y  plongeant  la  boule  de  plusieurs  thermomètres,  ils 
ont  toujours  indiqué  0°.  Près  des  bords,  à  l'air  libre,  la  terre  se  trouvait 
fortement  gelée. 


Nota.  M.  C.  Davreux,  membre  de  l'académie  royale  de  médecine ,  en  examinant  des  amas  de 
cristaux  que  je  lui  avais  fait  parvenir,  a  vu  plusieurs  de  ces  primes  dont  j'ai  parlé  plus  haut, 
pag.  20;  en  outre,  il  a  remarqué  des  commencements  de  formes  cristallines  plus  compliquées 
qui  en  dérivaient. 


nm 


FIN. 


MÉMOIRE 


SUR  im 


APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ, 

ET   SOR  LES   PROPRIÉTÉS 

DE  L'ACIDE  CARBONIQUE  LIQUIDE  ET  SOLIDE; 

PAB 
J.  MARESKA, 

PBOnSSElIII   DE   CHIMIE   H   L'lI!IITEIgITÉ  OE  CAHO , 
•t 

F.  DONNY,  piiipiBATBDa  ob  chixie  a  la  miuE  ouiversité. 


(rr<KiiU  t  l'iradtele  le  I"  «trier  1841.) 


Ton.  XVIII. 


INTRODUCTION. 


La  liquéfaction  de  Facide  carbonique  s'opère  en  décomposant  le 
carbonate  de  soude  par  l'acide  sulfurique  dans  un  vase  hermétique- 
ment fermé.  L'acide  devenu  libre,  condensé  par  sa  propre  pression  , 
se  liquéfie. 

Cette  opération  fut  faite,  pour  la  première  fois ,  en  1823 ,  par 
Faraday.  L'on  sait  qu'il  fit  usage  de  tubes  de  verre  scellés  à  la  lampe, 
et  qu'à  l'aide  de  son  procédé,  il  parvint  à  réduire  en  liquides  diverses 
autres  substances  que  jusqu'alors  on  n'avait  obtenues  qu'à  l'état 
gazeux  *. 

La  liquéfaction  de  l'acide  carbonique  fut  celle  qui  fixa  le  plus  l'at- 
tention des  savants,  probablement  parce  qu'elle  faisait  entrevoir  la 
possibilité  d'employer  cet  acide  comme  force  motrice.  En  effets 
M.  Brunel,  dans  le  but  de  réaliser  cet  espoir^  construisit  une  ma- 
chine, qui  a  été  décrite  dans  différents  traités  de  physique,  et  qui 
était  fondée  sur  le  développement  considérable  d'élasticité  qui  s'opère 
dans  l'acide  par  un  changement  assez  léger  de  température  ^ 

*  Annales  de  chimie  et  de  physique,  tom.  XXII,  pag.  325  et  suivantes,  ann.  1823. 

•  Traité  de  physique,  par  C.  Despretz,  5'  édition.  Bruxelles,  pag.  223. 


4  INTRODUCTION. 

Les  inconvénients  que  présentait  la  machine  de  M.  Brunel,  et  qui 
rendaient  son  application  difficile  et  dangereuse ,  ont  sans  doute  été 
cause  que  jamais  elle  n'a  été  établie  en  grand. 

En  1835 ,  M.  Thilorier  fit  connaître  un  appareil  nouveau ,  avec 
lequel  il  préparait  des  quantités  considérables  d'acide  carbonique 
liquide ,  et  qui  lui  permit  même  de  le  solidifier.  Nous  ignorons  quel 
fut  le  motif  qui  guida  l'auteur  dans  ses  recherches,  mais  ce  qui  est 
certain ,  c'est  que  ses  publications  firent  renaître  l'idée  de  réaliser  les 
machines  mues  par  l'acide  du  carbone  '. 

Il  est  peu  probable  que  l'on  parvienne  jamais  à  donner  à  ces  sortes 
d'appareils  une  forme  assez  simple  pour  rendre  leur  emploi  possible 
et  surtout  commode,  et  si  la  découverte  de  M.  Thilorier  n'a  pas  ré- 
pondu, sous  ce  point  de  vue,  à  l'attente  de  quelques  personnes,  elle 
n'en  est  pas  moins  remarquable  sous  beaucoup  d'autres  rapports ,  et 
notamment  sous  celui  des  applications  qu'elle  promet  à  la  chimie. 

En  1838,  M.  Mitchell  publia,  dans  le  Journal  ofthe  Franklin  insti- 
tute  ^ ,  la  description  d'un  instrument  au  moyen  duquel  il  obtint 
également  de  l'acide  carbonique  liquide  et  solide,  mais  qui  était  loin 
d'avoir  les  dimensions  de  celui  de  l'auteur  français.  Le  récipient  n'a- 
vait qu'un  demi-litre  de  capacité. 

On  se  rappelle  la  sensation  que  les  expériences  de  M.  Thilorier 
produisirent  dans  le  monde  savant,  et  cette  exclamation  :  en  deçà  des 
parois  des  tubes  de  Faraday ,  existe  un  monde  chimique  nouveau  ! 
(exclamation  par  laquelle  l'auteur  commence  son  premier  mémoire  ), 
prouve  combien  était  grande  l'espérance  que  lui-même  il  fondait  sur 
sa  découverte.  Par  malheur  l'instrument  était  construit  en  fonte,  et 
il  ne  résista  point  aux  épreuves. 

*  Traité  de  physique,  par  C.  Despretz,  pag.  224. 

*  Cahier  de  novembre,  pag.  239. 


INTRODUCTION.  5 

La  terrible  explosion  qui  cuusu  la  mort  de  Ilervy  et  qui  mutila  si 
horriblement  deux  autres  personnes,  avait  jeté  l'épouvante  parmi 
tous  les  chimistes,  et  personne  n'osait  plus  opérer  en  grand  la  liqué- 
faction et  la  solidification  de  l'acide  carbonique ,  lorsqu'en  1842  nous 
entreprîmes  de  rendre  à  la  science  la  découverte  de  M.  Thilorier,  en 
mettant  l'expérimentateur  à  l'abri  de  tout  danger. 

Vers  la  fin  de  la  même  année ,  l'appareil  que  nous  avions  fait  con- 
struire fut  achevé,  et  il  nous  permit  de  répéter,  avec  une  sécurité  en- 
tière, dans  nos  leçons  et  devant  un  auditoire  nombreux,  les  expériences 
qui ,  en  1835,  avaient  excité  l'étonnement  des  membres  de  l'institut 
de  France. 

Nous  annonçâmes  celte  réussite  à  l'académie  en  janvier  1843,  et 
nous  lui  fîmes  connaître,  en  même  temps,  qu'en  nous  servant  de 
l'acide  solide  comme  moyen  réfrigérant ,  nous  avions  solidifie  V oxyde 
azoteux  et  différents  autres  gaz  qui  ne  l'avaient  point  encore  été. 

Depuis  lors,  M.  le  professeur  Pleischl ,  de  Vienne,  a  écrit  dans  le 
journal  de  Erdmann  et  de  Marchand ,  que  son  élève  M.  J.  Natterer 
avait  préparé  l'acide  liquide  dans  la  culasse  d'un  fusil  à  vent,  et  qu'il 
était  également  parvenu  à  rendre  solide  l'oxyde  azoteux  '.  Mais  il 
y  a  loin  d'un  appareil  de  ce  genre  au  bel  instrument  de  M.  Thi- 
lorier. 

Le  problème  à  résoudre  ne  consistait  pas  seulement  à  proscrire  la 
fonte,  mais,  ce  qui  était  bien  plus  difficile,  à  conserver  à  l'appareil  de 
M.  Thilorier  ses  grandes  dimensions  et  sa  perfection  dans  les  détails, 
qui  en  font  le  mérite  et  lui  assurent  d'immenses  avantages.  C'est  la 
solution  de  ce  problème  que  nous  soumettons  aujourd'hui  au  juge- 
ment de  l'académie,  et  comme  dans  les  nombreux  essais  que  nous 

•  Journal  fur  praklische  Chemie  von  Erdmann  und  Marchand,  1844,  pag.  375. 


6  INTRODUCTION. 

avons  fait  subir  à  notre  appareil ,  nous  avons  eu  occasion  de  faire , 
sur  les  propriétés  de  l'acide  carbonique  tant  liquide  que  solide ,  plu- 
sieurs observations  qui  nous  paraissent  mériter  l'attention ,  nous  les 
avons  consignées  dans  ce  mémoire,  à  la  suite  de  la  description  de  l'ap- 
pareil modifié.  Notre  première  intention  avait  été  d'attendre ,  pour 
les  publier,  que  nous  eussions  terminé  les  recherches  que  nous 
avions  commencées  sur  la  condensation  des  gaz  permanents,  et  sur  la 
construction  d'un  thermomètre  à  air ,  capable  de  mesurer  les  plus 
basses  températures  ;  mais,  puisque  M.  Natterer  et  peut-être  d'autres 
chimistes  encore  s'occupent  des  mêmes  investigations ,  retarder  plus 
longtemps  la  publication  de  ce  que  nous  avions  fait,  eût  été  évidem- 
ment nous  exposer  à  perdre  en  partie  le  fruit  de  notre  travail  '. 

*  Nous  venons  de  recevoir  le  numéro  de  ce  mois  (janvier  1845)  des  Annales  de  chimie  et  de  plvy- 
sique.  Il  renferme  une  lettre  de  M.  Faraday  à  M.  Dumas,  qui  prouve  que  la  crainte  que  nous  avions 
de  nous  voir  devancer  n'était  pas  chimérique ,  et  que  nous  étions  dans  le  vrai  quand  nous  placions 
toute  l'importance  de  la  découverte  de  l'acide  carbonique  solide  dans  l'emploi  de  ce  corps  comme 
moyen  réfrigérant.  Le  célèbre  chimiste  anglais  a  solidifié,  mais  en  procédant  d'une  manière  dif- 
férente de  la  nôtre ,  plusieurs  gaz ,  parmi  lesquels  se  trouvent  ceux  que  nous  avions  déjà  obtenus 
dans  cet  état,  et,  comme  nous,  il  se  propose  de  liquéfier  les  gaz  permanents.  Quelque  flatteuse  et 
honorable  que  soit  pour  nous  cette  concordance,  elle  nous  fait  regretter  pourtant  de  ne  pas  avoir 
publié  plus  tôt  nos  recherches. 


auftnm  '^ii^m 


MÉMOIRE 


SUR 


UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ, 


IT   fC>   LES   VROFSIETES 


DE  L'ACIDE  CARBONIQUE  LIQUIDE  ET  SOLIDE. 


CHAPITRE  r. 


DESCRIPTION    DE    l'aPPAREIL. 


La  quantité  de  carbonate  sodique,  d'acide  sulfurique  et  d'eau , 
nécessaire  pour  préparer  quelques  litres  d'acide  carbonique  liquide, 
est  trop  considérable  pour  qu'on  ne  soit  point  obligé  d'accumuler  le 
produit  de  plusieurs  opérations.  Cette  préparation  exige  donc  un 
appareil  composé  essentiellement  de  deux  parties,  dont  l'une  est  des- 
tinée à  produire  Tacide  et  dont  l'autre  sert  à  le  recueillir.  Il  faut 
encore  que  ces  deux  parties  soient  construites  de  manière  à  ce  qu'on 
puisse  à  volonté  les  mettre  en  communication  ou  les  séparer  sans 
perdre  l'acide  formé. 


8  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ,  etc. 

La  première  partie  de  l'appareil  a  reçu  le  nom  de  générateur,  la 
seconde  s'appelle  récipient,  et  la  communication  s'établit  au  moyen 
d'un  tube  et  d'un  système  particulier  de  robinets. 

Les  robinets  inventés  par  M.  Thilorier  remplissant  parfaitement 
toutes  les  conditions  requises,  nous  n'y  avons  pas  apporté  le  moindre 
changement  ;  nos  modifications  portent  donc  exclusivement  sur  le 
générateur  et  le  récipient.  Nous  allons  décrire  ces  deux  vases  tels  que 
nous  les  avons  fait  confectionner. 

Générateur.  —  Le  générateur  modifié  est  une  chaudière  en  plomb 
recouverte  de  cuivre  rouge ,  et  renforcée  par  des  cercles  et  des  barres 
de  fer  forgé  {fig.  1).  La  chaudière  en  plomb  a  la  forme  d'une  bouteille 
cylindrique.  Sa  capacité  est  de  six  litres  et  demi.  Elle  a  environ  12 
centimètres  de  diamètre  intérieur  et  58  centimètres  de  hauteur  au-des- 
sous du  goulot.  L'épaisseur  est  de  2à  3  millimètres.  Toutes  les  soudu- 
res sont  en  plomb  et  sont  exécutées  à  l'aide  du  chalumeau  à  gaz  hydro- 
oxygéné. L'ouverture,  qui  a  45  millimètres,  est  entourée  d'une  pièce 
de  cuivre  jaune  {fig.  2),  servant  à  recevoir  la  vis  d'un  bouchon  en  fer. 

Le  cylindre  en  cuivre  qui  enveloppe  le  plomb,  lui  est  exactement 
appliqué  dans  toutes  ses  parties  {fig.  3). 

La  chaudière  et  son  manchon  de  cuivre  sont  enchâssés  dans  une 
série  continue  de  cercles  de  fer  forgé.  Les  deux  fonds  sont  renforcés 
par  deux  plaques  du  même  métal  reliées  entre  elles  par  des  barres  de 
fer,  de  manière  à  constituer  un  tout  semblable  pour  la  forme  et  la 
capacité  au  générateur  en  fonte  de  M.  Thilorier  {fig.  4). 

Le  générateur  ainsi  construit  est  suspendu  entre  les  deux  pointes 
d'un  support  {fig.  4). 

Récipient  {fig.  5).  —  La  construction  du  récipient  est  analogue  à 
celle  du  générateur  ;  de  sorte  qu'il  est  également  formé  d'un  vase  de 
plomb ,  mais  sans  goulot ,  renfermé  dans  un  cylindre  de  cuivre  entouré 
de  cercles  de  fer.  Les  fonds  sont  encore  retenus  par  des  plaques  de  fer 
liées  entre  elles  par  des  barres  du  même  métal. 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc.  9 

L'ouverture  du  récipient  est  pratiquée  dans  le  premier  des  cercles, 
de  manière  qu'elle  se  trouve  dans  la  paroi  latérale  et  non  sur  l'une 
des  bases  comme  cela  a  lieu  dans  le  générateur.  Autour  de  l'ouverture, 
l'enveloppe  de  cuivre  est  séparée  du  plomb  par  une  pièce  en  cuivre 
jaune  B,  qui  porte  un  pas  devis,  et  qui  est  destinée  à  recevoir  le  bou- 
chon. Elle  est  soudée  et  clouée  à  l'enveloppe  ou  manchon  de  cuivre 
et  proémine  dans  l'intérieur  de  récipient. 

M.  Thilorier  plaçait  son  récipient  sur  une  table  à  roulettes.  Nous 
avons  préféré  employer  un  support  à  deux  montants,  entre  lesquels 
l'instrument  se  balance.  Une  barre  de  fer  semi-circulaire,  qui  tra- 
verse un  troisième  montant  situé  entre  les  deux  autres,  et  qui  se  ter- 
mine de  chaque  côté  à  l'extrémité  du  récipient,  permet  de  régler  à 
volonté  l'inclinaison  de  celui-ci,  et  on  fixe  sa  position  au  moyen  d'une 
vis  placée  à  l'endroit  où  la  barre  traverse  le  troisième  montant. 

Robinets.  —  Entreprendre  d'emprisonner  dans  un  récipient  plu- 
sieurs litres  d'acide  carbonique  liquide  sans  qu'il  se  produise  la 
moindre  fuite ,  c'était  se  proposer  un  des  problèmes  les  plus  diffi- 
ciles. M.  Thilorier ,  en  parvenant  à  le  résoudre  de  la  manière  la  plus 
heureuse,  a  fait  preuve  d'une  très-grande  habileté. 

Pour  établir  ou  intercepter  la  communication,  il  se  sert  d'un 
système  de  soupapes  consistant  en  deux  tiges  placées  bout  à  bout 
l'une  de  l'autre.  L'une  d'elles  est  percée,  et  se  trouve  à  demeure 
sur  l'ouverture  du  générateur  ou  du  récipient;  l'autre,  c'est-à-dire 
la  supérieure ,  est  massive  et  mobile.  L'extrémité  de  la  première  est 
concave;  celle  de  la  seconde  est  convexe  (/îjr.  6).  Lorsque  le  con- 
tact entre  les  deux  tiges  est  établi ,  la  communication  entre  l'intérieur 
du  cylindre  et  l'extérieur  est  interrompue  ;  le  contraire  arrive  quand 
la  séparation  a  lieu.  On  obtient  ces  effets  au  moyen  d'une  vis  à  ma- 
nivelle ,  qui  permet  de  soulever  la  tige  supérieure  ou  de  l'abaisser 
et  de  la  serrer  dans  le  bassin  de  l'autre ,  avec  une  force  suffisante 
pour  vaincre  la  pression  de  l'acide  carbonique. 

Cette  soupape  est  renfermée  dans  un  corps  de  robinet  en  cuivre 
ToM.  XVIII.  2 


10  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ,  etc. 

servant  à  la  fois  à  la  maintenir  et  à  permettre  sans  fuite  la  trans- 
mission du  gaz  [fig.  7  ). 

Bouchons.  —  Les  robinets  communiquent  avec  l'intérieur  des 
cylindres  par  l'intermédiaire  de  bouchons  de  fer  percés.  Le  bouchon 
du  récipient  (  A  fig.  5  )  diffère  de  celui  du  générateur  (  A  fig.  4  ),  en 
ce  qu'il  se  termine  par  un  tube  de  cuivre  qui  plonge  jusqu'au  fond 
du  vase. 

L'on  réunit  le  générateur  au  récipient  par  un  tube  en  cuivre  courbé 
en  forme  d'oméga,  Q..  Toutes  les  jointures ,  tant  celles  des  robinets 
que  celles  des  bouchons ,  sont  effectuées  à  l'aide  de  plomb  fortement 
serré  dans  des  encastrures  convenablement  disposées. 

Mode  d^opérer.  —  Comme  nous  avons  conservé  de  l'appareil  de 
Thilorier  la  forme  et  la  capacité ,  il  est  naturel  que  la  marche  du 
service  soit  restée  la  même.  Ainsi ,  pour  opérer  une  charge ,  l'on 
introduit  dans  le  générateur  1800  grammes  de  bicarbonate  sodique, 
4,30  litres  d'eau  de  35  à  40  degrés ,  et  un  cylindre  en  cuivre  [fig.  8) 
contenant  990  grammes  d'acide  sulfurique  à  66°.  Le  robinet  étant 
fermé,  on  fait  écouler  l'acide  en  balançant  le  générateur  sur  ses 
points  d'appui ,  et  au  bout  d'une  dizaine  de  minutes  la  réaction 
est  terminée.  L'on  établit  alors  la  communication  avec  le  récipient 
pour  y  faire  passer,  par  distillation,  le  liquide  formé. 

Sept  charges  suffisent  pour  obtenir  une  quantité  d'acide  liquide  en 
rapport  avec  la  capacité  du  récipient.  En  dépassant  ce  nombre  on 
risquerait  de  produire  une  quantité  d'acide  telle  que ,  par  un  chan- 
gement accidentel  de  température ,  son  volume  pourrait  devenir 
plus  grand  que  la  capacité  du  vase ,  et  alors  il  exercerait  sur  les 
parois  de  celui-ci  une  pression  irrésistible  '. 

'  La  grande  compressibilité  de  l'acide  carbonique  liquide  permet  de  croire  que ,  même  dans 
ce  cas ,  il  n'y  aurait  de  danger  réel  que  lorsque  la  température  s'élèverait  très-haut.  Cependant  la 
prudence  exige  de  ne  pas  multiplier  les  charges  au  delà  du  chiffre  indiqué. 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc.  11 

Pression  dans  le  générateur  pendant  la  charge.  —  Il  est  de  la 
plus  haute  importance ,  pour  la  construction  de  l'appareil ,  de  con- 
naître les  pressions  exercées  pendant  le  travail.  M.  B.  Yalerius  avance 
que ,  pour  la  liquéfaction  de  l'acide  carbonique ,  le  vase  doit  pouvoir 
résister  à  une  pression  d'au  moins  60  atmosphères,  et  que  les  généra- 
teurs en  fonte  de  M.  Thilorier  remplissaient  cette  condition  \ 

Nous  ignorons  où  cette  assertion  a  été  puisée,  mais  comme  le 
chifire  indiqué  pour  la  pression  nous  a  paru  beaucoup  trop  faible, 
nous  avons  voulu  le  déterminer  par  expérience. 

Pour  y  parvenir  nous  avons  mis  le  générateur  chargé  en  commu- 
nication avec  le  manomètre  que  nous  décrirons  dans  le  chapitre  sui- 
vant. 

Dans  les  diverses  épreuves  que  nous  avons  faites,  la  pression  a  varié 
entre  les  limites  de  80  à  90  atmosphères.  Cette  pression  suppose  dans 
le  générateur  une  température  d'au  delà  de  40°,  et  l'on  conçoit  que  la 
chaleur  ne  peut  guère  être  moindre,  lorsqu'on  considère  que  l'on 
emploie,  pour  dissoudre  le  carbonate  sodique,  de  l'eau  de  35  à  40**,  et 
qu'à  cette  température  il  faut  ajouter  celle  qui  se  développe  pendant 
le  travail  par  les  réactions  chimiques. 

Quoique  la  pression  dans  le  récipient,  dont  la  température  ne  s'élève 
pas  au-dessus  de  celle  de  l'atmosphère,  soit  beaucoup  moindre  pen- 
dant le  travail  que  celle  qui  se  développe  dans  le  générateur,  nous 
avons  pourtant  donné  aux  deux  vases  la  même  résistance,  parce  qu'il 
est  souvent  utile  de  pouvoir,  sans  danger,  élever  la  température  de 
l'acide  dans  le  récipient. 

Calcul  de  la  résistance  du  générateur  et  du  récipient. 

Le  générateur  et  le  récipient  modifiés  sont  capables  de  supporter 
environ  1200  atmosphères,  abstraction  faite  de  la  résistance  du  plomb 
et  de  l'enveloppe  de  cuivre. 

•  Ttaiti  de  Chimie  par  Bcrzelius  ,  édition  de  Bruxelles,  1838,  vol.  I ,  pag.  214. 


12  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ,  etc. 

En  effet,  la  formule  qui  sert  à  calculer  la  résistance  d'un  tuyau 
métallique  est: 

ET 

P  y  exprime  la  force  normale  rapportée  au  millimètre  carré,  T  re- 
présente la  ténacité,  E  l'épaisseur  du  tuyau  ou  de  l'anneau ,  et  R  le 
rayon.  Or,  l'épaisseur  des  anneaux  de  l'appareil  est  de  10  millimètres, 
leur  rayon  égale  60™™^  et  la  ténacité  du  fer  est  de  65  kilogrammes  par 
millimètre  carré.  En  substituant  ces  valeurs  dans  la  formule,  on 
obtient: 

p  _  402063   _  65  _ 
60  6 

Comme  la  pression  d'une  atmosphère  sur  un  millimètre  carré  est 
de  0'',01  environ,  la  résistance  du  tuyau,  exprimée  en  atmosphères, 
sera  donc  égale  à  ^^^  ou  1083. 

Dans  ce  calcul,  nous  avons  pris  pour  expression  de  la  ténacité  du  fer 
le  nombre  donné  par  les  auteurs,  savoir  65  k.  ;  mais  la  ténacité  du  fer 
que  nous  avons  employé  est  plus  grande.  Nous  l'avons  déterminée  par 
expérience,,  et  nous  l'avons  trouvée  égale  à  68  kilogrammes;  de  sorte 
que  la  résistance  réelle  est  de  1133  atmosphères. 


Calcul  de  la  résistance  des  barreaux. 

La  circonférence  des  barreaux  étant  de  65™™,  la  surface  de  leur 
section  est  donc  égale  à  702™™.  En  multipliant  cette  surface  par  65, 
on  obtient,  pour  la  ténacité  absolue  de  chaque  barreau,  45630  kilo- 
grammes; ce  qui  revient  à  365040  kilogrammes  pour  la  ténacité  totale 
des  huit  barreaux.  En  divisant  ce  résultat  par  116,48  k.,  nombre  qui 
exprime  le  poids  d'une  atmosphère  sur  les  bases  du  cylindre  retenues 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ,  btc.  15 

par  les  barreaux,  Ton  obtient  3134  pour  la  résistance  de  ces  barreaux 
exprimée  en  atmosphères  '.  L'union  des  bases  avec  les  barreaux  est 
établie  à  l'aide  d'écrous  suffisamment  résistants. 

De  ces  calculs  nous  pouvons  déduire  comme  conséquences  : 

1°  Que  le  générateur  et  le  récipient  présentent  une  solidité  plus  que 
suffisante  pour  résister  aux  pressions  qui  peuvent  se  développer  dans 
ces  instruments,  puisque  la  pression  dans  le  générateur  ne  dépasse  pas 
90  atmosphères,  et  que  celle  du  récipient  n'atteindrait  pas  150  atmo- 
sphères lors  même  qu'on  le  plongerait  dans  de  l'eau  bouillante. 

2**  Qu'il  y  a  inégalité  de  force  entre  les  parois  des  cylindres  et  les 
barres  qui  réunissent  leurs  bases.  Cette  disposition  n'est  pas  acciden- 
telle, mais  elle  a  été  provoquée  à  dessein. 

Ne  voulant  pas  nous  borner  à  déterminer  la  résistance  par  le  calcul, 
nous  avons  soumis  les  deux  vases  à  une  pression  de  500  atmosphères 
environ,  au  moyen  d'une  petite  pompe  hydraulique  que  nous  avons 
fait  construire  à  cet  usage. 

Pour  la  sécurité  de  ceux  qui  voudraient  se  servir  de  l'appareil  modi- 
fié, nous  garantissons  qu'aucun  de  ces  instruments  ne  sortira  des  ate- 
liers de  M.  Bernaert ,  de  Gand ,  sans  avoir  été  convenablement  essayé. 

Deux  objections  ont  été  faites  jusqu'ici  à  notre  appareil.  On  a  pré- 
tendu d'abord  qu'un  des  anneaux  pouvait  se  briser  en  plusieurs  en- 
droits à  la  fois,  et  qu'ainsi  des  éclats  de  fer  pouvaient  être  projetés  avec 
une  force  considérable;  ensuite,  que  l'épreuve  faite  avec  la  presse 
hydraulique  est  insuffisante,  puisque  l'on  a  vu  parfois  un  fusil,  essayé 
avec  une  charge  très-forte ,  éclater  par  une  charge  ordinaire. 

La  force  à  laquelle  doivent  résister  les  anneaux  de  l'appareil  se 
réduit  à  une  force  de  traction  ;  or,  il  est  reconnu  que  le  fer  battu  ré- 
siste bien  à  ce  genre  d'effort.  Si  cependant  la  pression  devenait  irré- 
sistible, il  y  aurait  infailliblement  rupture,  mais  il  est  infiniment 
probable  qu'elle  aurait  lieu  sans  produire  de  malheur.  En  effet ,  si  les 


*  Le  rayon  de  la  base  égale  60"™,  ce  qui  donne  pour  la  surface  11509°"°  carrés,  sur  lesquels 
une  atmosphère  exerce,  à  raison  de0^,0103  par  millim.  carré,  une  pression  de  116,48  kilogr. 


14;  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc. 

anneaux  étaient  d'une  égale  force  entre  eux  et  partout ,  ils  se  rom- 
praient tous  à  la  fois  et  dans  toutes  leurs  parties;  mais  cette  égalité  de 
résistance  est  matériellement  impossible.  Jamais  un  fil  de  fer  soumis  à 
une  traction  ne  s'est  rompu  en  deux  endroits  à  la  fois ,  et  cependant 
un  fil  présente ,  pour  la  réalisation  du  phénomène,  des  conditions  bien 
plus  favorables  que  nos  anneaux.  Cette  égalité  de  résistance  n'existant 
pas ,  ce  serait  le  point  le  plus  faible  de  l'anneau  le  moins  solide  qui 
céderait,  et  alors,  dans  cette  partie ,  les  chaudières  intérieures  n'étant 
plus  retenues,  feraient  bosse  et  se  déchireraient  pour  donner  passage 
au  gaz. 

Dans  une  chaudière  ordinaire  ou  dans  une  arme  à  feu  il  y  a  explo- 
sion ,  parce  que  toutes  les  parties  sont  liées  entre  elles  pour  ne  former 
qu'un  tout  ;  dans  notre  appareil ,  au  contraire ,  les  anneaux  étant 
isolés ,  l'un  d'eux  venant  à  se  briser ,  il  n'entraînerait  pas  nécessaire- 
ment la  rupture  totale;  en  outre,  l'anneau  brisé  resterait  emprisonné 
entre  les  barres  longitudinales. 

Il  est  vrai  que  si  les  anneaux  étaient  plus  résistants  que  les  barres, 
les  deux  fonds  de  l'appareil  pourraient  s'écarter,  être  projetés  au 
loin  et  devenir  la  cause  d'accidents  graves.  Mais  cette  cause  de 
malheurs  a  encore  été  prévue,  et,  pour  la  prévenir,  on  a  donné  aux 
barreaux ,  comme  il  a  été  dit  déjà ,  une  force  bien  supérieure  à  celle 
des  anneaux. 

A  ces  considérations  théoriques ,  nous  pouvons  ajouter  la  garantie 
d'une  longue  expérience.  Depuis  plus  de  deux  ans  nous  avons  con- 
stamment au  laboratoire  un  récipient  chargé.  A  chaque  instant  il 
est  placé  tantôt  dans  un  mélange  réfrigérant ,  tantôt  dans  de  l'eau 
à  une  haute  température ,  et  jusqu'ici  nous  n'y  avons  observé  aucun 
dérangement.  On  objectera  sans  doute  que  M.  Thilorier  avait  égale- 
ment fait  usage  depuis  longtemps  de  son  appareil  quand  arriva  le 
malheur  que  l'on  connaît;  mais  l'on  ne  doit  pas  perdre  de  vue  que 
l'appareil  de  M.  Thilorier  était  en  fonte,  et  que  souvent  ce  métal , 
après  avoir  fait  preuve  d'une  grande  résistance  ,  se  brise  même  sans 
pression,  ce  qui  n'arrive  jamais  pour  le  fer  battu. 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc.  15 

Gomme  une  partie  des  expériences  dont  il  sera  question  dans  le 
chapitre  suivant  ont  été  faites  avec  de  lacide  carbonique  liquide 
renfermé  dans  des  tubes  barométriques  scellés  à  la  lampe ,  il  est  né- 
cessaire d'entrer  dans  quelques  détails  sur  la  manière  dont  nous  avons 
préparé  ces  tubes. 

Nous  adaptons  au  robinet  du  récipient,  au  moyen  d'une  balle  de 
plomb ,  un  tube  de  verre  fermé  à  son  extrémité  libre ,  et  qui  pré- 
sente un  coude  un  peu  au  delà  de  la  sortie  du  robinet.  Dans  l'étendue 
d'un  pouce  environ,  et  immédiatement  au-dessous  de  la  courbure, 
le  diamètre  intérieur  est  fortement  rétréci  {fig.  9).  Le  robinet  étant 
ouvert ,  l'acide  passe  dans  le  tube,  et  comme  il  s'y  trouve  fortement 
comprimé,  le  refroidissement  produit  par  du  coton  imbibé  d'éther 
suffit  pour  le  liquéfier.  Quand  le  tube  est  rempli  d'acide  liquide,  on 
ôte  le  coton ,  et  on  élève  tant  soit  peu  la  température  du  tube.  L'a- 
cide repasse  lentement  dans  le  récipient,  et  quand  il  n'en  reste  plus 
que  la  quantité  voulue,  on  fait  fondre  une  petite  boule  de  cire  fixée 
au-dessous  du  rétrécissement.  Celle-ci ,  entraînée  par  le  courant  de 
gaz ,  se  projette  dans  la  partie  effilée ,  et  obstrue  le  passage  en  s'y 
figeant. 

Le  liquide  étant  emprisonné  dans  le  tube ,  on  intercepte  la  com- 
munication avec  l'intérieur  du  récipient ,  on  laisse  échapper  le  gaz 
contenu  dans  l'intérieur  du  robinet,  on  coupe  le  tube  près  de  la 
balle  de  plomb ,  et  on  le  ferme  à  la  lampe  à  l'endroit  de  la  cour- 
bure. 

Nous  conservons  depuis  près  de  trois  ans  des  échantillons  d'acide 
liquide  dans  des  tubes  fermés  de  cette  manière ,  et  ceux  que  nous 
avons  fait  parvenir  à  l'académie  en  février  1843  avaient  été  obtenus 
par  ce  procédé. 


!.H|  vn.i' 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc. 


CHAPITRE  IL 


PROPRIÉTÉS    DE    l' ACIDE    CARBONIQUE    LIQUIDE. 


Propriétés  physiques. 

L'acide  carbonique  liquide  est  incolore,  d'une  fluidité  excessive, 
et  réfracte  faiblement  la  lumière.  Pour  se  maintenir  à  l'état  liquide 
il  exige  une  pression  de  36  atmosphères  à  0°.  Entre  —  65  et  —  70°  c. 
du  thermomètre  à  alcool ,  il  se  prend  en  petites  aiguilles  blanches. 
Sa  pesanteur  spécifique  d'après  M.  Thilorier  '  est  : 

0,90  à  —20° 
0,83  à  0» 
0,60  à  +30°. 

Selon  M.  Mitchell  %  elle  est  de  : 

0,93      à    0»    c.  ou  32°  Farenh. 

0,8825  à    6,4  «  43,5  » 

0,853    à  10°6  »   51  » 

0,7385  à  23,33  »   74  » 

D'après  le  premier  de  ces  auteurs ,  de  0  à  30°  il  se  dilate  dans  le 
rapport  de  0,60  à  0,83.  Le  volume  à  0  étant  exprimé  par  un,  le  volume 
à  +30°  devient  1,3833,  ce  qui  donne  pour  le  coefficient  de  dilatation 
0,0128,  c'est-à-dire  environ  le  quadruple  du  coefficient  de  dilatation 
des  gaz. 

M.  Mitchell  a  trouvé  que  la  dilatation,  entre  les  mêmes  limites,  est 

*  Annales  de  chimie  et  de  physique ,  tome  LX,  pages  427-432. 

*  Polytechnisches  Journal  von  Dingler.  Jahrgang  1839,  Bl.  232.  —  Berzelius,  Rapport  annuel 
sur  les  progrès  de  la  chimie,  édit.  de  Paris.  Ann.  1843,  pag.  44. 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc.  17 

de  0,25,  ce  qui  donne  pour  le  coefficient  de  dilatation  0,0107.  Ce 
nombre,  quoiqu'inférieur  à  celui  qui  a  été  trouvé  par  M.  Thilorier, 
est  encore  le  triple  du  coefficient  de  dilatation  des  gaz. 

La  valeur  du  coefficient  de  dilatation  de  l'acide  liquide  diminue  avec 
l'abaissement  de  la  température.  Car,  si  l'on  détermine  ce  coefficient 
d'après  les  variations  de  densité  que  le  liquide  éprouve  de  —  20°  à  0°, 
l'on  obtient  0,004,  et  ce  nombre  ne  diff'ère  plus  que  très-peu  de 
celui  des  gaz.  M.  Mitchell,  frappé  de  cet  accroissement  considérable 
dans  la  loi  de  dilatation  de  ce  liquide,  se  demande  si  l'eau ,  à  de  hautes 
températures,  ou  à  des  pressions  très-élevées,  n'acquerrait  point  éga- 
lement le  pouvoir  de  se  dilater  beaucoup  plus  qu'à  des  températures 
moins  élevées^  pour  une  même  quantité  de  chaleur,  et  s'il  n'y  aurait  pas 
là  une  cause  capable  de  produire  l'explosion  des  machines  à  vapeur? 

La  différence  notable  qui  existe  entre  les  résultats  de  M.  Thilorier 
et  ceux  de  Mitchell  nous  a  portés  à  déterminer  de  nouveau  la  densité 
de  l'acide  carbonique  liquide  à  diverses  températures.  Nous  ne  sachons 
pas  que  le  premier  de  ces  auteurs  ait  fait  connaître  le  procédé  qu'il  a 
suivi.  Le  second  a  pesé  un  tube  ou  plutôt  une  boule  de  verre  contenant 
un  volume  connu  d'acide,  et  il  a  obtenu  le  poids  de  celui-ci  en  re- 
tranchant du  poids  total  celui  du  tube  vide,  ainsi  que  celui  du  gaz 
qui  se  trouvait  au-dessus  de  la  surface  de  l'acide  liquéfié.  Ce  procédé, 
qui  n'est  au  reste  que  celui  qui  est  généralement  suivi  en  pareil  cas, 
nous  a  paru  présenter,  pour  l'acide  carbonique,  des  difficultés  d'exé- 
cution très-grandes,  et  qui  pourraient  fort  bien  être  la  cause  delà  dif- 
férence que  nous  venons  de  signaler,  si  toutefois  M.  Thilorier  a  eu 
recours  à  la  même  méthode. 

Nous  sommes  parvenus  à  des  résultats  plus  sûrs  et  d'une  manière 
facile  par  le  moyen  suivant. 

Nous  avons  préparé  divers  petits  tubes  de  verre,  fermés  aux  deux 
bouts,  et  disposés  de  manière  à  ce  que,  plongés  dans  un  liquide,  ils 
s'y  tinssent  dans  une  position  verticale  à  l'instar  des  aréomètres.  Ces 
tubes  de  même  volume  différaient  par  leur  poids.  Ils  étaient  en  équi- 
libre : 

Ton.  XVIII.  5 


m  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ  ,  etc. 

Le  premier,  dans  un  liquide  d'une  densité  de 0,9194 

Le  second,  dans  de  l'eau  distillée  dune  densité  de 0,979576 

Et  le  troisième ,  dans  de  l'éther  de 0,7220 

Chacun  d'entre  eux  a  été  introduit  ensuite  dans  un  tube  de  plus 
grandes  dimensions,  et  dans  lequel  nous  avons  fait  passer  de  l'acide 
carbonique  liquide  {fig.  10), 

En  faisant  varier  la  température  de  l'acide,  nous  avons  trouvé  que 
le  petit  aréomètre  était  en  équilibre  : 

A  -I-     i°  dans  le  premier  tube, 
A  —    8°  dans  le  second, 
Et  à  -f-  27°  dans  le  troisième. 

d'où  nous  concluons  que  la  densité  de  l'acide  est 

De  0,9799885  à  —  8°  c. 

De  0,9200    à  -»-  d°  c. 

Et  de  0,7229    à  -+-  27°  c. 

Dans  ces  expressions ,  nous  avons  eu  égard  à  l'effet  produit  par  la 
compression  que  les  petits  aréomètres  subissent  dans  l'acide  carbo- 
nique. La  correction  nécessitée  de  ce  chef  a  été  calculée  d'après  la 
formulée  (1 — 0,0000165w),  qui  indique  la  compression  du  verre, 
et  dans  laquelle  c  représente  la  capacité  ,  et  w  la  pression  en  atmo- 
sphères. 

Ainsi ,  de — 8°  à  +  1°  l'acide  carbonique  liquide  se  dilate  dans 
le  rapport  de  9200  à  9799.  De  sorte  que  le  volume  à  —  8°  étant  pris 
pour  unité,  le  volume  à  +  1°  devient  1,0651,  ce  qui  donne  pour 
le  cofficient  de  dilatation  0,00723,  nombre  qui  est  à  peu  près  le 
double  de  celui  de  l'air.  Si ,  au  contraire,  l'on  considère  la  dilata- 
tion qu'éprouve  l'acide  de  +  1°  à  -f-  27°,  par  un  calcul  analogue  à 
celui  que  nous  venons  de  faire  ,  et  en  prenant  pour  unité  la  densité 
à  -j-  1°,  l'on  obtient  pour  le  coefficient  de  dilatation  le  nombre 
0,0101  qui  équivaut  à  peu  près  au  triple  de  celui  du  gaz. 

En  comparant  ces  résultats  avec  ceux  de  M.  Mitchell ,  l'on  voit 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIE ,  etc. 


19 


que,  malgré  la  difficulté  d'exécution  dont  nous  avons  parlé  ,  cet  au- 
teur est  parvenu  à  des  nombres  assez  exacts,  et  les  conséquences  qu'il 
en  a  déduites  peuvent  être  considérées  comme  justes. 

Le  rapprochement  des  expériences  de  M.  Thilorier ,  de  M.  Mitchell 
et  des  nôtres  donne  le  tableau  suivant  : 


DKcaés 
ccDligrades. 

UECRÉS 

Faraobiiit. 

DSnslTÉ. 

TBILOSIER. 

HITOELL. 

■  AHESK*  et  UONITY. 

-  90 

» 

0,90 

- 

—     8 

m 

n 

■• 

0,979988 

'            0 

ss 

0,83 

0,05 

» 

,      1 

« 

- 

•' 

0,92 

-+-    6,  4 

43,5 

• 

0,8835 

n 

-♦-  10,  6 

SI 

1» 

-  0,853 

» 

-4-  25.35 

74 

' 

0,7385 

» 

-t-  •27 

' 

* 

" 

0,7320 

-♦-  30 

• 

0,00 

' 

En  élevant  d'un  seul  degré  la  température  de  l'eau  dans  laquelle  un 
aréomètre  ,  semblable  à  ceux  dont  nous  nous  sommes  servis,  était  en 
équilibre,  nous  avons  déterminé  la  descente  rapide  du  petit  instru- 
ment au  fond  du  liquide.  Or,  si  l'on  considère  qu'à  la  température 
à  laquelle  nous  avons  agi ,  un  degré  de  diffiérence  dans  la  chaleur 
ne  produit  qu'une  différence  de  0,0000794  dans  la  densité,  l'on  peut 
juger  de  l'extrême  sensibilité  de  notre  instrument,  et  se  convaincre 
qu'il  est  impossible  d'arriver  à  des  résultats  aussi  exacts  par  la  pesée. 

Effets  thermoscopiques.  —  Lorsque  nous  avons  fait  parvenir  dans 
le  temps  à  l'académie  des  tubes  renfermant  de  l'acide  carbonique  li- 
quide ,  nous  avons  cru  devoir  en  présenter  un  qui  pouvait  la  rendre 
témoin  du  phénomène  le  plus  curieux  que  présente  l'acide  carboni- 
que condensé.  Le  volume  de  l'acide  condensé  dans  ce  tube  augmentait 


m  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ,  etc. 

par  le  froid  et  diminuait  par  la  chaleur.  Ce  phénomène,  qui  paraît 
paradoxal  au  premier  aspect ,  s'explique  pourtant  d'une  manière 
fort  naturelle. 

Si  l'on  soumet  à  l'action  de  la  chaleur  un  tube  de  verre  renfer- 
mant une  tranche  de  liquide  et  une  tranche  de  gaz,  la  dilatation 
augmente  le  volume  du  liquide ,  et  la  vaporisation  tend  à  le  dimi- 
nuer. Or,  il  peut  arriver  que  les  deux  effets  se  compensent,  ou  bien 
que  l'un  des  deux  l'emporte  sur  l'autre.  Dans  le  premier  cas  ,  il  n'y 
aura  ni  augmentation  ni  diminution  sensible  de  volume  par  la  cha- 
leur. Dans  le  second,  il  y  aura  augmentation  quand  la  dilatation 
excédera  la  vaporisation ,  et  il  y  aura  évidemment  diminution  de 
volume  dans  l'hypothèse  inverse.  C'est  cette  dernière  circonstance 
que  nous  avons  réalisée  dans  le  tube  transmis  à  l'académie. 

L'équilibre  entre  la  dilatation  et  la  vaporisation  ,  ainsi  que  la 
prédominance  de  l'une  sur. l'autre,  dépendent  du  rapport  entre 
l'étendue  de  la  tranche  d'acide  liquéfié  et  la  capacité  totale  du 
tube.  M.  Thilorier  a  trouvé  qu'il  y  a  équilibre  quand  ce  rapport  est 
de  26  à  60  ;  les  deux  autres  effets  ont  lieu ,  l'un  au-dessus ,  l'autre 
au-dessous  de  cette  limite. 

Pour  nous  rendre  compte  de  l'influence  de  ces  rapports ,  consi- 
dérons ,  par  exemple,  le  cas  de  l'équilibre.  Soit  un  tube  BA.  (fig.  11), 
divisé  en  60  parties  égales.  Supposons  que  le  tube  soit  à  O'*,  et  que 
26  des  parties  soient  occupées  par  de  l'acide  liquide.  La  quantité 
d'acide  gazeux  qui  saturera  l'espace  AC  équivaudra  à  trois  divisions 
d  acide  liquide.  Pour  saturera  +  SO'»  ce  même  espace  AC,  qui  com- 
prend 34  divisions,  il  faudra  11,33  divisions  d'acide  liquide;  or, 
comme  il  y  en  avait  déjà  trois  à  zéro,  la  tranche  liquide  ne  devra  en 
fournir  en  réalité  que  8,33  ;  ainsi  par  l'effet  de  la  vaporisation ,  la 
tranche  de  liquide,  dans  le  passage  de  0°  à  -f-  30"  ,  se  réduit  à  17,67 
divisions.  Mais,  comme  l'acide ,  entre  les  limites  de  0°  à  +  30*^,  se 
dilate,  selon  M.  Thilorier,  dans  le  rapport  de  20  à  29,  il  en  résulte  que, 
parla  dilatation,  le  niveau  s'élèvera  de  la  division  17,67  jusqu'à  la  di- 
vision 25,64  ;  de  sorte  que  les  effets  de  la  vaporisation  et  de  la  dilata- 


SUK  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ  ,  etc.  21 

tion  se  compenseront  sensiblement ,  et  que  le  niveau  ne  variera  pas. 
M.  Thilorier  a  vu  dans  ces  phénomènes  un  moyen  de  vérifier  les 
nombres  auxquels  il  était  parvenu  par  ses  recherches  sur  la  vapori- 
sation et  la  dilatation.  £n  effet,  le  calcul  que  nous  venons  d'établir 
pour  déterminer  le  point  d'équilibre  repose  sur  deux  données,  sa- 
voir :  que,  dans  les  limites  de  0  à  -|-  30",  la  dilatation  s'opère  dans 
le  rapport  de  20  à  29  ,  et  que  la  quantité  d'acide  liquide  à  0*^  néces- 
saire pour  saturer  de  gaz  un  espace  vide,  est  représentée  par  une 
tranche  liquide  égale  au  douzième  de  l'espace  dans  lequel  s'opère  la 
vaporisation, quand  la  température  est  à  0°,  et  au  tiers  quand  elle  est 
à  -|-  30".  Or,  si  l'expérience  démontre  que  le  point  d'équilibre  est 
exactement  celui  qu'indique  le  calcul  établi  sur  ces  données,  il  est 
évident  qu'il  en  résulte  une  probabilité  en  faveur  de  l'exactitude  de 
ces  mêmes  données.  Il  serait  possible  toutefois  que ,  dans  des  opéra- 
tions aussi  délicates,  il  y  eût  eu  double  erreur,  dont  les  effets  se  se- 
raient détruits.  C'est  ce  que  fait  présumer  la  coïncidence  entre  les 
chiffres  obtenus  par  M.  Mitchell  et  les  nôtres. 

Pression.  —  Faraday  a  trouvé  que  l'acide  carbonique  liquéfié  fait 
équilibre  à  36  atmosphères  à  0°  c.  M.  Thilorier  a  confirmé  ce  résultat 
et  a,  en  outre,  déterminé  la  pression  à  —  20°  et  à  +  30°;  d'après  lui , 
la  première  équivaut  à  26  et  la  seconde  à  73  atmosphères.  Ces  données 
s'accordent  sensiblement  avec  celles  de  M.  Mitchell ,  qui  a  trouvé  : 

A  32«  Farenh.  ou  à    0"      centig.  36  atmosphères. 

'"  ■                          A  47'»        »  ■      »  8,33      »  45          » 

•'                            A  66"        »       »  i8,89      »  60          » 

A  86°         »        »  30            «  "a           » 

Dans  l'espoir  d'arriver  à  la  connaissance  de  la  loi  que  suit  la  pres- 
sion aux  diverses  températures,  nous  avons  fait  un  grand  nombre  d'es- 
sais d'où  nous  avons  conclu  que  la  pression  : 

A  —  20°  c.  est  de  23,63  atmosphères. 
A  —  15         »         25,50  » 


22  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ,  etc. 


A  —  iO     c. 

est  d 

e  27,1 

A  —    0 

» 

36 

A  -t-     6,3 

j) 

42 

A  +.  10 

)> 

46 

A  H-  15,5 

» 

52 

A  -t-  19 

j> 

57 

A  -t-  23,5 

t) 

65 

A  +  27 

» 

68 

A  -t-  30,73 

)) 

74 

A  -t-  54,50 

)) 

80 

M.  Thilorier  a  fait  remarquer  que  l'augmentation  de  la  pression 
est  d'une  atmosphère  par  degré  centigrade  de  température.  Cette  as- 
sertion ,  basée  sur  les  nombres  que  nous  avons  rapportés  plus  haut , 
résulte  également  de  nos  expériences.  En  effet ,  de  —  20°  à  +  30o,75 , 
c'est-à-dire  pour  une  différence  de  50",75  dans  la  température,  la 
différence  dans  les  pressions  est  de  50,35  atmosphères.  Cependant, 
nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  faire  observer  que  ce  résultat  n'est 
vrai  que  dans  certaines  limites,  parce  que  la  force  élastique  croît 
dans  un  rapport  plus  grand  que  la  température.  De  —  20°  à  0°  l'aug- 
mentation de  la  tension  est  de  0,61  par  degré;  de  0°  à  -1-  19  elle  est 
de  1,1  et  de  -f-  19  à  -f-  35 ,  elle  s'élève  à  une  atmosphère  et  demie  par 
degré. 

Nous  avons  tâché  de  représenter  par  une  construction  graphique 
la  marche  que  suit  la  pression.  La  courbe  se  rapproche  de  la  logarith- 
mique {fig.  IP'').  A.  l'époque  où  nous  avons  fait  nos  expériences, 
nous  ne  connaissions  que  le  mémoire  de  M.  Thilorier,  et  comme  la 
manière  dont  il  s'y  est  pris  pour  déterminer  la  pression  n'y  est  pas 
décrite,  nous  avons  dû  imaginer  nous-mêmes  un  moyen  pour  y  par- 
venir. Nous  avons  adapté  au  récipient  de  la  machine  ou  de  l'appareil 
de  Thilorier  modifié  un  manomètre  construit  de  manière  à  donner 
des  indications  très-visibles  depuis  20  jusqu'à  100,  et  même  jusqu'à 
160  atmosphères. 

Ce  manomètre  consiste  en  un  tube  de  verre  AT  {fig.  12)  d'environ 
0^,80  de  longueur  ^  et  fermé  à  l'une  de  ses  extrémités.  A  Tautre  extré- 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILOUIER  MODIFIÉ ,  rrc.  33 

mité  est  adapté  un  tube  TC,  qui  présente  un  renflement  tel  que  sa 
capacité  est  20  fois  plus  grande  que  celle  du  tube  AT. 

Le  manomètre  plonge  dans  un  réservoir  en  fer,  formé  d'un  cylindre 
creux  R,  d'un  bouchon  B  et  d'un  couvercle  H.  Le  cylindre  R  pré- 
sente vers  le  milieu  de  sa  hauteur  deux  ouvertures  M',  pour  l'introduc- 
tion des  tubes  de  communication.  Le  bouchon  et  le  chapeau  sont 
percés  dans  toute  leur  longueur  pour  livrer  passage  au  manomètre. 
La  partie  inférieure  de  celui-ci  plonge  dans  le  mercure  contenu  dans 
le  cylindre.  Pour  empocher  les  fuites,  le  bouchon  s'adapte  à  vis  sur 
le  cylindre,  et  son  rebord  comprime  une  rondelle  de  plomb  aa'  placée 
sur  le  rebord  correspondant  du  réservoir.  Le  chapeau  s'adapte  sur  le 
bouchon  d'une  manière  analogue,  seulement  la  rondelle  de  plomb  est 
remplacée  par  une  balle  P  du  même  métal  et  chaussée  sur  le  mano- 
mètre. 

Lorsque  plus  tard  nous  nous  sommes  procuré  le  mémoire  de  M.  Mit- 
chell ,  nous  avons  reconnu  que  cet  auteur  s'était  servi  d'un  manomètre 
qui  présente  quelque  ressemblance  avec  celui  que  nous  venons  de 
décrire. 

Il  se  compose  d'une  boîte  de  fer  AB  {fig.  13)  contenant  du  mer- 
cure. Cette  botte  est  mise  en  communication  avec  le  générateur  au 
moyen  d'un  tube  CD  qui  s'ouvre  au-dessus  du  niveau  du  métal  liquide. 
Un  autre  tube  EF,  adapté  à  la  paroi  supérieure  du  réservoir  AB,  porte 
un  tube  de  verre  GH  gradué  comme  les  manomètres.  Un  troisième 
tube  de  fer  IK  pénètre  par  cette  même  paroi  jusqu'au  fond  de  la  boîte  ; 
il  est  également  surmonté  d'un  tube  de  verre  gradué  TL. 

Le  gaz  arrivant  dans  la  boîte  par  le  tube  DC  fait  monter  un  index 
de  mercure  m  contenu  dans  le  tube  GH.  Cet  index  y  marque  distinc- 
tement les  pressions,  pourvu  qu'elles  ne  s'élèvent  point  au  delà  d'un 
petit  nombre  d'atmosphères. 

*  A  mesure  que  l'index  monte  dans  le  tube  HG,  le  mercure  s'élève 
dans  le  tube  IK;  admettons  que  lorsque  l'index  marque  cinq  atmo- 
sphères, le  niveau  du  mercure  se  trouve  au  point  initial  m'  de  l'autre 
manomètre.  Il  est  évident  qu'à  partir  de  ce  point  les  divisions  du 


ff  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ  ,  etc. 

second  manomètre  seront  des  multiples  par  le  nombre  cinq  des  divi- 
sions du  premier  '. 

Cet  instrument  présente  l'avantage  d'indiquer  les  petites  pressions 
comme  les  pressions  les  plus  fortes,  mais  on  peut  également  appliquer 
avec  facilité  notre  manomètre  à  la  détermination  de  tensions  faibles. 
Il  suffirait  à  cet  eifet  de  substituer  dans  la  boîte  de  fer,  au  tube  AC 
{fig.  12)  un  autre  tube  qui  ne  présenterait  point  de  renflement  à  sa 
partie  inférieure,  et  qui  serait  exactement  calibré  et  divisé. 

Nous  croyons  inutile  de  faire  observer  que  dans  l'appréciation  des 
tensions,  au  moyen  de  ces  instruments,  l'on  doit  nécessairement  avoir 
égard  au  poids  de  la  colonne  de  mercure  et  à  la  température  de  l'air 
dans  le  tube  manométrique.  Dans  les  essais  dont  nous  avons  consigné 
les  résultats  plus  haut ,  cette  température  a  été  réduite  à  zéro. 

Pour  obtenir  au  moyen  du  manomètre  la  pression  à  différents  de- 
grés de  chaleur,  il  a  fallu  évidemment  faire  varier  la  température  de 
l'acide.  Nous  avons  tant  de  confiance  dans  la  solidité  et  la  résistance 
de  notre  appareil,  que  pour  y  parvenir,  nous  n'avons  pas  hésité  un 
instant  de  plonger  le  récipient  dans  des  bains  à  toute  espèce  de  tem- 
pérature depuis  —  20°  à  -f  40",  et  même  jusqu'à  la  température  de 
l'eau  bouillante. 

Compressibilité.  —  Les  changements  extraordinaires  de  volume 
qu'éprouve  l'acide  carbonique  liquide  par  les  variations  de  tempéra- 
ture, portent  naturellement  à  croire  que  sa  compressibilité  doit  être 
plus  grande  que  celle  des  autres  liquides  connus.  Voici  ce  que  l'expé- 
rience nous  a  appris  à  cet  égard  : 

Un  tube  de  verre  de  321»»™  de  longueur  a  été  rempli  totalement 
d'acide  carbonique  à  32°,  et  a  été  plongé  successivement  dans  des 
bains  à  37,  42,  47  et  52°  cent.  Le  tube  a  parfaitement  résisté  aux  trois 

'  Nous  ne  connaissons  le  mémoire  de  M.  Mitchell  que  par  la  traduction  allemande  qui  a  été 
publiée  dans  le  Polytechnische  journal  von  Dingler;  dans  cette  traduction,  le  manomètre  est 
décrit  d'une  manière  tellement  sommaire,  que  nous  avons  dû,  pour  ainsi  dire,  en  deviner  la  con- 
struction. 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc.  25 

premières  épreuves,  et  il  ne  s'est  rompu  qu'après  un  séjour  d'une  mi- 
nute environ  dans  l'eau  à  52*>. 

Le  coefficient  de  dilatation  de  l'acide  étant  0,0101 ,  il  est  évident 
que,  sans  la  compression  exercée  par  les  parois  du  tube,  la  colonne 
de  liquide,  en  passant  de  32  à  47°  et  ensuite  de  47  à  52°,  aurait  ac- 
quis une  longueur  de  369""", 63,  pour  le  premier  accroissement  de 
température,  et  de  385"»"',84  pour  le  second,  c'est-à-dire  qu'elle  se 
serait  allongée  d'abord  de  0,1514  et  ensuite  de 0,2  de  son  volume  pri- 
mitif. La  résistance  du  tube  ayant  empêché  cette  dilatation,  le  liquide 
au  moment  de  l'explosion  subissait  donc  une  compression  qui  dé- 
passait le  sixième,  et  qui  était  moindre  que  le  cinquième  de  son 
volume. 

Le  calcul  nous  a  fait  trouver,  pour  la  résistance  du  tube,  500  at- 
mosphères; cependant,  comme  le  liquide  au  point  de  départ  était 
à  32°,  et  que  la  pression  qu'il  exerce  à  cette  température  s'élève  à 
76  atmosphères ,  la  réduction  n'a  été  produite  en  réalité  que  par 
424  atmosphères;  la  compressibilité  de  l'acide  carbonique  liquide, 
correspondant  à  une  atmosphère,  est  donc  intermédiaire  entre 
4-  0,000357  et  -f-  0,000471  de  son  volume  primitif  :  comparée  à  celle 
de  l'eau ,  elle  est  au  delà  de  dix  fois  plus  grande. 

Ce  résultat,  à  cause  de  l'élévation  du  chifTre  qui  l'exprime,  est 
sans  doute  très-extraordinaire,  et  constitue  pour  l'acide  carbonique 
une  propriété  remarquable  de  plus  à  ajouter  à  celles  qui  étaient 
déjà  connues. 

Pour  déterminer  la  compressibilitéavec  une  très-grande  exactitude, 
il  faudrait  savoir  ce  que  devient  le  coefficient  de  dilatation  pour  des 
températures  supérieures  à  27  ou  30°.  Comme  la  dilatation  croît 
avec  la  température,  et  que  la  chaleur  de  l'acide  comprimé  était  de 
32  à  52°  ,  le  coefficient  0,0101  que  nous  avons  employé  était  évidem- 
ment trop  petit.  L'on  peut  donc  admettre  pour  expression  de  la 
compressibilité  la  limite  supérieure  0,000471  avec  la  certitude  de 
rester  encore  en-dessous  de  la  réalité. 

Ton.  XVIII.  4 


m  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc. 

Propriétés  chimiques. 

Nous  n'avons  rien  à  ajouter  à  ce  que  M.  Thilorier  a  fait  connaître 
concernant  les  propriétés  chimiques  de  l'acide  carbonique  liquide.  Il 
est  sans  action  sur  l'eau  ' ,  il  est  solube  dans  l'alcool ,  l'éther ,  l'huile 
de  naphte,  l'huile  essentielle  de  térébenthine ,  et  le  sulfide  de  car- 
bonique. 

Sa  préparation  dans  des  chaudières  de  fer,  de  plomb  et  de  cuivre, 
prouve  qu'il  est  sans  action  notable  sur  ces  métaux  ;  il  ne  réagit  sur 
aucun  de  ceux  des  six  dernières  sections,  mais  il  est  décomposé  par 
le  potassium  et  le  sodium. 


CHAPITRE  III. 


PRÉPARA.TI0Pf    ET    PROPRIÉTÉS    DE    l'aCIDE    CARBONIQUE    SOLIDE. 


Préparation. — Lorsqu'on  reçoit  un  jet  d'acide  carbonique  liquide 
dans  une  bouteille  de  verre ,  ou  dans  un  autre  vase  convenablement 
disposé ,  l'acide  se  répand  instantanément  à  l'état  de  gaz,  et  le  froid 
produit  par  l'expansion  est  si  intense  qu'une  partie  de  l'acide  se  con- 
gèle en  une  poudre  blanche  pulvérulente  et  adhérente  au  verre. 

Pour  recueillir  cet  acide  solide,  M.  Thilorier  a  fait  construire 
une  boîte,  divisée  par  son  milieu  en  deux  parties  qui  s'adaptent  à 
frottement  doux.  Le  fond  de  chaque  compartiment  présente  un  cer- 
tain nombre  de  petites  ouvertures  pour  le  passage  du  gaz  qui  devient 

*  Quand  on  introduit  de  l'eau  et  de  l'acide  dans  un  même  tube ,  les  deux  liquides  restent  par- 
faitement séparés.  C'est  par  cette  expérience  qu'on  peut  le  mieux  se  convaincre  de  l'excessive  mo- 
bilité de  l'acide  condensé ,  et  de  la  faiblesse  avec  laquelle  il  réfracte  la  lumière.  Quand  le  tube  est 
en  repos  la  tranche  d'acide  qui  surnage  l'eau  se  voit  avec  peine  ;  quand  on  le  retourne  ,  l'acide  se 
meut  avec  une  grande  facilité ,  et  l'eau ,  par  l'effet  de  la  capillarité ,  reste  immobile. 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc.  27 

libre ,  et  l'un  d'eux  est  muni  à  l'extérieur  d'un  tuyau ,  au  moyen  du- 
quel on  chausse  la  boite  sur  un  chalumeau  adapté  au  robinet  du  ré- 
cipient. Quand  le  récipient  est  ouvert,  le  liquide  s'échappe  avec 
force,  il  se  produit  du  gaz  qui  se  dégage  par  les  ouvertures  de  la 
boîte ,  et  l'acide  solide,  concentré  par  un  réflecteur ,  s'accumule  sous 
la  forme  d'une  boule.  M.  Thilorier  dit  que  dans  cette  opération  un 
tiers  environ  de  l'acide  se  solidifie.  M.  Mitchell  n'a  obtenu  qu'un  hui- 
tième. Cette  différence  provient  probablement  de  la  température  de 
l'acide  liquide  qui  influe  considérablement  sur  la  quantité  du  produit. 
Cent  d'acide  liquide  à  O'^  nous  ont  donné  29  d'acide  solide ,  tandis 
que  cent  d'acide  à  15°  n'en  ont  produit  que  19. 

Pour  déterminer  la  quantité  d'acide  solide  que  fournit  l'acide 
liquide  à  une  température  donnée,  nous  avons  adapté  au  chalumeau 
du  récipient  une  boîte  en  cuivre  (fig.  14)  communiquant  d'une  part 
avec  le  récipient,  et  d'autre  part  avec  un  gazomètre.  Un  crible  métal- 
lique, placé  à  l'ouverture  de  dégagement,  empêchait  l'acide  solide 
d'être  entraîné  par  le  courant  gazeux ,  et  pour  faciliter  l'extraction  de 
l'acide  produit,  le  fond  de  la  boîte  a  été  rendu  mobile,  et  s'adapte  à 
vis  au  reste  de  l'appareil. 

Le  récipient  ayant  été  placé  dans  de  la  glace  fondante  pour  main- 
tenir l'acide  à  0<»,  l'on  a,  à  plusieurs  reprises,  recueilli  de  l'acide  solide, 
et  son  poids  a  été  comparé ,  chaque  fois ,  avec  celui  du  gaz  obtenu 
dans  le  gazomètre.  La  moyenne  de  ces  expériences  a  donné  pour 
résultat  44,5  grammes  d'acide  solide,  et  106,5  grammes  d'acide  ga- 
zeux. L'assertion  de  M.  Thilorier  se  trouve  donc  confirmée,  pour 
autant  toutefois  qu'elle  se  rapporte  à  de  l'acide  àO°,  ce  qui  n'est  pas 
clairement  exprimé  dans  les  instructions  de  l'auteur  '. 

Les  expériences  faites  avec  l'acide  à  +  15°,  nous  ont  donné,  en 
moyenne,  23  grammes  d'acide  solide  pour  116,6  grammes  d'acide 
gazeux;  ce  qui  revient,  comme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  à  19  pour 
cent. 

■  '  •  Instrnctions  manuscrites  sur  l'emploi  de  l'appareil  de  Thilorier. 


Wi  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc. 

Le  procédé  que  nous  avons  suivi  nous  ayant  permis  de  travailler 
sur  de  grandes  quantités  d'acide ,  les  conclusions  auxquelles  nous 
avons  été  amenés  semblent  devoir  offrir  toutes  les  garanties  désirables 
d'exactitude. 

Propriétés.  — L'acide  carbonique  solide  est  blanc,  neigeux,  on  peut 
le  pétrir  pourvu  que  les  mains  ne  soient  point  humides ,  et  que  le  con- 
tact ne  se  prolonge  point;  dans  ce  cas_,  il  produit  une  sensation  de  brû- 
lure. Il  se  laisse  facilement  tasser,  et  prend  l'empreinte  de  la  peau  et 
des  corps  sur  lequel  on  le  comprime.  Placé  en  très-petits  morceaux 
sur  une  surface  même  horizontale,  il  glisse  et  se  meut  continuelle- 
ment, parce  qu'il  est  soulevé  par  une  atmosphère  d'acide  qui  l'envi- 
ronne jusqu'à  son  entière  disparition.  Exposé  à  l'air,  il  condense 
autour  de  lui  la  vapeur  de  l'atmosphère ,  et  paraît  répandre  de  la 
fumée.  Il  s'évapore  complètement,  et  l'humidité  qu'il  laisse  pour 
résidu  n'est  autre  chose  que  la  vapeur  d'eau  de  l'atmosphère  qu'il 
a  condensée.  Dix  sept  grammes  fortement  tassés  se  sont  évaporés  en 
une  heure  20  minutes.  La  température  était  à  22"  centigrades  et  la 
pression  à  76,2.  L'évaporation  moyenne  est  donc  de  21  centigrammes 
par  minute.  40  grammes  d'acide,  dans  les  mêmes  circonstances,  ont 
perdu,  pendant  la  première  minute,  70  centigrammes.  M.  Mitchell  a 
obtenu  des  résultats  difTérents  :  selon  lui,  17  grammes  30  (346  grains), 
à  la  température  de  24  à  25°,  perdraient,  en  une  minute,  de  15  à  20 
centigrammes,  et  toute  la  masse  ne  disparaîtrait  qu'après  3  |  heures, 
de  sorte  que  l'évaporation  moyenne  ne  serait  que  de  8  centigrammes 
par  minute. 

Cette  différence  nous  a  engagés  à  répéter  nos  expériences  dans  des 
circonstances  nouvelles.  Dans  nos  premiers  essais  l'acide  abandonné 
à  l'évaporation  avait  été  placé  sur  du  papier,  et  s'était  trouvé  par  con- 
séquent presque  de  tout  côté  en  contact  avec  l'air.  Croyant  qu'il  était 
possible  que  l'évaporation  fut  plus  lente  dans  un  vase  qu'à  l'air  libre, 
et  que  peut-être  la  différence  entre  les  résultats  dût  être  attribuée  à 
cette  cause,  nous  avons  introduit  12  grammes  d'acide  fortement  tassé 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  jetc.  29 

dans  une éprouvelle cylindrique.  Lediumètre  intérieurduverreétailde 
23»*"";  l'acide  y  occupait  une  hauteur  de  GO'""";  la  température  de  l'air 
était  de  13  degrés  centigrades,  et  la  pression  barométrique  de  746™". 
Les  douze  grammes  d'acide  se  sont  évaporés  en  59  minutes.  De  sorte  que 
l'introduction  de  l'acide  dans  un  verre  n'a  pas  sensiblement  changé  la 
marche  de  l'évaporation,  et  que  la  moyenne  de  celle-ci  doit  être  éva- 
luée, comme  nous  l'avons  fait,  à  20  ou  21  centigrammes  par  minute. 

L'acide  carbonique  solide  produit  des  effets  frigorifiques  considé- 
rables, et  dont  on  n'avait  aucune  idée  avant  sa  découverte.  C'est  sans 
contredit  la  propriété  la  plus  remarquable  de  ce  corps,  et  celle  qui 
sera  la  plus  fertile  en  applications. 

Lorsqu'on  plonge  un  thermomètre  à  alcool  dans  un  bain  d'acide 
carbonique  solide,  le  liquide  descend  à  80  ou  82  degrés  au-des- 
sous de  zéro.  Si  en  ce  moment  on  soumet  l'acide  à  un  grand  courant 
d'air,  l'alcool  baisse  encore  de  plusieurs  degrés.  Nous  avons  produit  de 
cette  manière  jusqu'à  90  degrés  de  froid.  Le  froid  est  plus  grand  en- 
core quand  on  enveloppe  le  thermomètre  d'une  pâte  faite  avec  de 
l'acide  et  de  l'éther,  et  qu'on  l'agite  dans  l'air.  Dans  le  vide,  et  en  ab- 
sorbant l'acide  à  mesure  qu'il  se  dégage,  le  froid  devient  excessive- 
ment intense,  et  tel  qu'il  devient  impossible  de  le  mesurer  à  l'aide 
des  instruments  en  usage. 

En  soumettant  ainsi  à  l'action  réfrigérante  de  l'acide  carbonique, 
soit  dans  l'air,  soit  dans  le  vide,  des  gas  liquéfiés  dans  des  tubes  de 
Faraday,  nous  sommes  parvenus,  comme  nous  l'avons  annoncé  à  l'a- 
cadémie en  janvier  1843  ' ,  à  en  solidifier  quelques-uns,  tandis  que 
d'autres  sont  restés  liquides  à  la  température  la  plus  basse. 

Dans  la  première  catégorie  se  placent  : 

1°  Le  cyanogène ,  déjà  obtenu  à  l'état  solide  par  Bussy,  et  qui  se 
congèle  en  une  substance  blanche  cristalline,  entre  —  30  et  —  36". 
Au  moment  où  la  solidification  s'opère,  on  voit  s'échapper  quelques 
bulles  de  gaz; 

*  Voy.  BttUelins  de  l'académie  de»  sciences  de  Bruxelles,  année  1843,  pag.  75.         ^ 


30  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc. 

2°  Uacide  sulfureux,  qui  devient  solide  entre  —  80  et  —  85". 
C'est  encore  une  substance  incolore.  M.  Mitchell  dit  l'avoir  solidifié 
à —  110°  Farenheit; 

3"  \J ammoniaque.  Quand  elle  est  parfaitement  anhydre ,  elle  ne  se 
gèle  pas  dans  le  bain  d'acide  et  d'éther  placé  dans  l'air,  il  faut 
opérer  dans  le  vide.  Quand  notre  thermomètre  marquait  —  115°  c. 
tout  le  liquide  contenu  dans  le  tube  était  devenu  solide,  il  a  com- 
mencé à  se  liquéfier  de  nouveau  à  —  88°. 

L'ammoniaque  solide  est  une  belle  substance  blanche,  cristalline, 
et  transparente  ; 

4°  L'oxyde  azoteux.  Cet  oxyde,  comme  l'ammoniaque,  exige  pour 
se  geler  une  température  plus  basse  que  celle  que  Ton  peut  produire 
par  le  bain  froid  à  l'air. 

C'est  encore  une  substance  cristalline  et  incolore; 

5°  L'acide  carbonique ,  qui  se  prend  en  petits  cristaux  aiguillés  ou 
prismatiques  vers  —  70°; 

6°  L'acide  nitrosoniirique  ; 

7°  Le  sulfide  hydrique. 

Les  gaz  liquéfiés  qui  n'ont  pas  pris  l'état  solide,  et  qui  ont  résisté  à 
l'action  de  l'acide  carbonique ,  même  dans  le  vide,  sont  : 

1  °  Le  chlore  ; 

2°  Le  chloride  hydrique. 

Ces  essais  sur  la  solidification  des  gaz  n'ont  porté ,  comme  on  le  voit, 
que  sur  ceux  de  ces  corps  qui  avaient  déjà  été  liquéfiés  par  le  système 
Faraday.  Pour  liquéfier  ou  même  pour  solidifier  les  gaz  permanents, 
nous  avons  fait  construire  un  appareil  qui  permettra  de  les  soumettre 
à  une  pression  de  plusieurs  centaines  d'atmosphères,  en  même  temps 
qu'ils  seront  exposés  à  l'action  de  l'acide  carbonique  dans  le  vide. 

Différentes  substances,  qui  à  la  température  ordinaire  de  l'atmo- 
sphère sont  liquides,  ont  également  été  placées  dans  le  bain  froid; 
quelques-unes  ont  donné  lieu  à  des  remarques  que  nous  croyons 
dignes  de  fixer  l'attention. 

L'alcool  de  0,8084  de  densité ,  ou  à  97°  de  l'alcoomètre  centigrade , 


SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc.  31 

ne  s'est  pas  solidifié  complètement;  mais  à  — 80°  il  est  devenu  assez 
\isqueux  pour  ne  plus  couler.  Selon  Mitchell  l'alcool  de  0,798  acquiert 
la  consistance  de  cire  à  —  146°  Farenheit. 

Vélaîne  n'est  pas  devenue  entièrement  dure. 

Uéther,  l'huile  de  naphte  perdent  de  leur  fluidité  sans  changer 
d'état. 

Le  sulfide  carbonique  ne  passe  pas  non  plus  à  l'état  solide,  quel 
que  soit  le  froid  auquel  on  l'expose. 

Uacide  nitrique  de  1,5  de  densité  se  congèle  en  une  masse  cristal- 
line blanche  vers  —  50". 

Le  chloride  hydrique  très-concentré  prend  la  consistance  de  beurre 
sans  affecter  aucune  forme  cristalline  visible.  A  cette  basse  tempéra- 
ture il  cesse  de  rougir  le  papier  de  tournesol,  et  ne  produit  plus  aucune 
réaction  chimique. 

L'acide  sulfurique  monohydraté  pur,  comme  l'on  sait,  cristallise 
à  —  34°.  Mais  il  n'en  est  plus  de  même  lorsqu'on  y  ajoute  de  l'eau, 
de  manière  à  réduire  sa  densité  à  1,829  à  14°  c.  L'acide  ainsi  dilué 
ne  se  solidifie  plus  entièrement,  même  par  le  plus  grand  froid.  Il 
reste  pâteux,  on  peut  y  faire  pénétrer,  sans  effort,  un  fil  métallique, 
et  il  mouille  encore  les  corps. 

L'acide  sulfurique,  dans  cet  état,  ne  rougit  plus  le  tournesol;  il 
ne  réagit  plus  sur  les  alcalis,  sur  les  carbonates,  sur  l'iodure  potas- 
sique, ni  même  sur  le  chlorate  potassique. 

Le  chlore  et  l'ammoniaque  anhydre  n'ont  point  perdu,  à  —  80°, 
la  faculté  de  réagir  chimiquement  l'un  sur  l'autre.  Il  ne  faudrait 
point  en  conclure  que  ce  que  nous  avons  observé  pour  l'acide  sulfu- 
rique et  le  chloride  hydrique  ne  fut  point  l'effet  d'une  loi  générale; 
il  en  résulterait  seulement  que  les  effets  se  manifesteraient  pour  les 
difllérentes  substances  à  des  degrés  de  froid  différents  ' . 

*  Depuis  que  ce  mémoire  a  été  remis  à  l'académie,  MM.  Schroeter,  de  Vienne,  et  Dumas,  ont 
également  fait  réagir  certains  corps  les  uns  sur  les  autres  à  la  température  du  bain  d'acide  carbo- 
nique solide,  et  ils  sont  arrivés  à  des  résultats  analogues.  Us  ont  démontré  qu'à  —  80"  le  chlore  ne 
se  combine  plus  à  l'antimoine,  et  nous-mêmes,  dans  une  lettre  publiée  dans  le  Bulletin,  t.  XII, 


52  SUR  UN  APPAREIL  DE  THILORIER  MODIFIÉ ,  etc. 

Ce  que  nous  avons  dit  plus  haut  de  l'action  du  froid  sur  l'alcool, 
prouve  combien  peu  l'on  doit  se  fier  aux  indications  du  thermomètre 
à  alcool,  quand  il  s'agit  de  mesurer  l'abaissement  de  température 
produit  par  le  bain  d'acide  carbonique.  Puisqiae  dans  ce  bain  l'alcool 
le  plus  pur  perd  de  sa  liquidité,  il  est  bien  probable  que  son  coeffi- 
cient de  dilatation  se  rapproche  alors  de  ceux  des  solides,  et  que  ses 
contractions  ne  sont  plus  en  rapport  avec  ce  qu'elles  sont  à  une  tem- 
pérature plus  élevée.  Notre  thermomètre  à  alcool,  qui  porte  150  divi- 
sions au-dessous  de  zéro,  marquait —  115°  dans  le  vide,  et  pourtant 
nous  avons  la  conviction  que  le  froid  y  était  beaucoup  plus  intense. 

Comme,  à  nos  yeux,  presque  toute  l'importance  de  la  découverte 
de  la  solidification  de  l'acide  carbonique  gît  dans  l'emploi  bien  dirigé 
des  effets  frigorifiques  de  ce  corps ,  nous  croyons  que  le  but  le  plus 
immédiat  à  atteindre  est  de  trouver  un  moyen  convenable  de  mesurer 
exactement  les  basses  températures.  La  première  idée  qui  se  présen- 
tera sans  doute  à  quiconque  s'occupera  de  cet  objet,  sera  de  substituer 
à  l'alcool  l'un  ou  l'autre  des  liquides  dont  l'état  n'est  pas  changé  par 
le  plus  grand  froid  ;  c'est  ce  qui  nous  est  arrivé ,  et  nous  avons  cons- 
truit un  thermomètre  ou  plutôt  un  frigomètre  à  sulfide  carbonique, 
qui  marquait  de  +  25  à  —  100°  c. ,  et  dont  les  indications  corres- 
pondaient sensiblement  avec  celles  du  thermomètre  à  alcool,  jusque 
vers  —  90°. 

Cependant,  toute  réflexion  faite,  il  est  peu  probable  qu'on  arrive 
à  des  résultats  rigoureux  au  moyen  des  liquides.  Nous  croyons  que 
les  gaz  seuls  peuvent  convenir  pour  ce  genre  de  recherches.  Si  l'on 
n'est  pas  entièrement  certain  de  la  régularité  de  leur  contraction  à 
des  températures  très-basses,  elle  est  du  moins  très-probable,  tandis 
que  l'on  peut  avoir  une  certitude  presque  entière  que  les  lois  de 


pag.  225,  et  que  M.  Dumas  a  bien  voulu  communiquer  à  l'académie  des  sciences  de  Paris  (séance 
du  15  mars  1843),  nous  avons  fait  voir  qu'à  cette  même  température,  le  chlore  perd  toute  son 
action  sur  le  potassium  et  le  sodium,  tandis  qu'il  continue  à  se  combiner  avec  le  brome,  l'iode  et 
le  soufre;  en  outre,  nous  avons  confirmé  l'observation  faite  par  M.  Dumas  qu'à  —  80°  le  chlore  se 
combine  encore  avec  beaucoup  d'énergie  à  l'arsenic  et  au  phosphore. 


SUR  UN  APPAHKIL  DE  THILOHIliU  MODlFIf: ,  etc.  7,3 

la  contraction  des  liquides  subissent  des  altérations  fortes ,  même  à 
des  températures  qui  sont  loin  de  s'approcher  de  celles  que  l'on 
peut  avoir  à  constater. 

La  construction  d'un  frigomètre  ou  kryovnètre  '  à  air,  capable  de 
fonctionner  dans  le  vide,  demande  de  grands  soins  et  présente  des  dif- 
ficultés réelles.  Ces  difficultés  sont  en  grande  partie  la  cause  pour 
laquelle  nous  avons  retardé  jusqu'ici  la  publication  de  ce  mémoire, 
quoique  tous  les  faits  qu'il  contient  aient  été  enseignés  dans  nos 
leçons  depuis  longtemps,  et  qu'ils  soient  connus  depuis  plus  d'un  an 
de  plusieurs  membres  de  l'académie  à  qui  nous  en  avons  parlé. 

Notre  frigomètre  à  air  sera  bientôt  terminé.  Sans  nul  doute,  son 
emploi  nous  permettra  d'indiquer  exactement  les  points  de  solidifica- 
tion des  gaz ,  et  modifiera  les  chiffres  que  nous  leur  avons  assignés 
plus  haut. 

IVous  nous  proposons  de  faire,  de  la  description  de  cet  instrument , 
des  résultats  qu'il  nous  fournira,  ainsi  que  de  la  liquéfaction  des  gaz 
permanents,  l'objet  d'un  second  mémoire. 

'  De  xpuoi,  grand  froid ,  et  /«T/îf'u,  je  mesure. 


FIN. 


Ton.  XVIII. 


l/w»,  eour,  (ê*  Mmi .  i/m  .tirv-  étr.  Tom»  XVlll. 


Mfin  .  lie  M.  M.  ililre.s/tti  rt  buniii/.  l'Il. 


*  J'^e^^***.  /tfi.  ait  lJt£tui*m^. 


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Jlém.Je  M.  M.  Mar.v/ui  /i  '  l)on/t,i/.  fl.  JJJ. 


r„.,f,.;^,é„.^\   I   1   I  I  I    [  I   I  I  I   I  I   I    I  I  I  I  I  J  I  I  I   I  I   II'  I  ]  I  I   I  I   I   I   l'i  I  I  I   I  I  I  l'i  I  I  t    I  I  I  'I   I  i=t=i 

~30  .    ^éS  -^  -?  O  *S  Tm  *iS  •lO  *2j  HXf  *JS 


''  ''FS>*f<>tTCjtA.  di  IJUttdi'r. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE 


SOB 


LE  DÉPARTEMENT  DE  L'AVEYRON, 


ru 


M.  MARCEL  DE  SERRES, 


/•\^^' 


COmilUtR,    rROFISSECR   DE   Hi:<iRAlOGIE  ET   DE   GÉOLOfilE  A   LÀ  FACDlTé  DES  SCIEITCES 
DE  BOHTPEILIEB ,   CBETALIEK   DE  LA   LiciOR   d'hoIIIIEO. 


lUaoin  vtmM  t  U  <*mi»  d«  S  Knicr  UU. 


ToM.  XVIIL 


INTRODUCTION. 


Le  département  de  l'Aveyron  est  encore  peu  connu  sous  les  rapports 
géologiques.  Il  a  cependant  attiré  successivement  l'attention  d'un  assez 
grand  nombre  d'ingénieurs  des  mines ,  parmi  lesquels  nous  citerons 
MM.  Blavier,  Dubosc,  Combes  et  Dufrenoy.  La  plupart  des  notices 
que  nous  devons  à  ces  observateurs  se  rapportent  plutôt  à  des  objets  de 
détails  qu'à  des  travaux  d'ensemble.  Cependant  dans  sa  notice  sur  ce 
département,  M.  Blavier  nous  a  donné  quelques  aperçus  généraux  sur 
l'ensemble  des  principales  formations  volcaniques  de  l'Aveyron,  aperçus 
qui  olfrent  un  véritable  intérêt. 

Mais  avant  d'entrer  en  matière  ',  qu'il  nous  soit  permis  de  faire  con- 
naître le  plan  que  nous  avons  adopté  dans  notre  travail. 

Après  avoir  tracé  un  premier  aperçu  sur  les  principaux  bassins  du 

*  Le  travail  que  nous  soumettons  au  jugement  des  géologues  nons  a  coûté  près  de  dix  années 
dobscnations;  malgré  tout  le  soin  que  nous  avons  apporté  à  ne  rien  omettre  d'essentiel  en  ce  qui 
concerne  la  géologie  d'un  département  où  nos  fonctions  nous  ont  appelé  si  souvent ,  nous  ne  croyons 
pas  pourtant  y  être  complètement  parvenu.  Les  lacunes  qui  peuvent  se  rencontrer  dans  ces  recher- 
ches seront  du  reste  facilement  comblées  par  les  naturalistes  qui ,  plus  heureux  que  nous,  habitent 
un  département  que  nous  avons  cherché  à  bien  connaître. 


4  INTRODUCTION. 

département  de  l'Aveyron,  nous  étudierons  les  diverses  formations  géolo- 
giques qui  les  constituent,  en  commençant  par  les  plus  anciennes.  Ainsi 
nous  avons  d'abord  porté  notre  attention  sur  les  terrains  primitifs  qui 
paraissent  antérieurs  à  l'existence  des  corps  vivants,  et  avoir  dû  leur  soli- 
dification à  un  pur  effet  thermométrique ,  c'est-à-dire ,  à  l'abaissement 
de  la  température  de  la  surface  du  globe.  Nous  avons  fait  remarquer 
que  ces  terrains,  dont  l'étendue  est  assez  considérable  dans  ce  départe- 
ment, étaient  surtout  très-développés  vers  le  nord  et  à  l'est.  Les  diverses 
roches  ou  matières  minérales  en  grandes  masses  qui  constituent  ces 
terrains,  ainsi  que  leurs  rapports  avec  la  culture  des  lieux  dont  ces  roches 
ont  composé  le  sol,  nous  ont  ensuite  occupé. 

Cet  examen  terminé,  nous  avons  successivement  indiqué  les  divers 
minéraux  que  l'on  rencontre  dans  les  terrains  primitifs,  ainsi  que  les 
divers  usages  auxquels  on  les  applique. 

L'étude  des  terrains  primitifs  achevée ,  nous  avons  examiné  les  ter- 
rains de  transition ,  produits  à  ce  que  l'on  suppose  à  l'époque  où  la  vie 
encore  peu  abondante  à  la  surface  de  la  terre  et  peu  variée  dans  sa  mani- 
festation ,  commençait  pourtant  à  y  paraître ,  à  animer  cette  même  sur- 
face, précédemment  inerte  et  nue.  Quant  à  ces  formations,  considérées 
par  le  créateur  de  la  géognosie  comme  une  sorte  de  passage  entre  les 
temps  où  la  vie  n'existait  pas  encore ,  et  ceux  où  elle  a  apparu ,  peu 
abondantes  en  Aveyron ,  elles  n'y  ont  pris  nulle  part  une  certaine  im- 
portance. 

Les  formations  sédimentaires  secondaires,  parmi  lesquelles  nous 
comprenons  les  terrains  houillers ,  les  grès  bigarrés  et  la  plupart  des 
roches  calcaires  de  l'Aveyron ,  fixent  ensuite  nos  regards.  Nous  faisons 
sentir  l'importance  des  dépôts  houillers  de  ce  département ,  dont  plu- 
sieurs fournissent  du  charbon  de  pierre  d'excellente  qualité ,  particu- 
lièrement ceux  du  canton  d'Aubin.  Ainsi  l'établissement  de  Firrai  ou  de 


INTRODUCTION.  S 

Decazeville  doit  la  plus  grande  partie  de  ses  avantages  aux  dépôts 
de  houille  de  ce  canton.  Ce  combustible  est  en  effet  de  si  bonne  qua- 
lité ,  qu'il  se  métamorphose  facilement  à  l'air  libre ,  et  sans  qu'il  soit 
nécessaire  de  le  disposer  dans  des  foyers  quelconques^  en  coak.  Ce 
coak  sert  ensuite  à  alimenter  les  hauts-fourneaux  qui  so  trouvent  en 
assez  grand  nombre  dans  le  vaste  établissement  de  Decazeville.  •  i.»   '' 

Les  grès  bigarrés ,  remarquables  en  Aveyron  par  leurs  nuances 
presque  constamment  rougeàtres ,  sont  également  l'objet  de  nos  obser- 
vations. Nous  montrons  à  quel  point  leur  développement  a  été  consi- 
dérable dans  ce  département ,  ainsi  que  l'utilité  dont  sont  ces  roches 
pour  les  constructions  de  tout  genre.  Parmi  les  monuments  de  l'A- 
veyron,  construits  avec  les  grès  bigarrés,  il  en  est  peu  de  plus  re- 
marquables que  la  cathédrale  de  Rodez ,  dont  les  belles  proportions 
et  l'élévation  frappent  et  étonnent  tous  ceux  qui  visitent  ce  grand  et 
imposant  édifice. 

Les  divers  calcaires  secondaires  de  l'Aveyron ,  la  plupart  d'un  âge 
plus  récent  que  les  grès  bigarrés  qu'ils  surmontent,  attirent  enfin 
notre  attention.  Parmi  les  calcaires  supérieurs  aux  grès  bigarrés ,  l'on 
peut  distinguer  tout  au  moins  trois  principaux  systèmes  de  couches 
d'un  âge  différent,  systèmes  qui  sont  surmontés  par  les  formations 
oolithiques.  \  Jo  ,  9ioofli>  laoq  i  .'  et  iji! 

Les  montagnes  composées  par  les  roches  calcaires  offrent  assez  gé- 
néralement de  vastes  plateaux  nommés  causses ,  ces  causses  sont  par- 
ticulièrement consacrés  à  la  culture  du  blé  ;  tandis  que  le  seigle  et  les 
prairies,  sont  l'objet  de  l'attention  des  cultivateurs  qui  habitent  les 
terrains  primitifs  ou  ceux  de  transition.  Aussi ,  contrairement  aux  pre- 
miers ,  le  sol  occupé  par  ces  terrains  est-il  connu  sous  le  nom  de  lou 
segala. 

Ainsi  l'on  nomme  généralement  en  Aveyron  segala  les  terrains 


6  INTRODUCTION. 

schisteux,  gneiss  et  schistes  micacés  qui  sont  propres  à  la  culture  du 
seigle,  et  causses  les  terrains  jurassiques,  rarement  les  calcaires  ter- 
tiaires. Ceux-ci  sont  favorables  au  blé.  On  connaît  sous  le  nom  de 
rougier  (terrain  rouge)  les  grès  bigarrés  et  les  marnes  irisées  appe- 
lées camarès  dans  le  sud  de  ce  département. 

On  y  désigne  enfin  sous  le  nom  de  grésier  (terrain  de  grès)  le  grès 
houiller ,  le  quadersandstein  et  quelques  lambeaux  de  grès  bigarrés 
peu  colorés.  Les  terres  que  l'on  y  désigne  sous  le  nom  de  terres  fortes , 
d'aubugues  (terrain  argileux  ou  marneux),  appartiennent  presque 
toujours  aux  formations  jurassiques.  Les  terres  de  montagne  sont  divi- 
sées dans  l'Aveyron  en  deux  ordres  :  celles  nommées  de  varenne, 
se  rapportent  généralement  aux  terrains  granitiques  ;  les  terres  noires, 
aux  formations  volcaniques,  et  enfin  les  terres  de  rivière,  aux  allu- 
vions  des  temps  géologiques  ou  des  temps  historiques. 

Il  ne  faut  par  chercher  parmi  les  formations  volcaniques  ces  hauts 
pitons,  ces  vastes  cratères  qui  les  distinguent  assez  ordinairement. 
Loin  de  là,  les  formations  volcaniques  composent,  en  Aveyron,  des 
montagnes  à  croupes  arrondies,  à  sommets  adoucis  sans  cratère  et 
sans  aucune  bouche  quelconque,  en  sorte  qu'évidemment  elles  n'ont 
point  été  produites  à  la  manière  des  matériaux  volcaniques  opérés  par 
nos  volcans  brûlants.  Ces  formations  sont  le  résultat  d'une  sorte  d'é- 
panchement ,  ou  ont  été  produites  par  l'effet  d'une  force  agissant  de 
bas  en  haut.  Cette  force  a  ainsi  soulevé  toutes  les  montagnes  volcani- 
ques d'Aubrac ,  de  Laguiolle  et  du  mur  de  Barrés  ,  dont  les  âges  sont 
peut-être  contemporains.  Quoi  qu'il  en  soit ,  les  formations  volcaniques 
sont  à  peu  près  uniquement  bornées  à  la  partie  septentrionale  de  ce 
département  ;  là  seulement  elles  ont  une  certaine  importance  et  une 
grande  étendue. 

C'est  sur  les  gras  pâturages  qui  recouvrent  ces  terrains  volcaniques 


INTRODUCTION.  7 

que  l'on  élève  les  bestiaux  dont  le  lait  fournit  ces  fromages  connus 
sous  le  nom  de  fromage  d'Auvergne.  Ceux-ci  sont  loin  de  rappeler  le 
goût  piquant  des  fromages  Roquefort,  faits  uniquement  avec  le  lait  de 
brebis ,  et  préparés  dans  des  caves  dont  la  fraîcheur  est  bien  plus  grande 
que  celle  qui  règne  dans  les  burons. 

Les  formations  tertiaires  de  l'Aveyron  nous  occupent  enfin;  leur  peu 
de  développement  et  leur  faible  étendue  ne  nous  arrêtent  pas  longtemps. 
Il  n'en  est  pas  de  même  des  terrains  quaternaires,  les  plus  récents  de 
tous  les  dépôts  de  sédiment  qui  ont  été  produits  sur  la  surface  de  la 
terre.  Ces  terrains  ont  dans  ce  département,  comme  du  reste  dans  tous 
ceux  du  midi  de  la  France,  une  assez  grande  importance.  Nous  avons 
démontré  qu'ils  offraient  aussi  des  limons  à  ossements,  entraînés  comme 
ailleurs  dans  les  cavités  souterraines.  Sans  doute  le  nombre  des  ca- 
vernes à  ossements  ne  paraît  pas  encore  bien  considérable  dans  l'A- 
Teyron,  mais  nous  devons  espérer  qu'il  le  deviendra,  par  suite  des 
recherches  des  naturalistes  distingués  qui  l'habitent,  et  qui  se  livrent 
aux  études  géologiques.  Ainsi,  nous  avons  dû  à  M.  Millet  la  connais- 
sance des  diverses  cavernes  des  environs  de  Ville-Franche,  et  l'ardeur 
qui  l'anime  pour  le  progrès  des  sciences  naturelles  nous  en  promet 
bientôt  d'autres,  non  moins  intéressantes  que  celles  d'Ordiget  et  de 
Mansalés,  qu'il  a  découvertes. 

Enfin,  M.  Boisse  s'occupe  avec  activité  de  ce  genre  de  recherches  ; 
il  espère,  et  nous  pouvons  dire  avec  quelque  fondement,  d'en  décou- 
vrir dans  les  environs  de  Rodez.  Le  zèle  de  ces  naturalistes  est  du  reste 
partagé  par  une  foule  d'autres;  aussi  pourrons-nous  bientôt,  avec  leurs 
secours,  publier  un  catalogue  assez  étendu  des  principaux  corps  orga- 
nisés fossiles  d'un  département  si  riche  sous  ce  rapport. 

Le  travail  dont  nous  venons  de  faire  connaître  le  plan,  est  terminé 
par  un  résumé  général ,  destiné  à  réunir  dans  un  cadre  étroit  l'ensemble 


'-y^-'^"-" ^'"^'  INTRODUCTION. 

(les  faits  de  détail  que  nous  avons  précédemment  exposés.  Tel  est  l'en- 
semble d'un  travail  qui  exigerait,  pour  être  digne  de  l'objet  auquel  il  se 
rapporte,  encore  bien  d'autres  observations,  afin  de  prouver  aux  natu- 
ralistes aussi  bien  qu'à  ceux  qui  s'intéressent  au  progrès  de  la  géologie, 
que  le  département  de  l'Aiveyron  mérite  tout  leur  intérêt. 


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NOTICE  GÉOLOGIQUE 


SUR 


LE  DÉPARTEMENT  DE  L'AVEYRON. 


§  I.  —  DES  DIVERS  BASSINS  DU  DÉPARTEMENT  DE  L'AVEYRON. 


Le  département  de  l'Aveyron ,  un  des  plus  étendus  de  la  France, 
mérite  à  beaucoup  d'égards  l'attention  des  naturalistes.  La  variété  de 
ses  sites,  ainsi  que  la  diversité  de  nature  des  terrains  qui  le  composent, 
frappent  et  intéressent  tout  à  la  fois  autant  peut-être  ceux  qui  ne  dési- 
rent dans  leurs  voyages  que  des  sensations,  que  ceux  qui  cherchent  à  lire 
dans  les  entrailles  de  la  terre  les  causes  des  révolutions  ou  plutôt  des 
modifications  dont  notre  globe  nous  montre  partout  des  traces  aussi 
frappantes  qu'ineffaçables. 

Ce  département  n'offre  pas  moins  d'intérêt  à  celui  qui  se  plaît  à  suivre 
les  progrès  de  l'industrie,  et  à  reconnaître  la  marche  rapide  que  ces 
progrès  ont  faite  de  nos  jours.  Ce  n'est  pas  sans  étonnement  que  l'on 
découvre  en  Aveyron  des  établissements  récents,  qui  rivalisent  avec 
ceux  dont  l'Angleterre  s'honore  à  si  juste  titre.  Parmi  eux,  il  en  est 
ToM.  XYIII.  2 


10  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

un  surtout  qui  mérite  d'être  signalé,  celui  de  Decazeville,  dont  le 
nom  redit  assez  quel  a  été  son  fondateur.  Malheureusement  il  ne  peut 
entrer  dans  notre  plan  de  décrire  les  établissements  que  possède  actuel- 
lement l'Aveyron;  d'autres  objets  devant  uniquement  nous  occuper. 
Tout  au  plus  dirons-nous  quelques  mots  des  matières  premières  dont 
ils  font  usage,  et  indiquerons-nous  les  formations  où  on  les  rencontre. 

L'Aveyron  ou  le  Rouergue ,  composé  du  comté  de  Rodez  et  de  la 
haute  et  basse  marche  qui  faisait  partie  de  la  province  de  Guyenne,  est 
un  des  plus  grands  départements  du  royaume  ;  sa  surface  totale  est  de 
quatre-vingt-quatre  myriamètres  carrés.  Il  se  trouve  entre  le  40  et  le  44^ 
degré  55'  de  latitude  :  le  méridien  de  Paris  le  partage  en  deux.  Ce  dépar- 
tement est  borné  au  nord  par  le  Cantal,  à  l'est  par  la  Lozère  et  le  Gard, 
au  sud  par  le  Gard ,  THérault,  le  Tarn ,  et  à  l'ouest  par  le  Tarn^  le  Tarn- 
et-Garonne  et  le  Lot. 

L'Aveyron  se  trouve  en  quelque  sorte  environné  de  tous  côtés  par 
des  montagnes  élevées,  dont  les  principales  se  rattachent  au  Cantal,  à 
la  Lozère  et  au  Gard.  Le  côté  de  l'ouest,  le  seul  qui  soit  ouvert,  donne 
passage  à  un  assez  grand  nombre  de  rivières,  dont  la  direction  la  plus 
générale  et  la  plus  constante  a  lieu  de  l'est  à  l'ouest.  Dans  ce  cadre  de 
montagnes,  dont  un  certain  nombre  est  volcanique,  courent  en  divers 
sens  des  chaînes  plus  ou  moins  élevées,  composées  de  roches  primi- 
tives, parmi  lesquelles  dominent  essentiellement  des  gneiss,  des  schistes 
micacés  et  quelquefois  des  roches  granitiques. 

Les  principales  rivières  de  cette  contrée,  le  Lot  et  le  Tarn,  ont  leur 
source  dans  la  Lozère.  Toutes  deux  vont  se  jeter,  après  un  cours  plus 
ou  moins  considérable,  dans  la  Garonne.  L'Aveyron  donne  son  nom  à 
ce  département  moins  à  raison  de  son  importance ,  que  parce  qu'il  y 
prend  sa  source;  moins  considérable  que  le  Lot  et  le  Tarn  dont  nous 
venons  de  parler,  l'Aveyron  va  se  jeter  dans  cette  dernière  rivière,  au 
delà  des  limites  de  ce  département.  Enfin  le  Yiaur,  dont  le  cours  est 
encore  moins  étendu,  et  qui  y  a  également  sa  source,  va  se  perdre 
dans  l'Aveyron,  près  Saint-Martin  de  la  Guépie. 

De  toutes  ces  rivières,  le  Lot  seul  est  navigable  pendant  un  certain 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  iï\ 

temps  de  l'année,  et  encore  dans  une  partie  de  ce  département.  Les 
autres  rivières  sont  beaucoup  trop  embarrassées  de  rochers ,  de  bancs 
de  sable  amoncelés  par  leurs  affluents,  pour  pouvoir  servir  à  la  na- 
vigation. 

Ces  diverses  rivières  divisent  le  département  de  l'Aveyron  en  plusieurs 
bassins  principaux,  que  nous  signalerons  successivement,  en  commen- 
çant par  le  plus  septentrional  des  trois  ou  celui  du  Lot. 

Ce  bassin  est  remarquable  par  la  profondeur  des  vallées  dans  les- 
quelles s'écoule  le  Lot,  la  principale  des  rivières  qui  traversent  cette 
contrée.  Il  est  composé  en  partie  par  des  formations  volcaniques  fort 
étendues,  surtout  vers  la  rive  droite  du  Lot.  La  plupart  des  montagnes 
qui  en  bornent  la  rive  gauche  appartiennent  aux  grès  bigarrés  ou  aux 
formations  calcaires.  Le  second  de  ces  bassins,  celui  de  l'Aveyron, 
dont  la  direction  générale  en  harmonie  avec  celle  des  autres  bassins  est 
de  l'est  à  l'ouest ,  se  trouve  bordé ,  vers  son  origine ,  par  des  montagnes 
essentiellement  composées  de  roches  calcaires.  Ces  formations  s'éten- 
dent même  jusqu'auprès  de  Rodez;  mais  là  paraissent  les  terrains  pri- 
mitifs, offrant  constamment  les  mêmes  roches  que  celles  que  nous  indi- 
querons plus  tard  en  parlant  du  bassin  du  Viaur.  A  ces  roches  succèdent 
assez  souvent,  comme  par  exemple  dans  la  montagne  sur  laquelle 
Rodez  est  bâtie ,  les  grès  bigarrés ,  remarquables  dans  ce  département 
à  raison  de  leurs  nuances  constamment  rougeâtres.  Ainsi ,  ces  grès  qui 
appartiennent  évidemment  à  la  formation  du  buntersandstein ,  consi- 
dérés minéralogiquement,  se  rapportent  aux  psammites  rougeâtres.  On 
les  voit  assez  constamment  surmontés  par  le  lias ,  et  passer  par  des  gra- 
dations insensibles  aux  roches  calcaires. 

Le  bassin  formé  par  le  Viaur,  ou  le  plus  central,  a  sa  direction  la 
plus  constante  enharmonie  avec  celle  des  autres  bassins ,  c'est-à-dire, 
qu'elle  est  de  l'est  à  l'ouest.  Il  se  trouve  bordé  par  des  montagnes 
essentiellement  composées  de  roches  primitives,  parmi  lesquelles  do- 
minent les  gneiss,  les  micaschistes ,  les  phyllades  micacés  traversés  par 
intervalle  par  de  grands  filons  et  d'immenses  rognons  de  quartz. 

Quant  au  bassin  formé  par  le  Tarn,  le  plus  méridional  de  tous  ceux 


fè  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

compris  dans  ce  déparlement ,  sa  direction  la  plus  générale  est  encore 
presque  constamment  de  l'est  à  l'ouest.  Du  reste,  le  niveau  de  cette 
rivière  est  à  peu  près  le  même  que  celui  du  Lot,  et  Tune  et  l'autre  cou- 
lent dans  des  vallées  à  la  fois  profondes  et  resserrées.  Les  formations  qui 
appartiennent  à  ce  bassin  dépendent  à  peu  près  toutes  des  roches  cal- 
caires oolithiques. 

Outre  ces  bassins  principaux ,  il  en  existe  une  infinité  d'autres  dans 
ce  département,  mais  quelque  intérêt  qu'ils  présentent,  nous  avons  cru 
devoir  nous  restreindre  aux  premiers.  Cet  aperçu  peut,  ce  semble, 
donner  une  première  idée  des  terrains  que  l'on  observe  dans  l'A.veyron. 
Ces  terrains,  ainsi  qu'on  a  pu  en  juger,  se  bornent  aux  primitifs,  aux 
intermédiaires,  aux  secondaires  et  aux  volcaniques.  Du  moins  les  ter- 
rains tertiaires  et  quaternaires  y  sont  si  peu  étendus  et  si  peu  déve- 
loppés, qu'ils  n'y  ont  réellement  aucime  importance  et  méritent  à 
peine  d'être  mentionnés. 

Ainsi,  ces  premières  observations  auront  fait  saisir  que  le  départe- 
ment del'Aveyron,  entouré  dans  trois  directions  différentes  par  les  monts 
élevés  du  Cantal,  de  la  Lozère  et  des  Cévennes,  est  essentiellement  mon- 
tagneux ,  comme  les  contrées  dont  il  est  environné.  Il  ne  faut  pas  ce- 
pendant s'attendre  à  y  trouver  ces  grands  effets,  ces  tableaux  imposants 
qui  frappent  et  qui  étonnent  dans  tous  les  lieux  où  l'on  découvre  des 
monts  élevés  et  des  prés  sourcilleux.  Les  montagnes  de  l'Aveyron, 
d'une  élévation  généralement  médiocre,  ne  s'élancent  jamais  en  ai- 
guilles pyramidales  comme  celles  des  Alpes  ou  des  Pyrénées  ;  par  cela 
même  elles  n'ont  rien  de  grand  ni  de  majestueux.  En  effet,  la  montagne 
granitique  la  plus  haute  de  l'Aveyron,  ou  les  montagnes  d'Aubrac,  les 
points  les  plus  culminants  des  formations  volcaniques,  s'élèvent  d'une 
manière  graduée  et  comme  insensible.  Dès  lors  leurs  cimes  ne  se  déta- 
chent pas  d'une  manière  brusque  sur  le  fond  azuré  du  ciel,  et  ne  pro- 
duisent aucun  effet  pittoresque  sur  le  paysage. 

Les  montagnes  de  l'Aveyron,  à  contours  arrondis  et  généralement 
adoucis,  ont  donc  un  caractère  de  monotonie  particulier.  Aussi  leur 
aspect  n'a  rien  qui  charme  et  qui  étonne.  Cependant  à  leurs  pieds 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  i5 

existent  parfois  des  vallées  profondes  où  l'on  contemple  d'une  part  le 
ravage  des  eaux,  et  de  l'autre  les  efforts  de  l'industrie,  pour  en  di- 
minuer les  effets.  Ces  vallées  creuses  et  profondes ,  dont  les  bords  sont 
souvent  escarpés,  se  font  également  remarquer  par  leur  peu  de  largeur, 
qui  permet  à  peine  à  l'agriculture  d'y  déployer  ses  merveilles.  C'est  en 
effet  principalement  sur  les  plateaux  plus  ou  moins  étendus  de  ce  dé- 
parlement qu'elle  y  exerce  son  activité,  et  qu'elle  voit  parfois  ses  efforts 
couronnés  de  quelque  succès. 

Quant  aux  plaines,  il  n'en  existe  proprement  pas  en  Aveyron,  à 
moins  que  l'on  ne  veuille  y  comprendre  une  suite  de  mamelons  ou  de 
collines  ondulées  dont  les  faites  se  maintiennent  à  peu  près  au  même 
niveau.  De  pareilles  plaines  se  montrent  principalement  dans  les  ter- 
rains calcaires,  et  ne  se  font  guère  remarquer  que  par  leur  sécheresse 
et  leur  aridité.  Telles  sont  celles  de  Concoures  et  de  Sévérac  dans  le 
bassin  de  l'Aveyron,  et  celles  du  causse  noir  et  du  Larzac  dans  le 
bassin  du  Tarn. 

,j  Sous  le  rapport  de  l'agriculture,  le  département  de  l'Aveyron  est  donc 
peu  favorisé,  d'autant  que  sa  température  est  assez  constamment  froide 
et  humide.  Aussi  la  vigne  n'y  prospère-t-elle  que  dans  un  petit  nombre 
d'arrondissements,  tels  que  ceux  de  Millau,  de  Ville-Franche,  et  dans  le 
canton  de  Valady;  partout  ailleurs,  elle  ne  peut  être  cultivée  avec 
quelque  avantage.  La  culture  du  blé  y  est  extrêmement  bornéej  on  ne 
s'y  livre  même  que  dans  des  terrains  calcaires,  dont  le  grand  incon- 
vénient tient  à  la  faible  épaisseur  de  la  couche  végétale  sur  ces  ter- 
rains. Quoique  le  Segala,  qui  comprend,  ainsi  que  nous  le  verrons  plus 
tard,  les  terrains  primitifs  granitiques  ou  schisteux,  ne  soit  guère 
propre  qu'à  la  culture  du  seigle ,  la  nature  du  sol  permet  à  l'agriculture 
d'obtenir  des  produits  plus  variés  et  plus  nombreux,  c'est  en  effet 
dans  le  Segala  que  l'on  peut  espérer  de  grandes  améliorations  ;  l'épais- 
seur des  couches  végétales  qui  s'y  trouvent,  les  eaux  abondantes  qui 
le  traversent,  enfin  la  facilité  du  travail,  tout  concourt  à  promettre  h 
l'agriculteur  industrieux  une  récompense  de  ses  soins  et  de  son  ac- 
tivité. 


14  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

Il  ne  faut  pas  cependant  s'empresser  de  conclure  que  le  sol  de  l'A- 
veyron  est  favorable  au  développement  et  à  la  prospérité  de  ses  habi- 
tants. Sous  ce  rapport ,  il  est  au  contraire  moins  fertile  que  la  plupart 
des  autres  départements  du  sud  de  la  France.  Mais  ce  qui  doit  néces- 
sairement faire  accroître  sa  population ,  c'est  d'une  part  les  richesses 
minérales  qu'il  renferme  dans  son  sein ,  et  de  l'autre ,  les  progrès  de 
l'industrie  que  ces  richesses  y  entraînent.  Aussi  est-il  peu  de  contrées 
qui  offrent  autant  de  chances  favorables  à  un  avenir  fécond  et  pros- 
père. 

En  effet,  les  mines  de  fer  y  sont  extrêmement  abondantes;  peu 
d'entre  elles  sont  sans  doute  exploitées,  mais  ne  peut-on  pas  présumer 
avec  quelque  vraisemblance  qu'on  ne  se  bornera  point  à  utiliser  celles 
de  Decazeville  et  du  bassin  du  Lot,  et  qu'une  foule  d'autres, jusqu'ici 
sans  usage,  seront  également  mises  à  profit  ?  On  le  peut  d'autant  plus, 
que  les  mines  de  houille  de  ce  département  fournissent  du  charbon 
aussi  abondant  que  de  bonne  qualité.  Parmi  ces  mines,  celles  du 
canton  d'Aubin,  par  exemple,  offrent  les  couches  les  plus  riches  et  les 
plus  puissantes  parmi  toutes  celles  qui  ont  été  exploitées  jusqu'à  pré- 
sent. Nous  pourrions  également  citer  les  couches  de  houille  du  bassin 
de  Rodez ,  moins  connues  à  la  vérité ,  mais  qui  ne  leur  sont  peut-être 
pas  inférieures;  elles  paraissent  même  s'étendre  sur  une  plus  grande 
surface.  Après  ces  immenses  dépôts  de  charbon  de  pierre,  l'on  peut  à 
peine  mentionner  ceux  du  Larzac  ,  dont  l'utilité  ne  sera  bien  réelle 
que  si  l'on  vient  à  découvrir  des  mines  de  fer  abondantes  dans  les  ar- 
rondissements de  S'-Afrique  et  de  Millau. 

Des  gîtes  nombreux  de  sulfure  de  plomb  et  de  cuivre  gris,  plus  ou 
moins  argentifères,  ont  également  été  autrefois  l'objet  d'exploitations 
assez  considérables  pour  fournir  des  minerais  aux  hôtels  de  monnaies 
établis  à  Rodez  et  à  Ville-Franche.  Il  y  a  plus  encore,  ces  mines 
alimentaient  un  grand  nombre  de  martinets  à  cuivre  que  possède  le 
pays.  Il  est  difficile  de  se  persuader  que  ces  gîtes  métallifères  ne  puissent 
plus  fournir  des  matériaux  propres  à  répandre  dans  le  département 
l'activité  et  l'industrie  qui  le  vivifieront  sans  doute  un  jour.  Espérons 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  H 

que  les  hommes  éclairés  et  industrieux  qui  l'habitent ,  s'adonneront  à 
ce  genre  de  recherches,  dont  les  résultats  ne  peuvent  que  contribuer 
puissamment  à  la  prospérité  de  leur  pays,  en  y  répandant  des  capitaux 
dont  il  manque  essentiellement. 

C'est  en  effet  d'une  part  au  manque  de  numéraire,  et  de  l'autre  à  la 
difficulté  des  communications,  que  le  département  de  l'Aveyron doit 
d'être  resté  si  longtemps  en  arrière  des  progrès  que  l'industrie  a  faits  dans 
la  plupart  de  ceux  qui  l'entourent.  Cependant  l'administration  a  com- 
pris toute  l'étendue  des  besoins  de  ce  département.  Aussi  fait-elle  ses 
efforts  pour  ouvrir  des  routes  sur  un  grand  nombre  de  points,  et  déjà 
des  améliorations  notables  ont  montré  l'importance  qu'elle  attachait 
avec  raison  à  la  facilité  des  communications,  dans  un  pays  aussi  coupé 
et  aussi  raviné. 

L'industrie  particulière  a  également  secondé  les  efforts  de  l'adminis- 
tration ;  elle  a  créé  divers  établissements ,  dont  un  surtout  est  des  plus 
remarquables.  L'effet  naturel  de  toutes  les  usines  qui  y  ont  été  établies 
en  assez  grand  nombre  y  a  répandu  des  capitaux  plus  nombreux,  qui 
sont  venus  apporter  l'activité  et  la  vie  dans  une  contrée  où,  pendant 
si  longtemps,  aucun  progrès  utile  n'avait  été  réellement  tenté.  Espérons 
que  ces  efforts  communs,  dirigés  vers  le  bien  public ,  ne  se  ralentiront 
pas,  et  que  ce  département,  comme  la  plupart  de  ceux  qui  font  partie 
de  notre  patrie ,  marchera  dans  cette  voie  du  progrès  vers  lequel  nous 
sommes  poussés  comme  par  une  puissance  irrésistible. 

Étudions  maintenant  les  terrains  qui  composent  le  sol  de  l'Aveyron, 
en  commençant  cette  étude  par  la  description  des  plus  anciens  oti  de 
ceux  qui,  antérieurs  à  l'existence  des  corps  organisés,  ont  été  nommés 
primitifs  ou  primordiaux. 


m  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

§  II.  —  DES  DIVERSES  FORMATIONS  QUI  COMPOSENT  LE  SOL  DE  L'ÂVEYRON. 

'■^  1°    FORMATIONS    PRIMITIVES. 

ti'Ces  formations  sont  principalement  développées  au  nord  et  à  l'est 
du  déparlement  de  l'Aveyron.  On  les  observe  également  dans  le  cen- 
tre de  ce  département,  d'où  elles  s'étendent  vers  le  sud-ouest.  Ainsi 
elles  abondent  dans  l'arrondissement  d'Espalion,  qu'elles  occuperaient 
pour  ainsi  dire  en  entier ,  si  elles  ne  s'y  montraient  pas  dans  un  assez 
grand  nombre  de  points  recouvertes  par  les  formations  volcaniques.  On 
les  voit  encore  occupant  de  grands  espaces  dans  les  arrondissements  de 
Rodez,  de  Ville-Franche  et  de  S'-Afrique.  C'est  surtout  dans  la  partie 
sud-ouest  de  cet  arrondissement  que  ces  formations  prennent  la  plus 
grande  extension.  Elles  offrent  également  un  développement  assez 
considérable  dans  la  partie  moyenne  et  occidentale  de  l'arrondisse- 
ment de  Sauveterre ,  jusqu'à  Najac  (Tarn-et-Garonne). 

Le  Levezou ,  montagne  comprise  entre  Millau  et  le  pont  de  Salars  , 
appartient  à  cette  formation,  ainsi  que  toute  la  bande  resserrée  entre 
l'Aveyron  et  le  Viaur,  bande  qui,  à  l'ouest  du  département,  passe  au- 
dessous  des  roches  calcaires. 

Il  est  encore  une  autre  bande  primitive ,  limitée  en  général  vers  le 
sud  par  le  Lot,  et  au  nord,  par  les  formations  volcaniques j  celles-ci 
se  lient  à  celles  du  même  genre  du  Cantal  et  de  l'Auvergne. 

Les  principales  roches  qui  font  partie  des  terrains  primitifs  de  l'A- 
veyron ,  et  qui  y  prennent  le  plus  grand  développement ,  sont  d'abord 
les  gneiss,  et  en  second  lieu  les  granités,  les  micaschites,  les  schistes 
argileux  et  les  phyllades  micacés. 

^"Ces  roches  principales  en  ont  une  infinité  d'autres  qui  leur  sont 
subordonnées  5  parmi  celles-ci  on  peut  citer  :  1°  les  diorites  ou  dia- 
bases  ;  2°  les  stéatites;  3°  les  serpentines;  4°  les  amphibolites;  5°  les 
eurites  ;  6°  les  pegmatites  j  7<»  les  leptinites  ;  8°  les  éclogites. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  19 

Les  eurites  se  montrent  plutôt  subordonnées  au  gneiss  qu'aux  gra- 
nités, soit  la  variété  granitoïde,  soit  la  porphyroïde  ;  il  en  est  tout  le  con- 
traire dans  les  hautes  Cévennes,  où  les  eurites  se  montrent  comme  en 
filons ,  dans  la  masse  des  granités  qu'ils  traversent  dans  toutes  sortes 
de  directions.  Les  pegmatites  se  montrent  également  en  filons  dans  les 
granités.  Les  premières  de  ces  roches  dépourvues  de  mica,  sont  subor- 
données aux  gneiss  principalement  au-dessus  de  la  Garrigue,  sur 
l'ancienne  route  de  Ville-Franche  à  Rodez.  Les  éclogites  se  présentent 
généralement  subordonnées  aux  gneiss,  ce  qui  est  surtout  manifesté 
dans  les  environs  d'Arvieu  près  de  Rodez. 

Quant  aux  leptinites  grenus,  ils  sont  à  peu  près  constamment  dépen- 
dants et  liés  en  quelque  sorte  au  granité.  Il  en  est  de  même  du  feldspath 
orthose.  Cette  roche  simple  s'y  montre  ou  en  filon  ou  en  banc  subor- 
donné. On  peut  citer,  comme  exemple,  le  grand  filon  de  Doumainrenc , 
près  de  Ville-Franche.  Les  filons  de  quartz  existent  au  contraire  aussi 
bien  dans  le  granité  que  dans  le  gneiss.  Le  filon  de  Testas,  dans  la  com- 
mune de  Sanvensa,  sur  la  route  de  Ville-Franche  à  Alby,  peut  être 
cité  comme  exemple  de  cette  double  position  :  il  y  est  accompagné  par 
le  cuivre  carbonate  vert.  Parmi  les  filons  de  quartz  que  l'on  observe 
dans  le  schiste  micacé  ou  dans  les  phyilades  micacés,  on  peut  signaler 
les  beaux  filons  du  pont  de  Salars  et  des  environs  de  Rodez,  assez 
abondants  pour  servir  à  paver  les  routes.  L'on  rencontre  également 
dans  certains  points  des  terrains  primitifs  des  kaolins  qui  proviennent 
de  la  décomposition  ou  de  l'altération  des  granités.  Tels  sont  ceux 
que  l'on  voit  sur  la  route  de  Ville-Franche  à  Millau.  Ces  kaolins  pour- 
raient y  être  exploités  avec  avantage.  Ce  qu'il  y  a  de  certain ,  c'est  qu'ils 
deviennent  d'une  grande  blancheur  après  avoir  été  lavés,  et  surtout 
après  avoir  subi  l'action  du  feu. 

Le  sol  recouvert  par  les  roches  primitives ,  soit  granitiques  soit  de 
gneiss,  soit  schisteuses,  est  nommé  en  Aveyron,  comme  dans  les  Céven- 
nes ,  le  segala ,  cette  dénomination  lui  est  donnée  à  raison  de  ce  que 
les  terrains  composés  de  ces  sortes  de  roches  ne  peuvent  guère  être 
utilisés  que  pour  la  culture  du  seigle.  Le  blé  noir  ainsi  que  les  châ- 
ToM.  XVIII.  3 


m  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

taigniers  et  les  noyers  prospèrent  assez  bien  dans  ces  terrains.  Le  noyer 
n'y  est  du  reste  presque  jamais  l'objet  d'une  culture  particulière,  comme 
dans  les  causses  formées  par  les  terrains  calcaires.  Cet  arbre,  qui  y  est 
très-répandu,  y  réussit  beaucoup  mieux  que  dans  tout  autre  sol. 

Les  formations  primitives  de  l'Âveyron  ont  été  pour  la  plupart  sou- 
levées et  redressées;  quelquefois  leur  soulèvement  a  été  si  violent, 
qu'elles  forment  à  leur  sommet  comme  des  aiguilles  verticales,  plus  ou 
moins  élancées  au-dessus  de  la  surface.  On  peut  citer  comme  un  exemple 
d'un  pareil  redressement ,  les  aiguilles  de  gneiss  de  la  vallée  de  Morl- 
hon,  près  de  Yille-Franche ,  et  celles  des  montagnes  qui  bordent 
l'Aveyron ,  dans  les  environs  de  Rodez. 

Quant  aux  vallées  parcourues  par  les  différentes  rivières  qui  traver- 
sent ce  département,  elles  y  sont  constamment  profondes  et  resserrées , 
par  suite  des  formations  dans  lesquelles  elles  sont  creusées.  En  effet, 
la  largeur  et  l'étendue  des  vallées  paraissent  assez  constamment  en 
rapport  avec  la  nature  des  roches  et  des  terrains  où  elles  sont  placées. 

Or,  les  roches  primitives  étant  celles  chez  lesquelles  cet  état  de 
mollesse  parait  avoir  été  le  moins  prononcé ,  sont  aussi  celles  que  les 
anciennes  eaux  ont  le  moins  érodées  ;  car  évidemment,  la  grandeur  et 
la  profondeur  des  vallées  sont  trop  en  disproportion  avec  le  volume  et 
l'abondance  des  eaux  actuelles ,  pour  pouvoir  être  considérées  comme 
l'effet  de  leur  action  érosive.  On  sait  du  reste  combien  est  faible  cette 
action,  et  qu'elle  n'a  quelque  effet  marqué  que  lorsque  les  eaux  cou- 
rantes entraînent  avec  elles  une  certaine  quantité  de  roches  fragmen- 
taires ou  d'autres  corps  durs.  D'après  ces  faits,  il  est  aisé  de  juger 
pourquoi  les  vallées  des  terrains  primitifs  sont  les  plus  étroites  et  les 
plus  resserrées,  et  pourquoi ,  au  contraire,  elles  sont  les  plus  spacieuses 
dans  les  lieux  recouverts  par  les  formations  les  plus  récentes. 

Quant  aux  minéraux  connus  jusqu'à  présent  dans  les  terrains  primi- 
tifs de  l'Aveyron,  ils  sont  en  assez  grand  nombre.  Nous  mentionne- 
rons d'abord  les  minerais  métalliques,  et  nous  indiquerons  ensuite 
ceux  qui  ne  peuvent  être  utilisés  sous  le  même  point  de  vue. 

Le  fer,  assez  abondamment  répandu  dans  l'Aveyron,  s'y  trouve  dans 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  19 

plusieurs  gisements  différents,  soit  au  milieu  des  terrains  primitifs, 
soit,  en  second  lieu,  enclavé  dans  les  roches  secondaires.  Tels  sont,  par 
exemple,  les  carbonates  de  fer  exploités  à  Firmi  et  Lassale,  et  que  l'on 
fond  à  Decazeville  '  ;  ceux-ci  s'y  montrent  liés  au  terrain  houiiler  sur 
lequel  les  fers  carbonates  lithoïdes  sont  immédiatement  superposés.  Les 
fers  oxydulés  de  Combenègre  et  du  Puech-de-Morilhou ,  commune  de 
Ville-Franche ,  existent  au  contraire  dans  les  terrains  primitifs.  Il  en 
est  de  même  des  sables  chargés  de  fer  titane  ou  de  nigrine  des  envi- 
rons de  Sennac,  près  d'Asprières.  Les  ferrâtes  de  fer  s'y  montrent  en 
couches  subordonnées  ou  en  amas  dans  les  roches  de  gneiss  ;  tandis 
que  les  sables  chargés  de  titanate  de  fer  sont  en  quelque  sorte  le  ré- 
sultat du  lavage  de  la  terre  végétale  du  plateau  de  Sennac.  Quant  à 
cette  terre  végétale,  elle  paraît  formée  par  la  décomposition  des  syénites 
zirconiennes,  qui  occupent  tout  le  plateau.  Les  mêmes  lieux  offrent 
également  de  belles  syénites,  dont  les  nuances  sombres  de  l'amphibole 
contrastent  avec  les  tons  blanchâtres  des  feldspaths ,  qui  entrent  aussi 
dans  leur  composition. 

On  peut  encore  mentionner,  comme  se  trouvant  dans  les  mêmes  ter- 
rains, les  chromites  de  fer  et  les  fers  oxydulés  du  Puy-de-Vol,  près  Firmi, 
et  ceux  de  Cassagnes,  dans  les  environs  de  IVajac;  ces  derniers  sont 
non-seulement  attirables,  mais  de  plus  ils  ont  des  pôles  bien  distincts, 
comme  les  véritables  aimants.  Les  fers  magnétiques  du  Puy-de-Vol  se 
trouvent  disséminés  en  petits  rognons  dans  la  serpentine  ;  malheureuse- 
ment, ils  n'y  sont  pas  assez  abondants  pour  pouvoir  être  jamais  l'objet 
d'exploitations  régulières;  autrement  ils  seraient  utilisés  avec  beaucoup 
d'avantages  à  raison  de  leur  pureté. 

Quant  aux  ferrâtes  de  fer  de  Combenègre,  dont  nous  avons  déjà  fait 
mention ,  ils  se  montrent  parfois  accompagnés  de  grenats  manganési- 
fères  (spessartines)  d'une  couleur  brunâtre  et  d'un  aspect  légèrement 
vitreux.  Ces  grenats  en  roches  qui  forment  des  masses  compactes  et 

*  Ces  mines  fournissent  annuellement  de  80  à  100,000  quintaux  de  minerai  à  cet  établissc- 

DMOt. 


20  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

homogènes,  examinés  avec  une  forte  loupe  donnant  un  grossissement 
considérable,  présentent  la  forme  globulaire  qui  caractérise  cette 
substance  d'une  manière  si  particulière.  ,ii 

On  observe  généralement  du  carbure  de  fer  dans  les  gneiss  du  Puech- 
de-Tire-Cabre^  près  le  pont  de  Salars.  Quant  aux  fers  spathiques  ou 
carbonates  de  fer,  ils  s'y  montrent  non-seulement,  comme  à  Firmi, 
liés  aux  terrains  houillers,  mais  également  en  filons  puissants  dans  les 
roches  granitiques.  Tels  sont  ceux  que  l'on  découvre  à  Mauron,  dans 
la  commune  de  Malleville,  près  de  Ville-Franche.  Cette  variété  de 
carbonate  de  fer  n'est  pas  du  reste  lithoide,  comme  celle  qui  repose 
sur  les  terrains  houillers. 

Les  fers  des  terrains  primitifs  de  ce  département  n'y  ont  pas  été 
jusqu'à  présent  l'objet  d'exploitations  régulières  comme  ceux  des  ter- 
rains secondaires,  assez  abondants  pour  fournir  un  aliment  suffisant 
aux  hauts-fourneaux  si  nombreux  dans  le  bel  établissement  de  Firmi. 
Cependant  les  fers  oxydulés  des  environs  de  Ville-Franche ,  tels  que 
ceux  de  Combenègre  et  du  Puech-de-Morilhou,  des  Phalanges  et  du 
monastère,  près  Rodez,  sont  trop  riches  pour  ne  pas  espérer  de  les 
voir  aussi  mis  à  profit. 

Le  cuivre  pyriteux  et  gris  des  terrains  primitifs  a  été  pendant  long- 
temps l'objet  d'exploitations  régulières;  ainsi  au-dessus  du  village  de 
Serres,  vers  la  route  qui  conduit  à  la  Paille  près  de  la  Bastide-l'Évêque , 
ce  métal  a  été  un  objet  d'industrie.  Le  cuivre  était  également  exploité 
avec  succès  à  la  Bessière,  commune  de  Cabanes,  ainsi  que  dans  les 
environs  de  la  Bastide-l'Evêque,  canton  de  Rieupeyroux.  Il  y  avait 
aussi  des  mines  de  ce  métal  que  l'on  utilisait  dans  la  commune  de  Ca- 
banes près  du  village  de  la  Bessière,  enfin  à  Najac  et  à  Corbières, 
village  situé  entre  Najac  et  Montels.  Quant  au  cuivre  carbonate  bleu 
et  vert,  quoique  assez  commun  dans  les  terrains  primitifs,  on  n'en  a  ja- 
mais tiré  le  moindre  parti  dans  le  département  de  l'Aveyron;  il  en  est 
de  même  des  variétés  du  même  genre  que  l'on  voit  abondamment  répan- 
dues dans  l'arkose  de  différentes  localités  de  ce  département. 

Le  zinc  sulfuré  qui  accompagne  parfois  la  chaux  fluatée  des  terrains 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  It 

primitifs ,  n'est  pas  assez  abondant  en  Aveyron  pour  y  avoir  attiré  l'at- 
tention ;  aussi  ce  métail  n'y  a-t-il  jamais  été  mis  à  profit.  Il  n'en  est  pas 
ainsi  du  peroxyde  de  manganèse;  ce  minerai  s'y  trouve  en  assez  grande 
abondance  pour  être  employé  avec  avantage.  Le  manganèse  se  rencon- 
tre également  au  milieu  des  granités,  des  gneiss,  et  des  micaschistes, 
soit  au  Mauron  près  de  Ville-Franche,  soit  à  Avèze,  canton  de  Cadour, 
soit  enfin  à  la  Feuillade.  >d 

Trois  variétés  de  plomb  se  montrent  en  Aveyron  dans  les  terrains  que 
nous  étudions.  Une  seule  de  ces  variétés  y  est  assez  commune  pour 
être  exploitée  avec  succès  :  c'est  le  sulfure  de  plomb.  Quant  aux  autres 
variétés,  le  phosphate  et  le  sulfate  de  plomb,  elles  ne  peuvent  être 
considérées  que  comme  de  pures  curiosités  minéralogiques.  Le  premier 
de  ces  sels,  beaucoup  plus  rare  que  les  deux  autres,  n'a  été  encore 
aperçu  qu'auprès  du  village  de  Seyrottes,  dans  la  commune  de  IVIo- 
rilhou,  arrondissement  de  Ville-Franche. 

Le  phosphate  de  plomb  accompagne  à  peu  près  constamment  le 
sulfure  du  même  métal.  Le  premier  de  ces  minerais  n'est  jamais  à  lui 
seul  l'objet  d'une  exploitation  régulière  comme  la  galène.  En  effet,  ce 
minerai  a  été  exploité  dans  une  infinité  de  localités  de  ce  département. 
Ainsi  à  Vesin,  près  de  la  Bastide-l'Evêque ,  dans  le  canton  de  Rieu- 
peyroux,  ce  minerai  a  été  l'objet  d'exploitations  régulières,  ainsi  qu'à 
la  Bastide  aux  Serres,  à  Plousergues,  dans  la  même  commune  de  Bas- 
tide, aux  Crozes  près  de  Sauvenza,  aux  Miniers  près  de  Peyrus,  et  enfin 
à  Camtes  et  à  Cantagrel,  dans  les  environs  de  Sauvenza.  On  a  égale- 
ment utilisé  les  minerais  de  MouUac  et  de  LavergnoU,  près  de  Pes- 
quiers,  dans  la  commune  de  Ville-Franche,  ainsi  que  ceux  de  la 
Bruyère,  sur  la  route  de  Ville-Franche  à  Alby,  de  la  Beaume  de  Mac- 
caroux,  du  Calvaire  près  de  Ville-Franche,  et  de  Conques  dans  les 
environs  de  Rodez. 

Le  sulfure  de  plomb  de  Conques  est  accompagné  par  le  fluor,  genre 
d'association  qui,  comme  on  le  sait,  est  extrêmement  fréquent;  ces 
mines  fournissent  du  plomb  sulfuré  argentifère ,  lequel  est  accompagné 
aussi  parfois  des  carbonates  et  des  sulfates  de  plomb.  Il  parait  que  très- 


S2  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

anciennement  on  a  exploité  du  plomb  sulfuré  argentifère  à  Roque-Mi- 
nouse,  dans  les  environs  de  Brocquiez,  et  cela  dans  le  grès  bigarré 
rougeâtre,  par  conséquent,  dans  un  tout  autre  terrain.  On  a  jadis  mis 
à  profit  le  sulfure  de  plomb  des  environs  de  Viourols,  au  nord  de 
S'^-Geniez-de-Rivedols.  Cet  établissement  n'ayant  pas  eu  le  succès 
qu'on  en  avait  espéré ,  on  l'a  totalement  abandonné. 

Des  exploitations  de  plomb  sulfuré  ont  été  tentées  dans  les  environs 
de  Negrefoil,  près  de  Rieupeyroux.  Quoique  la  qualité  du  plomb  fût 
excellente  et  que  les  produits  en  fussent  abondants ,  ces  exploitations 
n'ont  pas  été  longtemps  continuées.  On  n'a  pas  non  plus  utilisé  les 
minerais  de  ce  métal  découverts  à  Lestevie,  commune  de  Brandonnet , 
près  des  bords  de  l'Aveyron.  On  peut  encore  citer  les  mines  de  plomb 
sulfuré  argentifère  qui  ont  été  exploitées  auprès  de  Viourals,  au  nord  de 
S'-Geniez-de-Rivedols;  elles  ne  le  sont  plus  depuis  quelque  temps. 

L'urane  phosphaté  hydraté  au  chalkolite  des  granités  altérés  des 
environs  d'Entraigues  ne  peut  être  considéré  avec  le  tellure  décou- 
vert dans  les  même  lieux,  que  comme  une  curiosité  minéralogique. 
Il  en  est  encore  de  même  du  titane  oxydé  que  M.  Millet  a  rencontré 
dans  les  environs  de  la  Guepie ,  près  de  Najac. 

Quant  aux  minéraux  proprement  dits  que  l'on  trouve  dans  les  roches 
primitives,  ils  sont  en  assez  grand  nombre  dans  ce  département.  Nous 
nous  bornerons  à  en  rappeler  les  principaux.  Ainsi  les  tourmalines 
des  granités  d'Entraigues  sont  aussi  remarquables  par  leur  grandeur  que 
par  la  beauté  de  leur  critallisation.  Il  y  en  a  en  effet  qui  offrent  les 
deux  sommets ,  et  dont  le  diamètre  est  de  plusieurs  centimètres.  Les 
tourmalines  des  environs  de  Ville-Franche  que  l'on  voit  dans  les  mi- 
caschistes ,  sont  beaucoup  moins  belles. 

On  rencontre  des  grenats  dans  un  assez  grand  nombre  de  roches  ; 
on  en  découvre  dans  les  éclogites  et  les  diorites  d'Arvieu ,  ainsi  que  dans 
les  talcs  chloriteux  de  la  Mouline,  près  de  Ville-Franche,  et  des  ter- 
rains schisteux  de  Panât.  On  en  observe  également  au  milieu  des  talcs 
stéatiteux  ou  des  stéaschistes  de  Cassagnes,  dans  les  environ  de  Najac, 
comme  dans  les  roches  amphiboliques  des  mêmes  localités  et  des  en- 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  SS 

virons  de  Ville -Franche.  La  variété  résinite  s'y  présente  mêlée  au  fer 
oxydulé  de  Combenègre,  tandis  que  les  grenats  noirs  ou  mélanites, 
n'ont  été  encore  aperçus  qu'auprès  de  moulin  du  Gouchy,  dans  les 
environs  de  Gombenègre. 

On  voit  assez  communément  le  disthène  soit  blanc,  soit  bleu,  dans 
les  roches  de  gneiss  des  environs  d'Arvieu ,  près  de  Rodez.  Pour  l'am- 
phibole ,  cette  substance  est  également  fort  répandue  en  Aveyron  ;  il 
en  est  de  même  de  la  plupart  de  ses  variétés.  La  chaux  fluatée  y  est 
au  contraire  assez  rare  ;  on  ne  peut  guère  en  citer  que  deux  variétés , 
la  mamelonnée  et  la  concrétionnée,  mêlée  avec  le  feldspath  rose  et  le 
quartz  gris,  qui  se  trouvent  sur  la  montagne  d'Ulpy,  près  de  Gom- 
palibat,  dans  le  canton  de  Montbazin.  La  variété  cristallisée  en 
très-grands  cubes  se  montre  au  contraire  dans  tous  les  filons ,  princi- 
palement à  Mespoulières ,  dans  les  environs  d'Aubin. 

Nous  citerons  également  dans  les  roches  granitiques  et  les  micas- 
chistes, les  filons  puissants  de  baryte  sulfatée,  qui,  assez  ordinairement, 
accompagnent  le  sulfure  de  plomb  argentifère.  Cette  substance  y  est 
parfois  seule  et  sans  mélange  avec  des  minerais  métalliques.  Ainsi  les 
filons  de  sulfate  de  baryte  que  l'on  voit  aux  Serres,  près  la  Bastide  l'Evê- 
que,  sur  la  route  de  Ville-Franche  à  Rieupeyroux,  sont  remarquables 
autant  par  leur  étendue  et  leur  puissance  que  par  leur  pureté. 

Enfin  les  serpentines  du  Puy-de-Vol,  près  de  Firmi,  et  celles  de 
Gassagnes ,  près  de  Najac,  renferment  des  couches  considérables  d'o- 
phicalce  veinée.  Gette  roche  y  a  même  été  autrefois  l'objet  d'exploi- 
tations régulières  soit  à  Firmi,  soit  à  Gassagnes,  mais  non  pas  au 
Puy-de-Vol.  Cependant  elle  pourrait  y  devenir  la  matière  d'une  indus- 
trie avantageuse  ;  car  son  grain  y  est  plus  fin  et  ses  couleurs  y  sont 
plus  vives  et  plus  variées.  L'ophicalce  veinée  de  Firmi  et  de  Gassagnes 
était  jadis  livrée  au  commerce  sous  le  nom  de  marbre  vert  antique, 
ou  de  marbre  vert-de-mer ,  soit  en  raison  des  rapports  qu'elle  présen- 
tait avec  l'ophicalce  que  l'on  découvre  dans  les  monuments  antiques, 
soit  à  raison  de  ses  couleurs.  Ges  deux  dernières  localités  offrent  éga- 
lement du  chromite  de  fer.  Nous  n'oserions  dire  que  son  exploitation 


m  NOTICE  GÉOLOGIQUE, 

pût  être  avantageuse ,  ne  connaissant  nullement  la  puissance  ni  l'éten- 
due des  masses  de  cette  roche.  Cependant  tout  fait  présumer  qu'elle 
pourrait  être  profitable  :  ce  chromite  de  fer  étant  très-employé  dans 

les  arts,  particulièrement  dans  les  manufactures  de  porcelaine.         y» 

if 

2°  FORBUTIONS    DE    TRANSITION    OU    INTERMEDIAIRES. 

«IPLes  terrains  de  transition,  que  nous  avons  désignés  dans  notre  géo- 
gnosie  sous  le  nom  de  terrains  secondaires  inférieurs ,  sont  peu  éten- 
dus dans  le  département  de  l'Aveyron.  Ils  paraissent  bornés  à  la  partie 
méridionale  de  l'arrondissement  de  S'-Afrique,  principalement  dans 
les  environs  de  la  petite  ville  de  Brusques,  ainsi  que  dans  quelques  lo- 
calités de  la  partie  orientale  de  ce  département. 

Ces  formations  y  ont  pris  un  développement  considérable ,  se  liant 
d'un  côté  à  celles  de  Lodève  et  de  ses  environs ,  de  l'autre  à  celles  de 
Lacaume,  Ces  formations ,  composées  essentiellement  de  schistes  ar- 
gileux ,  de  phyllades  et  de  calcaire ,  ont  la  plus  grande  analogie  avec 
celles  que  l'on  observe  dans  les  environs  de  Lodève.  Les  roches  cal- 
caires qui  font  partie  de  ces  terrains  ont  été  jadis  exploitées  avec 
avantage  comme  marbre.  Comme  leur  exploitation  ne  présente  pas  de 
nombreuses  difficultés,  on  assure  qu'elle  sera  bientôt  reprise.  Ainsi 
l'Aveyron,  dont  la  plus  grande  partie  de  la  surface  est  couverte  de 
montagnes  plus  ou  moins  élevées,  ne  sera  plus  privé  d'un  objet  que 
le  luxe  a  rendu  maintenant  pour  ainsi  dire  nécessaire. 

Les  formations  intermédiaires  ou  de  transition  de  Brusques ,  com- 
posent une  bande  qui  s'appuie  d'un  côté  sur  les  granités  de  la  Mon- 
tagne Noire ,  et  qui  de  l'autre  se  rattache  aux  terrains  secondaires  qui 
se  prolongent  vers  la  base  du  plateau  du  Larzac.  Ainsi  l'on  peut  con- 
sidérer les  terrains  de  transition  des  environs  de  Lodève  comme  for- 
mant la  continuation  ou  le  prolongement  des  terrains  intermédiaires 
qui  sont  si  développés  à  Brusques. 

Il  paraît  que  ces  derniers  terrains  appartiennent  plutôt  à  la  partie 
inférieure  des  formations  qu'à  la  partie  supérieure.  Du  moins  l'on  n'y 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  06 

observe  que  des  schistes  argileux  et  des  calcuires  blanchâtres,  grisâtres 
et  rougeâtres,  plus  ou  moins  cristallins,  à  peu  près  sans  aucune  trace  de 
corps  organisés.  Si  l'entière  série  des  couches  de  cette  formation  y  exis- 
tait ,  l'on  y  découvrirait  probablement  le  vieux  grès  rouge ,  ou  le  grès 
rouge  de  transition,  ainsi  que  le  calcaire  métallifère  intermédiaire,  si 
commun  en  Angleterre  et  aux  environs  de  Mamur.  Cette  même  formation 
renferme  auprès  de  Sylvanei  une  ampélite  alumineuse  qui  se  décom- 
pose à  l'air  extérieur;  il  s'y  forme  continuellement  des  efflorescences  de 
sulfate  de  fer,  et  une  sorte  d'alun  dont  les  habitants  tirent  parfois  parti. 

On  observe  également  des  schistes  argileux  de  transition  dans  la 
partie  orientale  du  département  de  l'Aveyron.  Ces  schistes  se  trouvent 
principalement  auprès  S*-Jean  du  Bruel.  Ils  y  fournissent  des  ar- 
doises magnifiques  aussi  belles  que  celles  que  l'on  exploite  auprès 
d'Angers.  Aussi  leur  beauté  a-t-elle  déjà  attiré  l'attention,  et  l'on 
commence  à  les  exploiter  avec  avantage. 

M.  le  docteur  Barrau  de  Rodez  a  découvert  également  dans  le  cal- 
caire de  transition  des  environs  de  Bouch-Payrol  près  Fayet  et  Syl- 
vanex,  de  la  baryte  carbonatée.  Cette  baryte  est  disposée  en  rognons 
sur  les  parois  de  la  grotte  de  Bouch-Payrol  qui  regardent  Brusques. 
Les  mêmes  cavernes  offrent  en  outre  de  nombreux  cristaux  de  quartz 
disposés  en  druses.  Plusieurs  de  ces  cristaux  sont  incrustés  de  cuivre 
carbonate  vert.  Du  reste  il  ne  parait  pas  que  le  carbonate  de  baryte 
de  Bouch-Payrol  y  soit  assez  abondant  pour  pouvoir  devenir  l'objet 
d'une  exploitation  quelconque.  La  variété  que  l'on  y  rencontre  ne  se 
montrant  ni  en  couches  ni  enfdons,  mais  uniquement  concrétionnée ; 
elle  ne  peut  donc  dès  lors  avoir  une  certaine  étendue. 


3®    FORMATIONS    SECONDAIRES. 

A.  Terrains  houillers.  —  Les  terrains  houillers  sont  extrêmement 
abondants  dans  le  département  de  l'Aveyron,  surtout  dans  les  cantons  où 
la  formation  du  grès  bigarré  est  Irès-développée  comme,  par  exemple, 
Ton.  XVIII.  4 


16  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

dans  l'arrondissement  d'Aubin.  C'est  dans  cet  arrondissement  que  se 
trouvent  les  couches  de  houille  les  plus  puissantes,  tandis  que  les 
mines  du  terrain  calcaire  du  district  de  Millau  fournissent  les  couches 
de  houille  les  plus  minces  de  celles  qui  ont  été,  dans  ces  contrées, 
l'objet  d'exploitations  régulières. 

Deux  conditions  semblent  résulter  de  l'observation  des  faits  relative- 
ment à  l'abondance  des  dépôts  houillers  dans  ce  département.  Ces  deux 
conditions  sont  d'une  part ,  la  présence  des  terrains  primitifs ,  et  de 
l'autre  celle  des  formations  du  grès  bigarré.  Lorsque  ces  circonstances 
ne  se  rencontrent  point,  les  dépôts  houillers  sont  extrêmement  restreints 
et  ne  donnent  pas  de  produits  abondants.  Il  est  même  à  remarquer  que 
les  derniers  de  ces  dépôts  des  terrains  calcaires  ont  aussi  leur  niveau 
relatif  (c'est-à-dire  en  comparant  ce  même  niveau  avec  celui  des  mon- 
tagnes où  ils  sont  situés)  plus  élevé  que  les  houilles  placées  au-dessus 
du  terrain  primitif.  Ces  dernières  se  montrent  constamment,  dans  ces 
contrées ,  recouvertes  par  des  grès  ou  psammites  qui  se  rapportent  aux 
buntersandstein  ou  grès  bigarrés. 

Ces  houilles  sont  en  effet  généralement  placées  à  la  base  ou  au  bas  des 
vallées,  tandis  que  les  houillères  du  terrain  calcaire  de  S^-Georges  et  de 
Lavencas,  se  montrent  au  contraire  assez  élevées  au-dessus  de  la  vallée 
du  Tarn,  près  de  laquelle  elles  sont  situées.  Cette  différence  dans  la  po- 
sition des  couches  de  houille  relativement  aux  bassins  près  desquels 
elles  se  trouvent,  tient  probablement  à  ce  que  les  premières  n'ont  point 
été  dérangées  dans  leur  position  primitive.  11  en  a  été  tout  le  contraire 
des  secondes,  soulevées  par  les  masses  calcaires  entre  lesquelles  elles 
sont  placées. 

On  peut  donc  considérer  les  terrains  houillers  de  ce  département 
comme  se  rattachant  à  deux  grands  ordres  de  formation,  et  consti- 
tuant ou  se  rapportant  à  quatre  bassins  principaux ,  ou,  si  l'on  veut,  à 
quatre  grandes  vallées.  Les  formations  houillères  des  trois  premiers  de 
ces  bassins  se  maintiennent  plutôt  à  la  base  ou  dans  le  fond  de  ces 
vallées  que  sur  la  crête  des  montagnes  qui  les  bordent;  il  en  est  le 
contraire  de  celles  qui  appartiennent  au  quatrième  bassin. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  » 

Les  dépôts  houillers  les  plus  considérables,  ceux  du  nord-ouest,  se 
rattachent  au  bassin  du  Lot;  ces  dépôts  constituent  les  vastes  houil- 
lères qui  embrassent  la  vallée  et  la  ville  d'Aubin. 

Les  seconds,  ou  ceux  du  centre  peut-être ,  beaucoup  plus  considé- 
rables que  les  premiers,  se  rattachent  ou  bassin  de  l'Aveyron.  Ils  s'éten- 
dent en  effet  depuis  Severac  et  Rodez  jusqu'à  S*-Geniez-de-Rivedols. 
Ces  dépôts  forment  comme  deux  zones  allongées  et  non  continues , 
qui  s'appuient  l'une  sur  le  terrain  primitif  de  Laguiolle ,  et  l'autre  sur 
celui  de  Viarouge.  Le  troisième,  encore  peu  connu,  situé  au  sud  de 
Ville-Franche  et  vers  l'extrémité  occidentale  de  ce  déparlement,  semble 
s'étendre  depuis  Monteils  jusqu'à  Puech-Mignon  et  Varen.  Ce  troi- 
sième système  pourrait  fort  bien  se  rattacher  au  second,  c'est-à-dire, 
à  celui  du  bassin  de  l'Aveyron.  11  serait  encore  possible  qu'il  se  rap- 
portât au  bassin  houiller  particulier  qui  appartient  à  un  autre  dépar- 
tement, celui  du  Tarn. 

Le  quatrième  ou  dernier  bassin  houiller  qui  est  en  même  temps  le 
plus  méridional,  se  trouve  dans  la  vallée  du  Tarn.  Celui-ci  appartient 
au  système  calcaire  ;  aussi  ses  produits  sont-ils  généralement  peu  abon- 
dants. 

Il  en  est  tout  différemment  du  bassin  houiller  du  Lot  ou  de  celui  du 
nord-ouest;  ce  bassin  offre  des  couches  de  houille  non  interrompues, 
dont  l'époisseur  n'est  pas  moindre  de  25  à  35  mètres.  Ce  qui  n'est  pas 
moins  avantageux ,  ces  masses  donnent  de  la  houille  de  la  meilleure  qua- 
lité; aussi  peut-on  facilement  la  convertir  en  coak,  et  cela  en  plein 
air.  En  effet,  les  parties  les  plus  menues  se  collent  parfaitement  par  la 
carbonisation;  elles  donnent  ainsi  des  masses  argentées  de  coak  le 
meilleur  et  le  plus  léger.  Enfin ,  ce  qui  rend  l'exploitation  des  mines  de 
houille  de  ce  système  encore  plus  profitable,  c'est  que  cette  houille 
est  souvent  recouverte  par  des  couches  puissantes  de  fer  carbonate 
compacte  et  lithoïde. 

Ces  avantages  se  trouvent  réunis  à  Firmi  et  àLasalle;  aussi  ont-ils  fait 
prendre  à  l'établissement  de  Decazeville  une  importance  que  proba- 
blement il  n'aurait  jamais  acquise  sans  cette  double  circonstance. 


28  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

D'une  part  les  mines  de  houille  de  Firmi,  de  Lasalle  et  d'Aubin  fournis- 
sent de  l'excellent  charbon  de  pierre  et  en  grande  quantité  ;  de  l'autre 
les  masses  de  fer  lilhoïde  qui  les  recouvrent  donnent  du  très-bon  fer. 
Ainsi  la  houille  produit  du  bon  coak,  qui  alimente  les  nombreux  hauts- 
fourneaux  établis  à  Decazeville,  et  les  mines  de  fer  dont  les  produits  y 
sont  fondus  étant  à  peu  près  inépuisables ,  ces  hauts-fourneaux  auront 
pour  longtemps  des  matériaux  suffisants  d'alimentation. 

La  houille  n'est  pas  seulement  abondante  à  Firmi  et  à  Lasalle;  il  en 
est  de  même  du  fer  carbonate.  Ce  minerai  est  d'autant  plus  précieux , 
qu'il  réunit  avec  lui  le  fondant  nécessaire  à  la  fusion  du  fer;  aussi,  dans 
les  procédés  suivis  dans  le  fondage  peut-être  emploie-t-on  beaucoup 
trop  de  castine  à  raison  de  la  quantité  de  carbonate  de  chaux  naturelle- 
ment uni  au  minerai  de  fer.  Par  suite,  la  quantité  des  laitiers  y  est 
extrêmement  considérable.  Ce  serait  sans  doute  un  petit  inconvénient, 
mais  il  n'en  est  pas  de  même  de  la  perte  d'une  grande  quantité  de 
combustible  et  de  l'inconvénient  qui  en  résulte  pour  la  qualité 
de  fer. 

Les  empreintes  des  végétaux  que  l'on  découvre  dans  les  bassins 
houillers  de  Firmi  et  de  Lasalle  ou  plutôt  de  Decazeville,  sont  assez 
abondantes.  On  ne  lira  pas  sans  intérêt  la  liste  de  celles  qui  sont  assez 
bien  conservées  pour  être  déterrainables.  Nous  devons  le  tableau  de 
ces  espèces  à  M.  Alphonse  Boisse,  que  nous  aurons  souvent  l'occasion 
de  citer  dans  cette  notice;  voici  du  reste  ce  tableau  : 


NOTICE  GÉOLOGIQUE. 


FAMILLE. 

GËMtE. 

ESPÈCE. 

Observations.         ^gJ 

ÉquiiéUcéei. 

Calamités. 

Dubiiis. 
Cannsformis. 

— 

— 

— 

- 

Suckowii. 

.    : 

— 

Approximatus. 
S  eipèces  indétermioées. 

Fougère*. 

Nevropteri». 

Auriculata. 

- 

— 

Villienii? 

- 

— 

Species  nova. 

Pinnules  très-finement  découpées. 

— 

— 

Autre  idem. 

Pinnules  longues,  étroite*,  Be- 

— 

Odontopleris. 

Major. 

xueuses. 

- 

- 

Minor. 

— 

— 

Brardii  (tel  affinis). 

-" 

Cyclopteris. 
Pecopleris. 

Species  noïa  (Trichomanoïdes  affinis). 
Arboresceos. 

Feuille  simple,  oblongne.  arron- 
die, nerrurcs  très-fines. 

— 

—  ' 

C.yalhœa. 

— 

_ 

Argula. 

- 

— 

8  ou  4  espèces  indéterminées. 

- 

Spbenoptcris. 

Trifoliolala. 

- 

Sigillaria. 

Brardii. 

— 

- 

Candolliana. 

— 

- 

Phisieurs  espèces  indéterminées. 

Marsiléacées. 

Sphenopbj'llum. 

Fiœbriatum. 

— 

— 

Dentatum. 

Famille  ineertaine. 

Aooularia. 

Longirolia. 

— 

— 

Brevirolia  (type). 

— 

— 

Brevirolia,  »ar.  minor. 

— 

Atleropbylliles. 

Bigida. 

— 

— 

Yolkmannia  polystacbia. 

— 

Noeggterathia. 

— 

— 

Caulopteri*. 

— 

Cardiocarpon. 

Carpoljlhes  bexagones. 

CarpolilhfS  heptagone  (esp.  nooT.). 

ta  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

Cette  indication  des  espèces  végétales  découvertes  dans  les  houillè- 
res^ est  loin  d'être  complète;  elle  porte  uniquement  sur  celles  qui 
étaient  assez  bien  conservées,  pour  que  l'on  puisse  être  certain  de  leur 
détermination.  Il  est  loin  d'en  être  ainsi  des  empreintes  que  l'on  dé- 
couvre dans  les  autres  houillères  de  l'Aveyron,  telles  que  celles  de 
Censac,  de  Gages,  de  Bertholène,  de  Méjamels  et  de  Laissac.  Les  vé- 
gétaux fossiles  de  ces  localités  sont  rares  et  en  général  mal  conservés. 
On  n'y  reconnaît  que  les  Calamités  Suekovii  et  cannœformis ,  quel- 
ques Pecopteris  indéterminables  avec  des  Sphenopteris  et  des  Aste- 
rophyllites.  (  Wolktnannia  polystachis .  ) 

Les  houilles  de  Lasalle  et  de  Firmi  renferment  de  petits  filons  ou 
des  amas  d'allophane,  substance  que  M.  Guillemain,  ingénieur  de 
ces  houillères,  a  le  premier  fait  connaître.  C'est  un  silicate  d'alumine 
combinée  avec  de  l'alumine  hydratée;  aussi  diffère-t-elle  essentielle- 
ment de  l'allophane  de  Grafental  par  la  quantité  d'eau  qu'elle  con- 
tient. Cette  substance  d'une  couleur  blanchâtre  se  trouve  en  assez 
grande  quantité  dans  les  houilles  de  Firmi  '.  Quant  aux  couches  de 
houille ,  elles  se  dirigent  en  général  du  nord-ouest  au  sud-est.  Celles 
de  Firmi  plongent  de  18  degrés  vers  le  nord,  tandis  que  celles  de 
Lasalle  inclinent  vers  le  nord-est  de  25  à  30  degrés. 

Les  principales  exploitations  du  second  système  houiller  sont  celles 
de  Censac,  de  Gages,  de  Bertholène  ^,  de  Laissac,  de  Méjamels  et  de 
Brouilles,  près  S'-Geniez.  Ces  houilles  reposent  dans  le  bas  des  val- 
lons, sur  le  sol  primitif,  qui,  par  l'effet  des  soulèvements  qu'il  a  éprouvés, 
ressort  de  tous  côtés.  La  puissance  de  ces  houilles  est  moins  consi- 
dérable que  dans  le  premier  système  en  exploitation  ;  elle  est  même 

*  On  y  a  également  découvert  une  autre  alumine  silicatée  hydratée  qui,  quoique  décorée  du 
nom  particulier  de  pholérite,  ne  forme  probablement  qu'une  môme  substance  avec  Yallophane.  Ses 
caractères  extérieurs  sont  à  peu  près  les  mêmes,  ainsi  que  sa  composition  et  son  gisement.  Celle-ci 
se  trouve  particulièrement  dans  les  fissures  des  rognons  des  minerais  de  fer. 

*  Les  mines  de  houille  de  Bertholène,  situées  sur  la  rive  gauche  de  l'Aveyron,  au  bas  de  la 
montagne  de  Monterlhe,  fournissent  du  charbon  que,  dans  le  principe,  on  croyait  tout  au  plus 
propre  à  alimenter  les  fours  à  chaux,  mais  depuis  lors  on  s'en  est  servi  dans  les  diverses  forges  du 
pays  avec  beaucoup  d'avantages. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  -51 

ici  extrêmement  faible.  Un  grès  dont  les  couches  inférieures  sont  ana- 
logues au  grès  rouge,  recouvre  les  masses  houillères,  tandis  que  les 
plus  supérieures,  tout  à  fait  semblables  au  grès  bigarré,  se  rapportent 
à  cette  formation.  Du  reste  ceci  n'est  qu'une  apparence,  car  il  n'existe 
peut-être  pas  de  véritable  grès  rouge  parmi  les  diverses  formations  qui 
composent  le  sol  de  rA.veyron,  à  moins  que  l'on  ne  prenne  pour  tel  le 
grès  rouge  du  pont  de  Camarès  dans  les  environs  de  S'-Afrique.  Les 
couches  les  plus  anciennes  des  grès  qui  recouvrent  les  houilles,  ne 
sont  probablement  que  les  assises  les  plus  inférieures  des  grès  bigarrés. 
La  compacité  de  ceux-ci,  leur  couleur  rouge  à  peu  près  constante, 
font  qu'il  est  souvent  impossible  de  les  distinguer  des  vrais  grès  rouges 
une  fois  qu'ils  ont  été  détachés  de  leur  gisement. 

La  difficulté  est  tout  aussi  grande  lorsque  ces  roches  n'olTrent  point 
les  nuances  variées  qui  leur  ont  fait  donner  le  nom  de  grès  bigarrés,  et 
qu'ils  se  montrent  en  recouvrement  sur  les  houilles.  Conservant  partout 
les  mêmes  nuances  et  la  même  texture,  l'on  ne  voit  jamais  de  roche 
interposée  entre  leurs  assises  supérieures  et  inférieures;  ainsi,  faute  de 
cette  interposition,  qui  permettrait  d'en  distinguer  les  diverses  forma- 
tions ,  si  toutefois  il  en  est  d'autres  que  celles  du  grès  bigarré ,  il  est 
difficile  de  ne  pas  les  rapporter  à  cette  sorte  de  roches. 

La  troisième  formation  houillère ,  beaucoup  moins  connue  que  les 
deux  premières,  n'a  pas  été  jusqu'à  présent  l'objet  d'exploitations  régu- 
lières. Cette  formation  paraîtrait  recouverte  par  le  grès  bigarré  et  le 
calcaire  secondaire  jurassique,  ou  du  moins  par  un  calcaire  secondaire 
qui  se  montre  supérieur  à  ce  grès,  toutes  les  fois  que  ces  roches  se 
trouvent  en  contact. 

M.  Alphonse  Boisse,  directeur  actuel  des  mines  de  Cramaux  (Tarn), 
a  fait  récemment  une  découverte  intéressante  dans  les  terrains  houil- 
liers  de  la  Fomade,  près  de  Rodez.  Cet  observateur  y  a,  en  effet, 
reconnu  la  websterite,  en  petites  masses  terreuses  blanchâtres,  dissé- 
minée sous  forme  d'amas  allongés  dans  une  argile  grise  stéatiteuse, 
très-douce  au  toucher,  qui  parait  appartenir  aux  couches  supérieures 
du  terrain  houUler.  Malheureusement  pour  la  géologie  de  ce  dépar- 


52  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

tement,  l'observateur  que  nous  venons  de  citer  s'est  éloigné  du  pays 
qui  l'a  vu  naître,  et  il  est  à  craindre  que  personne  n'imite  son  zèle 
pour  les  progrès  d'une  science  qui  devait  avoir  en  Aveyron  plus  de 
prosélytes  que  partout  ailleurs. 

La  quatrième  formation  houillère  appartient  à  un  tout  autre  système 
de  terrain  5  aussi  sa  position  est-elle  très-différente  de  celle  des  autres 
formations.  Les  premières  se  montrent  dans  le  fond  des  vallées ,  tandis 
que  celle-ci,  placée  dans  le  calcaire  secondaire  jurassique,  se  trouve 
à  une  hauteur  assez  considérable  par  suite  du  redressement  qu'elle 
a  éprouvé  postérieurement  à  son  dépôt.  Sa  position  favorise  singu- 
lièrement l'exploitation  de  la  houille  que  l'on  en  extrait,  placée  au- 
dessus  du  grand  chemin  de  Millau  à  S*-Afrique,  presqu'au  bord  du 
Tarn.  Les  produits  qu'elle  fournit  sont  très-rapprochés  des  moyens 
de  transport.  Malheureusement  la  quantité  et  la  qualité  du  charbon 
de  pierre  que  l'on  extrait  des  houillères  de  S^-Georges  et  de  Laven- 
cas  ne  sont  pas  en  rapport  avec  leur  position  :  aussi  ces  mines  ne 
sont-elles  pas  l'objet  d'une  exploitation  considérable  ni  bien  régu- 
lière. 

Le  calcaire  dans  lequel  gisent  les  mines  de  S*-Georges  constitue 
une  chaîne  assez  étendue,  parallèle  aux  Cevennes  et  intercalée  entre 
deux  ramifications  primitives ,  dont  l'une  va  s'étendre  en  Languedoc , 
et  l'autre  sépare  les  bassins  du  Tarn  et  de  l'Aveyron  aux  environs  de 
Millau.  On  doit  rapporter  à  la  même  formation  les  couches  calcaires 
qui  forment  la  chaîne  du  Larzac ,  couches  faiblement  inclinées  vers 
l'est.  Quoique  violemment  redressées,  elles  n'en  recèlent  pas  moins 
des  masses  de  houille  qui  leur  sont  parallèles.  Il  y  a  souvent  deux 
ou  trois  couches  de  ce  genre  séparées  entre  elles  par  des  lits  calcaires. 
Parmi  ces  différentes  couches  de  houille,  il  n'en  est  qu'une  seule  dont 
l'exploitation  soit  avantageuse. 

La  houille  se  montre  ici  encaissée  entre  deux  lits  de  schiste  argilo- 
bitumineux,  très-pyriteux.  Sa  puissance  offre  rarement  des  variations 
considérables;  elle  est  entre  0'»^25  et  0™,40.  La  houille  que  l'on  en  ex- 
trait est  plus  ou  moins  compacte,  solide  ou  friable;  on  la  voit  également 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  SS 

mélangée  de  sulfure  de  fer,  d'argile  et  de  schiste.  En  général,  cette 
houille  est  d'assez  bonne  qualité,  mais  ses  produits  ne  sont  pas  abon- 
dants. 

Ce  système  houiller,  composé  de  trois  couches  ainsi  disposées,  est 
lui-même  intercalé  entre  les  assises  calcaires  qui  constituent  les 
sommités  de  la  chaîne  secondaire  du  Larzac,  au-dessus  du  village  de 
S'-Georges.  Il  se  prolonge  ensuite  dans  la  vallée  du  Cernon,  delà,  dans 
celle  du  Tarn,  jusqu'à  la  rencontre  de  la  vallée  de  laDourbie,  dans 
laquelle  on  le  retrouve  constamment  jusque  vers  Nant  et  au  delà. 
Dans  cette  dernière  vallée,  on  exploite  cette  houille  sur  plusieurs 
points,  principalement  dans  les  communes  de  la  Rogue,  de  S'-Viran, 
de  Montmejan  et  de  Cantalero. 

Les  houilles  des  terrains  calcaires  des  environs  de  Millau  sont  assez 
constamment  accompagnées  de  schistes  bitumineux,  sur  lesquels  l'on 
observe  de  nombreuses  empreintes  végétales.  Ces  empreintes  ne  signa- 
lent pas,  comme  celles  des  houillères  qui  se  trouvent  dans  les  terrains 
de  grès,  des  plantes  appartenant  aux  familles  de  fougères  et  des 
équisétacées ,  mais  presque  uniquement  des  végétaux  de  la  famille 
des  cycadées. 

-  /  Les  houilles  des  terrains  calcaires  de  l'Aveyron  se  prolongent  dans 
le  département  du  Gard.  C'est  principalement  sur  les  bords  de  la 
Dourbie  et  du  Cernon  qu'on  les  observe,  à  part  celles  de  S'-Georges  et 
de  Lavencas ,  que  l'on  voit  sur  les  bords  du  Tarn ,  et  celles  que  l'on 
exploite  sur  le  Larzac,  depuis  la  Cavalerie  jusqu'à  Nant  et  Contobre, 
Ces  houilles  ne  forment,  pour  ainsi  dire,  qu'une  seule  et  même  couche, 
laquelle  existe  sur  l'entier  plateau  du  Larzac ,  à  la  même  élévation 
et  dans  la  même  position,  c'est-à-dire,  entre  le  calcaire  compacte 
oolithique  et  le  calcaire  dolomitique. 

Les  premières  et  les  secondes  formations  houillères  que  nous  ve- 
nons de  décrire,  offrent  dans  leur  exploitation  d'assez  grandes  dif- 
ficultés. Ces  diflicultés  tiennent  à  la  facilité  avec  laquelle  ces  houilles 
s'embrasent.  On  ne  peut  parer  à  cet  inconvénient  qu'en  fermant  toutes 
les  issues  par  lesquelles  l'air  pénètre  dans  l'intérieur  des  mines.  Comme 
ToM.  XVIII.  5 


U  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

on  se  sert  d'argile  pour  boucher  ces  ouvertures ,  l'argile ,  en  se  dessé- 
chant par  l'action  de  la  chaleur,  laisse  bientôt  des  interstices ,  lesquels 
donnent  de  nouvelles  issues  à  l'air,  et  l'inflammation,  loin  de  s'éteindre, 
n'en  est  que  plus  active. 

On  a  cru ,  pendant  quelque  temps ,  pouvoir  mettre  à  profit  les  ré- 
sultats de  la  combustion  ;  ces  incendies  souterrains  donnent  souvent 
lieu  à  la  production  de  masses  assez  considérables  d'alun  souvent 
même  assez  pur.  Des  ateliers  avaient  été  établis  à  cet  effet ,  soit  à 
Aubin ,  soit  à  Fontaines.  Ces  ateliers  n'ont  plus  prospéré  depuis 
l'époque  où  l'on  a  vu  que  le  moyen  le  plus  simple  pour  se  procu- 
rer de  l'alun  d'une  grande  pureté,  était  de  le  fabriquer  de  toutes  pièces, 
en  combinant  des  argiles  pures  avec  l'acide  sulfurique.  Aussi  depuis 
lors,  les  usines  d'Aubin  et  de  Fontaines  ont  donné  si  peu  de  profit 
qu'elles  ont  été  abandonnées. 

B.  Terrains  du  calcaire  conchylien  et  des  grès  bigarrés.  —  Le 
grès  bigarré  ,  buntersandstein  des  géologues  allemands ,  est  la 
seconde  des  formations  de  sédiment  qui  ait,  en  Aveyron,  le  plus 
d'étendue  '.  Sa  direction  la  plus  générale  a  lieu  du  nord-est  au 
sud-ouest  ,  formant  ainsi  une  large  bande  qui,  commençant  vers 
S'-Geniez-de-Rivedols,  se  dirige  vers  Rodez  et  Marcillac.  On  la  revoit 
encore  se  diriger  vers  Firmi  et  Aubin ,  s'étendre  dans  tout  le  bassin 
houiller ,  puis  vers  Rignac,  d'où  elle  se  prolonge  jusqu'à  la  Tribaille, 
dans  les  environs  de  Ville-Franche.  Cette  bande,  celle  du  moins  qui  se 
dirige  vers  le  sud-ouest,  va  se  joindre,  après  plus  ou  moins  d'interrup- 
tion, aux  grès  bigarrés  qui  se  sont  étendus  vers  Ville-Franche;  elle 
va  se  réunir  aux  roches  du  même  genre  des  environs  de  Cramaux,  dans 
le  département  de  Tarn. 

Ces  grès  bigarrés  quoique  assez  chargés  de  paillettes  de  mica, 
offrent  souvent  une  grande  compacité;  alors,  ils  sont  exploités  comme 


*  Ce  terrain  est  connu  dans  le  département  de  l'Aveyron  sous  le  nom  de  rougier.  Cette  déno- 
mination lui  a  été  probablement  donnée  à  raison  de  sa  couleur. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  35 

pierres  de  taille  et  pierres  d'appareil.  Ils  durcissent  considérablement 
à  l'air;  par  suite  ils  acquièrent  la  plus  grande  solidité,  et  conservent 
la  pureté  de  leurs  contours.  On  peut  en  voir  la  preuve  dans  la  belle 
cathédrale  de  Rodez,  qui  en  est  entièrement  bâtie,  ainsi  que  la  plu- 
part des  édifices  et  des  maisons  de  cette  ville.  Leur  couleur ,  générale- 
ment rougeâtre,  devient  souvent  foncée,  nuance  qui  leur  donnerait 
un  certain  prix  si  elle  se  conservait  sous  le  ciel  froid  et  humide  de 
l'Aveyron  '.  Quoique  généralement  rougeâtres,  ces  grès  sont  parfois 
violâtres  ou  verdâtres;  lorsqu'ils  offrent  ces  couleurs  variées  qui  les 
caractérisent  le  plus  ordinairement ,  on  les  voit  surmonter  ou  alterner 
avec  des  marnes  irisées  de  couleurs  très-variées  ;  ces  roches  offrent  peu 
de  corps  organisés;  cependant  M.  le  docteur  Barrau  de  Rodez  y  a 
découvert  un  individu  du  grand  genre  oursin,  qui,  d'après  ce  qu'il 
m'en  a  dit,  devait  probablement  se  rapporter  au  genre  spatangue  de 
Lamark. 

Les  montagnes  formées  par  les  grès  bigarrés  se  présentent,  en  A.vey- 
ron,  sous  une  forme  arrondie,  s'étendant  par  des  lignes  ondulées  et 
adoucies  qui  n'ont  rien  de  bien  saillant  ni  d'abrupte.  Quant  aux  terres 
qui  résultent  de  la  décomposition  de  ces  grès ,  elles  sont  généralement 
peu  fertiles ,  à  moins  que ,  par  amendement ,  on  ne  soit  parvenu  à  en 
corriger  la  nature  quarzeuse. 

On  trouve  peu  de  minéraux  disséminés  dans  la  masse  de  ces  grès; 
l'on  n'y  a  observé  jusqu'à  présent  que  du  cuivre  carbonate  vert  et 
bleu ,  et  cela  dans  les  environs  de  Marcillac.  Le  sulfure  de  plomb  y  a 
été  également  aperçu  dans  les  environs  de  Cantaloube.  Quant  aux 
cristaux  de  gypse  ou  de  sulfate  de  chaux,  ils  sont  assez  communs 
dans  ces  roches  et  même  dans  un  assez  grand  nombre  de  localités.  On 
en  a  signalé  à  S'-Afrique,  ainsi  que  dans  les  environs  de  Marcillac 
et  de  Valady.  Le  gypse  de  Varens  n'appartient  pas  à  la  formation  du 
grès  bigarré,  ainsi  qu'on  l'avait  supposé,  mais  bien  aux  formations 

•  Cette  roche  est  nommée  à  raison  de  sa  cou)eurnout'«au  grè»  rmige,  par  les  géologues  anglais. 
Elle  a  (lu  reste  de  grands  rapports  avec  le  grès  rouge  ancien  ;  elle  en  difll>re  essentieliement  par  sa 
pétition  au-dessus  du  terrain  lioniller. 


36  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

tertiaires.  On  le  découvre  en  effet  au  milieu  des  terrains  d'eau  douce 
très-développés ,  analogues  à  ceux  du  département  du  Gers,  où  les 
gypses  sont  l'objet  d'exploitations  régulières. 

Les  grès  bigarrés  de  S^-Afrique  renferment  des  amas  et  des  couches 
très-considérables  de  gypse,  lesquels  sont  exploités  avec  avantage. 
Ces  exploitations  ont  même  eu  de  l'influence  sur  la  prospérité  et  l'a- 
mélioration de  l'agriculture  dans  cet  arrondissement,  par  suite  des 
capitaux  qu'elles  y  ont  apportés. 

Quant  aux  grès  bigarrés  de  l'arrondissement  de  S*-Afrique ,  ils  pa- 
raissent reposer  ou  sur  le  terrain  primitif  ou  sur  celui  de  transition. 
Il  est  difficile  pourtant  d'en  être  certain,  les  points  de  contact  des  deux 
terrains  ne  se  trouvant  nullement  à  découvert.  Du  moins  il  est  positif 
qu'ils  sont  surmontés  par  des  marnes  irisées.  Ces  marnes  offrent  contre 
leur  couche  des  amas  fort  considérables  de  gypse  saccharoïde,  que 
l'on  exploite  maintenant  avec  succès,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  fait 
observer. 

Les  grès  bigarrés  qui  se  montrent  en  contact  avec  les  gypses  en 
sont  plus  ou  moins  imprégnés  ,  quelquefois  ils  en  sont  tellement 
pénétrés  qu'on  les  exploite  avec  quelque  avantage ,  quoique  le  plâtre 
qui  en  provient  soit  d'une  qualité  très-inférieure.  Les  marnes  irisées 
qui  surmontent  les  grés  bigarrés  sont  recouvertes  par  une  petite 
couche  de  dolomie  peu  épaisse ,  sur  laquelle  repose  le  calcaire 
lias  '. 

Ainsi  soit  à  S^-Afrique,  soit  ailleurs,  l'on  ne  voit  nulle  part,  dans  le 

*  Les  gypses  qui  forment  des  amas  et  des  couches  dans  les  grès  bigarrés  de  S'-Afrique ,  s'y 
montrent  en  lits  alternatifs  avec  des  macignos  compactes,  nommés  improprement  dans  ces  localités 
grès  gypseux.  Ces  macignos  occupent  d'assez  grands  espaces  dans  l'arrondissement  de  S'-Afrique. 
En  effet,  cette  roche  se  montre  dans  les  deux  vallées  de  la  Sorgues  et  du  Dourdou,  descendant  de- 
puis S'-Felix  de  Sorgues  jusqu'à  l'embouchure  du  Dourdou  dans  le  Tarn,  vis-à-vis  de  Broquiez; 
elle  n'est  pas  cependant  accompagnée  partout  par  ce  gypse.  Il  paraît  que  ces  dépôts  gypseux  ne  se 
rencontrent  que  dans  la  vallée  de  la  Sorgues,  depuis  S'-Félix  jusqu'à  S'-Afrique,  et  dans  les  val- 
lées latérales  qui  dégorgent  ou  aboutissent  à  cette  même  vallée. 

Une  circonstance  assez  remarquable  de  ces  formations  gypseuses,  c'est  qu'elles  sont  assez  con- 
stamment accompagnées  par  des  dolomies  compactes.  Ces  dolomies  y  forment  de  petites  couches 
superposées  sur  la  partie  la  plus  supérieure  des  masses  gypseuses.  Les  arkoses  de  l'Aveyron  pa- 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  m 

département  de  l'Â.veyron ,  le  sechstein  ou  le  calcaire  alpin  au-dessous 
des  grès  bigarrés. 

Quant  au  muschelkalk  ou  calcaire  conchylien ,  il  repose  immédia- 
tement sur  ces  grès,  qui  forment  la  partie  inférieure  du  sol  dans  les 
environs  de  Ville-Franche;  nulle  part  on  n'y  découvre  des  marnes 
bigarrées;  si  elles  existent  dans  quelques-unes  des  nombreuses  vallées 
de  cet  arrondissement ,  elles  n'y  sont  jamais  développées  et  ne  peuvent 
dès-lors  avoir  aucune  importance  dans  la  constitution  du  sol. 

he  muschelkalk  consixiue y  au  contraire,  les  principaux  terrains  des 
environs  de  Ville-Franche;  il  occupe  toute  la  profondeur  des  vallées  qui 
entourent  cette  ville  jusqu'à  un  premier  plateau  formant  une  sorte  de 
gTadin  qui  les  surmonte.  Là  commence  à  se  montrer  la  partie  supérieure 
du  lias  ;  quant  aux  couches  inférieures  de  cette  formation,  elles  ne  parais- 
sent pas  se  rencontrer  dans  les  vallées  ou  les  plateaux  des  environs  de 
Ville-Franche.  Le  lias  s'y  termine  dans  la  partie  supérieure  des  plateaux 
par  des  marnes,  qui  paraissent  se  rapporter  à  la  partie  inférieure  du 
groupe  oolithique.  Ce  groupe  semble  constituer  le  second  plateau  ou  le 
gradin  supérieur  qui  couronne  le  sommet  des  montagnes  des  environs  de 
Ville-Franche.  Le  calcaire  conchylien  prend  un  si  grand  développement 
dans  ce  département,  qu'il  s'élève  jusqu'à  la  hauteur  des  premiers  pla- 
teaux des  collines  secondaires.  Il  repose  sur  les  grès  bigarrés;  la  partie 
supérieure  du  lias  les  surmonte,  sans  l'intermédiaire  des  marnes  irisées, 
dont  on  ne  retrouve  presque  pas  de  traces  dans  les  localités  occupées 
par  le  calcaire  conchylien.  Le  muschelkalk  est  accompagné  par  des 

raissent  se  rattacher  à  la  formation  des  grès  bigarrés ,  quoiqu'elles  soient  immédiatement  appli- 
quées sur  les  terrains  primitifs  ;  ce  qui  a  quelquefois  lieu  pour  les  roches  de  ces  mômes  grès.  Telle 
est  du  moins  la  disposition  des  arkoses  qui,  à  Cassagnetes,  près  de  Rodez,  sont  l'objet  d'exploi- 
tations régulières  et  ser^'ent  ensuite  de  pierres  d'appareil.  Ces  arkoses  granitoïdes  y  forment  parfois 
de  grands  filons  au  milieu  des  masses  granitiques  que  l'on  découvre  dans  cette  localité. 

Quant  à  celles  de  ces  arkoses  qui  sont  appliquées  sur  les  roches  granitiques,  elles  s'y  montrent 
en  stratification  discordante ,  par  suite  de  la  diversité  de  leur  origine.  Ces  arkoses  forment  aussi 
en  Aveyron  une  grande  bande  qui,  continuellement  circonscrite  par  les  terrains  primitifs,  s'étend 
depuis  le  Levezou  jusqu'à  Ricupeyroux ;  cette  grande  bande  a  été  particulièrement  l'objet  des  re- 
cherches de  M.  le  docteur  Barrau ,  que  nous  aurons  l'occasion  de  citer  pour  d'autres  faits  géo- 
logiques non  moins  intéressants. 


38  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

dolomies  soit  à  sa  partie  inférieure,  soit  à  sa  partie  supérieure;  seule- 
ment ces  dernières  sont  mélangées  avec  des  silex  cornés.  Les  mêmes 
formations  se  rencontrent  avec  des  circonstances  à  peu  près  analogues 
à  Rodez  et  dans  la  Lozère ,  particulièrement  à  Marnezoli  et  dans  les 
environs  de  Mende. 

La  détermination  de  cet  ordre  de  terrains  ne  peut  guère  se  faire  au 
moyen  des  débris  organiques  fossiles,  car  ils  y  sont  fort  rares,  pour  ne 
pas  dire  nuls.  On  ne  peut  donc  classer  ce  système  que  sur  les  caractères 
et  la  position  des  roches  calcaires  qui  le  constituent.  Ces  roches  com- 
pactes, d'une  couleur  de  gris-fumée  dans  la  plupart  des  couches  qu'il 
compose ,  deviennent  blanchâtres  et  marneuses  dans  leur  partie  infé- 
rieure. Les  bancs  supérieurs  de  cette  grande  formation  calcaire  présen- 
tent des  bancs  de  silex  corné  ;  quant  à  la  partie  la  plus  inférieure ,  elle 
est  formée  de  masses  de  roches  caverneuses  bleuâtres  et  dolomitiques. 

On  peut  aussi  regarder  comme  caractéristique  de  ce  terrain  les  eaux 
sulfureuses  qui  en  découlent,  particulièrement  dans  les  environs  de 
Ville-Franche.  Ces  eaux  sourdent  de  dessous  les  lits  d'un  calcaire  noi- 
râtre d'un  aspect  tout  particulier.  Enfin,  si  les  vallées  de  cette  loca- 
lité étaient  creusées  dans  le  lias  et  non  pas  dans  le  muschelkalk ,  on  y 
trouverait  des  ammonites  et  des  bélemnites.  Ces  coquilles  fossiles  se 
trouvent  pourtant  uniquement  sur  les  plateaux  qui  couronnent  ces 
mêmes  collines  secondaires. 

Le  calcaire  conchylien  ou  muschelkalk  est  très-développé  dans  les 
environs  de  S^-Bauzély  et  de  Viala  du  Tarn  ;  considéré  d'une  manière 
générale,  par  rapport  à  l'importance  qu'il  peut  avoir  en  Aveyron,  il  n^y 
compose  qu'une  bande  assez  étroite  d'au  plus  4  à  5  lieues  de  longueur, 
dirigée  N.  N.  E.  entre  S'-Rome  du  Tarn  et  S'-Bauzile.  Cette  zone,  ap- 
puyée à  l'ouest  sur  les  flancs  de  Lagast ,  disparait  vers  l'est  sous  le  ter- 
rain du  lias  qui  lui  est  superposé.  A  peu  de  distance  de  cette  localité  et 
dans  les  environs  de  S'<2-A.frique ,  on  voit  dans  les  profondes  coupures 
des  terrains  qui  caractérisent  cette  contrée ,  le  passage  des  grès  bigarrés 
aux  formations  jurassiques,  dans  la  position  même  où  le  muschelkalk 
devrait  se  trouver. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  30 

Oïl  observe  entre  les  grès  rouges  de  la  plaine  de  Camarès  et  les  cal- 
caires du  plateau  du  Larzac  une  série  de  couches  de  grès  blancs,  jaunes 
et  verdàtres,  de  marnes  aux  couleurs  variées,  de  calcaires  gris  et  jau- 
nâtres en  lits  minces  et  en  feuillets,  qui  forment  la  séparation  et  le 
passage  des  grès  rouges  aux  grès  inférieurs  du  lias.  Ce  terrain  offre  les 
plus  grandes  analogies  avec  celui  qui  a  été  décrit  sous  le  nom  de  for- 
mation du  muschelkalstein  par  M.  Voltz,  dans  sa  Notice  géologique 
sur  les  environs  de  Vie  (Meurthe).  Néanmoins,  diverses  considérations 
ont  porté  M.  Boisse ,  qui  a  étudié  ce  terrain  avec  soin ,  à  le  considérer 
plutôt  comme  l'équivalent  géologique  des  marnes  irisées  de  la  France, 
de  l'Allemagne,  dont  il  possède  du  reste  tous  les  caractères  '.  Malheu- 
reusement ce  géologue  n'y  a  découvert  aucune  espèce  fossile,  mais 
seulement  des  dépôts  gypseux  abondants,  qui  se  trouvent  à  la  partie 
moyenne  de  ces  formations.  L'étude  de  ces  terrains  a  fourni  à  M.  Boisse 
l'occasion  d'en  faire  l'objet  d'une  note  qui  paraîtra  prochainement  dans 
les  Annales  des  mines. 

Cette  notice  fera  mieux  saisir  que  nous  ne  pouvons  le  faire  nous- 
méme  jusqu'à  quel  point  l'opinion  de  M.  Boisse,  sur  l'ensemble  de  ces 
formations  peut  être  fondée.  Aussi  ne  croyons-nous  pouvoir  mieux  faire 
que  d'y  renvoyer. 

Enfm  d'autres  observations  géologiques  dues  à  M.  Millet  avaient 
fait  supposer  jusqu'aux  recherches  récentes,  que  toute  la  partie  infé- 
rieure des  terrains  secondaires  antérieure  aux  grès  bigarrés ,  devait 
être  rapportée  aux  couches  les  plus  anciennes  du  lias.  Cependant  ces 
couches  paraissent  manquer  à  peu  près  totalement  dans  ce  département. 

C  Terrains  jurassiques  y  compris  le  lias.  —  Le  lias  parait  être 
représenté  en  Aveyron  par  le  calcaire  à  gryphées  arquées  (gryphœa 
arcuata),  dont  les  analogies  sont  frappantes  avec  les  roches  calcaires  de 
la  Bourgogne ,  qui  renferment  la  même  espèce  de  gryphée  avec  d'au- 
tres coquilles.  Ces  calcaires  se  montrent  liés  au  muschelkalk,  aux  grès 

*  Ces  terrains  de  l'Alsace  et  de  TAllemape  ont  été  décrits  et  étudiés  arec  soin  par  MM.  Char- 
banlt  et  Levallois. 


m  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

bigarrés  et  aux  arkoses ,  et  y  composent  rarement  le  faîte  du  sol.  Ainsi 
apparaît  d'un  côte  en  Aveyron  le  lias  à  gryphées  arquées,  ainsi  que  les 
couches  d'un  calcaire  jaunâtre  plus  ou  moins  caverneux,  rempli  assez 
souvent  de  petites  coquilles,  parmi  lesquelles  dominent  les  plagios- 
tomes ,  les  placunes,  les  modioles  et  les  mactres. 

Les  fossiles  du  lias  de  l'Aveyron  se  rapportent  à  des  fragments  plus 
ou  moins  incomplets  d^Ichthyosaurus,  et  à  des  poissons.  C'est  du  moins 
dans  cette  formation  que  parait  avoir  été  rencontré  le  Cyprinus  el- 
vensis  àécv'xi  par  M.  de  Blainville;  ce  naturaliste  l'a  nommé  ainsi  à 
raison  de  ce  que  ce  poisson  fossile  a  été  découvert  à  Elves,  près  de  Ville- 
Franche.  Le  calcaire  dans  lequel  il  a  été  rencontré  était  schistoïde  et 
très-fétide.  On  a  également  cité  dans  le  lias  de  l'Aveyron  des  spirifer  j 
on  n'a  pu  y  reconnaître  que  les  spirifer  glaber  et  cuspidatus ,  les 
autres  espèces  de  ce  genre  étaient  trop  incomplètes  pour  être  déter- 
minables. 

Le  calcaire  connu  à  Yille-Franche  sous  le  nom  de  ciment  romain ,  à 
raison  de  ses  propriétés  remarquables,  y  deviendra  peut-être  l'objet 
d'exploitations  régulières.  Ce  calcaire  appartient  à  la  formation  du  lias; 
il  se  trouve  principalement  à  Toulonjac,  près  de  Ville- Franche.  11  jouit 
des  mêmes  propriétés  que  le  ciment  désigné  en  Angleterre  sous  le  nom 
de  parker,  et  en  France ,  sous  celui  de  galets  de  Boulogne,  et  même  de 
ciment  romain.  M.  Lacordaire  paraît  avoir  été  le  premier  qui  en  ait 
tiré  parti  parmi  nous;  celui  qu'il  a  exploité  se  trouve  en  Bourgogne. 
Quantau  calcaire  des  environs  de  Toulonjac,  près  de  Ville-Franche,  et 
qui  semble  aussi  précieux  pour  les  constructions  que  le  ciment  romain 
de  la  Bourgogne,  nous  en  devons  la  connaissance  à  M.  Millet,  qui  s'oc- 
cupe avec  le  plus  grand  zèle  de  tout  ce  qui  peut  être  utile  aux  arts  et 
aux  sciences. 

Le  lias  n'est  point,  du  reste,  borné  aux  environs  de  Ville-Franche; 
il  compose  au  contraire  des  portions  de  terrains  assez  étendues ,  soit 
dans  les  environs  de  Rodez ,  soit  dans  ceux  de  Millau.  Partout  il  y  est 
caractérisé  par  les  mêmes  fossiles.  Seulement,  la  partie  la  plus  infé- 
rieure de  ses  couches  n'a  été  jusqu'à  présent  observée  que  dans  un 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  él 

petit  nombre  de  localités^  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  fait  remarquer. 

Il  en  est  de  môme  des  débris  dC Ichlliyosaurus  ;  ces  débris  ont  été 
jusqu'à  présent  uniquement  rencontrés  dans  les  environs  de  Ville- 
Franche. 

Le  lias  de  l'Aveyron  semble  former  trois  assises  distinctes,  lesquelles 
reposent  ou  sur  les  grès  bigarrés  ou  sur  les  marnes  irisées.  Les  assises 
les  plus  inférieures  de  celte  formation  offrent  assez  souvent  des  dolo- 
mites compactes  grisâtres,  ou  d'autres  roches  magnésiennes,  celluleuses 
et  caverneuses.  Les  assises  moyennes  se  composent  au  contraire  de 
couches  marneuses,  dans  les  fissures  desquelles  se  montrent  interca- 
lées de  petites  veines  calcaires.  Ces  veines  donnent  une  chaux  maigre 
et  hydraulique  fort  employée  dans  le  pays.  On  y  observe  également  de 
petites  couches  d'un  calcaire  chargé  d'une  assez  grande  quantité  de 
peroxyde  de  fer.  Les  Romains  paraissent  avoir  fait  usage  de  ce  calcaire 
et  en  avoir  composé  un  excellent  ciment.  Quelquefois  ces  roches  ren- 
ferment des  minerais  de  fer  assez  riches  pour  être  exploités  avec 
avantage.  Tels  sont  ceux  que  l'on  découvre  à  Vensac  et  à  S^-Igest , 
près  de  Ville-Franche,  et  qui  sont  ensuite  portés  dans  les  fonderies 
de  Decazeville ,  où  ils  sont  convertis  en  fer.  Enfin  la  partie  supérieure 
du  lias  est  principalement  composée  de  marnes  calcaires,  au-dessous 
desquelles  se  trouvent  les  couches  d'un  calcaire  cristallin  qui  forme 
la  base  des  terrains  jurassiques  de  l'Aveyron. 

a.  Terrains  calcaires  secondaires.  —  La  simplicité  des  forma- 
tions jurassiques  est  le  trait  le  plus  distinctif  et  le  plus  particulier  des 
formations  de  cet  ordre  dans  le  midi  de  la  France.  Souvent,  dans  nos 
contrées  méridionales ,  ces  terrains  consistent  presque  dans  une  seule  , 
roche  calcaire,  aussi  remarquable  par  son  uniformité  que  par  son 
étendue.  Il  n'en  est  pas  cependant  tout  à  fait  de  même  en  Âveyron, 
où,  d'après  ce  que  nous  avons  déjà  fait  observer,  ces  formations  sont 
beaucoup  plus  complexes,  étant  composées  non -seulement  par  les 
diverses  assises  du  lias  et  des  terrains  jurassiques,  mais  encore  par 
le  groupe  oolithique  dont  les  couches  ou  les  divers  termes  sont  plus 
ToM.  XVIII.  G 


42  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

ou  moins  nombreux.  Sous  ce  rapport,  les  formations  calcaires  se- 
condaires de  l'Aveyron  sont  loin  de  présenter  une  simplicité  aussi 
grande  que  celles  de  l'Auvergne  et  des  contrées  méridionales  qui 
bordent  la  Méditerranée. 

Enfin ,  une  autre  remarque  que  l'on  peut  faire  et  qui  s'applique  in- 
différemment à  tous  les  calcaires  secondaires  du  midi  de  la  France, 
tient  au  petit  nombre  des  débris  organiques  qu'ils  renferment,  surtout 
de  ceux  qui  se  rapportent  à  des  végétaux.  En  effet,  le  plus  grand 
nombre  de  ces  débris  se  découvre ,  non  dans  les  calcaires  eux-mêmes, 
mais  dans  les  marnes  qui  les  accompagnent.  Quant  aux  fossiles  végé- 
taux ,  ils  sont  généralement  des  plus  rares ,  même  dans  les  couches 
marneuses  les  plus  riches  en  débris  organiques  animaux. 

Il  n'y  a  d'exception  à  cette  loi  constante  que  pour  quelques  localités 
particulières,  comme  le  sont  par  exemple  celles  qui  renferment  les 
houilles  des  terrains  calcaires.  Mais  pour  ces  localités,  l'abondance  des 
productions  végétales  fossiles  est  encore  peu  considérable.  L'Aveyron 
nous  en  fournit  lui-même  une  preuve  frappante;  elle  nous  est  fournie 
par  les  houillères  situées  au  pied  du  Larzac,  dans  lesquelles  on  n'ob- 
serve guère  que  des  cycadées. 

Nous  ne  pourrons  faire  connaître  les  espèces  fossiles  des  terrains  ju- 
rassiques que  par  aperçu ,  n'ayant  pu  avoir  à  notre  disposition  que  des 
exemplaires  incomplets.  La  plupart  appartiennent  aux  marnes  supé- 
rieures du  lias,  que  M.  Boisse  considère  comme  pouvant  représenter 
les  sables  de  l'oolithe  inférieure. 

ANIMAUX  INVERTÉBRÉS. 

Radiaires.  —  Cidarites-eucrinites.  Pentacrinites-annélides.  Serpules. 

Conchyfêres  térébratules,  un  grand  nombre  d'espèces,  au  moins  quarante.  —  Les 
deux  Sprifer  que  nous  avons  déjà  signalés,  glaber  et  cuspidatus;  huîtres,  quatre 
à  cinq  espèces  ;  —  gryphées  en  bancs  plus  ou  moins  prolongés.  Peignes.  Plagios- 
tomes;  moules  modioles;  venus  cythérées;  lutraires;  posidonies?  limes?  Pinnes; 
cypricardes;  pétoncles  —  Bucardes;  mactres;  —  pholadomies  dianchores;  ar- 
ches; nucules;  pernes;  avicules.  Mollusques  troques;  turbo;  cirrhus;  pleurotomaires  ; 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  45 

éburnes;  cérithes;  strombes;  ptérocères;  hautilites,  plusieurs  espèces;  bélemnites 
et  ammonites,  un  grand  nombre  d'espèces. 

Poissons  orbulites.  Cyprinus  elvensis. 

Reptiles.  Iduhtjosaurus. 

Une  des  particularités  les  plus  remarquables  de  ces  calcaires  se- 
condaires tient  à  l'aspect  de  leurs  sommets.  On  dirait ,  en  les  aper- 
cevant d'une  certaine  distance,  que  les  montagnes  qu'ils  composent 
sont  toutes  couronnées  par  de  vieux  châteaux  ou  de  vieux  édifices 
qui  tombent  en  ruines.  Cette  circonstance  semble  dépendre  du  peu 
de  solidité  des  couches  calcaires  qui  en  font  partie.  Entamées  partiel- 
lement et  rompues  par  portions  plus  ou  moins  considérables,  elles 
ressemblent  assez  bien  à  de  vieilles  tourelles  démantelées,  ou  à  des 
pans  de  murailles  en  grande  partie  détruits.  En  voyant  la  rapidité 
avec  laquelle  les  couches  calcaires  s'écroulent,  et  combien  il  en  reste 
encore  qui  n'ont  pas  été  attaquées,  il  est  difficile  de  ne  point  supposer 
que  la  cause  qui  les  a  rompues  ne  doit  pas  exercer  son  action  depuis 
des  temps  très-longs,  puisque  ses  efTets  sont  encore  si  restreints  et  si 
bornés. 

Les  formations  calcaires  ont  généralement  en  Aveyron  une  grande 
étendue;  on  conçoit  aisément,  d'après  ce  que  nous  avons  déjà  dit, 
que  ces  calcaires  se  bornent  à  peu  près  uniquement  aux  formations  se- 
condaires; car  les  calcaires  tertiaires  n'y  existent  proprement  pas,  à 
l'exception  de  quelques  lambeaux  de  calcaire  d'eau  douce,  qui  ne 
prennent  quelque  développement  qu'auprès  de  Varens,  où  leurs  roches 
se  montrent  accompagnées  de  gypse.  Les  autres  ne  sont  en  quelque 
sorte  que  l'extrémité  des  grandes  formations  de  ce  genre,  si  étendues 
et  si  développées  dans  le  Cantal.  Quant  aux  calcaires  des  formations 
quaternaires,  ces  roches  n'ont  nulle  part  une  grande  extension;  et  il 
en  est  surtout  ainsi  de  celles  qui  se  rencontrent  dans  ce  département. 

Les  calcaires  secondaires  se  montrent  donc  seuls  en  grandes  masses 
en  Aveyron  ;  il  s'agit  de  déterminer  à  quel  ordre  de  formation  ils  se 
rapportent ,  et  s'il  y  en  a  qui  appartiennent  à  plusieurs  ordres  de  ter- 
rains, i    '  _ 


H  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

D'abord ,  l'ancienneté  de  ces  roches  calcaires  peut  être  facilement 
déterminée  par  la  connaissance  de  leur  position  :  ainsi,  dans  les  lieux 
où  elles  se  trouvent  en  contact  avec  les  grès  bigarrés,  elles  leur  sont 
constamment  superposées.  Ainsi  supérieurs,  les  calcaires  les  plus 
anciens  de  l'Aveyron  sont  d'une  date  plus  récente  que  les  grès  bigar- 
rés, puisqu'ils  les  surmontent  généralement.  S'il  fallait  citer  des  exem- 
ples de  cette  superposition  immédiate,  nous  pourrions  mentionner 
plusieurs  localités  des  environs  de  Rodez  et  de  Yille-Franche,  princi- 
palement la  montagne  que  la  nouvelle  route  de  Ville-Franche  à  Âlby 
traverse,  montagne  nommée  dans  le  pays  la  côte  de  Sauvensa.  La 
plupart  des  montagnes  au  nord  de  Rodez  offrent  encore  d'une  ma- 
nière manifeste  ce  mode  de  superposition.  Leur  base  est  assez  géné- 
ralement composée  par  des  psammiles  ou  grès  bigarrés,  dont  la  couleur 
dominante  est  le  rougeâtre  ;  leur  sommet  est  couronné  par  des  couches 
calcaires  plus  ou  moins  inclinées  ou  redressées  et  assez  ordinairement 
parallèles. 

Le  calcaire  secondaire  alterne ,  dans  les  environs  de  Ville-Franche 
et  dans  les  parties  les  plus  supérieures  des  montagnes  qui  entourent 
cette  ville,  avec  des  marnes  de  couleurs  variées,  qui  semblent  se  rap- 
porter aux  marnes  irisées.  Sous  ce  point  de  vue,  le  petit  nombre  de 
couches  calcaires  que  l'on  voit  ainsi  intercalées  ou  alterner  avec  les 
marnes  irisées ,  pourraient  être  considérées  comme  des  représentants 
du  calcaire  conchylien  ou  muschelkalk  et  du  keuper.  Mais  lorsqu'on 
considère  que  ces  alternances  n'ont  peut-être  pas  plus  de  dix  à  quinze 
mètres  d'épaisseur,  les  marnes  irisées,  sur  lesquelles  sont  adossées  les 
masses  calcaires,  paraissent  pour  lors  être  simplement  intercalées  entre 
leurs  couches  d'une  manière  tout  à  fait  accidentelle.  Aussi  ces  interca- 
lations  et  ces  alternances  sont-elles  bornées  à  des  espaces  de  peu  d'é- 
tendue. Cette  manière  d'envisager  les  faits  n'est  pas  cependant  fondée, 
car  les  couches  calcaires  placées  entre  les  grès  bigarrés ,  ou  qui  leur 
sont  immédiatement  superposées ,  sont  plutôt  les  représentants  du  cal- 
caire conchylien  ou  muschelkalk. 

Cette  formation  est  la  plus  ancienne  des  formations  calcaires  secon  - 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  45 

daires;  elle  y  acquiert  une  assez  grande  étendue.  Les  couches  calcaires 
essentiellement  dominantes  en  Âveyron  paraissent  appartenir  aux  cou- 
ches les  plus  inférieures  des  terrains  jurassiques,  et^  par  conséquent, 
aux  lias.  Du  moins  les  calcaires  les  plus  inférieurs,  ceux  qui  se  mon- 
trent immédiatement  superposés  aux  grès  bigarrés,  semblent  se  rap- 
porter au  lias,  soit  par  leur  compacité,  soit  par  la  rareté  des  corps 
organisés  que  l'on  y  observe ,  soit  par  la  nature  et  l'espèce  de  ces  fos- 
siles, soit  enfin  par  leur  rapprochement  et  leur  contact  presque  im- 
médiat avec  les  plus  anciennes  formations  sédimentaires  ou  même 
primitives. 

Les  calcaires  les  plus  anciens  de  l'Aveyron  sont  d'abord  le  calcaire 
conchylien  ou  muschelkalk,  dont  l'existence  y  a  été  si  longtemps  mé- 
connue. Ce  calcaire  se  montre  en  superposition  immédiate  sur  les  grès 
bigarrés  ;  quant  au  système  des  calcaires  jurassiques,  il  se  compose  de 
trois  principaux  étages  ou  de  trois  séries  de  couches  distinctes;  on 
pourrait  peut-être  en  compter  jusqu'à  quatre. 

La  plus  récente  de  ces  assises  ou  la  plus  supérieure,  est  formée 
par  des  couches  très-minces ,  très-riches  en  débris  organiques,  prin- 
cipalement en  coquilles  fossiles.  La  plus  ancienne  de  ces  assises  ou 
la  plus  inférieure,  comprend  des  couches  d'un  calcaire  marneux 
parfois  peu  puissantes.  Ces  assises  contiennent  un  petit  nombre  de 
corps  organisés,  parmi  lesquels  on  remarque  des  spirifères,  quel- 
ques térébratules  et  des  nucules.  Elles  reposent  immédiatement  sur 
le  calcaire  conchylien ,  qui  à  son  tour  surmonte  les  grès  bigarrés.  Cet 
ordre  de  superposition ,  manifeste  dans  les  environs  de  Rodez ,  est  une 
preuve  que  ces  assises  appartiennent  au  système  le  plus  inférieur  du 
lias  de  l'Aveyron. 

Les  assises  moyennes,  composées  de  couches  d'un  calcaire  carié  le 
plus  souvent  jaunâtre ,  sont  essentiellement  caverneuses.  Du  moins 
est-ce  dans  leurs  masses  qu'on  voit  les  cavités  les  plus  considérables 
et  les  plus  spacieuses  ;  c'est  aussi  dans  leurs  assises  moyennes  que  se 
trouvent  la  plupart  de  ces  gouffres  ou  puits  verticaux  de  la  plus  grande 
profondeur ,  connus  assez  généralement  en  Aveyron  sous  le  nom  de 


46  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

Tindous.  Plus  tard  nous  en  citerons  un  des  plus  remarquables,  connu 
en  Aveyron  sous  le  nom  de  Tindous  de  la  Vayssière.  Ces  assises  sont 
également  peu  chargées  de  débris  organiques.  On  distingue  d'une  ma- 
nière assez  nette  deux  ordres  ou  deux  systèmes  différents  dans  les 
couches  moyennes  de  ces  assises  ;  les  plus  supérieures  sont  caractérisées 
par  leur  aspect  généralement  carié,  le  nombre  des  cavernes  ou  grottes 
qui  se  trouvent  creusées  dans  leurs  masses,  et  la  moindre  quantité  de 
débris  organiques  que  l'on  y  observe. 

Les  assises  les  plus  récentes  ou  les  plus  supérieures,  sont  les  plus 
compactes.  Le  calcaire  qui  les  compose  offre  une  cassure  droite  et  unie  ; 
si  cette  roche  se  présentait  en  masses  plus  uniformes  et  moins  variées 
en  couleurs ,  elle  pourrait  être  employée  comme  pierre  à  bâtir. 

Les  débris  organiques  y  sont  également  beaucoup  plus  abondants 
que  dans  les  assises  inférieures.  Ceux  que  l'on  y  rencontre  appartiennent 
principalement  aux  bivalves,  tels  que  les  peignes,  les  plagiostomes,  les 
térébratules,  les  mactres,  les  huîtres,  surtout  l'Ostrea  gryphoïdes , 
les  gryphées,  les  pernes  et  les  avicules.  Aussi,  comme  nous  sommes 
certains  de  la  présence  de  ce  genre  parmi  les  formations  jurassiques 
de  l'Aveyron ,  il  serait  possible  que  les  coquilles  considérées  comme 
des  pernes ,  ne  fussent  que  des  avicules  qui  auraient  perdu  leurs  ailes. 
Cependant  cette  circonstance  paraissant  peu  probable  d'après  leur 
forme  générale,  nous  croyons  pouvoir  mentionner  les  pernes  parmi  les 
mollusques  qui  caractérisent  ces  formations. 

Les  terrains  jurassiques  de  ce  département  offrent  encore  des  pinnes, 
des  trigonies ,  des  moules ,  des  modioles ,  des  arches ,  des  venus ,  des 
cythérées,  des  pholadomies ,  des  lutraires,  des  cypricardes,  des  limes, 
des  nucules  et  des  dianchores. 

Les  univalves  et  multiloculaires  y  sont  moins  nombreux  en  genres 
différents  ;  ainsi  nous  n'y  avons  encore  reconnu  que  cinq  genres  par- 
ticuliers, les  pleurotomaires ,  les  cirrus,  les  cérites,  les  toupies,  les 
turbots,  et  un  genre  voisin  de  ceux-ci  qui  semble  assez  rapproché  des 
cyclostomes. 

Enfin,  trois  genres  de  coquilles  multiloculaires  y  ont  été  également 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  47 

observés  ;  ces  genres  se  rapportent  aux  nautiles ,  aux  orbulites  et  aux 
ammonites.  Les  espèces  de  ces  derniers  genres  se  montrent  assez  sou- 
vent pyritisées ,  ce  qui  arrive  peu  aux  autres  genres.  Cette  circonstance 
tiendrait-elle  à  la  structure  de  ces  corps  organisés  ?  c'est  là  une  ques- 
tion sur  laquelle  nous  appellerons  plus  tard  l'attention  des  naturalistes. 

Enfin ,  les  mêmes  formations  jurassiques  dont  nous  nous  occupons, 
et  probablement  le  lias  ,  ont  présenté  à  Elves ,  dans  les  environs  de 
Ville-Franche,  un  poisson  que  M.  Blainville  a  décrit  sous  le  nom  de 
Cyprinus  Elvensis.  C'est  une  empreinte  d'un  poisson  qui  a  la  forme 
d'une  grosse  carpe  fort  courte.  Elle  a  beaucoup  de  rapports  avec  le 
Monopterus  gigas  de  Volta  (  Icht.  Veron.  ).  Toute  la  surface  du  corps 
de  cette  espèce  est  couverte  de  très-grosses  écailles  rhomboïdales,  dis- 
posées à  peu  près  comme  dans  la  carpe  ',  sa  longueur  est  de  0™47 1 ,  et 
sa  hauteur  de  0»»170. 

M.  Jules  Bonhomme,  de  Millau,  a  également  découvert  plusieurs 
empreintes  de  poissons  sur  une  marne  calcaire  des  environs  de  cette 
ville,  qui  appartenait  aux  mêmes  formations  secondaires.  On  y  a  observé 
enfin  des  encrinites  ou  astéries,  ainsi  que  des  pentacrinites,  corps  or- 
ganisés de  la  division  des  polypes  flottants,  que  l'on  trouve  fort  rare- 
ment à  l'état  vivant  dans  les  mers  de  la  Martinique  ;  ces  pierres  étoilées, 
si  abondammant  répandues  dans  les  terrains  jurassiques,  ne  sont  en 
effet  que  les  articulations  pierreuses  de  l'axe  de  la  tige  des  encrines , 
tige  cylindrique  ou  polyèdre,  ramifiée  ou  ombellée  à  son  sommet. 
Guettard  est,  à  ce  qu'il  parait,  le  premier  naturaliste  qui  ait  fait  ce 
rapprochement  et  qui  ait  comparé  les  encrinites  aux  encrines  vivants. 
Ses  observations  se  trouvent  consignées  dans  les  Mémoires  de  l  aca- 
démie des  sciences  t/e /'art*,  pour  l'année  1755. 

Les  formations  jurassiques  ou  liasiques  des  environs  de  Ville- 
Franche  renferment  des  couches  très-puissantes  d'un  calcaire  ferrugi- 
neux qui,  dans  certaines  localités,  telles  que  celles  de  Vensac  et  de 
S^-Igest ,  sont  tellement  chargées  de  peroxyde  de  fer  qu'on  les  ex- 
ploite avec  avantage.  Ces  minerais  de  fer  (fer  oligiste)  sont  portés 
aux  usines  de  Decazeville,  où  ils  sont  ensuite  fondus.  Le  métal  que 


*i|8  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

produisent  ces  minerais  est  de  la  meilleure  qualité  j  les  couches  offrent 
parfois  des  amas  ou  de  gros  noyaux  de  peroxyde  pur.  La  richesse  de 
ces  mines  tient  à  leur  abondance  et  surtout  à  leur  excellente  qualité. 

Quant  à  l'époque  du  soulèvement  de  ces  formations  jurassiques ,  elle 
paraît  se  rapporter  à  celle  qui  a  produit  le  relief  des  Cévennes  et  les 
plateaux  du  Larzac.  Du  moins  M.  Elie  de  Beaumont  a  présumé  que  le 
redressement  des  couches  qui  composent  les  montagnes  de  la  côte 
d'Or  en  Bourgogne  ,  du  mont  Pilas  en  Forez,  ainsi  que  celles  des 
Cévennes  et  du  Larzac,  dans  le  midi  de  la  France,  se  rapportait  à 
une  même  époque  de  soulèvement.  Cet  exhaussement  aurait  eu  lieu 
entre  la  formation  du  terrain  crétacé  et  celle  du  terrain  jurassique. 

Le  redressement  qui  a  produit  les  Cévennes ,  le  plateau  du  Larzac 
et  la  plupart  des  montagnes  de  l'Aveyron,  a  donc  eu  lieu  de  manière 
à  déplacer  les  formations  jurassiques  et  celles  qui  leur  sont  inférieures  j 
car  il  n'a  pas  pu  agir  sur  les  terrains  qui  les  recouvrent  ordinairement 
ceux-ci  n'ayant  pas  encore  été  déposés. 

Les  fers  oolithiques  des  environs  de  Ville-Franche  doivent ,  suivant 
les  uns,  être  rapportés  au  groupe  oolithique,  et,  selon  les  autres,  au 
lias;  s'il  fallait  se  décider  entre  ces  deux  opinions,  il  semble  que  l'on 
devrait  plutôt  adopter  la  première  que  la  seconde.  En  effet ,  les  fers 
secondaires  des  environs  de  Yille-Franche  offrent  généralement  la  dis- 
position particulière  au  groupe  oolithique;  en  second  lieu,  l'on  sait 
que  les  minerais  de  fer  abondent  plutôt  dans  ce  groupe  que  dans  la 
formation  du  lias. 

D'ailleurs,  les  débris  organiques  qui  accompagnent  ces  minerais 
caractérisent  plutôt  l'oolithe  ferrugineuse  que  le  lias  proprement  dit. 
Dès  lors  les  fers  oolithiques  des  environs  de  Ville-Franche ,  dont  la 
position  géologique  n'est  pas  bien  déterminée,  doivent  plutôt  être  rap- 
portés au  groupe  oolithique  qu'au  lias.  Quoi  qu'il  en  soit,  ces  fers  à 
poussière  rouge  se  rapportent  aux  fers  oligistes.  On  a  prétendu  qu'ils 
étaient  parfois  accompagnés  par  des  gryphées  entre  lesquelles  ils  au- 
raient été  déposés;  mais  nous  ne  pouvons  dire  s'il  en  est  réellement 
ainsi. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  49 

Nous  avons  vu  que  les  formations  jurassiques,  et  même  certaines 
assises  du  lias,  étaient  assez  abondamment  répandues  en  Aveyron;  il 
en  est  de  même  du  terrain  secondaire  supérieur  ou  jurassique  pro- 
prement dit.  La  partie  inférieure  de  ce  groupe  paraît  y  manquer  tota- 
lement; l'on  n'y  reconnaît  du  moins  que  i'oolithe  supérieur  et  l'ooli- 
the  moyen.  Celui-ci  se  montre  du  côté  de  la  Capel le- Balayer,  sur  la 
route  de  Ville  -  Franche  à  Cajare.  C'est  sur  cet  oolithe  moyen  que 
l'on  voit  répandus,  dans  plusieurs  localités,  des  lambeaux  de  terrain 
tertiaire.  Ce  terrain ,  uniquement  formé  de  couches  d'eau  douce  soit 
calcaires,  soit  marneuses,  oflFre  parfois  du  fer  en  grains  et  des  sables 
de  rivière  très-distincts.  Les  formations  calcaires  tertiaires  sont  assez 
développées  auprès  d'Âsprières,  de  Montmazet,  de  S'-Santin,  du  mur 
de  Barrés,  de  S*-lgest  et  de  Varens. 

Dans  cette  dernière  localité,  les  calcaires  sont  accompagnés  par  des 
amas  gypseux  assez  considérables.  Le  gypse  est  parfois  laminaire  ;  mal- 
heureusement il  est  le  plus  souvent  mêlé  d'argile  verte  et  rougeâtre 
avec  une  telle  abondance,  que  l'on  ne  peut  pas  l'utiliser  pour  les  dé- 
corations. On  se  borne  donc  à  s'en  servir  comme  amendement  en  agri- 
culture. 

Ainsi,  outre  le  lias  et  les  divers  calcaires  jurassiques  qui  composent 
la  masse  principale  des  montagnes  de  l' Aveyron,  il  en  existe  d'une 
formation  plus  récente,  qui  semblent  se  rattacher  aux  terrains  oolithi- 
ques.  La  partie  de  cette  formation,  en  contact  avec  les  assises  su- 
périeures du  lias  ou  de  ses  dépendances,  se  compose  d'un  calcaire 
lamellaire  brun,  rougeâtre  ou  jaunâtre  très-cristallin.  Ce  calcaire  ne  se 
montre  nulle  part  en  stratification  bien  sensible;  on  le  dirait  comme 
formé  par  une  sorte  de  cristallisation  en  masse;  cependant,  malgré  cette 
structure  en  grand,  il  est  fréquemment  pénétré  de  cavités  plus  ou 
moins  considérables. 

Cette  roche ,  dont  la  structure  est  lamellaire ,  se  montre  recouverte 

immédiatement  par  de  nombreuses  couches  d'un  calcaire  compacte 

très-fin.  Quelquefois  le  calcaire  compacte  supérieur  devient  schisteux, 

fissile  et  séparé  en  couches  distinctes.  Cette  disposition,  qui  tient  à  sn 

ToM.  XViU.  7 


50  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

structure  en  grand,  ne  l'empêche  pourtant  pas  de  conserver  sa  compa- 
cité. Tel  est  par  exemple  le  calcaire  qui  recouvre  tout  le  terrain  des 
environs  de  Mauriac ,  ainsi  que  le  grand  plateau  de  la  Capelle-Ba- 
layer,  S^-Clair  de  Margues  et  Estrabols,  etc.  Les  dépôts  diluviens  de 
Villeneuve  et  de  Camboulan  reposent  sur  ces  formations  oolithiques  , 
ainsi  que  ceux  des  environs  de  S^-Rome  de  Cernon. 

A  une  demi-lieue  du  côté  du  Nord,  en  sortant  de  Ville-Franche, 
ou  trouve,  en  montant  la  côte  de  Fairon  ou  Fairou ,  un  premier  exem- 
ple de  la  formation  oolithique.  On  y  distingue  très-bien  le  calcaire  la- 
mellaire brun  rougeâtre  ou  jaunâtre  cristallin,  ainsi  que  les  couches 
oolitiques  et  compactes  qui  lui  sont  supérieures.  Ces  formations  ooli- 
thiques y  sont  généralement  recouvertes  par  les  dépôts  diluviens.       ù 

En  avançant  plus  au  Nord,  on  trouve  cette  même  formation  soit  à 
S'-Remi,  soit  dans  la  vallée  d'Algouse,  soit  à  Mauriac,  soit  à  Villeneuve. 
Elle  s'étend  beaucoup  au  delà  de  cette  dernière  ville ,  sur  la  route  de 
Figeac.  La  même  formation  oolithique  se  présente  avec  les  mêmes 
caractères  en  sortant  de  Ville-Franche  du  côté  de  l'Ouest;  elle  se  pro- 
longe ensuite  au-dessus  de  Toulonjac,  près  des  villages  des  Coussi  et  des 
Cambons.  Elle  y  forme  un  plateau  considérable,  qui  domine  d'un  côté 
Sennac  et  de  l'autre  côté  Toulongergues ,  et  qui  s'étend  enfin  jusque 
dans  les  environs  de  S'e-Croix  et  de  Mairignagnes  ;  sur  le  plateau ,  les 
formations  oolithiques  de  Toulonjac  se  réunissent  à  celles  de  S^-Remi, 
de  Mauriac  et  de  Villeneuve.  Les  dépôts  diluviens  sont  assez  puissants, 
et  généralement  étendus  sur  tout  le  plateau. 

Les  mêmes  formations  oolithiques  reparaissent  encore  à  S'^-Croix , 
après  avoir  éprouvé  une  petite  interruption  dans  la  vallée  de  S'^-Bel. 
Elles  occupent  les  parties  les  plus  élevées  de  la  commune  de  S^^^-Croix, 
ainsi  que  le  sol  supérieur  des  communes  de  la  Capelle-Balayer,  de 
S*-Glair  de  Margues  et  Estrabols,  du  causse  de  Saujac  et  du  causse 
de  Camboulas.  Dans  toutes  ces  communes,  il  en  est  comme  à  Mauriac, 
c'est-à-dire,  que  le  calcaire  compacte  supérieur,  très-fissile,  y  devient 
presque  schisteux. 

Les  mêmes  formations  se  montrent  également  à  l'Ouest  de  Ville- 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  %l 

Franche,  à  la  faible  dislance  d'une  lieue,  soit  à  Savignac,  soit  dans  les 
environs  du  village  de  Lagarrigue.  Elles  s'étendent  ensuite  jusqu'au 
village  de  Puech ,  dans  la  commune  d'Elbes.  On  retrouve  la  même 
formation  entre  l'abbaye  du  Losdieu  et  le  village  du  Travers,  dans  la 
commune  de  S'-Grat  ;  elle  existe  de  même  dans  la  commune  de  Vail- 
lourches,  un  peu  au  delà  du  village  de  ce  nom ,  jusqu'à  la  grande 
route  qui  conduit  de  Ville-Franche  à  Montauban. 

On  a  recueilli  dans  cette  formation  un  assez  grand  nombre  de  corps 
organisés,  principalement  des  peignes,  des  térébratules ,  des  plagies- 
tomes,  des  modioles,  des  unio;  outre  ces  bivalves ,  on  y  observe  encore 
des  moules,  des  mélanies  et  des  patelles  inédites.  Les  ammonites  y  sont 
des  plus  rares,  l'on  y  voit  également  de  petits  oursins,  ainsi  que  quel- 
ques branches  informes  de  madrépores  et  des  sections  d'encrinites. 

Les  montagnes  calcaires  de  l'Aveyron,  surtout  celles  que  l'on  observe 
dans  les  environs  de  Ville-Franche  et  de  Rodez,  offrent  peu  de  grands 
escarpements.  Leurs  lignes  sont  adoucies ,  et  leurs  flancs  comme  leurs 
sommets,  se  montrent  assez  constamment  arrondis.  Elles  composent 
presque  toujours  de  vastes  plateaux  qui  ne  se  terminent  par  de  grands 
escarpements  que  vers  le  Larzac  ainsi  qu'à  Bozouls,  et  dans  certains 
points  de  la  route  qui  de  Bozouls  conduit  à  Espalion. 

Le  plateau  du  Larzac,  le  plus  vaste  de  tous  ceux  de  l'Aveyron,  offre 
de  grands  escarpements  verticaux ,  qui  annoncent  la  violence  de  l'ac- 
tion qui  les  a  soulevés.  Ce  plateau  calcaire  n'a  pas  moins  de  huit  à 
neuf  lieues  d'étendue  du  Sud  au  Nord ,  sur  quatre  ou  cinq  de  largeur 
de  l'Est  à  l'Ouest.  Vers  son  extrémité  méridionale  comme  à  son  extré- 
mité septentrionale ,  il  se  termine  brusquement  par  un  escarpement 
vertical,  sur  les  flancs  duquel  on  a  creusé  à  grands  frais  une  route 
qui,  par  une  descente  rapide,  conduit  vers  le  Sud,  dans  la  vallée  de 
l'Ergue  où  Lodéve  est  bâtie,  et  vers  le  Nord  dans  celle  du  Tarn,  où  se 
trouve  Millau.  Cette  dernière  ville,  qui  s'élève  au  pied  de  la  grande 
pente  septentrionale ,  parait  bâtie  comme  à  plaisir  au  fond  du  vaste 
précipice  que  l'on  va  cependant  franchir  sans  danger.  Sa  position 
est  en  effet  aussi  singulière  que  pittoresque  :  située  au  pied  d'un  escar- 


52  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

pement  vertical  d'environ  six  cents  mètres  de  hauteur,  ses  maisons 
éclatantes  de  blancheur,  brillent  au  milieu  de  la  vallée  fertiUsée  par 
les  eaux  du  Tarn  et  de  la  Dourbie  ,  et  frappent  le  voyageur  étonné  de 
leur  singulière  position. 

Les  calcaires  qui  composent  le  plateau  du  Larzac ,  et  dans  lesquels 
les  caves  de  Roquefort  sont  bâties ,  paraissent  se  rapporter  aux  assises 
les  plus  supérieures  du  lias ,  ou  plutôt  à  la  partie  la  plus  inférieure  des 
terrains  pélasgiques  infra-jurassiques  de  M.  Brongniart.  (  Tableau  des 
terrains  qui  composent  Vécorce  du  globe,  page  229.  )  Ce  calcaire,  ainsi 
que  l'oolithe  ferrugineux  qui  l'accompagne  le  plus  souvent,  a  été 
réuni  au  lias  par  un  grand  nombre  de  géologues,  à  la  tête  desquels  nous 
citerons  MM.  de  Humboldt  et  Boue.  Cependant,  d'après  sa  position 
constamment  supérieure  au  lias  et  les  débris  organiques  qu'il  ren- 
ferme ,  le  calcaire  qui  compose  le  plateau  du  Larzac  parait  plus  jeune 
et  d'une  date  plus  récente  que  le  lias. 

Ainsi  les  Spirifer  glaber  et  cuspidatus ,  assez  abondants  dans  les 
assises  moyennes  et  inférieures  du  lias,  dans  les  environs  de  Rodez  et 
même  de  Millau,  ne  se  trouvent  plus  dans  le  calcaire  compacte  infra- 
jurassique,  ce  dernier  ne  repose  guère  immédiatement  que  sur  le  lias: 
on  ne  le  voit  jamais,  du  moins  en  Aveyron,  recouvrir  sans  intermédiaire 
le  grès  bigarré,  ce  qui  a  lieu  au  contraire  très-souvent  pour  le  lias. 

Quant  aux  dépôts  charbonneux  qui  se  montrent  dans  les  calcaires  gris 
à  bélemnites^  presq»ie  à  l'extrémité  Nord-Ouest  du  plateau  du  Larzac, 
ils  appartiennent  aux  stipites  ou  houilles  sèches  et  sont  principalement 
accompagnés  d'un  assez  grand  nombre  de  végétaux.  Ces  plantes  fossiles, 
qui  se  rapportent  aux  phanérogames  gymnospermes,  semblent  dépendre 
de  la  famille  des  cycadées.  Du  reste  les  houilles  exploitées  dans  les  en- 
virons de  Millau  et  dans  la  chaîne  du  Larzac,  appartiennent  au  même 
ordre  de  formation. 

Avant  de  terminer  ce  que  nous  avons  à  dire  du  lias  ou  de  ses  dé- 
pendances, nous  devons  rappeler  que  M.  Alphonse  Boisse  y  a  découvert 
la  wavelite.  Ce  naturaliste  a  en  effet  trouvé  ce  phosphate  d'alumine  dans 
les  marnes  supérieures  au  lias,  immédiatement  au-dessous  du  calcaire 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  ^ 

jaune,  fétide  et  coquillier  qui  divise  la  formation  marneuse  en  deux 
parties  à  peu  près  égales  et  symétriques.  Cette  substance  s'y  présente 
en  petites  houppes  soyeuses,  divergentes,  tapissant  les  parois  d'un 
grand  nombre  de  fissures ,  qui  croisent  dans  tous  les  sens  les  couches 
des  marnes  argileuses  bleuâtres,  micacées.  Ce  gisement  a  été  reconnu 
par  l'observateur  que  nous  avons  déjà  cité,  auprès  de  Soulias,  dans 
les  environs  de  Rodez,  dans  les  terrains  secondaires  de  l'Aveyron. 

Nous  ferons  enfin  observer  que  le  poisson  décrit  par  M.  de  Blainville, 
sous  le  nom  de  Cyprinus  elvensis ,  et  qui  a  été  découvert  dans  le  lias 
des  environs  d'Elve,  a  été  retrouvé  en  Angleterre  dans  la  même  forma- 
tion. Ce  cyprin  a  été  récemment  compris  par  M.  Agassiz  dans  son  genre 
Lepidotus,  et  il  l'a  indiqué  sous  le  nom  de  Lepidotus  gigas.  D'après  ce 
géologue,  la  forme  de  cette  espèce  serait  analogue  à  celle  de  la  carpe  ; 
son  dos  et  son  ventre  seraient  bombés,  et  ses  écailles,  aussi  larges  que 
hautes,  auraient  leurs  bords  entièrement  lisses.  Le  genre  auquel  appar- 
tient cette  espèce  est,  du  reste,  assez  abondant  dans  la  même  formation 
où  l'on  a  rencontré  le  Lepidotus  gigas. 

.b.  Des  caves  de  Roquefort.  —  Les  fameuses  caves  de  Roquefort, 
source  de  la  prospérité  d'un  des  cantons  de  l'Aveyron,  sont  situées  sur 
le  revers  Ouest  du  plateau  du  Larzac.  Les  fromages  que  l'on  y  prépare, 
ont  acquis  depuis  longtemps  une  grande  célébrité  ;  celte  célébrité  re- 
monte même  à  une  assez  haute  antiquité,  car  Pline  le  naturaliste,  qui 
écrivait  vers  le  milieu  du  premier  siècle  de  notre  ère,  en  parle,  et  nous 
fait  de  leur  bonté  le  plus  pompeux  éloge  '.  Aussi  donnent-ils  lieu  à  un 
commerce  aussi  étendu  que  lucratif.  On  évalue  à  plus  d'un  million ,  la 

*  Le  passage  de  Pline  est  ainsi  conçu  :  Laus  caseo  Romœ,  ubi  omnium  genlium  bona  comim'is 
judicaïUur  e  provincia  Nemausensi  prœcipuè  Lesurœ  Gœbalicique  pagi.  Ce  passage  a  été  traduit  par 
Poinsinet  de  Sivry  de  la  manière  suivante.  «  A  Rome,  ce  rendez-vous  des  productions  de  tous  les 
pays  du  monde,  où  par  conséquent  on  peut  les  comparer  d'après  leur  qualité,  on  estime  princi- 
palement entre  les  fromages  qui  viennent  des  provinces  romaines,  et  particulièrement  de  celle  de 
Nismes,  tant  celui  du  mont  de  la  Lozère  ou  Gévaudan  que  des  pays  voisins.  »  (Hist.  naturelie  de 
Pline,  t.  IV,  chap.  XLII,  page  438.  Paris  1772.) 

Chaptal  observe  à  cet  égard  que  comme  les  Tromagcs  de  Roquefort  sont  depuis  longtemps  plus 
recherchés  que  ceux  de  la  Lozère,  il  est  probable  que  le  naturaliste  de  Rome  a  dû  confondre  les 


54  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

somhie  que  leur  venté  laissé  annuellement  dans  le  pays  où  ils  se  pré- 
parent. 

Ce  n'est  point  sur  la  fabrication  des  fromages  que  nous  appellerons  l'at- 
tention des  physiciens,  nous  la  fixerons  seulement  sur  les  particularités 
que  présentent  les  caves  où  on  les  prépare.  Pour  bien  faire  saisir  les  phé- 
nomènes qui  s'y  passent,  on  nous  permettra  d'entrer  dans  quelques  dé- 
tails nécessaires  à  leur  explication.  ;    l'vir'^  f',' 

Dans  la  partie  Sud-Est  du  département  de  l'Aveyron,  entre  les  vallées 
de  l'Ergue  et  du  Tarn,  s'étend,  sur  une  longueur  de  8  à  9  lieues  et  une 
largeur  de  4  à  5,  le  causse  de  Larzac,  le  plus  vaste  et  peut-être  le  plus 
élevé  des  plateaux  calcaires  secondaires  de  l'Aveyron.  Sur  le  revers  Nord- 
Ouest  de  ce  plateau  sont  situées  les  caves  ou  grottes  dans  lesquelles  on 
prépare  les  fromages  de  Roquefort.  On  pique  singulièrement  la  curiosité 
de  l'observateur  qui  les  visite,  en  lui  apprenant  que  le  même  lait  de 
brebis  et  de  chèvre  qui  donne  ces  fromages  si  prisés  par  les  gourmets, 
transporté  ailleurs,  n'en  donne  plus  de  pareils.  Il  y  a  plus  encore,  d'a- 
près les  habitants,  ce  serait  dans  une  seule  rue  du  village  que  l'on  pré- 
parerait ces  excellents  fromages,  qui  parmi  tous  leurs  avantages  ont 
celui  de  se  conserver  longtemps  :  les  caves  où  ils  sont  fabriqués  arrêtant, 
par  suite  de  la  basse  température  qui  y  règne  à  peu  près  constamment, 
les  effets  de  la  putréfaction. 

Ces  faits  paraissent  si  extraordinaires,  que  l'on  est  porté  à  les  croire 
exagérés  ;  ce  n'est  aussi  qu'après  s'être  assuré  de  leur  exactitude,  qu'on 
cherche  d'abord  à  les  concevoir,  et  enfin  à  les  expliquer.  Notre  premier 
examen  se  dirigera  donc  sur  la  position  du  village  de  Roquefort,  et  par- 
ticulièrement sur  celle  de  la  rue  des  caves. 

premiers  avec  les  seconds.  Mais  pour  faire  admettre  que  Pline  a  confondu  les  fromages  de  Roque- 
fort avec  ceux  de  la  Lozère,  il  n'est  nullement  nécessaire  de  supposer  qu'il  y  a  eu  erreur  de  la  part 
du  naturaliste  romain,  puisque  tout  en  parlant  des  derniers,  il  paraît  avoir  entendu  également 
désigner  les  fromages  estimés  des  lieux  voisins  du  Gévaudan. 

Ceci  est  d'autant  plus  probable,  que  les  fromages  jetés  pendant  les  premiers  siècles  de  l'ère 
chrétienne,  dans  le  lac  du  mont  Helanus  par  les  paysans  du  Gévaudan,  alors  idolâtres,  étaient 
de  Roquefort,  ainsi  que  le  présume  Marc-Aurèle.  Cette  cérémonie,  qui  avait  lieu  dans  les  premiers 
siècles  de  notre  ère ,  ne  fut  abolie  par  saint  Hilaire,  évêque  de  Maude,  que  vers  l'an  550. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  K 

Ce  village,  situé  vers  la  partie  supérieure  d'une  montagne  calcaire, 
élevée  d'environ  550  mètres  au-dessus  de  la  vallée  dans  laquelle  coule  le 
Cernon,  n'est  distant  de  son  sommet  que  d'environ  150  mètres.  La  di- 
rection la  plus  générale  de  cette  montagne  se  trouve  de  l'Est  à  l'Ouest , 
tandis  que  celle  de  deux  petits  rameaux  parallèles  qui  s'en  détachent, 
et  forment  en  quelque  sorte  les  barrières  naturelles  des  caves  de  la 
fameuse  rue,  est  du  Sud  au  IVord.  Enfin,  vers  l'extrémité  méridionale 
de  cette  rue,  au-dessus  de  son  niveau,  s'élève  un  immense  rocher  isolé, 
d'une  hauteur  d'environ  100  mètres,  lequel  sépare  et  partage  à  l'Ouest 
les  premières  caves,  dites  Delmas,  réputées  dans  le  pays  pour  être  celles 
qui  donnent  les  meilleurs  fromages. 

C'est  entre  ces  deux  rameaux  parallèles  qu'ont  été  construites  les 
caves  de  Roquefort.  Du  moins,  celles  de  cette  rue  privilégiée,  qui  donne 
les  fromages  les  plus  estimés,  s'y  trouvent.  Cette  position  rend  cette  rue 
exposée  à  des  courants  d'air  presque  continuels,  courants  qui  y  appor- 
tent de  l'air  froid  qui  vous. pénètre  et  vous  glace  même  en  été. 

.  Mais  à  quoi  tiennent  de  pareils  effets  ?  En  cherchant  la  solution  de 
ce  singulier  problème,  il  nous  a  paru  qu'il  dépendait  d'une  infinité  de 
circonstances,  parmi  lesquelles  on  doit  comprendre  le  courant  d'air 
continuel  qui,  de  la  partie  supérieure  de  la  montagne,  s'engouffre  entre 
les  deux  rameaux  parallèles  qui  bordent ,  à  l'Est  et  à  l'Ouest,  la  rue  des 
caves.  La  température  de  ce  courant  est  constamment  au-dessous  de 
celle  des  couches  d'air  inférieures.  En  effet,  l'air  qui  en  dérive  a  un 
mouvement  d'autant  plus  accéléré,  que  le  vent  vient  du  Sud.  Sa  tem- 
pérature est  généralement  assez  basse,  puisqu'il  dérive  du  plateau  élevé 
du  Larzac,  dont  la  température  est  constamment  inférieure  à  celle  de 
l'air  qui  repose  sur  le  village  de  Roquefort  .^auoo  Hib  ol«qioHi*Ji|  azuû) 

-ttMj  >  •>'».i-.:>'î<>'V'''  »  .T.iU  ;.^  ■•??(»  '{'/."i;  .!"!(  _•>  .  i.îl.iipc- 'i  -'b  .-■../  . 
*  On  pourrah  cependant  remarquer  que  si  l'air  du  Larzac  est  constamment  plus  froid  que  les 
couches  d'air  inférieures  qui  reposent  sur  le  village  de  Roquefort,  il  est  aussi  plus  raréfié,  et  que 
dès-lors  il  tloit  plutAt  tendre  à  s'élever  qu'à  descendre.  Sans  doute  il  en  serait  ainsi,  si  sa  densité 
n'était  pas  plus  grande  par  l'almissement  de  sa  température ,  qu'elle  ne  le  devient  par  sa  raréfac- 
tion, suite  de  l'élévation  de  la  montagne  sur  laquelle  il  repose.  Aussi  un  courant  d'air  froid  venant 
du  Lanac,  se  précipite  presque  constamment  vers  le  village  de  Roquefort,  surtout  dans  la  fameuse 
rue,  par  suite  des  circonstances  que  nous  avons  indiquées. •     --^ .,..  p„-.„ 


56  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

/  Par  l'effet  de  sa  plus  grande  densité,  l'air  apporté  par  le  courant  su- 
périeur, tend  à  se  précipiter  vers  les  couches  inférieures,  raréfiées  et 
échauffées  par  le  rayonnement  du  sol.  Ces  effets  sont  aussi  à  peu  près 
constants,  et  ils  ont  lieu  d'une  manière  d'autant  plus  marquée ,  que  la 
différence  entre  la  température  des  couches  d'air  est  plus  considérable, 
comme  cela  arrive  particulièrement  en  été.  Cette  cause  n'est  pas 
sans  doute  sans  quelque  influence  sur  toutes  celles  qui  contribuent  à 
maintenir  constamment  basse,  la  température  des  caves  de  la  fameuse 
rue. 

Mais  cette  cause,  toute  puissante  qu'elle  soit,  parait  cependant  bien 
faible  pour  produire  la  basse  température  qui  règne  dans  les  caves  à 
fromages.  Il  faut  donc  en  chercher  une  autre,  pour  rendre  raison  de 
ce  phénomène.  En  examinant  avec  attention  l'intérieur  des  caves  de 
la  fameuse  rue,  on  remarque  que  les  roches  contre  lesquelles  elles 
sont  placées ,  offrent  de  nombreuses  fissures  ou  fentes ,  desquelles 
s'échappent  des  courants  d'air  froid ,  courants  assez  forts  pour  étein- 
dre d'une  manière  instantanée,  une  lumière  placée  vers  leur  ouver- 
ture. 

Les  fissures  d'où  sortent  ces  courants  d'air  continuels,  semblent  suc- 
céder à  des  cavités  souterraines  plus  ou  moins  considérables,  qui  com- 
muniquent au  dehors  et  avec  l'air  extérieur  par  d'autres  crevasses. 
Quant  aux  fentes  desquelles  s'échappent  les  vents  froids,  elles  sont 
situées  à  la  base  de  la  montagne  de  Roquefort,  et  du  côté  opposé  à  l'ou- 
verture extérieure  de  ces  crevasses.  La  température  intérieure  de  ces 
cavités  parait  à  peu  près  constante  ;  elle  est  toujours  au-dessous  de  la 
moyenne  du  pays.  Ce  serait  donc  dans  ces  cavités  que  résiderait  la 
cause  principale  des  courants  d'air  froid  qui  se  produisent  dans  les 
caves  de  Roquefort,  et  qui  leur  donnent  une  si  haute  importance  com- 
merciale. 

Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  qu'un  thermomètre  abandonné  dans  ces 
caves  et  qui  s'est  mis  en  équilibre  avec  leur  température  intérieure, 
baisse  constamment  lorsqu'on  l'expose  à  l'ouverture  d'un  soupirail 
ou  d'une  des  fissures  si  nombreuses  dans  les  bonnes  caves  de  Roquefort. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  87 

On  en  observe  presque  de  pareilles  dans  les  autres  souterrains  de  la 
même  localité.  Ainsi,  en  été,  l'air  intérieur  étant  plus  froid,  et  par 
conséquent  plus  pesant  que  l'air  extérieur,  doit  s'écouler  par  les  ou- 
vertures ou  les  fentes  des  rochers,  de  la  même  manière  qu'un  liquide 
qui  s'échappe  d'un  vase. 

Il  en  résulte  un  courant  d'air  froid,  sortant  par  le  bas,  et  un  courant 
d'air  chaud,  qui  entre  par  le  haut.  En  hiver,  le  courant  a  toujours  lieu, 
mais  dans  un  sens  tout  à  fait  différent  ;  l'air  intérieur  étant  spécifique- 
ment plus  léger  que  le  reste  de  l'atmosphère,  s'élève,  et  alors  le  sens  des 
courants  est  complètement  interverti.  On  conçoit  facilement  pourquoi, 
dans  l'un  et  dans  l'autre  cas,  la  vitesse  de  l'air  est  d'autant  plus  grande 
que  la  différence  des  densités,  au  dehors  et  au  dedans,  est  elle-même 
plus  considérable. 

Il  n'est  pas  moins  facile  de  se  rendre  compte  comment  les  cavités 
souterraines  s'échauffent  peu,  et  pourquoi  elles  se  maintiennent  vers 
3,  4  ou  5  degrés  au-dessus  de  zéro,  enfin  comment  elles  ont  quelquefois 
leur  température  inférieure  à  la  glace  fondante.  Elle  y  est  maintenue 
par  l'évaporation  qui  y  a  lieu;  cette  évaporation  suffit  pour  rendre  la 
température  constamment  basse,  puisque  l'air  qui  pénètre  dans  les 
cavités  est  sec,  et  que  d'ailleurs  il  s'y  renouvelle  d'une  manière  continue. 
Cependant  on  peut  présumer  que  leur  température  intérieure  s'élève 
peu  à  peu  en  été,  mais  avec  une  lenteur  telle,  que  son  maximum  n'a 
lieu  qu'en  automne,  circonstance  qui  favorise  la  rentrée  de  l'air  dès 
les  premiers  froids. 

On  peut  encore  admettre  qu'il  existe  probablement  dans  les  grandes 
cavités  intérieures  avec  lesquelles  communiquent  les  fissures^  et  d'où 
sortent  les  vents  froids,  des  neiges  ou  des  glaces  perpétuelles. 

En  passant  sur  ces  masses  de  neige  ou  de  glace,  l'air  qui  s'introduit 
par  les  crevasses  et  vient  sortir  par  les  fissures,  ne  peut  que  baisser 
considérablement  dans  sa  température.  Dès-lors  il  n'est  pas  étonnant 
qu'il  apporte  constamment  un  courant  d'air  froid  dans  l'intérieur  des 
caves.  On  doit  d'autant  plus  le  supposer,  qu'une  source  qui  sort  du 
même  rocher  au  pied  duquel  sont  adossées  les  caves,  a  une  tempéra- 
Ton,  xvm.  8 


m  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

ture  constamment  inférieure  à  la  moyenne  du  village  de  Roquefort. 

i\ous  avons  trouvé  la  température  de  cette  source  égale  à  +  6°  R. 
(+  7°^  50  cent.)  le  jour  où  nous  avons  visité  les  caves;  elle  était  pour 
lors  supérieure  d'un  degré  aux  caves  les  plus  froides,  et  de  2  degrés 
au-dessous  de  celle  de  l'air  extérieur  '.  Cette  observation  est  d'autant 
plus  remarquable,  qu'il  en  est  bien  différemment  des  autres  sources, 
situées  auprès  du  village,  et  dont  la  température  est  à  peu  près  égale 
à  la  moyenne  de  cette  localité.  A  la  vérité  on  pourrait  faire  observer, 
contrairement  à  cette  hypothèse,  que  si  les  courants  d'air  apportés  dans 
les  caves  de  Roquefort  passent  sur  les.  masses  de  glace  ou  de  neige  qu'ils 
tendent  à  liquéfier  et  à  vaporiser,  les  caves  qui  les  reçoivent  devraient 
être  non -seulement  froides,  mais  humides.  Or,  il  est  de  fait  que  ces 
cavités  sont  plutôt  sèches  qu'humides.  En  effet,  le  sel  que  l'on  met  sur 
les  fromages,  reste  longtemps  à  se  fondre,  par  suite  de  la  sécheresse  de 
l'air  dans  lequel  ces  fromages  sont  plongés. 

On  ne  peut  résoudre  cette  difficulté,  qu'en  se  rappelant  avec  quelle 
lenteur  un  courant  d'air  froid ,  qui  passe  sur  de  grandes  masses  d'eau 
liquide,  s'en  charge,  et  que  ce  n'est  qu'au  bout  d'un  temps  extrêmement 
long,  qu'il  s'en  sature  d'une  manière  complète. 

Une  expérience  bien  simple,  que  nous  n'avons  pas  eu  le  temps  de  faire, 
serait  peut-être  propre  à  confirmer  ou  à  détruire  cette  supposition.  On 
pourrait  apprécier  avec  de  bons  hygromètres  l'état  de  l'air  qui  sort  des 
fissures,  et  qui  pénètre  dans  les  caves,  et  le  comparer  avec  l'humidité 
habituelle  de  l'air  du  Larzac.  Cette  comparaison  permettrait  de  recon- 
naître la  différence  qui  existe  entre  les  deux  masses  d'air,  sous  le  rap- 
port de  leur  humidité  ;  tandis  qu'à  l'aide  du  thermomètre  et  du  baromè- 
tre, on  pourrait  en  évaluer  en  même  temps  la  température  et  la  densité. 

Du  reste ,  une  évaporation  abondante  semble  suffisante  pour  conce- 
voir comment  les  cavités  souterraines ,  d'où  s'échappent  les  courants 

*  La  basse  température  de  cette  source  est  d'autant  plus  remarquable,  que  son  issue  est  assez 
éloignée  du  rocher  au  pied  duquel  sont  situées  les  caves  de  Roquefort.  Ainsi,  dans  son  trajet,  la 
température  de  cette  source  ne  peut  que  s'élever  ;  par  conséquent  elle  ne  conserve  pas  longtemps 
celle  qu'elle  avait  à  sa  sortie  de  terre. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  59 

d'air  qui  se  répandent  dans  les  caves  de  Roquefort,  restent  constamment 
froides  pendant  toute  la  belle  saison.  On  comprend  ainsi  facilement 
comment,  en  hiver,  le  courant  ascensionnel  y  est  à  peu  près  nul,  ou  du 
moins  Irès-fuible,  et  pourquoi^  par  suite  de  cette  circonstance,  l'équi- 
libre de  température  s'y  trouve  à  peu  près  rétabli.  Les  faits  que  l'on 
observe  dans  les  caves  de  Roquefort,  se  passent  également  dans  une  infi- 
nité d'autres  lieux.  Ainsi,  dans  la  grotte  de  Gerolstein,  sur  les  bords  du 
Rhin,  le  vent  qui  en  sort  en  été  est  très-humide,  et  tellement  froid, 
qu'il  tapisse  d'une  couche  de  glace  fort  épaisse  les  roches  exposées  à 
son  soufHe;  mais  comme  en  hiver  un  pareil  courant  n'a  pas  lieu,  la  glace 
cesse  de  se  déposer  ',  'j 

De  pareils  courants  d'air  alternatifs  sont  du  reste  fréquents  dans  leà 
exploitations  des  mines.  Ainsi,  toutes  les  fois  qu'une  galerie  a  jour  par 
deux  ouvertures,  pratiquées  à  des  niveaux  diftérents,  il  s'y  établit  un 
courant  d'air,  ascendant  en  hiver  et  descendant  en  été;  à  une  certaine 
époque  intermédiaire,  il  n'y  a  aucun  mouvement.  L'explication  de  ces 
faits,  fort  communs  dans  les  galeries  des  mines,  est  du  reste  absolu- 
ment la  même  que  celle  des  vents  froids  souterrains,  et  particulièrement 
des  courants  que  l'on  observe  dans  les  caves  de  Roquefort. 

Sir  J.  Herschel,  dans  ses  observations  sur  les  steppes  salés,  situés 
au  Sud  d'Orembourg,  et  sur  une  caverne  remarquable  par  la  congélation 
qui  s'y  opère  en  été,  est  arrivé,  d'après  des  vues  théoriques,  à  une  con- 
clusion tout  à  fait  d'accord  avec  les  observations  précédentes. 

D'après  lui,  la  glace  d'un  glacier  ou  de  tout  autre  amas  d'eau  solide, 
qui  se  trouve  à  une  certaine  profondeur  au-dessous  de  la  surface,  offre 
une  température  fort  inférieure  au  point  de  la  congélation ,  quoique 
dans  des  lieux  où  la  température  moyenne  annuelle  soit  au-dessous  de 
ce  point.  En  effet,  les  ondulations  du  froid,  au-dessous  de  0°,  pour 

*  De  pareilles  circonstances  ne  paraissent  pas  se  rencontrer  dans  les  caves  de  Roquefort;  du 
moins  les  courants  d'air  qui  y  apportent  de  l'air  froid,  n'y  entraînent  pas  en  même  temps  de  l'air 
humide  qui  serait  infiniment  désavantageux  à  la  conservation  des  fromages  qu'on  y  prépare.  C'est 
aussi  une  des  principules  dillicultés  qu'ont  éprouvées  ceux  qui  ont  tenté  d'établir  des  caves  ana- 
logues à  celles  de  Roquefort,  dilHcultés  que  l'on  pourrait  peut-être  surmonter  en  suivant  le  procédé 
que  nous  indiquerons  plus  tard.  «  i  :/    •  i   f^.  i^..- 


èd  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

continuer  à  se  servir  de  cette  expression  métaphorique,  peuvent  se  pro- 
pager au-dessous  de  la  surface  dans  l'intérieur  de  la  glace,  tandis  que 
les  ondulations  de  la  chaleur  supérieure  à  0",  ne  peuvent  pas  naturel- 
lement s'y  propager. 

Ainsi,  le  froid  de  l'hiver  et  celui  que  produit  la  radiation  des  nuits  se- 
reines, abaissent  la  température  intérieure  de  la  masse;  tandis  que 
l'effet  de  la  chaleur  du  soleil  d'été  se  borne  à  fondre  la  surface,  qui  est 
emportée  avec  l'eau  que  cette  chaleur  a  produite. 

Le  refroidissement  intérieur  explique  très-bien  comment  l'on  ren- 
contre en  été  des  cavernes  glacées  au-dessous  des  neiges  perpé- 
tuelles ;  par  exemple  sur  le  pic  de  Ténériffe  et  sur  quelques  points 
élevés  du  Jura.  Il  importe  peu  que  la  masse  solide  soit  de  glace  ou  de 
rocher.  Il  suffit,  pour  qu'un  pareil  effet  ait  lieu,  que  la  partie  supérieure 
des  cavernes  soit  pendant  toute  l'année  ou  sa  plus  grande  partie  cou- 
verte de  glace,  de  manière  à  amener  la  température  moyenne  annuelle 
de  l'intérieur  au-dessous  de  celle  qui  dépend  de  son  élévation,  et  qu'elle 
atteindrait  sans  cette  circonstance. 

La  température  d'une  montagne  ainsi  maintenue  au-dessous  de  celle 
qui  lui  appartiendrait,  descend  graduellement  dans  son  intérieur  fort 
au-dessous  de  la  limite  des  neiges  perpétuelles.  Si  quelque  caverne  ou 
autre  ouverture  naturelle  donne  accès  vers  les  couches  ainsi  refroidies, 
on  doit  les  trouver  au-dessous  de  0°,  et  la  glace  doit  continuellement 
s'y  former. 

Sans  admettre  la  couche  neigeuse  de  la  montagne,  les  change- 
ments de  température  qui  ont  lieu  à  sa  surface  doivent,  de  la  même 
manière,  produire  dans  son  intérieur  des  ondulations  alternatives  de  cha- 
leur et  de  froid;  si  ces  changements  sont  régulièrement  périodiques,  les 
ondulations  de  froid  et  de  chaleur  le  seront  aussi.  Or,  la  rapidité  avec 
laquelle  les  ondulations  de  froid  et  de  chaud  se  neutralisent  les  unes  avec 
les  autres ,  est  en  rapport  inverse  des  intervalles  qui  les  séparent ,  et 
conséquemment  les  fluctuations  de  température  qui  dépendent  de  plus 
courtes  périodes,  sont  à  peu  près  en  raison  de  la  longueur  de  ces  inter- 
valles de  temps,    j'-'iitii  -  u  jw- 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  ftt' 

Ainsi  les  profondeurs  auxquelles  les  fluctuations  annuelles  dé  tem- 
pérature cessent  d'être  sensibles,  sont  trois  ou  quatre  cents  fois  plus 
grandes  que  celles  où  les  changements  diurnes  sont  neutralisés.  Or 
il  peut  arriver,  d'après  la  lenteur  de  la  propagation  à  des  profondeurs 
si  considérables,  que  les  ondulations  dues  au  froid  de  l'hiver  composé 
de  plusieurs  ondulations  diurnes  alternatives  plus  ou  moins  intenses , 
n'arrivent  à  la  caverne  qu'au  milieu  de  l'été  suivant.  En  un  mot,  si  l'on 
pouvait  en  un  moment  donné ,  sonder  au  moyen  de  thermomètres  in- 
troduits dans  son  intérieur,  l'axe  de  la  montagne  dans  toute  sa  lon- 
gueur, il  serait  possible  que  ces  instruments  indiquassent  des  déviations 
alternatives  en  plus  ou  en  moins  de  la  température  moyenne  de  l'air. ,» 

Il  est  du  moins  constaté  par  les  expériences  faites  dans  les  puits  arté- 
siens que  la  température  des  couches  supérieures  du  sol  est  plus  chaude 
en  été  et  plus  froide  en  hiver,  que  celle  des  couches  qui  sont  le  plus  pro- 
fondément situées.  Ainsi,  à  partir  de  ce  point  stationnaire  de  chaleur,  la 
température  va  régulièrement  et  graduellement  en  s'accroissant  à  me- 
sure que  l'on  descend  davantage. 

Sans  doute  c'est  bien  là  le  sondage  supposé  par  sir  J.  Herschel  ;  mais 
il  n'a  pas  démontré  les  alternatives  de  bandes  chaudes  et  froides  que  son 
hypothèse  devrait  faire  rencontrer  dans  le  sol.  >  iit 

Du  reste  il  existe  un  grand  nombre  de  cavernes  dans  lesquelles  le  ther- 
momètre descend  en  été  fort  au-dessous  de  la  température  intérieure. 
Saussure  a  particulièrement  cité  dans  ses  voyages  dans  les  Alpes  les 
caves  froides  de  Chiavenne,  de  Cesi,  d'Ischia,  de  Monte-Testaceo,  de 
Caprino  près  du  lac  de  Lugano.  Dans  cette  dernière  localité  le  ther- 
momètre était  à  -}-  2°  R,  lorsque  la  température  extérieure  était  à 
-|-  21°  au  même  thermomètre  de  Réaumur.  Ces  caves  peu  profondes, 
nullement  creusées  dans  la  terre,  ont  leur  sol  au  niveau  des  terrains 
adjacents.  Elles  sont  établies  dans  un  rocher  fissuré;  il  en  sort  un  vent 
extrêmement  froid,  phénomène  qui  s'est  représenté  dans  plusieurs  autres 
de  ces  cavités.  >n-r/rtOîr- 

La  cave  d'Hergissvyl  près  de  Lucerne,  visitée  aussi  par  de  Sanssnre, 
contient  en  été  de  la  neige  glacée ,  le  thermomètre  extérieur  étant  à 


0  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

+  18°,3  R.  Ce  grand  observateur  rapporte  sur  le  dire  d'autrui  qu'il  y 
gèle  aussi  en  hiver  seulement  plus  tard  qu'à  l'air  libre,  mais  plus  forte- 
ment. Saussure  attribue  ce  phénomène  à  des  réservoirs  d'air  intérieur 
qui  conservent  la  température  moyenne  du  sol,  ou  même  une  tempé- 
rature un  peu  inférieure.  Cet  air  venant  à  se  dilater^  se  refroidit  encore 
en  passant  sur  des  terrains  humides  où  s'opère  une  grande  évaporation 
d'eau. 

Il  existe  également  une  montagne  glacée  dans  les  chaînons  sub- 
ordonnés de  la  chaîne  des  monts  Cacasson,  dans  le  comté  de  Hampshire 
dans  l'état  de  Virginie  en  Amérique.  Ces  montagnes  sont  composées 
de  grès  en  couches  perpendiculaires. 

La  montagne  de  la  Rivière  du  Nord  forme  une  espèce  de  muraille 
perpendiculaire,  contre  laquelle  est  déposé  un  amas  de  débris  angu- 
leux de  grès  laissant  entre  eux  de  nombreux  interstices.  C'est  dans  les 
cavités  de  ce  talus  que  la  glace  se  conserve  pendant  la  saison  chaude. 

M.  Hayden  visita  cette  localité  au  milieu  de  l'été  1838.  La  tempéra- 
ture de  l'air  était  à  l'ombre  de  4"  2.8°, 5  R. ,  mais  le  thermomètre  placé 
au  haut  de  la  montagne  dans  une  cavité  du  sol,  descendit  rapidement 
à  +3°,9  de  Réaumur. 

Les  rochers  ruisselaient  d'humidité  à  leur  surface  par  la  condensa- 
tion de  la  vapeur  contenue  dans  l'air,  quoique  le  point  de  rosée  fut 
extrêmement  bas.  Dès  que  M.  Hayden  écartait  quelques  fragments  du 
rocher  de  la  surface,  on  trouvait  à  l'intérieur  de  la  glace  solide;  une 
cavité  de  trois  ou  quatre  pieds,  abritée  seulement  par  des  planches  mal 
jointes ,  était  remplie  de  neige  qui  brillait  à  travers  leurs  interstices. 
.ji,jCette  neige,  dure,  friable,  cristalline,  ne  semblait  avoir  éprouvé 
aucun  effet  de  la  température  de  l'été.  Une  source  qui  sortait  de  la  base 
de  la  montagne  glacée,  ne  présentait  aucun  refroidissement  dans  ses 
eaux,  dont  la  température  était  semblable  à  celle  des  sources  du  pays  , 
c'est-à-dire,  de  -l-8°,5  à  -l-8°,9  R.,  température  moyenne  de  la  con- 
trée. Les  habitants  profitent  du  pouvoir  réfrigérant  de  la  montagne, 
pour  y  placer  leurs  laiteries  et  leurs  fromages,  qui  sont  entourés  de  trois 
côtés  par  le  sol  glacé.  Les  murailles  de  ces  laiteries  sont  souvent,  pen- 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  «5 

dant  l'été ,  incrustées  de  glace  à  l'intérieur ,  et  l'on  voit  pendre  du  toit 
des  stalactites  de  glaçons. 

M.  Hayden  attribue  cette  propriété  réfrigérante  uniquement  à  la  na- 
ture caverneuse  et  poreuse  de  l'amas  de  grès  qui  constitue  la  montagne, 
dont  l'exposition  est  d'ailleurs  au  Nord-Ouest.  La  glace  qui  s'y  forme 
pendant  l'hiver ,  y  est  préservée  contre  la  chaleur  de  l'été  par  la  faculté 
peu  conductrice  de  la  chaleur  des  roches  de  la  surface. 

Il  appuie  cette  explication  des  faits  analogues  observés  soit  dans  le 
Monte-Testaceo  de  Rome  par  Pictet,  soit  dans  le  Mont  Etna,  où  la 
neige  se  conserve  sous  la  lave.  Si  les  effets  produits  dans  la  montagne 
glacée  du  Hampshire  sont  aussi  considérables ,  cela  est  dû  aux  énormes 
dimensions  du  dépôt  des  débris  qui  s'y  trouvent  accumulés.  La  couleur 
des  roches,  d'un  blanc  sale,  les  rend  aussi,  par  leur  pouvoir  de  réflexion 
et  de  rayonnement,  moins  susceptibles  que  d'autres  d'absorber  de  la 
chaleur  '. 

On  conçoit  dès  lors  comment  les  caves  de  Roquefort  ont  une  tempé- 
rature constamment  inférieure  à  la  température  moyenne  du  lieu  où 
elles  sont  situées.  Il  suffit  en  effet  qu'elles  soient  placées  au-dessous  des 
courants  d'air  qui  passent  sur  des  masses  de  neige  congelée  ou  des  amas 
de  glace ,  pour  qu'une  pareille  circonstance  s'y  montre  d'une  manière 
à  peu  près  continue.  Elle  doit  s'y  maintenir,  si  comme  à  Roquefort, 
la  chaleur  de  l'été  ne  fait  pas  fondre  les  glaces  accumulées  dans  l'inté- 
rieur des  roches  auprès  desquelles  sont  placées  les  caves  à  fromages. 

D'autres  causes  viennent  s'ajouter  à  celles-ci  pour  donner  à  ces  lieux 
une  basse  température;  mais  ces  causes  sont  moins  efficaces  que  celles 
dont  nous  venons  de  donner  une  idée.  Parmi  ces  effets  secondaires,  on 
peut  signaler  la  grande  saillie  ainsi  que  l'élévation  des  rochers  aux  pieds 
desquels  sont  situées  les  caves  de  la  fameuse  rue  de  Roquefort.  Le  soleil 
éclaire  seulement  pendant  quelques  instants  de  la  journée,  du  moins  en 
hiver,  les  murailles  extérieures  qui  les  ferment.  Le  rocher  isolé  et  très- 
élevé  placé  à  l'extrémité  méridionale  du  village ,  empêche  également  les 

'  Americ.  Joum,  ofscienc,  jnillet  1843.    "•'  '  "' '  '  "  '--— i  -- 


JH  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

rayons  du  soleil  d'échauffer  les  murailles  de  l'enceinte  de  ces  cavités, 
et  par  suite  d'en  élever  la  température.  C'est  principalement  sur  les 
caves  dites  Delmas,  que  ce  rocher  projette  son  ombre.  Celles-ci, 
les  plus  fraîches  de  toutes ,  sont  aussi  regardées  dans  le  pays  comme  les 
meilleures,  c'est-à-dire,  celles  d'où  sortent  les  fromages  du  goût  le  plus 
exquis,  et  qui  se  conservent  le  plus  longtemps. 

En  observant  avec  soin  la  température  de  l'air  extérieur  à  l'ombre, 
le  22  mars  1835,  jour  auquel  nous  avons  visité  les  caves  de  Roquefort, 
nous  l'avons  trouvé  de  -f-  8°  R.  {-{-  10.  c.  ),  tandis  que  celle  des 
caves  Delmas  était  seulement  de  -1-  5°  R.  (+  6°  25  cent.)  '.  Quanta  la 
température  des  caves  Laumière,  la  plus  faible  que  nous  y  avons  obser- 
vée a  été  de  plus  +  6°, 20  R.  (  -j-  7°,80  c).  Cette  dernière,  quoique 
plus  rapprochée  de  la  température  de  l'air  extérieur,  était  pourtant  à 
cette  époque  sensiblement  au-dessous  ;  mais  elle  était  bien  supérieure 
à  celle  des  caves  Delmas. 

Tf^Ces  faits  semblent  annoncer  l'influence  qu'exerce  la  position  des 
caves  sur  leur  température  ;  du  moins  les  plus  rapprochées  du  courant 
d'air  extérieur,  dont  nous  venons  de  parler,  qui  offrent  en  même  temps 
le  plus  de  fissures  dans  leur  intérieur,  et  qui  sont  les  plus  abritées  des 
rayons  du  soleil,  sont  aussi  les  plus  froides  et  celles  où  se  fabriquent  les 
fromages  de  la  meilleure  qualité.  Si  nous  devions  ajouter  foi  aux  obser- 
vations de  M.  Laumière,  que  nous  avons  extraites  de  ses  registres,  des 
différences  plus  considérables  que  celles  que  nous  avons  signalées  exis- 
teraient entre  la  température  des  bonnes  caves  de  Roquefort,  et  celle 
des  autres  caves  de  ce  village.  Ainsi ,  d'après  M.  Laumière,  l'air  de  cette 
rue  aurait  eu  le  19  août  1827,  une  température  de  +  16"  R.  (+  20°  c), 
tandis  qu'à  la  même  époque  celle  des  caves  aurait  varié  entre  -|-  3°  et 
-F  4°  R.  (+  3'',75  et  5°  c),  c'est-à-dire,  qu'elle  était  de  -1-6°  R.  (7°,5  c.) 
inférieure  à  celle  de  l'air  extérieur. 

*  On  sera  peut-être  étonné  de  voir  que  nous  avons  indiqué  les  deux  termes  des  thermomètres 
de  Réaumur  et  centigrade.  Nous  avons  suivi  cette  marche  afin  de  rendre  nos  observations  plus 
faciles  à  être  saisies  par  les  fabricants  de  Roquefort,  qui  font  uniquement  usage  du  premier  de 
ces  thermomètres,  et  des  savants,  qui  ne  se  servent  que  du  second. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  65 

Quant  aux  autres  caves  de  Roquefort ,  situées  assez  loin  de  la  fameuse 
rue,  la  température  la  plus  basse  observée  dans  celle  dite  de  Pomarède, 
aurait  été  supérieure  à  celle  du  vestibule  des  premières  :  cette  dernière 
étant  égale  à  +  1 1°  R.  (  -|-  13o,75  c),  tandis  qu'à  la  même  époque,  la 
cave  dite  de  Molinier,  avait  +  l4o  R.  (+  17**  c),  chaleur  pourtant 
encore  inférieure  à  celle  de  l'air  extérieur  de  +  2°  R.  (+  2",5  c.) 

Ces  faits  peuvent  nous  faire  concevoir ,  pourquoi  les  tentatives  exécu- 
tées jusqu'à  ce  jour  pour  obtenir  des  caves  aussi  favorables  à  la  prépa- 
ration des  fromages  que  le  sont  celles  de  Roquefort ,  ont  été  généra- 
lement infructueuses.  Sans  doute  ces  caves  ont  été  généralement 
construites,  dans  des  lieux  profonds  et  abrités  des  rayons  du  soleil  ;  mais 
ce  que  l'on  n'a  pas  même  tenté  de  leur  donner,  c'est  la  basse  tempéra- 
ture dont  jouissent  les  premières,  et  qui  en  fait  tout  le  mérite.  On  y  par- 
viendrait, ce  semble,  en  plaçant  auprès  d'elles  des  glacières  artificielles, 
disposées  de  manière  à  y  introduire  des  courants  continuels  d'air  froid 
analogues  à  ceux  qui  pénètrent  dans  les  bonnes  caves  de  Roquefort  par 
les  nombreuses  fissures  des  rochers  au  pied  desquels  elles  sont  pla- 
cées '. 

Quant  à  ces  cavités  considérées  en  elles-mêmes,  elles  sont  loin  d'être 
grandes  et  spacieuses  comme  l'on  serait  tenté  de  le  supposer,  en  pen- 
sant aux  prix  excessifs  auxquels  se  vendent  celles  delà  fameuse  rue.  Ainsi, 
celles  de  M.  Delmas  ont  coûté  215,000  francs  au  négociant  qui  les  pos- 
sède aujourd'hui  ;  quoique  certainement  elles  n'aient  pas  nécessité  une 
dépense  de  12,000  francs.  En  effet,  elles  sont  fort  petites,  fort  étroites 
et  fort  sales.  Divisées  de  bas  en  haut  par  des  planches  destinées  à  rece- 
voir les  fromages,  elles  ont  aussi  plusieurs  étages.  Cène  sont  donc  point 
de  vastes  grottes  souterraines  ni  des  cavités  plus  ou  moins  spacieuses, 

*  Deux  conditions  semblent  nécessaires  pour  la  bonne  préparation  des  fromages  de  Roquefort  ; 
si,  pour  les  obtenir,  on  plaçait  auprès  des  caves  des  glacières  artificielles,  il  faudrait  prendre 
quelques  précautions.  On  pourrait,  par  exemple,  faire  passer  les  courants  d'air  dans  des  tuyaux  parti- 
culiers. De  cette  manière  on  abaisserait  moins  promptement  la  température  des  caves,  et  l'on  ob- 
tiendrait l'avantage  de  n'introduire  que  des  courants  d'air  à  la  fois  secs  et  froids ,  double  cir- 
constance qui  semble  indispensable  à  ce  genre  de  fabrication.  Il  serait  également  avantageux 
d'amener  dans  ces  galeries  des  courants  dont  la  température  primordiale  fût  la  plus  basse  possible. 
ToM.  XVIII.  9 


m  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

pratiquées  au-dessous  du  sol,  mais  de  simples  et  modestes  bâtisses  ados- 
sées au  rocher,  dont  les  soupiraux  y  entretiennent  une  étonnante  fraî- 
cheur. Ce  qui  leur  donne  un  si  grand  prix  n'est  point  leur  vaste  étendue 
ni  leur  élévation .  mais  leur  basse  température  ;  en  un  mot,  ce  que  l'on 
achète  réellement,  ce  sont  les  courants  d'air  froid  que  leur  position  y 
entretient  à  peu  près  constamment.  Sans  doute  l'absence  de  toute  lu- 
mière et  d'une  communication  directe  avec  l'air  extérieur,  peut  bien  y 
maintenir  une  basse  température;  mais  ces  circonstances  ne  sauraient 
la  produire  ni  la  déterminer. 

Il  paraît  donc  que  l'on  doit  attribuer  la  bonté  des  fromages  de  Roque- 
fort aux  courants  d'air  froid  que  les  fissures  entraînent  sans  cesse  dans 
les  caves  ;  car  leur  basse  température  ne  peut  dépendre  de  leur  enfonce- 
ment au-dessous  du  sol  ou  de  leur  profondeur,  leur  niveau  le  plus  infé- 
rieur étant  égal  à  celui  de  la  rue  dans  laquelle  elles  sont  placées.  La 
manipulation  n'y  est  peut-être  pas  non  plus  sans  quelque  influence  ;  il 
en  est  probablement  de  même  de  la  qualité  de  lait  de  brebis  qui  sert 
à  les  confectionner.  D'après  les  plus  habiles  manipulateurs  de  Roque- 
fort, le  lait  le  meilleur  serait  celui  de  deux  fermes  assez  rapprochées  de 
ce  village  nommées  le  Mas  et  le  Busquet;  d'après  eux,  ce  lait  trans- 
porté dans  les  bonnes  caves  de  Roquefort,  donnerait  les  meilleurs  fro- 
mages. 

On  nous  pardonnera  sans  doute  une  aussi  longue  digression  à  rai- 
son de  l'intérêt  que  présente  le  phénomène  qui ,  après  avoir  occupé  la 
sagacité  de  Chaptal,  a  aussi  attiré  l'attention  de  M.  Giron  de  Buzarein- 
gues,  physicien  aussi  distingué  qu'agronome  habile  '.  Chaptal  avait 
porté  principalement  son  attention  sur  la  préparation  des  fromages  de 
Roquefort,  il  avait  même  indiqué  plusieurs  améliorations  à  apporter 
dans  leur  fabrication.  Nous  ignorons  si  elles  ont  eu  lieu,  les  caves  ne 
recelant  pas  la  moindre  trace  de  fromages  à  l'époque  où  nous  les  avons 
visitées  \ 


*  Voyez  son  mémoire  sur  les  caves  de  Roquefort;  Annales  de  Chimie,  t.  LXV,  p.  362. 

*  Annales  de  Chimie,  t.  III,  p.  31. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  $9 

Da  reste ,  d'après  le  célèbre  chimiste  de  Montpellier  comme  d'a- 
près nous,  la  fraîcheur  des  caves  dépendrait  des  courants  d'air  apportés 
par  les  fissures;  aussi  Chaptal  observe-t-il  que  le  jour  où  il  les  vi- 
sita, le  thermomètre,  qui  à  l'ombre  et  à  l'air  extérieur,  se  maintenait 
à  -f-  23"  R.,  descendit  à  +  4*'  R.  après  un  quart  d'heure  d'exposition 
dans  le  voisinage  d'une  de  ces  fissures.  D'après  lui ,  la  température  de 
ces  caves  serait  très- variable ,  soit  à  raison  de  leur  exposition  et  de 
la  chaleur  de  l'atmosphère ,  soit  enfin  à  cause  de  la  nature  et  de  la 
direction  du  vent  régnant.  [1  lui  a  paru  enfin  que ,  plus  l'air  extérieur 
était  chaud,  plus  les  caves  étaient  froides,  parce  qu'alors  le  courant 
était  plus  fort.  Il  a  encore  admis  que  le  vent  du  Sud  en  favorisait  sin- 
gulièrement la  fraîcheur,  et  l'on  pourra  juger,  d'après  ce  que  nous 
avons  fait  observer^  si  cette  supposition  de  Chaptal  peut  réellement 
être  admise. 

Telles  sont  les  principales  observations  que  ce  chimiste  a  faites  sur 
ces  cavités;  ces  observations  sont  loin,  ainsi  que  celles  qui  leur  ont  suc- 
cédé ,  d'avoir  résolu  une  question  qui  mérite  à  la  fois  l'attention  du  na- 
turaliste et  du  physicien.  Puissions-nous  avoir  été  plus  heureux  que 
les  observateurs  qui  nous  ont  précédé  dans  l'explication  du  singulier 
phénomène  que  présentent  les  caves  de  Roquefort. 

c.  Du  mercure  natif  de  l'Aveyron.  —  On  a  fait  récemment  grand 
bruit  d'une  mine  de  mercure  découverte  à  ce  que  l'on  assurait  dans 
les  environs  de  Roquefort  et  de  Tournemire  ;  nous  ne  pouvons  nous 
empêcher  d'en  dire  quelques  mots,  d'autant  que  si  elle  avait  été  réelle, 
elle  aurait  eu  la  plus  grande  importance. 

Tout  ce  qu'il  y  a  de  certain  à  cet  égard,  c'est  que  des  personnes  dignes 
de  foi  ont  recueilli  quelques  gouttelettes  de  mercure  dans  les  fossés 
creusés  dans  les  marnes  liassiques  de  Roquefort  et  de  Tournemire.  Des 
faits  pareils  ont  été  généralement  signalés  depuis  longtemps.  Ils  sont 
consignés  dans  l'histoire  du  Rouergue  de  Bosc.  Cet  historien  rapporte, 
sur  le  témoignage  du  nommé  Thévet,  qui  écrivait  en  1579,  qu'à  un  vil- 
lage nommé  le  Minier  près  Montjoux,on  avait  vu  découler  d'un  rocher 


m  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

une  grande  quantité  d'argent  vif.  Cet  écoulement  avait  eu  lieu  après 
un  éboulement;  il  fut  si  considérable  que  l'on  pouvait  comparer  le 
bruit  qu'il  produisit  à  celui  que  les  torrents  font  en  s'écoulant  dans 
la  rivière  du  Tarn.  Cet  énoncé  du  dire  de  Thévet  suffit  pour  faire  ju- 
ger du  peu  de  croyance  qu'il  mérite.  J  jito  t- 

Il  en  est  de  même  des  exagérations  débitées  dans  ces  derniers  temps, 
au  sujet  des  prétendues  mines  trouvées  dans  les  environs  de  Belmont 
et  de  S'-Paul-des-Fonts.  Les  ingénieurs  des  raines  qui,  depuis  ces 
pompeuses  annonces,  se  sont  transportés  sur  les  lieux,  n'ont  pas  pu 
observer  la  moindre  gouttelette  de  mercure,  ni  même  remonter  jus- 
qu'aux auteurs  de  cette  découverte.  Il  en  a  été  de  même  lorsqu'on  a 
voulu  s'assurer  de  la  présence  du  cinabre  dans  cette  même  localité.  Ces 
ingénieurs  n'ont  pas  pu  en  reconnaître  la  moindre  trace. 

Ils  ont  seulement  constaté  que  l'on  a  vu  autrefois  s'échapper  à  de 
très-rares  intervalles  des  marnes  bitumineuses  liassiques,  dont  est  formé 
le  sol  des  petites  vallées  de  Tournemire,  de  Roquefort,  de  S'-Paul- 
des-Fonts  et  de  Belmont,  de  petites  quantités  de  mercure  natif. 

La  présence  de  ce  métal  dans  les  marnes  liassiques  de  ces  localités 
ne  serait  pas  cependant  bien  extraordinaire,  puisque  le  cinabre  est 
exploité  à  Dria  dans  les  schistes  bitumineux  qui  préludent  au  calcaire 
pénéen.  Mais  les  conditions  de  ces  divers  gisements  sont  complètement 
différentes.  Ainsi  à  Belmont  le  lias  repose  sur  le  grès  bigarré,  et  les  ter- 
rains au  nord  de  ce  village  appartiennent  pour  la  plupart  aux  schistes 
primitifs  et  aux  gneiss  ;  tandis  qu'au  sud  dominent  les  formations  de 
transition.  ijt>iu£iq«  iit^q  fjmov 

En  thèse  générale,  le  gîte  ordinaire  dès  minerais  de  mercure  est 
dans  les  dépôts  qui  commencent  la  série  des  terrains  secondaires.  Les 
mines  les  plus  riches  de  ce  métal  sont  ouvertes  dans  les  terrains  du 
groupe  carbonifère,  et  surtout  dans  le  grès  rouge,  où  il  se  trouve  en 
amas.  On  le  rencontre  quelquefois  dans  les  terrains  plus  anciens,  comme 
à  Âlmaden,  ou  dans  des  formations  plus  récentes,  comme  sont  les  gîtes 
de  la  Carniole  ou  du  Pérou. 
vii'Ce  n'est  pas  une  raison  pour  qu'on  n'en  découvre  pas  dans  des  cou- 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  M 

ches  d'un  âge  plus  récent,  puisque  nous  avons  trouvé  dans  les  environs 
de  Montpellier  des  quantités  très-notables  de  mercure  natif,  ainsi  que 
de  petits  cristaux  de  calomel.  Ces  gouttelettes  métalliques,  disséminées 
sur  des  espaces  souvent  assez  étendus,  ne  s'y  rencontrent  que  parce  que 
sublimées  et  vaporisées,  elles  ont  traversé  tous  les  terrains  pour  arriver 
presque  jusqu'au  sol  le  plus  superficiel. 

L'argent  vif,  ainsi  sublimé  à  Montpellier  et  dans  les  diverses  localités 
de  l'Aveyron  que  nous  avons  déjà  citées,  ne  peut  jamais  être  utilisé,  et 
les  gîtes  qui  le  renferment  ne  sauraient  être  assimilés  à  de  véritables 
mines.  Du  reste,  en  supposant  que  la  quantité  que  l'on  pourrait  en  re- 
cueillir en  Aveyron  fût  phis  considérable  que  celle  qui  a  été  rencontrée 
à  Montpellier,  elle  ne  pourrait  jamais  permettre  une  exploitation  ré- 
gulière et  profitable.  Les  globules  de  mercure  y  sont  trop  divisés  et 
disséminés  à  des  intervalles  trop  considérables  les  uns  des  autres,  pour 
pouvoir  être  recueillis  avec  avantage. 

On  doit  donc  renoncer  à  toute  idée  de  recherches  dans  les  terrains 
tertiaires  des  environs  de  Montpellier,  quelque  facilité  qu'ils  puissent 
présenter  aux  fouilles.  Ce  que  nous  avons  fait  à  leur  égard,  les  indus- 
triels nous  imiteront  sans  doute  en  ce  qui  concerne  ceux  de  l'Aveyron. 
On  doit  d'autant  moins  tenter  aucun  genre  d'exploitation  dans  ce  der- 
nier département,  que  le  mercure  natif  parait  y  être  en  quantité  moins 
considérable  qu'à  Montpellier. 

Les  grands  travaux  entrepris  de  toutes  parts  pour  les  chemins  de  fer 
de  Cette  et  de  Nîmes,  viennent  de  prouver  combien  ce  métal,  accumulé 
quelquefois  sur  des  points  peu  spacieux,  est  rare  dans  les  terrains  qui  le 
recèlent,  lorsqu'on  les  fouille  sur  une  grande  échelle.  Il  en  serait  tout 
autrement  si  l'on  venait  à  le  découvrir  avec  le  sulfure  de  mercure  ou 
avec  d'autres  minerais  du  même  genre. 

Il  est  difficile  de  l'espérer  dans  les  terrains  sub-apennins  des  envi- 
rons de  Montpellier,  et  même  dans  les  formations  liassiques  de  l'Aveyron. 
Toutefois  la  présence  du  mercure ,  ainsi  volatilisé  dans  les  formations 
peu  anciennes,  est  une  circonstance  que  la  science  doit  enregistrer  dans 
ses  annales  ;  mais  quelque  intérêt  qu'elle  puisse  avoir  pour  l'histoire 


i6  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

physique  du  globe,  on  ne  doit  pas  perdre  de  vue  qu'elle  est  sans  impor- 
tance pour  les  arts  et  l'industrie. 

d.  De  la  désignation  vulgaire  des  plateaux  calcaires.  —  Les  pla- 
teaux calcaires ,  soit  qu'ils  aient  l'étendue  du  Larzac ,  ce  qui  du  reste 
est  fort  rare ,  soit  gue  cette  étendue  soit  moins  considérable,  sont  géné- 
ralement désignés  dans  le  midi  de  la  France  sous  le  nom  de  causses; 
cette  dénomination  de  causses  qu'on  leur  donne  paraît  dériver  du  mot 
caou,  qui  dans  l'idiome  méridional  veut  dire  chaux;  on  entend  donc  par 
causse  un  pays  à  chaux. 

Du  reste  lorsque  dans  les  contrées  méridionales,  comme  l'Aveyron  et 
les  Cévennes,  il  n'existe  que  deux  ou  trois  grandes  formations ,  on  peut 
par  la  connaissance  de  la  culture  qui  y  est  suivie,  arriver  jusqu'à  celle 
de  la  nature  générale  du  sol.  Ainsi  en  Aveyron,  les  grands  pâturages, 
ceux  qui  fournissent  un  pacage  succulent  pendant  tout  le  temps  de 
l'année  où  la  neige  ne  recouvre  pas  le  sol ,  sont  établis  dans  les  forma- 
tions volcaniques.  La  nourriture  abondante  que  trouvent  les  gros  bes- 
tiaux dans  ces  gras  pâturages ,  y  a  donné  lieu  à  l'établissement  d'une 
industrie  particulière ,  celle  de  la  fabrication  des  fromages,  et  par  suite, 
à  la  construction  des  burons  où  ceux-ci  se  préparent.  Il  existe  bien  de 
pareils  établissements  dans  les  pays  calcaires,  et,  par  exemple,  sur  le 
Larzac  dont  nous  venons  de  parler;  mais  les  excellents  fromages  de 
Roquefort  que  l'on  y  prépare ,  ne  sont  plus  faits  avec  du  lait  de  vache  ; 
on  se  sert  uniquement ,  pour  leur  confection ,  du  lait  de  brebis.  Or,  les 
menus  bestiaux  ne  sont  pas  ceux  que  l'on  élève  au  milieu  des  prairies 
verdoyantes  des  terrains  volcaniques  des  environs  de  Laguiolle  et  d'Au- 
brac.  L'on  n'y  voit  guère  que  des  bœufs ,  des  vaches  et  des  veaux.  Le 
menu  bétail  prospère  seul  au  milieu  des  pâturages  secs  et  arides  du  sol 
calcaire  qui  forme  le  plateau  du  Larzac  ;  c'est  ce  bétail  auquel  nous 
devons  les  fromages  de  Roquefort  '. 

?Jl*^  Les  bêtes  à  laine  du  Larzac  rappellent  par  leurs  formes  la  race  mérinos ,  et  paraîtraient  en 
quelque  sorte  en  être  descendues.  L'ampleur  de  leurs  mamelles  est  une  suite  de  la  puissance  d'im- 
pulsion à  laquelle  on  soumet  ces  animaux. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  U 

Des  pâturages  aussi  excellents  et  aussi  gras  n'existent  dans  aucune 
partie  des  Cévennes ,  à  la  même  hauteur  que  dans  les  environs  d'Au- 
brac,  de  Laguiolle  et  d'Espalion;  peut-être  cela  tient-il  à  ce  que  les 
formations  volcaniques  ne  s'y  montrent  nulle  part.  Ce  qu'il  y  a  de  cer- 
tain, c'est  que  les  grands  pâturages  des  Cévennes  ne  fournissent  pas  une 
nourriture  assez  abondante  pour  les  gros  bestiaux  ;  ils  sont  seulement 
suftisants  à  l'entretiendu  menu  bétail.  Dès  lors,  les  cavernes  y  étant  d'un 
autre  côté  assez  rares ,  on  ne  trouve  aucun  buron  ni  aucun  établisse- 
ment destiné  à  la  fabrication  des  fromages  dans  toutes  les  Cévennes. 

Quant  aux  terrains  primitifs  soit  granitiques,  soit  schisteux,  la  culture 
ne  peut  en  profiter  que  pour  le  seigle,  le  blé  sarrasin  et  le  châtaignier. 
Le  blé,  la  vigne,  caractérisent  avec  le  noyer  et  le  mûrier,  du  moins  dans 
certaines  localités,  les  terrains  calcaires.  En  effet,  ces  deux  cultures  ne 
réussissent  point  ailleurs  aussi  bien  que  dans  ces  terrains,  soit  en  Avey- 
ron ,  soit  dans  les  Cévennes. 

Si  l'espèce  ou  le  genre  de  culture  permet  de  distinguer  la  nature  du 
sol,  il  en  est  de  même  des  forêts.  Les  bois  d'érables  et  de  chênes 
accompagnés  des  buis,  se  montrent  à  peu  près  constamment  dans  les 
terrains  calcaires,  tandis  que  ceux  composés  de  hêtres  ou  de  fayards 
et  de  châtaigniers ,  existent  principalement  dans  les  terrains  pri- 
mitifs, soit  schisteux,  soit  granitiques,  surtout  dans  les  derniers  ter- 
rains. 

Les  formations  calcaires ,  et  sous  ce  nom  nous  comprenons  unique- 
ment les  formations  secondaires,  occupent  au  moins  le  tiers  du  dépar- 
tement de  l'Aveyron.  Nous  disons  au  moins  le  tiers  de  la  surface  de  ce 
département ,  car  il  est  fort  diflicile  d'évaluer  rigoureusement  l'étendue 
occupée  par  celte  nature  de  sol.  En  effet,  souvent  ce  genre  de  terrain 
n'est  masqué  que  par  les  formations  qui  s'élèvent  à  des  hauteurs  plus 
considérables.  On  le  voit  parfois  reparaître  à  la  vérité  dans  les  bas-fonds, 
ou  même  sur  de  grandes  élévations,  ainsi  qu'on  l'observe  lorsqu'on 
parvient  au-dessus  de  la  rive  droite  du  Lot.  C'est  surtout  à  la  base  des 
terrains  schisteux  et  granitiques,  qui  servent  d'appui  aux  formations 
volcaniques  qui  composent  les  montagnes  de  S*-Chély  d'Aubrac,  de 


Tgl  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

Laguiolle,  de  Lacalm  et  de  Terondels,  que  ces  formations  prennent 
un  grand  développement. 

En  effet,  les  terrains  calcaires  commencent  vers  le  Sud,  bien  au  delà 
des  limites  de  ce  département,  et  s'étendent  sans  interruption  vers  le 
Nord  jusques  au  delà  de  S'-Germain. 

De  ce  point ,  ces  terrains  se  prolongent  à  l'Ouest,  occupant  la  plus 
grande  partie  de  l'arrondissement  de  S'-Afrique.  On  les  voit  reparaître 
au-dessous  de  Rodez,  se  prolongeant  à  la  fois  vers  S*-Geniez,  au  Nord, 
vers  Espalion,  et  à  l'Ouest,  jusqu'au  delà  de  Marcillac.  Les  mêmes 
formations  se  montrent  de  nouveau  près  Rignac ,  dès  que  l'on  a  passé 
le  torrent  de  l'Âlzon,  sur  lequel  est  construit  le  pont  de  la  Monnaie.  De 
ce  point,  ces  formations  parviennent  vers  le  Nord  jusqu'à  la  frontière  du 
département  du  Cantal.  Elles  occupent  ensuite  tout  l'arrondissement  de 
Ville-Franche ,  à  l'exception  du  canton  de  Rieupeyroux  et  d'une  partie 
de  celui  deNajac.  Ainsi  les  formations  calcaires  enveloppent  de  toutes 
parts  le  département  de  l'Aveyron ,  tandis  que  les  terrains  primitifs  le 
traversent  dans  la  seule  direction  du  Nord  au  Sud ,  sauf  néanmoins  la 
partie  calcaire,  qui  forme  pour  ainsi  dire  un  barrement  marqué  dans 
toute  sa  largeur,  c'est-à-dire  de  l'Est  à  l'Ouest. 

Les  limites  que  nous  venons  d'assigner  aux  terrains  calcaires  peu- 
vent donner  une  idée  du  grand  développement  qu'ont  acquis  dans 
l'Aveyron  ces  formations ,  et  du  genre  de  culture  qui  y  a  pris  le  plus 
d'extension;  car,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  fait  observer,  la  nature  du 
terrain  a  déterminé  l'espèce  de  culture  qui  pouvait  s'accommoder  avec 
cette  même  nature  du  sol. 

Les  sommets  des  montagnes  calcaires  se  présentent  peu  en  Aveyron 
avec  des  couches  tellement  décomposées ,  que  leur  cime  ressemble  à 
de  vieux  édifices  tombant  en  ruines.  De  pareilles  couches  ruiniformes 
ne  s'y  voient  guère  que  sur  le  plateau  du  Larzac  et  sur  les  sommets  des 
monts  calcaires  des  environs  de  Millau.  En  général ,  les  croupes  et  les 
sommets  des  montagnes  calcaires  y  sont  trop  arrondis  pour  présenter 
cette  disposition.  On  peut  facilement  s'en  convaincre  en  jetant  les  yeux 
sur  les  montagnes  calcaires  des  environs  de  Rodez  et  de  Ville-Franche. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  3f5^ 

i'<Lcs  ibrmatioiis  calcaires  de  l'Avejron  offrent  peu  de  minéraux.  On 
n'y  trouve  guère,  en  effet,  que  du  peroxyde  de  fer  hydraté,  soit  massif, 
soit  en  grains,  et  le  plomb  sulfuré  :  ce  dernier  minéral  y  est  du  reste 
fort  rare.  Quant  à  l'arkose,  genre  de  roche  qui  se  rencontre  assez  fré- 
quemment dans  le  département  de  l'Âveyron,  et  par  exemple  dans  les 
environs  de  Cassagnètes,  près  de  Rodez,  et  dans  ceux  de  Ville-Franche, 
elle  y  occupe  une  assez  grande  étendue.  Elle  est  parfois  traversée  par  de 
beaux  fdons  de  quarz  et  de  feldspath.  Dans  certaines  localités ,  comme 
par  exemple,  dans  les  environs  de  Flavin  ,  les  arkoses  se  montrent  liées 
à  des  mimophyres  quarzeux,  lesquels  se  rattachent  aux  terrains  primi- 
tifs. Il  est  possible  même  que  la  plupart  des  arkoses  de  l'Aveyron  se 
rapportent  à  la  partie  la  plus  supérieure  des  terrains  primordiaux  ;  ce 
qui  est  surtout  évident  pour  celles  des  environs  de  Flavin. 

Quant  aux  formations  oolithiques  de  ce  département,  elles  sont  essen- 
tiellement calcaires  ou  marneuses.  Etudiées  dans  leur  structure  en 
grand,  on  les  voit  composer  à  la  fois  des  pics  isolés  plus  ou  moins  éle- 
vés, ou  s'étendre  en  monts  assez  continués  pour  être  couronnés  de  pla- 
teaux étendus.  Ces  plateaux  sont  loin  cependant  d'acquérir  jamais  la 
grandeur  et  Timportance  des  plateaux  jurassiques  dont  celui  du  Larzac 
est  le  plus  considérable.  Le  terrain  oolithique  présente  du  reste  le  même 
genre  de  culture  que  les  autres  terrains  calcaires;  la  vigne  y  prospère 
du  moins  aussi  bien  qu'ailleurs,  lorsque  l'exposition  du  sol  lui  est  favo- 
rable. Ce  n'est  pourtant  que  sur  les  revers  exposés  au  Sud  que  la  culture 
de  la  vigne  donne  en  Aveyron  des  résultats  utiles,  et  cela  soit  dans  le 
calcaire,  soit  dans  les  grès  bigarrés.  On  ne  tente  jamais  ce  genre  de 
culture  dans  les  terrains  primitifs ,  quelle  que  soit  d'ailleurs  leur  ex- 
position. 

4°    FORMATIONS  VOLCAmQCES. 

Les  formations  volcaniques  se  montrent  à  peu  près  restreintes  à  lu 
partie  septentrionale  de  ce  département;  elles  y  occupent  la  plus  grande 
partie  du  nord  et  du  nord-est  de  l'arrondissement  d'Espalion.  Ces  for- 
Ton.  XVIII.  10 


U  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

mations  se  lient  avec  celles  du  Cantal  et  de  la  Lozère ,  qui  elles-mêmes 
sejoignent  à  celles  du  Vélay.  Les  montagnes  d'Aubrac  les  montrent  les 
plus  pures  ou  les  moins  rapprochées  d'autres  roches.  Les  terrains  vol- 
caniques composent  la  masse  de  cette  chaîne  à  peu  près  complètement; 
peut-être  les  monts  d'Aubrac  doivent- ils  à  cette  circonstance  leur 
grande  fertilité. 

Les  mêmes  terrains  sont  aussi  fort  développés  au  nord  du  départe- 
ment ,  principalement  vers  le  mur  de  Barrés.  Ils  y  sont  accompagnés 
par  des  roches  de  calcaire  d'eau  douce  compacte ,  caractérisé  par  des 
lymnées  et  quelquefois  par  des  phanorbes.  Ces  calcaires  deviennentpar- 
fois  siliceux ,  mais  comme  ceux  des  environs  d'Aurillac  et  du  Cantal, 
ils  se  montrent  constamment  inférieurs  aux  laves ,  ainsi  qu'aux  autres 
couches  ou  formations  volcaniques,  ce  qui  permet  d'établir  l'âge  de  ces 
dernières  formations. 

Les  roches  que  l'on  observe  au  milieu  de  ces  terrains  sont  : 

1°  Les  laves  basaltiques  compactes,  plus  ou  moins  chargées  de  péri- 
dot,  d'amphibole  ou  de  pyroxène.  Elles  se  présentent  quelquefois  en  co- 
lonnes prismatiques,  accolées  et  superposées  les  unes  aux  autres.  On 
peut  citer  comme  exemple  les  prismes  basaltiques  de  Laguiolle,  les- 
quels sont  superposés  immédiatement  sur  les  roches  granitiques  ; 

2°  Les  laves  scoriacées  plus  ou  moins  boursouflées,  dont  les  cavités 
sont  parfois  tapissées  d'une  poussière  toute  particulière,  noirâtre  ou  d'un 
jaune  d'or; 

3°  Les  Irachytes  grisâtres  avec  feldspath  vitreux  à  très-petits  grains; 

A°  Les  trachytes  rougeâtres  dont  le  feldspath  est  moins  distinct; 

5°  Les  trachytes  compactes  d'un  gris  verdâtre ,  avec  quelques  cris- 
taux de  feldspath  vitreux  disséminés,  et  de  nombreuses  aiguilles  d'am- 
phibole noirâtre.  Ces  aiguilles,  d'un  noir  vif,  sont  déliées,  très-fines  et 
très-brillantes.  Ces  trachytes  se  distinguent  essentiellement  des  premiers 
parleur  compacité  et  leur  dureté;  cependant  ils  semblent  avoir  éprouvé 
une  fusion  plus  complète.  Ils  sont  également  plus  âpres  et  plus  rudes  au 
toucher,  quoique  leur  tissu  soit  tout  à  fait  compacte,  sans  vacuoles  ni 
cellules: 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  75 

6*>  Les  leucoâtines  compactes ,  dans  lesquelles  l'on  voit  des  crîslaùx 
de  feldspath  à  peine  distincts  ; 

1°  Les  leiicostines  porphyroïdesàpàtesub-lamellaire  etsub-vitreuse, 
d'un  noir  vif,  avec  de  nombreux  cristaux  de  feldspath  vitreux  générale- 
ment d'une  petite  dimension. 

Enfin  ces  formations  volcaniques  offrent  souvent  des  laves  noirâtres, 
quelquefois  tellement  altérées  et  décomposées ,  qu'on  les  a  prises  pour 
des  pouzzolanes ,  dont  elles  ont  du  reste  toutes  les  propriétés.  Les  plus 
supérieures  de  ces  laves  semblent  le  résultat  des  éruptions  boueuses  ; 
leur  peu  d'adhérence  et  leur  facile  et  prompte  décomposition  le  font  du 
moins  présumer. 

Les  montagnes  volcaniques  de  l'Aveyron  n'offrent  jamais  de  cavités 
qui ,  par  leur  disposition  générale,  puissent  rappeler  l'existence  d'an- 
ciens cratères.  Elles  présentent  également  peu  l'aspect  de  pitons ,  aussi 
offrent-elles  fort  rarement  la  forme  conique,  qui  en  général  distingue 
cet  ordre  de  terrain.  Elles  affectent  tout  au  plus  cette  disposition  lors- 
qu'elles sont  composées  de  laves  prismatiques ,  comme  par  exemple , 
les  monts  des  environs  de  LaguioUe  ;  lorsqu'au  contraire  ces  montagnes 
sont  formées  de  laves  compactes  ou  scoriacées ,  ou  enfin  de  trachytes , 
leurs  contours  sont  arrondis  et  leurs  formes  très-ondulées.  Alors  une 
pelouse  rase  et  unie  les  recouvre  en  grande  partie,  et  le  pâturage 
qu'elles  fournissent  est  excellent  pour  les  gros  bestiaux.  Telles  sont  les 
montagnes  d'Aubrac,  remarquables  par  leur  uniformité,  la  pelouse 
verdoyante  qui  les  recouvre,  leurs  lignes  ondulées  et  adoucies,  et  leurs 
contours  singulièrement  arrondis.  Les  gros  bestiaux  abondent  sur  ces 
montagnes  ;  ce  n'est  que  dans  les  points  les  plus  secs  et  les  plus  arides , 
vers  la  Lozère,  du  côté  de  Marnejols,  que  l'on  élève  un  assez  grand 
nombre  du  même  bétail. 

Les  montagnes  d'Aubrac  offrent  également  sur  leurs  sommets  des 
bassins  plus  ou  moins  étendus.  Les  eaux  se  sont  réunies  dans  ces  bas- 
sins et  y  ont  formé  des  lacs  plus  ou  moins  considérables;  tels  sont  les 
lacs  d'Aubrac,  au  nombre  de  quatre  fort  rapprochés  les  uns  des  autres  ; 
parmi  eux,  celui  de  S^-Andéol  est  le  plus  étendu,  tandis  que  le  lac  de 


fe  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

Borre  est  au  contraire  le  plus  petit.  Des  traditions  locales,  reproduites 
dans  le  travail  de  M.  de  Gaujal  sur  les  antiquités  du  Rouergue,  sem- 
bleraient annoncer  que  ces  lacs,  dont  la  profondeur  est  cependant  assez 
grande,  ont  éprouvé  à  de  certaines  époques  des  crues  d'eau  assez  fortes 
pour  renverser  de  petites  chapelles  bâties  dans  les  lies  qui  s'élevaient 
jadis  au-dessus  du  niveau  de  leurs  eaux. 

Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  l'on  ne  voit  plus  aujourd'hui  la 
moindre  trace  de  ces  îles  dans  le  lac  de  S^-Andéol,  où  les  traditions  les 
placent  pourtant.  Les  autres  lacs  d'Âubrac,  connus  sous  les  noms  de 
Souverols  et  de  Salliens,  sont  traversés  et  probablement  alimentés  par 
la  petite  rivière  de  la  Garde.  Ceux-ci,  situés  au  nord-est  du  village  d'Au- 
brac, se  montrent  plus  rapprochés  de  ce  village  que  les  lacs  de  S*-Ân- 
déol  et  de  Borre,  qui  se  trouvent  vers  le  sud-est.  Du  reste,  la  tempé- 
rature des  sources  que  l'on  observe  sur  les  montagnes  d'Aubrac ,  se 
maintient  à  peu  près  constamment  entre  4-  6''  ou  -[-  7°  au-dessus  de 
zéro  ;  ce  qui  peut  donner  une  idée  de  la  température  moyenne  de  ces 
montagnes,  les  plus  élevées  du  département  de  l'Aveyron. 

La  plus  grande  étendue  des  monts  d'Aubrac  est  du  nord-est  au  sud  ; 
par  conséquent  leur  étendue  la  moins  considérable  est  de  l'est  à  l'ouest. 
Elles  ont  dans  la  première  direction  jusqu'à  huit  ou  neuf  lieues  d'éten- 
due j  tandis  que  cette  même  étendue  n'a  guère  plus,  dans  la  seconde 
de  ces  directions,  de  quatre  à  cinq  lieues.  L'aspect  de  cette  petite 
chaîne  est  infiniment  gracieux,  quoique  monotone,  par  suite  de  l'u- 
niformité que  présentent  les  beaux  pâturages  qui  les  recouvrent.  Aussi 
est-il  fort  difficile  de  retrouver  son  chemin  lorsqu'on  les  parcourt,  rien 
ne  pouvant  vous  guider. 

De  grandes  forêts  existent  également  sur  les  montagnes  volcaniques 
de  l'Aveyron.  Parmi  ces  forêts ,  on  peut  signaler  celles  d'Aubrac  et  de 
Laguiolle,  qui  se  font  remarquer  par  la  beauté  des  hêtres  qui  les  compo- 
sent. On  y  a  planté  également  quelques  sapins,  qui  paraissent  y  avoir 
assez  bien  réussi  ;  quant  aux  bouleaux,  on  ne  les  voit  guère  en  certaine 
quantité  que  dans  un  seul  des  bois  de  ces  montagnes.  Les  chênes  y 
sont  également  peu  abondants.  ''^J 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  ,77: 

Il  est  assez  difficile  de  fixer  l'âge  des  différentes  formations  volcani- 
ques de  l'Aveyron.  Seulement,  pour  celles  des  environs  du  mur  de 
Barrés ,  comme  elles  se  montrent  constamment  supérieures  ou  super- 
posées aux  terrains  d'eau  douce ,  leur  épanchement  doit  avoir  été  pos- 
térieur au  dépôt  de  ces  terrains.  Les  formations  de  LaguioUe  et  d'Au- 
brac  s'appuient  immédiatement  sur  les  roches  granitiques,  et  ne  sont 
recouvertes  par  aucune  autre  roche  propre  à  permettre  d'en  fixer  l'o- 
rigine. Il  n'est  donc  guère  possible  d'évaluer  l'époque  à  laquelle  elles 
ont  été  épanchées  ou  soulevées.  Cependant  tout  fait  présumer  qu'elles 
sont  tout  au  moins  aussi  modernes,  si  ce  n'est  plus  jeunes,  que  les  for- 
mations volcaniques.  Du  reste ,  la  liaison  de  ces  derniers  terrains  avec 
les  terrains  d'eau  douce  est  tout  aussi  remarquable  en  Aveyron  que 
dans  tout  le  plateau  central  de  la  France  et  les  volcans  éteints  duniidi 
de  cette  contrée.  [   ;.;, 

-«Nous  verrons  plus  tard  quelle  influence  un  parail  fait  qui  est  général 
peut  avoir  sur  l'explication  des  phénomènes  qui  ont  accompagné  les 
anciennes  éruptions  ou  soulèvements  volcaniques. 


5°   FORHUTIONS    TERTUmES    ÉMERGÉES. 

Les  terrains  tertiaires  se  montrent  à  peine  dans  le  département  de 
l'Aveyron;  ils  y  sont  bornés  à  quelques  lambeaux  de  calcaire  d'eau 
douce ,  peu  étendus  et  très-circonscrits  dans  ce  département.  Les  ter- 
rains tertiaires  émergés  ne  prennent  en  effet  un  grand  développement 
que  dans  le  Cantal  et  le  Puy-de-Dôme.  Les  principales  localités  de  l'A- 
veyron où  l'on  ait  reconnu  ces  formations,  sont  les  environs  d'Aubin  et 
ceux  du  mur  de  Barrés ,  où  ces  roches  se  montrent  liées  aux  terrains 
volcaniques,  et  enfin  auprès  de  Varens,  où  l'on  avait  supposé  qu'elles 
étaient  liées  au  grès  bigarré.  Dans  la  seconde  de  ces  localités ,  les  cal- 
caires d'eau  douce  sont  en  général  plus  compactes  et  plus  siliceux  que 
dans  la  première.  Desplanorbes  et  surtout  des  lymnées  caractérisent  à 
peu  près  partout  ces  roches  essentiellement  émergée^. _,  ,, .  ;^„„,.4iî>  / 


m  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

Telles  sont  les  seules  traces  de  la  présence  en  Aveyron  des  terrains 
tertiaires  qui  y  sont  réduits  aux  seules  formations  émergées  de  cette 
période.  En  effet,  l'on  n'observe  pas  plus  de  terrain  tertiaire  marin 
dans  cette  contrée  que  dans  le  Cantal ,  l'Auvergne ,  le  Vélay ,  la  Lozère , 
et  en  un  mot,  dans  tout  le  plateau  central  de  la  France.  La  cause  de 
cette  absence  de  toute  formation  marine  de  la  période  tertiaire ,  tient 
probablement  à  ce  que,  par  suite  de  l'exhaussement  du  sol  du  plateau 
du  milieu  de  la  France ,  les  mers  l'avaient  abandonné  lorsqu'elles  re- 
couvraient encore  des  contrées  moins  exhaussées  ;  les  mers  se  sont  enfin 
retirées  de  ces  dernières ,  lorsque  le  soulèvement  des  terrains  tertiaires 
en  ayant  singulièrement  exhaussé  le  niveau,  elles  sont  rentrées  dans  les 
bassins  qu'elles  occupent  aujourd'hui. 

Quant  aux  terrains  d'eau  douce  tertiaires  des  environs  de  Varens ,  ils 
sont  liés  à  des  dépôts  gypseux  assez  abondants.  Les  couches  d'eau 
douce  y  occupent  un  espace  fort  considérable,  et  sont  très-bien  carac- 
térisées. Elles  surmontent  d'une  manière  immédiate  le  lias  qui  les  en- 
toure, et  semblent  avoir  été  déposées  dans  le  fond  d'un  lac;  du  moins 
les  bassins  où  on  les  observe  offrent  assez  la  disposition  particulière  aux 
lieux  qui  renferment  de  grands  amas  d'eaux  lacustres. 

Les  calcaires  d'eau  douce  de  S^-Jrest,,  dans  le  canton  de  Villeneuve , 
arrondissement  de  Ville-Franche,  s'y  montrent  mélangés  avec  des 
marnes  calcaires  blanchâtres  sans  fossiles,  lesquelles  ne  sont  remar- 
quables que  par  leurs  analogies  avec  celles  qui  accompagnent  les  ma- 
gnésites  de  Salinelles  (  Gard)  :  on  sait  que  ces  magnésites  appartiennent 
aux  formations  tertiaires  d'eau  douce.  Il  serait  donc  curieux  de  s'assurer 
si  l'on  ne  pourrait  pas  parvenir  à  en  découvrir  dans  le  canton  de  S^-Jrest, 
où  existent  également  les  formations  d'eau  douce. 

Enfin,  les  calcaires  remplis  de  tubulures  ou  qui  se  montrent  percés 
par  des  cavités  plus  ou  moins  profondes  et  plus  ou  moins  régulières , 
que  l'on  voit  à  S^-Santin,  canton  d'Aubin,  arrondissement  de  Ville- 
Franche  ,  ne  peuvent  être  sujets  à  la  moindre  incertitude  sur  leur  ori- 
gine. Les  fossiles  qu'ils  renferment  la  lèveraient  totalement,  s'il  pouvait 
y  en  avoir  :  ce  sont  en  effet  uniqueinent  des  lymnées  et  des  paludines. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE,  m 

Telles  sont  les  seules  localités  de  l'Aveyron  où  l'on  ait  aperçu  jusqu'à 
présent  des  terrains  tertiaires  émergés.  Ces  terrains  n'y  ont  jamais  une 
grande  étendue ,  ni  par  conséquent  une  véritable  importance. 


6°    FORMATIONS   QDA.TERNAIRES. 

Nous  avons  déjà  fait  remarquer  combien  les  terrains  quaternaires 
stratifiés  étaient  restreints  en  Âveyron.  Il  n'en  est  pas  de  même  des  dé- 
pôts de  ces  terrains ,  qui  ne  se  montrent  jamais  en  couches  distinctes 
et  régulières,  tels  que  les  terrains  d'alluvion  anciens,  plus  connus  sous 
le  nom  de  dépôts  diluviens  ou  diluvium.  Ceux-ci  occupent,  au  con- 
traire, des  espaces  plus  étendus,  recouvrant  ainsi  par  intervalle  des 
terrains  de  plusieurs  lieues. 

Nous  nous  occuperons  d'abord  des  terrains  quaternaires  stratifiés , 
et  nous  terminerons  cet  aperçu  par  l'indication  des  localités  où  les  dé- 
pôts diluviens  ont  été  reconnus.  Quant  aux  premiers  de  ces  terrains, 
extrêmement  bornés  et  circonscrits ,  ils  ne  se  montrent  guère  que  dans 
le  fond  de  quelques  vallées  ou  de  quelques  petits  bassins.  Ces  formations 
se  composent  de  calcaires  sédiraentaires  ,  sorte  de  travertins  dans  les- 
quels l'on  voit  des  empreintes  végétales ,  analogues  aux  espèces  qui  vi- 
vent encore  aujourd'hui.  Les  tiges,  ou  pour  mieux  dire  leurs  moules, 
y  sont  plus  abondantes  que  les  autres  parties.  On  y  voit  également  de 
nombreuses  empreintes  de  feuilles,  qui  pour  la  plupart  se  rapportent 
à  des  végétaux  dicotylédons. 

Ces  travertins  renferment  des  coquilles  fluviatiles  et  terrestres  plus 
ou  moins  altérées  ;  quelques-unes  offrent  encore  en  partie  leurs  cou- 
leurs. Les  espèces  que  l'on  y  observe  le  plus  fréquemment  sont  les  Lym- 
neus  palustris  et  aurictilarius ^  ainsi  que  les  Planorbis  carinaius  et 
marginatus.  Parmi  les  coquilles  terrestres,  on  y  distingue  le  Cyclostoma 
elegans,  les  Helùv  nemoralis,  semi-mfa  etstriata,  espèces  dont  les  ana- 
logues vivent  encore  sur  le  sol ,  où  on  les  rencontre  à  l'état  humatile. 

Des  sables  d'eau  douce  et  des  calcaires  compactes  accompagnent  ces 


tfl  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

travertins  ou  sont  liés  avec  eux,  de  manière  à  indiquer  qu'ils  appartien- 
nent à  une  seule  et  même  formation. 

^sJLes  terrains  quaternaires  stratifiés  se  montrent  constamment ,  ainsi 
que  nous  l'avons  déjà  fait  observer,  dans  le  bas  des  vallées  et  dans  le 
voisinage  des  sources.  Ils  ne  constituent  nulle  part  des  formations  un 
peu  étendues,  occupant  à  peine  des  surfaces  d'une  demi-lieue.  Ils  ne 
composent  donc  pas  à  eux  seuls  la  moindre  colline  ni  le  plus  petit 
piton ,  et  n'ont  par  cela  même  aucune  importance  géologique.  Indif- 
féremment superposés  sur  toutes  les  formations,  ces  terrains,  les  plus 
récents  de  tous  ceux  qui  montrent  quelques  indices  de  stratification, 
sont  généralement  indépendants. 

On  les  rencontre  dans  les  principales  vallées  du  département  de 
l'Âveyron.  Ainsi,  parmi  les  localités  où  ils  ont  été  observés,  nous  cite- 
rons d'abord  la  vallée  de  la  Salles ,  près  le  village  de  SalIes-la-Source, 
dans  les  environs  de  Rodez ,  et  en  second  lieu ,  le  vallon  du  Dourdou , 
près  Bozouls ,  entre  Rodez  et  Espalion.  Ces  mêmes  terrains  se  rencon- 
trent encore  dans  la  vallée  de  l'Aveyron,  près  de  Ville-Franche,  notam- 
ment près  du  ruisseau  de  la  Bastide;  à  Capderac,  à  peu  de  distance  du 
moulin  de  la  Barre,  ainsi  qu'au-dessous  du  château  d'Orthonac,  tou- 
jours dans  la  même  vallée.  Us  se  présentent  également  dans  celles  de 
l'Ariége,  près  Salles -Courbatiers,  canton  de  Villeneuve;  enfin  dans 
le  vallon  du  Tarn ,  dans  les  environs  de  Millau ,  près  du  village  de 
Creyssels,  ainsi  que  dans  celui  de  la  Sorgue,  près  Cornus ,  entre  Millau 
et  S*-Afrique. 

Les  deux  points  où  ces  terrains  se  montrent  le  plus  développés,  sont 
d'une  part  Salles-la-Source ,  et  de  l'autre  les  environs  de  Creyssels , 
près  Millau.  Cette  extension  des  terrains  quaternaires  n'est  du  reste 
un  peu  marquée  que  relativement  aux  autres  localités  où  on  les  décou- 
vre; car  nulle  part,  même  dans  ces  dernières  localités,  elle  n'est  con- 
sidérable. 

Il  n'en  est  pas  tout  à  fait  de  même  du  diluvium  ou  des  dépôts  dilu- 
viens :  ces  terrains  clysmiens ,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  les  ter- 
rains de  transport,  recouverts  par  des  dépôts  distinctement  stratifiés, 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  81 

occupent  en  effet  en  Aveyron  et  par  interralle  des  espaces  d'une  assez 
grande  étendue.  Pour  la  plupart  produits  aux  dépens  des  roches  pri- 
mitives, ils  sont  par  cela  même  essentiellement  formés  de  cailloux 
roulés  quarzeux  ou  de  roches  granitoïdes  ;  quelquefois  ces  cailloux 
roulés  s'y  montrent  en  assez  grande  abondance  pour  être  employés 
avec  avantage,  dans  le  pavage  des  villes  ou  celui  des  grandes  routes. 
Tels  sont,  par  exemple,  les  dépôts  diluviens  des  environs  de  Rodez: 
les  cailloux  quarzeux  y  sont  utilisés  sous  ce  dernier  rapport. 

On  observe  généralement  deux  sortes  de  dépôts  diluviens  dans  les 
environs  de  Ville-Franche  :  l'un  de  ces  dépôts  commence  à  Venzac, 
s'étend  ensuite  dans  les  communes  de  S'-Remy,  de  Malle-Ville  et  de 
Villeneuve,  jusqu'aux  environs  de  S'-ïgest,  occupant  ainsi  un  espace 
d'environ  deux  lieues  du  Sud  au  Nord-Ouest.  Ces  terrains  se  montrent 
aussi  sur  les  hauteurs  de  la  vallée  d'Argouse,  et  plus  particulièrement 
sur  la  rive  droite  du  ruisseau  de  ce  nom.  Au-dessous  du  diluvium, 
l'on  découvre  des  bancs  assez  puissants  d'argile  plastique  secondaire , 
lesquels  reposent  sur  le  calcaire  oolithique. 

Le  dernier  de  ces  dépôts  diluviens  s'étend  considérablement  sur  les 
montagnes  qui  dominent  l' Aveyron,  principalement  sur  la  rive  gauche 
de  cette  rivière,  dans  les  environs  de  Ville-Franche.  Il  se  prolonge  de- 
puis la  Fouillade  jusqu'à  Najac,  occupant  un  espace  d'environ  deux 
lieues  du  Nord  au  Sud-Ouest;  on  le  voit  reposer  immédiatement  dans 
toutes  ces  localités  sur  les  terrains  primitifs.  Quoique  diversement  pla- 
cés, puisqu'ils  se  montrent  indifféremment  superposés  Sur  des  roches 
d'une  époque  géologique  totalement  différente,  ils  offrent  des  caractères 
communs.  Tous  deux  sont  composés  de  cailloux  roulés,  arrondis,  à  sur- 
face lisse,  dont  la  grosseur  est  ou  céphalaire  ou  plus  ordinairement 
pugilaire.  Les  sables  dans  lesquels  se  montrent  ces  cailloux  sont  géné- 
ralement rougeâtres  et  ferrugineux,  surtout  ceux  du  second  dépôt , 
quoique  dans  le  premier  il  y  ait  des  rognons  assez  nombreux  de  fer 
hydroxydé. 

L'on  voit  également  un  autre  dépôt  diluvien  sur  la  rive  gauche  du 
Lot;  celui-ci  situé  sur  les  montagnes  qui  dominent  cette  rivière,  s'étend 
ToM.  XVIII.  H 


n  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

sur  le  plateau  que  l'on  observe  entre  Saujac  et  Camboulas,  dans  le 
canton  de  Villeneuve;  il  est,  comme  les  deux  précédents,  formé  de 
cailloux  quarzeux  et  de  roches  granitoïdes ,  mêlés  avec  des  rognons  de 
ferhydroxydé.  Ce  dépôt  repose  immédiatement  sur  des  roches  calcaires 
de  l'étage  secondaire. 

Enfin  il  existe  d'autres  dépôts  diluviens  composés  de  roches  calcai- 
res, lesquelles  sont  disséminées  dans  des  limons  rougeâtres  de  la  même 
nature.  Ces  roches  calcaires  ont  cela  de  particulier,  de  ne  point  se 
montrer  en  cailloux  roulés  arrondis,  mais  bien  en  petits  fragments  or- 
dinairement anguleux.  Ces  derniers,  facilement  attaqués  par  les  eaux 
courantes,  disparaissent  peu  à  peu  des  places  qu'ils  occupaient  primiti- 
vement. C'est  ce  dont  on  peut  s'assurer  dans  la  partie  méridionale  de 
la  vallée  de  l'Aveyron  près  de  Ville-Franche.  Les  mêmes  dépôts  ont 
rempli  des  cavernes  à  ossements  qui  se  trouvent  dans  les  environs  de 
cette  dernière  ville ,  sur  la  rive  droite  de  l'Aveyron ,  auprès  du  hameau 
d'Ordiget.  D'autres  existent  également  auprès  de  Mensalés ,  canton  de 
Villeneuve,  dans  le  même  arrondissement.  Comme  nous  n'avons  pas  vu 
les  ossements  qui  ont  été  découverts  dans  ces  cavernes,  nous  ne  pou- 
vons pas  dire  à  quelles  espèces  ils  se  rapportent.  Quant  à  ceux  que  l'on 
observe  dans  celles  de  Cassanes,  près  de  Brunniquel  sur  l'Aveyron, 
dans  le  département  de  Tarn  et  Garonne,  ils  indiquent  des  cerfs  et 
des  bœufs  d'espèces  perdues. 

Nous  avions  cru,  d'après  les  échantillons  qui  nous  avaient  été  adres- 
sés d'Ordiget,  près  de  Ville-Franche ,  que  les  ossements  humatiles  que 
l'on  y  découvrait  s'y  trouvaient  dans  une  véritable  brèche,  mais  depuis 
que  nous  avons  visité  cette  localité,  nous  nous  sommes  assuré  que  les 
ossements  de  cerfs  et  de  bœufs  d'Ordiget  y  étaient  ensevelis  dans  de 
petites  cavernes.  Ainsi  a  cessé  l'étonnement  que  nous  avions  éprouvé 
de  voir  des  brèches  osseuses  aussi  distantes  de  la  Méditerranée  que 
celles  que  l'on  découvre  dans  cette  localité.  Ces  débris  humatiles  de 
mammifères  terrestres  sont  accompagnés  par  des  coquilles  de  terre , 
parmi  lesquelles  on  distingue  le  Cyclostoma  elegans,  ainsi  que  les  Hélix 
nenioralisel  strtata. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  ^ 

'  Enfin,  les  dépôts  diluviens  se  montrent  également  dans  la  vallée  du 
Tarn ,  et  par  exemple ,  dans  les  environs  de  Millau.  Quoique  superposés 
immédiatement  sur  les  terrains  calcaires  qui  composent  les  montagnes 
des  bords  du  Tarn,  ces  dépôts  offrent  un  plus  grand  nombre  de  cail- 
loux roulés  quarzeux  que  calcaires.  Ces  derniers  sont  au  contraire  plus 
abondants  que  les  quarzeux  dans  le  diliivium  qui  s'étend  dans  la  même 
vallée,  depuis  S'-Georges  jusqu'à  S'-Rome  de  Cernon.  L'épaisseur  de 
ces  dépôts  diluviens  est  du  reste  assez  considérable  ;  mais  nulle  part 
leur  niveau  n'est  de  beaucoup  supérieur  à  celui  de  la  vallée  du  Tarn , 
dans  laquelle  ils  ont  été  disséminés. 


RÉSUMÉ. 


>  li»i   !,:•' 


11  résulte  de  l'ensemble  des  faits  que  nous  venons  de  rappeler,  que 
trois  grandes  formations  partagent  en  quelque  sorte  le  département  de 
l'Aveyron.  La  principale  de  ces  formations,  du  moins  la  plus  puissante 
et  la  plus  étendue ,  celle  qui  occupe  le  plus  d'espace ,  est  sans  contredit 
le  calcaire.  Ses  masses  s'y  montrent  généralement  soulevées;  aussi  y 
forment-elles  souvent  de  vastes  et  profonds  escarpements ,  surmontés 
par  des  plateaux  parfois  de  la  plus  grande  étendue.  Ces  plateaux  nom- 
més dans  le  midi  de  la  France  causses ,  ce  qui  veut  dire  terres  à  chaux , 
sont  essentiellement  propres  à  la  culture  du  blé.  Leur  sol  sec  et  aride 
permet  peu  d'y  établir  des  prairies  artificielles ,  et  les  naturelles  y  exis- 
tent à  peine.  Sur  le  revers  sud  de  ces  plateaux ,  la  vigne  prospère  et 
croit  avec  vigueur,  du  moins  dans  certains  cantons  de  ce  département. 

Si  les  plateaux  calcaires  dont  nous  venons  de  parler  étaient  recou- 
verts par  d'autres  roches  sédimentaires,  on  pourrait  s'assurer  de  l'épo- 
que géologique  à  laquelle  les  soulèvements  qui  les  ont  produits  ont  eu 


«4  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

lieu;  mais  ces  plateaux  ne  présentent  aucune  roche  recouvrante,  cette 
époque  est  fort  difficile  à  évaluer  avec  une  grande  précision.  La  direc- 
tion des  montagnes  que  ces  plateaux  couronnent  pourrait  peut-être  la 
donner,  si  cette  direction  coïncidait  avec  celle  d'autres  montagnes 
dont  l'époque  de  soulèvement  aurait  été  bien  déterminée;  mais  comme 
rien  de  semblable  n'a  été  encore  fait  pour  les  montagnes  calcaires  qui 
environnent  celles  de  l'Aveyron,  comme  les  monts  de  la  Lozère,  du 
Gard  et  de  l'Hérault ,  nous  ne  pouvons  fixer  la  date  géologique  à 
laquelle  a  eu  lieu  le  soulèvement  du  massif  calcaire  couronné  par  le 
grand  plateau  du  Larzac ,  que  d'après  la  direction  des  montagnes  dont 
il  dépend. 

Nous  avons  également  fait  saisir  les  obstacles  qui  s'opposaient  à  ce 
que  l'on  pût  évaluer  d'une  manière  exacte ,  la  surface  qu'occupent  les 
terrains  calcaires  en  Aveyron.  Tout  ce  que  nous  pouvons  en  dire  se 
réduira  aux  résultats  suivants  :  c'est  que  l'ensemble  des  formations  cal- 
caires compose  dans  ce  département  deux  systèmes  principaux  ou  deux 
bandes  particulières.  La  plus  grande  de  ces  bandes  s'étend  du  Sud-Ouest 
au  Nord-Ouest,  presque  sans  interruption^  depuis  Soubez  jusqu'au  delà 
de  Millau,  vers  S*-Germain.  Cette  bande  a  dans  cette  même  direction 
jusqu'à  douze  lieues  environ  d'étendue  :  située  au  sud  du  Tarn,  elle  s'é- 
tend à  l'Ouest  dans  la  plus  grande  partie  des  arrondissements  de  Millau 
et  de  S*- Afrique ,  tandis  qu'à  l'Est  elle  va  se  lier  aux  plateaux  calcaires 
du  Larzac.  Ces  plateaux,  soit  ceux  du  Tarn,  soit  ceux  de  l'Aveyron,  sont 
remarquables  par  leur  grande  élévation ,  suite  nécessaire  de  la  vertica- 
lité de  leurs  profonds  escarpements.  Parmi  ces  plateaux  on  distingue  sur- 
tout celui  du  Larzac ,  autant  à  cause  de  son  étendue  qu'à  raison  de  la 
hauteur  des  escarpements  qui  le  terminent  au  Sud  comme  au  Nord. 

La  seconde  bande  calcaire  comprend  la  plus  grande  partie  du  pla- 
teau compris  entre  le  Lot  et  l'Aveyron,  depuis  Estaing jusqu'à  Rodez, 
et  de  là  jusqu'à  la  source  de  la  rivière  qui  a  donné  son  nom  au  dépar- 
tement que  nous  décrivons. 

Cette  formation  s'étend  bien  au  delà  de  S^-Geniez ,  allant  vers  l'Est 
s'unir  et  se  rattacher  aux  plateaux  calcaires  de  la  Lozère,  comme  le 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  «» 

fait  la  première  bande  de  la  même  nature  de  sol.  Celte  bande  éprouve 
souvent  de  fréquentes  interruptions.  Ainsi,  les  formations  calcaires^ 
très-développées  dans  les  environs  de  Ville- Franche ,  et  particulière- 
ment dans  la  partie  la  plus  occidentale  de  ce  département ,  éprouvent 
une  interruption  notable  auprès  du  pont  de  la  Monnaie,  dès  que  l'on 
arrive  au  torrent  de  l'Alzou.  Les  formations  primitives  et  de  transition 
leur  succèdent  vers  l'Est,  tandis  qu'elles  se  prolongent  presque  jusque 
dans  le  Cantal;  aussi  dans  cette  même  direction,  vers  l'Ouest  et  le 
Nord-Est,  cette  bande  calcaire  va  se  rattacher  aux  plateaux  du  Lot  et 
de  Tarn  et  Garonne,  qui  appartiennent  aux  mêmes  terrains. 

Cette  même  bande  a  cela  de  particulier,  d'entourer  en  quelque 
sorte  les  bassins  houillers  des  environs  d'Aubin ,  et  ceux  situés  au- 
dessus  de  Rodez,  tout  à  fait  sur  les  bords  de  l'Aveyron.  Les  formations 
calcaires  qui  s'étendent  depuis  Rodez  presque  sans  interruption,  jus- 
qu'à AyroUes,  au  delà  et  au-dessous  d'Espalion,  appartiennent  à  la 
même  bande  ou  au  même  système. 

Ces  formations  y  occupent  un  espace  d'environ  quatorze  lieues ,  du 
Sud-Est  au  Nord-Ouest  ;  elles  composent  le  plateau  calcaire  qui  s'é- 
tend de  Bozouls  à  Espalion.  Le  cirque  calcaire  de  Bozouls,  qui  offre 
plus  de  sept  cents  mètres  d'ouverture ,  et  au  bas  duquel  s'écoule  la  ri- 
vière du  Dourdou ,  en  fait  également  partie.  Au  milieu  de  ces  terrains , 
l'on  voit  le  précipice  connu  dans  le  pays  sous  le  nom  de  Tindoul  c/e  la 
Vayssière ,  sorte  de  puits  vertical  dont  la  profondeur  n'est  pas  moindre 
de  50  mètres.  '^ 

Les  terrains  primitifs  ont  également  une  assez  grande  étendue  en 
Aveyron,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  fait  observer.  Ils  sont  très-déve- 
loppés  dans  toute  la  partie  occidentale  ainsi  que  dans  la  partie  septen- 
trionale de  ce  département  ;  on  peut  les  considérer  comme  formant 
deux  principaux  systèmes  ou  deux  bandes ,  l'une  occidentale  et  l'autre 
septentrionale. 

Le  premier  de  ces  systèmes ,  ou  l'occidental ,  occupe  la  partie  sud- 
ouest  de  l'arrondissement  de  S'-Afriquc ,  ainsi  que  la  partie  moyenne 
et  occidentale  du  district  de  Millau.  11  prend  son  plus  grand  dévelop- 


8»;  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

pement  dans  les  environs  de  cette  ville,  auprès  de  S^-Germain,  formant 
l'ensemble  des  terrains  qui  s'étendent  depuis  ce  village,  dans  la  direc- 
tion du  Sud-Ouest  au  Nord-Ouest,  jusqu'au  delà  de  Rodez,  et  se  pro- 
longent enfin  bien  après  Rignac.  Le  Levezou,  montagne  comprise  entre 
S'-Germain  et  le  pont  de  Salars,  est  le  point  culminant  de  ce  système 
dans  cette  partie,  en  même  temps  qu'il  est  le  point  le  plus  élevé  des 
terrains  primitifs.  Cette  bande  primitive  comprend  également  les  ter- 
rains qui  se  trouvent  entre  le  Viaur  et  l'Aveyron ,  et  par  conséquent 
l'entier  district  de  Sauveterre,  en  allant  à  l'ouest  du  département  se  join- 
dre aux  formations  calcaires  qui  abondent  dans  cette  direction ,  ainsi 
que  nous  l'avons  déjà  fait  remarquer. 

Le  second  système  primitif,  moins  étendu  que  le  premier,  est  en 
général  limité  au  Sud  par  le  Lot,  et  au  Nord  par  les  formations  volca- 
niques qui  se  lient  aux  terrains  pyrogènes  du  Cantal  et  de  l'Auvergne. 

Quant  aux  formations  volcaniques ,  elles  sont  comme  accumulées 
au  Nord  et  au  Nord -Est.  Il  existe  cependant  quelques  points  vol- 
caniques entre  les  plateaux  calcaires  du  Larzac,  mais  ces  terrains 
pyroïdes  y  semblent  comme  étrangers,  en  raison  de  leur  peu  d'étendue 
et  de  leur  faible  importance.  Très-circonscrites  et  en  quelque  sorte 
isolées,  les  formations  qui  en  font  partie  ont  leur  direction  parallèle 
à  chacune  des  rives  du  Tarn  et  de  la  Dourbie.  Les  mêmes  formations 
se  rencontrent  encore  au  milieu  des  roches  calcaires  qui  bordent  la 
Serre,  le  Lot  et  le  Dourdou,  depuis  Sf^-Laurent  jusqu'à  Entraigues, 
ou  bien  au  milieu  des  psammites  quarzeux  qui  constituent  les  bords 
de  la  Tuyère,  depuis  Cantoin  jusqu'à  Entraigues.  Ce  n'est  pas  cepen- 
dant là  que  ces  formations  prennent  leur  plus  grand  développement , 
mais  bien  dans  la  partie  du  département  de  l'Aveyron  située  tout 
à  fait  au  nord  du  Lot,  comme  par  exemple,  les  environs  de  Laguiolle 
et  les  montagnes  d'Aubrac.  Là  les  terrains  volcaniques  reposent  immé- 
diatement sur  les  roches  primitives  les  plus  évidentes  et  les  mieux 
prononcées.  Tels  sont  les  basaltes  de  Laguiolle,  que  l'on  voit  super- 
posés sur  les  granités  porphyroïdes ,  et  telles  sont  encore  les  laves 
d'Aubrac ,  qui  sont  liées  aux  granités  ou  aux  gneiss  porphyroïdes. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE. 


87 


TABLEAU 

De  l'élévation  de  quelques  points  de  l'Aveyron,  dont  la  hauteur  a  été 

exactement  déterminée. 


MONTAGNES. 


HAI'TEIH 

au'dessui  du  niveau 


la  nert  nftimie 

il   MiTtBS. 


HOMS 

des 
OUEITlTIttSt. 


Points  cnlmlnants  de  quelques  montagnes  de  l'Areyron. 


La  Rogière  de  S'-Cbély,  poin  t  culminaDt  de  la  chaîne  d'Aubrac  . 

Point  le  plus  élevé  de  la  chaîne  de  Lagasl,  près  le  hameau  de 
ViUrel  . 


Chapelle  de  Rieapeyroux .     . 

Montagne  de  SVGuiral,  près  Saint-Jean-du-Brnel. 
Les  Vernhettes ,  point  culminant  du  Lerezou  .     . 

Montagne  de  Delpal ,  près  Vezins 

Arbre  de  ^uradou,  près  Montfranc     .... 


1438,04 

MéchaiD  et  Delambrc. 

923,83 

Idem. 

709,10 

Idem. 

1509,42 

Loifelenr-Deilonchamps. 

1001,00 

1000,00        ' 

La  hauteur  de  ces  trois 
poiDtj  n'a  été    évaluée 

585,W)J^,  j 

qli'approximatiTeRient. 

Niveau  de  plusieurs  Taliées  ou  rivières. 


522,00 


246 


201,60 


Hauteur  de  TAreyron  i  Laguioule-sons-Rodez 

•  de  l'ATeyron ,  souf  le  pont  de  Ville-Franche 

•  du  Tarn  s6us  Poeeb-Gani ,  près  Broquiés 

Lei  points  les  plus  bas  du  département  sont  les  vallées  de  rAvcyron  et 
du  Yiaur,  ï  l'intersection  de  ces  vallées  ,  vers  les  limites  départementales. 
On  peut  les  évaluer  approximativement  à  environ  80  ou  90  mètres. 


Points  interiuédiaires  ou  de  moyen  niveau. 


talat. 

Elle  a  été  déterminée  par 
MM.  Loiseleur-Deslon- 
cbaraps,  Castagnier  et 
Gaffârd. 

LiJiselear-Deslonchamps. 


Rodez ,  pavé  de  l'égNse  cathédrale 

Rodez 

Rodez ,  pavé  de  la  sacristie  de  la  cathédrale 

Puech-Cani ,  près  Broquiés 

Plateau  jurassique  du  centre  du  département  (Causse-de-Concourès) . 
Plateau  du  Larzac ,  près  de 

A  l'exception  des  élévations  déterminées  trigonométriqnemeot  par 
Méchain  et  Delamhre ,  les  autres  ont  rté  évaluées  au  moyen  d'observa- 
tions barométriques. 


626,59 
630,00 
039,00 
418,37 
570  i  580,00 
600,00 


Mécbain  et  Del^robre. 

D'UombKi-Firnias . 

Offiden  de  l'rUl-oïkjor. 

Loi  selea  r-Detloo  cha  mp  s . 

Ces  deux  hauteurs  ont  été 
évaluées  approiiinatWe* 
meni. 


88  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 


EXPLICATION  DE  L4  PLANCHE. 


Les  figures  1 ,  2,  3  et  4,  représentent  les  coupes  du  bassin  secondaire  de  l'Aveyron, 
Elles  font  connaître  d'une  part  l'importance  des  formations  houillères  dans  cette  partie 
du  département,  et  en  même  temps  la  grande  étendue  qui  y  est  occupée  par  les  roches 
feuilletées  ,  et  principalement  par  les  roches  de  gneiss. 

Ces  coupes  démontrent  également  la  position  qu'occupent  au  milieu  des  autres  terrains 
les  roches  éjectées  de  bas  en  haut.  Parmi  ces  roches,  on  voit  qu'il  n'en  est  qu'une  seule,  les 
basaltes,  qui  se  soit  élevée  jusqu'au  jour  ;  les  autres  formations  d'injection,  telles  que  les 
serpentines  et  les  roches  trapéennes ,  n'ont  pas  été  poussées  par  une  force  impulsive  assez 
grande,  pour  traverser  l'ensemble  des  terrains  déjà  déposés.  Ces  formations  ne  sont  donc 
pas  arrivées  jusqu'au  jour ,  et  leurs  liions  ne  sont  guère  parvenus  au  delà  des  terrains 
houillers. 

Enfln  le  dernier  fait  général  que  ces  coupes  rendent  sensible ,  c'est  que  le  sol  secon- 
daire du  centre  de  l'Aveyron  repose  essentiellement  sur  les  roches  feuilletées  du  genre  des 
gneiss. 

Voyons  maintenant  ce  que  nous  apprennent  les  diverses  coupes  relatives  aux  bassins , 
dont  les  formations  secondaires  et  les  roches  d'injection  ou  d'éruption  sont  des  plus  sim- 
ples. Les  premières  sont  réduites  en  effet  aux  marnes  supérieures  au  lias  et  aux  forma- 
tions houillères,  et  les  secondes  sont  bornées  aux  roches  trapéennes.  Quant  aux  formations 
primitives ,  elles  sont  à  peu  près  uniquement  composées  par  des  roches  feuilletées  du 
genre  des  gneiss. 

La  seconde  coupe  (figure^)  est  un  peu  plus  compliquée  ;  du  moins  on  y  voit  un  plus 
grand  nombre  de  couches  secondaires  et  de  roches  d'éruption.  Ainsi  au-dessous  des  mar- 
nes supérieures  au  lias ,  on  observe  des  marnes  irisées  auxquelles  succèdent  les  terrains 
houillers.  Ceux-ci  sont  traversés  par  les  roches  trapéennes  et  les  serpentines,  qui  arrivent 
même  jusqu'aux  marnes  irisées.  Les  failles  des  terrains  houillers  sont  également  indi- 
quées dans  cette  coupe,  dont  la  base ,  formée  par  des  roches  de  gneiss ,  est  percée  par  les 
filous  des  deux  formations  d'éruption  dont  nous  avons  déjà  parlé. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  80 

La  troisième  coupe  (  figure  3)  se  rapporte  à  une  partie  du  même  bassin  secondaire  du 
centre  de  i'Aveyron ,  dont  les  l'ormalions  sont  moins  simples  que  celles  qui  se  réfèrent 
aux  coupes  précédentes.  Elle  nous  présente  en  efl'et  une  formation  d'éruption  que  nous 
n'avions  pas  encore  aperçue;  ce  sont  les  roches  basaltiques  qui ,  bien  diiTérenles  des  autres 
roches  d'injection,  ont  traversé  en  totalité,  au  moins  dans  certains  points,  l'ensemble  des 
terrains  déjà  déposes.  Ces  masses  d'injection  ont  plutôt  percé  l'ensemble  des  terrains  pri- 
mitifs que  le  système  entier  des  terrains  secondaires,  lorsque  ces  dernières  formations  oc- 
cupent des  points  peu  élevés ,  ou  composent  le  fond  des  bassins. 

Quant  aux  formations  secondaires  représentées  sur  les  figures  3  et  4  de  nos  coupes, 
elles  se  rapportent  à  l'oolithe  inférieur,  auquel  succède  le  lias,  suivi  des  marnes 
irisées  et  du  grès  bigarré.  Ce  grès  ou  ces  marnes  surmontent  assez  généralement  les  for- 
mations houillères  qui  manquent  peu  dans  le  centre  de  ce  déparlement;  celles-ci  reposent 
le  plus  constamment  sur  les  roches  feuilletées,  principalement  les  gneiss  si  abondants  en 
Aveyron.  Aux  gneiss  succèdent  des  schistes  micacés  ou  micaschistes,  et  des  schistes  tal- 
queux  (stéa-schistes  ) ,  lesquels  surmontent  ordinairement  les  roches  granitiques  ou  les 
granités  proprement  dits.  Aussi  ces  roches  se  montrent  rarement  à  découvert  en  Avey- 
ron, si  ce  n'est  dans  les  lieux  où  elles  se  trouvent  en  rajjport  avec  les  formations  d'in- 
jection, comme,  par  exemple,  dans  les  environs  de  Laguiolle. 

Partant  des  données  que  nous  fournissent  ces  coupes ,  éludions  maintenant  plus  en 
détail  les  diverses  formations  qui  composent  le  sol  le  plus  superficiel  de  ce  déparlement, 
le  seul  qui  nous  soit  connu.  Nous  décrirons  ce  sol  en  commençant  par  les  roches  primi- 
tives et  cristallines ,  c'est-à-dire ,  par  les  plus  anciennes. 

L'ordre  de  superposition  et  les  rapports  d'âge  des  différentes  roches  primitives  sont , 
comme  il  est  aisé  de  le  comprendre ,  moins  faciles  à  observer  que  les  mêmes  rapports 
ne  le  sont  chez  les  formations  sédimentaires.  On  remarque,  cependant,  en  parcourant  les 
montagnes  de  Laguiolle,  que  le  noyau  de  ces  montagnes  est  formé  de  roches  granitiques , 
enveloppé  de  roches  schisteuses  et  enfin  de  gneiss ,  dans  l'ordre  que  nous  avons  indiqué 
dans  nos  coupes  (figures  5  et 4). 

Aux  environs  de  Chaudes-Aiguës,  on  veilles  schistes  micacés  traversés  par  des  filons 
d'un  beau  granile  et  de  gneiss.  Ces  liions  sont  nécessairement  plus  jeunes  que  la  roche 
qu'ils  ont  percée;  il  en  estpar  conséquent  ainsi  des  granités  et  des  gneiss.  Ailleurs  on  voit 
legranite  traversé  par  des  porphyres  feldspathiques  bien  caractérisés  et  qui,  comme  toutes 
les  autres  roches  d'injection ,  sont  d'un  âge  plus  récent  que  celles  à  travers  lesquelles 
elles  se  sont  fait  jour. 

Les  terrains  carbonifères  eu  les  formations  houillères  proprement  dites,  composent 
à  peu  près  exclusivement  le  grand  bassin  de  Firmi.  Ils  forment  en  outre  une  série  de 
petits  lambeaux  dissémina  en  deux  zones  situées  l'une  au  Nord,  l'autre  au  Sud,  vers  la 
limite  des  terrains  primitifs  et  des  terrains  de  sédiment.  Ses  éléments  constituants  sont  : 
i'  les  grès ,  dont  la  nature  et  la  composition  éprouvent  d'assez  grandes  et  d'assez  nom- 
breuses variations  ;  2"  le  schiste  houiller  ;  3°  la  houille. 

Le  bassin  de  Firmi  est  surtout  remarquable  à  raison  de  la  grande  épaisseur  que  l'on 
ToM.  XVIII.  12 


m  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

y  reconnaît  à  la  houille.  En  effet,  ce  bassin  renferme  le  massif  de  houille  le  plus  puissant 
que  l'on  connaisse  :  il  a  près  de  100  mètres  d'épaisseur.  On  trouve  avec  cette  houille  et 
dans  le  même  bassin  du  fer  carbonate  lithoïde,  dont  les  couches  subordonnées  à  celles 
de  ce  combustible  y  sont  exploitées  avec  avantage. 

Les  schistes  houillers  de  ce  bassin  central  offrent  également  un  grand  nombre  d'em- 
preintes végétales ,  dont  nous  ferons  connaître  plus  tard  les  espèces.  Ils  sont  surmontés 
par  des  roches  de  grès  bigarrés  à  nuances  généralement  rougeâtres;  aussi  les  terrains 
qu'elles  composent  sont  connus  en  Aveyron  sous  le  nom  de  rougiés.  Ces  grès  bigarrés 
se  montrent  sur  presque  tout  le  pourtour  du  bassin  central  de  l'Aveyron ,  formant  une 
bande  étendue,  mais  étroite,  laquelle  est  circonscrite  par  le  terrain  jurassique. 

L'action  continue  des  soulèvements  et  des  grandes  érosions  post-crétacées  a  mis  à  nu 
le  terrain  du  grès  bigarré  dans  quelques  points,  surtout  vers  le  centre  du  bassin ,  comme 
par  exemple,  Bozouls  et  Vennac. 

Les  grès  bigarrés  constituent  enfin  presque  exclusivement  le  sol  d'une  région  assez 
étendue,  située  au  nord-ouest  du  bassin.  Celte  région  présente  un  aspect  et  des  produits 
variables  selon  que  les  marnes  ou  les  grès  dominent  dans  le  sol;  elle  est  cependant  géné- 
ralement formée  de  monticules  arrondis,  surmontée  quelquefois  par  une  sorte  de  chapeau 
calcaire,  composé  parles  couches  inférieures  du  lias.  Au  milieu  de  ce  terrain  on  observe 
des  marnes  et  des  grès  de  diverses  nuances,  lesquels  alternent  les  uns  avec  les  autres  d'une 
manière  presque  indéfinie. 

Les  marnes  sont  cependant  fort  rares  dans  la  partie  inférieure  de  cette  formation  ; 
elles  occupent,  principalement  vers  le  milieu  de  leur  hauteur ,  une  épaisseur  de  près  de 
100  mètres.  Dans  la  partie  supérieure  de  la  formation ,  on  voit  les  marnes  mêlées  aux 
grès  en  parties  à  peu  près  égales. 

Quant  à  la  partie  supérieure  des  terrains  secondaires,  elle  est  formée  en  Aveyron  par 
des  terrains  jurassiques,  lesquels  composent  trois  étages  distincts,  qui,  en  partant  des 
plus  anciens ,  sont  :  V  le  lias  ;  2°  l'oolithe  inférieur,  et  3°  l'oolithe  moyen. 

1°  Le  lias  forme  une  zone  circonscrite  par  l'oolithe  inférieur;  il  repose  tantôt  sur  les 
marnes  irisées,  ou  les  grès  bigarrés ,  tantôt  sur  les  formations  primitives,  et  assez  rare- 
ment sur  le  grès  houiller.  Dans  tous  les  cas,  les  couches  inférieures  présentent  des  carac- 
tères à  elles  particuliers  ,  et  en  rapport  avec  la  nature  des  roches  qu'elles  recouvrent. 
Elles  sont  toujours  arénacées  ou  marneuses,  et  passent  insensiblement  à  une  série  de 
bancs  calcaires  blancs  ou  bleus  ,  alternant  avec  des  lits  minces  d'argile  bleue  ou  noire; 
plusieurs  de  ces  bancs  sont  très-coquilliers  ;  quelques-uns  ont  une  texture  oolilhique  très- 
prononcée. 

On  rapporte  généralement  au  lias  les  formations  marneuses  qui  le  recouvrent,  et  qu'il 
semblerait  pourtant  plus  rationnel  de  rapporter  à  l'oolithe  inférieur.  Ces  marnes  sont  di- 
visées en  deux  étages  principaux  par  une  couche  de  calcaire  jaune  souvent  fétide.  Cette 
roche  est  remarquable  par  la  grande  quantité  de  fossiles  qu'elle  renferme. 

2°  Le  second  groupe  des  terrains  jurassiques  est  l'oolithe  inférieur,  placé  au-dessous 
du  lias.  Dans  la  partie  supérieure  de  cette  formation,  les  marnes  passent  à  un  minerai  de 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  M 

feroolilhique,  sur  lequel  repose  le  calcaire  blanc  ,  considéré  comme  représentant  ici  le 
premier  étage  de  l'oolilhe.  Ce  calcaire  forme,  vers  le  centre  du  bassin,  un  plateau  connu 
sous  le  nom  de  causse  maigre.  On  peut  observer  dans  les  profondes  vallées  situées  à  la 
base  de  ce  grand  plateau,  la  tendance  caractéristique  de  ce  terrain  à  former  des  escarpe- 
ments abruptes  et  des  blocs  columellaires  d'un  aspect  ruiniquc. 

Le  calcaire  oolithique  est  très -souvent  fissuré  et  caverneux  ,  ce  qui  explique  à  la  fois 
l'aridité  des  plateaux  calcaires  et  les  nombreuses  sources  que  l'on  voit  surgir  dans  les 
vallées  environnantes,  à  la  hauteur  des  marnes  imperméables  sur  lesquelles  il  repose. 

3°  Le  groupe  le  plus  supérieur  des  formations  jurassiques  est  en  Aveyron  l'oolitbe 
moyen.  Cet  oolithe  y  est  formé  par  des  calcaires  blanchâtres,  dont  l'étendue  est  extrême- 
ment limitée. 

Telles  sont  les  principales  roches  sédimentaires  qui  composent  le  sol  secondaire  du 
centre  de  l'Aveyron.  Pour  terminer  l'explication  détaillée  de  nos  coupes,  il  ne  nous  reste 
plus  qu'à  parler  des  roches  d'éruption,  ou  des  roches  poussées  par  les  effets  de  la  chaleur 
centrale  à  travers  les  autres  roches  déjà  déposées ,  dont  elles  ont  plus  ou  moins  dérangé 
la  position  ou  changé  la  nature. 

Ces  roches ,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  fait  observer ,  sont  de  trois  ordres  presque 
toujours  constamment  séparés.  Ce  sont  en  premier  lieu,  en  commençant  parcelles  qui 
ont  le  plus  d'importance  et  d'étendue ,  les  basaltes,  et  en  second  lieu  les  serpentines  et 
les  trapps. 

Quant  aux  premières  ou  aux  basaltes ,  elles  constituent  presque  exclusivement  le  sol 
des  contrées  montagneuses  de  Laguiolle  et  d'Aubrac.  Elles  y  forment  des  coulées  quel- 
quefois très-étendues  sur  les  terrains  primitifs.  On  les  voit  aussi  surgir  et  former  des  mon- 
ticules isolés,  au  milieu  des  terrains  de  sédiment ,  comme  à  Calmont ,  près  d'Espalion, 
ou  à  Aubignac.  Dans  ce  dernier  lieu ,  les  basaltes  traversent  toute  la  formation  du  lias  et 
arrivent  ainsi  au  jour. 

Le  terrain  basaltique  est  du  reste  très-développé  en  Aveyron;  on  y  trouve  tous  les  pro- 
duits qui  caractérisent  ces  roches.  Ainsi,  tandis  que  les  unes  offrent  une  compacité  remar- 
quable, d'autres  sont  scoriformcs,  et  d'autres  enfin  tout  à  fait  meubles. 

Les  secondes  roches  d'éruption  ou  les  serpentines  forment,  vers  l'extrémité  nord-ouest 
du  bassin  de  l'Aveyron,  plusieurs  monticules  remarquables  par  leur  aspect  nu  et  dé- 
solé. Les  principaux  gisements  de  cette  roche  sont  aux  environs  de  Najac,  de  Flanhas  et 
de  Firmi.  Les  couleurs  de  ces  serpentines,  le  plus  généralement  verdâtres,  passent,  par 
des  nuances  à  peine  sensibles ,  au  jaune  et  au  brun. 

Cette  formation  serpentineuse  est  des  plus  intéressantes  par  le  grand  nombre  de  sub- 
stances minérales  qu'elle  contient,  parmi  lesquelles  on  remarque  du  fer  oxydulé  (aimant 
natif),  du  fer  chromé,  de  l'actinote,  du  sulfure  de  cuivre  et  du  cuivre  bismuthifère.  Les 
minerais  que  renferment  les  roches  de  serpentine  s'y  montrent  presque  toujours  en  filons. 
Du  reste  ces  roches  d'éruption  comme  celles  qui  constituent  les  terrains  trapéens,  dont 
nous  avons  encore  à  nous  occuper ,  ne  parviennent  nulle  part  jusqu'au  jour. 

Ces  deruier^  ,legc<^ii]^  ue,C(>nstituent  dans  le  centre  du  départeioeiU,  dç  l'Ây^ron  que 


92  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

des  filons  plus  ou  moins  considérables  et  plus  ou  moins  ramifiés,  ainsi  que  des  amas  de 
roches  vertes  amphiboliques,  lesquelles  se  montrent  subordonnées  aux  terrains  houillers. 
Ces  roches  trapéennes,  aussi  bien  que  celles  des  serpentines,  sont  assez  souvent  rappro- 
chées des  roches  basaltiques ,  et  les  unes  et  les  autres  sont  parfois  traversées  par  des  filons 
de  ces  dernières  roches,  ainsi  que  l'on  peut  en  juger  par  les  coupes  que  nous  en  donnons. 

Tel  est  l'ensemble  des  formations  qui  composent  le  bassin  central  de  l'Aveyron,  dont 
nos  coupes  feront  encore  mieux  saisir  les  rapports  que  nos  descriptions,  quelque  exactes 
qu'elles  puissent  être.  Ces  coupes,  qui  parlent  aux  yeux ,  feront  comprendre  la  disposition 
toute  particulière  des  roches  d'éruption,  comparée  à  celle  des  formations  en  série  régu- 
lière et  uniforme.  En  y  portant  les  regards ,  on  juge  aisément  que  les  premières  ont  en 
profondeur  ce  que  les  secondes  présentent  en  continuité,  en  étendue  et  en  épaisseur.  Elles 
offrent  également  des  bifurcations  et  des  ramifications  que  les  secondes  n'ont  jamais  ;  d'un 
côté  on  ne  les  voit  jamais  interrompues,  dans  les  parties  qui  les  composent,  comme  cela 
arrive  fréquemment  aux  roches  stratifiées  régulières.  Elles  n'ont  jamais  du  reste  une  dis- 
position analogue  à  celle  des  roches  sédimentaires,  que  lorsque  ces  roches  d'éruption  ont 
formé  au-dessus  de  la  surface  du  sol  de  puissantes  et  d'abondantes  coulées ,  qui  ont  cou- 
vert de  leurs  dépôts  de  grandes  étendues  de  terrain,  comme  le  sont,  par  exemple,  celles 
d'Aubrac  et  de  Laguiolle. 

Nous  n'avons  pas  indiqué  dans  nos  coupes  les  formations  tertiaires,  parce  que  ces  for- 
mations ne  se  trouvent  pas  dans  la  partie  du  département  auquel  ces  coupes  se  rappor- 
tent. Il  en  est  à  peu  près  de  même  des  dépôts  quaternaires  et  des  dépôts  diluviens,  qui 
ne  se  montrent  guère  que  dans  quelques  points  des  vallées  les  plus  basses  et  les  plus 
profondes. 

Mais  reprenons  ces  explications  et  voyons  quelles  sont  les  limites  et  la  position  du 
bassin  secondaire  du  centre  de  l'Aveyron. 

On  sait  que  vers  le  centre  de  ce  département  se  trouve  un  bassin  secondaire  allongé 
dans  la  direction  Est-Ouest,  entre  les  montagnes  schisteuses  du  Levezou  et  les  plateaux 
granitiques  du  bord  du  Lot.  C'est  à  ce  bassin  que  se  rapportent  nos  coupes  géologiques. 

Les  terrains  houillers  paraissent  avoir  été  les  premiers  dépôts  de  sédiment  de  ce  bassin , 
Jusqu'à  l'époque  où  se  sont  formés  les  autres  systèmes  sédimentaires;  jusqu'alors  toute 
cette  contrée  était  restée  constamment  émergée. 

Il  paraît  donc  d'après  ces  faits,  que  pendant  cette  période  les  eaux  qui ,  lors  du  dépôt 
des  terrains  de  transition,  recouvraient  déjà  la  limite  méridionale  du  canton  de  S'-Afrique 
(  où  l'on  voit  des  terrains  de  transition),  ont  envahi  le  bassin  dans  presque  toute  sa 
largeur. 

La  portion  des  divers  bassins  houillers  sur  les  pourtours  des  formations  sédimentaires 
et  près  des  failles,  l'analogie  parfaite  des  roches  qui  constituent  ces  divers  bassins,  font 
supposer  avec  beaucoup  de  probabilité  que  les  lambeaux  de  ce  terrain  qui  se  montrent 
au  jour  sur  divers  points  des  rives  du  Lot  et  de  celles  de  l'Aveyron ,  doivent  être  consi- 
dérés comme  autant  de  points  d'affleurement  d'une  vaste  formation  houillère ,  et  non 
comme  des  bassins  isolés. 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  m 

t 
FIGURE.  I. 

Éruption  des  roches  trapéennes. 

Le  terrain  houillcr  à  peine  formé  a  été  soulevé  et  violemment  contournédans  plusieurs 
points. 

La  commotion,  suite  de  ce  soulèvement,  a  dû  être  violente;  car  la  contrée  entière  a  été 
grandement  exhaussée.  Les  eaux  rassemblées  au  loin  ont  laissé  les  premiers  sédiments  à 
nu,  pendant  toute  la  période  marquée  par  les  dépôts  des  grès  rouges,  du  zechstein  et  du 
calcaire  conchylien  (niusc/ie/Aa/Â;.  ) 

A  cette  époque  de  soulèvement  paraît  se  rapporter  l'éruption  des  roches  trapéennes,  que 
l'on  trouve  intercalées  dans  le  terrain  houiller ,  soit  aux  environs  de  Flanhas,  soit  dans 
les  petits  bassins  de  la  rive  gauche  de  l'Aveyron. 

Dépôts  des  grés  bigarrés. 

Dans  le  terrain  houillcr  disloqué  s'est  déposée  la  formation  des  grès  bigarrés,  dont 
tous  les  caractères  annoncent  une  grande  agitation  dans  les  eaux  sous  lesquelles  ont  eu 
lieu  ces  dépôts.  Ces  grès  ont  recouvert  partout  le  terrain  houiller,  si  ce  n'est  dans  les 
points  qui ,  par  l'eilet  du  soulèvement  précédent ,  se  trouvaient  au-dessus  du  niveau  des 
eaux,  comme  cela  paraît  avoir  eu  lieu  aux  environs  de  Firmi  et  à  Bertholène. 

FIGURE  II. 

Éruption  des  serpentines. 

Les  phénomènes  de  sédimentation  ont  été  tout  à  coup  interrompus  par  une  commotion 
brusque,  à  laquelle  paraît  avoir  succédé  une  longue  période  de  tranquillité.  Cette  com- 
motion a  eu  pour  effet  de  briser  les  couches  précédemment  formées,  et  de  changera  la  fois 
le  niveau  des  mers  et  la  nature  des  dépôts.  Ce  mouvement  du  sol  paraît  avoir  coïncidé 
avec  la  formation  des  monticules  serpentineux  qui  se  trouvent  à  la  limite  ouest  et  nord- 
ouest  du  bassin  secondaire  aux  environs  de  Najac  et  de  Firmi. 

Dépôt  des  terrains  jurassiques. 
Les  eaux  agitées  par  le  soulèvement  que  nous  venons  de  signaler ,  ont  délayé  facilement 


U  NOTICE  GÉOLOGIQUE. 

les  couches  supérieures  des  marnes  irisées  non  encore  consolidées  ;  mais  l'agitation  de- 
vant bientôt  cesser,  les  matériaux  ainsi  enlevés  ont  pu  se  déposer  de  nouveau  et  former 
de  nouvelles  couches  entièrement  semblables,  quant  à  la  nature  de  leurs  éléments,  aux 
derniers  dépôts  des  grès  bigarrés. 

Aussi  est-il  difficile  de  marquer  nettement  la  limite  supérieure  de  cette  dernière  for- 
mation, partout  où  elle  est  recouverte  par  le  terrain  jurassique ,  à  moins  qu'il  n'y  ait  dis- 
cordance dans  la  stratification ,  ce  qui  a  lieu  dans  un  grand  nombre  de  points.  Le 
calcaire  du  Jura  s'est  élevé  à  une  hauteur  que  n'avaient  pu  atteindre  les  dépôts  précé- 
dents ,  et  a  recouvert  des  plateaux  qui  jusque  alors  étaient  restés  à  nu ,  ainsi  que  plu- 
sieur  points  culminants  du  terrain  houiller,  au  niveau  desquels  ne  s'était  point  élevé  le 
grès  bigarré.  La  puissance  de  cette  formation  et  ses  caractères  presque  exclusivement  chi- 
miques annoncent  une  longue  période  de  tranquillité. 


FIGURE  III. 

Éruptions  basaltiques. 

Le  bassin  secondaire  devait  offrir,  après  le  dépôt  jurassique,  l'aspect  d'une  vaste  plaine 
calcaire,  limitée  de  toutes  parts  par  des  montagnes  primitives.  Cet  état  de  choses  parait 
avoir  duré  jusqu'à  l'époque  de  l'éruption  basaltique ,  que  nous  avons  tout  lieu  de  croire 
postérieure  au  terrain  crétacé  du  mur  de  Barrés.  Cette  éruption  a  été  accompagnée  de 
nombreuses  et  violentes  dislocations  qui  ont  détruit  l'horizontalité  primitive  du  terrain 
jurassique,  et  l'ont  divisé  en  une  série  de  bandes  parallèles  dirigées  de  l'Est  à  l'Ouest,  fai- 
blement inclinées  vers  le  Sud  et  se  terminant  vers  le  Nord  par  des  escarpements  ou  des 
pentes  très-rapides,  dont  la  hauteur  a  dû  atteindre,  dans  quelques  points,  plusieurs  cen- 
taines de  pieds. 

FIGURE  IV. 

Grandes  érosions. 

L'apparition  des  basaltes  paraît  avoir  précédé  de  peu  de  temps  les  grandes  débâcles  qui 
enlevèrent  la  majeure  partie  des  terrains  jurassiques,  et  la  totalité  des  terrains  crétacés  (si 
toutefois  la  craie  était  déposée  dans  ce  bassin  où  l'on  n'en  découvre  aucune  trace  ).  Celte 
apparition  n'a  pu  modifier  puissamment  la  configuration  générale  et  le  relief  de  cette 
contrée. 

Le  sol  aveyronais  a  subi  encore  depuis  cette  époque  d'autres  changements ,  peut-être 
n'ont-ils  pas  exercé  une  moindre  influence  sur  la  surface  extérieure  du  sol.  Submergé,  du 


NOTICE  GÉOLOGIQUE.  95 

moins  en  partie,  pendant  la  période  tertiaire,  sillonné  par  les  courants  diluviens,  ébranlé 
par  les  secousses  que  devait  rendre  fréquentes  le  voisinage  des  volcans  d'Auvergne;  sou- 
mis enfin  à  l'intlucnce  de  toutes  les  causes  actuelles  de  dégradation  ,  il  aura  acquis ,  par 
une  suite  de  variations  plus  ou  moins  sensibles,  la  forme  et  le  relief  dont  nos  coupes  don- 
nent unc|bien  imparfaite  idée. 


Avant  de  terminer  ces  observations,  nous  ferons  observer  qu'en  1843  et  1844,  plu- 
sieurs aérolithes  de  dimensions  assez  considérables,  sont  tombés  dans  diverses  localités 
de  l'Aveyron.  Nous  avons  sous  les  yeux  des  fragments  de  l'un  de  ces  aérolithes,  recueillis 
en  juin  1843  dans  les  environs  de  Séverac-le-Château  près  Millau.  Ses  caractères  exté- 
rieurs ont  les  plus  grands  rapports  avec  l'aérolithe  tombé  quelques  années  auparavant  à 
Juvinas,  dans  le  département  de  l'Ardèche.  Tous  deux  sont  revêtus  d'une  croûte  noirâtre, 
luisante  et  frittée ,  qui  parait  être  le  résultat  d'une  véritable  fusion.  L'intérieur ,  d'un  as- 
pect grisâtre,  est  parsemé  de  points  brillants  métalliques  qui  se  rapportent  au  fer  et  au 
manganèse.  L'un  et  l'autre  de  ces  aérolithes  sont  formés  de  silice,  de  fer,  de  manganèse, 
auxquels  s'associent  la  chaux ,  la  magnésie,  le  soufre,  le  chrome,  le  cuivre  et  la  potasse. 

Quant  aux  pierres  météoriques,  dont  la  chute  a  eu  lieu  en  Aveyron  en  1844,  comme 
nous  n'en  avons  pas  eu  d'échantillons  sous  les  yeux,  nous  renverrons  ceux  que  ce  sujet 
pourra  intéresser  au  mémoire  de  M.  Adolphe  Boissc,  qui  a  été  inséré  dans  {'Écho  du 
monde  savant  et  les  journaux  de  l'Aveyron. 


TABLE  DES  MATIERES. 


Pag. 

INTRODUCTION 3 

§  I.    Des  divers  bassins  du  département  de  l'Aveïron 9 

§  II.  Des  diverses  formations  qoi  composent  le  sol  de  l'aveyron 16 

1°  Formations  primitives »6. 

2°  Formations  de  transition  ou  intermédiaires 2.4 

3°  Formations  secondaires 2S 

A.  Terrains  houillers t6. 

B.  Terrains  du  calcaire  conchylien  et  des  grès  bigarrés 34 

C.  Terrains  jurassiques,  y  compris  le  lias 39 

a.  Terrains  calcaires  secondaires 41 

6.  Des  caves  de  Roquefort 55 

c.  Du  mercure  natif  de  l'Aveyron 67 

d.  De  la  désignation  vulgaire  des  plateaux  calcaires 70 

4°  Formations  volcaniques 73 

3°  Formations  tertiaires  émergées 77 

6°  Formations  quaternaires 79 

§  III.  Résumé 83 

Explication  de  la  planche  relative  à  la  Notice  géologique  sur  le  département  de 

l'Aveyron 88 


M 


Hktt 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE, 

ARCHITECTONOGRAPHIQUE  ET  ICONOGRAPHIQUE 


SUR 


L'ÉGLISE  SOUTERRAINE  D'ANDERLECHT  LEZ-BRUXELLES; 


M.  Frédéric  VAN  DER  RIT. 


(Pr<s«l<  i  la  séance  dt  l'icailéniie  U  S  juillet  1844.) 


ToM.  XVIII. 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE 

ARCHITECTONOGRAPHIQUE  ET  ICONOGRAPHIQUE 


SDB 


L'ÉGLISE  SOUTERRAINE  D'ÀNDERLECHT  LEZ-BRUXELLES. 


SOMMAIRE. 

Introduction  et  coup  d'oeil  sur  l'église  paroissiale.  —  La  crypte,  son  aspect,  description.  —  Au- 
tels, sarcophage  de  saint  Guidon.  —  Anciennes  portes  d'entrée  de  la  crypte;  étude  des  localités 
contiguës;  hauteur  primitive  du  sol  comparativement  à  la  crypte;  preuve  que  ce  monument 
appartient  au  IX*  siècle  ;  comparaisons  architectoniques;  autres  preuves  par  l'unité  linéaire.  — 
Du  pied  roman,  ou  unité  romaine  de  la  décadence  de  l'empire;  cette  mesure  s'est  conservée 
jusqu'à  l'invasion  des  Normands.  —  Changement  de  la  mesure  après  l'invasion ,  démontrée  par 
des  édifices  des  X*  et  XI*  siècles.  —  Raisons  pour  lesquelles  la  crypte  d'Anderlecht  date  du  règne 
de  Charlemagne;  conjecture  sur  sa  consécration.  —  Tombeau  de  saint  Guidon,  du  XI'  siècle, 
ce  même  tombeau  déplacé  vers  1112;  preuve  de  cet  événement.  —  Rapport  de  la  surface  bâtie 
à  la  surface  non  bâtie.  —  Projet  de  restauration.  —  Objets  déposés  dans  l'église  souterraine.  — 
Légende  des  planches  qui  accompagnent  ce  texte. 

De  tous  les  monuments  anciens  de  la  Belgique ,  il  n'en  est  pas  de 
plus  curieux ,  pour  l'histoire  de  l'art,  que  ceux  de  la  période  romane 
néo-romaine;  leurs  fondements  ont  résisté  à  tant  de  causes  de  des- 
truction ,  que  leur  aspect  inspire  toujours  une  vénération  profonde. 
En  effet ,  les  invasions  désastreuses  des  Normands  et  autres  barbares  ; 
les  luttes  meurtrières  de  la  féodalité  et ,  dans  un  âge  plus  récent , 
les  guerres  des  souverains ,  les  troubles  de  religion  ou  des  restaura- 
tions maladroites,  ont  tour-à-tour  ruiné  les  œuvres  des  générations 


•4  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

passées.  Si  tant  de  causes  ont  contribué  à  l'anéantissement  des  édi- 
fices d'architecture  romane,  il  est  juste  que  le  petit  nombre  de  ceux 
qui  sont  restés  debout,  deviennent  un  sujet  d'étude,  alors  que  la 
paix  répand  ses  bienfaits  sur  les  peuples  et  fait  prospérer  les  sciences 
par  des  progrès  constants. 

Nous  nous  proposons  ici  de  fixer  l'attention  des  amis  de  l'histoire 
et  des  arts,  sur  la  crypte  souterraine  de  l'église  de  St-Pierre,  placée 
au  centre  de  la  commune  d'Anderlecht  près  de  Bruxelles  ;  ce  village, 
important  par  son  étendue  et  sa  population ,  a  dû  être  habité  à  une 
époque  très-reculée ,  si  l'on  considère  que  la  fertilité  du  sol  y  est  une 
source  de  prospérité  ;  les  prairies  environnantes,  inondées  parla  Senne 
dans  les  premiers  mois  de  l'année ,  sont  engraissées  par  le  limon  de  la 
rivière  et  fournissent  naturellement  les  plus  beaux  pâturages  que  l'on 
puisse  trouver  près  de  la  capitale.  Du  reste ,  il  y  avait  autrefois  à 
Anderlecht  un  chapitre  que  la  tradition  fait  remonter  à  l'an  800. 

Avant  que  d'entreprendre  la  description  de  l'église  souterraine ,  il 
Serait,  croyons-nous,  convenable  de  dire  quelques  mots  de  l'église 
supérieure  ou  paroissiale,  rebâtie  au  XV'^  siècle.  Ce  monument,  re- 
marquable par  ses  formes  majestueuses,  par  son  caractère  et  par  la 
richesse  de  son  ornementation,  présente  un  plan  semblable  à  une 
croix  latine ,  divisée  en  trois  nefs  par  deux  rangs  de  colonnes  cylin- 
driques dont  les  proportions  sont  bien  modulées.  On  remarque  que 
le  bas  côté  droit  seulement  est  bordé  de  chapelles. 

Tout  l'édifice,  à  l'exception  de  quelques  fenêtres  et  de  la  tour,  ap- 
partient au  style  rayonnant  *  ;  cette  dernière,  placée  en  tête  de  la  nef 
principale,  est  décorée  de  nombreux  pinacles  et  d'autres  ornements 
flamboyants,  parmi  lesquels  il  y  en  est  qui  se  font  distinguer  par 
leur  forme ,  assez  semblable  à  des  cœurs  renversés  ;  ils  ont  cela  de 
particulier ,  qu'on  les  remarque  assez  souvent  aux  édifices  de  la  troi- 
sième époque  ogivale.  Le  plan  de  la  tour  est  de  forme  carrée,  et  son 
élévation,  que  nous  regrettons  de  ne  pouvoir  préciser,  assez  con- 

f -Vi  De  transition ,  entre  le  secondaire  et  le  tertiaire. 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  5 

sidérable;  une  balustrade  taillée  à  jour,  et  présentant  des  quatre- 
feuilles  encadrés,  lui  sert  de  couronnement;  cette  tour  n'a  pas  été 
achevée.  Le  chœur,  sans  collatéraux,  est  orné  de  belles  fenêtres  flam- 
boyantes,  dans  lesquelles  on  remarque  des  fragments  de  vitraux  d'une 
exécution  et  d'un  coloris  parfaits. 

?'  Sous  ce  chœur  se  trouve  la  crypte  dont  nous  allons  essayer  de 
faire  ressortir  l'importance  sous  le  rapport  historique  de  l'art  :  pour 
y  arriver,  on  traverse  la  sacristie;  dans  une  salle  contiguë  à  celle-ci 
se  trouve  une  trappe  contre  laquelle  vient  s'adapter  une  échelle 
presque  verticale.  Parvenu  au  bas  des  marches,  on  se  trouve  tout  à 
coup  plongé  dans  d'épaisses  ténèbres  ;  mais  bientôt  des  masses  con- 
fuses se  présentent  aux  regards,  éclairées  par  quelques  pâles  rayons 
qui  pénètrent  dans  le  souterrain  par  des  lucarnes  étroites,  profondes 
et  presque  comblées  de  décombres.  Le  silence  le  plus  complet  règne 
dans  ce  temple  mystérieux.  L'âme  s'y  anime  d'un  saint  respect  à  la 
vue  d'un  imposant  désordre.  Les  yeux  se  portent  successivement  sur 
des  statues  mutilées,  des  tombeaux  couverts  de  poussière,  des  autels 
nus  et  abandonnés  :  l'aspect  de  ces  masses  noires  et  humides ,  fai- 
blement rehaussées  par  la  pénombre,  ajoute  quelque  chose  de  so- 
lennel et  de  lugubre  à  la  solitude  de  ce  lieu. 

Saisi  d'émotion ,  nous  avons  mesuré  dans  leurs  moindres  détails  les 
proportions  de  ce  temple  antique.  Que  de  faits  nouveaux  nous  a  ré- 
vélés ce  travail!  L'opinion  commune  fait  remonter  la  construction 
de  la  crypte  d'Anderlecht  au  commencement  du  XII^  siècle,  mais 
cette  date  nous  a  paru  inconciliable  avec  les  données  que  nous  possé- 
dons sur  la  marche  générale  de  l'art.  En  étudiant  sucessivement  les 
édifices  élevés  durant  les  XI«  et  X*  siècles,  il  nous  a  paru  également 
impossible  de  faire  dater  le  monument  qui  nous  occupe  du  premier  âge 
de  la  féodalité.  Il  a  donc  fallu  reculer  encore  :  la  véritable  époque  de  sa 
construction  c'est  le  commencement  du  IX^  siècle,  le  règne  mémorable 
de  Charlemagne.  Il  y  eut  alors  dans  les  arts  une  renaissance,  dont  la 
durée  ne  fut  malheureusement  que  momentanée,  de  même  que  le  mou- 
vement progressif  que  ce  prince  avait  imprimé  à  la  civilisation. 


«  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

Le  plan  de  la  crypte  est  régulier;  les  membres  architectoniques  qui 
composent  son  ensemble  ,  symétriquement  disposés ,  en  font  une 
masse  qui  plaît  à  l'œil  (  voir  planche  l""^)  ;  elle  est  divisée  en  cinq 
nefs  par  deux  rangs  de  colonnes  cylindriques  et  deux  rangs  de  gros 
pilastres  carrés  dont  les  faces  portent  une  colonne  engagée,  arrange- 
ment dont  l'effet  perspectif  paraît  avoir  été  calculé  par  l'architecte  qui 
éleva  cet  édifice;  car  on  croit  y  voir  un  lointain  qui  réellement  n'existe 
pas.  Cette  illusion  s'accroît  encore  lorsque  la  lueur  de  plusieurs  tor- 
ches y  produit  des  ombres  qui  se  projettent  en  sens  divers  sur  les 
murs,  sur  le  sol  et  jusque  sur  les  voûtes.  La  nef  centrale  est  plus 
large  que  ses  collatéraux  ;  de  même  les  nefs  extrêmes  sont  plus 
étroites  que  ces  derniers.  Dans  le  sens  longitudinal,  la  nef  du  milieu 
est  divisée  en  quatre  travées  par  trois  colonnes  isolées  et  deux  co- 
lonnes engagées,  dont  une  à  chaque  extrémité  ;  les  nefs  latérales  ont 
une  division  semblable  ,  mais  elles  sont  irrégulières  à  l'abside  qui  est 
polygonale.  Les  nefs  extrêmes  n'ont  que  deux  travées;  l'emplacement 
correspondant  à  la  troisième  travée  est  séparée  par  un  gros  mur  et 
forme  de  chaque  côté  une  petite  pièce,  là  où  plus  tard  on  éleva  les 
transepts  dans  les  édifices  religieux.  L'épaisseur  des  murs  composant 
le  périmètre  extérieur  de  la  crypte  est  de  2™, 95  centimètres. 

Vingt-quatre  colonnes  supportent  les  voûtes  d'arête,  six  colonnes 
seulement  sont  isolées;  les  dix-huit  autres  sont  engagées  dans  les 
piliers  carrés  ou  dans  les  murs.  Deux  consoles,  dont  une  de  chaque 
côté  des  petites  nefs  extrêmes,  reçoivent  la  retombée  des  cintres. 

Les  vestiges  de  l'autel  principal  sont  encore  très-visibles;  il  était 
placé  dans  le  fond  de  la  crypte,  à  la  partie  sexagonaleou  abside,  dans 
l'axe  de  la  nef  du  centre  et  à  quelques  pieds  du  mur.  Aux  deux  côtés 
du  polygone ,  c'est-à-dire  à  droite  et  à  gauche  de  l'autel,  on  remarque 
encore  des  bancs  en  pierre  où  les  chanoines  faisaient  jadis  leurs  ofliices. 
Les  autels  latéraux ,  au  nombre  de  deux  et  appuyés  contre  la  muraille , 
subsistent  en  entier;  ils  sont  en  pierre  d'une  construction  rustique 
avec  un  relèvement,  indice  certain  d'une  antiquité  très-reculée  '  ;  leur 

*  Martène  et  Durand,  Voyage  littéraire,  etc..  tom.  II,  p.  210,  en  parlant  de  l'autel  de  la  crypte 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  7 

emplacement  est  ménagé  de  manière  que  les  fidèles  qui  se  trouvaient 
dans  un  collatéral  eussent  l'autel  en  face  oblique;  cette  combinai- 
son était  nécessaire  pour  maintenir  une  libre  circulation  entre  ces 
nefs  et  l'abside.  A  côté  des  autels  latéraux  se  trouvent  les  petites  pièces 
dont  nous  avons  déjà  parlé;  elles  offrent  chacune  une  surface  d'envi- 
ron six  mètres  carrés.  On  présume  que  l'une  a  servi  de  baptistère  et 
que  l'antre  était  la  sacristie. 

Entre  la  première  et  la  seconde  colonne  détachée  à  droite ,  se  trouve 
un  sarcophage  qui,  selon  la  tradition,  est  le  tombeau  de  saint  Guidon, 
et  qni  daterait  conséquemment  du  XI«  siècle ,  puisque  ce  saint  est 
mort  en  1012  '. 

La  longueur  de  ce  monument  funéraire  est  de  2  mètres  13  centi- 
mètres sur  une  hauteur  de  0™,90  centimètres ,  et  une  largeur  de  0",98 
centimètres;  la  partie  supérieure  fait  saillie  de  tous  les  côtés.  Le  sou- 
bassement a  une  hauteur  de  0'",60  centimètres,  et  la  partie  saillante  de 
0™,30  centimètres.  Ce  tombeau  offre  comme  chose  remarquable,  une 
ouverture  laissée  dans  le  sens  transversal  ;  elle  mesure  0™,77  cejitimè- 
tres  de  hauteur  sur  0™,33  centimètres  de  largeur;  les  pierres  en  sont 
tellement  usées  vers  le  haut,  qu'il  devient  absolument  impossible  de 

de  sainte  Marie  et  de  saint  Ursmer  à  Lobbes,  disent  qn'ils  y  ont  vu  un  autel  de  carreaux  cimentés, 
qui  n'avait  pas  de  table  de  pierre;  ils  ajoutent  que  c'est  un  indice  qui  prouve  son  antiquité  :  les  an- 
tels  de  la  crypte  d'Anderlecht  sont  pareils  i\  celui-là. 

'  Ant'Sanderi,  Presbyt.  chronograph.  sac.  Brabantiae,  etc.  Laça  parthbnia  illcstrata,  §IV, 
p.  C.  Selon  Molanuset  Baronius,  saint  Guidon  serait  mort  en  ltl2;  mais  l'opinion  la  plus  accrédi- 
tée fixe  la  date  de  sa  mort  en  1012;  c'est  aussi  celle  qu'ont  adoptée  presque  tous  les  auteurs  mo- 
dernes. La  meilleure  preuve  que  l'on  puisse  donner  pour  combattre  la  première  de  ces  opinions , 
c'est  que  le  corps  de  saint  Guidon  fut  élevé  vers  1082,  par  Gérard  11,  évéque  de  Cambrai;  quant  à 
la  date  iOli ,  elle  a  pour  s'étayer  d'anciens  manuscrits  cités  par  Sanderus  et  les  Bollandistes,  et  qni 
font  de  saint  Guidon  un  contemporain  de  la  comtesse  de  Louvain ,  Gerberge. 

D'ailleurs,  s'il  eût  vécu  du  tem|>8  des  croisades,  la  légende  de  sa  vie  dirait  quelques  mots  de» 
exploits  des  conquérants  de  la  Terre-Sainte,  d'autant  plus  que  ce  sont  probablement  ses  voyages 
dans  ce  pays  qui  lui  ont  valu  en  partie  sa  réputation;  plus  tard,  les  pèlerinages  au  tombeau  du 
Christ  devinrent  très-communs,  et  par  conséquent  ne  valurent  plus  de  renommée  à  ceux  qui  les 
entreprirent. 

Le  24  juin  1112,  saint  Guidon  fut  élevé  une  deuxième  fois  par  l'évêque  Ode;  le  jour  de  sa  mort 
eitle  12  septembre. 


9  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

douter  un  instant  que  jadis  les  pèlerins  n'aient  passé  en  rampant  par 
cette  ouverture  '.  La  dalle  en  pierre  bleue,  qui  est  la  pierre  tumulaire , 
est  luisante  comme  le  marbre  et  très-polie  à  la  partie  inférieure  mal- 
gré le  nombre  d'années  qui  se  sont  écoulées  depuis  que  les  pèlerins  n'y 
ont  plus  passé.  Elle  représente  une  figure  que  je  n'ai  pu  distinguer, 
parce  qu'elle  était  recouverte  d'un  grand  nombre  de  statues  en  pierre. 
Les  anciennes  portes  d'entrée  de  la  crypte  ^ ,  au  nombre  de  deux, 
étaient  disposées  au  pied  des  petites  nefs  extrêmes  :  c'est  ce  qui  me 
porte  à  croire  que  cette  chapelle  a  été  l'église  paroissiale  primitive,  lors 
de  la  première  association  de  clercs  qui ,  selon  la  tradition ,  y  vivaient 
en  commun  \ 

*  C'est  aussi  l'opinion  de  M.  Roelandts ,  architecte  de  la  ville  de  Gand ,  et  membre  de  la  com- 
mission des  monuments.  Une  coutume  qui  existe  encore  de  nos  jours  vient  appuyer  cette  pensée, 
et  semble  rappeler  l'ancien  usage  que  nous  venons  de  signaler":  le  jour  anniversaire  de  la  mort  de 
saint  Guidon ,  un  nombre  prodigieux  de  pèlerins  des  communes  voisines  se  rend  à  l'église,  et  après 
la  messe  ils  entrent  dans  le  chœur,  passent  derrière  le  maltre-autel  pour  toucher  le  manteau  de 
l'image  du  saint  qui  y  est  exposée.  Jusqu'ici  personne  ne  s'était  rendu  compte  de  cette  coutume. 
Un  habitant  delà  commune  me  racontait  un  jour,  qu'anciennement  un  curé  avait  voulu  abolir  cet 
usage,  mais  que  les  paysans  avaient  passé  outre  malgré  la  défense,  et  que  depuis  il  s'est  conservé. 
Un  fait  traditionnel  de  cette  nature  a  besoin  d'éclaircissement;  il  nous  montre  combien  l'église 
d'Occident  sait  conserver  ses  pratiques  religieuses  dont  plusieurs  paraissent  superstitieuses  de 
prime-abord  et  qui  réellement  cachent  un  sens  profond.  Voilà  ce  que  nous  disions  lorsque  notre 
travail  a  été  remis  à  l'académie;  depuis  nous  avons  trouvé  dans  la  légende  de  saint  Guidon,  écrite 
au  XII°  siècle,  le  passage  suivant,  qui  justifie  pleinement  cette  opinion  :  «  Post  multutn  igitur  tem- 
poris  dum  beati  viri  corpus  in  tali  jacet  humatum  loco  (dans  le  cimetière),  a  nullo  et  débita  exi- 
bebatur  reverenlia,  quia  non  solum  aliunde  advenientes,  verum  et  habitatores  loci  ibant  per  hedium 
SEPULCRi.  (  AcTA  Sanctorum,  tome  IV  ;  sept.) 

La  manie  qu'avaient  et  qu'ont  encore  les  chrétiens  des  Gaules ,  de  passer  sous  les  tombeaux  des 
personnes  vénérées  par  la  religion,  paratt  tirer  son  origine  des  autels  druidiques,  sur  lesquels  les 
premiers  apôtres  célébraient  la  messe,  et  dont  la  forme  ne  peut  mieux  être  comparée  qu'au  tom- 
beau de  saint  Guidon.  Voici  un  passage  de  l'excellent  livre  de  M.  Dominique  Branche,  qui  ne 
viendra  pas,  croyons-nous,  hors  de  propos  :  (l'auteur  parle  des  habitants  de  la  Basse-Auvergne) 
«  Toutefois  le  souvenir  du  culte  druidique  y  semblait  l'emporter  sur  celui  du  polythéisme  romain  ; 
car  c'était  autour  des  Menhirs  ou  Dolmens ,  que  ces  populations  sauvages  solennisaient  la  manifes- 
tation de  leur  pensée  religieuse.  Pour  elles  ces  monuments  restèrent  toujours  sacrés,  et  si  bien 
que  plus  tard  les  moines,  ne  pouvant  venir  au  bout  de  les  détruire,  prirent  le  parti  de  les  appro- 
prier au  christianisme  et  à  leur  monastère.  »  V! Auvergne  au  moyen  âge,  vol.  I'"',  pag.  103-104. 

*  Actuellement  elles  sont  bouchées  ;  elles  étaient  de  plein  pied  avec  le  pavement  de  l'église  sou- 
terraine. 

'  L'existence  du  chapitre  au  commencement  du  XI'  siècle  est  à  l'abri  du  doute;  suivant  quel- 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  9 

Nous  reconnaissons  que  l'architecte  avait  proportionné  les  murs  de 
la  crypte  suivant  l'importance  de  l'édifice  auquel  ils  devaient  servir 
de  fondement.  L'usage  de  munir  les  églises  d'un  lieu  mystérieux,  sous 
l'abside  du  chœur,  était  empreint  de  ce  symbolisme  profond,  que 
l'Église  d'Occident  a  su  conserver  à  l'état  traditionnel  jusque  vers  le 
XII«  siècle.  Les  souvenirs  des  catacombes,  des  persécutions  et  du 
triomphe  du  christianisme  sur  le  paganisme  romain  s'y  rattachaient. 
Tout  en  étant  conforme  au  type  usuel  des  églises  du  temps ,  le  monu- 
ment qui  nous  occupe  permet  cependant  de  supposer  qu'avant  l'édifi- 
cation du  temple  supérieur,  il  a  remplacé  ce  dernier  pour  le  service 
du  culte.  Plusieurs  raisons  nous  autorisent  à  faire  cette  hypothèse, 
c'est  par  l'étude  du  terrain  que  nous  allons  en  essayer  la  démonstration. 

Près  de  la  crypte,  le  terrain  naturel  se  trouve  à  une  profondeur  de  un 
mètre  soixante-cinq  centimètres  environ;  or,  le  pavement  de  celle-ci 
est  enterré  par  un  remblai  évidemment  postérieur  d'une  hauteur  ré- 
pondant également  à  1™,65  c;  c'est  donc  une  preuve  incontestable 
que,  dans  le  principe ,  le  pavement  a  été  établi  à  fleur  de  terre. 

En  deuxième  lieu,  les  entrées  actuellement  bouchées  dont  il  a  déjà 
été  fait  mention,  ont  une  hauteur  d'environ  2™,50  c.  ;  elles  ne  per- 
mettent guère  de  douter  un  instant  que  la  communication  avec  l'ex- 
térieur a  existé.  Dans  le  cas  contraire,  ces  entrées  devenaient  inutiles. 

Ensuite,  nous  ferons  observer  que  le  plan  semble  démontrer  jusqu'à 
quel  point  s'est  étendue  la  mission  de  l'architecte  :  son  œuvre  régulière 
groupée  avec  symétrie,  prouve  qu'une  laborieuse  étude  a  dû  présider  à  la 
disposition  et  à  la  distribution  des  éléments  architectoniques.  Pourquoi 
l'artiste  aurait-il  négligé  l'emplacement  de  l'escalier  de  communication 
entre  le  temple  et  la  partie  souterraine?  Si  sa  mission  était  de  construire 
l'édifice  en  entier,  certes  il  n'aurait  pas  oublié  un  accessoire  essentiel, 
dont  l'usage  appartenait  non-seulement  au  clergé,  mais  encore  aux  fidè- 
les, et  dont  la  disposition  nécessite  toujours  une  étude  approfondie  '. 

ques  auteurs,  sa  fondation  remonterait  à  l'an  800.  D'autres  la  mettent  à  l'an  912,  mais  ni  les  uns 
ni  les  autres  en  fournissent  des  preuves  de  ce  qu'ils  avancent. 
'  Assurément  personne  n'osera  prétendre  qu'il  v  avait  intention ,  dès  le  principe ,  d'établir  un  e»- 
ToM.  XYIll.  '  2 


^0  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

Enfin,  un  simple  coup  d'œil  sur  les  localités  contiguës  à  l'église, 
confirme  pleinement  notre  conjecture ,  en  ce  sens ,  que  la  voie  pavée 
d'A.nderlecht  à  Bruxelles  a  une  pente  jusqu'à  la  chaussée  de  France; 
le  petit  chemin  qui  conduit  vers  la  maison  communale  est  l'^,50  c. 
plus  bas  que  le  pavement  de  la  crypte;  celui  qui  conduit  au  puits  de 
saint  Guidon  a  une  pente  très-forte;  le  quatrième  chemin  à  côté  de  la 
campagne  de  M.  Hoorickx  ,  descend  également,  et  le  cinquième ,  au 
coin  du  cabaret  dit  le  Pavillon  d'Anvers  ,  est  le  seul  qui  monte  pour 
redescendre  rapidement  ;  mais  cette  montée  provient  de  l'excavation 
que  nécessitait  l'établissement  des  caves  aux  maisons  longeant  cette 
voie.  Pour  les  maisons  de  l'esplanade  en  face  de  l'église,  on  a  employé, 
par  économie  sans  doute ,  le  même  système  d'exhaussement. 

Quant  au  cimetière  lui-même,  il  doit  son  exhaussement  aux  fonda- 
tions que  l'on  a  été  obligé  de  faire  lors  de  la  construction  de  la  belle 
église  ogivale  auXV«  siècle,  et  peut-être  aussi  à  un  remblai  forcé  que 
l'on  aura  jugé  convenable  de  faire  pour  en  régulariser  les  abords. 
Cela  parait  d'autant  plus  se  manifester  que  la  voie  publique  vers  le 
Nord  et  les  jardins  vers  l'Est,  qui  longent  le  cimetière,  sont  plus  bas 
que  ce  dernier  de  1»",50  c.  environ. 

Il  résulte  donc  de  nos  observations  que  la  crypte  a  été  établie  primi- 
tivement au  niveau  du  terrain  naturel  ;  cette  particularité ,  comme 
l'a  fort  bien  fait  remarquer  un  savant  magistrat,  M.  Hoorickx,  bourg- 
mestre de  la  commune  d'Anderlecht,  n'a  pu  avoir  lieu  qu'avec  inten- 
tion et  pour  plusieurs  motifs,  parmi  lesquels  on  distingue  la  préoccupa- 
tion de  l'aveniretlajouissance  immédiate  du  présent.  La  préoccupation 
de  l'avenir  se  trouve  démontrée  par  l'énorme  épaisseur  des  murs,  ce 
qui  implique  évidemment  qu'un  autre  édifice  devait  s'élever  sur  le  pre- 
mier. La  jouissance  immédiate  du  présent  a  été  un  motif  non-seule- 

calier  en  bois,  car  alors  on  eût  laissé  sans  voûte  une  partie  de.  l'édifice.  Une  construction  aussi 
solide  fait  supposer  que  des  marches  en  pierre  étaient  seules  convenables;  nous  n'en  avons  re- 
marqué aucune  trace.  Pour  établir  l'escalier  actuel  on  a  fait  une  trouée  dans  le  champ  de  la  voûte 
du  collatéral  extrême  à  gauche.  Il  parait  qu'anciennement  il  y  avait  un  escalier  derrière  l'autel  du 
transepts  droit;  cet  emplacement  qui  n'est  pas  mieux  trouvé  que  l'autre,  prouve  que  cet  acces- 
soire a  été  négligé  par  le  constructeur. 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  Il 

raent  de  disposer  la  crypte  de  manière  à  en  rendre  l'accès  facile  pen- 
dant la  continuation  du  temple  supérieur,  mais  encore  un  stimulant 
qui  contribua  à  faire  employer  un  style  architectural  soigné,  afin  que 
ce  lieu  fût  un  véritable  temple. 

Il  nous  reste  à  prouver  l'époque  à  laquelle  remonte  la  construction 
de  la  crypte.  Nous  avons  adopté  la  voie  de  comparaison  avec  d'autres 
édifices  comme  étant  le  moyen  le  plus  sûr  pour  y  parvenir.  On  verra 
dans  ce  qui  va  suivre  que  les  détails  ou  les  proportions  du  monument 
qui  nous  occupe,  tiennent  un  milieu  moyen  entre  les  exemplesqui  nous 
servent  de  guides  et  en  même  temps  de  parallèles. 

Nous  croyons  avoir  déjà  dit,  que  la  crypte  d'Anderlecht  doit  re- 
montrer au  commencement  du  IX"  siècle,  que  l'architecture  en  usage 
aux  X'',  XI^  et  XII  siècles  n'est  pas  en  rapport  avec  son  style.  Du  reste, 
si  elle  avait  été  construite  dans  le  courant  de  ces  trois  derniers  siècles, 
on  y  trouverait  : 

I*'  Destoresoud'autresmouluresaux  archivoltes  des  cintres  (église  de 
S'^-Croix  à  Liège,  fin  du  X^  siècle;  — S*-Vincent  à  Soignies ,  X^  siè- 
cle j  —  S^-Barthélemy  à  Liège,  fin  du  X''  et  commencement  du  XI"'  siè- 
cle; —  S'«-Gudule  à  Bruxelles,  partie  romane  du  chœur,  XII^  siècle; 

—  Notre-Dame  de  la  Chapelle  à  Bruxelles,  XII^  siècle;  —  abbaye 
d'Orval ,  Luxembourg,  XII«  siècle,  etc.)  ;  tandis  que  les  archivoltes  de 
la  crypte  d'Anderlecht  sont  simples  à  vive  arête,  et  que  tantôt  elles 
s'abaissent  en  dos  d'âne ,  et  tantôt  se  relèvent  pour  former  un  beau 
plein  cintre,  selon  l'espace  de  l'entre-colonnement.  (Crypte  de  Saint- 
Ursmer  et  de  Sainte-Marie  à  l'église  paroissiale  de  Lobbes,  Vil"  siècle. 

—  Crypte  de  S'-Bavon  à  Gand ,  commencement  du  X*'  siècle.) 

2^  Des  bases  moins  hautes  aux  colonnes  ,  et  dans  une  proportion 
avec  le  diamètre  que  l'on  peut  traduire  ainsi  : 

Diamètre  :  Base  =  i  :  *k, 

(abbaye  d'Afflighem ,  restes  de  l'église  primitive,  fin  de  XI«  siècle.  — 
partie  romane  de  St<=-Gudule  à  Bruxelles,  XII*'  siècle;  —  cloître  de 
Tongres ,  fin  du  X"  siècle; —  cloître  de  S'^-Gertrude  à  Nivelles,  pre- 
mier tiers  du  XI*'  siècle,  etc.  );  tandis  que  la  hauteur  de  la  base  com- 


n  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

parée  au  diamètre  de  la  colonne  de  la  crypte  d'Anderlecht  dénote 
une  plus  grande  antiquité.  Cette  proportion  se  réduit  ainsi  :  I» 

Diamètre  :  Base  =  1  :  1,325 
OU 

0^-iO   :  O-^SS  =  d  :  d  i§ 

(crypte  de  S^-Bavon  à  Gand ,  consacrée  en  941  ;  la  proportion  égale 
D:B=  1  :  1). 

3°  Des  proportions  plus  élevées  aux  colonnes^  et  calculées  d'après 
le  rapport  du  diamètre  :  ce  rapport  varie  de  7  à  10  pour  les  édifices 
postérieurs  au  premier  tiers  du  X^  siècle  :  cloître  de  Tongres,  fin  du 
X''  siècle,  le  diamètre  est  à  la  hauteur  de  la  colonne  comme  1  :  9 


ï* 


St-Vincentà  Soignies,  X^  siècle,  D  :  H  ::  1  à  10  et  12  ';  —cloître de 
S^^-Gertrude  à  Nivelles,  premier  tiers  du  Xl^  siècle,  proportion  D  : 
H  =  l  :  9  f  ; — Notre-Dame  de  la  Chapelle  à  Bruxelles,  première  moitié 
du  Xlle  siècle,  D  :  H  =  1  :  lOj  — église  de  S^-Nicolas  en  Glain 
près  de  Liège ,  colonnades  des  fenêtres  extérieures ,  Xll'^  siècle , 
D  :  H  =  1  :  8  ;  tandis  que  le  diamètre  du  fût  comparé  à  la  hauteur 
des  colonnes  de  la  crypte  d'Aïuderlecht,  se  réduit  pour  les  colonnes 
près  de  l'autel  à  cette  proportion  : 

Diamèt.  :  Hauteur  =  1  :  4  et  H 

ou 

et  pour  les  colonnes  des  nefs  le  rapport  équivaut  : 

Diamèt.    :  Hauteur  =  d  :  6  »/s 

on 

0,40"=  :  a^ig"     =1:6,^ 

(  crypte  de  St-Ursmer  à  Lobbes,  VII*^  siècle,  D  :  H  =  1  :  2  ^  en- 
viron ;  —  la  crypte  de  S^-Bavon  à  Gand  ,  D  :  H  =  1  :  6  i ,  etc.  )  \ 

'  Les  petites  colonnes  de  la  nef,  sous  le  triforium ,  ainsi  que  celles  qui  sont  adossés  contre  les  pi- 
liers carrés,  fontexception  à  la  règle  commune.  Dans  un  prochain  travail  que  nous  aurons  l'honneur 
de  soumettre  à  l'académie,  nous  démontrerons  pourquoi  cette  déviation  a  eu  lieu  et  pourquoi  le  style 
de  l'église  de  Soignies  est  unique  dans  son  genre  architectural,  qui  n'est  pas  d'origine  romaine. 

*  Presque  tous  les  monuments  antérieurs  au  X"  siècle,  et  qui  ont  des  colonnes  cylindriques, 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  99 

4*>  Do  nombreuses  colonnes ,  soit  accouplées ,  soit  superposées , 
distinguent  les  églises  depuis  la  deuxième  moitié  du  X^  siècle;  au 
XI^  siècle  elles  prennent  des  proportions  plus  gigantesque  (  cloître 
de  Tongres,  X«  siècle;  —  S^'^-Croix  à  Liège ,  X«  siècle;  —  église  de 
S'-Vincent  à  Soignies ,  pilastres  de  la  grande  nef,  premier  tiers  du 
XI*  siècle;  —  cloitre  de  S'*=-Gertrude  à  Nivelles ,  XI*  siècle  ;  —  église 
de  l'abbaye  d'Orval ,  commencement  du  XII»  siècle;  —  chœur  de 
l'église  de  Notre-Dame  de  la  Chapelle  à  Bruxelles  ,  premier  tiers  du 
XII*  siècle)  ;  tandis  que  la  crypte,  par  sa  simplicité ,  est  parfaitement 
en  harmonie  avec  les  édifices  antérieurs  à  la  deuxième  moitié  du  X* 
siècle  (crypte  de  S*-Ursmer  à  l'église  paroissiale  de  Lobbes,  VII* 
siècle  ;  S^-Bavon  à  Gand  ,  X*  siècle  ). 

5°  Des  moulures  horizontales  à  la  base  ou  bien  à  l'arête  terminale 
supérieure  des  gros  piliers  carrés  (  S'-Vincent  à  Soignies  ,  X*  siècle  ; 
—  église  d'Auderghem  ,  XI*^  siècle  (base)  ;  —  S'-Nicolas  à  Bruxelles, 
XI*  siècle;  — Notre-Dame  de  la  Chapelle  à  Bruxelles,  XII*  siècle 
(  pieds-droits  de  la  tour  du  croisillon ,  etc.  )  ;  tandis  que  les  gros  pi- 
liers qui  séparent  les  collatéraux  des  nefs  extrêmes  de  la  crypte, 
sont  arêtes  sans  moulures;  (crypte  de  S'-Ursmer  à  Lobbes,  VII* 
siècle;  —  S*-Bavon  à  Gand,  commencement  du  X*  siècle ,  etc. ). 

6°  Depuis  le  X*  jusqu'au  XII*  siècle  la  hauteur  des  piliers  carrés, 
comparativement  à  leur  largeur,  varie  de  2  ^  à  8.  La  proportion 
suivante  représente  ce  rapport,  qui  est  progressif  pour  chaque  siècle 
intermédiaire ,  suivant  la  marche  de  l'art  : 

L  :  H  =  1  :  2|  ou  =  <  1:8 

(église  de  S'-Vincent  à  Soignies,  X*  siècle;  —  église  d'Auderghem, 
XI*  siècle;  —  S'*-Gertrude  à  Nivelles,  XI*  siècle;  — église  de  S^-Piat 

restent  au-dessous  de  cette  proportion  :  D  :  H  =:  1:7,  c'est-à-dire  que  la  hauteur  de  la  colonne 
n'égale  pas  toujours  sept  fois  le  diamètre  ;  tandis  que  les  édifices  postérieurs  à  la  première  moitié 
du  X*  siècle  ont  des  rapports  plus  élevés,  qui  se  rapprochent  des  proportions  classiques  des  ordres 
grecs  et  romains;  ainsi  les  colonnes  pseudo-corinthiennes  sont  ordinairement  dans  le  même  rap- 
port que  l'ordre  classique ,  c'est-à-dire  que  le  D  :  H  =  I  :  9  '  '»  et  Tarie  =  1:10.  Cest  ce  que  le 
corinthien  et  le  composite  exigent  dans  l'architecture  grecque  et  romaine.  ''  *  '  '  *"'  ^iv-"-»''! 


Il  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

et  celle  de  S^-Brice  à  Tournay ,  XI^  siècle  (?)  ;  —  Notre-Dame  de  la 
Chapelle  à  Bruxelles ,  pilastre  de  l'ancienne  tour  au  croisillon  ,  XII" 
siècle,  etc.);  tandis  que  la  crypte  d'Anderlecht  reste  au-dessous  de 
ce  rapport ,  qui  se  traduit  par  la  proportion  suivante  : 

L:H  =  1  :2 

(  St-Ursmer  à  Lobbes,  VII^  siècle,  L  :  H  =  1:2;  —  S^-Bavon  à 
Gand ,  X^  siècle ,  L  :  H  =  1  :  2  |  ). 

Il  nous  resterait  encore  à  invoquer  plusieurs  autres  preuves,  telles 
que  les  chapitaux  pseudo-corinthiens  du  X^  siècle  ou  les  chapiteaux 
romans  sans  astragale  ou  sans  base.  Les  boudins  bordant  les  mon- 
tants des  fenêtres,  ainsi  que  les  archivoltes  à  simple  tore  du  X*'  siècle, 
ou  ornés  de  cannelures  au  XI^  ;  les  proportions  des  fenêtres;  les  ner- 
vures des  voûtes,  etc.,  etc. ,  que  Ton  trouve  dans  presque  tous  les  mo- 
numents postérieurs  au  milieu  du  X<^  siècle,  et  que  cependant  on  ne 
remarque  nullement  dans  la  crypte  de  l'église  d'Anderlecht;  les  co- 
lonnes sont  rustiques  et  les  chapiteaux  semblent  viser  à  l'ordre  toscan, 
tandis  que  la  base  est  attique,  mais  fortement  dégénérée.  Les  cha- 
piteaux des  colonnes    à  petit  diamètre  se  composent  d'un  tailloir 
octogonal  au  couronnement;  son  emploi  est  tout  à  fait  digne  de 
remarque,    parce  que  les  parties    saillantes  sont  au  milieu  de  la 
face  de  la  colonne  '.  Au-dessous  du  tailloir  viennent  successive- 
ment :  un  quart  de  rond  ou  grand  cavet  ;  un  tore  qu'un  deuxième 
cavet  rejoint  à  la  gorgerine  ou  colarin  ;  là ,  un  deuxième  tore  qui 
sert  d'astragale  sépare  le  chapiteau  du  fût.  Ce  dernier  a  l'",44  c.  de 
hauteur  et  0'",40c.  de  diamètre.  Puis  vient  la  base,  qui  se  compose 
d'un  tore,  d'une  scotie  qui  sépare  le  premier  du  deuxième  tore;  ce 
dernier  tore  repose  sur  le  socle.  Ces  bases  ont  une  certaine  analogie 
avec  celles  de  la  crypte  de  S^-Bavon  à  Gand. 

Les  chapiteaux  des  colonnes  à  gros  diamètre ,  qui  se  trouvent  aux 

'  Nous  ne  connaissons  que  ce  seul  exemple  qui  présente  une  telle  particularité;  c'est  le  tailloir 
corinthien  placé  en  sens  contraire,  c'est-à-dire  diagonalement. 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  4S 

autels  latéraux  et  en  face  de  l'autel  principal ,  se  composent  d'un  cou- 
ronnement circulaire  qu'un  cavet  réunit  au  fût  ;  ce  dernier  a  une 
hauteur  de  deux  mètres  moins  cinq  millimètres  (  l'»,995'"™  ),  et  son 
diamètre  est  de  0'",54  c;  cette  colonne  n'a  pour  base  qu'un  socle  carré 
de  0"',22  c.  de  hauteur  sur  0^,59  c.  de  longueur  de  chaque  côté. 

Il  résulterait  donc  de  nos  observations  que  l'église  souterraine 
d'Anderlecht  doit  remonter  au  IX«  siècle  ;  l'analyse  de  ses  membres 
architectoniques  et  son  caractère,  comparés  à  ceux  des  édifices 
antérieurs,  contemporains  et  postérieurs,  confirment  notre  pensée.  Si 
nous  étions  obligé  de  nous  contenter  de  ces  déductions ,  nous  pour- 
rions admettre  cette  date  déjà  reconnue  par  la  tradition  ;  mais  pour 
ne  plus  laisser  aucun  doute,  nous  allons  suivre  une  autre  marche, 
qui ,  nous  osons  l'espérer ,  démontrera  d'une  manière  irrécusable  que 
la  construction  de  la  crypte  d'Anderlecht  doit  remonter  au  temps 
de  Charlemagne.  Elle  sera,  si  l'on  entre  dans  nos  idées,  le  monu- 
ment le  plus  ancien  qui  existe  encore  en  Brabant  ;  elle  fournira  ,  en 
outre ,  une  preuve  irrécusable  que  la  Belgique  possédait ,  au  temps 
de  Charlemagne ,  des  artistes  plus  habiles  que  ceux  des  temps  méro- 
vingiens ou  que  ceux  des  premiers  temps  de  la  féodalité;  c'est  par  la 
recherche  des  unités  linéaires  historiques  que  nous  allons  procéder. 
Voici  les  dimensions  de  la  crypte: 

La  largeurde  l'édifice  entre  les  deux  murs  extrêmes  est  de  14'n,68c.  '; 
la  longueur,  ou  si  l'on  veut  la  profondeur  totale  est  de  12,16;  la  lar- 
geur de  la  nef  centrale  mesurée  d'axe  en  axe  et  transversalement,  de 
2™,95  ;  le  mesurage  des  entre-axes ,  ou  entre-colonnements  de  cette 
même  nef,  mais  dans  le  sens  longitudinal,  produit  les  cotes  suivantes  : 

1°  Abside,  du  mur  aux  colonnes ==3"',60'; 

2°  Deuxième  entre-colonnement  passé  l'abside =3°',01'=; 

3°  Enlrc-colonneraenl  en  face  du  tombeau ^œS^OS'; 

4°  Dernier  entre-colonnement  vers  l'Occident  =  S^.GS''.  A  celte  me- 
sure il  faut  ajouter  la  retraite,  qui  est  de  0"',30" =2",9o'. 

'  On  doit  tenir  compte  également  de  la  couche  de  badigeon  qui  a  une  épaisseur  de  0",033'""  de 
chaque  côté  ==  O-.O?  -f-  14",68  =  W,l&. 


m  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

Enfin,  en  continuant  à  calculer  dans  le  sens  transversal,  on 
trouve  :  pour  la  nef  latérale  2'n,525«"»  +  0'",425  jusqu'au  fût  de  la 
colonne  adossée  au  milieu  du  pilastre  carré  ,  soit  2™,95  ;  et  pour  la 
nef  extrême  2™,05  plus  un  centimètre  et  demi  pour  le  plâtrage  mo- 
derne ,  soit  2'",065. 

Si  maintenant,  pour  arriver  à  la  mesure  typique,  nous  exami- 
nons les  socles  des  colonnes,  qui  sont,  pour  ainsi  dire,  un  point  de 
repère  pour  retrouver  cette  mesure  primitive ,  nous  arriverons  à 
constater  que  cette  dimension  est  répétée  dans  toutes  les  parties  de 
l'édifice  avec  une  telle  régularité  ,  qu'il  serait  difficile  d'en  mécon- 
naître le  principe.  La  longueur  de  chacune  des  faces  des  socles  est 
de  0^,59 ,  ce  qui  équivaut  à  deux  pieds  de  0™,295'om. 

En  appliquant  cette  unité  aux  cotes  mesurées  en  mètres,  le  fait 
suivant  en  résultera  : 

La  largeur  totale  de  l'édifice  est  précisément de  50  pieds; 

La  longueur,  prise  de  l'Orient  à  l'Occident de  M       »     '; 

La  largeur  delà  nef  centrale,  prise  d'axe  en  axe de  10      » 

Cette  même  nef,  dans  le  sens  longitudinal ,  donne  : 

1°  Abside  :  du  mur  aux  colonnes 12  pieds  i|  )  j. 

2°  Entre-colonnement ,  passé  l'abside 10       »i|)' 

3°  Entre-colonnement ,  en  face  du  tombeau 10       » 

4°  Dernier  entre-colonnement,  vers  l'Occident  ....  10      » 

Nous  pourrions  également  retrouver  le  pied  type  dans  les  détails 
architectoniques ;  par  exemple,  le  tailloir  des  chapiteaux  aO^^jUS 
plus  0'",18  pour  les  moulures  jusqu'à  la  gorgerine;  ce  qui  nous  donne 
un  total  de  0,295  ou  un  pied. 

'  Soit  ^^^  =  0"',2953  ;  cette  mesure  est  la  moins  heureuse ,  une  minime  différence  de  trois 
10,000"'  se  fait  remarquer  à  chaque  pied. 

^  Soit:     S^jCO"  ou  12  pieds  II    distance  de  l'abside. 

Id.    :     5",01    ou  10  pieds  if    distance  du  1<"  entre-colonnement. 

Différence    0",59  on    2  pieds. 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  Vt 

Ce  pied  de  0'n,295'n">  dont  s'est  servi  l'architecte,  n'est  autre  que 
le  pied  romain  de  la  décadence  de  l'empire ,  mesure  typique  de  tous 
les  édiOces  antérieurs  à  l'invasion  des  Normands.  Ce  fait,  nous  le 
croyons  hors  de  doute ,  en  nous  basant  sur  des  observations  faites  sur 
d'autres  monuments.  Nous  pouvons  d'ailleurs  invoquer  pour  le  défen- 
dre, la  dissertation  sur  l'âge  de  l'église  de  Notre-Dame  de  Tournay  '. 

Au  XI»'  siècle  la  mesure  avait  changé;  le  pied  dont  on  se  servit 
depuis  lors  avait  une  valeur  métrique  de  0™,275™™,  dimension  con- 
servée dans  le  pied  de  Brabant. 

Pour  preuve,  nous  citerons  un  édifice  dont  l'examen  est  bien  fa- 
cile ,  car  il  se  trouve  pour  ainsi  dire  aux  portes  de  Bruxelles  :  nous 
voulons  parler  de  l'église  de  Watermael  *  (près  de  Boitsfort),  qui  est 
disposée  de  la  manière  suivante  : 

Le  plan  conserve  la  forme  de  la  basilique  romaine  ;  les  nefs ,  au 
nombre  de  trois',  sont  partagées  par  six  piliers  carrés,  dont  trois  de 
chaque  côté.  Quatre  autres  piliers  beaucoup  plus  gros  que  ces  der- 
niers, ayant  2™,20  de  face,  formaient  l'abside,  qui ,  probablement , 
était  terminée  par  un  mur  plat  ;  la  voûte  qui  repose  sur  ces  piliers, 
étant  plus  basse  que  la  grande  nef,  donne  lieu  à  cette  supposition. 

Les  piliers  carrés  qui  partagent  les  nefs  sont  trapus,  la  largeur  de  cha- 
cune de  leurs  faces,  comparée  à  leur  hauteur,  est  dans  cette  proportion  : 

L  :  H  =  1  :  3  Va. 

*  M.  B.-C.  Dumortier.  Bull,  de  tacad.  roy.  des  seien.  et  belles-lettres  de  Brux. ,  tom.  VIII,  p.  473. 
Cependant,  cet  édifice  renferme  deux  unités  différentes  :  dans  le  plan  on  trouve  l'unité  romaine 
et  dans  l'élévation  l'unité  de  Gyzance;  ce  qui  prouve  que  d'autres  constructions  ont  été  élevées  sur 
les  antiques  fondements  de  la  basilique  primitive. 

*  Nous  choisissons  de  préférence  cette  église  pour  exemple ,  parce  que  nous  croyons  qu'elle  est 
la  plus  ancienne  du  Brabant  après  la  crypte  d'Anderlecht.  Nous  avons  également  mesuré  la  petite 
église  d'Auderghem ,  qui  date  du  XII*  siècle,  ainsi  que  la  nef  et  les  collatéraux  de  l'église  de  Saint- 
Nicolas  à  Bruxelles;  ce  dernier  temple  parait  remonter  h  la  fin  du  XI"  siècle,  et  la  tour  au  premier 
tiers  du  Xil°  siècle.  (  i^e  dessin  de  cette  tour  est  reproduit  dans  l'excellente  Histoire  de  Bruxelles 
de  MM.  Wauters  et  Henné.) 

'  Nous  avons  constamment  remarqué  dans  les  églises  primordiales,  dans  les  temples  de  style 
néo-romain  et  dans  ceux  de  la  période  romane  pré-byzantine ,  ce  nombre  mystique  trois ,  adopté 
pour  la  division  des  travées  des  nefs.  Peut-être  était-ce  une  coutume?  il  serait  bon  de  faire  quel- 
ques observations  à  ce  sujet  dans  d'autres  localités.  '  '  "  ''  ' 

ToM.  XVIII.  3 


^  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

La  nef  centrale  peu  élevée  était  anciennement  couverte  par  un  plafond 
en  bois,  sur  lequel  on  a  appliqué  un  autre  plafonnage  récent.  Sa  lar- 
geur est  double  à  celle  des  nefs  latérales.  Chacune  des  travées  est  percée 
supérieurement  par  une  fenêtre  très-petite,  ou  plutôt  par  une  lucarne, 
plus  large  à  l'intérieur  qu'à  l'extérieur  et  périmétriquement. 

Les  murs  extrêmes  ne  sont  pas  percés  de  fenêtres,  d'où  il  résulte  que 
les  collatéraux  sont  très-obscurs,  n'étant  éclairés  que  par  le  reflet  de  la 
lumière  des  lucarnes  de  la  nef  principale. 

La  tour,  bâtie  sur  un  plan  carré,  plus  large  en  bas  qu'en  haut,  fait 
avant-corps  sur  la  façade,  au  milieu  de  laquelle  elle  se  trouve.  La  face 
occidentale  est  percée  d'une  porte,  au  devant  de  laquelle  on  a  appliqué 
des  ornements  et  des  moulures  de  l'époque  de  la  renaissance.  Le  bas  de 
la  tour  sert  de  porche.  Un  toit  à  pans  obtus  surmonte  cette  masse  carrée, 
qui  est  percée  au-dessous  de  la  saillie  de  la  corniche  par  quatre  pe- 
tites fenêtres,  dont  deux  sont  à  plein  cintre  et  deux  autres,  posté- 
rieures aux  premières,  sont  en  ogive. 

Les  formes  austères  de  cette  construction,  jointes  à  ses  caractères 
architectoniques,  ne  permettent  pas  de  lui  assigner  une  époque  plus 
récente  que  la  première  moitié  du  XI^  siècle  ;  voici  les  cotes  que  nous  y 
avons  trouvées  : 

1°  Largeur  des  piliers  de  l'abside 2'",20  ou     8  pieds  *  ; 

2°  Largeur  des  piliers  des  nefs  (face) O^.OO  ou     3       »     3  pouces; 

3"  Distance  qui  sépare  chaque  pilier 2",75  ou  10       » 

4°  Hauteur  des  piliers 2"',75  ou  iO      » 

5°  Largeur  de  la  nef  centrale 5'",50  ou  20       » 

6"  Largeur  des  nefs  latérales 2"',75  ou  10      » 

On  voit  ici  une  différence  bien  tranchée  entre  deux  édifices  à  peine 
distants  l'un  de  l'autre  de  deux  lieues  ;  leur  forme,  leur  disposition,  leurs 
dimensions  sont  tout  à  fait  dissemblables;  ils  doivent  donc  avoir  été 
bâtis  à  deux  époques  différentes,  et  il  a  dû  se  passer  de  l'une  de  ces  épo- 


'  Ce  sont  des  pieds  de  Brabant  ;  il  est  bien  entendu  que  leur  valeur  métrique  est  de  0,275.  Cette 
mesure  se  divisa  déjà  à  cette  époque  en  li  pouces.  La  valeur  du  pouce  en  mètres  =  0",023™°'. 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  19 

qùes  à  Tautre  des  événements  qui  ont  porté  dans  les  idées  reçues  des 
modiGcations  essentielles,  un  bouleversement  général. 

Ce  changement  s'est-il  opéré  au  X«  siècle?  Nous  sommes  à  même 
de  prouver  qu'il  doit  être  plus  ancien  ;  seulement ,  cette  époque  ayant 
vu  ériger  fort  peu  d'édifices,  nous  irons  puiser  nos  arguments  dans  un 
canton  un  peu  plus  éloigné ,  à  Soignies ,  qui  aujourd'hui  est  située  hors 
du  Brabant,  mais  qui  alors  était  comprise  dans  lepagus  du  même  nom. 
La  collégiale  de  cette  ville  remonte  à  965;  cette  date  est  positive.  Or, 
là  comme  à  Watermael,  nous  retrouvons  le  pied  de  0'n,275  '. 

Voici  les  cotes  principales  que  nous  y  avons  mesurées  : 

i*  Largeur  de  la  nef  principale H^.OO  =  40  pieds; 

2°  Largeur  de  cliacun  des  transepts.     ..'.•....  H^.OO  =  40       » 

3°  Longueur  de  chaque  transept 11  "',00  =  40       » 

4»  Largeur  des  collatéraux  de  la  nef S^.SO  =  20       » 

5°  Diamètre  des  colonnes  (au  pavement) 1,"^!  =    5       » 

6°  Saillie  des  pilastres  (au  bas  des  piédroits) 0'°,.'U  =2       «  etc. 

Ces  résultats  prouvent  d'une  manière  indubitable,  que  la  mesure 
avait  changé  entre  le  IX*'  et  le  X^  siècle.  Or ,  quel  fait  a  pu  avoir  des 

conséquences  semblables? Au  X^  siècle,  la  société  se  reconstituait 

sur  des  bases  nouvelles,  et  les  développements  de  la  civilisation  se  firent 
d'une  manière  insensible  pour  aboutir  à  l'aifranchissement. 

A  la  fin  du  IX^  siècle  au  contraire,  avaient  eu  lieu  l'invasion  des 
Normands,  le  démembrement  de  l'empire  de  Charlemagne,  l'arnachie 
féodale,  la  naissance  d'une  infinité  de  petits  états  indépendants,  un 

*  Ce  pied  est  loin  d'être  le  pied  byzantin,  qui  égale 0",3'24°'"',  et  que  l'on  prétend  avoir  été  intro- 
duit sous  Charlemagne  ;  nous  avons  vainement  cherché  la  réforme  de  cette  mesure  dans  les  capitu- 
laires  de  ce  prince.  (Monum.  germ.  récemment  publiés  en  Allemagne.)  Du  reste,  si  ce  capitulaire 
existe  réellement ,  les  édifices  prouvent  qu'il  a  été  peu  suivi  dans  toutes  les  contrées  de  l'empire. 
Dans  le  nord-ouest  de  la  France ,  le  pied  byzantin  se  retrouve  dans  les  monuments  à  partir  de  la 
fin  du  X'  siècle,  et  principalement  en  Normandie.  Nous  attribuons  son  adoption  à  la  prodigieuse 
célébrité  de  l'école  lombarde,  qui  avait  pour  chef  l'abbé  Guillaume  (  né  en  Piémont  au  diocèse  d'\'- 
yrée).Le  nombre  considérable  d'édifices  qu'éleva  cette  école,  composée  en  majeure  partie  d'artistes 
lombards  ou  italiens,  a  dû  naturellement  exercer  une  certaine  influence  sur  les  arts.  C'est  elle, 
croyons-nous,  qui  donna  naissance  à  une  architecture  particulière,  connue  par  les  archéologues 
sous  le  nom  de  slyle  romano-normand.  On  retrouve  le  pied  byzantin  dans  les  parties  anciennes  des 
cathédrales  de  Chartres,  de  Noyon,  dans  l'église  de  Saint-Médard  h  Quesmy,  etc. ,  etc. 


m  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

ébranlement  profond  avait  succédé,  dans  l'empire  des  Francs,  à  la  paix 
dont  il  avait  joui  sous  les  Carlovingiens. 

Telles  sont  les  considérations  qui  établissent  cette  grande  différence 
entre  deux  genres  d'un  même  style  ;  elles  écartent  le  moindre  doute  que 
l'on  pourrait  conserver  à  ce  sujet.  «  L'état  prospère  auquel  les  arts  étaient 
parvenus,  »  a  dit  un  archéologue  «  ne  put  se  maintenir  dans  les  temps 
moins  heureux  qui  suivirent  le  règne  de  Charlemagne.  Les  dissensions 
intestines  et  les  malheurs  sans  nombre  qui  résultèrent  de  l'invasion  des 
Normands  amenèrent  bientôt  une  décadence  marquée  dans  l'architec- 
ture ;  on  vit  s'éteindre,  à  la  fin  du  IX»^  siècle  et  dans  le  X^  siècle,  le  talent 
des  architectes,  en  même  temps  que  les  lumières  de  l'ancienne  civilisa- 
tion ranimée  par  Charlemagne.     ^ 

w  Une  superstition  bizarre  contribua  peut-être  encore  plus  que  les 
événements  à  hâter  la  décadence  de  l'architecture;  on  croyait  que  la 
fin  du  monde  arriverait  dans  le  X^  siècle  :  le  découragement  et  l'apathie 
qui  résultaient  de  cette  croyance  paralysaient  les  esprits,  et  bien  loin 
d'élever  des  constructions  nouvelles,  c'est  à  peine  si  l'on  réparait  les 
anciennes  '.  » 

Nous  croyons  avoir  suffisamment  prouvé  que  le  IX<=  siècle  est  la  date 
de  la  construction  de  l'église  d'Anderlecht.  Il  nous  reste  à  expliquer 
pour  quelles  raisons  ce  monument  est  contemporain  de  Charlemagne. 

Dans  le  courant  du  dernier  tiers  du  IX'  siècle  on  ne  songeait  pas  à 
bâtir.  Le  Brabant  était  dévasté  par  les  Normands,  dont  le  camp  était 
établi  à  Louvain;  ces  hordes,  la  terreur  des  habitants,  signalaient  leur 
passage  par  le  fer  et  l'incendie.  Le  roi  Arnould  les  défit  en  891,  et  dès 
lors  le  Brabant  fut  délivré  de  ce  terrible  fléau. 

C'est  donc  aux  deux  premiers  tiers  du  IX^  siècle  qu'il  faut  faire  re- 
monter la  construction  de  la  crypte  ;  c'est  dans  un  temps  prospère,  où 
l'art  tendant  à  s'élever,  abandonnait  le  type  des  catacombes  que  les  apô- 
tres des  Gaules  avaient  imprimé  aux  monuments  religieux.  Le  style 
romain  devint  un  modèle  sur  lequel  les  artistes  d'alors  s'inspirèrent. 

*  M.  De  Caumont,  Hist.  somm.  de  l'archit.  au  moyen  âge,  p.  62-63. 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  ti 

Nous  voyons  la  basilique  d'Aix-la-Chapelle  s'enrichir  des  colonnes  gra- 
nitiques de  Ravenne.  Gela  prouve  que  les  constructeurs  avaient  des 
notions  du  parfait,  puisqu'ils  savaient  apprécier  les  belles  créations 
romaines.  Au  centre  de  la  Nervie  on  ne  pouvait  copier  des  modèles 
proportionnés;  c'est  sans  doute  les  restes  des  monuments  romains  de 
la  décadence  que  l'on  aura  pris  pour  type. 

II  est  un  caractère,  et  les  archéologues  auront  peut-être  déjà  fait  cette 
remarque,  dans  les  édifices  d'architecture  romane  (le  style  chrétien 
primordial  excepté)  antérieurs  à  l'invasion  des  Normands,  que  leur 
composition  est  empreinte  de  ce  cachet  commun  \  l'art  italique.  C'est 
pour  cette  raison  que  ce  style  a  été  nommé  néo-romain.  Après  l'in- 
vasion, tous  ces  caractères  ont  disparu.  Si  la  colonne  pseudo-corin- 
thienne est  venue  décorer  nos  édifices,  c'est  la  Germanie  qui  nous 
l'a  transmise  après  l'avoir  reçue  elle-même  de  Byzance.  Quant  aux 
colonnes  grecques  d'ordre  dorique,  que  l'on  voit ,  mais  très-rarement, 
dans  nos  monuments  de  la  fin  du  X^  siècle  ',  nous  devons  leur  emploi 
aux  voyages  des  artistes  lotharingiens.  L'art  grec  n'était  pas  suivi  alors 
par  les  architectes  du  bas-empire  ;  ils  ne  l'ont  transmis  à  aucun  peuple , 
et  s'il  en  existe  des  imitations  loin  du  sol  hellénique,  ce  sont  des  étran- 
gers qui,  sur  la  terre  classique  des  beaux-arts,  ont  trouvé  dans  les  tem- 
ples ruinés,  des  sujets  dignes  d'être  reproduits. 

Il  n'y  a  qu'un  seul  moyen  d'étudier  l'histoire  de  l'art  avec  fruit, 
c'est  de  comparer  l'art  lui-même  avec  l'état  social  des  peuples.  Il  est 
en  quelque  sorte  le  baromètre  de  leur  civilisation  :  sous  Périclès  le 
génie  d'Ictinus  enfanta  le  Parthénon  ;  Appollodore  de  Damas  ralluma 
les  dernières  flammes  de  l'architecture  romaine;  sous  Charlemagne 
les  arts  furent  encouragés,  des  institutions  utiles  s'élevèrent  dans  son 
vaste  empire  ;  l'anarchie  les  détruisit.  Le  moyen  âge  n'eut-il  pas  non 
plus  une  époque  brillante? 

Quelques  considérations  historiques  ne  viendront  donc  pas  hors 
de  propos  :  la  tradition,  on  le  sait,  rapporte  que  Charlemagne  fit 

'  Nous  ne  savons  s'il  eiiste  des  colonnes  pareilles  en  France  ou  en  Allemagne. 


n  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

consacrer  les  églises  de  Laeken  et  d'Uccle ,  toutes  deux  situées  près 
de  Bruxelles.  Nous  sommes  tenté  d'attribuer  une  origine  semblable 
à  celle  d'Anderlecht  ;  c'est  également  l'opinion  de  notre  savant  ami 
M.  Alphonse  Wauters ,  archiviste  de  la  ville  de  Bruxelles.  On  pourra 
juger  si  notre  pensée  est  admissible ,  par  le  passage  suivant  que  nous 
empruntons  à  Y  Histoire  de  Bruxelles  : 

((  De  nombreux  martyrs  attestent  la  lenteur  des  progrès  de  la  reli- 
»  gion  nouvelle,  qui  ne  fut  définitivement  établie  que  sous  le  règne 
))  de  Charlemagne.  Ce  prince  résidait  d'ordinaire  aux  environs  de 
»  Liège  et  d'Aix-la-Chapelle,  et  plus  d'une  fois,  on  n'en  peut  douter, 
»  il  dut  passer  par  Bruxelles ,  où  la  tradition  a  conservé  son  souvenir. 
»  Ainsi  on  prétend  qu'il  fit  consacrer  les  églises  de  Laeken  et  d'Uccle, 
))  et  qu'il  avait  en  ce  dernier  endroit  une  habitation  appelée  depuis 
))  Karl-loe  ou  Carloo  '.  Il  vint  à  Uccle,  dit-on,  en  803,  avec  le  pape 
»  Léon  III  et  l'évéque  de  Liège,  Gerbald,  en  se  rendant  de  Kiersy- 
))  sur-Oise  à  Aix-la-Chapelle  ^.  » 

Les  Acta  Sanctorum  ^  rapportent,  d'après  une  ancienne  légende, 
que  l'église  d'Anderlecht,  à  laquelle  adhérait  l'oratoire  de  saint  Gui- 
don, tombant  de  vétusté,  les  clercs  et  le  peuple  assemblés  décidèrent 
d'en  bâtir  une  plus  grande  ;  l'évéque  Gérard  II  ordonna  d'enterrer  le 
corps  de  Guidon  au  milieu  de  l'église.  Quelle  que  soit  la  véracité  des 
faits  relatés  dans  ce  passage ,  nous  ne  pouvons  les  admettre  qu'avec 
certaines  restrictions. 

L'existence  de  la  crypte  n'était  sans  doute  pas  connue  du  légendaire, 
car  c'est  évidemment  elle  qui  reçut  à  cette  époque  les  reliques  du  saint, 

*  Le  20  juin  1348,  les  nobles  Jean  Vanden  Hoven,  Gilles  Vanden  Steene,  Gérard  Van  Nekergate 
et  Gilles  Conraets,  ont  déclaré  par-devant  notaire  qu'ils  avaient  entendu  parler  par  leurs  parents 
de  la  consécration  de  l'église  d'Uccle  par  le  pape  Léon ,  à  la  même  époque  où  furent  bénites  celles  de 
Nivelles  et  d'Aix  (dat  de  guide  délie  heet,  ajoute  l'acte);  des  indulgences  données  par  le  pontife  à 
cette  occasion ,  les  mêmes  que  possédait  la  basilique  de  Jérusalem ,  et  de  la  venue  de  Charles ,  et  du 
pape  à  Karloe  et  Kaerlevoert  (le  Gué  de  Charles,  aujourd'hui  Caelevoet),  avant  que  l'empereur 
allât  combattre  les  infidèles.  MSS.  de  la  bibliothèque  de  Bourgogne,  cité  dsiUsYHist.  de  Bruxelles _ 

*  Hisl.  de  Brux.,  par  MM.  Wauters  et  Henné,  vol.  I",  p.  8-9. 
^  Loco  citato. 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  H 

d'autant  plus  que  Ton  travaillait  alors  à  l'église  supérieure.  Du  reste, 
d'autres  que  nous  l'ont  entendu  de  cette  manière  (Surius,  etc.).  La  lé- 
gende elle-même  semble  d'ailleurs  désigner  la  crypte,  en  disant  que  les 
habitants  d'Anderlecht  transférèrent  les  reliques  «  in  medio  eccleaiae^ 
in  loculo  decenter  paralo.  » 

Le  tombeau  que  nous  avons  déjà  signalé  parait  remonter  à  une  époque 
antérieure,  mais  on  l'aura  déplacé  en  même  temps  que  les  reliques.  Par 
sa  forme  identique  à  celle  des  autels,  ce  monument  semble  indiquer 
qu'il  a  servi  à  la  célébration  du  service  divin  ;  on  sait  d'ailleurs  que 
l'autel  lui-même  n'est  que  la  tombe  symbolisée  des  premiers  martyrs 
ou  d'autres  personnes  vénérées  par  l'Eglise.  C'est  pour  l'oratoire  élevé 
contre  les  murs  du  temple,  à  l'endroit  où  le  corps  du  saint  avait  été  confié 
à  la  terre ,  que  le  tombeau  dont  nous  nous  occupons  ici  aura  été  cons- 
truit, dans  le  but  de  servir  en  même  temps  d'autel.  Ce  qu'il  y  a  de  certain, 
c'est  qu'il  n'appartient  pas  au  XII^  siècle.  Une  ornementation  variée, 
voilà  le  caractère  saillant  de  l'art  à  cette  époque;  voilà  ce  qui  se  révèle 
dans  les  constructions  de  toute  espèce,  dans  les  fonts  baptismaux  et 
jusque  dans  les  manuscrits  et  les  objets  d'orfèvrerie.  Ici  que  voit-on  au 
contraire?  les  formes  arides,  caractère  qui  distingue  éminemment 
l'architecture  romane  du  XI^  siècle. 

Lorsque  nous  disions  que  le  tombeau  avait  été  déplacé  du  temps  de 
l'évêque  Gérard  II,  nous  nous  fondions  sur  les  circonstances  suivantes  : 
Il  est  impossible  de  retrouver  d'une  manière  exacte  l'unité  linéaire.  Les 
cotes  de  notre  mesurage  nous  donnent  des  variantes  qui  se  rapprochent 
beaucoup  du  pied  de  0'",275  (ayant  la  valeur  du  pied  de  Brabant). 
Ainsi,  pour  la  longueur,  nous  trouvons  une  unité  constante  de  0'",2662d™, 
représentée  huit  fois,  et  pour  la  largeur  0™,271™'"  répétés  trois  fois  et 
demie.  Nous  en  concluons  que  cette  absence  d'unité  exacte  a  dû  être 
motivée  évidemment  par  un  déplacement,  à  la  suite  duquel  les  pierres 
n'auront  plus  été  cimentées  de  la  même  manière.  C'est  encore  un  argu- 
ment qui  prouve  que  la  crypte  elle-même  ne  peut  dater  du  XP  ou 
du  XII^  siècle ,  comme  on  l'a  prétendu ,  le  pied  type  de  ses  dimensions 
étant  autre ,  ainsi  que  nous  l'avons  démontré  plus  haut. 


â  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

En  Belgique,  beaucoup  d'autres  monuments  religieux  ont  cela  de 
commun  avec  celui  d'Ânderlecht,  que  la  crypte  est  restée  intacte, 
malgré  les  nombreuses  reconstructions  de  l'église  supérieure  :  S*-Ba\on 
à  Gand,  S^-Servais  àMaestricht,  S'e-Marie  et  St-Ursmer  à  Lobbes  ',  etc., 
nous  en  fournissent  des  exemples.  EflFectivement  des  murs  inébranla- 
bles caractérisent  ces  temples  souterrains;  rien  qu'à  les  voir,  les  démo- 
lisseurs les  plus  intrépides  reculeraient.  L'armée  des  Normands  même, 
n'aurait  pas  eu  le  courage  de  détruire  un  monument  semblable  à  la 
crypte  d'Anderlecht. 

Le  calcul  suivant  donnera  une  idée  de  cette  construction  :  il  s'agit 
d'établir  la  proportion  de  la  surface  bâtie  à  la  surface  non  bâtie.  Nous 
représenterons  la  première  par  Y,  et  la  deuxième  par  X,  le  résultat 
sera: 

Y  :  X  =  168™',39'"  :  121  ■"',71'" 

ou 

leg^'.sg"'  :  lai'^'ji"'  =  i  :  0,72 


or, 


Y  :  X  =  1   :  i|. 


Ainsi,  pour  chaque  mètre  carré  de  maçonnerie,  il  y  a  soixante-douze 
décimètres  carrés  de  vide.  Ce  calcul  en  sens  inverse  nous  donnera  la 
proportion  : 

X  :  Y  =  121'"',71*  :  168"'',39'" 
OU 

121»'',71'"  :  leS^'SQ"'  =  1  :  1,39. 

D'où  il  résulte  que ,  pour  chaque  mètre  carré  vide  à  l'intérieur  de  la 
crypte,  la  surface  bâtie  est  de  un  mètre,  trente-neuf  décimètres  carrés. 
On  concevra  l'énormité  de  cette  proportion,  quand  on  songe  que  Ron- 
delet a  fait  un  calcul  semblable  pour  les  temples  égyptiens,  et  qu'en 

*  Cette  crypte  est  du  VIP  siècle;  l'église  paroissiale  qui  la  surmonte  fut  consacrée  par  Otbert, 
évoque  de  Liège,  en  1095.  M.  Schayes .  itfess.  des  scien. ,  vol.  III,  p.  398. 


4SQn)E  ARCHÉOLOGIQUE.  91^ 

moyenne,  la  proportion  de  la  partie  bâtie  s'élevait  à  quatre  dixièmes 
seulement  pour  un  mètre  carré  vide. 

Le  déplorable  état  dans  lequel  la  crypte  d'Anderlecht  se  trouve 
déjà  depuis  plusieurs  siècles  est  à  regretter.  Aujourd'hui ,  grâce  à  la 
sollicitude  du  bourgmestre  '  et  du  curé  '  de  la  commune,  il  est  question 
de  la  restaurer.  Espérons  que  le  gouvernement  ne  manquera  pas  d'en- 
courager cette  noble  pensée.  C'est  une  œuvre  nationale  qui  rappelle 
de  grands  souvenirs.  Les  noms  de  deux  hommes  sanctifiés  par  la  re- 
ligion s'y  rattachent  :  saint  Gharlemagne  et  saint  Guidon  ....  l'un, 
souverain  illustre  d'un  vaste  empire,  l'autre,  fils  pieux  d'un  simple  la- 
boureur ! 

L'arrangement  le  plus  convenable  pour  rendre  la  crypte  d'un  accès 
facile,  consiste  à  placer  l'escalier  au  milieu  du  chœur,  à  quelques  mè- 
tres en  deçà  des  degrés  de  l'abside  ;  il  suffirait  de  partager  ces  derniers 
en  deux  parties,  l'une  à  droite  et  l'autre  à  gauche  de  la  descente  de  la 
crypte.  Une  balustrade  construite  dans  un  style  semblable  à  celui  de 
l'église  supérieure  servirait  de  garde-fou  ou  d'appui.  Quant  aux  portes 
à  placer  au  pied  de  la  nef  de  l'église  souterraine ,  elles  seraient  au 
nombre  de  deux  :  la  première  se  trouverait  à  l'arête  terminale  exté- 
rieure, et  serait  décorée  par  des  ornements  rayonnants;  la  deuxième, 
de  style  roman  néo-romain,  occuperait  l'arête  terminale  intérieure. 
D'après  cette  disposition ,  il  y  aurait  un  petit  porche  dont  la  profondeur 
serait  de  2">,90  c.  environ. 

A  l'intérieur ,  plusieurs  changements  qtiî  exigent  plus  d'étude  ponr 
maintenir  le  type  primitif  qu'ils  ne  présentent  de  difficulté  d'exécution, 
sont  indispensables. 

Parmi  les  objets  curieux  que  j'ai  remarqués  épars  dans  cette  crypte 
je  citerai  surtout  : 

*  M.  Hoorickx,  ce  magistrat  éclairé  a  eu  l'obligeance  de  m'aider  à  lever  le  plan  de  la  crjpte  et 
de  prendre  les  mesures  des  détails  architectouiques;  il  est  juste  que  j'exprime  ici  publiquement, 
toute  ma  reconnaissance. 

'  M.  Magnus  exprime  le  plus  sincère  désir  de  pouvoir  rendre  à  ces  lieux  leur  antique  desti- 
nation. Espérons  que  bientôt  ce  ministre  y  offrira  à  l'Éternel  le  plus  auguste  des  sacrifices. 
ToM.  XVIII.  4 


26  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 

—  Un  vieil  arbre  tout  vermoulu.  La  tradition  en  fait  le  bâton  de 
saint  Guidon ,  avec  lequel  il  fit  le  pèlerinage  au  tombeau  du  Christ.  La 
légende  rapporte  que  l'ayant  mis  en  terre  sur  le  chemin  conduisant 
d'Anderlecht  à  Itterbeek ,  ce  bâton  prit  racine  et  se  couvrit  de  branches 
touffues.  Ayant  été  mutilé  par  les  pèlerins,  à  une  époque  postérieure, 
les  chanoines  firent  couper  cet  arbre  et  le  placèrent  dans  l'église  sou- 
terraine. Une  partie  servit  à  sculpter  l'image  de  saint  Guidon;  c'est 
ce  qui  a  donné  lieu  à  ces  anciens  vers  : 

Den  dorren  stock ,  geplant  met  dhandt  van  sinte  Weyen  ' , 

NMr  hy  ses  eeuwen  hadcC  gebloeyt. 

En  tôt  een  boom  loas  opgegroeyt, 
Quam  hier  de  beldt'-snyd-honst  daer  van  syn  beldt  te  sneyen  *. 

—  Une  figure  de  Christ  très-mutilée,  mais  d'une  beauté  et  d'une 
expression  admirables.  Je  ne  puis  mieux  la  comparer  qu'au  Christ  de 
Delcourt ,  qui  se  voit  à  la  grande  fenêtre  du  transepts  droit  de  la  ca- 
thédrale de  Saint-Paul  à  Liège. 

—  Deux  niches  d'autel  en  bois  de  chêne,  du  style  de  la  renais- 
sance, d'une  exécution  parfaite;  on  y  remarque  des  branches  couvertes 
de  feuilles  et  de  fruits ,  sculptées  d'une  manière  tellement  délicate , 
que  l'on  est  étonné  de  voir  le  chêne  réduit  à  une  si  faible  épaisseur.  Il 
est  fâcheux  que  ces  beaux  fragments  soient  relégués  dans  ces  lieux 
humides;  avec  peu  de  frais  on  pourrait  les  restaurer  et  remettre  ainsi 
au  jour  ces  chefs-d'œuvre  du  XVII^  siècle. 

—  Une  niche,  en  bois  de  chêne,  style  à  rocailles,  de  la  deuxième 
époque  de  la  renaissance,  bien  conservée.  Elle  n'offre  rien  de  curieux 
sous  le  rapport  de  l'art. 

—  Deux  groupes  en  pierre  blanche  représentant  la  Mater  dolorosa. 

—  Une  tête  de  saint  Guidon,  en  chêne,  avec  son  chapeau  de  pèlerin; 


*  Saint  Guidon. 

*  C'est  le  sens  de  l'inscription  placée  sur  l'image  du  saint  : 


Guidonis  manibus  plantatus  scipio  siccus 
Sex  centos  annoi  viruit,  nunc  factus  imago. 


ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE.  27 

il  est  à  présumer,  qu'elle  provient  d'une. statue  de  ce  saint,  qui  jadis 
était  couchée  sur  son  tombeau ,  parce  que  les  yeux  de  la  figure  sont 
fermés. 

—  Quelques  statues  provenant  de  la  tour  et  du  portail  de  l'église 
actuelle,  qui  anciennement  étaient  richement  décorés. 

—  Deux  statues  d'évéques  ou  d'abbés;  elles  sont  fort  détériorées. 

—  Une  statue  de  religieuse,  demi-nature. 

—  Un  saint  Guidon ,  en  bois  de  chêne ,  également  demi-nature  ; 
cette  statue  a  été  peinte  et  dorée. 

—  Un  fragment  ogival,  en  pierre  assez  délicatement  découpée  à 
jour,  et  peint  à  la  manière  des  gothiques. 

—  Plusieurs  chandeliers,  ornements  sculptés,  croix,  pierres,  chaises 
d'autel ,  etc.,  etc. 

Ici  se  termine  notre  tâche;  c'est  au  praticien  qu'il  appartient  de 
se  pénétrer  de  l'important  travail  dont  il  va  s'occuper.  Des  restau- 
rations semblables  sont  rares  et  d'autant  plus  difficiles,  que  la  Belgique 
ne  possède,  pensons -nous,  que  ce  seul  monument  qui  rappelle  le 
siècle  de  Charlemagne. 

Espérons  que  la  croix  surmontera  de  nouveau  les  autels  abandon- 
nés de  ce  temple  millénaire,  et  que  la  prière  des  fidèles  y  rempla- 
cera le  silence  de  l'abandon ,  témoignage  d'une  coupable  indifférence. 


28  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 


LÉGENDE  DES  PLANCHES. 


PLANCHE  PREMIÈRE. 

Plan  de  la  crypte,  rapporté  d  après  les  mesures  prises  sur  les  lieux,  et  réduit  à  F  échelle  de  un 

centimètre  pour  un  mètre. 

AB.  CD.  Lignes  par  où  ont  été  prises  les  coupes  longitudinale  et  transversale. 

E.  Nef  centrale  et  abside. 

F.  Nefs  latérales. 

G.  Nefs  extrêmes. 

m.  Petites  pièces  pouvant  avoir  servi  anciennement,  l'une  de  baptistère,  l'autre  de  sacristie. 

K.  Petits  autels  latéraux,  ils  sont  encore  dans  un  bon  état  de  conservation. 

L.  Grand  autel  démoli  ;  on  en  voit  encore  très-bien  l'emplacement  et  quelques  débris. 

M.  Tombeau  de  saint  Guidon. 

N.  Passage  au-dessous  du  tombeau  de  saint  Guidon. 

0.  Fenêtres  actuellement  bouchées. 
P.  Id.      ouvertes ,  éclairant  en  partie. 

Q.  Anciennes  entrées  de  l'église,  par  lesquelles  on  entrait  jadis  de  plein  pied;  elles  ont  été  bou- 
chées par  une  maçonnerie. 

X.  Emplacement  de  l'escalier  par  lequel  on  descend  dans  la  crypte. 

Y.  Bancs  des  chanoines. 

PLANCHE  H. 

Coupe  longitudinale  rapportée  à  la  même  échelle  que  le  plan. 

CD.  Ligne  de  coupe  (  voir  le  plan  ). 

M.    Élévation  longitudinale  du  tombeau  de  saint  Guidon . 


ÉTULE  ARCHÉOLOGIQUE.  M 

N.  Ouverture  pratiquée  dans  le  tombeau. 

O.  Fenêtres  bouchées. 

P.  Fenêtres  ouvertes  et  éclairant  encore  la  chapelle. 

P  Fenêtre  qui  est  cachée  par  un  mur  récent ,  établi  dans  le  but  de  former  un  dépôt  de  l'ancien 

baptistère. 

R.  Niveau  du  chœur  actuel  près  de  l'autel. 

S.  Mur  d'élévation  du  chœur  actuel. 

T.  Degrés  de  l'autel. 

V.  Bancs  des  chanoines. 


PLANCHE  III. 

Coupe  tramversak,  rapportée  à  la  même  échelle  que  le  plan. 

AB.  Ligne  de  coupe.  (Voir  le  plan.) 

E.  Nef  centrale. 

F.  Nefs  latérales. 

G.  Nefs  extrêmes. 

L.  Autel  principal  (  démoli  )  vu  dans  le  fond. 

K.  Autels  latéraux  (existants)      id. 

0.  Fenêtres. 

U.  Consoles. 

F.  Terrain  remblayé. 

X.  Terrain  primitif. 

Y.  Piliers  carrés  séparant  la  nef  latérale  de  la  nef  extrême. 

PLANCHE  IV. 


Élévation  et  plan  des  chapiteaux  et  des  bases  des  colonnes,  rapportés  à  [écheUe  de  0,04  ceiUimètreê 

par  mètre. 

A.  Élévation  du  chapiteau. 

B.  Plan  de  ce  chapiteau.         (  ..       ..  .^  .     ,  .,  i,    ,  .   „  . 

_,       _         ,    ,        ,  "^  )  Il  y  a  dix-huit  coloones  semblables  dont  quatre  isolées  et  quatorze  engagées. 

C.  Base  de  la  colonne. 

D.  Plan  de  cette  base. 

E.  Élévation  de  chapiteau. 

F.  Plan  de  ce  chapiteau.  f  Hy  a  six  colonnes  semblables  à  l'abside;  deux  coloones  sont  isolées,    les 

G.  Base  de  la  colonne.  (     q"»'"  »<"fe»  «>nt  engagées 
H.  Plan  de  cette  base. 


Sd  ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE. 


PLANCHE  V. 

Plan  et  élévation  de  l'autel-tombeau  de  saint  Guidon  rapportés  à  f échelle  de  O^.OS  centimètres 

pour  un  mètre. 

A.  Élévation  loDgitudinale. 

B.  Plan,  coupé  à  40  centimètres  et  vu  de  E  en  A. 

C.  Élévation  vue  de  côté. 

D.  Dalle  tumulaire  en  pierre  bleue. 

E.  Passage  des  pèlerins. 

F.  Pierres  usées  par  le  frottement  des  épaules  des  pèlerins. 


FIN. 


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f.chelle  de  lo  mètres. 


Echelle  eu  pieds  romains  delà  décadence. 


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AUTEL- TOMBEAU  DE  S'  GUIDON. 
(XI*  Siècle.) 


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